OS Vous savez ce que j'en fais, de vos fleurs ?

Septembre 2023

Après deux années passées au milieu des créatures merveilleuses, le parenthèse enchantée avait pris fin. Je m'étais sentie à l'aise, au milieu des bestioles, je ne dirai pas le contraire. La compagnie des créatures m'apportait beaucoup plus de satisfaction que celle des humains. Principalement parce que la plupart des bêtes ne parlaient pas. La parole était le plus grand fléau de l'humanité, car alors que l'Homme avait appris à parler, il avait aussi appris à dire n'importe quoi et s'était même permis de penser que ses opinions banales pouvaient être dignes d'intérêt.

Bref, les créatures magiques n'avaient pas cessé de m'intéresser mais... Franchement, ces études manquaient un peu de piquant. On me pensait calme, voire apathique, mais la vérité, c'est que j'aimais me battre. Non, pardon, je n'aimais pas me battre. J'aimais être défiée, éprouver la difficulté, et dominer malgré l'ampleur du danger.

J'espérais que rejoindre la Grande École de l'Art du Duel pourrait me stimuler davantage. Après tout, cette prestigieuse école était censée accueillir la crème des aspirants duellistes. Les affrontements ici seraient peut-être plus intéressants qu'à Poudlard. On chercherait peut-être vraiment à se faire mal, sans faire semblant.

Quelques jours après la rentrée, alors que je rangeais les mannequins d'entraînement que je venais d'utiliser, je tombai sur une étrange énigme, rédigée à la main sur un papier.

« Tiens donc, fis-je en attrapant le papier sur lequel était inscrite l'énigme. »

D'abord sceptique et pensant à une énigme à la noix rédigée par un étudiant qui se croyait plus malin qu'il ne l'était, je n'accordai pas beaucoup d'attention à ce morceau de papier et le laissai traîner dans ma poche. J'y revins quelques heures plus tard, juste pour me prouver que cette énigme était bien ce que je pensais être : un jeu idiot et trop facile inventé par un petit malin pas si futé que ça.

Mais je dois bien reconnaître que cette énigme me donna du fil à retordre. Finalement, je finis par la résoudre - il s'agissait de prononcer un mot en particulier auprès d'un miroir, dans un couloir obscur du manoir. D'abord, rien ne se passa. J'avais espéré trouver un passage secret, ou à minima, un sachet de dragées surprise, je m'en serais contentée... Mais non, rien. Ce n'était peut-être bien qu'une blague destinée à me faire courir sans raison. Quelle perte de temps.

Quelques heures plus tard, pendant mon temps libre que je passais à m'entraîner aux sortilèges offensifs, je sentis un picotement dans mon dos. Et puis, je m'aperçus que j'étais incapable de bouger. On m'avait figée. Aussitôt, je me mis à bouillir de rage. Qui attaque un adversaire dans le dos en le figeant ? Quelle espèce de lâche aurait recours à de telles stratégies de bas étage, si peu élégantes et indignes ? Dès que j'aurai retrouvé mes capacités, je le truciderai, je le jure, par Morgane et tous ces ancêtres, il regrettera d'être né. On me banda les yeux et on me transporta comme un vulgaire colis.

Oh, par Morgane, un conseil : enfuis-toi avant que je retrouve l'usage de mes membres, ou d'ici quelques minutes, ta face sera si peu reconnaissable qu'on pensera que tu as servi de chaise à un troll.

Puis, on me rendit la vue et on leva le sortilège qui m'immobilisait. J'attrapai aussitôt ma baguette, sans réfléchir, les yeux enflammés par la rage et la soif de destruction. Un silhouette encapuchonnée ne tarda pas à m'attaquer. Je roulai sur le côté pour éviter le sortilège. Puis, je visai la tête. Pas de temps à perdre. Je vais te défigurer, sale bâtard. Tu auras une bonne raison de te planquer sous ta capuche.

« Confringo ! »

Mon adversaire para mon sortilège à l'aide d'un simple sortilège défensif. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est qu'une autre explosion suivit la première. Détruire et tout donner, c'était après tout ma spécialité. Méfie-toi, mon grand, on ne titille pas un dragon qui dort. Le bouclier de mon adversaire lui permit toutefois d'atténuer la seconde explosion et il ne fut pas si amoché que je l'espérais. Le sortilège ne fit que souffler sa capuche, et je découvris un étudiant d'à peu près mon âge, à la tête blonde et à la face pâle. Maintenant que je connaissais son visage, j'étais encore plus motivée à l'anéantir.

Nous échangeâmes ainsi quelques sortilèges et maléfices : les éclairs se heurtaient aux sortilèges de protection, on esquivait, on enchaînait, et cela dura peut-être une minute qui en parut dix.

Puis, la silhouette pointa sa baguette sur moi et alors que je m'apprêtais à parer une fois de plus, je fus surprise par un sortilège que je n'avais pas anticipé et que j'aurais bien été incapable de lancer - cela m'embêtait de l'admettre.

Une illusion.

Il n'y avait plus un sorcier blond, mais cinq, qui se mélangeaient comme dans ce jeu où l'on doit retrouver une balle sous un gobelet. Déstabilisée, je cherchai ma cible, ce qui laissa le temps à mon adversaire d'enchaîner avec un autre sortilège, d'une simplicité enfantine. Expelliarmus. Ce sale type voulait vraiment m'humilier.

Ma baguette vola et je fis de mon mieux pour la rattraper en plein vol et je perdis l'équilibre, me retrouvant à moitié accroupie au sol. Mon adversaire ne perdit pas de temps et enchaîna encore. Le sortilège qu'il choisit confirma sa volonté de m'humilier. Je reconnus la formule, qu'il prononça plus fort, par fierté : ce sale fils de troll avait l'intention de me transformer en crapaud. Moi. Moi ! En crapaud ! Par chance, l'orgueil démesuré de mon adversaire (que j'étais fort bien placée pour juger, n'est-ce pas) signa la fin du duel. Comme j'étais fort éloignée du crapaud, ce sortilège lui demanda un peu de temps et un certain effort de visualisation. Pensait-il que ma demi-chute m'empêcherait de réagir ? Que son illusion lui ferait gagner suffisamment de temps ? Je me fiche qu'il y ait cinq exemplaires de ta face de citrouille, je les exploserai toutes les cinq s'il le faut. Alors, je pointai ma baguette au plafond et prononçai la formule :

« Deprimo. »

Ma peau commençait tout juste à tourner au vert quand le sortilège de métamorphose en crapaud s'interrompit. Mon adversaire et toutes ses copies étaient ensevelies sous le plafond de l'arène. Je me fichais pas mal des dégâts ou du fait qu'il pouvait y avoir quelqu'un au-dessus, fut-ce un étudiant, un professeur ou même la direction de l'établissement ; du moment que je gagnais.

Et j'avais gagné.

On applaudit, trop lentement, avec toute la prétention du monde. Une autre silhouette encapuchonnée.

« Bien joué, Kristen Loewy. »

À l'aide de sa baguette, la silhouette répara le plafond et sauva son camarade, bien amoché. Une autre vint l'aider à panser ses blessures. Je ne lâchai pas ma baguette, toujours prête à en découdre et attaquer toutes les personnes aux alentours.

Celui qui m'avait applaudie présenta sa compagnie comme la société secrète du lys pourpre. Il me félicita pour ma performance, se permit de me donner quelques conseils pour la prochaine fois et commenta ma posture. Puis, il concéda ma victoire et m'autorisa, grand seigneur, à rejoindre la société du Lys Pourpre.

Je bouillonnais toujours. Je me relevai et le toisai de toute ma dignité de femme qui avait échappé de justesse à une métamorphose en crapaud. Je n'avais pas détesté ce moment et ce duel avait représenté un vrai défi. Peut-être aurais-je pu apprendre quelques techniques auprès de cette bande d'étudiants prétentieux.

Mais à la fin, le gagnant, c'est toujours mon ego.

« Non merci, ça ira. »

Alors, je me dirigeai vers la porte, digne comme une reine, droite comme la justice. Ce n'était pas mon genre, habituellement, mais avant de franchir la porte, je ne pus m'empêcher de me retourner et offrir à cette assistance encapuchonnée mon plus beau majeur.

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Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken |