Une bonne raison
Mardi 22 Août 2051.
Aux alentours de 4h du matin.
Devant l'appartement de Cinaed & les enfants Sgaeyl.
Cinaed avait beau se refaire le fil des évènements, il n'arrivait pas à comprendre à quel moment tout s'était effondré. Tout avait été parfait avant ce retour de vacances.
Cillian avait rencontré Adeline et Alexander.
Cillian les avait bien aimé.
Les enfants, aussi, l'avaient bien aimé.
Cinaed n'avait même pas vu le monde s'écrouler, tout comme avec Magnus.
Enfin, non, pas comme avec Magnus.
C'était pire qu'avec Magnus. Evidemment, comment tout ça aurait-il pu être plus facile qu'avec le cracmol ? Ce n'était pas la rupture de quelque chose qui n'avait jamais vraiment commencé. Il y avait eu quelque chose. Cinaed avait aimé, Cillian aussi. Et pendant quelques mois, il s'était imaginé beaucoup d'années supplémentaires.
Son monde venait de s'écrouler, s'était brisé en une infinité de petits éclats qui étaient venus lui trancher le cœur et, tandis qu'il gisait dans son propre esprit comme au milieu de ruines, les autres continuaient de vivre. Leur monde à ceux, à ces foutus passants qu'il voyait tous les jours dans la rue, continuait de tourner. Il s'était effondré seul, sans emporter personne avec lui et c'était peut-être ça qui était le plus difficile à vivre. Quand lui avait l'impression que la vie avait perdu ses couleurs, les autres semblaient l'apprécier encore plus que la veille.
24h.
Comment supporterait il ça pendant les 80 prochaines années encore ? Il ne voulait pas que la tristesse s'évapore parce que s'il perdait ça, qu'est-ce qui lui resterait de Cillian ?
Parti.
Déménagé trop loin de lui, de son cœur, de sa vie.
Une séparation à l'amiable, officiellement.
Officieusement, Cinaed s'était senti s'effondrer devant le roux. Il lui avait expliqué assez sommairement. Un boulot, le genre qu'on ne peut pas laisser passer dans une vie. Loin. Au Canada, si Cinaed avait bien suivi la conversation.
Le Canada.
Là où il n'y avait ni Cinaed, ni les enfants. Parce qu'après tout, l'ébéniste ne l'aurait jamais suivi jusque là bas. Il ne pouvait pas abandonner Adeline et Alexander, et il n'avait même pas imaginé les emmener loin de l'Angleterre où ils avaient tout. Alors, il avait juste laissé Cillian partir avec un bout de lui-même caché dans la poitrine.
Il lui avait fait un sourire. L'avait embrassé tendrement et l'avait tenu dans ses bras le temps que l'irlandais arrête de pleurer. Il avait été triste, Cillian, même si la décision venait de lui. Probablement parce que prendre cette décision signifiait abandonner quelque chose qu'il avait apprécié à un moment donné. Alors, puisque Cillian avait été triste, Cinaed avait répondu avec un sourire et deux bras forts pour le blottir contre son cœur même s'il en avait fermé la porte et volé la clef. Il n'avait pas bronché, avait accepté de le revoir quand il repasserait en Angleterre - mais il ne savait pas quand - et n'avait même pas fait de grimace quand il lui avait avoué à demi-mots que la décision aurait pu être plus difficile à prendre s'il n'y avait eu que Cinaed.
Il avait prit peur avec les enfants. C'était logique, d'un côté. Cinaed n'avait pas vu.
Bien sûr, il n'en voulait à aucun moment aux enfants. Pas une seule seconde. Il était juste triste. Effacé, quelque part, comme si Cillian avait gommé sa présence qui faisait tant partie de Cinaed depuis quelques mois.
Après ça, Cinaed avait bien précisé à Oisin que, malgré sa rupture avec son frère, Cinaed ne le jetterait jamais hors de la boutique. Et encore après ça, finalement, il était rentré en transplanant, avait récupéré les deux enfants chez Rhys et avait préparé à manger.
Manger, douche, coucher les enfants. Raconter une histoire à Adeline.
Défaire la fin de sa valise qu'il avait laissé en plan après leur retour de Laponie.
Ignorer la bague dans sa table de chevet.
Ignorer ses reflets à la lumière.
Ignorer le poids de la boite dans sa main quand il l'avait acheté.
Ignorer le poids de cette même boite sur son cœur maintenant qu'elle ne servirait jamais.
Il n'y aurait pas de genou à terre à Noël comme il l'avait prévu. Plus de mariage heureux. Plus de vivre ensemble jusqu'à la fin.
Pas de conte de fée pour un homme qui n'avait rien d'un prince.
Cinaed, lui, était destiné à être le second. Le personnage trop gentil et trop laid qui ne faisait jamais le poids face au bel étalon, aussi égoïste soit-il.
Quasimodo face à Phœbus.
Cinaed face à un boulot.
Cinaed face à une bonne raison de partir.
Cinaed qui n'avait jamais été une bonne raison de rester.
Il n'avait pas pleuré depuis la rupture, n'avait pas pu. Les larmes ne coulaient pas. Cinaed se sentait simplement sec, comme si un vent désertique était passé sur lui. Ses yeux le piquaient, sa gorge semblait toujours sèche, sa voix toujours rauque à ses oreilles.
Cela viendrait plus tard, il en était certain. Mais pour le moment, il n'avait pas le temps. Adeline et Alexander repartiraient bientôt pour Poudlard et Cinaed se devait de les faire profiter de leurs derniers jours de vacances. Et, surtout, il ne voulait pas que Adeline se sente mal pour lui. Il aurait tout le loisir de pleurer quand elle serait en sécurité à Poudlard, loin de la bête de tristesse qui vivait en lui et menaçait de tout renverser.
Cillian était parti, pour un boulot qu'il avait accepté des jours plus tôt. Cinaed était parti en vacances pendant que Cillian faisait ses cartons. Cinaed avait rêvé de lui, en Laponie. Avait rêvé de ses bras autour de lui, s'était imaginé pouvoir bientôt vivre avec lui, parce que tout lui semblait difficile sans lui ces derniers temps. Il s'était endormi et avait rêvé d'une maison à Pré-au-Lard, d'un jardin avec un potager. D'Adeline qui gambade dans l'herbe, suivie par son frère et de Cillian et lui assit dans un canapé à les observer.
Il ne voulait plus dormir. Rêver de Cillian était peut-être pire que de penser à lui la journée. Cinaed pouvait s'occuper, quand il était éveillé pour faire taire le manque de sa présence. Qui le protègerait de lui-même la nuit ? Arriverait-il à rêver de ses lèvres, de ses yeux rieurs, de sa barbe contre sa peau sans se réveiller en ayant l'impression qu'on lui avait arraché son cœur encore une fois ?
Comment se réveiller le matin en sachant que, si Cillian lui appartenait dans ses rêves, il ne le ferait jamais dans la réalité ?
Cinaed pouvait rêver autant de fois qu'il le voudrait, ça ne changerait rien.
La boite dans sa table de chevet resterait toujours pleine.
Il n'y aurait jamais d'anneau offert à une main douce et calleuse à la fois. Il n'y aurait jamais le poids du métal contre sa propre main quand il prendrait celle de Cillian.
Il n'y aurait plus de main de Cillian tout court dans laquelle il pourrait glisser ses doigts pour l'attirer quelque part.
Cinaed jeta sa cigarette - sans l'avoir allumée - et se redressa. La pierre des marches de l'immeuble l'avait rendu transit de froid alors que le vent nocturne s'était installé. Et, malgré une folle envie de s'occuper les mains, il n'avait pas allumé sa cigarette. Cillian n'aimait pas qu'il fume. Adeline et Alexander n'avaient pas à subir l'odeur non plus, alors Cinaed avait arrêté. Manifestement, le néant au milieu de ses côtes n'avait pas été assez puissant pour le faire recommencer.
Après un dernier coup d'œil dans la rue, il prit une longue inspiration, se frotta le visage et passa le pas de la porte du bâtiment.
Tout irait bien.
Il irait bien.
Il monterait les marches, ouvrirait la porte de l'appartement et irait se glisser dans son lit. Et demain, il préparerait le déjeuner pour les enfants avec un grand sourire.
Le lendemain aussi.
Et le surlendemain, et encore après.
Et puis les enfants retourneraient à Poudlard et Cinaed n'aurait plus grand chose pour lui, mais il irait bien. Il allait bien, non ? Toujours bien.
Aux alentours de 4h du matin.
Devant l'appartement de Cinaed & les enfants Sgaeyl.
Cinaed avait beau se refaire le fil des évènements, il n'arrivait pas à comprendre à quel moment tout s'était effondré. Tout avait été parfait avant ce retour de vacances.
Cillian avait rencontré Adeline et Alexander.
Cillian les avait bien aimé.
Les enfants, aussi, l'avaient bien aimé.
Cinaed n'avait même pas vu le monde s'écrouler, tout comme avec Magnus.
Enfin, non, pas comme avec Magnus.
C'était pire qu'avec Magnus. Evidemment, comment tout ça aurait-il pu être plus facile qu'avec le cracmol ? Ce n'était pas la rupture de quelque chose qui n'avait jamais vraiment commencé. Il y avait eu quelque chose. Cinaed avait aimé, Cillian aussi. Et pendant quelques mois, il s'était imaginé beaucoup d'années supplémentaires.
Son monde venait de s'écrouler, s'était brisé en une infinité de petits éclats qui étaient venus lui trancher le cœur et, tandis qu'il gisait dans son propre esprit comme au milieu de ruines, les autres continuaient de vivre. Leur monde à ceux, à ces foutus passants qu'il voyait tous les jours dans la rue, continuait de tourner. Il s'était effondré seul, sans emporter personne avec lui et c'était peut-être ça qui était le plus difficile à vivre. Quand lui avait l'impression que la vie avait perdu ses couleurs, les autres semblaient l'apprécier encore plus que la veille.
24h.
Comment supporterait il ça pendant les 80 prochaines années encore ? Il ne voulait pas que la tristesse s'évapore parce que s'il perdait ça, qu'est-ce qui lui resterait de Cillian ?
Parti.
Déménagé trop loin de lui, de son cœur, de sa vie.
Une séparation à l'amiable, officiellement.
Officieusement, Cinaed s'était senti s'effondrer devant le roux. Il lui avait expliqué assez sommairement. Un boulot, le genre qu'on ne peut pas laisser passer dans une vie. Loin. Au Canada, si Cinaed avait bien suivi la conversation.
Le Canada.
Là où il n'y avait ni Cinaed, ni les enfants. Parce qu'après tout, l'ébéniste ne l'aurait jamais suivi jusque là bas. Il ne pouvait pas abandonner Adeline et Alexander, et il n'avait même pas imaginé les emmener loin de l'Angleterre où ils avaient tout. Alors, il avait juste laissé Cillian partir avec un bout de lui-même caché dans la poitrine.
Il lui avait fait un sourire. L'avait embrassé tendrement et l'avait tenu dans ses bras le temps que l'irlandais arrête de pleurer. Il avait été triste, Cillian, même si la décision venait de lui. Probablement parce que prendre cette décision signifiait abandonner quelque chose qu'il avait apprécié à un moment donné. Alors, puisque Cillian avait été triste, Cinaed avait répondu avec un sourire et deux bras forts pour le blottir contre son cœur même s'il en avait fermé la porte et volé la clef. Il n'avait pas bronché, avait accepté de le revoir quand il repasserait en Angleterre - mais il ne savait pas quand - et n'avait même pas fait de grimace quand il lui avait avoué à demi-mots que la décision aurait pu être plus difficile à prendre s'il n'y avait eu que Cinaed.
Il avait prit peur avec les enfants. C'était logique, d'un côté. Cinaed n'avait pas vu.
Bien sûr, il n'en voulait à aucun moment aux enfants. Pas une seule seconde. Il était juste triste. Effacé, quelque part, comme si Cillian avait gommé sa présence qui faisait tant partie de Cinaed depuis quelques mois.
Après ça, Cinaed avait bien précisé à Oisin que, malgré sa rupture avec son frère, Cinaed ne le jetterait jamais hors de la boutique. Et encore après ça, finalement, il était rentré en transplanant, avait récupéré les deux enfants chez Rhys et avait préparé à manger.
Manger, douche, coucher les enfants. Raconter une histoire à Adeline.
Défaire la fin de sa valise qu'il avait laissé en plan après leur retour de Laponie.
Ignorer la bague dans sa table de chevet.
Ignorer ses reflets à la lumière.
Ignorer le poids de la boite dans sa main quand il l'avait acheté.
Ignorer le poids de cette même boite sur son cœur maintenant qu'elle ne servirait jamais.
Il n'y aurait pas de genou à terre à Noël comme il l'avait prévu. Plus de mariage heureux. Plus de vivre ensemble jusqu'à la fin.
Pas de conte de fée pour un homme qui n'avait rien d'un prince.
Cinaed, lui, était destiné à être le second. Le personnage trop gentil et trop laid qui ne faisait jamais le poids face au bel étalon, aussi égoïste soit-il.
Quasimodo face à Phœbus.
Cinaed face à un boulot.
Cinaed face à une bonne raison de partir.
Cinaed qui n'avait jamais été une bonne raison de rester.
Il n'avait pas pleuré depuis la rupture, n'avait pas pu. Les larmes ne coulaient pas. Cinaed se sentait simplement sec, comme si un vent désertique était passé sur lui. Ses yeux le piquaient, sa gorge semblait toujours sèche, sa voix toujours rauque à ses oreilles.
Cela viendrait plus tard, il en était certain. Mais pour le moment, il n'avait pas le temps. Adeline et Alexander repartiraient bientôt pour Poudlard et Cinaed se devait de les faire profiter de leurs derniers jours de vacances. Et, surtout, il ne voulait pas que Adeline se sente mal pour lui. Il aurait tout le loisir de pleurer quand elle serait en sécurité à Poudlard, loin de la bête de tristesse qui vivait en lui et menaçait de tout renverser.
Cillian était parti, pour un boulot qu'il avait accepté des jours plus tôt. Cinaed était parti en vacances pendant que Cillian faisait ses cartons. Cinaed avait rêvé de lui, en Laponie. Avait rêvé de ses bras autour de lui, s'était imaginé pouvoir bientôt vivre avec lui, parce que tout lui semblait difficile sans lui ces derniers temps. Il s'était endormi et avait rêvé d'une maison à Pré-au-Lard, d'un jardin avec un potager. D'Adeline qui gambade dans l'herbe, suivie par son frère et de Cillian et lui assit dans un canapé à les observer.
Il ne voulait plus dormir. Rêver de Cillian était peut-être pire que de penser à lui la journée. Cinaed pouvait s'occuper, quand il était éveillé pour faire taire le manque de sa présence. Qui le protègerait de lui-même la nuit ? Arriverait-il à rêver de ses lèvres, de ses yeux rieurs, de sa barbe contre sa peau sans se réveiller en ayant l'impression qu'on lui avait arraché son cœur encore une fois ?
Comment se réveiller le matin en sachant que, si Cillian lui appartenait dans ses rêves, il ne le ferait jamais dans la réalité ?
Cinaed pouvait rêver autant de fois qu'il le voudrait, ça ne changerait rien.
La boite dans sa table de chevet resterait toujours pleine.
Il n'y aurait jamais d'anneau offert à une main douce et calleuse à la fois. Il n'y aurait jamais le poids du métal contre sa propre main quand il prendrait celle de Cillian.
Il n'y aurait plus de main de Cillian tout court dans laquelle il pourrait glisser ses doigts pour l'attirer quelque part.
Cinaed jeta sa cigarette - sans l'avoir allumée - et se redressa. La pierre des marches de l'immeuble l'avait rendu transit de froid alors que le vent nocturne s'était installé. Et, malgré une folle envie de s'occuper les mains, il n'avait pas allumé sa cigarette. Cillian n'aimait pas qu'il fume. Adeline et Alexander n'avaient pas à subir l'odeur non plus, alors Cinaed avait arrêté. Manifestement, le néant au milieu de ses côtes n'avait pas été assez puissant pour le faire recommencer.
Après un dernier coup d'œil dans la rue, il prit une longue inspiration, se frotta le visage et passa le pas de la porte du bâtiment.
Tout irait bien.
Il irait bien.
Il monterait les marches, ouvrirait la porte de l'appartement et irait se glisser dans son lit. Et demain, il préparerait le déjeuner pour les enfants avec un grand sourire.
Le lendemain aussi.
Et le surlendemain, et encore après.
Et puis les enfants retourneraient à Poudlard et Cinaed n'aurait plus grand chose pour lui, mais il irait bien. Il allait bien, non ? Toujours bien.
1342
Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves - Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon[/size ]
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon[/size ]