Quand la rose montre le nuage... PNJ

Lundi 14 août 2051
15h12
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Narcisse Brando, 15 ans
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Rose Tyler, 17 ans
"Oh, téma, ce nuage, on dirait pas une bite ?"

L'adolescent éclata de rire avant de se redresser pour plisser les yeux en direction du nuage que lui désignait Rose, visiblement très fière de sa trouvaille. Allongés dans l'herbe, ils avaient oublié depuis quand ils s'amusaient à observer les nuages, et se rappelaient encore moins duquel des deux en avait eu l'idée. Narcisse posa sa main en casquette, en penchant la tête sur le côté, repoussant les frontières de son imagination.

"T'es... mais... tu vois ça où ?
— Mais làààà, regarde mieux !"

Se redressant à son tour, elle l'empoigna par l'épaule sans ménagement, en désignant le nuage d'un geste de l'index. Elle eut un claquement de langue faussement exaspéré lorsque Narcisse commença par regarder son doigt, au lieu du nuage. Leurs deux têtes se rapprochèrent, tandis qu'ils cherchaient, plissant les yeux sous le soleil, le fameux nuage.

"AAaaah... oooh... oh beh... j'aurais pas vu ça, il est bizarre ton truc.
— Mais siiii, r'garde là, tu vois clairement les... et là, tu vois pas la... quand même, enfin !"

Comme si cela coulait de source, après tout. Rose était bien plus prompte à imaginer des formes que Narcisse n'aurait même pas pu concevoir. Depuis le début de leur petit jeu, la jeune femme gardait une copieuse avance sur l'adolescent, et ne manquait jamais de le lui rappeler.

"Allez, à toi, trouve m'en un rigolo !"

Après une petite tape dans l'épaule qu'elle tenait, elle se rallongea lourdement dans l'herbe, sa main cachant ses yeux. Plus qu'à trouver un nuage amusant, pensa Narcisse en la rejoignant, leurs bras seulement séparés par quelques brins d'herbe. Souriant, il laissa son regard glisser sur le ciel, freinant lorsqu'il tombait sur un amas blanchâtre. Celui-ci ressemblait à une baguette magique, et celui-ci, à un gros boursouflet tout joufflu...

Son sourire s'affaiblit. Détachant son regard du ciel, il le posa sans réfléchir sur Rose, à côté de lui. Sous ses mains, il devinait les traits de ses yeux fermés, creusant un pli au niveau de sa tempe. Elle ne trichait pas, et attendait patiemment qu'il annonce une forme, pour ensuite la retrouver dans le ciel. Ses pensées s'égarèrent, et il en oublia où ses yeux glissaient, bien malgré lui. Longeant la courbe du menton de la jeune femme, ils rejoignirent la base de ses cheveux roses, répandus dans l'herbe. Au milieu de ces odeurs de chlorophylle et de plantes écrasées, le parfum sucré de Rose n'eut aucun mal à se frayer un chemin, pour le plus grand plaisir de l'adolescent.

Depuis la dernière fois, Narcisse et Rose s'étaient vus presque tous les jours. Les souvenirs de ces rendez-vous se mélangeaient entre eux tout autant qu'ils se gravaient de façon indélébile dans la mémoire de l'adolescent. Il avait d'ailleurs du mal à croire que la moitié d'août était déjà passée, le rapprochant inexorablement de la rentrée, moment où il devrait...

Il revint à lui brusquement lorsqu'il réalisa que Rose était en train de le fixer. Incapable de savoir depuis combien de temps il s'était égaré dans ses pensées, sa bouche s'entrouvrit pour répondre, avant de se refermer.

"Oh, tu fous quoi là ?"

Un silence, ses joues chauffèrent lorsqu'il la vit sourire.

"Allôôô ? Y'a quelqu'un au bout des ondes ?
— Waïe ! Pardon, haha !
— Ça sonne bien creux, tout ça !"

Semblant prendre son front pour une porte, la jeune femme éclata de rire en toquant dessus. Il roula souplement pour s'éloigner, posant ses mains sur son front, prétendant souffrir de façon épouvantable. La jeune femme bondit à sa suite, pour le repousser encore plus loin, en continuant de rire à gorge déployée.

"T'avais quoi à bloquer sur moi comme ça ? J'ai un truc sur le pif ?
— Mais non !
— Bah y'avait quoi alors ?
— Mais j'sais paaas ! T'es plus... 'fin, t'es plus intéressante qu'un nuage."

Elle cessa soudainement de le pousser par les épaules, en se figeant net. Narcisse gisait sur le dos, et se redressa pour la regarder, intrigué par son silence soudain. Tous deux s'observèrent plusieurs instants, sans un mot, profitant de la brise qui rafraîchissait l'air ambiant et faisait onduler l'herbe aux alentours. L'adolescent sentit ses lèvres s'étirer lorsqu'il observa les joues de Rose virer au rouge vif.

Lui-même n'aurait jamais voulu briser cet instant, bien qu'il soit incapable de savoir pourquoi il le trouvait si apaisant. Mais Rose ne semblait pas partager ses états d'âme, et après avoir cligné des yeux, comme frappée d'un coup de fouet, elle lui bondit dessus en protestant.

"Encore heureux qu'j'suis mieux qu'un pauvre nuage ! Mais c'est pas du jeu, regarde !"

Elle s'accroupit à côté de lui, en saisissant son visage, écrasant ses joues, pour braquer son regard droit sur le ciel.

"Mais, cha va pas !?
— Chut ! Tu trouves un nuage, et tu joues, tricheur."

Malgré la force qu'elle mettait dans la prise qu'elle exerçait sur ses joues, son ton rieur poussa Narcisse à de nouveau tourner son regard sur elle.

"Arrêêêêête ! J'ai dit le ciel, haha !"

Une nouvelle poussée sur son visage, ses doigts frais et puissants provoquèrent des picotements agréables sur sa peau. Leurs deux rires se mélangèrent encore lorsqu'il accepta à contrecœur de détourner les yeux. Inconsciemment, il vint poser sa main sur le poignet de son amie, qui tressaillit en inspirant soudainement, mais refusa de le lâcher. Sa prise se fit plus délicate, et sans un mot, elle suivit son regard.

"Celui-là, on dirait..."

Il perdit la suite de sa phrase lorsqu'il entendit une sonnerie de téléphone. Par réflexe, sa main se porta à sa veste, craignant d'à nouveau interrompre leur rendez-vous. Mais à sa surprise, il entendit Rose pousser un soupir d'exaspération, et il pivota les yeux juste à temps pour la voir lever les siens au ciel. Ce n'était pas sa sonnerie. Elle continuait de le tenir par le bas du visage, en le regardant silencieusement, sans se soucier davantage de la sonnerie. Narcisse arqua un sourcil, intrigué de ne pas la voir répondre. Elle secoua la tête d'un air sévère, le visage dur.

"T'occupes. Dis-moi c'que tu vois.
— Euh... ok, alors... là... mh... ça pourrait être un... un blaireau !
— Un... quoi ?
— Tu connais pas ? C'est un gros animal dans les forêts, ça vit dans des terriers ! Et..."

Unn amusement teinté d'une pointe de tristesse le traversa. Il ne pourrait jamais avouer la véritable raison pour laquelle il connaissait un tel animal. Et il fut encore une fois interrompu par une nouvelle sonnerie.

Cette fois-ci, Rose laissa échapper un véritable grognement agacé. Sa main se serra un instant autour des joues de Narcisse, avant de le lâcher. Il sentit sa propre main, par réflexe, essayer de retenir celle de son amie, mais elle avait déjà dégainé son portable en jurant.

"C't'espèce d'enculé de... il peut pas me foutre la paix une journée ?!
— C'est... c'est qui ?
— Mon daron."

Elle échangea un regard évasif avec l'adolescent, qui sentit sa tête se pencher sur le côté. Rose fixait l'écran, son portable emprisonné entre ses doigts. Tout en ramenant ses jambes sous lui, il demanda doucement.

"Et... tout va bien ?
— Ouais, c'est rien... c'est..."

La sonnerie retentit de nouveau. Une nouvelle grimace de la jeune fille, qui, après un instant, leva un regard indéchiffrable dans sa direction.

"Je... ça t'embête... si j'décroche ? Il va pas m'lâcher, sinon.
— Non, bien sûr, t'inquiète pas. Je m'éloigne.
— Attends, reste."

Il eut à peine le temps de bouger que déjà elle avait accroché son épaule de toutes ses forces avec sa main libre. Sans réfléchir, il l'attrapa en retour, refusant de la perdre de vue tandis qu'elle décrocha.

"Ouais, tu veux quoi ? J'te l'ai dit, j'suis avec Narc. Papa, arrête ! J'ferai ça plus tard ! Commence pas avec ça..."

La main sur l'épaule de Narcisse serra plus fort. Lui aussi affermit doucement sa prise, tandis qu'il fronçait les sourcils en écoutant malgré lui.

"Non mais, c'est bon ! T'es relou là ! Je... oui. Non. Mais... Oh, bah t'inquiète pas pour ça, dans deux semaines j'me casse de toute façon !"

Elle raccrocha d'un geste furibond, sa main tremblante.

"Connard va..."

Reducio
- Identité du/des PNJ (Prénom, Nom) : Rose Tyler
- Lien avec le PJ : Crush d'été
- Lien dans le répertoire : Ici
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ? Oui
- Si "oui", impact envisagé : Rose va faire évoluer le point de vue de Narcisse sur son rapport entre le monde magique et sorcier. Il déteste mentir, et va pouvoir développer sa volonté de faire changer les choses, étant révolté par cet état de fait. Sa relation avec elle va le faire évoluer sur plein d'autres choses également.

Quand la rose montre le nuage... PNJ
Le vent combla le silence qui suivit. Rebondissant sur l'herbe sèche et les arbres âgés, il pliait et virevoltait autour de Rose et de Narcisse. Indifférent à leurs pensées, leur immobilité, il se propulsa une dernière fois jusqu'en bas de la colline, avant de s'éteindre le long du lac non loin de là.

Narcisse n'osait esquisser le moindre geste. Rose était assise à côté de lui, elle fixait son téléphone, sans un mot, le visage fermé. Il redoutait que s'il bougeait, ne serait-ce qu'un cheveu, elle retirerait sa main de son épaule. Il ne savait pas quoi dire. Ni pour la rassurer, ni pour la faire rester. Ses pensées tourbillonnaient sous son crâne, son regard se perdait sur les jambes de la jeune femme. Il n'osait pas redresser le visage, il ne voulait pas prendre de place. Que pouvait-il dire, même ? Il n'était même pas certain de comprendre ce qu'il venait de se passer. L'idée qu'une fille et son père puissent se parler ainsi dépassait son imagination, il n'avait jamais vu ça.

Inconsciemment, il imagina ce qu'il aurait ressenti, à la place de Rose, et son estomac menaça brusquement de remonter dans sa gorge. Un vilain fil de fer enlaça son cou, l'empêchant de décoincer le nœud qui venait de s'y former.

"Ça va ?
— Ouais."

Sèche et rapide, sa réponse ne se fit même pas attendre un battement de cils. Elle retira sa main, pour venir serrer ses épaules.

"Bof. Ça fait chier...
— Tu... j'peux... tu veux en parler ?"

Rose répondit sans hésiter en secouant la tête, l'adolescent ne put que hocher la sienne en retour, silencieusement. Ses yeux s'étaient redressés, avec douceur, pour regarder le visage de son amie. Mille actes lui venaient, mille envies s'imposaient à lui, aucune ne lui paraissait appropriée. Il mourait d'envie de savoir ce qui lui arrivait, de pouvoir aider Rose, de pouvoir simplement être là pour elle... Il tremblait à l'idée qu'elle ne lui laisse même pas cette possibilité.

Un bruissement dans l'herbe à côté de lui le tira de ses contemplations. Rose s'était redressée et tendait son regard en contrebas, son portable disparu dans l'une de ses poches. Narcisse sentit une chaleur monter dans sa poitrine, incapable de se détacher d'elle. Et l'instant d'après, il s'était déjà réprimandé silencieusement, se sentant comme le dernier des abrutis de la trouver jolie, même maintenant.

"Ramène-toi.
— On va où ?"

La jeune femme l'avait empoigné par la main, et l'aurait arraché du sol s'il n'avait pas réagi à temps. Sans se retourner, elle lui répondit sans émotion.

"J'veux m'baigner.
— Quoi ?!"

L'adolescent manqua de trébucher, lorsqu'ils abordèrent la descente abrupte de la colline, qui donnait sur le lac. Entouré de roseaux, aucun accès ne semblait y avoir été aménagé. À l'arrivée précipitée des deux adolescents, les quelques batraciens qui se doraient la pilule à la surface plongèrent sans demander leur reste. Le contact de la main de Rose faisait remonter de doux picotements dans le bras de Narcisse. Malgré cela, il ne pouvait s'empêcher de regarder nerveusement les alentours.

"Mais... t'es sûre qu'on a l'droit ?
— On s'en fout, viens !"

Elle lâcha sa main lorsqu'il jeta un dernier regard à un panneau de l'autre côté de l'eau. Une partie de lui se demanda s'il n'indiquait pas précisément que la baignade était interdite, mais elle s'effaça rapidement lorsque Rose retira son haut. Dans un réflexe salvateur, il ferma les yeux, déposant même sa main sur ses paupières, pour plus de sûreté.

"J'ai pas d'maillot !
— Haha, moi non plus !
— Mais...
— Ils est en sucre, ton calebard ?"

Il sentit son cœur s'apaiser en l'entendant rire. Résolu, il prit une grande inspiration, en essayant de détourner son regard pour la laisser finir, le temps qu'elle rentre dans l'eau. Mais lorsqu'il rouvrit les yeux, un instant, un très court instant, il aperçut les muscles de son dos rouler sous son soutien-gorge, avant qu'elle ne plonge. Pétrifié sur place comme une statue de pierre. Ses joues rougirent en sublimant son sourire stupide, tandis qu'il observait la surface de l'eau en silence.

Mais un clignement de paupières plus tard, il reçut en pleine figure une gerbe d'eau boueuse. Aveuglé, il entendit juste après l'éclat de rire cristallin de la jeune femme.

"Tu viens ? Ou t'en veux une autre ?"

En s'essuyant grossièrement le visage, il redressa ses yeux vers elle. Seul le haut de son visage dépassait de l'eau, laissant son regard malicieux et rieur en train de l'observer. Son cœur tonnait dans sa poitrine, et une drôle de sensation l'envahit lorsqu'il retira sa veste de costume. Sans y penser, il pivota pour se mettre dos à elle, s'attirant de nouveau les éclats de rire de la jeune femme, qui barbotait dans le petit lac.

Silencieux, il repliait sa chemise avec son pantalon, lorsque la petite boîte de préservatifs glissa de la poche de sa veste. Jamais l'adolescent ne fut aussi rapide. Explosant de l'intérieur, il la dissimula entre deux vêtements, avant de vérifier si elle l'avait vu. Ouf... elle faisait la planche, tout allait bien, mais quelle frayeur.

"Tain, t'es maniaque ou quoi ?
— J'sais pas... c'est un réflexe, dans mon école, si j'laisse traîner mes fringues, ça gêne, c'est normal, non ?
— Ouais, j'imagine... Mais bon...
— Quoi ?"

Il frissonna en pénétrant dans l'eau, avant de se laver rapidement la face. Les picotements de sa peau n'était cependant pas dus qu'à la température, et il se pressa pour se dissimuler sous l'eau, en ne laissant dépasser que sa tête. Rose plongea la tête sous l'eau, avant de ressortir, passant ses mains dans ses cheveux. L'eau n'était pas bien profonde, il n'avait pas plu depuis quelques temps. Aussi, les adolescents se tenaient tous les deux accroupis sous l'eau, se regardant en silence durant un instant.

La jeune femme sourit avant de lui répondre.

"J'sais pas... c'est cool. Tu verrais ma chambre, c'est l'bordel !
— Mais non, dis pas ça ! J'suis sûr qu'elle est très bien, ta chambre."

Rose était-elle en train de... faire des bulles ? Mais oui, elle avait enfoncé le bas de son visage dans l'eau, et fixait Narcisse d'un regard énigmatique. L'adolescent ne put identifier l'origine de son pressentiment : il était en train de passer à côté de quelque chose, mais de quoi ? Il n'avait jamais brillé par sa perspicacité... La jeune femme ressortit la tête de l'eau, et lui cracha une gerbe d'eau au visage, l'air faussement contrariée, avant de reprendre.

"Elles viennent d'où ?
— De quoi ?
— Tout ça."

Elle se redressa en se rapprochant de lui, sortant de l'eau jusqu'aux épaules. Son index désigna les cicatrices sous son œil.

"Et les autres, tu t'es fait ça comment ?
— Oh, c'est rien, j'm'entraîne beaucoup à mon école.
— Tu veux dire tu t'es fait ça avec des tours de magie ?
— Haha, oh, non ! J'veux dire j'm'entraîne aux arts martiaux, et..."

Et à la magie. Les mots s'étranglèrent dans sa gorge, il s'enfonça davantage dans l'eau, s'attirant un sourcil arqué de la part de Rose.

"Et quoi ?
— Et... j'suis... bah, j'suis très maladroit... j'me blesse facilement.
— Ah oui ?"

Sans hésiter, elle se leva totalement, l'eau lui arrivait jusqu'à la taille, et elle vint faire glisser son pouce sur les petites cicatrices. Narcisse s'immobilisa dans un frisson, sans sortir de l'eau, le visage rivé droit sur elle. La jeune femme semblait s'immerger entièrement dans sa contemplation. Elle vint poser sa deuxième main sur l'autre cicatrice, celle en forme de croix.

Il vint doucement saisir les mains de Rose, elle se figea à son tour, cessant visiblement de respirer. Il avait beau baigner jusqu'à la poitrine dans l'eau, il avait l'impression que sa gorge devenait aussi sèche qu'un parchemin. Avait-il des hallucinations, ou bien s'était-elle imperceptiblement penchée vers lui ? Il ne pensait plus à rien d'autre qu'elle, et il sentit son visage chauffer lorsqu'il réussit à placer deux mots.

"T'es... euh...
— Quoi ?"

Chuchota-t-elle, à quelques centimètres de son visage. Et une seule pensée s'imposa à lui, celle qu'il avait eu lorsqu'il avait vu les muscles de son dos rouler sous le soleil.

"T'es super belle."

L'instant d'après, sans qu'il n'ait eu le temps de comprendre, sa tête se retrouva sous l'eau. Une bonne tasse plus tard, il se redressa en bondissant, toussant et crachant de la flotte.

"Kof KOF ! Mais, hey !
— Haha, oh ta tête !"

Rose s'était laissé basculer vers l'arrière pour faire la planche, et flottait désormais calmement. L'eau autour d'elle formait des sillons qui rythmaient ses éclats de rire. Un étrange goût teintait l'arrière de la gorge de Narcisse. Il ne sut pourquoi, mais il avait l'impression d'avoir encore loupé quelque chose. Le temps de reprendre son souffle, et Rose avait déjà flotté à un petit mètre de lui. Son sourire étira ses lèvres, et sans attendre, il s'allongea aussi sur l'eau, pour flotter non loin d'elle.

Les clapotis du petit lac remplacèrent les mots, le vent soufflait et séchait le dessus de leur corps, exposés au soleil. La fraîcheur du liquide contrastait merveilleusement avec la température extérieure, et les nuages qui emplissaient le ciel dessinaient de superbes formes abstraites. Narcisse fut le premier à briser ce silence, parlant sans même savoir où se trouvait Rose.

"J'ai pas envie que l'été s'arrête.
- Moi non plus."

Ses oreilles étant sous l'eau, sa voix lui parvint étouffée, mais il sut qu'elle n'était pas loin. Preuve en était, leurs mains s'effleurèrent au détour d'une flottaison, lui arrachant un sourire encore plus grand. Narcisse n'était que rarement triste, il préférait et savait toujours se concentrer sur l'instant présent. Ou plus exactement, il n'était pas du genre à réfléchir. Si d'habitude, il était toujours tiraillé, à l'approche de la rentrée, entre son envie de rester avec sa famille, et son impatience de reprendre les cours, cette année-là était différente.

Un bruit d'eau attira son attention, il tourna doucement la tête. Rose s'était accroupie sous l'eau, et regardait dans le vide, les avant-bras sur ses genoux. D'un petit coup de main, Narcisse se replaça en flottant, pour la regarder en face, avant de s'accroupir à son tour. Il inspira profondément, et voulut lui demander ce qui n'allait pas. Au dernier moment, il se ravisa, et fit silence. Ses paupières battaient lentement, au rythme de sa respiration troublée. Et il aurait voulu continuer, lui laisser toute la place dont elle aurait eu besoin, mais sa langue s'agita avant le reste.

"Si t'as...
— Je sais."

Il se tut, et sourit, soulagé. Il ne prononça pas un mot de plus avant qu'elle ne se remette à parler.

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Rose inspira profondément en détournant le regard. Elle ne prit pas la parole durant de longues minutes, mais aucun des deux ne bougea. Narcisse s'était affalé en arrière, le haut de son corps soutenu par ses mains, posées dans la vase du fond de l'eau. Il se remémorait la conversation à laquelle il avait assisté, entre la jeune femme et son père, et ses pensées tourbillonnaient. La patience n'était pas son fort, en temps normal, et tenir en place plus de quelques minutes relevait d'habitude du supplice pour lui. Mais face à Rose, le voilà incapable de ne serait-ce que de se détourner pour regarder autre part.

"C'est pas grave, tu sais, j'ai l'habitude.
— De quoi ?
— Bah... avec mon père. C'est souvent comme ça quand j'vois quelqu'un."

Plusieurs clignements d'yeux ponctuèrent le silence de Narcisse, qui s'ensuivit. Là où Rose le regardait désormais sans expression, qui, au contraire, tiraillaient le visage de l'adolescent sans cesse. L'une de ses mains émergea de l'eau, suspendue au silence.

"Attends... comment ça, c'est souvent ? Et comment ça, quand tu vois quelqu'un ?
— Bah... j'sais pas, tu t'engueules jamais avec tes vieux ?
— Mais non ! Jamais ! On... on parle, c'est tout.
— Ah... t'as d'la chance, toi."

Sa main passa ensuite dans ses cheveux, ses lèvres mimant des mots sans son. De tourbillonnantes, ses pensées étaient passées à rugissantes. L'eau laissa ses cheveux ébouriffés, ses reflets noirs reflétant la lumière du soleil.

"Mais... c'est pas d'la chance, c'est normal, non ?
— Ha, mort de rire... faudrait leur dire, à mes vieux, ils ont pas l'air au courant.
— T'as essayé d'leur parler ? Peut-être qu'ils...
— Narc, évidemment ! Mais oui, si je parle, ils vont m'écouter, bien sûr, pourquoi j'y ai pas pensé plus tôt ?"

Sa voix dégoulinait autant que les gouttelettes qui perlaient sur sa peau. La façon dont elle vint claquer sa main sur son front, avec un sourire crispé, donna à Narcisse l'envie de vomir. La voilà prostrée désormais, son visage entre les doigts de sa main, contemplant les reflets de l'eau. Il se précipita pour combler le silence, la voix tremblotante.

"M... mais, mais... j'suis sérieux ! Quand y'a un truc qui va pas, j'leur en parle, et on discute.
— Et genre ils t'écoutent ?!
— Bah oui ! Pis ils me parlent aussi, on s'dit tout !
— Ouais, bah tous les parents sont pas aussi biens que les tiens."

Un frémissement sourd remonta dans la poitrine de Narcisse, coupant ses mots et piquant ses yeux. Ses lèvres se pincèrent, et sa gorge se bloqua brusquement. L'eau semblait être devenue glacée, plus du tout aussi agréable qu'il y a quelques minutes. Il croisa les bras sur sa poitrine, le regard baissé, une moue embrumée aux lèvres. Lorsqu'il réussit à déglutir, il inspira profondément, ferma les yeux et secoua doucement la tête, en arrachant les mots à son silence.

"Désolé... j'ai...
— Non, c'est moi."

Le ton de la voix de Rose le fit immédiatement relever les yeux. Les épaules voûtées, la jeune femme avait plongé son visage entre ses mains. Cette vision fut bien plus douloureuse pour Narcisse que ce qu'il venait de ressentir, et balaya le reste d'un battement de paupière. Qu'importe s'il allait mal, après tout, c'était lui qui avait été maladroit, alors pourquoi l'avait-elle coupé ? Il voulut lui prendre l'épaule, mais son corps refusa de bouger, malgré tous ses efforts. Elle inspira à son tour, gardant sa face dans ses mains.

"Pardon, Narc... t'es... j'pensais qu'tu..."

Ses doigts glissèrent jusqu'à son menton, mais elle attrapa l'ongle de ses index entre ses dents. Son regard haletait de haut en bas, incapable de soutenir celui de Narcisse. Elle hésita, inspirant et expirant plusieurs fois, coupant ses mots avant qu'ils ne sortent. Il hocha doucement la tête, et elle reprit enfin.

"C'est... c'est vrai ? Ils t'écoutent ?
— Oh... Rose, oui, vraiment. On parle de tout, on... j'peux tout leur dire, et eux aussi, c'est... tu... comment... comment ça se passe, toi ?
— Comme t'as vu."

Elle se mit en tailleur, les jambes sous l'eau, ses cheveux avaient presque totalement séchés désormais. Narcisse sentait les désagréables picotements dans l'arrière de sa gorge glisser jusqu'au fond de son cœur. Mais si Rose lui parlait, cela n'avait plus d'importance.

"Tu... tu veux... en parler ? J'suis désolé, j'sais pas comment aider, mais... tu peux, si tu veux... 'fin...
— Je sais."

D'un coup de canine, elle attaqua la peau de son pouce. Ce fut à cet instant que la main de Narcisse agit par elle-même, et vint se déposer sur celle de la jeune femme. Après un instant immobile, elle relâcha son ongle, et leurs doigts s'entrecroisèrent inconsciemment, tandis qu'elle continuait.

"C'est... c'est pas si grave. C'est chiant, c'est tout. Mon daron il aime pas que je sorte tout l'temps, et il m'demande tout l'temps comment ça s'passe, quand j'vois quelqu'un. Il m'demande si ça s'est bien passé, c'qu'on a fait, de quoi on a parlé... Mais tout le temps, il veut tout savoir, il m'envoie plein d'messages, tout le temps. J'suis sûre que si je regarde mon portable, j'en aurais au moins dix."

Elle serra doucement les doigts de l'adolescent. Il ne comprenait pas, et cherchait des mots, mais il semblait qu'aucun ne puisse trouver sa juste place dans le silence avant qu'elle ne reprenne.

"Et ma reum, elle lui dit rien, elle... elle fait rien, elle parle qu'à mon p'tit frère. Quand elle m'cause, c'est que pour m'demander si j'ai trouvé un appart, quelles notes j'ai eu... Elle lui d'mande rien à mon p'tit frère.
— J'savais pas que t'avais un frère.
— Ouais... t'en as ?
— Non, j'suis tout seul.
— Pfeuh, c'est bien mieux, crois-moi."

Un nouveau silence, durant lequel Narcisse vint poser son autre main sur celle de Rose. Qui, à son tour, l'empoigna, leurs quatre mains se serrant désormais solidement, l'adolescent acceptant toute la force de son amie sur ses doigts qui blanchissaient. Elle soupira longuement, en secouant la tête.

"J'sais... j'sais pas, Narc. Vraiment... t'as d'la chance, beaucoup.
— Je... je sais, je crois. C'est rare que j'ai d'la chance, mais avec eux, j'en ai eu grave."

Elle pouffa d'un petit rire léger, et il fut ravi de voir son visage s'éclairer à nouveau, même le temps d'un instant. Tous deux s'étaient imperceptiblement penchés l'un sur l'autre, leurs visages baissés, chacun regardant les mains de l'autre. Leurs doigts se caressaient doucement entre eux, et chaque contact remontait jusqu'aux commissures des lèvres de l'adolescent. Il craignait que s'il rompait le silence, il perdrait ce moment. Aussi demeura-t-il tout aussi immobile qu'une pierre, cherchant à s'effacer tout entier. Rose sourit à son tour.

"Tu dis c'est rare, mais, eh, tu m'as rencontrée.
— Oui, t'as raison, j'ai eu énormément de chance pour ça aussi.
— Oh, Narc..."

Le coup de boule qu'elle donna à Narcisse fut à peine plus violent qu'une pichenette. En réalité, elle avait davantage appuyé son front contre celui de l'adolescent, en riant doucement, les joues rougissantes. Il l'accompagna dans son rire, en fermant les yeux, se refusant catégoriquement à bouger le moindre orteil. Elle reprit dans un souffle parfumé.

"T'es toujours aussi sérieux ?
— Comment ça ?
— Bah... tu tombes toujours les deux pieds dedans, quand j'te charrie.
— Ah ?.. Désolé.
— Tu t'excuses toujours autant."

Elle poussa son front contre le sien en souriant. Il inspira profondément, après un haussement d'épaules impuissant.

"C'était pas trop vrai là, mais j'suis vraiment désolé pour tes parents, j'sais pas...
— Tais-toi, s'te plaît."

La prise de la jeune femme sur les mains de Narcisse s'accentua. Elle tremblait, doucement, et il lui rendit toute la force qu'il pouvait. Après s'être mordu l'intérieur de la joue, il leva les yeux vers elle, en inspirant profondément.

"Tu dois partir bientôt ? Demanda-t-elle.
— Non."

Rose le regardait, ses grands yeux verts baignés clignaient peu, Narcisse aurait pu s'y voir dedans. Que voyaient-ils, ces yeux verts ? C'était une belle couleur. Il inspira de travers, et ferma les yeux un instant de trop, en souriant.

Un frisson lui parcourut l'échine lorsqu'elle posa sa main sur sa joue. Il rouvrit brusquement les yeux, ses pensées se taisant brusquement.

"Eh... si tu veux m'embrasser... tu peux juste demander."

Il rit doucement, se remémorant la première fois où elle lui avait dit cela. Son ton était bien différent cette fois, son sourire plus doux, sa voix plus calme. Il détourna le regard en sentant son cœur battre.

"Et... et toi ?"

Le sourire de la jeune femme s'agrandit, mais elle ne répondit pas, et pencha légèrement la tête sur le côté, en continuant de le regarder. Leurs fronts ne s'étaient pas détachés un seul instant. Il aurait voulu qu'elle dise quelque chose en plus, mais son silence se prolongeait, et le sourire de l'adolescent devenait de plus en plus stupide.

"Euh... je... je crois... je... peut-être, mais... j'ai un peu peur, comment on sait ?"

Il posa sa main sur celle que Rose avait déposée sur sa joue, pour la serrer en tremblant doucement. Elle ne détachait pas son regard du sien. Il ne savait pas comment elle faisait pour réussir, lui qui détournait si souvent le regard en cet instant.

La voix de la jeune femme n'était plus qu'un souffle souriant.

"Mh... j'sais pas, j'me suis jamais posé la question. Tu sais, c'est tout."

Il aurait voulu qu'elle plaisante, qu'elle décoche une petite réflexion sarcastique ou un petit commentaire amusant. Elle n'en fit rien. Leurs nez s'effleurèrent doucement, il expira en tremblotant, la poussant à affermir sa prise sur sa joue.

"On peut aussi rester comme ça, c'est très bien."

Il hésita. Il ne savait même pas quelles questions se poser. Mais il était tellement certain de ne vouloir en aucune façon que ce moment ne cesse. Les tremblements de son âme l'agitaient plus violemment que tous les souvenirs qu'il gardait en mémoire. Il était habitué à foncer sans réfléchir quand il avait peur, mais à ce moment, il n'avait plus aucun chemin sur lequel foncer. Une inspiration, il redressa les yeux, s'apprêtant à parler, mais lorsqu'il ouvrit la bouche, Rose le devança.

"Je peux t'embrasser ?
— Oui."