Les rêves sous l'oreiller
23 JUILLET 2051,
CHAMBRE, PASSAGE DE DRAÍOCHT,
Alyona, 21 ans,
CHAMBRE, PASSAGE DE DRAÍOCHT,
Alyona, 21 ans,
Il est parfois nécessaire de prendre la plume, quand la situation ne propose aucune autre solution. Avec la fin de juillet, je sais Ivanovna occupée ; j'ai connu sa situation, les examens, les révisions, la fin d'année : ce n'est pas une période facile à traverser. Qui plus est dans le cas délicat de mon amie. Il n'y a presque plus qu'une hâte : que cette année scolaire prenne fin, et qu'avec la suivante viennent de plus agréables perspectives. Ce n'est pas simple non plus au Jardin, les serres demandent un entretien constant, et je ne sais toujours pas quoi penser des changements qui façonnent désormais mes rapports avec ma famille ; c'est à peine si nous nous sommes vus ou avons correspondu depuis mai. Cependant, je n'ai pas de quoi me plaindre, l'année s'est montrée mouvementée mais je sens désormais plus sereinement ma solidité, et travailler me fait du bien. Tout ce que je veux pour les prochaines semaines, c'est voir mon amie, même quelques jours, pour pouvoir simplement marcher avec elle, parler, rire, ou quoi que ce soit d'autres qui puisse nous faire du bien l'une à l'autre. Certes, nous avons passé du temps ensemble en début de mois, mais août arrive, et avec lui la fin de cette année de scolarité d'Ivanovna. Ne serait-ce pas l'occasion rêvée pour prendre quelques jours ?
En épluchant les journaux sorciers, hier, je suis tombée sur cette proposition de voyage à l'étranger, organisée par TerrorTours. Elle m'a tapée dans l'œil comme une évidence, à croire que je ne l'ai pas trouvée par hasard, qu'elle avait été écrite pour moi. Des vacances ! Deux semaines à l'étranger ! Ce sont deux semaines qui permettent de ne penser à rien, de prendre le large et d'oublier dans les Îles Britanniques les soucis qu'on y traine toute l'année. Partir, loin... Oh, comme l'occasion m'a semblé belle pour Ivanovna et moi ! Déjà j'imaginais notre discussion, et je souriais en observant les destinations. Plutôt Roumanie ou Venise ? Oh, connaissant mon amie, je pense que son intérêt se portera sur les Caraïbes. Ou Venise ? Comment être sûre ? En lui posant la question, peut-être ?
C'est de cette manière que le hibou s'est imposé. Une table, un parchemin, une plume, de l'encre, et au travers l'émergence d'un rêve à peine croyable : partir dans quelques semaines et laisser cette terrible année derrière nous.
Alyona Farrow,
Passage de Draíocht, Irlande
Pour Ivanovna Gunnray
Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques, Angleterre
Ma sœur,
Je pense beaucoup à toi en ce moment. Je t'imagine dans les grandes salles d'examen de l'Institut, plongée devant ta copie, approchant rigoureusement les sujets et tirant à toi les réponses à toutes ces questions. Parfois, je m'arrête de travailler, je lève les yeux, et ton visage s'impose ; cela me fait tout drôle de te savoir là-bas, en examen, et moi ici. Mais j'ai confiance en toi, je sais que tu t'en tires bien, que tu ne laisses pas les difficultés de cette année entraver ta réussite.
Est-ce que cela te plairait de partir toutes les deux en vacances, ensemble, loin des Îles Britanniques ? J'ai vu une annonce hier dans le journal, une annonce de l'agence de voyage TerrorTours. On pourrait partir en Laponie ou dans les Caraïbes ! Et même en Roumanie et à Venise ! Ce serait chic, Venise. Mais les Caraïbes... Cela fait aussi rêver ! Oh, je suis sûre que tu adorerais marcher sur ce genre de plage, et on pourrait se baigner dans une eau transparente, beaucoup plus chaude que celle d'Écosse ou d'Irlande ! Même la Roumanie m'attire, il y a là-bas des jardins botaniques dont on m'a dit qu'ils étaient superbes. Tu imagines ? Faire tes valises après l'Institut pour partir directement dans les Caraïbes ? Pouvoir tout laisser derrière soi le temps de deux semaines ? Cela pourrait nous faire du bien, cela pourrait être incroyable ! Le départ est prévu au 6 août.
Je sais que c'est un peu fou et soudain, mais peut-être qu'on peut y réfléchir ?
Les jours avec toi me manquent. J'essaye de sortir du Passage de Draíocht de temps en temps, mais ce n'est pas pareil sans toi. Vivement que cette année scolaire prenne fin !
À très vite,
Alyona
@Ivanovna Gunnray
Hmm, pas sûre du titre mais bon, tu me diras ce que tu en penses !
Hmm, pas sûre du titre mais bon, tu me diras ce que tu en penses !
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Les rêves sous l'oreiller
Avertissement/TW : deuil
Si la première lettre était soleil, celle-ci est nuit ; si la première lettre enivrait, celle-ci repousse ; si la première lettre était douce, celle-ci est amère. Les mots sont soigneusement écrits mais distants, comme si le cœur qui les avait posé là avait la tête ailleurs. Pourtant l'enveloppe est propre, jolie, pliée de la même façon, et porte la même trace olfactive florale. Mais les mains qui l'ont préparée gardaient des souvenirs de tremblements et d'une agitation interne inhabituelle et immense.
28 JUILLET 2051,
Si la première lettre était soleil, celle-ci est nuit ; si la première lettre enivrait, celle-ci repousse ; si la première lettre était douce, celle-ci est amère. Les mots sont soigneusement écrits mais distants, comme si le cœur qui les avait posé là avait la tête ailleurs. Pourtant l'enveloppe est propre, jolie, pliée de la même façon, et porte la même trace olfactive florale. Mais les mains qui l'ont préparée gardaient des souvenirs de tremblements et d'une agitation interne inhabituelle et immense.
Elle a hésité à terminer par quelques mots plus doux. Un « je t'aime » qui lui mordait le cœur. Mais en levant les yeux, sa chambre était si silencieuse... Elle s'en est voulue d'envoyer cette lettre, sur ce ton, et de n'avoir que cela dans l'enveloppe : des larmes à peine retenues, une peine, un renoncement. Mais quoi d'autres ? C'était nécessaire, peut-être même davantage que le courrier précédent. Il fallait, elle l'a fait. Maintenant... L'été se révèle trébuchant alors elle s'allonge et ferme les yeux.Alyona Farrow,
Passage de Draíocht, Irlande
Pour Ivanovna Gunnray
Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques, Angleterre
Ma sœur,
Peut-être m'as-tu déjà répondu, peut-être que ta lettre vole vers moi et que je la recevrai aujourd'hui-même, peut-être que j'aurais dû l'attendre... Mais il m'a semblé important de t'envoyer ces mots avant, pour que tu saches.
Ecco est mort hier. C'est la première fois que je l'écris. Il est parti pour de bon. Quand je l'ai trouvé au matin, je pensais qu'il dormait... mais non... Je ne suis pas allée travailler. J'ai l'impression de me réveiller d'un Stupefix qui aurait duré des années. J'ai tout de même réussi à aller voir Mr. McClure au Jardin. Il m'a permis de rester chez moi quelques jours. Mais c'est si vide, chez moi... Et en même temps je ne sais pas où aller... Je n'arrive plus très bien à réfléchir. Je crois que j'ai besoin d'être un peu seule.
Je ne sais pas si je pourrais partir en vacances à l'étranger. Elles me faisaient rêver, ces images des Caraïbes et de Roumanie où je nous voyais déjà posées avec un beau chapeau. Mais maintenant, je ne sais pas. Je n'arrive même pas à dire si elles me font encore envie. Partir, faire mes valises... Je ne pense pas que j'y arriverai. Je suis tellement désolée... J'ai l'impression de te priver, toi aussi... Mais je voulais que tu le saches tout de suite, pour ne pas que tu te l'imagines davantage... Je te dois bien ça.
J'irai peut-être chez ma grand-mère, à Tillyhouse, en août, je pense que cela me fera du bien.
J'espère qu'on pourra se voir après tes examens,
Alyona
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Les rêves sous l'oreiller
HRP : ceci est bien un rp en duo. Il a été décidé d'un commun accord que les deux premiers posts seraient ainsi construits. Pour des raisons que la lecture qui suit explicite, la réponse en contient deux mais un. Donc un. Pourquoi ? pourquoi pas !
Fin Juillet - début Août 2051
Au soir d’un examen passablement éprouvant, Ivanovna trouve un animal à la fenêtre de chez elle, l’animal est calme telle une statue, on le dirait presque pétrifié. La chaleur peut-être, l’effort…
A la lecture du hibou, un étrange sentiment la traverse. Fin Juillet, début Août, comment Alyona pouvait-elle espérer que la chose soit possible ? Peut-être est-ce le signe qu’elle a déjà oublié le rythme effréné des études, surtout en période d’examen. La proposition est alléchante mais parfaitement impossible. Outre le fait qu’il faudrait des papiers que les autorités rechigneraient sans doute à octroyer, le temps manquerait. D’autant, mais peut-être Alyona ne s’en souvient-elle pas, que le mariage de Gordon est une date incontournable, une exécution que l’on ne peut différer. Alors bien sûr elle tiendrait là une excellente raison de ne pas s’y rendre mais… elle a déjà dit oui. Et une Gunnray ne reprend pas sa parole. Si tout ce qui entoure ce jour est une souffrance dont elle se passerait aisément, Ivanovna ne peut pour autant y déroger. C’est ainsi, un autre quartier de noblesse de sang.
Elle rédige donc en hâte un premier hibou en date du 26 Juillet.
A la lecture du hibou, un étrange sentiment la traverse. Fin Juillet, début Août, comment Alyona pouvait-elle espérer que la chose soit possible ? Peut-être est-ce le signe qu’elle a déjà oublié le rythme effréné des études, surtout en période d’examen. La proposition est alléchante mais parfaitement impossible. Outre le fait qu’il faudrait des papiers que les autorités rechigneraient sans doute à octroyer, le temps manquerait. D’autant, mais peut-être Alyona ne s’en souvient-elle pas, que le mariage de Gordon est une date incontournable, une exécution que l’on ne peut différer. Alors bien sûr elle tiendrait là une excellente raison de ne pas s’y rendre mais… elle a déjà dit oui. Et une Gunnray ne reprend pas sa parole. Si tout ce qui entoure ce jour est une souffrance dont elle se passerait aisément, Ivanovna ne peut pour autant y déroger. C’est ainsi, un autre quartier de noblesse de sang.
Elle rédige donc en hâte un premier hibou en date du 26 Juillet.
Pourtant, sans doute davantage bousculée par la vie qu’elle ne l’est habituellement, elle néglige de l’envoyer le soir même. Et l’oublie, merci la vie… Elle ne le retrouve que le vendredi 4 Août, lorsque, les examens terminés, elle décide de faire du rangement, à commencer par son bureau, devenu ces dernières semaines une jungle abominable de dizaines de rouleaux de parchemins, enfouissant autant de précis et autres dictionnaires qu’elle a légalement sortis de la bibliothèque de l’Institut. Mais certains devraient être retournés dans leur rayon depuis des jours entiers… Quand Vana comprend son oubli, elle en prend la mesure et se met à pleurer. La fatigue, plus nerveuse qu’autre chose bien sûr. La fatigue mais aussi l’oubli de la seule personne qui lui soit cruciale dans la vie. Du moins la seule à lui être totalement fidèle.
Ce n’est qu’un début. Tandis qu’elle a enfin dégagé une place pour pouvoir relire, cacheter le parchemin et préparer son envoi, elle entend le toc toc commun des hiboux « livreurs ». En premier lieu, elle y voit un signe positif, elle pourra envoyer ses mots par retour de hibou, utiliser l’oiseau. Elle lit cette nouvelle missive sans anticiper qu’il s’agit d’Aly.
Cette fois, elle entre dans une rage intérieure peu commune. Bien sûr ce n’est qu’un rat. Les animaux de compagnie ne sont pas à ses yeux des créatures primordiales. Mais elle sent la souffrance d’Alyona. Et voudrait tant pouvoir l’aider. Son premier élan est de prendre son balai et voler pour l’Irlande. Mais elle ne parviendra pas à caser même une journée dans son planning du mois à peine entamé. Il serait faux de dire qu’elle est trop occupée. Ivanovna a juste décidé de rester chez elle, demeurer en elle le temps d’enterrer ses derniers espoirs à propos de Gordon. Une sorte de punition méditative qu’elle a savamment organisée. Et puis… la préparation de l’année à venir, le stage, deux ou trois idées sur son avenir dans le Kent… Non, même proposer de rendre visite à Alyona ne se tient pas. En outre, on ne s’invite pas chez les gens.
Avec l’énergie d’un certain désespoir elle prend la plume et de rédiger un nouveau hibou, décidant que le premier ne sera pas envoyé.
Ce n’est qu’un début. Tandis qu’elle a enfin dégagé une place pour pouvoir relire, cacheter le parchemin et préparer son envoi, elle entend le toc toc commun des hiboux « livreurs ». En premier lieu, elle y voit un signe positif, elle pourra envoyer ses mots par retour de hibou, utiliser l’oiseau. Elle lit cette nouvelle missive sans anticiper qu’il s’agit d’Aly.
Cette fois, elle entre dans une rage intérieure peu commune. Bien sûr ce n’est qu’un rat. Les animaux de compagnie ne sont pas à ses yeux des créatures primordiales. Mais elle sent la souffrance d’Alyona. Et voudrait tant pouvoir l’aider. Son premier élan est de prendre son balai et voler pour l’Irlande. Mais elle ne parviendra pas à caser même une journée dans son planning du mois à peine entamé. Il serait faux de dire qu’elle est trop occupée. Ivanovna a juste décidé de rester chez elle, demeurer en elle le temps d’enterrer ses derniers espoirs à propos de Gordon. Une sorte de punition méditative qu’elle a savamment organisée. Et puis… la préparation de l’année à venir, le stage, deux ou trois idées sur son avenir dans le Kent… Non, même proposer de rendre visite à Alyona ne se tient pas. En outre, on ne s’invite pas chez les gens.
Avec l’énergie d’un certain désespoir elle prend la plume et de rédiger un nouveau hibou, décidant que le premier ne sera pas envoyé.
Ceux qui connaissent Ivanovna Gunnray, née Alekhina, sauraient parfaitement décoder ces mots. Il est évident qu’Alyona mesure l’ampleur du moment. Lointain cri d'une banshee étouffé dans un oreiller d’apparences. Trompeuses.
Les rêves sous l'oreiller
10 AOÛT 2051,
Il y a une facilité à se confier par écrit, dans une lettre, même si je n'ai jamais été véritablement à l'aise avec cette méthode, qu'elle m'a toujours fait me sentir limitée dans les actes. On peut tracer des mots, confier des sentiments, et pleurer sur ce que l'on offre, sur ce que cela représente pour nous et tout le poids qu'il y a derrière une phrase ; on peut pleurer, à l'autre bout du pays, personne ne l'apprendra. C'est une manière de garder un peu de dignité dans la douleur. Ou une façon de fuir un regard qu'on sait capable de nous bouleverser.
Mes mains tremblent lors de ma rédaction, tremblent des mots de ma sœur que je relis et qui rendent mes yeux ronds, auxquels j'ai bien du mal à offrir une réponse par des mots alors que mon cœur est serré, douloureux pour elle, tremblent de ce que je m'apprête à confier et que je ne parviens à tracer sur ma feuille qu'entre deux flots de sanglots, tremblent de l'espace entre nous, si terrible physiquement et pourtant presque inexistant sur le papier, car ce qui y est écrit est la preuve d'une relation qui va plus loin qu'une simple amitié. Il me faut prendre de grandes inspirations avant de laisser mon cœur s'ouvrir. L'été est orageux et j'en crains la violence qui déjà nous écorche. Mais la sincérité appelle la sincérité. Dans notre traversée de la douleur, retirons les bandages silencieux dont nous nous étions couvertes. Mettons notre âme à nue puisque tout le reste s'est déchiré.
Pour Ivanovna Gunnray
Passage de Draíocht, 10 août 2051
Mon amie, ma sœur,
Ne te reproche rien, c'est moi qui aurais dû réfléchir davantage, et savoir qu'il est compliqué de tout mener en période d'examens ; je suis passée par là, j'aurais dû m'en douter. C'était une idée utopique, de toute manière...
C'est difficile, sans Ecco... Tout paraît différent... J'ai du mal à m'y faire, je réalise à peine, je le cherche partout. J'ai pu obtenir de Mr. McClure la permission pour poser quelques jours de congé. Demain, je partirai chez ma grand-mère maternelle, à Tillyhouse. J'irai me réfugier chez elle comme lorsque j'étais petite. Je pense que c'est ce qu'il me faut.
Gordon... J'avais senti qu'il y avait quelque chose avec lui. Tu n'es pas obligée d'aller à son mariage si tu ne le veux pas. Oh, Vana, être là-bas et assister à ça ! Acheter une robe pour ça ! Dis-lui que tu es malade, que tu ne te sens pas bien, ou que les examens t'ont affaibli. Il comprendra. Mais y aller ! Je suis tellement désolée, et cela arrive en cette fin d'année, ne se rend-il pas compte de ce qu'il te fait ? Oh, ma sœur... Ou dis-lui ! Dis-lui ce que tu ressens ! Peut-être aura-t-il la bonté d'accepter ton absence et de prendre ses distances avec toi, peut-être que c'est le mieux à faire pour vous deux... Ou peut-être qu'il changera ses engagements ? Comme j'aimerais pouvoir te prendre les mains, être là pour toi... Mais au lieu de ça je suis là dans ma chambre toute silencieuse et seule, avec les membres qui tremblent, et je ne sais même plus écrire...
Moi aussi je te dois des vérités. C'est dur à dire, et complètement fou, mais je crois que j'aime aussi les filles. Que je les aime autant que les garçons. Je ne suis pas sûre, cela me fait peur de l'écrire. Mais je crois que c'est pour moi comme les sang-mêlés, les nés-moldus ou les moldus : mon cœur ne fait pas de différence. Mais c'est impossible. Oh, ça me fait peur, c'est tellement bizarre ce que je t'écris là ! Je devrai m'intéresser uniquement aux sorciers de sang-pur, pour ma famille, pour l'avenir, mais je n'y arrive pas. Comme tu le sais, ma famille est entrée dans le registre il y a quelques semaines et jamais une décision n'a été plus difficile à prendre pour moi. Je me sentais... Déchirée. J'ai l'impression de devoir me dompter, me résoudre, m'obliger, ou mettre des œillères sur mon cœur. Enterrer tous ces avenirs qui auraient pu venir et qui ne trouveront jamais leur place. Je suis jeune et je dois déjà m'enchaîner, je dois déjà renoncer à des voies, avant même qu'elles ne se révèlent... Je pensais m'y faire mais je n'y arrive pas encore, et je leur en veux, à tous, aux sang-pur, à mes parents, au Conseil... C'est ridicule et insensé, je ne devrai pas, je suis poussée par la colère... Mais je crois que je ne veux plus rien avoir à faire avec eux pour le moment. J'ai signé, je me suis engagée, et à cela je resterai fidèle, mais le reste... Je ne veux plus les revoir. Mais comment puis-je me permettre cela alors qu'ils m'aiment et que je les aime ? C'est ma famille, c'est mon sang, et c'est ma peine... Si je pouvais renoncer à mon nom, il me semble parfois que j'en serais presque tentée.
Mes pensées sont aussi avec toi. J'espère que le vent écossais emportera nos tourments.
Soyons fortes, ma sœur.
Aly
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Les rêves sous l'oreiller
Un hibou, reconnaissable entre tous, l’écriture d’Aly. Lecture. Par une étrange force dépassant la magie, l'existence d'Ivanovna se décale d’un millimètre, une poussière suffisante à la transporter dans un territoire de son coeur où elle oublie pour un temps les tourments du jour.
Ivanovna parcoure les mots une deuxième fois. Puis une troisième. A la quatrième lecture, elle commence à comprendre pleinement les conséquences des mots de son amie. Tout d’abord… Serait-ce à dire qu’Aly redoute sa réaction ? Mais enfin, chacun est libre de sa vie. Si nous ne choisissons pas tout de notre condition, nous avons pleine liberté pour infléchir le cours de nos vies !?! Alyona, comme Ivanovna, est une sorcière de sang pur. Cela ne justifie en rien de lui contester le droit de vivre selon les élans de son âme. S’il est une chose à laquelle Ivanovna accorde une importance supérieure, c’est bien la liberté. Et il ne saurait être question de la revendiquer pour soi sans l’accorder aux autres. "Qui que tu penses aimer, c’est ton droit le plus strict. Je ne suis pas choquée". A l’évidence cela a des implications familiales. Impérieuses comme épineuses. Le risque est celui de devoir non pas simplement imposer nos désirs mais les faire accepter. Quant aux implications successorales… Ivanovna ne voit aucun moyen de rendre la situation simple à terme. Elle peut tout au plus aider, accompagner. Qu’il est préférable d’être orpheline finalement. Personne pour vous imposer quelque attitude que ce soit…
La jeune femme est entrée dans la nouvelle par son aspect institutionnel. Ce n’est pas une erreur, en cela elle ne fait d’ailleurs que suivre les réflexions de son amie. Elle doit admettre que la nouvelle, pour surprenante qu’elle soit, ne la surprend pas totalement. En avait-elle l’intuition ? Ou doit-on plutôt parler des liens les unissant, forts, toujours plus affermis par le temps ? De sorte que… dans son coeur, il existerait des signaux annonciateurs ? Garçon ? Fille ? Pas encore déterminée ? Ivanovna ne sait pas trop quoi en penser mais il faut à l’évidence se garder de vouloir infléchir la trajectoire d’Alyona. C’est à elle de trouver, le jour venu, ce qui est en elle, véritablement. En aucun cas il n’est question dans l’esprit de Vana de « rattraper » une âme perdue le temps d’une saison. Elle n’y pense pas vraiment d’ailleurs. Juste à dire... « Je ne peux déterminer à ta place, fais ce que tu voudras »… la liberté. Mais aussi le droit de l’être sans ressentir l’opprobre, le rejet. Si la question n’était pas éminente, Ivanovna dirait qu’elle s’en fout, qu’Alyona peut bien vivre ainsi qu’elle l’entend. Il est cependant la souffrance d’une réalité perçue comme atypique. Ainsi Vana est le premier refuge de celle qui n’en a plus… dernier refuge serait préférable mais elle n’aime pas l’idée. Une chose est certaine, jamais elle ne laissera Aly sur le bord du chemin. Une fois encore il est tentant de se ruer vers elle. Mais en même temps, Ivanovna pense préférable de s’en tenir à des mots couchés sur parchemin. Non, elle ne craint pas de croiser son regard. Son instinct lui dicte d’agir ainsi. Car il est possible qu’une solution familiale émerge, les grands-mères sont douées en la matière.
Son esprit vole à la vitesse d’un vif d’or, d’une idée à l’autre. Pas d’enfants, des enfants d’un mariage différent de la norme, une vie séparée d’eux… tout est possible a priori et Vana ne détiendra pas de solution. Par moments, elle a cru voir en sa sœur une trajectoire semblable à la sienne. D’un coup, les comètes se séparent. Du moins le temps d’une révolution… Étranges centaures aux prédictions imprévisibles. Mais il n’est pas dit que Vana se laissera impressionner. Voilà un autre combat rattaché à la liberté. Non pas celle des petits plaisirs dont on nous prive par excès de sécurité. Ou ceux qu’une rigueur politique légitime. La question est suffisamment intime pour qu’on ne puisse nier aux êtres le droit de vivre comme ils l’entendent. Cela dépasse Alyona. Ivanovna ne pourra rien face aux secousses au sein de la famille Farrow. Aimer Alyona et l’aider à décider si besoin. Ou seulement vivre avec. Reste à le coucher sur un parchemin. Et cela est une autre affaire.
Le parchemin que vous tenez entre les mains a été modifié plusieurs fois. Des traces de réécriture, de repentirs, comme autant de tâches dans les embus d’une pensée manifestement hésitante. Si vous le vouliez, il serait possible d’en obtenir une version « initiale ». Toutefois, si les mots ont été réécrits plus de deux fois, la restauration vers le primordial devient impossible, du moins ne permet-elle pas de prétendre être la source. Si vous avez ne serait-ce que des rudiments en épigraphie sorcière, vous savez la démarche illusoire, donc inutile.
Ivanovna parcoure les mots une deuxième fois. Puis une troisième. A la quatrième lecture, elle commence à comprendre pleinement les conséquences des mots de son amie. Tout d’abord… Serait-ce à dire qu’Aly redoute sa réaction ? Mais enfin, chacun est libre de sa vie. Si nous ne choisissons pas tout de notre condition, nous avons pleine liberté pour infléchir le cours de nos vies !?! Alyona, comme Ivanovna, est une sorcière de sang pur. Cela ne justifie en rien de lui contester le droit de vivre selon les élans de son âme. S’il est une chose à laquelle Ivanovna accorde une importance supérieure, c’est bien la liberté. Et il ne saurait être question de la revendiquer pour soi sans l’accorder aux autres. "Qui que tu penses aimer, c’est ton droit le plus strict. Je ne suis pas choquée". A l’évidence cela a des implications familiales. Impérieuses comme épineuses. Le risque est celui de devoir non pas simplement imposer nos désirs mais les faire accepter. Quant aux implications successorales… Ivanovna ne voit aucun moyen de rendre la situation simple à terme. Elle peut tout au plus aider, accompagner. Qu’il est préférable d’être orpheline finalement. Personne pour vous imposer quelque attitude que ce soit…
La jeune femme est entrée dans la nouvelle par son aspect institutionnel. Ce n’est pas une erreur, en cela elle ne fait d’ailleurs que suivre les réflexions de son amie. Elle doit admettre que la nouvelle, pour surprenante qu’elle soit, ne la surprend pas totalement. En avait-elle l’intuition ? Ou doit-on plutôt parler des liens les unissant, forts, toujours plus affermis par le temps ? De sorte que… dans son coeur, il existerait des signaux annonciateurs ? Garçon ? Fille ? Pas encore déterminée ? Ivanovna ne sait pas trop quoi en penser mais il faut à l’évidence se garder de vouloir infléchir la trajectoire d’Alyona. C’est à elle de trouver, le jour venu, ce qui est en elle, véritablement. En aucun cas il n’est question dans l’esprit de Vana de « rattraper » une âme perdue le temps d’une saison. Elle n’y pense pas vraiment d’ailleurs. Juste à dire... « Je ne peux déterminer à ta place, fais ce que tu voudras »… la liberté. Mais aussi le droit de l’être sans ressentir l’opprobre, le rejet. Si la question n’était pas éminente, Ivanovna dirait qu’elle s’en fout, qu’Alyona peut bien vivre ainsi qu’elle l’entend. Il est cependant la souffrance d’une réalité perçue comme atypique. Ainsi Vana est le premier refuge de celle qui n’en a plus… dernier refuge serait préférable mais elle n’aime pas l’idée. Une chose est certaine, jamais elle ne laissera Aly sur le bord du chemin. Une fois encore il est tentant de se ruer vers elle. Mais en même temps, Ivanovna pense préférable de s’en tenir à des mots couchés sur parchemin. Non, elle ne craint pas de croiser son regard. Son instinct lui dicte d’agir ainsi. Car il est possible qu’une solution familiale émerge, les grands-mères sont douées en la matière.
Son esprit vole à la vitesse d’un vif d’or, d’une idée à l’autre. Pas d’enfants, des enfants d’un mariage différent de la norme, une vie séparée d’eux… tout est possible a priori et Vana ne détiendra pas de solution. Par moments, elle a cru voir en sa sœur une trajectoire semblable à la sienne. D’un coup, les comètes se séparent. Du moins le temps d’une révolution… Étranges centaures aux prédictions imprévisibles. Mais il n’est pas dit que Vana se laissera impressionner. Voilà un autre combat rattaché à la liberté. Non pas celle des petits plaisirs dont on nous prive par excès de sécurité. Ou ceux qu’une rigueur politique légitime. La question est suffisamment intime pour qu’on ne puisse nier aux êtres le droit de vivre comme ils l’entendent. Cela dépasse Alyona. Ivanovna ne pourra rien face aux secousses au sein de la famille Farrow. Aimer Alyona et l’aider à décider si besoin. Ou seulement vivre avec. Reste à le coucher sur un parchemin. Et cela est une autre affaire.
Le parchemin que vous tenez entre les mains a été modifié plusieurs fois. Des traces de réécriture, de repentirs, comme autant de tâches dans les embus d’une pensée manifestement hésitante. Si vous le vouliez, il serait possible d’en obtenir une version « initiale ». Toutefois, si les mots ont été réécrits plus de deux fois, la restauration vers le primordial devient impossible, du moins ne permet-elle pas de prétendre être la source. Si vous avez ne serait-ce que des rudiments en épigraphie sorcière, vous savez la démarche illusoire, donc inutile.
Il est dans ces mots de nombreux paradoxes. A aucun moment Ivanovna ne parle du mariage. Elle vient pourtant d’apprendre que celui d’Aurélia et Gordon est annulé.
Dans le même temps, elle dit qu’il faut laisser parler son coeur, chose qu’elle n’applique pas le moins du monde en ce qui la concerne. Si Alyona a peut-être les moyens de savoir pour le mariage, mais rien n’est sûr, il est évident qu’elle peut conclure qu’Ivanovna est plus lucide concernant Alyona qu’envers elle-même. « Savoir le laisser parler ». Oui… reste à écouter ce coeur, chère Ivanovna.
Elle ne parle pas non plus des examens. La totalité du hibou est orientée sur un genre particulier de questions…
Dans le même temps, elle dit qu’il faut laisser parler son coeur, chose qu’elle n’applique pas le moins du monde en ce qui la concerne. Si Alyona a peut-être les moyens de savoir pour le mariage, mais rien n’est sûr, il est évident qu’elle peut conclure qu’Ivanovna est plus lucide concernant Alyona qu’envers elle-même. « Savoir le laisser parler ». Oui… reste à écouter ce coeur, chère Ivanovna.
Elle ne parle pas non plus des examens. La totalité du hibou est orientée sur un genre particulier de questions…


