Fanfiction Le heaume rouge En cours

PARTIE 2 : La limite au respect






Comme chaque matin depuis bientôt une semaine, je récupère Redose dans sa cellule pour l'amener en bas. Il est rare qu'il mange, il faut multiplier les repas pour avoir plus de chances qu'il mange. Ici, peu de gens sautent un repas, c'est généralement pour faire autre chose comme dormir ou profiter d'un moment d'intimité.

Arrivé en bas, je me dis toujours la même chose, que c'est l'enfer. Redose a maigrit, c'est certain, mais il reste lourd et je ne suis pas infatigable. Devoir monter et descendre les huit étages avec son poids sur mon dos c'est dur, vraiment très dur. Je ne sais pas si je pourrais continuer longtemps. Ça me demande trop d'énergie, je dors et je mange trop peu, j'ai beau savoir que je dois le faire, que c'est mon devoir, la détermination ne suffit pas. Je ne sais pas pendant combien de temps encore je pourrais tenir, il faut qu'il me parle, il faut qu'il se ressaisisse, il doit aller mieux. Pour lui, pour moi.

Je pense avoir une idée pour le faire manger. Il ne peut pas croquer dans un pain aussi dur que celui qui est servi ici, la croûte met mes dents à rude épreuve, mais c'est surtout de devoir mâcher encore et encore jusqu'à ce que ça devienne une bouillie, ça me tue la mâchoire.
Puis je le regarde, à regarder le vide, et je me dis que c'est la bonne chose à faire.
J'amène mes lèvres sur les siennes et verse la bouillie pour qu'il mange. Ça me débecte, mais c'est la bonne chose à faire. La meilleure chose à faire. Il doit manger, et je n'ai plus d'autres moyens. Je ne peux pas risquer qu'il s'étouffe avec des trop gros morceaux qu'il n'aura pas mâcher. Je suis obligé d'en passer par là.

Bouchée par bouchée, je le nourris à la becquée comme le ferait une mère moineau. Seulement je suis son père, et il est tout ce que j'ai en ce monde. J'ai tout perdu car je ne pouvais croire en rien. Je ne le perdrais pas car j'ai voulu croire en lui. Si j'avais été plus fort, on en serait pas là.
On aurait gagné contre Rouge, et Bella... Bordel. Bella... Je ne perdrais plus personne. La mort de Bella me reste en travers de la gorge, elle était comme une fille pour moi. Et je l'ai perdu. J'étais dans une stupide hallucination à me croire courir dans un champs de lavandes avec des insectes et des animaux autour de moi. J'ai sauvé la vie de Red par pur hasard, si c'était pas pour la chance, il serait mort, et moi aussi.

J'en tremble encore quand j'y pense...

Berk. J'ai enfin fini. Une ombre m'envahit, un nuage ? Non. Un souffle, et des pas lourds qui viennent vers moi, j'entendais rien. Je dois me retourner.
Dans un coin de ma vue, il y'a Gilgamesh qui a les pieds dans une flaque jaune.
Et derrière nous il y'avait... Enfin. Devant nous il y'a un géant, pas qu'un, plein de géants. Le plus proche n'a qu'un œil, il s'accroupit et m'examine, de près, très près. Je sens sa barbe bouclée caresser ma tête. Pendant qu'il m'inspecte, je l'observe en retour, s'il m'attaque je ne mourrais pas sans me défendre.

Je l'observe en gardant mon sang froid, sa peau est brune est mouchetée de points blancs, il y'a plusieurs cicatrices dont la plus notable au niveau de l'œil, son nez est particulièrement grand pour un géant et crochu, ses lèvres sont fines et il se gratte la barbe bouclée. Ses poils sont noirs. Le géant finit finalement par se laisser tomber sur les fesses dans un bruit assourdissant, avant d'ouvrir sa large bouche dégageant une haleine fétide. Je me disais bien que je t'avais senti. Il me parle à moi ? J'ai du mal à... Je dois faire attention, je garde une main proche de Red et ne quitte pas le géant des yeux. Relax mec, c'est juste moi Eddy. Il m'a appelé Eddy ? Je m'appelle Bellamy. Je réplique sans le lâcher des yeux, il me prend pour quelqu'un d'autre, je vais le décevoir, plus qu'à espérer qu'il ne m'écrase pas trop vite. Avec Redose sur les épaules j'aurais du mal à courir vite, mais le temps qu'il se relève je pourrais peut-être le prendre de vitesse, non. Il est pas seul, et ça me prend au moins cinq secondes pour récupérer Redose. En définitive, je dois tout faire sauf le contrarier. Je te connais depuis suffisamment longtemps pour savoir qui tu es. Me dit-il, l'air sévère. Haha tu m'as eu vieux, c'est moi, Eddy ! Je lui dit tout sourire, avec des bras accueillants.

Le géant me scrute étrangement. Tu mens. Merde je dois le distraire. Tu parles drôlement bien pour un géant haha ! Je dis en rigolant, il faut que je gagne par la diplomatie. Tu es Eddy, sans être Eddy... Semble t-il se dire, interrogé. Je crois comprendre ce qu'il se passe. J'aurais dû en parler plus avec Redose de ça, je sais trop peu de choses sur mon passé, mais j'étais à Azkaban. Pourquoi, je sais pas. Combien de temps, je sais pas. Mon ancien prénom, aucune idée. Merde. Je suis désolé d'avoir menti... La vérité, c'est que je me souviens plus de rien. Je lui avoue, il tourne la tête, interrogé, il veut que je développe. J'ai appris récemment que j'avais été sorti d'Azkaban pour être le premier détenu à être réhabilité par l'oubli. Ses longs et épais sourcils se haussent. En gros ils effacent ta mémoire, et te crée une fausse vie... Je lui avoue finalement.

Le géant tourne la tête, et semble en pleine réflexion, il parle assez lentement, mais c'est vraiment fluide. Je pensais que les géants avaient beaucoup de mal. Je comprends, ça explique des choses. Alors tu es Bellamy maintenant. Il se le confirme, et je hoche la tête. Très bien alors, Bellamy, cet homme. Il pointe Redose de son long et épais doigt qui pourtant laisse apparaître les lignes de ses phalanges. Ça fait des jours que mes amis attendent pour le manger, il est soit fou, soit faible, ce ne serait que clémence que de le délivrer. Il ose me dire ça, à moi, sur mon propre fils. NON. Je lui crie, et les têtes se tournent vers moi. Ils ne le toucheront pas. Je te respecte, Bellamy, même si ce n'était pas toi, c'est toi qui m'a fait ça. Dit-il en désignant son œil éborgné. Demain, je les laisserais faire ce qu'ils veulent de ton petit ami. Choisis. Tu t'en charges, ou on le fait. Semble t-il me menacer, il se lève et part.

Ses géants le suivent, et le gobelin tremblote dans sa flaque de pisse puante. Je dévisage toutes ces têtes tournées vers moi, à me regarder, comme si j'étais un morceau de viande ou une mère protégeant son œuf. Je ne suis plus seulement seul et faible. Je suis seul, faible, et vulnérable.
Peut-être que je devrais... Protéger Redose autrement ?

Je pose mon regard sur lui, non, je ne peux pas faire ça.

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PARTIE 3 : Les bruits de couloirs






Même s'il vaut mieux manger lentement, du moment qu'il mange, ça va. Mais je ne passerais pas plus de temps que nécessaire ici, il faut que je le ramène au plus vite dans sa cellule, où il devrait être en sécurité. Au moins jusqu'à demain. Dès que je lui ai fait avalé son repas à la becquée, je le prends sur mon dos et me dépêche de me rendre à la fin du huitième étage. Je ne supporte pas tout ces regards braqués sur nous, comme si nous n'étions que des proies.

Gilgamesh me suit, il semble avoir écouté mon conseil, il a arrêté de me dire de l'abandonner, seulement maintenant il se tient à distance, sans doute par peur de moi ou de ceux qui pourraient nous vouloir du mal. Je remarque bien qu'il cherche des gens avec qui rester quand j'ai le dos tourné, s'il me suit c'est parce qu'il ne veut pas se retrouver seul, et qu'il n'a pas le choix.

Au troisième étage, mes jambes tremblent. Elles sont en compote, beaucoup trop faibles pour tenir un tel rythme, j'envisage de voler sa cellule à un géant, je commence à croire que combattre ce groupe est plus simple que de monter et descendre les huit étages chaque jour.
Je commence à penser ça... Probablement parce qu'on vivrait plus longtemps si on se contentait de nos cellules. Je vivrais plus longtemps en abandonnant Redose.

Mais la vie, ce n'est pas ce que j'ai de plus précieux, alors je peux bien m'en passer. C'est lui, lui que je dois sauver, même s'il n'était pas mon fils par le sang, il est comme un fils pour moi. Il est tout mon entourage, tout ceux que j'aime. Un pas après l'autre, Bel. C'est avec difficulté que mes orteils agrippent la prochaine marche, et me propulse, il ne reste que cinq étages. Je me sens faible, je vacille, je veux tomber. Je veux m'écrouler ici, abandonner et attendre que les détraqueurs prennent mon âme. De toute façon, c'est pas comme si j'allais aller au paradis.

Un pas après l'autre, Bel. J'entends son cœur battre dans mon dos. C'est un signe qu'il veut vivre, j'en suis sûr. Ce n'est pas qu'il ne veut pas vivre, c'est seulement qu'il est trop faible pour ça. Mais le temps va le réparer, peut-être bien que le géant nous a menacé d'en finir demain, mais le temps, je le prendrais. Un pas après l'autre, je ne le laisserais pas me prendre... Me prendre tout ce que j'ai. Je ne le laisserais pas me prendre... Mon fils.

Gilgamesh le gobelin a des difficultés à gravir les marches lui aussi. Pourquoi tu tiens autant à lui ? Il me demande, quelques marches derrière moi. J'aimerais lui expliquer, mais je ne peux pas expliquer un sentiment avec des mots. Il faudrait qu'il le vive pour comprendre. C'est... Mon fils. J'arrive à placer entre deux respirations. Ça je m'en doutais... Mais à t'attacher autant, tu te condamnes en plus de lui. Il ne m'a pas dit de le laisser tomber cette fois, il essaie peut-être juste de me faire "ouvrir les yeux". Tu crois que j'en ai pas conscience... ? Tout ce qu'il me faut... C'est du temps. J'essaie de dire, même si mon corps semble n'en plus pouvoir. Il n'en a plus beaucoup... Dit-il, et je peux pas répliquer, je dois économiser ma salive, et ma force, monte Bel. MONTE. Ma voix me hurle dans les oreilles de monter, elle me hurle de placer un pas devant l'autre, d'avancer, d'avancer encore. Et je sens ce poids sur mes épaules, et qui pèse sur tout mon corps, je sens ces chaînes retenir mes membres, mais j'avance. Ces chaînes n'existent que dans ma tête. Ce poids, c'est la vie. Je suis en vie. Il est en vie. Alors je continuerais d'avancer.

Après de courts et faibles cris, j'arrive finalement au huitième étage. Mes genoux touchent presque le sol, mon dos est courbé, presque à l'horizontale, et mon regard plongé dans le sol, mais j'avance. D'un coin de l'œil, je compte les cellules à droite, à gauche, mais je suis arrêté, arrêté par la vision d'un pieds. Je relève les yeux pour voir deux sales tronches. Un homme au teint émacié et des poches sombres sous les yeux, et une femme au nez crochu avec un large sourire aux lèvres. Je me retourne rapidement pour voir deux autres individus au teint émacié, avec des poches sombres sous les yeux. Ils sont tous maigres, et dangereux. Mon cerveau me pique, la douleur me paralyse, et je laisse tomber Redose au sol. Gilgamesh se fait dépassé par les deux individus devant moi. Le barbu avec un large sourire et des bras accueillants ouvre sa gueule, dévoilant des canines jaunes et affutées. Il se raconte que demain, les géants vont tuer ton petit copain là. Gilgamesh, forcément. C'est faux. Le... Le vampire se tourne vers le gobelin paniqué qui secoue la tête, avant de retourner vers moi, souriant à nouveau. On sait tout les deux que c'est ce qui va se passer. Dit-il avec un léger rire glaçant.

Je sens une main à mon épaule, quelqu'un me prend pour son ami et me fait une sortes d'accolade. Et alors ? Je réplique. Les géants ne laissent rien pour les autres ces égoïstes, nous, on est plus sympas, promis. Affirme t-il avec une joie intense. Nous, on est bien plus sympas, on est même pas obligé de tuer la victime et un seul corps peut contenter beaucoup d'entre nous.

Je vois. Donc ce sont des négociations, des négociations à 4,2 contre 1. Il pourrait très bien imposer leurs règles et me tuer, mais il vaut mieux un sac de sang en vie, car il peut se recharger. C'est pour ça qu'il y'a des sorciers, des elfes, et d'autres créatures dans leurs groupes. Ils proposent de les protéger en échange de leur sang, c'est ça qui a dû convaincre le gobelin. Vous ne le toucherez pas. Je dis, et la main sur son épaule me sert un peu plus. Je sens ses ongles pointus. On peut vous protéger, en échange de votre sang bien sûr, et peut-être même qu'un jour on vous transmettra notre don. Dit-il avec un sourire bien trop enthousiaste.

En d'autres circonstances, j'accepterais peut-être. Je n'ai pas vraiment le choix, c'est la meilleure chose à faire... Mais... Je peux pas. Le plus dangereux dans une morsure de vampire c'est pas seulement le fait qu'il prenne trop de sang, c'est le fait qu'ils transmettent des maladies en plus. Il faut vraiment être désespéré pour accepter. Et le désespoir... C'est pas rare ici. Les détraqueurs s'en assurent.

En enlevant autant de sang et en transmettant une maladie, il y'a de grandes chances que la victime meurt si elle a déjà des problèmes. Les esclaves de ces créatures n'ont pas bonne mine, elles peinent à marcher, à vivre, j'en ai vu deux tomber comme des mouches alors même qu'on est arrivé ici sur le même bateau. C'est une condamnation à mort pour Redose, et affaibli, je ne pourrais pas le protéger et personne ne déploierait d'efforts pour le protéger, le nourrir, le déplacer.

En définitive. C'est non. Je finis enfin par dire. Le sourire de la bête disparaît, et il sort de son pantalon un os taillé en pointe. Bon. Bah plan B. Dit-il dans le plus grand des calmes. La main sur mon épaule se resserre et je sens ses ongles pénétrés ma peau. Je serre les dents, ça fait mal. Je sens quelque chose à côté de mon autre épaule. Un rapide regard me permet de voir un bout blanc dépassé, il m'a planté ?
Redose. Redose, non. Ils s'approchent, l'homme qui avait sa main sur mon épaule me pousse en arrière, ils s'approchent tout les quatre et l'entourent, ils vont... Non. Red. Redose. Je ne peux pas.

Je refuse. Redose... Je... REFUSE. REDOOOOSE. Hurla Bellamy à plein poumons. Ses cris retentirent dans les couloirs, les escaliers, dans une bonne partie de la forteresse. Des cris sauvages et aucunement contrôlés, des cris de douleur, des cris de rage, ses yeux avaient tournés au blanc et il n'avait plus que son instinct pour guider son corps. Au bout de quelques minutes, il se réveilla de sa crise. Debout, devant deux corps inertes au sol, les mains couvertes de sang. Sans trop se questionner d'avantage, Bellamy plaça Redose dans sa cellule, et récupéra les armes sur, ou plutôt, dans les corps du vampire souriant et de la harpie qui les accompagnait.

Gilgamesh était à terre, paralysé, regardant Bellamy comme s'il s'agissait d'un monstre, ou d'une violente bête féroce. Il sait quelle chance il a pu avoir ce soir là. Et quel potentiel logeait au plus profond des tripes de Bellamy.

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PARTIE 4 : Mortels






Dès que je suis entré dans ma cellule, je me suis écroulé au sol, les membres engourdis. J'étais clairement pas serein après ce qu'il s'était passé hier soir, laisser Redose seul dans sa cellule, quel supplice, mais mon corps n'en pouvait plus. Je n'aurais pas pu resté éveillé pour surveiller sa cellule jusqu'à ce que le gardien vienne la fermé, même si j'avais voulu. Ça fait si peu longtemps qu'on est là, et la mort nous guette à chaque instant, même sans détraqueur la situation serait désespéré. J'aimerais dire que je n'en peux plus, j'aimerais abandonner juste cette fois, j'aimerais juste m'écrouler au sol après avoir tout fait, juste histoire d'être fier et de ne pas avoir de regrets dans mes derniers instants. Je veux juste... Juste en finir... Je suis pas naïf, je sais bien que je n'ai aucune chance de survivre ici, pas avec Redose sur le dos, mais je n'ai aucune chance de vaincre le dilemme qui me chagrine non plus. Soit je reste ici avec Redose, soit je meurs. Il a la seule personne pour laquelle je voudrais me battre... J'ai gâché ma vie. J'ai finis à Azkaban, et quand j'ai été délivré, j'y suis retourné.

Ici ou ailleurs de toute façon, c'est pareil, sans mensonge. Dehors je sillonnerais les bars à la recherche d'une dernière baston, j'abandonnerais mon corps car je n'aurais aucune raison de vivre. Je me contenterais de vivre longtemps, mais je finirais mes jours à la rue, baignant dans mon vomi. Ici, ma mort ne sera pas moins glorieuse.

Alors si ma vie est si risible, au moins je protégerais ce qui m'est précieux. C'est cette seule idée qui m'a donné la force de me lever alors même que le petit-déjeuner est passé et que mon corps souffre le martyr. Je n'ai aucun espoir qu'on voit demain, mais je me battrais pour lui donner du temps, tout ce dont il a besoin c'est de temps, je trouverais le moyen de lui en donner. Je tuerais un géant pour le donner aux vampires s'il le faut. Je raserais cette forteresse de tout ses détenus. J'irais jusqu'à forcer un gardien à me rendre ma magie. Je n'ai rien à perdre si ce n'est mon fils, alors je ferais tout pour lui. Et s'il est le seul à tomber, je raserais tout ce qu'il y'a sur mon passage et je le rejoindrais.

Soulevé, je sens mes jambes céder sous nos deux poids. Je sens mes muscles fondre, et mes os se tendre, mais j'avance. Un pas après l'autre, je prends les escaliers, une marche après l'autre, j'arrive en bas. Un pas après l'autre, je l'assois à une table et je le nourris. Pour l'instant, personne n'est venu nous voir, pas même Gilgamesh. On est deux, et on est seul. On est désormais le groupe le plus faible de tout Azkaban ça ne fait aucun doute.

Lorsque le repas fut terminé, je me dirigeais vers les escaliers. Mais de lourds pas se font entendre, et j'essaie de courir, mais mes jambes ne me le permette pas, et voilà que le cyclope me barre la route, je garde Redose dans mon dos, puis le pose à terre. Je ne négocierais pas avec eux. Ce n'est même pas le chef qui décide, ils ont faim, et ils ne voient en nous que de la bouffe. Je me saisis du long os que transportait le vampire hier, je compte bien me battre.

Le cyclope se gratte la barbe. C'est Bellamy c'est ça ? Je hoche la tête avec appréhension, pour l'instant, rien n'est irréversible. Écarte-toi. Je secoue la tête, la diplomatie n'a pas marché, il a l'air déçu. Si tu ne t'écartes pas, toi aussi tu vas mourir. Me dit-il. Je te crèverais ton autre œil, et je tuerais ce gars. Je pointe un géant au hasard, celui-ci avance la tête comme un pigeon et se pointe du doigt. Ouai toi. Je confirme. Alors autant le bouffer lui, vous aurez plus de viande en plus. Je rajoute avec un large sourire. Le cyclope éclata dans un rire qui résonna dans toute la salle.
Attirant, je parie, l'attention d'éléments plus qu'indésirables.

Il s'accroupit pour se mettre à ma hauteur, enfin, à peu près. Il pointe Redose de son épais doigt. Le tuer lui c'est de la clémence, le défendre lui c'est de la démence, ça n'en vaut pas la peine. Essaie t-il de me persuader, j'ai conscience que si personne ne m'a attaqué c'est uniquement parce que le cyclope préfère parler, il veut me sauver, je me sentirais presque mal de réduire ses efforts à néant. Je soutiens son regard, il soupire et se relève. Il est sur le point de faire signe à sa troupe et de se retourner, je dois défendre ma cause, il le faut ! C'est mon fils ! Je hurle dans une dernière supplique. Il ne tourne que sa tête. Moi, j'ai mangé mon père. Ces mots me décrochent la mâchoire. Il sait probablement ce que je ressens, mais il s'en fiche.

Derrière moi, un gobelin crie. Vas t-en mec, ça en vaut pas la peine. Je vois son regard, il a peur, pourquoi il n'abandonne pas lui non plus, pourquoi il ne me laisse pas me faire tué ? Ça lui est complètement égal maintenant, non ? Il doit avoir trouvé un autre groupe, il n'a plus besoin de moi, pourtant il reste là ? Je n'abandonnerais pas moi non plus.

Autour de lui, des vampires se lèchent les babines, des harpies aussi, le monde tourne autour de moi et je me rends compte que je suis cerné. Les géants bloquent les escaliers, de l'autre côté il y'a des vampires et des harpies, entourant toute la scène il y'a des gens aléatoires, des gobelins, des elfes, des sorciers, des vélanes, ils admirent le spectacle. C'est vrai qu'il se passe si peu de chose ici... Les détenus organisent des combats entre eux juste pour se divertir, mais ce n'est pas un combat ça, c'est un massacre qu'ils préparent. Je ne l'abandonnerais pas, je ne fuirais pas.

Ma respiration s'intensifie, je vois les géants faire leurs premiers pas vers moi, et de l'autre côté des affamés avancer, mon cœur bat avec une intensité folle, j'ai l'impression que je vais mourir, je n'ai rien à perdre. Mon corps n'en peut plus depuis longtemps, ma vision se trouble, mais je garde conscience. Bel. Bel. Bel. Bats-toi Bel. Je suis Bellamy Smith. Je crie comme un forcené.
Non. Je crie comme je crie, c'est moi le forcené. Un vampire bondit sur moi et je l'élimine avant qu'il pose ses crocs dans ma chaire, un géant fonce, il est lent mais fait de larges pas.
Avec un coup bien placé il se retrouve à terre, il n'a pas toucher Redose dans sa chute.
Puis c'est le tour d'une harpie de tomber, je me rends bien compte que je suis blessé, et que j'ai de nouvelles blessures, mais je peux pas abandonner. Alors je me bats.

Et un cri retentit. ASSEZ. Lance le cyclope. Il s'avance vers moi, mais s'arrête à distance raisonnable. Tu es toujours aussi valeureux, tu n'écorcheras pas ma famille d'un membre de plus. Me dit-il, et j'entends quelqu'un bondir dans mon dos, j'ai pas le temps de me retourner, mais le vampire est arrêté par quelqu'un d'autre. Une grande femme musclée avec des cheveux noirs, j'aurais presque l'impression de voir Bella. Puis un homme dont les cheveux tirent du brun sur le châtain nous rejoint, on est trois, puis quatre. Et la femme fait face au cyclope. Bergelmir, tu ne veux pas faire ça. Lui lance t-elle, avec courage, le cyclope lui rit au nez et à la barbe. Petite femme, il faut bien que ma famille mange.

La femme aux cheveux noires ne perd pas de terrain même si le géant avance. Des corps jonchent le sol. Suggère t-elle d'un ton innocent en désignant de la main toutes les victimes. Des harpies et des vampires. Lance t-il avec un tel dédain que j'ai l'impression qu'elle l'a insulté, il crache au sol et grimace furieusement, mais elle n'a pas peur, c'est fou... Alors ce n'est pas une question de nutrition, mais une question de goût. Lâche t-elle avec une intonation tranchante.

Le cyclope se gratta la barbe comme pour réfléchir, il dit des mots dans une langue qui m'est inconnu, probablement la langue des géants, ceux-ci s'approchèrent et je restais sur mes gardes. Mais la femme ne semblait pas paniquée, elle parle cette langue ? Que veulent-ils ?
Les géants ramassèrent les corps, et dans une cacophonie de sifflements de la langue, les vampires et les harpies se retiraient dans l'ombre. Me laissant avec cette femme, cet homme, et tout ces gens autour. Ils ont un regard sévère et perçant, ils n'ont pas l'air d'être plus agréable.
Les... Les... Les fanatiques... Lâche Gilgamesh avec effroi.
Et finalement, je ne suis pas plus soulagé. Ces gens sont ceux qui en veulent le plus à Redose.
Et je suis cloué au sol, incapable de bouger. Je suis impuissant...

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PARTIE 5 : Debout






Impuissant ? Moi ? Cloué au sol, c'est n'importe quoi. Je ne me permettrais pas une telle faiblesse, je ne me permettrais pas d'abandonner, je ne le laisserais pas aux mains de ces charognes. Lève-toi. Lève-toi Bel. BELLAMY. Ma voix hurle dans ma tête, mon corps ne répond pas, mais je dois me lever. Je ne me pardonnerais pas d'être resté à terre pendant que tout ce que j'avais de précieux en ce monde se fasse dépecer à côté de moi. Je les laisserais pas.

Sans vraiment comprendre comment, j'arrive à me tenir debout, les genoux au ras du sol, les jambes flagellants, je suis entouré d'ennemis, et je n'ai plus d'arme. Je réunis tout ce que j'ai dans les poings pour lever une garde fragile, j'ai même du mal à serrer les poings. Tant pis. Je ne peux pas les serrer, alors je vais les forcer à se serrer. Je vais enfoncer mes ongles dans mes paumes. Bats toi Bel. Pour Red. Bats toi.

Je hurle pour soulager la douleur, il faut que j'envoie un coup, on réfléchira à la suite plus tard. Pour l'instant, tout ce qui importe ici bas, c'est ce coup. Je tourne mes pieds, et mets tout le poids de mon corps dans ce poing. Mon corps tourne sur lui-même, mes hanches me font affreusement mal, mais je vais le faire, j'envoie un smash au ras du sol sur la femme qui m'a aidé. Elle semble être la cheffe. À cette distance et à cette vitesse, je l'aurais.

Elle fait un pas sur le côté et je m'écroule, elle me retient et me supporte. Je me suis écroulé sur elle. Je lève les yeux pour voir son regard plein de peine, on dirait vraiment Bella... Nous sommes de votre côté, Bellamy. Me dit-elle avec tant de douceur, dans le coin de mon œil je vois Redose, à nouveau pris de convulsions, comme souvent depuis que son état a décliné. Instinctivement je me jette sur lui pour l'atteindre, mais la femme me retient dans ses bras et je tombe sur mes genoux. Il a besoin de moi... J'ai tellement de peine et, tellement de peur, je dois rester près de lui. On ne peut rien faire pour lui pour l'instant. Me dit-elle. Que veut-elle dire par là ?

Je tourne mon regard dans sa direction. Vous savez ce qu'il a ? Et elle me répond. Il est en plein sevrage brutal, il suivait de nombreux traitements avant d'arriver ici, des traitements lourds et particulièrement coriace... Elle me confirme qu'elle sait des choses que je ne sais pas. Qui est-ce ? Je m'appelle Debora, Debora Hitchcock. Debora Hitchcock... Ça me dit quelque chose, mais j'en ai jamais entendu parlé. J'étais sous ses ordres quand il était le chef du bureau des aurors, on était très proche... Ainsi elle connait Redose du bureau des aurors, mais alors que fait-elle ici, avec les fanatiques, si c'était une agent alors elle ne devrait pas être là, et encore moins avec eux. J'ai accepté la bénédiction de Veritas, et Redose m'a envoyé ici. Merde, j'aurais dû plus l'écouter quand il parlait de Veritas. La femme soupire. Désormais vous faites partie de notre groupe. On va voir ce qu'on peut faire pour Redose, en attendant, vous, reposez-vous. Lâcha sèchement la femme avant de me laisser tomber au sol. Quel tranchant cette femme alors... J'espère qu'elle est célibataire.

Je n'ai pas vraiment la naïveté de leur faire confiance, mais je n'ai simplement pas la force de me méfier d'eux. J'ai vraiment plus de force. Même dans mes dernières réserves il n'y a rien.
Je mets tout mes efforts et toute mon énergie dans le simple fait de respirer, pourtant je ne peux pas me relaxer. Je ne peux pas me détendre alors que Redose crise, alors qu'il va si mal, alors qu'on a failli crever, les ennemis sont partout. Partout. Impossible de leur échapper, cette boîte de pierres est un tombeau. Mon tombeau. Celui de Redose. Celui d'eux tous autour de moi.

Après avoir récupérer quelques forces, je me suis adossé contre le mur le plus proche, j'ai toujours du mal à respirer. Ça me rend anxieux d'être aussi loin de Redose, mais je peux rien y faire. Même si j'étais proche de lui, je ne pourrais pas le protéger, et ma présence risque de déranger ceux qui tentent de l'aider.

Je vois le cyclope, enfin, Bergelmir d'après ce qu'a dit Debora. Bergelmir se rapproche, je le vois occuper de plus en plus mon champ de vision, et sans que je réussisse à comprendre grand chose, le voilà adossé contre le même mur que moi, à quelques mètres. C'est terrifiant. Tu n'as rien perdu de ton mordant. Il a toujours pas compris que je vois pas du tout de quoi il parle ? Si tu veux me bouffer, commence par la tête. Je tente un trait d'humour, même si c'est pas vraiment le fort des géants, pourtant il rigole. Je t'aime bien, je voulais pas vous faire du mal, mais faut bien nourrir sa famille. À qui le dit-il... J'ai dû mâcher la nourriture pour Redose, c'était immonde, et pourtant je le referrais autant de fois qu'il en a besoin.

Un blanc s'installe, et une question sort par inadvertance. Tu as vraiment manger ton père ? Je lui demande, et le blanc se poursuit, puis il parle. La plupart des géants ne parlent pas bien, et ne réfléchissent pas beaucoup, car ils n'ont grandis qu'avec des géants qui ne parlent pas bien, et ne réfléchissent pas beaucoup. Il taille sa propre espèce ? Moi qui croyait que c'était "famille avant tout si tu l'insultes j'te tue"... Mais moi, j'ai grandis dans un lieu, où humains, gobelins, géants, et aux créatures des fées aux elfes, vivaient ensemble. Je ne pense pas qu'un tel lieu existe, je tourne difficilement la tête, l'air interrogé. Et je me rappelle que c'est un géant en le voyant. Il est énorme.

Ici. Dit-il en pointant le sol de son doigt, mince, est-ce qu'il est en train de dire que... Je suis né ici. J'étais l'enfant d'Ymir, mais j'ai apprit de tout le monde. Je parle le Gobelbabil, la langue des trolls, celle des géants, et celle des hommes. Je n'aurais jamais cru possible pour qui que ce soit de naître ici, ni même d'y grandir, un bébé est bien plus faible que Redose, non ? Même si c'est un géant... Alors pourqoi a t-il fallu... Pourquoi... La moral de ce lieu est depuis toujours là-dedans. Il pointe son cœur. Et là-dedans. Il pointe son cerveau.

Lorsque mon père était vieux et faible, sa dernière leçon devait être inscrite dans ma chair. C'est une vieille tradition chez les géants, mais c'était rare apparemment. Il fait une pause, quand je me dis qu'il n'a jamais vu le ciel ensoleillé, ni les fleurs... Je l'ai mangé pour lui rendre honneur, et c'était normal pour moi, mais les autres. Ceux qui n'ont pas grandis ici. C'était une horreur de le voir. Conclut-il.

Je comprends mieux pourquoi ils pensent que c'était préférable pour moi de l'abandonner... Car ce qu'eux auraient fait.

Debora nous rejoint. Debout en face de nous, les bras croisés, elle a l'air sévère. Bergelmir, Bellamy, on a des choses à se dire tout les trois.

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PARTIE 6 : Ensemble






Je comprends pas ce qu'elle nous veut, après Redose je dois être l'être le plus faible de toute la prison... Dans mon état, je sens que même un elfe de maison pourrait en finir avec moi. Et à côté c'est Bergelmir, dit le cyclope, qui fait près de huit mètres de haut à vu de nez, je comprends même pas comment il peut entrer dans une cellule. Sa volonté de vivre doit être exceptionnelle...
Ou peut-être est-ce seulement parce qu'ici, c'est sa maison. On ne peut pas être plus de deux dans une cellule, alors toutes les nuits de son enfance jusqu'à aujourd'hui, il a dû les passer seul.
Il n'avait pas sa mère pour le réconforter quand il faisait un cauchemar. Et il a malgré tout survécu, comment ça se fait qu'il puisse rire ? La plupart des gens qui entrent ici sombrent dans le désespoir le plus profond... Non. Ce n'est pas juste de penser ainsi, c'est la seule vie qu'il ait connu.

N'empêche, un enfant représente l'espoir, ça m'étonne que les détraqueurs ne l'aient pas cueilli au berceau. J'aimerais tellement en savoir plus... Puis, ça ne coûte rien quelques questions, mais ça risque de le vexer... Non. Il n'a pas l'air susceptible. On dit que les géants sont violents, mais il aurait pu en finir plus d'une fois, mais il s'est retenu. Alors peut-être... Non.

Debora devant nous semble attendre, une vieille dame arrive après quelques minutes de blanc total. Je suis peut-être pas la personne la plus faible de la prison après tout. Elle n'a pas toutes ses dents, et galère à marcher, elle rampe presque sur le sol tant son dos est courbé. Ses yeux sont d'une clarté exceptionnelle, et son regard vide me fait dire qu'elle n'y voit rien. Elle finit par s'écrouler au sol, j'aimerais bien l'aider, mais je suis trop faible. Debora pour sa part ne bouge pas, elle me fixe avec du mépris et de la peine, je comprends pas ce que j'ai bien pu lui faire pour qu'elle... Peu importe.

Bergelmir tendit son long et fin et bras vers la vieille qui s'appuya sur un doigt et utilisa le bras du géant pour avancer et se diriger jusqu'ici, elle finit finalement par s'asseoir devant nous. Comment a-t-elle pu survivre jusque là ?

Debora s'assied à côté d'elle, et lui donna son bras auquel la vieille s'accroche. Cette femme s'appelle Helga, notre guide lui a octroyé la possibilité de voir l'avenir. Okay, je vois, c'est direct ça. La possibilité de voir l'avenir ? C'est pas possible... L'avenir change toujours tout le temps, le destin c'est n'importe quoi. Puis, si elle voyait vraiment l'avenir, elle deviendrait folle, c'est bien trop vaste pour un simple cerveau humain, non ? Veritas choisit ce que l'on peut voir, lire, ou savoir. Et elle a permit à Helga de voir l'avenir de cette forteresse. Et ? Elle peut voir l'avenir de cette forteresse, et ensuite quoi ? Ça change rien au fait qu'on reste bloqué ici.

La vieille dame ouvre la bouche avec difficulté. J'ai... Vu... Quoi ? Qu'est-ce qu'elle a bien pu voir qui mérite d'être dit au cyclope. Elle doit parler plus vite. La mer. Elle est juste sénile... J'ai du mal à prendre les fanatiques au sérieux. Ils sont nombreux et apparemment dangereux, mais ils sont pas non plus à l'abri de la folie visiblement. Le casque rouge. Je me redresse en sursaut, le casque rouge ? Rouge ? Ça s'invente pas ça. Elle l'a vraiment vu ? Non attends. Moi, Redose et Éli on est pas les seuls à connaître son existence... Quoique... Si ? Il me semble que les autres pensent qu'il s'agit simplement d'un artefact comme un autre. Est-ce qu'ils savent ? C'est peut-être un piège pour nous manipuler. L'armée de terre... Une armée ? De métal... ACCELERE. Et de cadavres. Qu'est-ce qu'elle raconte... Pourquoi est-ce qu'elle nous dirait tout ça, et pourquoi on la croirait ? Peut-être bien que ces fanatiques peuvent pas mentir, mais qui a vérifié ?

Debora me lance un regard sévère. Moi. J'ai vérifié. Elle vient... De me parler ? Oui, c'est à toi que je parle. Elle lit les esprits... C'est une legilimens... Je ne suis pas une legilimens contrairement à ce que vous pensez tout les deux. Alors comment est-ce possible qu'elle puisse me répondre... On ne peut pas pratiquer la magie ici, notre guide m'a permis de lire certaines choses dans certains esprits, c'est son pouvoir, pas le mien. Elle poursuit, mais ça veut rien dire. Elle pourrait mentir, c'est vrai quoi rien ne l'en empêche vraiment. Que nous mentions ou pas ne fait aucune différence, Bellamy. Tu as besoin de nous. ... Oui... Vous avez dit que vous aideriez Redose. Je dois pas être sur la défensive ni les provoquer, ça pourrait porter préjudice à Red... On va sortir d'ici. Elle prévoit un plan d'évasion ? Mais tout les plans d'évasion se sont conclus en de lamentables échecs. Des centaines de cadavres, apparemment des milliers à travers le temps. On est pas différent. La sécurité est plus sévère que du temps de Sirius Black, peut-être bien que les détraqueurs n'ont pas autant de liberté, mais c'est bien plus sévère. On va discrètement rallier toute la prison à notre cause. Cette femme est complètement folle. J'insiste sur la discrétion, Rebecca voit à travers les murs. C'est un suicide... Ralliez la prison, préparez-vous. Je crois que je tombe amoureux de ce ton sévère et déterminé. Dans cinq ans, Élisabeth Willis nous fera sortir. Je l'aime... Elle brille littéralement dans l'obscurité, il y'a une lueur verte dans ses yeux que je ne comprends qu'à moitié. Rien ne l'arrêtera, elle est tellement déterminée...

Attends. Éli ? J'ai besoin de plus de détails. Vous saurez tout quand Redose sera en état. En attendant, commencez votre mission. Nous ordonne t-elle avec force et charisme.

Alors il y'a de l'espoir finalement ?

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PARTIE 7 : Rébellion






Ça doit faire environ trois semaines maintenant... C'est difficile de garder la notion du temps ici, je compte les jours, mais ça devient de plus en plus difficile de tenir. Je ne comprends pas comment autant de gens peuvent survivre ici, si tu t'approches trop de la porte de ta cellule un détraqueur te remet à ta place, il y'a toujours un risque d'en croiser un au détour d'un couloir, apparemment il ne dévore ton âme que si tu ne respectes pas les règles, mais rien ne dit qu'eux les respectent. D'autant que nos vies n'ont aucune valeur ici... Pas plus tard qu'avant-hier j'ai voulu aller aux toilettes, quelqu'un m'avait devancé, et là la figure cagoulée s'est approché d'elle et en quelques secondes, le détenu s'est retrouvé au sol, il avait l'air d'être mort de l'intérieur.

Même sans prendre notre âme, les détraqueurs ont d'autres moyens de nous atteindre. Se nourrir de nos peurs, de notre désespoir, s'en prendre à quelqu'un qui nous est cher... Plus on reste ici, plus on s'engraisse. Quand je suis arrivé ici, je pensais qu'on était des proies, des proies pour les géants, des proies pour les anthropophages, des proies pour les détraqueurs et même des proies entre nous. Tout ça pour me rendre compte, qu'ici, on est comme du bétail.
On nous a jeté dans une cage, nous des insectes qui se dévorent les uns les autres, et dans la même cage on a jeté des lézards qui se nourrissent de nous.

Dans tout ce chaos, je pensais qu'on avait aucune chance de survivre, même si j'ai tout donné pour qu'on survive, j'y croyais pas. J'ai toujours du mal à y croire. Sans le groupe de fanatiques... Enfin... Sans le culte de Veritas, on aurait fini dans l'estomac de géants et vampires. Sans Redose, je n'aurais même pas essayé de tenir dix minutes ici...

Le gardien ouvre finalement la porte de ma cellule. J'en sors, et le voilà, il arrive à marcher seul pour le quatrième jour. Il a toujours l'air mal en point, mais il marche seul. Tu t'en sors vieux ? Je lui demande. Il arrive à marcher, mais il a toujours l'air tellement fatigué, et à l'ouest. Il a l'air d'avoir prit vingt ans, mais au moins, il n'a plus le crâne si dégarni maintenant. Je me demande à quoi il ressemblera quand il sera en pleine forme, si... Non. Il survivra. Je ne l'ai jamais vu sobre après tout... Sans tout ces traitements.

Il me regarde et tente un sourire en coin malgré sa mine affreuse. On s'y fait à ce truc... Il se caresse la nuque, est-ce qu'il parle de la sangsue ? C'est comme ça qu'on appelle cette substance ici, la sangsue, sauf qu'elle suce la magie et c'est vrai qu'on s'y fait à la longue. Ça affaiblit grandement, il y'a une réelle différence, au début j'avais l'impression d'avoir totalement perdu le contact avec ma magie, mais en fait elle est juste tellement faible que je dois creuser... Ouai. Je me contente de répondre, ce n'était pas vraiment ce que j'attendais comme réponse, j'espérais qu'il m'offre une réponse plus poussée, mais il va mieux qu'hier ça se voit. Pourquoi on va si bien tout les deux ? Il me demande ça alors qu'il s'approche de moi pour commencer à prendre le chemin des escaliers. Je comprends pas ce qu'il veut dire par là et ça doit se voir à ma mine intriguée, comment ça pourquoi on va si bien ? C'est une bonne chose qu'on aille bien, il n'y a pas de raison qu'on aille mal. On est deux... Je suis faible et je suis pas stupide, je sais que j'étais presque végétatif pendant un bout de temps... On aurait pas dû survivre, en tout cas, pas moi. Je comprends mieux...

Ses doutes sont fondés, c'est vrai que ça ne doit pas être évident pour lui, il a été dans un sale état depuis presque quatre semaine, et on est là depuis seulement quatre semaines, mais rester quatre semaines seuls et avec un poids sur son dos c'est une condamnation à mort ici. Quatre semaines c'est une éternité pour quelqu'un au bord du gouffre. Il n'était pas là quand Debora nous a parlé, et elle n'est pas venu le voir. Ni lui ni moi d'ailleurs, je n'ai pas osé lui demander plus de détails puisqu'elle a été très clair, c'est elle qui viendra à nous quand Redose sera en état. Mais encore faut-il savoir ce que c'est qu'être en état pour elle... Il est conscient au moins, et justement, il est conscient. Il se rend bien compte qu'on est seul, et pour lui, on a toujours été seuls. Il ne se souvient pas avoir été transporté de sa cellule à la grande salle et de la grande salle à la cellule par quelqu'un d'autre que moi. On ne fait pas partie du groupe du culte, mais ils nous protègent malgré tout et Redose ne peut simplement pas le voir. Je ne lui ai rien dit car il n'a rien demandé, et je ne voudrais pas lui faire un choc en lui révélant quelque chose d'aussi violent que ça... Il vaut mieux qu'on prenne le temps.

Et puis, ce n'est pas comme si du temps, on en manque. Je te dirais tout quand tu seras en état. Je lui dis avec un sourire, mais ça ne le contente pas et je le vois bien à sa grimace que ça ne le contente pas. On a continué à descendre les marches en silence, pourtant s'il y'a bien un sujet que tout le monde connait dans cette prison c'est ces foutus marches. Elles sont étroites, à chaque étage tu dois traverser tout les couloirs c'est un véritable enfer, en particulier quand t'es à la fin du huitième étage. Je me demande si c'est plus simple ou plus compliqué pour les elfes et les gobelins qui sont seuls, eux sont derrière nous jusqu'aux cellules du neuvième étage et nous, on est là que depuis quatre semaines.

Arrivé en bas, on va directement aux cuisines pour faire le petit-déjeuner, il est en état de faire ses services maintenant. On a beau être "protégés" par le culte, on en est pas pour autant exempt de nos tâches. Puis, on est protégés sans l'être. Ici, le culte n'a pas vraiment de crédibilités, dehors non plus d'ailleurs. Ils ont beau avoir conservés des pouvoirs, ils sont considérés comme des religieux, des fanatiques.

Je pense que c'est pour ça que Debora n'a pas voulu nous accepter dans le groupe, pas en plein jour. Bergelmir a de la crédibilité, c'est le plus fort de toute la prison, le chef des géants, l'enfant d'Azkaban. Moi, j'ai donné une leçon à plusieurs vampires et harpies, une leçon qu'ils emporteront en enfer. On a tout les deux plus de crédibilités qu'une personne perçue comme un fanatique, c'est pour ça qu'on a pour rôle de rallier toute la prison. Seulement... Ça risque d'être compliqué. Comment être certain que personne n'ira cafter dans l'espoir d'un traitement de faveur ? L'espoir est mort dans cet endroit, mais il suffit de laisser envisager la possibilité de quitter ce lieu maudit pour le faire renaître... L'espoir est une arme à double tranchant, ce lieu est tellement pourri que le moindre espoir pourrait être un soleil. Mais il est également tellement pourri que le moindre espoir pourrait être un sacrifice. J'ai accepté l'offre du culte car ils nous protègent, et qu'on a besoin de protection, ils ont l'air d'être sûr d'eux... Mais rallier plus de huit cents personnes c'est du délire... Beaucoup on des points de vue opposés, et c'est normal au vue de toute la diversité. Comment pourrait-on convaincre des néo-mangemorts et des nés-moldus ? Comment pourrait-on convaincre des elfes et des esclavagistes ? Ce plan est trop optimiste... Et pourtant tout le culte y croirait ? Bergelmir semble y croire, lui n'a aucun intérêt à écouter Debora, il pourrait écraser son groupe facilement. D'un côté je n'y crois pas, et de l'autre le type qui connait le mieux cet endroit et ses habitants y croit, j'ai besoin de l'avis de quelqu'un qui connait cet endroit et ses habitants, quelqu'un comme Gilgamesh. Et j'ai besoin de l'avis de quelqu'un de plus intelligent que Gilgamesh ou moi, Redose. J'ai pu voir ce que donne son esprit à l'oeuvre, je connais quelques uns de ses mérites, il doit vite récupérer et être en meilleur état.

Avec lui et plusieurs elfes, on s'occupe de cuisiner le petit déjeuner. Juste du pain et des œufs brouillés. Le pain est tellement dur, et les œufs puent... Rien que pour ça, je suis sûr que beaucoup nous rejoindraient, mais ça ne suffit pas. On ne sait jamais quel monstre peut se cacher parmi nous. Quel imbécile sans foi ni loi peut nous trahir et tout faire capoter. Ça ne dérangerait pas les gardiens n'éliminer la moitié d'entre nous, ou d'organiser un concours de tir dont on est les cibles. Qu'importe la situation, ça peut toujours empirer. Si le culte a vraiment un moyen de s'évader, ils ne devraient emporter que des gens de confiance, au lieu d'attendre cinq années et de convaincre la forteresse entière.

Le petit-déjeuner finit, c'est au tour d'autres solitaires de prendre la suite, et de servir.
Moi et Redose on se contente de prendre un bol, une cuillère, et de faire la queue derrière tout le monde. C'est fou ce que le silence peut être pesant, c'est sans doute pour ça que des gens décident simplement de se battre contre quelqu'un, juste histoire de ressentir autre chose que du vide. Avec Redose on est descendu, on a préparé du pain et des œufs, on a fait la queue, on s'est assit avec notre bol, on a mangé, et on est allé s'installer au niveau du mur d'entrée, et tout ça, sans se dire un mot. Et on continue à ne rien se dire. J'espère ne pas l'avoir vexé en lui disant que ça devrait attendre, c'est juste que je ne crois pas que ce soit le bon moment.

Mais ce n'est que mon avis, pas celui de Debora puisqu'elle s'approche dangereusement de nous. Elle compte tout lui dire maintenant ? Elle n'est pas venu nous voir depuis qu'elle nous a sauvé des géants et des charognes. Pourquoi maintenant ? Pourquoi pas hier, ou demain ?
Helga l'accompagne, elles se tiennent la main.

Redose lève les yeux et semble surpris, mais sans plus. Il a un regard assez menaçant, moi je me contente de tourner la tête vers elle et de l'ignorer. Bien dormi ? Il se lève, sans difficulté, non. C'est ce qu'il essaie de faire paraître sans doute, il se méfie, et il ne veut pas montrer plus sa faiblesse que ce qu'il montre déjà. Je m'apprêtais à répondre, mais... Inutile de répondre je le sais déjà et puis on s'en tape. Dit-elle avec sévérité en balayant le sujet de la main. Cette femme a un charisme impressionnant, j'espère qu'elle lit pas ça ? Elle roule des yeux. Mince, je crois qu'elle a lu ça. Peut-être que je devrais couper mes pensées ? Je sais pas faire ça. Sans doute que j'avais pas raison d'apprendre à le faire jusqu'à maintenant... LALALALALALALALALA. Elle grimace, zut. J'arrête, désolé. Redose, on se revoit enfin. Lui dit-elle, est-ce qu'il la reconnait, il n'en a pas l'air. Je le regarde et il tire une grimace menaçante. Clairement il n'est pas prêt d'être sympa. J'espère que ça ne va pas énerver Debora. Je m'en doutais, je suis Debora. Et en entendant ça, le visage de Redose perd ses couleurs. Sa bouche s'entreouvre sur une expression absolument dépitée, il semble détruit, découragé, et tellement peiné. Une telle douleur s'affiche sur son visage, et sur ses jambes. Il est si déstabilisé que ses jambes tremblent, et qu'il s'écroule au sol, son regard toujours porté sur Debora.

Mon garçon lève la tête avec une peine immense, il est à genoux, les bras ballants, dans une position on ne peut plus soumise. Soumise à quoi ? Je suis... Je suis... Tellement désolé... À bien regarder la scène, il semble soumis au jugement.
Debora grimace, elle se mord la lèvre et ses sourcils se froncent, ses yeux se ferment et ses poings se serrent dans quelques tremblements de son corps. Elle prend une grande inspiration, et expire, avant de relâcher ses poings. Qu'est-ce que j'ignore ? Des excuses ne la ramèneront pas. Dit-elle avec ferveur, Helga lui tapote la hanche. Elle aurait finit par y aller, avec ou sans vous. Bella...

Bella ? C'est vrai qu'elles se ressemblent, et je doute qu'il s'agissait de sa sœur vu la différence d'âge visible... Serait-ce... Était-ce... Ouai. Elle tourna brusquement la tête vers moi sur une expression particulièrement irritée et énervée. J'étais sa mère. Non de Dieu...

Je sens à mon tour les couleurs quitter mon visage, ma mâchoire tomber, et mon expression sombrer dans une peine et une culpabilité extrême... C'était son choix. Dit-elle, l'air frustrée et peinée. Et elle a perdu...

On peut... On peut peut-être... Commence Redose, mais Debora le coupe brusquement. Non. ... Non... ... Ce n'est pas possible, ni pour elle ni pour aucune des victimes de cette chose que TU as créé. Accuse t-elle en pointant Redose du doigt. Mais je t'en veux pas... Ça allait forcément se passer comme ça... C'était écrit alors ? Leur "guide" savait ? Leur guide... A laissé faire...

On va l'arrêter. Elle commence, déterminée. Mais je ne crois pas qu'on va faire quoique ce soit, si tant est que ce que dit la vieille est vrai, il est dévastateur, et il le sera encore plus dans cinq ans. C'est impossible. Je commence, mais Debora ignore, elle se contente de toute expliquer à Redose. Je continue à croire que c'est beaucoup trop pour lui, dans son état, entre ce sermon et ce plan, c'est bien trop.

Ça ne marchera jamais. On est coupé du monde extérieur, il est impossible de rallier autant de monde dans notre situation, on a aucun contact avec l'extérieur, cette idée dont vous semblez si fiers va tomber à l'eau. Il commence, Helga tente d'en placer une, mais Redose l'interrompt à nouveau. Et si en plus vous pensez pouvoir mettre la main sur lui vous êtes stupides. Il semble en colère, mais il semble encore plus abattu qu'en colère. Frustré peut-être ? Je ne saurais dire, il a perdu et il veut abandonner, je comprends. Rouge était faible lors de notre dernière rencontre... Depuis il a perdu Georges, il n'a plus aucune raison de rester au Royaume-Uni, ni aucune raison de rester "calme". Comment ça... Il insinue que Rouge est inarrêtable ? En cinq ans il aura une meilleure maîtrise de ses capacités, il a appris qu'il n'était pas à l'abri, il pourrait être n'importe où et voler n'importe qui de ses connaissances, il lui suffit de prendre la personne par surprise pour détenir des informations uniques. Dit-il en se mordant la lèvre avec une telle force que je pose ma main sur son épaule pour le supporter, il doit se calmer.

Il tape dedans avec peu de force, mais beaucoup de hargne. En moins de vingt victimes et avec un hôte moyen il pouvait invoquer la foudre, un démon, utiliser deux catalyseurs en même temps, et il ne lui a pas fallu longtemps pour prendre le contrôle de... Il saigne de la lèvre.

La discussion se poursuivit, Debora se contenta d'expliquer le plan à Redose sans répondre à tout ses doutes. Apparemment il aura tout le temps d'y réfléchir pendant les cinq prochaines années. Trois événements vont pousser Élisabeth à tenter de secourir Redose, et elle ne sera pas seule à ce moment là. En définitive, on a pas vraiment le contrôle sur le plan d'évasion, ni sur quoique ce soit, seulement sur ceux qui vont s'évader, et aussi...

Maintenant que tu es en état, on va commencer. Lance Debora dans l'air en se craquant le poing. La sangsue améliore notre endurance magique sans qu'on le sache, alors on va en profiter pour devenir forts, très forts. Poursuit Debora, avant de regarder Redose. Mais toi, Redose, c'est une autre type de force que tu vas devoir acquérir. Elle mit un pied à terre, et prit la main gauche de Redose dans les siennes. On va te briser, encore et encore, et encore.
Lui dit-elle avec une détermination telle, que j'ai mal pour lui. De toute façon, je peux rien y faire. Rien à part l'admirer... Elle est complètement folle, je veux l'épouser. Tu vas devenir l'arme ultime contre Rouge.

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CHAPITRE 7 : La foudre de la blairelle


PARTIE 1 : Le feu de la ruche






Dans une des maisons de la Ruche, petit hameau familial où résident les membres de la famille Omniak, une supplique coule. J'en peux plus... Laisse tomber Eden dans les oreilles des membres restants de sa famille, sa mère Élisabeth, son frère Adonis, et sa soeur Athéna.

Deux ans plus tôt, Élisabeth leur révélait la vérité à propos de leur père, Redose, et de leur grand-père, Bellamy, anciennement Edouard. Celui-ci a été condamné pour avoir lancé un feudeymon dans un village et fait plusieurs victimes. Quelques temps plus tard l'enquête a révélé d'autres traces magiques sur les lieux du drame, notamment celle du conseiller Bebbleregan, Georges Hélius Bebbleregan ainsi que celle de Bellatrix Hitchcock, membre de l'éminente famille Hitchcock. Tout deux avaient disparus, mais seul le corps végétatif de Bellatrix fut retrouvé à des centaines de killomètres du lieu du crime. Suite à l'arrestation de Redose et de Bellamy, les disparitions précedants la découverte de corps dans un état végétatif ont cessé au Royaume-Uni.

Il n'en fallait pas plus pour incriminer les deux détenus qui ont été condamnés sans même avoir été présents à leur procès, sans même le savoir. Si le harcèlement subit ne suffisait pas, les dernières incriminations ont provoqué un déferlement de haine et de violence à l'égard de la famille Omniak, qu'ils s'agissent des enfants de Redose, de ses nièces ou de ses neveux, la violence était la même. Il en fut de même pour sa fratrie, ses cousins, et Élisabeth, sa femme.

Elle avait déjà dû redoublé d'efforts pour atteindre son métier, et aller au-delà de ses limites pour le conserver. Élisabeth Omniak s'était rendue indispensable pour le concilium. La née-moldue était entourée d'ennemis, et n'avait d'autres choix que d'être la meilleure des spécialistes, l'experte la plus talentueuse et la plus rusée. C'est pour ces seules raisons qu'elle parvint à garder son emploi de maître des potions. Quand l'ensemble de la famille Omniak connaissait l'échec et la faillite à force des boycotts successifs et de la pression exercée sur les enseignes. Même Elizabeth, le frère aîné de Redose, n'a pas pu conserver son emploi d'enseignant à la FSCM.

Seulement, les adultes de la famille ont pu immédiatement connaître la vérité. Eden Omniak et sa fratrie ont dû attendre que les jumeaux eurent atteint leur majorité pour quel leur mère leur confie un secret aussi lourd et pesant, elle a paru être une folle à leurs yeux. Sans preuve, elle paraissait juste être la victime d'une pression telle, qu'elle se laissa tentée par une histoire où Redose, leur père, ne serait pas le criminel sanguinaire qu'il est.
Au cours du temps, des éclaircissements, des questions, une seule question demeurait au pendant des lèvres d'Eden, la plus vieille de la fratrie et la plus têtue. Pourquoi ? Demande t-elle à sa mère.

Les joues rouges sous ce torrent de larmes, les yeux petits et suppliant, la jeune femme peine à rester debout et se tient contre un mur du rez-de-chaussée. Les deux plus jeunes enfants observaient la scène du haut des escaliers. C'est pas si simple... Lui répond Élisabeth, peinée, frustrée, serrant un poing dans sa main. Je croyais que t'étais courageuse... Lance Eden, désabusée. Ce n'est pas la première fois que ce sujet revient sur la table, ça passait surtout par des petites piques par ci par là, des disputes de temps en temps, mais jamais ça n'avait atteint ce niveau. La cuisine était en vrac du côté de la mère, le salon en vrac du côté de la fille. Il ne suffit pas de courage pour vaincre Azkaban. Lance t-elle d'abord en criant. Et encore moins un pays entier ! En hurlant.

Eden colla son poing dans le mur, un air inquiet derrière la colère de sa mère se figea sur son visage. Elle n'était pas en colère contre Eden d'éprouver un tel doute : Si ce qu'Élisabeth dit est vrai, pourquoi n'a t-elle rien fait pendant cinq ans ? Elle qui est forte, rusée, courageuse, elle qui a la réputation et l'argent, même si elle est surveillée elle aurait pu tenté quelque chose si l'innocence de son mari ne fait vraiment aucun doute à ses yeux. Le maître des potions du Royaume-Uni aussi, peut se sentir impuissant. D'une impuissance pesante et insupportable. D'une impuissance qui l'empêche de dormir la nuit. D'une impuissance telle qu'elle la fait vomir. D'une impuissance qui lui fait serrer les dents, les poings, qui la fait pleurer, qui la fait crier, hurler, paniquer... Se questionner... Les doutes d'Eden sont légitimes, avoir attendu aussi longtemps alors qu'elle méritait de connaître la vérité, alors qu'elle était adulte depuis longtemps, c'est un poignard dans le dos aux yeux de la jeune femme qui n'a pas vu son père depuis des années, et qui des années plus tôt était brisé.

Azkaban est l'enfer au Royaume-Uni, et c'est là que son père est. Personne n'a de nouvelles, jamais. Il est peut-être mort, ou fou, peut-être a t-il changé, ou est-il le même... Rien ne permet d'en être sûr. Et sa mère n'a rien tenté. Celle qui pourtant pourrait déplacer des montagnes, ne peut rien contre une forteresse ?

Pourtant, aujourd'hui plus que jamais, Redose ne doit pas être enfermé entre quatre murs. Sa femme ne le sauverait pas, ses enfants ne peuvent rien. Une grande frustration se fait sentir dans la maison, et dans toute la Ruche à vrai dire. La rancune qu'Eden éprouve de savoir que toute sa famille leur a dissimulé la vérité tout ce temps l'a rendu instable avec le temps, et le sentiment qu'elle éprouve d'avoir été trahie alimente le brasier de violence qu'elle cache en elle.

Dans la nuit du 23 février 2075, la jeune femme n'arrive comme d'habitude pas à trouver le sommeil. Inquiète pour son père, et pour l'héritage qu'il a laissé au monde avant d'être enfermé. Un petit monstre de métal d'une gourmandise et d'une curiosité fatale. Sa famille semble s'être fait à la situation, même s'ils sont tous affectés, eux arrivent à dormir.

Elle s'apprêtait à aller courir, mais décida de faire un saut dans la chambre de sa mère. Peut-être ne dormait-elle pas, peut-être Eden pourrait-elle lui présenter des excuses. Tout le monde est à cran, tout le temps. Seulement, Eden a hérité du sale caractère impulsif et brutal de son père.

Élisabeth arrivait parfois à trouver le sommeil en se consolant, elle comprenait la rage de son aînée, mais quand bien même elle voudrait agir, elle ne pourrait pas y faire grand chose. Même si elle arrivait à sortir Redose de sa cellule, rien ne garantit qu'il soit toujours la personne qu'elle ait connue, mais qu'importe son état, il est certain qu'Élisabeth perdrait tout. Si encore elle avait été sûre que Redose allait bien, peut-être aurait-elle tenter quelque chose. Ils auraient pu partir dans un autre pays et continuer leur vie là-bas, leurs enfants sont adultes et ils auraient pu les suivre ou leur rendre visite de temps en temps. Même si elle est un modèle au Royaume-Uni, tout ce qu'elle a n'est qu'artifice à côté de sa famille. Et c'est cette même famille qui la convainc de rester à sa place, ses enfants ont besoin d'elle, et elle ne va pas risquer de finir à Azkaban pour quelqu'un sans même savoir si cette personne est vivante ou non.

Chaque soir, Élisabeth prend un long moment avant de se coucher, elle doit consommer un somnifère pour espérer pouvoir dormir si elle n'est pas trop agitée. Seulement la journée a été difficile, devoir gérer une nouvelle crise d'Eden c'est dur, très dur. La relaxation n'en est que plus compliquée. Elle s'habille d'un peignoir et se permet un bain de pieds pendant qu'elle boit un verre de vin blanc devant un livre. C'est très précis comme rituel, mais le sommeil est assuré.

Enfin... Il est assuré quand personne ne rentre par la fenêtre. Ce qui fut le cas cette nuit-là. Un homme d'une trentaine d'années arborant un très, très large sourire plein de dents et armé d'une baguette avait réussi à s'introduire discrètement dans la chambre de la femme par la fenêtre. Celle-ci était ouverte pour profiter d'un vent frais hivernal. L'homme avait réussi à passer toutes les protections de la ruche et à se hisser jusqu'à l'étage sans un bruit. Élisabeth, tranquillement installée sur son fauteuil ne pouvait pas vraiment le voir puisqu'elle lui tournait le dos. L'homme s'approchait à pas de loups, se retenant de rire. Il pointa sa baguette sur la femme devant lui, concentrée sur son livre et très peu attentive à ce qui l'entoure. Son instinct entra en scène, et lui permis de décrocher les yeux un instant, un seul instant pour voir une partie de l'ombre de l'homme projeté par la faible lueur de sa bougie. Seulement un instant avant qu'il ne lance son sort.

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PARTIE 2 : Au revoir






Élisabeth se retrouva le souffle coupé par le choc et la surprise, quelqu'un venait de lui lancer un sort. La jeune femme lâcha instinctivement son livre et bondit du fauteuil à la recherche de sa baguette, seulement, à peine un pied hors du sol que la revoilà dans son fauteuil. Enfoncée dedans comme si elle venait d'y être ligotée.

La cible neutralisé, l'homme mûr arrêta vite de s'entêter à se tenir sur la pointe des pieds. Ses pas sont lourds lorsqu'il tourne en cercle dans la pièce. Élisabeth était collée à son fauteuil, sa voix était presque éteinte, et elle n'avait pour seule paysage que son mur, son chevet, son livre flottant dans son bain de pieds. Incapable de bouger, le stress montait en elle, et sa respiration commençait à se faire difficile. Elle a le caractère d'une guerrière, mais elle n'a ni l'expérience, ni les compétences, c'est une femme dangereuse, courageuse, intrépide. Mais ce n'est pas une guerrière.

Dans son dos, il observait les différents objets décorant la chambre. Des photos de famille, des tableaux, un poster sur la porte, un liseur de disque, une radio, tant de décorations qu'il regardait avec une attention et une joie intense. Finalement, l'homme tourna le fauteuil dans sa direction. Il croisa le regard confus et effrayé d'Éli, regard contrastant avec celui de l'homme, traduisant une joie et une certaine curiosité. Pourquoi ? Se demande le maître des potions du Royaume-Uni. Pourquoi... Sans doute la question la plus importante dans l'histoire de l'humanité.

L'homme ouvrit la bouche un instant avant de commencer à parler. Bonjour, Éli. Lui dit-il, le sourire traçant une courbe d'une oreille à l'autre. J'imagine que tu ne sais pas vraiment qui je suis... Lance t-il d'une voix douce et attentionnée à l'attention de la jeune femme, avant de poser ses mains sur ses poignets et de la regarder avec un regard joueur. Tu veux quoi ? Peine à demander Élisabeth, espérant obtenir des réponses avant de rejoindre l'haut delà. Ce n'est pas tant qu'elle pense pouvoir le raisonner, elle part perdante et condamnée, seulement c'est une tradition chez les humains de questionner leur mort. Et une tradition chez les Omniak d'allonger leur vie même de quelques secondes, car quelques secondes peuvent faire la différence. Autant pour donner la vie, que la reprendre.

L'homme recula et bascula la tête d'un air extrêmement ravi qui, dans la faible lueur de la bougie d'Éli, lui donnait seulement un air absolument terrifiant. Je veux rendre fier mon maître et être heureux. Son maître ? Se demande Éli qui juge l'homme du fond de son fauteuil. Il doit faire environ la même taille qu'elle, il est fin et a le visage allongé, il n'a pas de casque sur la tête et prétend servir un certain maître. Beaucoup de gens dans le pays veulent faire tomber Élisabeth Omniak. Elle est une née-moldue et elle a fait son chemin jusqu'à un niveau de la hiérarchie sociale insoupçonné pour quelqu'un de son statut. Elle est une icone, un modèle, elle a inspiré plusieurs générations de jeunes nés-moldus et supporté le droit des femmes dans le Royaume-Uni sorcier. Que des gens lui en veulent ce n'est pas nouveau, c'est à ça que servent toutes ces protections. Des protections qui n'ont pas suffit à arrêter cet homme.

Celui-ci reprend la parole et se rapproche d'Éli. Je m'appelle Prince, Kasongo Prince, enchanté de vous rencontrer. Fait-il alors qu'il embrasse la main d'Élisabeth, particulièrement confuse plus que dégoûtée. Je suis là pour vous tuer. Dit-il sur un ton froid et meurtrier, son expression faciale lui donne l'air particulièrement cruel et dangereux.

Il s'éloigne à nouveau et pointe la poufsouffle de sa baguette. Le maître m'a donné carte blanche du moment que j'accomplis ma mission, alors après vous avoir tué, je vais séquestrer, torturer, puis tuer toute votre famille puis brûler la Rûche ou qu'importe comment vous appeler ce lieu. Élisabeth, certes effrayée jusque là, commence à s'agiter et à paniquer. Sa vie lui est précieuse, mais celle de ses enfants, et de sa famille, c'est quelque chose qui la dépasse et de loin. Ce n'est pas une attaque uniquement contre elle, c'est une attaque contre tout ce qu'elle a de plus cher, tout ce qu'elle a de précieux. Et cet homme veut le lui prendre, il prend un malin plaisir à prendre son temps.

Il a obtenu ce qu'il voulait. Pense Élisabeth, ce sadique ne lui a dévoilé son programme uniquement pour obtenir dans le regard de la femme des suppliques, de la peur, de l'impuissance. Sur un sourire, il se permet une dernière phrase. Rouge vous dit, au revoir. À ce moment-là, elle su que c'était la fin. Une larme unique coula d'un de ses yeux, et elle pensa à sa famille. À ceux qu'elle voyait chaque jour, à ceux qu'elle voyait plus rarement, à Redose...

La baguette de l'homme vola en éclat d'un coup, cette "explosion" le fit sursauté de surprise. Élisabeth senti sa voix lui revenir, et l'emprise du fauteuil sur elle se relâcher. Instinctivement elle se mit debout. Dans un coin de la pièce La silhouette d'une femme se dessinait. Eden Omniak avait fait duré le suspense, mais elle était là maintenant, marchant le long du mur, la tête tournée vers cet homme.

Il fonça sur elle à vive allure, mais arrivé à quelques centimètres d'elle, son corps se figea violemment, comme si une fine barrière entourait cette femme. Elle fit un pas dans la direction de l'homme qui était déjà tout proche d'elle, et il se retrouva repoussé en arrière. D'un coup de baguette de la part d'Eden, l'homme se retrouvait plaqué au mur. Elle bougea sa baguette encore deux ou trois fois, ce qui eu pour effet de plaquer l'homme contre les différents murs de la pièce avec une certaine violence. Ça va maman ? Demanda la femme à sa mère. Ouai... T'aurais pu faire plus vite. Répliqua Éli, sa main sur sa gorge.

Eden se tourna vers l'homme qu'elle maintenait plaqué contre un mur. Maintenant on sait qui il sert. Dit-elle. Ni la fille ni sa mère n'avait prévu un assassinat cette nuit. Et maintenant que les tables ont tournées, il est temps pour les blairelles d'obtenir quelques informations. Elles s'avancent vers l'homme, toujours cloué au mur. Pourquoi Rouge voudrait s'en prendre à nous ? Et pourquoi maintenant ? Demande Eden d'un ton calme et relaxé, quoique blasé et légèrement ennuyé. Les voies du seigneur sont impénétrables, mais il arrive toujours à ses fins. Lâcha l'homme dans un long et terrifiant rire, interrompu par Élisabeth. La ferme. Prince continue à sourire, se léchant les lèvres. Ou sinon quoi, Redose n'est pas un tueur... Dit-il, juste avant de cracher au visage d'Élisabeth.

Même si Élisabeth était énervée, elle ne s'approcha pas de Prince. Sa fille, Eden, mit son bras entre sa mère et cet homme. Élisabeth est énervée, mais ce n'est rien face à la rage de sa fille.
Toute sa vie elle a été comparé à son père en raison de ses excès de violence. Je ne suis pas Redose. Lâche t-elle.

Prince semblait sur le point de faire une remarque de plus, mais la force exercée contre son corps pour le clouer au mur semblait s'intensifier. À chaque pas qu'Eden faisait vers lui, il se retrouvait écrasé de plus en plus fort contre le mur. L'homme est si déformé par la force, qu'il ne peut plus sourire, ni rire, tout ce que la maison pouvait entendre c'était un cri étrange et saccadé se voulant être un rire. Arrivée à quelques centimètres de lui, Eden posa presque sa baguette sur la poitrine de cet homme étrange. Ton maître te rejoindra bientôt. Dit-elle enfin. Et lorsque le bout de sa baguette toucha la poitrine de l'intrus, il disparu dans un nuage de poussière rouge qui disparu à son tour.
Dernière modification par Redose Omniak le 22 août 2026, 02:25, modifié 1 fois.

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PARTIE 3 : Adieu






B...Bordel tu l'as tué ? Demande Élisabeth sous le choc. Elle fit quelques pas en arrière afin d'atteindre sa baguette. Sa fille venait vraisemblablement d'exterminer une personne sous ses yeux et sans éprouver une once d'hésitation.

Eden se retourna lentement vers sa mère. T'as une preuve ? Lui demande t-elle en retour, avec sarcasme et ironie, allant jusqu'à hausser les mains. Élisabeth s'arrêta dans sa quête pour la pointer du doigt. Je t'ai vu ! Lance t-elle.

Une voix s'élève du couloir. Moi aussi... Lance Adonis dans l'embrasure de la porte, aux côtés d'Athéna. Je l'ai désintégré et puis quoi ? C'est un- Commence Eden avant qu'Adonis le coupe. C'était. Rectifie t-il en croisant les bras façon Élisabeth Willis, sa mère. Oh oui merci seigneur pour ce détail si important. Lance t-elle sur un air faussement reconnaissant à son attention avant de répondre. C'ÉTAIT. Dit-elle en appuyant bien le mot alors que son regard se porte sur Adonis. Un assassin. Conclue t-elle finalement.

Élisabeth continuait à se diriger lentement vers sa baguette. Il voulait tous nous tuer, puis tout brûler, ce n'est pas un procès qui nous aurait facilité les choses, ça nous aurait seulement fait paraître faible. Eden tente de convaincre son auditoire. Élisabeth a sa baguette à portée de main, mais elle s'arrête. Certes désintégrer quelqu'un c'est extrême, mais elle marque plusieurs points. Ça ne laisse littéralement aucune trace, et ça permet de ne pas paraître faible... On croirait entendre Redose, seulement Redose aurait trouvé un moyen détourné pour éliminer le problème. Simplement le capturer et le remettre aux autorités n'aurait servi à rien, ça aurait même été contreproductif. Rien n'assure l'intégrité des autorités, et il suffirait à Rouge de continuer à envoyer des assassins pour parvenir à ses fins, il ne risquerait même pas de perdre d'éléments, seulement ça soulève des questions.

Élisabeth s'assied sur son lit. Pourquoi maintenant... Et comment il a pu passer outre la sécurité. Eden s'adosse contre le mur sur lequel elle a désintégré Prince et croise les bras. Si ce type a les souvenirs du vieux, il connait les dispositifs de sécurité... Il faudrait peut-être les changer ? Suggère Eden, visiblement dans la lune malgré son air dur et sérieux.

Élisabeth trouvait cette explication tout à fait plausible, mais depuis, plusieurs nouveaux dispositifs ont été ajoutés... Pourtant, cet assassin avait réussi à pénétrer et faire usage de la magie sans se faire repérer dans la Ruche. Il fallait faire part de cet accident le plus vite possible à tout les habitants de la Ruche, même les moldus devaient faire attention désormais.
Même si une partie du mystère trouve une théorie, rien n'explique pourquoi Rouge aurait soudainement envoyé un assassin éliminer Élisabeth, et pourquoi elle en particulier ? Serait-elle la seule visée ? Ce qu'elle sait, sa famille le sait aussi, sa famille devient une cible, pourtant c'est elle que l'assassin visait, pourquoi se demande t-elle. Rouge connait suffisamment Élisabeth pour savoir comment elle penserait et agirait, si elle a eu la vie sauve c'est uniquement de la chance aujourd'hui, de la chance qu'Eden soit là, et que ce sadique idiot parle autant. Il pourrait également s'agir d'un piège pour qu'Élisabeth soit plus vigilante et que sa famille, la véritable cible, était visée. Sans sa famille, Élisabeth sombrerait dans une folie furieuse profonde et irréversible. Rien n'est sûr avec Rouge.

Eden se détacha du mur et laissa pendre ses bras un instant avant de retrouver ses poches. Je vais lui demander. Affirme t-elle d'un ton confiant et posé, oserait-elle vraiment ? Tout le monde se pose cette question dans la pièce. Adonis et Athéna savent pertinemment qu'elle ne plaisante absolument pas. Elle serait capable d'aller lui demander directement, seulement, elle n'a aucune idée de l'endroit où il se trouve.

Eden de son côté pense qu'avec un peu de recherche, elle finira bien par trouver sa cible à elle.
Tu plaisantes ? Demande Élisabeth pour confirmer. Non. Répond Eden sans hésiter alors qu'elle se dirige vers l'embrasure de la porte. T'es pas sérieuse ? T'iras nul part. Ce monstre est bien trop... Trop quoi ? Trop... Fort ?

Eden se retourna lentement et posa sur sa mère le regard hérité de son père. J'attends rien de toi, t'as abandonné depuis longtemps. Dit-elle, avant de se mordre les lèvres et de balayer l'air dans un geste ample. Sérieux quoi ! J'te reconnais plus ! L'accuse t-elle avec violence, sa petite sœur et son petit frère cloîtré devant l'embrasure, observant la scène avec effroi et peine. Si t'en avais la volonté tu pourrais le libérer, au moins voir comment il va. Lance t-elle alors que des larmes commencent à couler. Je peux pas, moi... Ses poings se referment sur une expression de frustration, et sa mère pose sur elle des yeux remplit d'empathie et de peine. Elle est désolée, mais ça ne change rien. Mais je peux le trouver, lui, Rouge. Élisabeth voudrait s'imposer, mais la peine et les larmes de sa fille l'en empêche. Je t'ai fait confiance toute ma vie... Ça fait deux ans que je réfléchis, mais là... Je peux... Elle peine à le dire. Les mots restent coincés dans sa gorge. Je peux pas suivre un chemin de lâches. Lâche t-elle d'un ton sec, sur un regard portant un feu transmis d'un père à sa fille. Pas quand un type s'en prend à ma famille. Dit-elle finalement avant de tourner les talons pour retourner à sa chambre.

Elle dit vrai, ça fait des années qu'elle réfléchit, plus de deux ans à vrai dire. Quand son père est entré en prison, Eden, déjà en filière auror et la plus brillante des élèves de sa promotion, a commencé à se donner à fond. À repousser ses limites encore et encore pour devenir une sorcière puissante qui pourrait peut-être libérer son père. Il y'a deux ans, lorsqu'elle a tout appris, elle s'est senti trahie. Extrêmement trahie. Violemment, trahie. Mais soulagée. Soulagée que son père ne soit pas le monstre qu'elle voudrait faire sortir d'Azkaban. Elle a eu du mal à croire à cette histoire de casque, à cette histoire avec Bellamy, à tout ça en fait... Mais une partie d'elle désirait tellement y croire. Quand cet assassin a parlé de Rouge, alors enfin elle a été certaine. Certaine que ce n'est pas qu'une légende. C'est ça, l'élément déclencheur dont elle avait besoin. LA preuve ultime qui justifie de faire bouger les choses.

Eden est forte, mais ce n'est pas de la force qui fera trembler Azkaban. L'île est entourée de violents courants marins, des vents infernaux, des monstres... Il n'y a qu'un chemin, et ce n'est pas la force qui va le forcer. Élisabeth est bien meilleure dans la finesse, il n'y a qu'elle pour réussir un tel coup de maître. Mais exterminer un ennemi, Eden peut le faire. Ses sorts spatiaux, son expérience et ses études font probablement d'elle la sorcière la plus dangereuse du Royaume-Uni. Et cette sorcière fait ses affaires à la va-vite, embarque une tente et du matériel de voyage. Elle est aussi impulsive que son père, mais n'a pas d'enfant qui l'attend à la maison.

Elle regretterait sans doute les mots qu'elle a dit à sa mère quand son état lui sera passé... Alors quand finalement elle a fini de faire ses affaires, elle se fait un serment à elle-même.
Celui de revenir, revenir et faire ses excuses. Mais pour l'instant, pour l'instant il fallait qu'elle le trouve. Qu'elle le trouve et qu'elle l'élimine afin que jamais plus il n'attente à l'intégrité de sa famille. De ce qui lui est précieux.

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PARTIE 4 : Seule






Élisabeth n'avait pas pu fermer l'œil de la nuit après tout ce qu'il s'était passé. Elle aurait voulu avoir la force de convaincre Eden de rester, de ne pas se jeter dans une entreprise aussi dangereuse. Mais rien n'aurait pu la convaincre de rester, et personne n'aurait pu l'en empêcher.
La mère s'en voulait d'être aussi lâche, les mots de sa fille raisonnaient dans sa tête comme dans une caisse de résonnance. Lâcheté ? Est-ce de la lâcheté de vouloir protéger ce qu'il reste de sa famille ? Élisabeth se dit que non, mais de l'autre côté, elle se dit que ç'en est de ne même pas avoir tout tenté pour empêcher sa fille de commencer un tel périple. Elle aurait pu en empêcher Redose, mais comme Eden l'a dit, elle n'est pas Redose.

Alors qu'Élisabeth et Redose sont des sorciers au-dessus de la moyenne pour différentes raisons : Les deux étant des acharnés du travail, et Élisabeth se distinguant par sa passion et sa détermination, là où Redose se distingue par son intelligence et sa rigueur. Eden pour sa part est considérée depuis l'enfance comme un enfant prodige, doué de génie, de détermination, de rigueur, de passion, tout en travaillant ses nombreux talents. Elle est bien au-dessus de la moyenne des sorciers et à son jeune âge surpasse déjà ses parents. Seulement, elle n'a pas leur expérience, et c'est peut-être son plus grand point faible. Toutes les portes lui ont toujours été ouvertes, elle n'a jamais été confronté à un obstacle de sa vie. Si elle n'est pas arrogante ni téméraire, elle est définitivement ignorante de la dangerosité du monstre qu'elle s'apprête à affronter. Ce n'est qu'un ennemi de plus à ses yeux, mais c'est un ennemi comme elle n'en a jamais vu.

Élisabeth sachant cela éprouve une anxiété telle qu'elle en tremble, et pourtant elle ne peut se résoudre à rattraper sa fille. C'est impossible. Quoiqu'elle fasse, elle ne sera jamais un obstacle pour elle. Elle n'est pas un monstre sans faille, elle n'est qu'une femme à cran qui doit gérer la pression gargantuesque d'être qui elle est.

À midi, Élisabeth se réveillait dans le fauteuil dans lequel elle tremblait encore il y'a quelques heures. Son premier réflexe fut d'aller voir la chambre de son aînée, peut-être s'était-elle ravisée ? Ce n'est pas son genre, mais personne n'est à l'abri du doute et de l'abandon. Arrivée dans sa chambre, la mère comprit qu'Eden était partie. Partie en tempête, elle avait prit des affaires importantes et... La photo de famille qu'elle gardait sur son bureau. Maigre lot de consolation. Lot de consolation malgré tout. Lorsque l'on part pour un grand voyage, l'étape la plus difficile est de passer le seuil de la porte, il est rare que l'on revienne sur ses pas lorsqu'on a passé le seuil de la porte, car alors on craindrait de ne pas le passer à nouveau.

En se dirigeant vers la cuisine pour manger un bout, Élisabeth passa devant la chambre d'Adonis, un détail la troublait. Certaines affaires avaient également disparues, elle se jeta à grands pas dans la chambre d'Athéna et le constat était le même. Des affaires ont disparus, la conclusion à laquelle elle arrivait était terrifiante, et malheureusement très plausibles. Élisabeth fouillait l'ensemble de la maison, criant à pleine voix le nom de ses enfants, mais n'obtint pour seule réponse que l'écho de sa propre voix. Rien en haut, rien en bas, rien nul part, personne à portée de vue, et un papier sur la table de la cuisine.
La femme mûre s'en approche et s'en saisit pour découvrir sur le morceau de papier des phrases dessinées à la va-vite dans un style brouillon et visiblement pressé, mais l'écriture d'Adonis reste identifiable.
Maman,

Nous sommes désolés de te laisser seule, mais on ne peut pas laisser Eden partir sans aide. On reviendra tous ensemble, je te le promets.
À la lecture de ces mots, Élisabeth fut prise d'une peur panique, même si elle partait maintenant elle ne pourrait pas les rattraper sans savoir où ils sont. Ni comment ils vont bien pouvoir s'y prendre pour retrouver Rouge.
Une idée jaillit en elle, et elle descendit à la cave pour chercher les vieilles affaires de Redose, ce qu'il a laissé au cours des années, et ce qu'il a laissé depuis que Rouge est là. Il écrivait beaucoup dans ses carnets après avoir été torturé, des théories, des questions, des hypothèses, une véritable mine d'informations. Une mine visiblement épuisée quand Élisabeth arrive, il n'y a plus rien de ces vieux carnets. Plus rien de ses parchemins. Eden avait une piste, mais depuis quand c'est une autre histoire.

Élisabeth remonta calmement et s'affala dans son canapé. Elle était désormais totalement seule, sans espoir de retrouver ses enfants, ces mêmes enfants qu'elle a nourrit au sein, qu'elle bordait, qu'elle désirait protéger en restant avec eux. Ces mêmes enfants qui maintenant ne sont plus là, et qui pourtant représentaient tout ce qu'ils avaient à perdre. Élisabeth avait longtemps réfléchi à la possibilité de libérer Redose, mais elle n'avait jamais poussé l'hypothèse, les enjeux étaient trop importants. Et maintenant ? Maintenant elle n'a plus grand chose à perdre, si Eden trouve Rouge ce qu'elle fera probablement, il y'a fort à parier qu'elle ne s'en sortira pas. Ni elle, ni son frère, ni sa sœur. C'est probablement ce saut dans la gueule du loup qui fait le plus pencher la balance, car si une personne a plus de chance de trouver Rouge avant Eden, il s'agit de son père. Celui qui a créé ce heaume. Celui-là même qui pourrait être mort, fou, ou dans un état entre les deux. Redose Omniak.

Si elle ne fait rien, elle aura tout perdu, sa seule chance réside dans un maigre espoir et une mission presque impossible. Presque. Ce presque c'est plus que suffisant pour se lancer dans la bataille. Elle ne serait plus lâche, mais elle ne sera pas téméraire pour autant. Il aura fallu cinq ans, une tentative d'assassinat et trois fugues pour qu'enfin Élisabeth peaufine les plans dans sa tête pour libérer un certain sale troll de sa prison réputée imprenable.

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