Sans emploi mais pas sans volonté

Jeudi 11 février 2038
à l'entrée de Gringotts

avec @Lenore Boyer


Victoria sort de la banque sorcière de Gringotts les lèvres pincées et dans une humeur exécrable. Voilà des mois qu'elle cherche obstinément du travail, parcourant les villes et villages d'Écosse, déposant son CV dans de nombreuses boutiques, parlant, se montrant, essayant de se faire connaître ; elle a tout essayé, donné du meilleur d'elle-même, et pourtant elle n'essuie que des refus, des "désolé" à peine pensés, et un insuccès qui commence à l'agacer. La vie n'est pas simple depuis son déménagement, elle a la mer mais pas l'emploi, la vie paisible sans le sens du travail. De quoi l'agacer et la hérisser. À quarante-cinq ans, on est donc déjà trop vieille ? Pas assez vive, pas assez naïve ? Expérimentée, formée, mais trop chère. Ah ! C'est bien la peine de monter en échelons si cela ne mène à rien. Et ces Gobelins... ces Gobelins ! La cerise sur le gâteau ! Elle a rendez-vous avec eux pour parler de sa situation financière, et ils lui reprochent de ne pas travailler ! Comme si c'était de son fait ! C'est bien connu qu'elle l'a choisi, qu'elle se complait dans cette situation et qu'elle ne veut rien en changer. Oui, les journées sur un canapé, c'est bien pour elle, c'est bien son genre. De toute manière l'argent pousse dans les arbres.
N'importe quoi ! Ils lui ont fait perdre sa matinée ! Si elle n'était pas bien élevée, elle les enverrait tous nourrir les strangulots.

Mais c'est une femme à rester digne. Ce qu'elle n'a pas maintenant, elle le trouvera. Si elle doit agrandir sa zone de recherche et s'éloigner de l'Écosse, transplaner tous les jours ou utiliser le réseau de cheminettes, elle le fera. Les mois au chômage commencent à s'enchaîner, et il n'est pas question qu'elle laisse cela se faire sans réagir. Victoria est une sorcière qui a besoin d'action.

En passant les portes d'entrée de Gringotts, la quarantenaire au menton haut croise la route d'une jeune femme qui semble à peine sortie d'études, et que dans sa bonté elle ne peut pas s'empêcher d'interpeller, prévenant, grimace dans les yeux mais sourire sur les lèvres.

« Si vous avez rendez-vous avec les Gobelins, je dois vous dire qu'ils sont d'une humeur terrible ! Méfiez-vous, ils n'ont aucune délicatesse ! »

Elle secoue la tête, dépitée, les sourcils levés et les yeux presque au ciel, avant de s'expliquer.

« J'ai rendez-vous pour parler de ma situation financière parce que je suis au chômage, je leur dis chercher du travail — évidemment que je cherche du travail ! — et on me demande de m'y mettre plus sérieusement ! J'aimerais bien les voir, moi ! Comme si c'était facile ! »

Victoria pousse un râle, bien heureuse de pouvoir laisser sa colère sortir.

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Sans emploi mais pas sans volonté
Lenore marchait en direction de Gringotts, yeux baissés, poings et mâchoire serrés. C’était la deuxième fois qu’elle se retrouvait dans cette situation, au pied du mur, et surtout contrainte à puiser dans les ressources familiales. Père avait été très clair : c’était la dernière fois qu’il lui accordait sa clémence par un prêt. Si elle venait à se retrouver dans une troisième galère, sans travail ni en traduction, ni en soutien scolaire, deux options s’offraient à elle. Soit reprendre des études moins futiles que la littérature, plus nobles, soit assurer en se mariant la descendance de leur famille, tournée en dérision depuis sa naissance.

Un frisson parcourût son dos déjà glacé par le froid d’hiver. Malgré sa « demi-magie », comme son frère et tant d’autres s’amusaient à la qualifier avec dédain, elle avait tout essayé pour se voir offrir un ouvrage. Annonce dans les journaux, porte à porte dans les quartiers huppés, affichages clandestins dans les rues de Londres ou glissés dans les boîtes aux lettres, toutes sortes d’entretiens dans des entreprises et, parfois, appels désespérés sur les places bondées de monde. À de nombreuses reprises, les gens déclinaient son offre, disant ne pas être intéressés, que le prix était trop cher ou, dans des cas extrêmes, qu’ils ne voulaient pas confier leur travail ou leurs enfants à une dégénérée au sens propre, comme elle. Quand aux classes plus humbles, elle avait interdiction formelle de les côtoyer. Comme si trouver des clients n’était pas déjà assez dur…

Alors, la jeune femme de 22 ans s’accrochait comme elle pouvait, avec les quelques commandes qu’elle réussissait bien à faire. Certains mois, c’était tout juste suffisant pour tenir sans trop de luxe, en prenant en compte le fait que sa famille lui fournissait de quoi masquer les apparences en vêtements et accessoires sans intérêts. Mais d’autres, comme le dernier, mettaient son compte bancaire à mal. C’est pourquoi, elle était aujourd’hui en mission secrète pour faire une petite transaction du compte de ses parents vers le sien, à la banque des sorciers.

Après avoir dû se faire violence pour ignorer la vitrine de la librairie, le cœur lourd, Nore monta les quelques marches menant à la grande porte de bois d’un pas souple. Perdue dans ses pensées, elle fut surprise et faillit sursauter en voyant sortir une femme de la banque. Son air furieux et fier l’inquiétèrent un peu, surtout lorsqu’elle s’adressa à elle dans une expression presque grimaçante. Mais elle se rassura bien vite devant son sourire, ayant pensé qu’elle avait fait quelque chose qui ne lui avait pas plu. Ce n’était pas elle, le problème, mais les Gobelins et leur humeur exécrable. Cela ne lui assurerait donc pas pour autant une belle journée…

Ah oui ? s’enquit-elle de sa voix douce, qui contrastait avec l’énervement contenu avec peine de l’inconnue.

Apparement, les Gobelins s’étaient montré avec elle aussi indulgents que sa famille à son égard, et c’était dire… Mais ce que Lenore retint surtout, ce fut qu’elle n’était pas la seule dans une situation aussi précaire, puisque cette nouvelle rencontre disait être elle aussi au chômage et en recherche d’emploi.

C’est vrai ? fit la brune avant de se reprendre. Enfin, c’est vrai que c’est dur de trouver du travail… Les gens sont… trop exigeants. Merci de m’avoir prévenue, j’ai justement rendez-vous dans 20 minutes pour… pour la même chose que vous, en fait.

Ce n’était pas tout à fait vrai, en réalité. Contrairement à la femme, qui semblait avoir quitté ses études depuis longtemps, la cadette Goodwin avait toujours ses parents derrière elle, par mesure de sécurité. Enfin, plus pour la réputation de sa famille que pour elle, mais le résultat était le même. Comment dire à une chercheuse d’emploi, déterminée comme elle semblait l’être, qu’elle pouvait obtenir une grande quantité d’argent sans travailler ? Mais cette idée était fausse, également. Qui savait combien de temps il lui restait avant qu’elle ne finisse par décevoir définitivement sa famille entière, par perdre leur confiance déjà précaire ?

@Victoria McBee décidément, je suis inspirée aujourd’hui :lol:
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Sans emploi mais pas sans volonté
Partager sa frustration l'apaise, et Victoria se sent tout de suite plus sereine après avoir alpagué ainsi cette inconnue. Tout est dit et le cœur s'en réjouit. Pourtant, la réalité de la situation finit par lui tomber dessus, non sans un grimace, comme si la voix d'Aisha s'était installée dans sa tête.
Peut-être Victoria s'est-elle montrée un peu brusque. Peut-être. Mais ce n'était pas grand-chose ! Assez pour devoir présenter des excuses ? Bah, ce sont des choses qui arrivent ! La sorcière n'a pas l'air gêné. Si ?
Victoria accepte la secousse ; elle sent bien qu'Aisha aurait insisté.

« Ah, j'espère que je ne vous ai pas inquiété... J'en suis désolée ! Au moins, vous voici prévenue. »

La conscience tranquille, la commerçante sans emploi retrouve un sourire franc. Mieux vaut prévenir que guérir, n'est-ce pas ? La sorcière face à elle paraît jeune et perdue, presque hésitante ; à coup sûr elle ne sait rien de ce qui l'attend, et n'a peut-être même jamais eu rendez-vous avec des Gobelins. N'est-il pas préférable de savoir qu'ils ne sont ni enthousiastes ni agréables ? Qu'ils peuvent se montrer incompréhensifs et durs ? Qu'elle soit prête pour ce qui l'attend ! Et puis aujourd'hui... Aujourd'hui Victoria est d'humeur à partager sa frustration.

Elle hausse nonchalamment les épaules, débarrassée de sa colère et en prise désormais à une indifférence confortable. N'est-elle pas sortie de Gringotts ? La banque est derrière elle !

« Mais ne vous en faites pas, ça se passera bien, on trouve toujours un compromis ! »

Un sourire encourageant lui colore un instant le visage. Puis l'intérêt porté aux explications de la jeune femme s'éveille.

Trouver du travail ! Cela peut être tout un parcours. Le plus dur, pour Victoria, c'est certainement cette sensation d'inutilité qui lui colle à la peau : non seulement elle ne ramène rien chez elle, mais ses mains restent vides et improductives toute la journée. Elle commence à comprendre les lions qui tournent en rond dans leur cage, et l'envie d'autre chose qui leur secoue le ventre, qui les laisse les nerfs à vif et qui les rend sensibles au moindre effleurement. Toute cette énergie gâchée ! C'est la fuite d'eau qu'on ne contrôle pas et pour laquelle on ne fait rien. Alors que ces mains pourraient produire, ces mains pourraient aider, ces mains pourraient créer, accompagner, façonner, s'agiter, surveiller ; mais non, elles tombent au bout des bras toute la journée. Être inutile ! C'est la plus dure des punitions.

La quarantenaire a un nouveau soupir, dépitée.

« Je ne vous le fais pas dire ! Des mois que je cherche, et pourtant j'ai de l'expérience ! Mais les gens sont difficiles, et ils ne savent pas ce qu'ils veulent... »

Elle trouve en Lenore une femme qui peut la comprendre, et qui ressent peut-être aussi les mêmes sensations qu'elle, et la peine et la colère qui en découlent. Ne rien faire ! Quand on a un diplôme ! Et tous les autres qui se lèvent le matin en sachant où ils vont, et nous, et nous... Victoria a de la compassion pour la jeune sorcière, et celle-ci lui plaît déjà, sans s'être véritablement exprimée.

« Dans quel domaine cherchez-vous ? »

L'ancienne Serpentard l'observe discrètement du regard. Elle est mince, élégante, distinguée ; pas du genre à se salir ; ses mains ne sont pas abîmées, elles ne doivent pas être un outils de travail très récurrent. Victoria ne fouille pas dans les détails, elle se contente de l'impression générale, d'une vision globale, et de là elle déduit. Cette femme ne travaille probablement pas dehors, ni ne porte de charge lourde ; donc pas d'animaux, de plantes ou de métier physique. Peut-être quelque chose avec sa baguette ? Pourquoi pas. Dans la communication ? La médicomagie ? Ou l'art ? Victoria est piètre détective. Mais elle miserait bien sur le milieu scolaire et l'éducation sorcière ; ce port droit et cette façon élégante n'indiquent de toute évidence pas quelqu'un ayant l'habitude du manuel.

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