Les rêves sous l'oreiller PV

23 JUILLET 2051,
CHAMBRE, PASSAGE DE DRAÍOCHT,

Alyona, 21 ans,


Il est parfois nécessaire de prendre la plume, quand la situation ne propose aucune autre solution. Avec la fin de juillet, je sais Ivanovna occupée ; j'ai connu sa situation, les examens, les révisions, la fin d'année : ce n'est pas une période facile à traverser. Qui plus est dans le cas délicat de mon amie. Il n'y a presque plus qu'une hâte : que cette année scolaire prenne fin, et qu'avec la suivante viennent de plus agréables perspectives. Ce n'est pas simple non plus au Jardin, les serres demandent un entretien constant, et je ne sais toujours pas quoi penser des changements qui façonnent désormais mes rapports avec ma famille ; c'est à peine si nous nous sommes vus ou avons correspondu depuis mai. Cependant, je n'ai pas de quoi me plaindre, l'année s'est montrée mouvementée mais je sens désormais plus sereinement ma solidité, et travailler me fait du bien. Tout ce que je veux pour les prochaines semaines, c'est voir mon amie, même quelques jours, pour pouvoir simplement marcher avec elle, parler, rire, ou quoi que ce soit d'autres qui puisse nous faire du bien l'une à l'autre. Certes, nous avons passé du temps ensemble en début de mois, mais août arrive, et avec lui la fin de cette année de scolarité d'Ivanovna. Ne serait-ce pas l'occasion rêvée pour prendre quelques jours ?

En épluchant les journaux sorciers, hier, je suis tombée sur cette proposition de voyage à l'étranger, organisée par TerrorTours. Elle m'a tapée dans l'œil comme une évidence, à croire que je ne l'ai pas trouvée par hasard, qu'elle avait été écrite pour moi. Des vacances ! Deux semaines à l'étranger ! Ce sont deux semaines qui permettent de ne penser à rien, de prendre le large et d'oublier dans les Îles Britanniques les soucis qu'on y traine toute l'année. Partir, loin... Oh, comme l'occasion m'a semblé belle pour Ivanovna et moi ! Déjà j'imaginais notre discussion, et je souriais en observant les destinations. Plutôt Roumanie ou Venise ? Oh, connaissant mon amie, je pense que son intérêt se portera sur les Caraïbes. Ou Venise ? Comment être sûre ? En lui posant la question, peut-être ?
C'est de cette manière que le hibou s'est imposé. Une table, un parchemin, une plume, de l'encre, et au travers l'émergence d'un rêve à peine croyable : partir dans quelques semaines et laisser cette terrible année derrière nous.

Alyona Farrow,
Passage de Draíocht, Irlande

Pour Ivanovna Gunnray
Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques, Angleterre



Ma sœur,

Je pense beaucoup à toi en ce moment. Je t'imagine dans les grandes salles d'examen de l'Institut, plongée devant ta copie, approchant rigoureusement les sujets et tirant à toi les réponses à toutes ces questions. Parfois, je m'arrête de travailler, je lève les yeux, et ton visage s'impose ; cela me fait tout drôle de te savoir là-bas, en examen, et moi ici. Mais j'ai confiance en toi, je sais que tu t'en tires bien, que tu ne laisses pas les difficultés de cette année entraver ta réussite.

Est-ce que cela te plairait de partir toutes les deux en vacances, ensemble, loin des Îles Britanniques ? J'ai vu une annonce hier dans le journal, une annonce de l'agence de voyage TerrorTours. On pourrait partir en Laponie ou dans les Caraïbes ! Et même en Roumanie et à Venise ! Ce serait chic, Venise. Mais les Caraïbes... Cela fait aussi rêver ! Oh, je suis sûre que tu adorerais marcher sur ce genre de plage, et on pourrait se baigner dans une eau transparente, beaucoup plus chaude que celle d'Écosse ou d'Irlande ! Même la Roumanie m'attire, il y a là-bas des jardins botaniques dont on m'a dit qu'ils étaient superbes. Tu imagines ? Faire tes valises après l'Institut pour partir directement dans les Caraïbes ? Pouvoir tout laisser derrière soi le temps de deux semaines ? Cela pourrait nous faire du bien, cela pourrait être incroyable ! Le départ est prévu au 6 août.
Je sais que c'est un peu fou et soudain, mais peut-être qu'on peut y réfléchir ?

Les jours avec toi me manquent. J'essaye de sortir du Passage de Draíocht de temps en temps, mais ce n'est pas pareil sans toi. Vivement que cette année scolaire prenne fin !

À très vite,
Alyona
@Ivanovna Gunnray
Hmm, pas sûre du titre mais bon, tu me diras ce que tu en penses !

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

Les rêves sous l'oreiller PV
Avertissement/TW : deuil

28 JUILLET 2051,


Si la première lettre était soleil, celle-ci est nuit ; si la première lettre enivrait, celle-ci repousse ; si la première lettre était douce, celle-ci est amère. Les mots sont soigneusement écrits mais distants, comme si le cœur qui les avait posé là avait la tête ailleurs. Pourtant l'enveloppe est propre, jolie, pliée de la même façon, et porte la même trace olfactive florale. Mais les mains qui l'ont préparée gardaient des souvenirs de tremblements et d'une agitation interne inhabituelle et immense.
Alyona Farrow,
Passage de Draíocht, Irlande

Pour Ivanovna Gunnray
Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques, Angleterre



Ma sœur,

Peut-être m'as-tu déjà répondu, peut-être que ta lettre vole vers moi et que je la recevrai aujourd'hui-même, peut-être que j'aurais dû l'attendre... Mais il m'a semblé important de t'envoyer ces mots avant, pour que tu saches.
Ecco est mort hier. C'est la première fois que je l'écris. Il est parti pour de bon. Quand je l'ai trouvé au matin, je pensais qu'il dormait... mais non... Je ne suis pas allée travailler. J'ai l'impression de me réveiller d'un Stupefix qui aurait duré des années. J'ai tout de même réussi à aller voir Mr. McClure au Jardin. Il m'a permis de rester chez moi quelques jours. Mais c'est si vide, chez moi... Et en même temps je ne sais pas où aller... Je n'arrive plus très bien à réfléchir. Je crois que j'ai besoin d'être un peu seule.

Je ne sais pas si je pourrais partir en vacances à l'étranger. Elles me faisaient rêver, ces images des Caraïbes et de Roumanie où je nous voyais déjà posées avec un beau chapeau. Mais maintenant, je ne sais pas. Je n'arrive même pas à dire si elles me font encore envie. Partir, faire mes valises... Je ne pense pas que j'y arriverai. Je suis tellement désolée... J'ai l'impression de te priver, toi aussi... Mais je voulais que tu le saches tout de suite, pour ne pas que tu te l'imagines davantage... Je te dois bien ça.

J'irai peut-être chez ma grand-mère, à Tillyhouse, en août, je pense que cela me fera du bien.

J'espère qu'on pourra se voir après tes examens,

Alyona
Elle a hésité à terminer par quelques mots plus doux. Un « je t'aime » qui lui mordait le cœur. Mais en levant les yeux, sa chambre était si silencieuse... Elle s'en est voulue d'envoyer cette lettre, sur ce ton, et de n'avoir que cela dans l'enveloppe : des larmes à peine retenues, une peine, un renoncement. Mais quoi d'autres ? C'était nécessaire, peut-être même davantage que le courrier précédent. Il fallait, elle l'a fait. Maintenant... L'été se révèle trébuchant alors elle s'allonge et ferme les yeux.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

Les rêves sous l'oreiller PV
HRP : ceci est bien un rp en duo. Il a été décidé d'un commun accord que les deux premiers posts seraient ainsi construits. Pour des raisons que la lecture qui suit explicite, la réponse en contient deux mais un. Donc un. Pourquoi ? pourquoi pas !

Fin Juillet - début Août 2051


Au soir d’un examen passablement éprouvant, Ivanovna trouve un animal à la fenêtre de chez elle, l’animal est calme telle une statue, on le dirait presque pétrifié. La chaleur peut-être, l’effort…
A la lecture du hibou, un étrange sentiment la traverse. Fin Juillet, début Août, comment Alyona pouvait-elle espérer que la chose soit possible ? Peut-être est-ce le signe qu’elle a déjà oublié le rythme effréné des études, surtout en période d’examen. La proposition est alléchante mais parfaitement impossible. Outre le fait qu’il faudrait des papiers que les autorités rechigneraient sans doute à octroyer, le temps manquerait. D’autant, mais peut-être Alyona ne s’en souvient-elle pas, que le mariage de Gordon est une date incontournable, une exécution que l’on ne peut différer. Alors bien sûr elle tiendrait là une excellente raison de ne pas s’y rendre mais… elle a déjà dit oui. Et une Gunnray ne reprend pas sa parole. Si tout ce qui entoure ce jour est une souffrance dont elle se passerait aisément, Ivanovna ne peut pour autant y déroger. C’est ainsi, un autre quartier de noblesse de sang.
Elle rédige donc en hâte un premier hibou en date du 26 Juillet.


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Pourtant, sans doute davantage bousculée par la vie qu’elle ne l’est habituellement, elle néglige de l’envoyer le soir même. Et l’oublie, merci la vie… Elle ne le retrouve que le vendredi 4 Août, lorsque, les examens terminés, elle décide de faire du rangement, à commencer par son bureau, devenu ces dernières semaines une jungle abominable de dizaines de rouleaux de parchemins, enfouissant autant de précis et autres dictionnaires qu’elle a légalement sortis de la bibliothèque de l’Institut. Mais certains devraient être retournés dans leur rayon depuis des jours entiers… Quand Vana comprend son oubli, elle en prend la mesure et se met à pleurer. La fatigue, plus nerveuse qu’autre chose bien sûr. La fatigue mais aussi l’oubli de la seule personne qui lui soit cruciale dans la vie. Du moins la seule à lui être totalement fidèle.
Ce n’est qu’un début. Tandis qu’elle a enfin dégagé une place pour pouvoir relire, cacheter le parchemin et préparer son envoi, elle entend le toc toc commun des hiboux « livreurs ». En premier lieu, elle y voit un signe positif, elle pourra envoyer ses mots par retour de hibou, utiliser l’oiseau. Elle lit cette nouvelle missive sans anticiper qu’il s’agit d’Aly.
Cette fois, elle entre dans une rage intérieure peu commune. Bien sûr ce n’est qu’un rat. Les animaux de compagnie ne sont pas à ses yeux des créatures primordiales. Mais elle sent la souffrance d’Alyona. Et voudrait tant pouvoir l’aider. Son premier élan est de prendre son balai et voler pour l’Irlande. Mais elle ne parviendra pas à caser même une journée dans son planning du mois à peine entamé. Il serait faux de dire qu’elle est trop occupée. Ivanovna a juste décidé de rester chez elle, demeurer en elle le temps d’enterrer ses derniers espoirs à propos de Gordon. Une sorte de punition méditative qu’elle a savamment organisée. Et puis… la préparation de l’année à venir, le stage, deux ou trois idées sur son avenir dans le Kent… Non, même proposer de rendre visite à Alyona ne se tient pas. En outre, on ne s’invite pas chez les gens.
Avec l’énergie d’un certain désespoir elle prend la plume et de rédiger un nouveau hibou, décidant que le premier ne sera pas envoyé.



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Ceux qui connaissent Ivanovna Gunnray, née Alekhina, sauraient parfaitement décoder ces mots. Il est évident qu’Alyona mesure l’ampleur du moment. Lointain cri d'une banshee étouffé dans un oreiller d’apparences. Trompeuses.

Les rêves sous l'oreiller PV
10 AOÛT 2051,


Il y a une facilité à se confier par écrit, dans une lettre, même si je n'ai jamais été véritablement à l'aise avec cette méthode, qu'elle m'a toujours fait me sentir limitée dans les actes. On peut tracer des mots, confier des sentiments, et pleurer sur ce que l'on offre, sur ce que cela représente pour nous et tout le poids qu'il y a derrière une phrase ; on peut pleurer, à l'autre bout du pays, personne ne l'apprendra. C'est une manière de garder un peu de dignité dans la douleur. Ou une façon de fuir un regard qu'on sait capable de nous bouleverser.

Mes mains tremblent lors de ma rédaction, tremblent des mots de ma sœur que je relis et qui rendent mes yeux ronds, auxquels j'ai bien du mal à offrir une réponse par des mots alors que mon cœur est serré, douloureux pour elle, tremblent de ce que je m'apprête à confier et que je ne parviens à tracer sur ma feuille qu'entre deux flots de sanglots, tremblent de l'espace entre nous, si terrible physiquement et pourtant presque inexistant sur le papier, car ce qui y est écrit est la preuve d'une relation qui va plus loin qu'une simple amitié. Il me faut prendre de grandes inspirations avant de laisser mon cœur s'ouvrir. L'été est orageux et j'en crains la violence qui déjà nous écorche. Mais la sincérité appelle la sincérité. Dans notre traversée de la douleur, retirons les bandages silencieux dont nous nous étions couvertes. Mettons notre âme à nue puisque tout le reste s'est déchiré.
Pour Ivanovna Gunnray

Passage de Draíocht, 10 août 2051



Mon amie, ma sœur,

Ne te reproche rien, c'est moi qui aurais dû réfléchir davantage, et savoir qu'il est compliqué de tout mener en période d'examens ; je suis passée par là, j'aurais dû m'en douter. C'était une idée utopique, de toute manière...

C'est difficile, sans Ecco... Tout paraît différent... J'ai du mal à m'y faire, je réalise à peine, je le cherche partout. J'ai pu obtenir de Mr. McClure la permission pour poser quelques jours de congé. Demain, je partirai chez ma grand-mère maternelle, à Tillyhouse. J'irai me réfugier chez elle comme lorsque j'étais petite. Je pense que c'est ce qu'il me faut.

Gordon... J'avais senti qu'il y avait quelque chose avec lui. Tu n'es pas obligée d'aller à son mariage si tu ne le veux pas. Oh, Vana, être là-bas et assister à ça ! Acheter une robe pour ça ! Dis-lui que tu es malade, que tu ne te sens pas bien, ou que les examens t'ont affaibli. Il comprendra. Mais y aller ! Je suis tellement désolée, et cela arrive en cette fin d'année, ne se rend-il pas compte de ce qu'il te fait ? Oh, ma sœur... Ou dis-lui ! Dis-lui ce que tu ressens ! Peut-être aura-t-il la bonté d'accepter ton absence et de prendre ses distances avec toi, peut-être que c'est le mieux à faire pour vous deux... Ou peut-être qu'il changera ses engagements ? Comme j'aimerais pouvoir te prendre les mains, être là pour toi... Mais au lieu de ça je suis là dans ma chambre toute silencieuse et seule, avec les membres qui tremblent, et je ne sais même plus écrire...
Moi aussi je te dois des vérités. C'est dur à dire, et complètement fou, mais je crois que j'aime aussi les filles. Que je les aime autant que les garçons. Je ne suis pas sûre, cela me fait peur de l'écrire. Mais je crois que c'est pour moi comme les sang-mêlés, les nés-moldus ou les moldus : mon cœur ne fait pas de différence. Mais c'est impossible. Oh, ça me fait peur, c'est tellement bizarre ce que je t'écris là ! Je devrai m'intéresser uniquement aux sorciers de sang-pur, pour ma famille, pour l'avenir, mais je n'y arrive pas. Comme tu le sais, ma famille est entrée dans le registre il y a quelques semaines et jamais une décision n'a été plus difficile à prendre pour moi. Je me sentais... Déchirée. J'ai l'impression de devoir me dompter, me résoudre, m'obliger, ou mettre des œillères sur mon cœur. Enterrer tous ces avenirs qui auraient pu venir et qui ne trouveront jamais leur place. Je suis jeune et je dois déjà m'enchaîner, je dois déjà renoncer à des voies, avant même qu'elles ne se révèlent... Je pensais m'y faire mais je n'y arrive pas encore, et je leur en veux, à tous, aux sang-pur, à mes parents, au Conseil... C'est ridicule et insensé, je ne devrai pas, je suis poussée par la colère... Mais je crois que je ne veux plus rien avoir à faire avec eux pour le moment. J'ai signé, je me suis engagée, et à cela je resterai fidèle, mais le reste... Je ne veux plus les revoir. Mais comment puis-je me permettre cela alors qu'ils m'aiment et que je les aime ? C'est ma famille, c'est mon sang, et c'est ma peine... Si je pouvais renoncer à mon nom, il me semble parfois que j'en serais presque tentée.

Mes pensées sont aussi avec toi. J'espère que le vent écossais emportera nos tourments.
Soyons fortes, ma sœur.

Aly

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

Les rêves sous l'oreiller PV
Un hibou, reconnaissable entre tous, l’écriture d’Aly. Lecture. Par une étrange force dépassant la magie, l'existence d'Ivanovna se décale d’un millimètre, une poussière suffisante à la transporter dans un territoire de son coeur où elle oublie pour un temps les tourments du jour.

Ivanovna parcoure les mots une deuxième fois. Puis une troisième. A la quatrième lecture, elle commence à comprendre pleinement les conséquences des mots de son amie. Tout d’abord… Serait-ce à dire qu’Aly redoute sa réaction ? Mais enfin, chacun est libre de sa vie. Si nous ne choisissons pas tout de notre condition, nous avons pleine liberté pour infléchir le cours de nos vies !?! Alyona, comme Ivanovna, est une sorcière de sang pur. Cela ne justifie en rien de lui contester le droit de vivre selon les élans de son âme. S’il est une chose à laquelle Ivanovna accorde une importance supérieure, c’est bien la liberté. Et il ne saurait être question de la revendiquer pour soi sans l’accorder aux autres. "Qui que tu penses aimer, c’est ton droit le plus strict. Je ne suis pas choquée". A l’évidence cela a des implications familiales. Impérieuses comme épineuses. Le risque est celui de devoir non pas simplement imposer nos désirs mais les faire accepter. Quant aux implications successorales… Ivanovna ne voit aucun moyen de rendre la situation simple à terme. Elle peut tout au plus aider, accompagner. Qu’il est préférable d’être orpheline finalement. Personne pour vous imposer quelque attitude que ce soit…
La jeune femme est entrée dans la nouvelle par son aspect institutionnel. Ce n’est pas une erreur, en cela elle ne fait d’ailleurs que suivre les réflexions de son amie. Elle doit admettre que la nouvelle, pour surprenante qu’elle soit, ne la surprend pas totalement. En avait-elle l’intuition ? Ou doit-on plutôt parler des liens les unissant, forts, toujours plus affermis par le temps ? De sorte que… dans son coeur, il existerait des signaux annonciateurs ? Garçon ? Fille ? Pas encore déterminée ? Ivanovna ne sait pas trop quoi en penser mais il faut à l’évidence se garder de vouloir infléchir la trajectoire d’Alyona. C’est à elle de trouver, le jour venu, ce qui est en elle, véritablement. En aucun cas il n’est question dans l’esprit de Vana de « rattraper » une âme perdue le temps d’une saison. Elle n’y pense pas vraiment d’ailleurs. Juste à dire... « Je ne peux déterminer à ta place, fais ce que tu voudras »… la liberté. Mais aussi le droit de l’être sans ressentir l’opprobre, le rejet. Si la question n’était pas éminente, Ivanovna dirait qu’elle s’en fout, qu’Alyona peut bien vivre ainsi qu’elle l’entend. Il est cependant la souffrance d’une réalité perçue comme atypique. Ainsi Vana est le premier refuge de celle qui n’en a plus… dernier refuge serait préférable mais elle n’aime pas l’idée. Une chose est certaine, jamais elle ne laissera Aly sur le bord du chemin. Une fois encore il est tentant de se ruer vers elle. Mais en même temps, Ivanovna pense préférable de s’en tenir à des mots couchés sur parchemin. Non, elle ne craint pas de croiser son regard. Son instinct lui dicte d’agir ainsi. Car il est possible qu’une solution familiale émerge, les grands-mères sont douées en la matière.
Son esprit vole à la vitesse d’un vif d’or, d’une idée à l’autre. Pas d’enfants, des enfants d’un mariage différent de la norme, une vie séparée d’eux… tout est possible a priori et Vana ne détiendra pas de solution. Par moments, elle a cru voir en sa sœur une trajectoire semblable à la sienne. D’un coup, les comètes se séparent. Du moins le temps d’une révolution… Étranges centaures aux prédictions imprévisibles. Mais il n’est pas dit que Vana se laissera impressionner. Voilà un autre combat rattaché à la liberté. Non pas celle des petits plaisirs dont on nous prive par excès de sécurité. Ou ceux qu’une rigueur politique légitime. La question est suffisamment intime pour qu’on ne puisse nier aux êtres le droit de vivre comme ils l’entendent. Cela dépasse Alyona. Ivanovna ne pourra rien face aux secousses au sein de la famille Farrow. Aimer Alyona et l’aider à décider si besoin. Ou seulement vivre avec. Reste à le coucher sur un parchemin. Et cela est une autre affaire.


Le parchemin que vous tenez entre les mains a été modifié plusieurs fois. Des traces de réécriture, de repentirs, comme autant de tâches dans les embus d’une pensée manifestement hésitante. Si vous le vouliez, il serait possible d’en obtenir une version « initiale ». Toutefois, si les mots ont été réécrits plus de deux fois, la restauration vers le primordial devient impossible, du moins ne permet-elle pas de prétendre être la source. Si vous avez ne serait-ce que des rudiments en épigraphie sorcière, vous savez la démarche illusoire, donc inutile.



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Il est dans ces mots de nombreux paradoxes. A aucun moment Ivanovna ne parle du mariage. Elle vient pourtant d’apprendre que celui d’Aurélia et Gordon est annulé.
Dans le même temps, elle dit qu’il faut laisser parler son coeur, chose qu’elle n’applique pas le moins du monde en ce qui la concerne. Si Alyona a peut-être les moyens de savoir pour le mariage, mais rien n’est sûr, il est évident qu’elle peut conclure qu’Ivanovna est plus lucide concernant Alyona qu’envers elle-même. « Savoir le laisser parler ». Oui… reste à écouter ce coeur, chère Ivanovna.
Elle ne parle pas non plus des examens. La totalité du hibou est orientée sur un genre particulier de questions…

Les rêves sous l'oreiller PV
19 AOÛT 2051,


J'ai poursuivi les jours les pensées imbibées d'incertitudes, pétrissant la même anxiété du matin au soir avec l'ardeur de ceux qui ne parviennent pas à se détacher d'une idée. Je n'en ai rien dit à ma grand-mère, je regardais la lettre d'Ivanovna glissée entre deux livres sans parvenir à y répondre, m'interrogeant, retournant les mêmes sentiments sans voir clair à travers eux. Il y a cette question arrondie, autour de laquelle je tourne sans cesse, sans en trouver l'entrée, et les peut-être qui me font onduler de haut en bas, de droite à gauche ; j'avance sans progresser et laisse l'obsession m'anéantir.

Aurait-il fallu que je ne dise rien à Ivanovna ? Que je garde pour moi ce qui fut mon secret afin de ne pas la troubler ? de ne pas prendre la place dont elle avait besoin pour s'exprimer à propos de Gordon ? Elle n'en a rien dit dans sa dernière lettre, n'a même pas écrit son nom. Pourtant, il doit se marier aujourd'hui même, et Ivanovna y est probablement. Seule ! L'image naissant à cette pensée me bouleverse, je n'ose pas dessiner les contours de ce que pourrait être sa situation. Vana... Mais non, j'ai bien fait de mentionner ce sujet qui me préoccupe dans ma lettre, je ne le regrette pas, j'avais besoin de l'écrire, de le réaliser, et je le devais à ma sœur. Mais pour ce qu'il en est... Cela ne doit pas être important. C'est ainsi, je le reconnais, je le sais, mais j'ai accepté de ne pas m'y accrocher, j'ai signé ce drôle de contrat avec ma mère. Sur le plan familial, je serai tout entière dirigée par la main des Farrow. Mais sur le plan sentimental... Peut-il y avoir une histoire sans avenir ? Je ne veux pas y penser, je m'y refuse. Alors ce n'est pas important. Cela n'a même pas besoin d'être accepté ou défendu ; c'est une voix étouffée après avoir poussé son premier cri.

Mais une pensée formulée par mon amie me maintient parfois hors de l'eau, me figeant dans un mouvement que rien ne semblait pouvoir troubler. C'est cette possibilité de rejet, de refus, de personnes qui n'apprécieraient pas ce que j'ai confié à Vana, qui ne jugeraient pas ça correct. Je n'y ai pas songé une fois alors que je rédigeais ma confidence. Je n'y ai pas songé une fois alors la pensée me rattrape, grandissante. L'étudiante en potion aurait-elle pu... me rejeter ? ne plus vouloir me parler ? La corde vibre, ébranlant l'air. Je craignais qu'elle ne comprenne pas, mais le problème pouvait être autre. Elle aurait pu ne pas me répondre, ne plus vouloir prendre contact avec moi. Parce que... mon secret ne lui aurait pas plu ? L'inquiétude prend racine au fond de mon ventre, ondulant jusqu'à ma gorge, s'insérant dans le moindre espace libre. Heureusement, il n'en est pas ainsi, mais ses propos me remuent, m'interrogent. Je n'en parlerai plus, pensé-je, je l'oublierai ; cela n'a pas de sens de s'y accrocher ainsi quand on connaît l'avenir qui m'est réservé. J'enterrerai la chose sans rien en dire. Cela n'a jamais existé.

Même si c'est douloureux ?
Pour Ivanovna Gunnray

Tillyhouse, 19 août 2051



Ma chère Vana,

En recevant ta lettre je me sens comme à tes côtés. Il n'y a ni tes yeux ni ta voix mais une présence mille fois plus rassurante que le silence qui peut m'entourer. Je t'écris au matin, mais je pars aujourd'hui de chez ma grand-mère, je reprends le travail lundi. Cela me fera du bien, c'est peut-être ce qu'il me faut. Penser à autre chose, me concentrer sur les saisons à venir plutôt que sur le passé ou l'impossible. J'ai probablement besoin de me remettre en marche et de travailler, de bouger pour mieux me relever, c'est ce qu'il m'a toujours fallu pour affronter les dures réalités de la vie. Mais je pense à toi. Surtout aujourd'hui, avec ce mariage auquel il m'est douloureux de songer. Je t'imagine là-bas, après les examens, et mon cœur se serre... Mais pensons à autre chose. Tu dois être magnifique dans ta robe. J'espère que nous pourrons nous voir bientôt, une fois avant la rentrée, même si c'est rapide. Être à tes côtés me fait toujours du bien.

Ce que je t'ai confié... est délicat, alors ton soutien me va droit au cœur, il compte beaucoup à mes yeux. Il peut être fou de dessiner les contours d'une autre vie, de possibilités qui jamais ne pourront advenir et se présenter. Toi et moi le savons. Je crois que je ne veux pas me lancer dans ces rêves, même si c'est douloureux de renoncer même à cela, je ne peux plus m'y accocher, cela n'a aucun sens. J'y ai déjà renoncé en acceptant l'entrée dans le registre. Alors il est peut-être venu le temps d'affronter ce qui est, et de se résoudre. Je m'y essaye, non sans difficulté. Mais je crois que derrière, qu'une fois ceci accompli, d'autres voies s'ouvriront, et un destin flamboyant pourrait bien croître. Renoncer pour pouvoir se tenir prête à cueillir d'autres occasions. Car j'en suis sûre : nous n'habiterons pas seules nos maisons pour toujours. Alors il faut garder le parquet propre au cas où l'on frapperait à la porte, et non pas s'enfoncer dans le matelas et se cacher sous les draps, tu ne crois pas ?

Je pense que j'ai besoin de regarder ailleurs, droit devant moi plutôt que dans les angles morts de mes inquiétudes.

Mais dis-moi toi, comment tu te sens, de quoi sont faites tes journées, et tes examens. Est-ce que tu as confiance pour les résultats ? Je suis sûre que tu as réussi haut la main ! Et une fois les résultats obtenus, nous irons fêter ça.


Aly
Des mots droits, une lettre étonnamment soignée, et la tristesse dissimulée derrière. Avant de se relever il faut se vider de ce qui nous pèse. Or, Alyona patauge encore dans sa douleur, même si elle espère s'en débarrasser. Tout n'est pas prêt, bien qu'elle aimerait le croire : ses genoux sont à terre et ses yeux donnent naissance à quelques fontaines. Il est dur de se relever après une telle année. C'est un voyage périlleux.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

Les rêves sous l'oreiller PV
HRP : la réponse rapide est rédigée dans ces conditions par volonté des mains d'Ivanovna de ne pas trop méditer aux bons mots. D'une certaine manière, marionnette et marionettiste vivent selon les mêmes temporalités, si ce n'est pour améliorer le résultat, du moins pour le vivre au plus près de ce qu'est ce moment.



Le mois d’Août 2051 constitue, dans la vie d’Ivanovna, un temps d’une densité rare. Pour en comprendre l’architecture et donc les effets sur la jeune sorcière, il faut respecter scrupuleusement le calendrier. Le 15 elle répond au hibou révélation d’Alyona. C’est pour elle un besoin impérieux, bien plus qu’un devoir. Le matin même elle a appris, lors de l’essayage de ce bijou de tissu qui provoque en elle des remous inattendus que le mariage d'Aurélia et Gordon était annulé. Un séisme. Elle n’est pas sortie d’une sidération totale à son retour de Londres. Et, en lisant Alyona, elle répond. Dans l’instant.


Il se passe bien des choses avant qu’elle ne reçoive un nouveau hibou de son amie.

Le 16 Août, elle met la main sur une petite annonce immobilière. Une maison, un bien à elle, incroyable ?… Reste à le visiter, voir si la chose est possible, ne serait-ce qu’envisageable. Cet événement qui n’en est pas un a la vertu de la distraire de Gordon. En plein temps d’examen, il est bon de rester concentrée sur l’objectif. Bien sûr elle pense à lui, demeuré imperturbable durant tout le restant de la semaine… Jamais elle ne lui parle du mariage effacé, tout au plus échangent-ils des propos d’étudiants, les sujets, les examinateurs sympathiques, les questions vicieuses… Elle n'évoque pas non plus ce qui n’est qu’une chimère, la maison… Toujours est-il que le 18, elle visite ce penty, une bâtisse de type breton. Sous le charme, elle tente de s’organiser pour ne pas sombrer dans une euphorie destructrice.
La soirée du 18 devrait être faite de défoulement postérieur aux deux semaines d’efforts. Elle n’en est pas. Pas plus que Gordon d’ailleurs, ils se sont quittés sans parler du lendemain, dans une effusion amicale très appuyée. Les yeux du jeune sorcier n’ont pas rougi, adressant un merci à Vana pour cette année si réussie à l’IMSM. Elle lui a tenu l’avant-bras, sans la pression d’une mère ni celle d’une amante. Puis il s’est envolé, a disparu sur son Yajirushi. Et elle est restée seule, à méditer sur ce lendemain dépouillé de la cérémonie prévue.
Le 19 Août, Ivanovna est donc à Newhaven, elle n’a pas fêté la fin des examens. Elle ne le sait pas encore, ni lui d’ailleurs mais leur projet en duo a été remarqué au point d’intéresser plusieurs centres de recherche en anti-poison. Son esprit est ailleurs, occupé par cette maison dont elle cherche déjà le nom. En elle une amertume et un espoir. En fait, elle les chasse l’un comme l’autre, pour ne plus avoir à penser du tout. Fleur, sa chatte devenue par la force des choses une confidente éclairée recueille quelques caresses plus affirmées qu’à l’ordinaire, cérémonie interrompue par l’irruption du messager. Cela vient d’Alyona, qui d’autre ?!! Elle lit, dévore. Encore.
Ces mots lui font du bien. Beaucoup de réconfort même si Aly semble perdue. Qui ne le serait pas ? Pour Ivanovna, ces questions intimes ne posent pas de problème. Chacun est libre de sa vie, de son coeur et de son corps. Mais elle conçoit, parce qu’elle y a un peu repensé depuis le hibou du 28 juillet, qu’Alyona se fasse un souci venimeux. Vana n’y a jamais réfléchi mais Aly aussi supporte le poids du sang, ce devoir de la transmission. Pire encore, la simple reproduction, des poules pondeuses, voilà ce qu’elles sont en fait. D’une certaine manière, Ivanovna s’en est fait une raison depuis longtemps, jusqu’à penser que c’était sa seule et unique raison de vivre. Si le chagrin lié à son… intérêt pour Gordon est grand, elle a depuis des semaines tiré un trait dessus. Du moins le perçoit-elle ainsi à cette heure. Juste trouver un géniteur, plutôt avenant. Le trouver le jour venu et puis elle verrait. Facile à dire… Les mots d’Alyona, dont elle ne sait pas bien comment les interpréter, la secouent. Non pas seulement par la souffrance d’Aly mais parce que cela remet un peu en question l’évidence naturelle de la vie. Elle pourrait s’en tenir à une position ferme, simpliste. Mais la vie n’est pas cela. Ivanovna a l’intuition qu’Alyona a besoin de réconfort, de temps pour se laisser la liberté d’un choix solide. Pour autant que la chose existe dans les faits. Cette douceur dans l’analyse, elle la tient d’Alyona. Et c’est un cadeau magique que de se rendre compte combien, à la fin, elle peut l’aider en retour de tout l’amour qu’Alyona donne sans retenue depuis cet hiver 2048.
Une larme irrigue son œil, sans déborder. Elle a le coeur chaud, malgré la distance Alyona est ici, quelque part, en elle. C’est si dur la solitude. Il paraît qu’on s’y fait… C’est quand même plus simple avec un signe d’autrui, de temps en temps. Écrire à Alyona en ce jour multiplement funeste n’est pas une consolation ou un remède. C’est la vie, celle d’un mois d’Août qu’elles n’oublieront jamais.


Newhaven,
19 Août 2051





Mon Aly,



en lisant tes mots, je trouve toute la douleur et un peu de possible dans nos situations respectives. Je crois que toi comme moi devons encore apprendre à lire dans notre coeur. Et la chose me semble définitivement ardue. Peut-être que ce sont les choix que la vie impose qui me poussent à sentir l’impossible destin auquel nous aspirons, chacune à notre manière. Tu sembles résignée à choisir la raison. Mais je ne sens pas la conviction, plutôt l’abdication. Je ne sais pas comment dire. Et puis… tu as tes propres élans, je les accepte. Je veux dire… C’est ton coeur qui parle, moi ça ne fait pas de différence le sexe de la personne. C’est une question que je ne m’étais jamais posée, ce qui montre d’ailleurs combien je suis une bougresse. Est-ce différent ? En quoi ? Est-ce un chemin des embrumes ? Je préfère ne pas me poser la question en termes légaux. Je veux dire… Cela ne change rien pour moi. Tu es Alyona. J’aurais bien dit MON Alyona mais tu ne m’appartiens pas. C’est déjà difficile de se sentir propriétaire de soi alors posséder quelqu’un… C’est bien le problème dans l’amour je crois. « Je me donne à toi »… faudrait-il donc que ce soit réciproque pour que l’on ait la moindre chance de sceller l’union durablement ! Je crois que je comprends nos différences. Tu dois d’abord décider ce que tu es. Dit comme cela, c’est bien maladroit mais je ne sais pas comment le dire autrement. Dans le même temps je persiste à ne surtout pas vouloir te donner de conseils. Ce serait vain. En fait, c’est plus facile pour moi. Les garçons… enfin il en existait un… Mais il ne se marie pas aujourd’hui, le mariage a été annulé. C’est Aurélia qui a rompu, je n’en sais pas plus. Il serait facile pour moi d’espérer. Espérer quoi ? Non, j’ai juste compris que c’est ce que je veux, un mari, des enfants, je ne sais quand… On a souvent plaisanté toi et moi sur le nombre que nous aurions. Je me rappelle être allée jusqu’à dix… On délire vite… Je me demande si la vie à deux n’est pas une autre solitude. Peut-être que c’est pour cela que les parents sont malheureux quand leurs enfants partent, ils se retrouvent à deux, sans plus avoir grand-chose en commun… enfin je ne sais pas, j’imagine… Est-il possible de vivre nos vies d’une autre manière ? Nous avons tous nos limites et la première est bien de savoir qui nous sommes. Tu sais, j’ai longtemps pensé Botanique, et puis guérisseuse...parfois je me demande si je n’ai pas en moi l’âme d’une tueuse, une auror impitoyable. Qui ne le veut pas et cherche dans sa famille une raison d’exister. La mère, la sœur… Et moi alors ? Je ne dis pas, je suis heureuse, j’aime ce que je fais. Mais que serions-nous si nos routes avaient suivi d’autres tracés ? Tu es peut-être à la croisée des chemins, de ton chemin. Je ne peux que te souhaiter de trouver celui qui te convient. En cela la magie est grande car quelque soit ton choix, je serai sur le bord de ta route. Je ne fais pas de bruit et suis capable de disparaître tout en restant là. Même quand tu es absente je te sens en moi, mon coeur est empli de ma sœur.
Encore un an et je pourrai te rejoindre dans le grand monde des sorciers vivant de leur travail. Je ne suis pas vraiment inquiète pour les examens, c’est bien le stage qui occupe mes pensées. En cela, ce mariage avorté simplifie les choses, du moins en apparence. Les gens ont vite tendance à bâtir le monde tel qu’ils le fantasment. On ne peut pas aller contre. Nous pourrions changer les lois et permettre toutes les combinaisons possibles, les mentalités sont comme les escargots, elles bougent très lentement. Je crois qu’il nous faut avancer sans attendre le regard d’autrui, encore moins celui de nos familles qui ont toujours le désir de vivre à notre place, à commencer par décider pour nous. De ce point de vue, j’ai eu de la chance puisque très tôt j’ai pu décider seule. Disons que je conçois ton problème et je compatis. Mais toute ma bonne volonté ne permettra jamais à quiconque de modifier son regard sur toi. Chacun doit un jour accepter ce qui fait l’autre. Je l’ai compris il y a peu. Ce doit être dur pour des parents de devoir composer avec les choix de leurs enfants. Enfin disons qu’il doit falloir une bonne dose d’abnégation. D’une certaine manière, c’est sans doute plus facile quand on n’est pas de sang pur. Toi comme moi sommes porteuses de ce venin-là, qui impose ses propres codes, soyons claires, un carcan. Attention, cela fait sens en moi mais je m’en sens détachée... et je te comprends.
Cette impression de tourner en rond dans mes propos m’énerve, si tu savais. C’est sans doute l’illustration du manque de solution. Quelle piètre amie je fais, qui t’enferme au lieu de t’aider. Décidément je suis bonne à rien. Même une robe splendide, et tu sais combien ce genre de choses m’indiffère, je suis capable de la transformer en tas de chiffons inutiles. C’est vrai que je me sentais jolie dedans. J’avais même demandé de, enfin disons que je devais être moins engoncée qu’habituellement. Même cette outrance la vie me l’a interdite. Une robe de plus qui finira sur un porte-vêtement. A ce rythme-là je pourrai bientôt ouvrir un musée !
Alyona, ne change pas ce que tu es à cause des autres. Laisse ton coeur décider, tout le reste est sans importance. Et oui, nous ferons bientôt la fête, surtout si le projet professionnel que nous portons lui et moi a plu au jury. Je ne suis pas très inquiète. Gordon est un étudiant très valeureux. Nous aurons l’occasion de faire la fête et peut-être pour une autre raison que les études. J’ai visité hier une maison, entre Hastings et Rye. Il reste deux ou trois broutilles dont il faut que je m’assure mais je suis fortement intéressée. Voilà qui va sans doute déterminer pas mal de choses dans les temps qui viennent. Une crémaillère en plein Octobre, ce serait une jolie entrée en Automne non ?
Dans tous les cas, le jour venu, je veux bien être ta demoiselle d’honneur, même si aux yeux de certains il s’agira de déshonneur. Qu’ils aillent se faire voir !
Ecris-moi vite,


Vana



Le parchemin utilisé n’est pas son support habituel. Manque de matière première ? Urgence ? Le hibou est long, confus ? Il n’est pas évident que le chaos régnant dans l’esprit de Vana transparaisse, révélant combien elle est troublée.
La vie impose en ce mois d’Août une obscure priorisation des choses.

Les rêves sous l'oreiller PV
20 AOÛT 2051,


Je glisse. Je voudrais me relever mais je ne fais que glisser. Les mains au sol, crispées sur le tapis de feuilles mortes, de la poussière sous les ongles, des douleurs sur les jambes, les yeux exorbitées, le cœur qui court, qui court, et le souffle irrégulier, et les genoux qui ne font que céder. Mais je ne me laisserai pas faire, n'y croyez pas, je ne suis pas partie pour rester à terre, je suis perdue mais je sais où je souhaite me rendre, j'irai puiser au fond de moi s'il le faut, je métamorphoserai les feuilles sur lesquelles je trébuche en pierres sur lesquelles je me lèverai.
Affronter le vent de pleine face jusqu'à ce qu'il change de direction. Mordre la poussière jusqu'à ce qu'une rose me sorte d'entre les lèvres. Je tiens bon. Peut-être avec angoisse, peut-être avec hésitation, mais pas sans certitude. Comme un jour je me suis tenue devant la mer sans craindre les vagues, un jour je ferai face au monde sans craindre ses assauts ; j'aurais dans ma poche de quoi tout affronter.

Cela commence par un sentier difficile, oui, c'est comme flotter au milieu de nulle part, et si l'on y pense trop la masse qui nous tient semble fragile comme le verre. Des vagues de cristal prêtes à se briser. Mais faire face c'est y aller petit à petit, victoire après victoire. Pour le moment, oui Vana, tout est douloureux et ce qui entre dans mon cœur est une abdication plus qu'une conviction. Mais peut-être parce qu'au fond de moi pourrait exister une Alyona prête à se révolter, à renverser la table et à tout faire de travers, et ce n'est pas à elle que je veux donner le pouvoir. Abdiquer c'est reconnaître que quelque chose prend fin. Je ne désirais pas cette fin mais il me la faut peut-être pour construire autre chose, non sur les ruines que j'aurais conçues si la révolte avait pris ma voix, mais sur une terre nue et froide, à bien des égards peu réjouissante, et que je sais pourtant pouvoir m'approprier, et transformer progressivement en jardin. Il me faut accepter, renoncer, me vider plutôt qu'accumuler.

Et après ? Ce sont mes mains suspendues au-dessus de la terre, prêtes à façonner et pourtant à l'arrêt. Après, il faudra avancer, doucement mais coûte que coûte ; il y aura des erreurs, des difficultés, mais surtout, et il sera question de ne pas l'oublier, il y aura une sérénité tout au bout, comme l'horizon au-delà des vagues.

Les feuilles sur lesquelles je glisse sont peut-être des mots qu'il me faut accepter. Des noms écrits sur des feuilles, quoi de plus logique ? Il y a ici ce mariage de Gordon annulé, et les remous qui ont dû atteindre Vana et que pourtant je n'ai pas senti ni su deviner. Est-ce une question de distance ? Ou mes pensées étaient-elles accaparées ailleurs ? Je me heurte à cette connaissance avec honte. Aucun mariage et une robe inutile. Mon amie m'apparaît alors troublante, car ce qu'elle présente n'est ni de l'abnégation ni de la colère. Mais quoi ? Une acceptation claire ? Elle n'espère plus. S'en remet-elle à une certitude plus grande ? Sait-elle que son destin s'écrira d'une certaine manière, et ce d'une façon ou d'une autre ? Je trébuche pour mieux m'inspirer, m'engouffrer dans cette idée. C'est ce que je veux, moi aussi : accepter. Au départ dans la douleur, certes, mais cela aussi s'effacera. Je désire ne plus avoir peur.

Malgré l'invitation à une réponse rapide, cela m'a pris du temps. J'ai traversé le lundi et ma reprise du travail au Jardin avec une sérénité froide, mais pas désagréable. J'ai beaucoup songé, en tête à tête avec les plantes.
« Qui suis-je ? » leur murmurais-je, « Où vais-je ? »
Désormais je parle aux roses.
Il est question de changements. Mais qui les façonne ? Qui les actionne ? Laisser le cœur décider... Il tâtonne, mais sait-il où aller ? Ne me dis pas son ignorance, sur lui repose toute ma confiance.
Pour Ivanovna Gunnray

Passage de Draíocht, 22 août 2051



Ma chère Vana,

La vie est faite d'étranges sentiers. Mais j'ai envie de partager ta confiance, ta résolution sereine. Grâce à toi je n'ai pas l'impression d'avancer seule et c'est rassurant. Tu es loin d'être une piètre amie ! Tu m'aides à savoir qu'écouter et où aller. Sans toi, je ne saurai pas où poser les pieds. Accepter, c'est déjà toute une aventure, mais décider de ce que je suis... Par où commencer ? Comment s'y prendre ? Là aussi je devine tes mots : je dois regarder dans mon cœur. En ce moment il se tord dans tous les sens, mais je crois qu'un alignement se crée dans le Jardin ou lorsque je randonne en Irlande et en Écosse, et même quand j'use de magie. Il faut se connaître pour bien utiliser sa baguette. Ou peut-être que c'est elle qui me connaît ? Je lui fais confiance et cela m'apaise, me permet de réfléchir avec plus de clarté. Je sens que j'ai besoin d'autre chose, de nouveauté, de parcourir mes propres routes. C'est inquiétant d'y aller seule et de ne pas savoir dans quel croisement s'engager, mais peu importe j'y vais, j'irai, je veux avancer. Je crois en quelque chose de plus grand, qui nous mènera là où nous devons être. Pas une quelconque entité, mais une forme de fil, de route, de destin dans lequel nous ne devons pas craindre de nous engager. Mon destin m'ouvre une nouvelle porte. Alors je m'engage.

Je t'admire pour ce qui est de Gordon. Cette nouvelle à propos de l'annulation de son mariage me surprend. C'était prévu depuis des mois et cela se termine si brusquement ! Et pourtant tu restes droite, digne. Il ne sait pas la chance qu'il a de t'avoir pour duo dans vos études, mais il est bon de savoir qu'il est valeureux et impliqué. Quand nous ferons la fête à propos de ce projet profession très bientôt validé, j'espère que tu pourras porter cette robe que tu as achetée. Pour toi. Pour ton occasion, ta réussite. La vôtre, c'est vrai, mais la tienne aussi. Tu as le droit de penser à toi et de suivre ton cœur, comme avec le stage. Tu peux passer avant, surtout quand il s'agit de ton avenir professionnel. Mais j'ai confiance en toi ! Bien que tu me surprendras toujours. Une maison en Angleterre ! Je ne savais pas que tu en cherchais ! Oh, comment est-elle ? Grande ? Dans une ville ou un village ? T'y sens-tu bien ? A-t-elle un jardin ? Une crémaillère paraît tout à fait bienvenue. Il me plairait aussi de t'emmener découvrir la demeure de ma famille en Écosse, et même ma chambre au Passage de Draíocht... Elle n'est pas bien grande, c'est vrai, mais elle est confortable. Et tu es chez moi comme chez toi. Mais le temps nous tient éloignée... C'est ainsi, et c'est pour notre bonheur à toutes les deux, mais tu me manques parfois.

Je te promets que je ferai de mon mieux pour la suite. Loin de toi, peut-être en apparence, mais tes propos au plus proche. Je laisserai mon cœur décider et me surprendre. J'essaierai de lui redonner la voix que je lui ai prise.

Je pense à toi,

Aly

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

Les rêves sous l'oreiller PV
Ivanovna reçoit le hibou d’Aly le 23 Août. Elle a déjà de nombreuses informations concernant la maison. Et si elle ne l’a pas encore acheté elle sent que c’est une affaire qui se fera si côté vendeurs les choses sont possibles. En bonne écossaise elle compte négocier âprement le prix. Et pour cela, elle s’est lancée dans une enquête rigoureuse dans le but de déterminer l’exacte mesure des horreurs ayant pu y être commises. S’il ne s’agissait que de commerce de produits interdits, ce ne serait pas très grave. A ses yeux cela ne constitue pas une raison suffisante. Il doit y avoir quelque chose. Elle a donc occupé le peu de temps libre dont elle dispose à chercher des informations sur les lieux, commençant par les administrations moldues en charge de ces affaires.
Se faufiler à l’intérieur de la batisse ne fut pas très dur, puisque l’administration en question, sise à Canterbury, est fermée au mois d’Août. Mais les archives sont stockées dans des machines que les moldus utilisent pour compiler des données. Et elle n’est pas parvenue à les faire fonctionner. Elle y passa la nuit mais jamais elle ne comprit le fonctionnement de ces engins à petit tableau d’écriture. Un autre jour Vana obtint de meilleurs résultats en demandant à un vieux journal local de la laisse accéder aux archives le temps d’une après-midi. Un certain charme dans ses yeux lui permit d’adoucir l’âme d’un vieil homme trop amoureux de ces précieux classeurs…
1945, une année très demandée à ce qu’il lui dit. Une année facile à retrouver en tout cas malgré son ancienneté. Elle ne se rendit pas compte sur le coup de la chance qu’elle avait de pouvoir fouiller un passé local à ce point éloigné mais fameux. Hélas elle n’apprit pas grand-chose de nouveau. La piste du trafic de produits psychotropes, pour autant qu’elle les perçut, était sans doute la plus sûre. En tout cas, la chose n’était pas assez recherchée pour avoir été retirée de ces classeurs par une personne malveillante.
Elle en était là, se disant qu’il faudrait sans doute creuser dans les archives sorcières mais cela, il faudrait le faire de manière plus organisée. A moins qu’elle n’accepte de prendre le risque d’acheter sans savoir… dans tous les cas, elle ambitionnait de visiter les lieux avec Gordon, au pire Siwan. Un avis lui semblant bienvenu.

De tout cela il allait être facile de faire état dans les mots qu’elle allait coucher sur parchemin. Mais le hibou d’Aly abordait une autre question tout aussi délicate. Son esprit décida de penser Aly d’abord, et non Gordon. Son amie semblait se porter un peu mieux. Peut-être que le simple fait de s’être confiée l’avait aidée. Au moins pour un temps… C’était une bonne nouvelle de la sentir un peu apaisée, ayant pris le parti de s’écouter, tenter de se comprendre…
Gordon était un sujet trop sensible, elle avait dû dire la vérité mais elle n’avait pas envie d’en parler davantage. En elle la question tournait en boucle, une obsession. C’était terrible de voir combien toute sa vie était rattachée à cet homme, cet état de dépendance lui faisait bien du mal. Elle ne parvenait pas à trancher entre son immense désir d’oser quelque chose et son refus de profiter de la situation. Ce dilemme naissant prenait toujours plus de place, comme une tempête spontanément apparue et qui n’allait pas disparaître de sitôt. Elle ne pourrait pas bien longtemps se cacher d’Alyona. Le mensonge n’était pas sa tasse de thé, surtout envers Alyona. Mais on pouvait toujours faire semblant. Le silence lui paraissait la meilleure option. Mieux valait passer pour une gourde en se taisant que le démontrer en parlant. Et puis… les sentiments qui la traversaient étaient très forts, ils lui faisaient peur. Dépendre à ce point d’autrui n’était pas une habitude. La seule chose lui apparaissant positive tenait en une sorte de douceur nouvelle de la part du jeune sorcier. Leur dernière conversation sérieuse lui avait apporté une forme de réconfort. C’était même la première fois qu’elle se sentait en confiance totale avec lui. Ce qui ne faisait qu’entretenir son dilemme… Des soucis d’enfant gâtée, elle y pensa en ces termes, ayant honte d’elle-même. Pensée salutaire car elle y puisa la force d’écrire un hibou d’une intégrité satisfaisante au final.


*****


Il se passe plusieurs jours entre la réception du hibou et la rédaction d’une réponse fortement influencée par cette fameuse conversation .
Ivanovna a enfin la lucidité d’affronter une partie de ce passé qu’elle honnit. A commencer par l’injuste reproche qu’elle fait au monde de l’avoir laissée se perdre en Sibérie. Personne à Poudlard ne l’a chassée en 2043. Et elle fut recueillie à son retour dans des conditions qui honorent l’école.
Elle démarra l’année de ses BUSEs dans un état déplorable. Le simple fait d’en parler comme d’une vérité factuelle ; « Une loque, on peut le dire », démontre son analyse plus juste de la situation à l’époque. Elle ne scarifie pas la vérité par des mots excessifs. Il sera temps un jour pour le lynx de sortir du bois et ainsi montrer un pelage resplendissant.


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