Et Dieu créa la femme

courant de l'année 2044
feat. @Adélaïde Brennen


CRAC. Un bruit sec, un froissement d'air et j'apparais dans une ruelle de Godric's Hollow. Comme toujours quand je suis ici, mon estomac se noue et les battements de mon coeur s'accélèrent malgré moi. Je n'aime pas vraiment venir ici ; je me trouve géographiquement bien trop proche du reste de ma famille — de mes parents, surtout. Au fond je sais bien que c'est idiot et qu'ils ne peuvent rien contre moi, mais je ne peux m'empêcher de me sentir menacée.
Baguette en main, je passe un coup rapide sur mes vêtements pour les déplisser puis me redresse en soufflant profondément. Allez bouge, c'est pas le moment d'reculer, je m'exhorte.

Alors pour me donner du courage je resserre ma poigne sur ma baguette — toujours infiniment plus rassurée quand je la sens dans ma main — et me mets en marche en direction du Café.

J'ai connu cette ville plus agitée, il n'y a pas tant de monde que ça dans les rues. Enfin, ce n'est pas pour me déranger. Au contraire, je préfère largement pouvoir avancer la tête baissée en évitant les regards des autres, anonyme et tranquille. Personne pour m'accoster ou me reconnaitre, personne pour me faire chier en posant des questions stupides. Mes chaussures claquent sur le sol, mes cheveux volètent derrière moi au rythme de mes pas et mon regard glissent de mes pieds au paysage, mais c'est uniquement pour m'éviter une collision.

Tandis que je m'approche du Café, je revois mentalement les points que je vais devoir aborder, ceux à éviter et ceux qui me permettront de convaincre ma potentielle cliente de me choisir moi et pas un autre. Je suis un peu en avance mais rien ne me dit qu'elle n'aura pas eu la même idée et qu'elle n'est pas arrivée avant moi. Si c'est le cas, je suis désavantagée parce que je ne la connais pas, je ne sais pas à quoi elle ressemble. Elle en revanche, elle sait surement qui je suis — sinon elle n'aurait pas fait appel à mes services — et pour le moment elle doit en savoir plus sur moi que moi sur elle. Enfin, pour l'instant, je pense en sortant les mains de mes poches pour pousser la porte du Café, laissant derrière moi les rues de Godric's Hollow.

Je relève la tête, scanne la pièce du regard et, voyant que personne ne semble m'attendre, j'en déduis que je suis la première et que ma cliente n'est pas encore arrivée. Tant mieux, voilà qui me laisse un peu de temps pour m'installer, commander quelque chose et me préparer.

Après avoir choisi une petite table à l'écart des fenêtres, je retire mon manteau, le dépose sur le dossier de ma chaise et prend place en faisant attention à mes vêtements. Vêtue d'un tailleur noir élégant, mes cheveux simplement brossés et tenus en arrière par un élastique, je me demande de quoi j'ai l'air. Je me demande ce que penseraient mes parents en me voyant ainsi habillée, mais je chasse cette pensée dès que leurs visages me viennent en tête. ce n'est pas le moment d'être distraite. Ma commande arrive — un café noir, toujours — et suffit comme distraction. Je remercie l'employé d'un signe de tête poli, et n'attends pas plus pour porter la tasse à mes lèvres. Le liquide chaud coule dans ma gorge, me réconforte et me réchauffe l'âme. Bien, je pense en reposant la tasse face à moi. Il ne me reste plus qu'à attendre.

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Et Dieu créa la femme
La canne, c'est un pilier plus lourd que les colonnes de tous les temples du monde. La canne, elle s'enfonce dans les rues pavées et ne s'en décolle jamais. C'est un cognement sourd qui se répète dans mes oreilles pendant plusieurs secondes. Puis je ne l'entends plus. Je n'entends plus rien, plus que la course de mon sang jusque dans mes tempes, plus que mes vaisseaux tambouriner contre mon crâne, et l'insoutenable légèreté de l'angoisse qui plane. Du regret, aussi. Du regret d'avoir commencé, et celui de ne pas avoir commencé assez tôt.

La marche est répétitive, lente, mais aussi trop rapide. Elle ne sait pas si elle doit aller plus vite ou si ralentir serait judicieux. Elle fait juste ce pourquoi elle a été conçue : marcher. Avancer. Le vent frappe la rougeur sur les joues, comme une claque de l'univers qui me dit de rebrousser chemin, comme un signe des dieux de retourner à la maison, car nous nous faisons bien loin de Malahide, bien loin de l'Irlande, loin de tout et près de rien.

Mais une femme m'attend. Une femme m'attend, et elle m'attend dans ce café.

Dans l'angle de la rue, j'observe l'enseigne du coin de l'œil. Les mains jointes sur ma canne. Dans un silence long, long, long. Le temps qui se tord et qui s'enroule de douleur. Je ne sais pas si une femme m'attend ou si j'attends une femme. Je suppose que nous voulons toutes deux quelque chose de l'autre. Elle, mon argent, moi, des réponses. La composante primaire de tout bon deal. Alors je me faufile entre les capes noires, et fraye un chemin jusque dans un coin de la vitre qui donne sur l'intérieur. Ce n'est pas la première fois que je viens ici, mais j'ai comme l'impression que cet endroit est différent pour chaque raison pour laquelle je m'y rends. Toutes très différentes, toutes très inattendues, mais elles ont le mérite d'avoir une belle chose en commun : elles ne sont jamais habituelles.

Je penche la tête et propulse mes pupilles jusqu'à l'intérieur de la salle. Elles sautent, comme deux balles de fusil, de tête en tête, à la recherche de la concernée. Non, Non, Non, peut-être, Non, non...oui. Oui.

C'est une masse droite et froide au milieu de la nature innocente. C'est une sorcière à l'ombre plus noire que les autres clients, et à l'analyse plus furtive qu'un simple habitué. Les yeux sont le reflet de l'âme et du corps : depuis l'autre côté de la vitre, je les regarde glisser de coin en coin, de silhouette en silhouette, parce que, lorsque vous enquêtez sur autrui, n'importe qui est suspect, n'importe qui a quelque chose à se reprocher, et tout le monde est un peu trop souriant pour être innocent et blanc comme un agneau. C'est pour cette raison que je l'ai choisie, elle.

Parce que pour être un bon détective, il ne suffit pas de filatures ou d'épluchage de dossiers dans un bureau pénétré. Pour être un bon détective, il faut d'abord comprendre que chacun, tous autant que nous sommes, avons une part de gris ou de noir, et que les hommes aux dents les plus blanches sont souvent ceux qui comptent sur leur sourire pour camoufler les atrocités de leurs cœurs.

Je reste ainsi une minute, peut-être deux, ou peut-être davantage. Ou alors, chaque seconde est une minute plus lourde que le poids de l'univers, et peut-être que je suis déléguée d'Atlas, et que c'est à moi aujourd'hui de soutenir le ciel pour qu'il ne s'écroule plus sur la Terre. À la place, il s'écroule sur moi. Ma main se crispe sur le pommeau de ma canne. Ma vision se brouille, quelques tâches noires comme l'encre d'une histoire qui va finir mal, et j'entre. Mon regard est verrouillé sur la silhouette de la sorcière, et j'avance. J'avance. J'avance. La canne avance pour moi et elle me porte manifestement jusqu'à elle. Jusqu'à celle en qui j'ai placé toute ma confiance, jusqu'à celle à qui, aujourd'hui, je vais confier un substitut de mon âme.

« Miya. » Ma voix délivre doucement. Debout devant la brune assise, mon regard coule le long de sa silhouette.

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@Miya Ryuū, que dire à part...désolée pour cet immense retard ? La honte omg𓂃 𓈒𓏸‪‪ 𓇼

Directrice de l'Astronarium since Octobre 49 • Αδελαΐδα Μπρένεν
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