Et toi, tu ferais quoi ?
DIMANCHE 9 JUILLET 2051Mère me pousse dans le dos pour me forcer à avancer. Je n'ai pas envie d'entrer dans la boutique, il y a trop de gens partout, mais elle a cette force dans les bras qui me dit que si je n'obéis pas, je le regretterai plus tard. Je ne pense même pas à désobéir, c'est promis. C'est juste que j'ai peur parce que je vais devoir rentrer tout seul là-dedans et parler aux vendeurs, puisque Clinton est dans une autre boutique avec Père. Je n'ai pas osé dire à Mère que je voulais attendre que mon frère soit avec nous. Si je l'avais fait, elle m'aurait lancé ce regard qui me fait comprendre que je l'ai déçue. Alors quand elle me pousse pour me forcer à entrer et qu'elle me bouscule un peu pour que j'aille plus vite, j'accélère et pénètre dans la librairie.
« Je vais à côté, dit Mère sans me regarder, et je te récupère après. Que je ne te surprenne pas à sortir de la librairie sans moi. Ne traine pas. Je n'ai pas de temps à perdre. »
Ses doigts passent sous mon menton pour me soulever la tête. Docile, je lève les yeux vers elle. Ses ongles pincent ma peau. La couleur de ses pupilles rappelle celle du ciel. J'aurais aimé avoir ses yeux, même s'ils sont durs quand ils me regardent, plutôt que mes deux billes noires.
« Ne me fais pas honte, intime-t-elle.
— Bien, Mère, » je récite comme on m'a appris à le faire.
Elle s'écarte sans un mot de plus. Ses longues jambes l'éloignent trop rapidement de moi. Je l'observe partir à travers la vitre. J'ai l'idiot espoir qu'elle s'arrête, se retourne et décide finalement de m'accompagner. Mais elle ne le fait pas. Elle disparaît et je reste seul. Une émotion toute noire s'invite dans ma gorge. Je lutte de toutes mes forces en me tournant vers l'intérieur de la librairie. Je ne dois pas pleurer : je ne dois pas faire honte à Mère.
Tout me paraît immense. Les étagères, les gens, même les livres. Pendant un instant, tout se mélange autour de moi ; je ne sais pas où aller. Des clients circulent sans me regarder. Clint me manque. Clint me manque. Il me manque. Il me manque. Il me...
J'aperçois un panneau au-dessus d'une étagère. Je plisse les yeux pour mieux lire. Ça dit...
« Jeu-ne-sse, » je décrypte à voix basse.
Je dois trouver un livre que mon précepteur m'a donné à lire pour l'été. Il m'a dit que ça m'apprendra à mieux parler et aussi que c'était une "lecture intelligente". Quand je lui ai timidement demandé s'il y avait des dragons dedans, il a froncé les sourcils et un grognement est sorti de sa gorge. Celui qui lui échappe toujours quand je dis quelque chose qui lui déplaît. Alors je pense qu'il n'y aura pas de dragon dedans. Je n'ai pas envie de le lire. Mais ce que je veux ou non n'a pas la moindre importance. Les adultes savent mieux que moi.
Je me glisse comme une ombre dans le rayon des romans, le regard fuyant. Je m'efforce de garder les bras le long du corps parce que « c'est pas poli de se tordre les doigts comme ça, arrête donc ! ». Je ne dois pas faire honte à Mère. J'ai cette conviction ancrée au corps. Pourtant, elle dégringole dès que je l'aperçois, au moment même où j'ose lever les yeux de mes chaussures : un livre en exposition.
Sur sa couverture brillante se détachent trois personnages de mon âge. Est-ce leurs traits résolus qui m'attirent ou bien le paysage désolé qui s'étire derrière eux ? Ou alors le titre, rédigé dans une police qui attrape l'œil. J'en oublie aussitôt mon classique du XXème siècle que je dois lire et j'attrape le roman.
Un bandeau publicitaire accroché au livre attise ma curiosité. « Et si demain vous vous réveilliez dans un monde où la magie a disparu, que feriez-vous ? ». Mon cœur s'affole bêtement : je sais que je ne pourrais pas l'acheter. Mais je ne peux pas m'empêcher, alors que je suis planté au milieu du rayon, d'ouvrir le livre pour découvrir les premières pages.
_________
Totalement libre ! Je ne sais pas où ça mène alors lâchez-vous. Que ce soit pour discuter avec Derek, pour lui piquer son livre, l'embêter, l'aider, qu'importe !
Dernière modification par Derek Hangoover le 3 août 2026, 23:29, modifié 1 fois.
Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
Et toi, tu ferais quoi ?
Le bazar. La librairie de référence du monde britannique est un véritable bazar. Des piles de livres dans tous les sens qui contraignent à tordre la tête d’un côté puis de l’autre. Les tranches sont tout sauf parfaitement alignées, il n’y aucun confort à les parcourir. Il n’aime pas fouiller, et c’est comme si cette organisation ne lui offrait d’autre choix. Ce sont d’étranges souvenirs qui hantent Hjúki qui il traverse à nouveau ces rayonnages, du genre qui donnent le vertige, ou l’impression d’être au bord de choir. Il ne va pas s’appuyer sur les piles les plus hautes pour autant. Essayer de marcher droit, ne pas trahir le tangage au fond de son être.
Le jeune mage ignore naturellement les ouvrages scolaires, ne comptant pas tomber sur quelque bambin en âge de s’asseoir sur les bancs de l’école. Ou leurs parents. La littérature sorcière peut-être rivaliser avec la littérature moldue ? Il n’en est pas toujours convaincu. À croire que vivre dans un monde où les dragons existent restreint l’imagination. Malgré la qualité inégale, quelques bons chapitres ou contes se noient parfois çà et là.
Son bleu de Nótt coule sur quelques couvertures mises en avant, plus faciles à lire que les titres serrés les uns contre les autres. Il les enregistre sans qu’elles ne suscitent son envie. Une phrase saugrenue happe son regard. Il hausse un sourcil. Assimile le texte. Et laisse éclater un rire sans joie qui meurt rapidement. C’est plus fort que lui. Que feriez-vous, il n’en sait rien, mais que seriez-vous… une étonnante épiphanie le frappe. En fort décalage avec le lieu. S’il se trouvait dans un monde sans magie, s’il pouvait vivre dans le monde de Seán sans être enchaîné à un bout de vie qu’il a l’impression de ne pas avoir choisi… eh bien, il serait heureux. Croit-il. Se fourvoie-t-il ? C’est du moins la pensée qui vient le visiter.
Juste à côté, il y a un petit garçon qui feuillette un exemplaire. Le bibliothécaire doit incliner la tête pour le voir. Diable, il a oublié à quel point les gosses ont l’air… effroyablement jeunes et minuscules. Il est passé par là. Qu’aurait pensé mini-Hjúki ? Une réponse ou un sentiment plus colérique, sûrement. Il espère tout de même que ce n’est pas le cas de cet enfant. S’il fait partie de la génération de nés-moldus arrachés à leurs parents dès leur première visite au chemin, ce qui expliquerait leur absence, ce n’est pas impossible. Qui voudrait de CE monde magique ?
Le jeune mage ignore naturellement les ouvrages scolaires, ne comptant pas tomber sur quelque bambin en âge de s’asseoir sur les bancs de l’école. Ou leurs parents. La littérature sorcière peut-être rivaliser avec la littérature moldue ? Il n’en est pas toujours convaincu. À croire que vivre dans un monde où les dragons existent restreint l’imagination. Malgré la qualité inégale, quelques bons chapitres ou contes se noient parfois çà et là.
Son bleu de Nótt coule sur quelques couvertures mises en avant, plus faciles à lire que les titres serrés les uns contre les autres. Il les enregistre sans qu’elles ne suscitent son envie. Une phrase saugrenue happe son regard. Il hausse un sourcil. Assimile le texte. Et laisse éclater un rire sans joie qui meurt rapidement. C’est plus fort que lui. Que feriez-vous, il n’en sait rien, mais que seriez-vous… une étonnante épiphanie le frappe. En fort décalage avec le lieu. S’il se trouvait dans un monde sans magie, s’il pouvait vivre dans le monde de Seán sans être enchaîné à un bout de vie qu’il a l’impression de ne pas avoir choisi… eh bien, il serait heureux. Croit-il. Se fourvoie-t-il ? C’est du moins la pensée qui vient le visiter.
Juste à côté, il y a un petit garçon qui feuillette un exemplaire. Le bibliothécaire doit incliner la tête pour le voir. Diable, il a oublié à quel point les gosses ont l’air… effroyablement jeunes et minuscules. Il est passé par là. Qu’aurait pensé mini-Hjúki ? Une réponse ou un sentiment plus colérique, sûrement. Il espère tout de même que ce n’est pas le cas de cet enfant. S’il fait partie de la génération de nés-moldus arrachés à leurs parents dès leur première visite au chemin, ce qui expliquerait leur absence, ce n’est pas impossible. Qui voudrait de CE monde magique ?
Et toi, tu ferais quoi ?
Je retourne le livre pour dévorer le résumé. Un monde apocalyptique. La disparition de la magie. Les sociétés sorcières qui s'effondrent. Je ne comprends pas tout et je crois que c'est ce qui m'attire. Le personnage principal est un garçon, comme moi. Du même âge. Lui non plus ne comprend pas tout. Sauf que lui, il a déjà fait de la magie accidentelle. J'ai envie d'en savoir plus. De me rouler en boule tard le soir à côté de la porte de ma chambre pour pouvoir lire grâce à la lumière qui passe par l'interstice de ma porte, comme Clint m'a appris.
Une ombre approche et me tire de mes pensées. Assez grande pour que mon esprit la caractérise aussitôt d'adulte. Je me redresse, je resserre les jambes, je ramène les coudes près de mon buste et je lève poliment les yeux vers elle. Ou lui. C'est lui. Un grand homme au visage intimidant. Il rit étrangement. Je baisse timidement les yeux sur mon livre. J'ai envie de me serrer contre le meuble le plus proche pour le laisser passer sans lui parler. Mais ça ne se fait pas. « T'as pas une bouche ? me demande souvent Père. Parle, un peu. J'en ai assez de ton silence. » Ne pas parler, c'est bizarre. Quand on est un garçon bien élevé, on parle. Même quand on ne sait pas quoi dire. Alors...
« Pardon... »
La voix s'échappe à peine de ma gorge. Je la racle avant de lever le visage bien haut parce que « un homme, ça a le regard droit ».
« Excusez-moi, je dis d'une voix fluette. Vous voulez passer et je vous bloque le passage. »
Je me serre autant que je peux contre la pile de livres la plus proche en agrippant mon livre. Je ne baisse pas les yeux. Même si l'homme est grand et que je ne le connais pas. Il faut qu'en me regardant il puisse reconnaître la noblesse des Hangoover. C'est Père qui le dit.
Une ombre approche et me tire de mes pensées. Assez grande pour que mon esprit la caractérise aussitôt d'adulte. Je me redresse, je resserre les jambes, je ramène les coudes près de mon buste et je lève poliment les yeux vers elle. Ou lui. C'est lui. Un grand homme au visage intimidant. Il rit étrangement. Je baisse timidement les yeux sur mon livre. J'ai envie de me serrer contre le meuble le plus proche pour le laisser passer sans lui parler. Mais ça ne se fait pas. « T'as pas une bouche ? me demande souvent Père. Parle, un peu. J'en ai assez de ton silence. » Ne pas parler, c'est bizarre. Quand on est un garçon bien élevé, on parle. Même quand on ne sait pas quoi dire. Alors...
« Pardon... »
La voix s'échappe à peine de ma gorge. Je la racle avant de lever le visage bien haut parce que « un homme, ça a le regard droit ».
« Excusez-moi, je dis d'une voix fluette. Vous voulez passer et je vous bloque le passage. »
Je me serre autant que je peux contre la pile de livres la plus proche en agrippant mon livre. Je ne baisse pas les yeux. Même si l'homme est grand et que je ne le connais pas. Il faut qu'en me regardant il puisse reconnaître la noblesse des Hangoover. C'est Père qui le dit.
Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
Et toi, tu ferais quoi ?
C’est très perturbant. Comment le maintien du petit garçon change du tout ou tout quand… il se sait vu, dirait-on. Hjúki n’aime pas cette sensation. Sentir que sa simple présence a déclenché cette attitude de façade. Se mettre sur ses gardes face à l’inconnu, ce n’est pourtant pas si anormal. Se montrer sans fard, sans stratégie de dissimulation demande trop de courage. Il apprécie voir cette audace, mais en ce monde… c’est chose rare. Il est le premier à s’enfouir dès qu’il pose un pied dans la capitale sorcière. La relâche, c’est pour Loutry, ou Cork. Le gamin pense représenter un obstacle et se confond en excuses. De plus en plus perturbant. En présentant son visage qu’il relève, le jeune adulte et saisi d’une étrange sensation de déjà-vu. Pourquoi sa petite bouille lui est-elle familière, alors qu’il ne connaît pas d’enfants ? Comme souvent, il ne creuse pas et laisse cette impression devenir pastel.
Hjúki ne lui dit pas qu’il aurait été capable de faire une ample boucle en se glissant dans les rayons transversaux pour ne pas avoir à parler à un enfant, si le souci avait été d’avoir le passage bloqué. Il ne lui dit pas non plus qu’il surestime un peu son gabari, pour imaginer entraver sérieusement tout un rayonnage. Diable, il ne sait pas parler aux gosses. Sa référence du petit âge, ce sont ses propres jeunes années, et il ne peut pas prendre les enfants pour des mini-Hjúki. Il y a cette fragilité… il craint les ébrécher. Une Dorothée dans un village de porcelaine. Il devrait être capable de tenir ce contact, puisqu’il doit parfois accueillir les petits visiteurs à la bibliothèque, les conduire vers les livres dont ils ont besoin. Pour se renseigner, pour s’évader, ça dépend. De quoi ont besoin les petiots en quête de réconfort livresque ? Il n’y a pas de réponse simple. Ce genre d’histoire dystopique ou utopique ? Il peine à juger à la couverture.
« Tu ne bloquais pas le passage. » Le bibliothécaire estime qu’il aurait trouvé le moyen d’aller où il veut sans ouvrir la bouche, si ça avait été le cas. L’enfant a pris de l’avance, en ayant lu un aperçu. Au lieu de se saisir à son tour d’un exemplaire pour l’examiner, il demande. « Un monde sans magie… Que peut penser un sorcier de ta génération de cette perspective ? » la génération pour laquelle Poudlard, l’école de magie, c’est le futur. Pas le passé. Par sa formulation, l’adulte lui permet de ne pas répondre pour lui, s’il souhaite se protéger, à l’image de sa posture qui n’est pas celle d’un gosse qui a le droit de ne penser qu’à s’amuser. La réponse sera peut-être prudente, ou d’une singulière sincérité. Ou il aura le droit à un retrait poli. Il n’a pas de grandes attentes. Saisir cette occasion de palier au fait qu’il soit devenu étranger au monde de l’enfance, quand il pensait ne pas savoir le quitter.
Hjúki ne lui dit pas qu’il aurait été capable de faire une ample boucle en se glissant dans les rayons transversaux pour ne pas avoir à parler à un enfant, si le souci avait été d’avoir le passage bloqué. Il ne lui dit pas non plus qu’il surestime un peu son gabari, pour imaginer entraver sérieusement tout un rayonnage. Diable, il ne sait pas parler aux gosses. Sa référence du petit âge, ce sont ses propres jeunes années, et il ne peut pas prendre les enfants pour des mini-Hjúki. Il y a cette fragilité… il craint les ébrécher. Une Dorothée dans un village de porcelaine. Il devrait être capable de tenir ce contact, puisqu’il doit parfois accueillir les petits visiteurs à la bibliothèque, les conduire vers les livres dont ils ont besoin. Pour se renseigner, pour s’évader, ça dépend. De quoi ont besoin les petiots en quête de réconfort livresque ? Il n’y a pas de réponse simple. Ce genre d’histoire dystopique ou utopique ? Il peine à juger à la couverture.
« Tu ne bloquais pas le passage. » Le bibliothécaire estime qu’il aurait trouvé le moyen d’aller où il veut sans ouvrir la bouche, si ça avait été le cas. L’enfant a pris de l’avance, en ayant lu un aperçu. Au lieu de se saisir à son tour d’un exemplaire pour l’examiner, il demande. « Un monde sans magie… Que peut penser un sorcier de ta génération de cette perspective ? » la génération pour laquelle Poudlard, l’école de magie, c’est le futur. Pas le passé. Par sa formulation, l’adulte lui permet de ne pas répondre pour lui, s’il souhaite se protéger, à l’image de sa posture qui n’est pas celle d’un gosse qui a le droit de ne penser qu’à s’amuser. La réponse sera peut-être prudente, ou d’une singulière sincérité. Ou il aura le droit à un retrait poli. Il n’a pas de grandes attentes. Saisir cette occasion de palier au fait qu’il soit devenu étranger au monde de l’enfance, quand il pensait ne pas savoir le quitter.
Et toi, tu ferais quoi ?
Je ne bloquais pas le passage. Cette terrible réalité me tombe dessus et elle pèse au moins une tonne. Mon cœur se serre et tout à coup, je me sens comme le plus idiot de tous les petits garçons idiots d'Angleterre. J'ai parlé pour rien dire et, pire, je me suis excusé pour rien. J'ai fait n'importe quoi. Je suis vraiment trop idiot. Si Père était là, il aurait posé sur mon épaule sa lourde main et l'aurait enserrée avec force pour me punir et il aurait eu raison. J'ai vraiment parlé pour rien dire. Mon cœur s'affole contre ma cage thoracique mais même si je me sens idiot je m'efforce de garder un visage lisse et une attitude noble. Ça dure un, deux, trois, qua... Ah non, pas quatre secondes. Mes traits s'affaissent, je déglutis péniblement et regarde vivement vers l'entrée pour m'assurer que Mère n'a pas assisté à la scène.
Malgré ce que l'homme a dit, je me décale encore un peu contre la pile de livres pour lui laisser le passage libre. Mais il n'essaie pas de passer. Il ne regarde même pas vers le bout de l'allée, en fait. Il attrape juste le même livre que moi. Qu'est-ce qui peut intéresser un adulte dans le livre pour enfant que j'ai attrapé ? Il va juger ma lecture. Je me prépare à reposer le livre et à m'excuser, dire que c'était pour quelqu'un d'autre, ne pas faire honte à ma famille. Mais voilà, l'homme ne juge pas, ne condamne pas... Il questionne.
Je cligne des yeux et pendant quelques terribles et angoissantes secondes, je suis incapable de comprendre ce qu'il vient de me dire. C'est comme si les mots se mélangeaient dans ma tête. Plus j'angoisse de faire perdurer le silence, moins sa phrase n'a de sens. Mon cœur, toujours, s'abat avec force dans ma poitrine. Fais pas honte à la famille !
« Je n'ai pas..., » commencé-je d'une voix fluette.
...de magie encore, alors pour moi c'est un monde normal.
Non, non, non ! Personne doit savoir ! Je ferme la bouche dans un claquement et baisse les yeux sur mon livre, les joues colorées d'un rouge honteux. À neuf ans, ne pas avoir fait de la magie accidentelle, c'est grave, je ne peux pas en parler. Alors quoi ? Comment pourrais-je savoir ce que pensent les sorciers de ma génération d'un monde sans magie ? Je ne connais pas beaucoup de sorciers de mon âge. Pourtant, je dois répondre quelque chose. À l'image de ce qu'aurait pu dire Clinton, qui a toujours quelque chose d'intelligent à dire, contrairement à moi. Alors je dis la première chose qui me passe par l'esprit, car je n'ai pas le temps de réfléchir à mieux.
« On se débrouillerait pas si mal, je murmure, le regard fuyant. On a pas encore de baguette, nous. »
Ce n'est qu'après avoir parlé que je me rends compte que j'ai détourné le regard. Mes yeux bondissent aussitôt dans ceux à la couleur indistincte de l'homme. Dos droit et regard affirmé, ne pas se tenir comme un moins que rien.
Malgré ce que l'homme a dit, je me décale encore un peu contre la pile de livres pour lui laisser le passage libre. Mais il n'essaie pas de passer. Il ne regarde même pas vers le bout de l'allée, en fait. Il attrape juste le même livre que moi. Qu'est-ce qui peut intéresser un adulte dans le livre pour enfant que j'ai attrapé ? Il va juger ma lecture. Je me prépare à reposer le livre et à m'excuser, dire que c'était pour quelqu'un d'autre, ne pas faire honte à ma famille. Mais voilà, l'homme ne juge pas, ne condamne pas... Il questionne.
Je cligne des yeux et pendant quelques terribles et angoissantes secondes, je suis incapable de comprendre ce qu'il vient de me dire. C'est comme si les mots se mélangeaient dans ma tête. Plus j'angoisse de faire perdurer le silence, moins sa phrase n'a de sens. Mon cœur, toujours, s'abat avec force dans ma poitrine. Fais pas honte à la famille !
« Je n'ai pas..., » commencé-je d'une voix fluette.
...de magie encore, alors pour moi c'est un monde normal.
Non, non, non ! Personne doit savoir ! Je ferme la bouche dans un claquement et baisse les yeux sur mon livre, les joues colorées d'un rouge honteux. À neuf ans, ne pas avoir fait de la magie accidentelle, c'est grave, je ne peux pas en parler. Alors quoi ? Comment pourrais-je savoir ce que pensent les sorciers de ma génération d'un monde sans magie ? Je ne connais pas beaucoup de sorciers de mon âge. Pourtant, je dois répondre quelque chose. À l'image de ce qu'aurait pu dire Clinton, qui a toujours quelque chose d'intelligent à dire, contrairement à moi. Alors je dis la première chose qui me passe par l'esprit, car je n'ai pas le temps de réfléchir à mieux.
« On se débrouillerait pas si mal, je murmure, le regard fuyant. On a pas encore de baguette, nous. »
Ce n'est qu'après avoir parlé que je me rends compte que j'ai détourné le regard. Mes yeux bondissent aussitôt dans ceux à la couleur indistincte de l'homme. Dos droit et regard affirmé, ne pas se tenir comme un moins que rien.
Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
Et toi, tu ferais quoi ?
J'étais entrée dans la librairie pour trouver un nouveau livre. J'avais déjà fini celui que j'avais pris pour les vacances et j'avais pas vraiment envie de relire encore un truc que je connaissais déjà. Puis bon, j'avais le droit d'en prendre un nouveau alors autant en profiter.
Par contre fallait trouver lequel.
Je passais devant les étagères en regardant un peu partout. Je voulais un truc avec de l'aventure, des créatures ou un mystère. Enfin quelque chose où il se passait des trucs quoi. Pas un livre où pendant trois cents pages quelqu'un raconte sa vie sans jamais rien faire. Je regardais les couvertures quand j'en vis une un peu plus loin qui avait l'air pas mal.
Ah !
Je partis directement vers elle, un peu trop vite sûrement, et tournai dans le rayon sans vraiment regarder devant moi.
Pouf.
Je venais de rentrer dans quelqu'un.
Je reculai aussitôt et baissai les yeux vers un garçon plus petit que moi. Heureusement je l'avais pas envoyé par terre. Là j'aurais vraiment eu l'air maligne.
" Oups, pardon ! Je t'avais pas vu. Ça va ? Je t'ai rien cassé au moins ? Parce que se blesser dans une librairie c'est quand même pas terrible comme histoire. Au pire tu dis qu'une étagère t'a attaqué, ça fait déjà mieux."
Je lui souris un peu, encore gênée de lui être rentrée dedans. Il avait l'air super sérieux par contre. Il se tenait tout droit et me regardait d'une façon qui me donna presque envie de me tenir droite moi aussi...Enfin presque.
Il était bizarre ce garçon.
Enfin peut-être qu'il était juste timide. Je le connaissais pas après tout.
Puis je remarquai le livre qu'il avait dans les mains et oubliai presque que je venais de lui rentrer dedans. Je l'avais vu en entrant celui-là ! C'était celui qui parlait d'un monde où la magie avait disparu.
" Oh ! C'est le livre sans magie ! J'ai vu la couverture tout à l'heure. Moi je trouve ça horrible comme idée. Imagine, plus de sorts, plus d'objets ensorcelés, plus rien ! Même pour faire une bonne bêtise ça deviendrait compliqué. Faudrait tout faire nous-mêmes !"
Je réfléchis quelques secondes parce que maintenant j'avais vraiment envie de savoir comment on pouvait faire des bêtises sans magie.
Bon, les Moldus y arrivaient sûrement très bien.
" Imagine tu veux remplir le bureau de quelqu'un de grenouilles. Avec la magie c'est facile. Mais sans magie faut déjà trouver plein de grenouilles, réussir à les transporter et surtout pas en perdre en route. T'imagines t'en retrouves une dans ta poche trois heures après ? En vrai ça serait ça le pire sans magie. Les bêtises demanderaient beaucoup trop d'efforts."
J'étais plutôt contente de ma conclusion.
Puis je tournai enfin la tête vers l'homme qui était juste à côté de nous.
Ah oui...Lui....
Depuis combien de temps il était là déjà ?
Je le regardai quelques secondes avant de regarder autour de nous. Un adulte au milieu d'une librairie qui avait l'air de savoir ce qu'il faisait... Il travaillait peut-être ici. Ce qui voulait dire que je venais de courir dans ses rayons, de rentrer dans un gamin et de parler de mettre des grenouilles dans un bureau juste devant lui...Oups.
" Vous travaillez ici ? Parce que je cherche un livre. Un avec des dragons si possible. Ou un mystère. Ou des trucs dangereux. Enfin un truc bien quoi ! Avec des gens qui font des choses qu'ils devraient sûrement pas faire. Mais pas un truc éducatif caché dans une aventure, ça compte pas ça."
Je regardai une nouvelle fois les étagères.
Il devait bien avoir ça quelque part quand même.
613 mots
Étant donné que c'est un RP libre, je m'incruste un peu, en espérant que ça vous va et que ça vous plaise.
Par contre fallait trouver lequel.
Je passais devant les étagères en regardant un peu partout. Je voulais un truc avec de l'aventure, des créatures ou un mystère. Enfin quelque chose où il se passait des trucs quoi. Pas un livre où pendant trois cents pages quelqu'un raconte sa vie sans jamais rien faire. Je regardais les couvertures quand j'en vis une un peu plus loin qui avait l'air pas mal.
Ah !
Je partis directement vers elle, un peu trop vite sûrement, et tournai dans le rayon sans vraiment regarder devant moi.
Pouf.
Je venais de rentrer dans quelqu'un.
Je reculai aussitôt et baissai les yeux vers un garçon plus petit que moi. Heureusement je l'avais pas envoyé par terre. Là j'aurais vraiment eu l'air maligne.
" Oups, pardon ! Je t'avais pas vu. Ça va ? Je t'ai rien cassé au moins ? Parce que se blesser dans une librairie c'est quand même pas terrible comme histoire. Au pire tu dis qu'une étagère t'a attaqué, ça fait déjà mieux."
Je lui souris un peu, encore gênée de lui être rentrée dedans. Il avait l'air super sérieux par contre. Il se tenait tout droit et me regardait d'une façon qui me donna presque envie de me tenir droite moi aussi...Enfin presque.
Il était bizarre ce garçon.
Enfin peut-être qu'il était juste timide. Je le connaissais pas après tout.
Puis je remarquai le livre qu'il avait dans les mains et oubliai presque que je venais de lui rentrer dedans. Je l'avais vu en entrant celui-là ! C'était celui qui parlait d'un monde où la magie avait disparu.
" Oh ! C'est le livre sans magie ! J'ai vu la couverture tout à l'heure. Moi je trouve ça horrible comme idée. Imagine, plus de sorts, plus d'objets ensorcelés, plus rien ! Même pour faire une bonne bêtise ça deviendrait compliqué. Faudrait tout faire nous-mêmes !"
Je réfléchis quelques secondes parce que maintenant j'avais vraiment envie de savoir comment on pouvait faire des bêtises sans magie.
Bon, les Moldus y arrivaient sûrement très bien.
" Imagine tu veux remplir le bureau de quelqu'un de grenouilles. Avec la magie c'est facile. Mais sans magie faut déjà trouver plein de grenouilles, réussir à les transporter et surtout pas en perdre en route. T'imagines t'en retrouves une dans ta poche trois heures après ? En vrai ça serait ça le pire sans magie. Les bêtises demanderaient beaucoup trop d'efforts."
J'étais plutôt contente de ma conclusion.
Puis je tournai enfin la tête vers l'homme qui était juste à côté de nous.
Ah oui...Lui....
Depuis combien de temps il était là déjà ?
Je le regardai quelques secondes avant de regarder autour de nous. Un adulte au milieu d'une librairie qui avait l'air de savoir ce qu'il faisait... Il travaillait peut-être ici. Ce qui voulait dire que je venais de courir dans ses rayons, de rentrer dans un gamin et de parler de mettre des grenouilles dans un bureau juste devant lui...Oups.
" Vous travaillez ici ? Parce que je cherche un livre. Un avec des dragons si possible. Ou un mystère. Ou des trucs dangereux. Enfin un truc bien quoi ! Avec des gens qui font des choses qu'ils devraient sûrement pas faire. Mais pas un truc éducatif caché dans une aventure, ça compte pas ça."
Je regardai une nouvelle fois les étagères.
Il devait bien avoir ça quelque part quand même.
613 mots
Étant donné que c'est un RP libre, je m'incruste un peu, en espérant que ça vous va et que ça vous plaise.
2A RP (promo50-51)#691414 « Les bonnes idées changent le monde. Les mauvaises écrivent les légendes. »
Et toi, tu ferais quoi ?
L’enfant semble tétanisé, et Hjúki capte ce regard vers l’entrée. Quand lui cherche une issue, c’est qu’il commence à considérer la fuite, mais le petit garçon n’a pas l’air d’amorcer un mouvement pour disparaître. Au contraire, il reste droit devant lui, pendant que son visage se décompose, comme s’il était en train de vivre un moment embarrassant et inextricable. Parfois, le bibliothécaire envie aux enfants leur capacité à ne pas réfléchir, profiter de leur vie en se montrant parfaitement insensibles aux regards ou aux jugements. Capables d’agir sans jamais se poser la question du ridicule ou de l’embarras. À l’évidence, le garçon ne compte pas parmi ces jeunes esprits insoucieux. Il n’a pas prononcé trois mots qu’il se ravise et s’empourpre. Pas de baguette ? la magie n’attend pas ce bout de bois pour frapper à la porte, et pas toujours sous une jolie forme. Quand une première manifestation a le potentiel de blesser, même intentionnellement… mini-Hjúki aurait tout de suite pensé à la garantie de ne pas faire du mal à Opa sans faire exprès, à cause de cette chose en lui et qui peut sortir n’importe comment, pas de façon propre et nette. Cette chose que des mages voient comme un courant d’eau vive qui circule en eux alors qu’il a passé ses premières années avec la baguette à y voir quelque chose de poisseux. Ça coule beaucoup plus difficilement sous cette forme. Ce que le petit entend, c’est qu’il n’est pas dépendant de la magie au quotidien. Le jeune adulte n’en a pas non plus tant besoin. Il pourrait faire la même chose dans un monde sans magie. Le contenu des livres changerait, c’est tout. L’enfant pense au présent, sans évoquer le futur. Un futur où un collège de magie n’aurait plus sa place.
Hjúki n’a pas le temps de le souligner qu’une nouvelle silhouette s’impose à eux. Légèrement plus âgée ? mais à peine adolescente. Elle déboule en trébuchant sans ménagement sur le petit garçon, et le mage espère tout autant qu’il ressorte indemne de ce choc. Pipelette, le bibliothécaire n’a rien à faire pour qu’elle déballe déjà son opinion sur la perspective envisagée par le roman. D’un coup, il trouve la fraîcheur de la jeunesse beaucoup moins séduisante. Sans être moraliste, il a du mal avec les ‘bêtises’ qui n’ont aucune pensée pour les dommages collatéraux voire sont élaborées sans conscience de la cruauté qu’elles cachent. Les gosses qui confondent l’amusement avec des tendances tortionnaires… Argh. Mais qu’est-ce qu’elle raconte : ses paroles ne répondant à aucune logique. « Il suffit de faire preuve d’assez d’imagination pour trouver des objets facilement transportables en quantité, à monter ou déployer sur place ; au lieu d’embêter de pauvres petites grenouilles qui n’ont jamais demandé à être arrachées à leur habitat et manipulées par… » il serre les dents pour réprimer l’expression qui lui vient, prendre de la hauteur, et adoucir sans pour autant être tendre. « une gamine sans considération. » En plus, pour une gosse défend la magie, c’est un peu étrange de penser spontanément à capturer des grenouilles au lieu de faire le stock de chocogrenouilles chez Honeyduckes, qui seraient beaucoup plus facile à transporter dans leurs boîtes, et constitueraient une version de son plan n’impliquant pas de malmener des batraciens. « S’il faut des efforts, ça laisse au moins le temps de se demander si cette personne et son bureau méritent vraiment ton énergie. D’autant qu’avec la magie, ta victime peut les rendre à la nature d’un coup de baguette. » Sauf s’il a sous-estimé son niveau de cruauté, et qu’elle pensait utiliser la magie pour cibler un bureau moldu.
Elle enchaîne en le prenant pour un employé, et lui demande des recommandations de lecture avec des dragons, mais sans leçon ou morale. Doit-il s’étonner de la part d’une enfant qui pense que son plus grand manque dans un monde sans magie serait ne plus malmener des êtres facilement ? Au lieu de lui préciser que non, il ne travaille pas ici ; Hjúki a bien envie de lui conseiller quelque chose de non-magique. Par Seán, il a été initié à quelques références qui avaient pu lui échapper en grandissant. « How to train your dragon.1 Mais tu as de meilleures chances de le trouver dans une librairie moldue qu’ici. »
1 Comment dresser votre dragon
Hjúki n’a pas le temps de le souligner qu’une nouvelle silhouette s’impose à eux. Légèrement plus âgée ? mais à peine adolescente. Elle déboule en trébuchant sans ménagement sur le petit garçon, et le mage espère tout autant qu’il ressorte indemne de ce choc. Pipelette, le bibliothécaire n’a rien à faire pour qu’elle déballe déjà son opinion sur la perspective envisagée par le roman. D’un coup, il trouve la fraîcheur de la jeunesse beaucoup moins séduisante. Sans être moraliste, il a du mal avec les ‘bêtises’ qui n’ont aucune pensée pour les dommages collatéraux voire sont élaborées sans conscience de la cruauté qu’elles cachent. Les gosses qui confondent l’amusement avec des tendances tortionnaires… Argh. Mais qu’est-ce qu’elle raconte : ses paroles ne répondant à aucune logique. « Il suffit de faire preuve d’assez d’imagination pour trouver des objets facilement transportables en quantité, à monter ou déployer sur place ; au lieu d’embêter de pauvres petites grenouilles qui n’ont jamais demandé à être arrachées à leur habitat et manipulées par… » il serre les dents pour réprimer l’expression qui lui vient, prendre de la hauteur, et adoucir sans pour autant être tendre. « une gamine sans considération. » En plus, pour une gosse défend la magie, c’est un peu étrange de penser spontanément à capturer des grenouilles au lieu de faire le stock de chocogrenouilles chez Honeyduckes, qui seraient beaucoup plus facile à transporter dans leurs boîtes, et constitueraient une version de son plan n’impliquant pas de malmener des batraciens. « S’il faut des efforts, ça laisse au moins le temps de se demander si cette personne et son bureau méritent vraiment ton énergie. D’autant qu’avec la magie, ta victime peut les rendre à la nature d’un coup de baguette. » Sauf s’il a sous-estimé son niveau de cruauté, et qu’elle pensait utiliser la magie pour cibler un bureau moldu.
Elle enchaîne en le prenant pour un employé, et lui demande des recommandations de lecture avec des dragons, mais sans leçon ou morale. Doit-il s’étonner de la part d’une enfant qui pense que son plus grand manque dans un monde sans magie serait ne plus malmener des êtres facilement ? Au lieu de lui préciser que non, il ne travaille pas ici ; Hjúki a bien envie de lui conseiller quelque chose de non-magique. Par Seán, il a été initié à quelques références qui avaient pu lui échapper en grandissant. « How to train your dragon.1 Mais tu as de meilleures chances de le trouver dans une librairie moldue qu’ici. »
1 Comment dresser votre dragon
Et toi, tu ferais quoi ?
Elle déboule alors que je m'efforçais de garder mon regard dans celui de l'homme, le corps tendu comme la corde d'un arc. Elle me bouscule de la tête au pied, en passant par mon esprit, totalement arraché à ses préoccupations premières. Je trébuche d'un pied vers l'arrière, loin de tomber mais surtout nécessiteux de laisser de la place à quelqu'un qui veut passer. Mon cœur est en proie à une panique familière. Quand je lève les yeux vers son visage, je m'étonne de voir une jeune fille dressée devant moi qui n'a pas du tout l'intention de me reprocher mon immobilité ou, pire, de me bousculer de nouveau pour passer : elle me parle sans méchanceté aucune.
Après avoir jeté un regard à l'adulte avec lequel je conversais — j'espère qu'il ne me trouvera pas malpoli de ne pas être capable de signifier à la fille qu'elle nous a interrompu —, je me fabrique une contenance malgré mon malaise. Histoire de ne pas avoir l'air recroquevillé devant cette nouvelle personne. Elle parle vite et j'ai du mal à suivre ses nombreuses paroles. Je hoche la tête rapidement pour dire que je vais bien puis je la secoue pour dire qu'elle ne m'a pas fait mal, et je me trouve profondément idiot d'agir ainsi alors que j'ai une bouche. « T'as une bouche, utilise-la ! » Je suis très malpoli et ça me mortifie mais je n'arrive pas à faire autre chose : elle parle sans s'interrompre.
Mon visage prend le relais. Je souris vaguement à sa blague qui, dans d'autres circonstances, m'aurait fait rire : dire qu'une étagère m'a agressé, c'est drôle, ça. Mais là, j'ai pas le temps de rire. Et puis très vite, elle remarque le livre que je tiens entre les doigts. Alors je le retourne pour qu'elle puisse voir la couverture et le tend vers elle sans autant oser le tendre vraiment, de crainte de l'interrompre. Finalement, je ramène mes yeux vers moi tandis qu'elle parle de grenouilles et de bêtises, idée qui me tétanise particulièrement car je m'imagine faire une telle chose : je ne survivrais jamais aux foudres de mon père si ça arrivait.
Je suis tellement soulagé qu'elle s'adresse à l'homme que mes épaules et mes bras se relâchent. Le livre rebondit mollement sur mes cuisses. Je peux enfin détacher mon regard de la fille pour le regarder lui, l'homme qui s'intéressait à mon avis alors que je ne suis qu'un enfant qui n'a pas grand chose à apporter. Le ton dans sa voix m'interpelle aussitôt. C'est comme si... Des frissons coulent sur mes épaules et grouillent au niveau de mes tempes. Je baisse les yeux vers le sol. Comme si il était en colère. Et il l'est, ça s'entend à ce qu'il dit. Je n'avais pas fait attention, moi, au fait que capturer des grenouilles pour s'en servir de blagues ce n'était pas gentil.
Je me mordille les lèvres. J'aimerais mieux être invisible, juste disparaître, ne plus être là, entre eux. La seule chose qui me sort de ce miasmes d'émotions douloureuses, c'est la recommandation littéraire de l'homme qui est, je ne m'en étais pas rendu compte, employé ici, à la librairie. Le nom de son livre ne me dit rien et c'est normal : c'est moldu. Je lève aussitôt un regard envieux sur lui. Ce que j'aimerais pouvoir lire ça ! Ça me ramène à Bucarest, quand on a été dans le monde moldu et que c'était si bien de découvrir plein de choses étranges. J'ai même eu droit de jouer dans un parc à jeux là-bas, c'est dire !
C'est mal de montrer mon intérêt pour les choses moldues, alors j'essaie de paraître de nouveau normal. Je sais bien qu'il faut que je dise quelque chose mais je ne sais pas si je dois commenter tout ce que la fille a dit ou seulement rebondir sur la fin. Ce serait mal de ne pas commenter son histoire mais en même temps je ne sais pas quoi dire. Pourtant, il le faut bien. Je suis Derek Hangoover. Je n'ai pas le droit d'être effacé et ennuyeux. Je. N'ai. Pas. Le. Droit.
« Moi, commencé-je d'une voix fluette, je lis Le feu d'Ivoire. C'est une histoire avec des dragons. C'est sorcier. »
Je le rajoute un peu précipitamment. Je m'en veux de lancer un regard en coin à l'homme et me reprend aussitôt. Dans le même temps, je prends conscience que dans cette histoire, il n'y a personne qui fait des choses qu'il ne devrait pas faire. Et aussi, je me rends compte que je n'ai pas commenté les paroles de l'homme et que j'ai été égoïste. Mais s'il parle de trucs moldus, est-ce que j'ai le droit de répondre ? Les enseignements de mes parents n'ont aucune réponse pour ce genre de contexte, alors je me contente de me tourner vers lui pour lui dire d'une voix polie que j'espère maîtrisée :
« Ça a l'air intéressant, ce livre. »
Ça sonne faux alors que j'ai dit la vérité. J'ai envie de disparaître d'ici très très vite.
Après avoir jeté un regard à l'adulte avec lequel je conversais — j'espère qu'il ne me trouvera pas malpoli de ne pas être capable de signifier à la fille qu'elle nous a interrompu —, je me fabrique une contenance malgré mon malaise. Histoire de ne pas avoir l'air recroquevillé devant cette nouvelle personne. Elle parle vite et j'ai du mal à suivre ses nombreuses paroles. Je hoche la tête rapidement pour dire que je vais bien puis je la secoue pour dire qu'elle ne m'a pas fait mal, et je me trouve profondément idiot d'agir ainsi alors que j'ai une bouche. « T'as une bouche, utilise-la ! » Je suis très malpoli et ça me mortifie mais je n'arrive pas à faire autre chose : elle parle sans s'interrompre.
Mon visage prend le relais. Je souris vaguement à sa blague qui, dans d'autres circonstances, m'aurait fait rire : dire qu'une étagère m'a agressé, c'est drôle, ça. Mais là, j'ai pas le temps de rire. Et puis très vite, elle remarque le livre que je tiens entre les doigts. Alors je le retourne pour qu'elle puisse voir la couverture et le tend vers elle sans autant oser le tendre vraiment, de crainte de l'interrompre. Finalement, je ramène mes yeux vers moi tandis qu'elle parle de grenouilles et de bêtises, idée qui me tétanise particulièrement car je m'imagine faire une telle chose : je ne survivrais jamais aux foudres de mon père si ça arrivait.
Je suis tellement soulagé qu'elle s'adresse à l'homme que mes épaules et mes bras se relâchent. Le livre rebondit mollement sur mes cuisses. Je peux enfin détacher mon regard de la fille pour le regarder lui, l'homme qui s'intéressait à mon avis alors que je ne suis qu'un enfant qui n'a pas grand chose à apporter. Le ton dans sa voix m'interpelle aussitôt. C'est comme si... Des frissons coulent sur mes épaules et grouillent au niveau de mes tempes. Je baisse les yeux vers le sol. Comme si il était en colère. Et il l'est, ça s'entend à ce qu'il dit. Je n'avais pas fait attention, moi, au fait que capturer des grenouilles pour s'en servir de blagues ce n'était pas gentil.
Je me mordille les lèvres. J'aimerais mieux être invisible, juste disparaître, ne plus être là, entre eux. La seule chose qui me sort de ce miasmes d'émotions douloureuses, c'est la recommandation littéraire de l'homme qui est, je ne m'en étais pas rendu compte, employé ici, à la librairie. Le nom de son livre ne me dit rien et c'est normal : c'est moldu. Je lève aussitôt un regard envieux sur lui. Ce que j'aimerais pouvoir lire ça ! Ça me ramène à Bucarest, quand on a été dans le monde moldu et que c'était si bien de découvrir plein de choses étranges. J'ai même eu droit de jouer dans un parc à jeux là-bas, c'est dire !
C'est mal de montrer mon intérêt pour les choses moldues, alors j'essaie de paraître de nouveau normal. Je sais bien qu'il faut que je dise quelque chose mais je ne sais pas si je dois commenter tout ce que la fille a dit ou seulement rebondir sur la fin. Ce serait mal de ne pas commenter son histoire mais en même temps je ne sais pas quoi dire. Pourtant, il le faut bien. Je suis Derek Hangoover. Je n'ai pas le droit d'être effacé et ennuyeux. Je. N'ai. Pas. Le. Droit.
« Moi, commencé-je d'une voix fluette, je lis Le feu d'Ivoire. C'est une histoire avec des dragons. C'est sorcier. »
Je le rajoute un peu précipitamment. Je m'en veux de lancer un regard en coin à l'homme et me reprend aussitôt. Dans le même temps, je prends conscience que dans cette histoire, il n'y a personne qui fait des choses qu'il ne devrait pas faire. Et aussi, je me rends compte que je n'ai pas commenté les paroles de l'homme et que j'ai été égoïste. Mais s'il parle de trucs moldus, est-ce que j'ai le droit de répondre ? Les enseignements de mes parents n'ont aucune réponse pour ce genre de contexte, alors je me contente de me tourner vers lui pour lui dire d'une voix polie que j'espère maîtrisée :
« Ça a l'air intéressant, ce livre. »
Ça sonne faux alors que j'ai dit la vérité. J'ai envie de disparaître d'ici très très vite.
Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
Et toi, tu ferais quoi ?
Je regardai l'homme pendant qu'il m'expliquait que les pauvres grenouilles n'avaient rien demandé à personne et, plus il parlait, plus je me disais que j'avais peut-être pas choisi le meilleur exemple du monde. Dans ma tête, elles allaient juste se retrouver dans un bureau quelques minutes avant de repartir tranquillement faire leur vie, j'avais pas prévu de les torturer non plus !
Par contre, le « gamine sans considération », je l'avais très bien entendu et je fronçai légèrement le nez en le regardant.
" J'allais pas vraiment mettre des grenouilles dans un bureau, c'était juste un exemple ! Et puis elles auraient été rendues après. "
Je croisai les bras une seconde avant de réfléchir un peu mieux à mon idée. Bon, d'accord, attraper plein de grenouilles juste pour faire une blague, c'était peut-être pas génial pour elles. Mais ça voulait pas dire que toute mon idée était mauvaise.
" D'accord, pas de vraies grenouilles alors. Des Chocogrenouilles ! Elles sont beaucoup plus faciles à transporter et au moins après on peut les manger. "
Je souris, plutôt satisfaite de ma nouvelle version, avant que sa proposition de livre me fasse complètement oublier cette histoire. Comment dresser votre dragon. Rien que le titre me plaisait déjà, même si apparemment il fallait aller dans une librairie moldue pour le trouver.
" Ça existe vraiment ? J'aimerais bien voir comment les Moldus imaginent les dragons alors qu'ils sont même pas censés savoir qu'ils existent. Ils doivent inventer des trucs complètement faux ! "
J'allais lui demander s'il l'avait lu quand le garçon à côté de moi parla enfin de son propre livre. Le Feu d'Ivoire. Je tournai aussitôt la tête vers lui, beaucoup trop intéressée dès que j'entendis le mot dragon.
Je reportai mon attention sur le garçon. Depuis que j'étais arrivée, il avait pas l'air super à l'aise et je commençais à me demander si c'était juste parce qu'il était timide ou si j'avais débarqué un peu trop fort au milieu de leur conversation. Probablement un peu les deux.
" Moi c'est Sheryl, au fait. Comme ça si je te rerentre dedans dans cinq minutes, tu sauras au moins qui t'a foncé dessus. "
364 mots
Par contre, le « gamine sans considération », je l'avais très bien entendu et je fronçai légèrement le nez en le regardant.
" J'allais pas vraiment mettre des grenouilles dans un bureau, c'était juste un exemple ! Et puis elles auraient été rendues après. "
Je croisai les bras une seconde avant de réfléchir un peu mieux à mon idée. Bon, d'accord, attraper plein de grenouilles juste pour faire une blague, c'était peut-être pas génial pour elles. Mais ça voulait pas dire que toute mon idée était mauvaise.
" D'accord, pas de vraies grenouilles alors. Des Chocogrenouilles ! Elles sont beaucoup plus faciles à transporter et au moins après on peut les manger. "
Je souris, plutôt satisfaite de ma nouvelle version, avant que sa proposition de livre me fasse complètement oublier cette histoire. Comment dresser votre dragon. Rien que le titre me plaisait déjà, même si apparemment il fallait aller dans une librairie moldue pour le trouver.
" Ça existe vraiment ? J'aimerais bien voir comment les Moldus imaginent les dragons alors qu'ils sont même pas censés savoir qu'ils existent. Ils doivent inventer des trucs complètement faux ! "
J'allais lui demander s'il l'avait lu quand le garçon à côté de moi parla enfin de son propre livre. Le Feu d'Ivoire. Je tournai aussitôt la tête vers lui, beaucoup trop intéressée dès que j'entendis le mot dragon.
Je reportai mon attention sur le garçon. Depuis que j'étais arrivée, il avait pas l'air super à l'aise et je commençais à me demander si c'était juste parce qu'il était timide ou si j'avais débarqué un peu trop fort au milieu de leur conversation. Probablement un peu les deux.
" Moi c'est Sheryl, au fait. Comme ça si je te rerentre dedans dans cinq minutes, tu sauras au moins qui t'a foncé dessus. "
364 mots
2A RP (promo50-51)#691414 « Les bonnes idées changent le monde. Les mauvaises écrivent les légendes. »
Et toi, tu ferais quoi ?
Le feu d’Ivoire… Hjúki se demande si ce roman fait partie des collections de la bibliothèque à Godric’s Hollow, pour les enfants qui la visiteraient. Il aurait apprécié que le petit garçon développe un peu après le partage du titre, pour mesurer si ce genre de récit serait incontournable pour la jeunesse, mais il est manifestement très peu loquace, face à des inconnus du moins. Ce que l’adulte comprend. À sa place, l’irlandais a souvent gardé ses mots pour lui. Ou n’en avait tout simplement pas qui s’alignaient dans sa tête. Les impressions sont là, mais pas toujours accompagnée de phrases. Parler d’un livre sans en parler… le mage n’apprécie pas assez les surprises pour ouvrir une page de couverture et s’aventurer sans aperçu du contenu. Un ouvrage sorcier sur les dragons pourrait être trop réel, trop banal. Il ne compte pas les récits inspirés de la course de Koppaberg, qui croulent naturellement de références dragonesques. Son histoire doit être courte, s’il la partage à une autre enfant ; et si les critères sont respectés, elle n’est pas non plus ‘éducative’. Sa recommandation moldue suscite quant à elle l’expression d’un intérêt tout à fait poli du garçon. Sans n’avoir non plus développé, Hjúki comprend que le titre seul ne soit pas très enthousiasmant.
Le bibliothécaire suspend ses réflexions sur la nature de cette histoire sorcière de dragons pour entendre la défense de la gamine sur son numéro de grenouilles. Le contraste entre les deux petits est saisissant. L’un a la parole la plus économe, l’autre est l’incarnation de la personne qui parle sans réfléchir. Ce n’est qu’après avoir déblatéré son exemple absurde de bêtise impliquant la capture de grenouilles vivantes qu’elle se souvient de l’existence des chocogrenouilles. « Ce serait moins pire… » concède l’adulte qui reste peu convaincu par la position de la gamine, pour qui la magie n’est même pas égoïstement utile pour faciliter son propre quotidien, mais pour tourmenter autrui. D’aucuns y verraient une raison de la bannir. Ça a l’air impossible… ce qui le rend curieux du scénario dans le livre que tient le garçon qui expliquerait comment pourrait-elle s’évaporer.
Bien sûr qu’il a présenté un livre qui existe. Ce n’est pas parce qu’il est impossible de le vérifier sans aller visiter la bibliothèque moldue la plus proche qu’il l’a inventé. Le constat que leurs inventions sur les dragons puissent être complètement fausses le fait tiquer. « C’est l’intérêt de la fiction, de ne pas avoir affaire à un livre historique ou documentaire. Leur imagination ne se limite à ce qui est vrai, les moldus peuvent inventer des dragons avec toutes les formes d’ailes possibles, tous les motifs d’écailles, tous les modes de production du feu sans avoir à se soucier de ce que les dragonologistes ont étudié et avéré. »
Il prend conscience en prononçant ses mots que là réside la problématique de la littérature sorcière. Il n’y a rien d’irréel ou de féérique, à proposer un monde magique. Même conçu un peu différemment, tout est reproduisible, en prenant en compte la palette que proposent les magies du monde. Ce qui s’en rapproche, c’est ce bouquin que tient le petit garçon. Un monde sans magie, c’est ce dont a besoin l’esprit sorcier pour se situer dans un récit imaginaire, dans une réalité qui n’existe pas.
Le bibliothécaire suspend ses réflexions sur la nature de cette histoire sorcière de dragons pour entendre la défense de la gamine sur son numéro de grenouilles. Le contraste entre les deux petits est saisissant. L’un a la parole la plus économe, l’autre est l’incarnation de la personne qui parle sans réfléchir. Ce n’est qu’après avoir déblatéré son exemple absurde de bêtise impliquant la capture de grenouilles vivantes qu’elle se souvient de l’existence des chocogrenouilles. « Ce serait moins pire… » concède l’adulte qui reste peu convaincu par la position de la gamine, pour qui la magie n’est même pas égoïstement utile pour faciliter son propre quotidien, mais pour tourmenter autrui. D’aucuns y verraient une raison de la bannir. Ça a l’air impossible… ce qui le rend curieux du scénario dans le livre que tient le garçon qui expliquerait comment pourrait-elle s’évaporer.
Bien sûr qu’il a présenté un livre qui existe. Ce n’est pas parce qu’il est impossible de le vérifier sans aller visiter la bibliothèque moldue la plus proche qu’il l’a inventé. Le constat que leurs inventions sur les dragons puissent être complètement fausses le fait tiquer. « C’est l’intérêt de la fiction, de ne pas avoir affaire à un livre historique ou documentaire. Leur imagination ne se limite à ce qui est vrai, les moldus peuvent inventer des dragons avec toutes les formes d’ailes possibles, tous les motifs d’écailles, tous les modes de production du feu sans avoir à se soucier de ce que les dragonologistes ont étudié et avéré. »
Il prend conscience en prononçant ses mots que là réside la problématique de la littérature sorcière. Il n’y a rien d’irréel ou de féérique, à proposer un monde magique. Même conçu un peu différemment, tout est reproduisible, en prenant en compte la palette que proposent les magies du monde. Ce qui s’en rapproche, c’est ce bouquin que tient le petit garçon. Un monde sans magie, c’est ce dont a besoin l’esprit sorcier pour se situer dans un récit imaginaire, dans une réalité qui n’existe pas.