Deuxième entretien Il comprend vite, mais...

Deuxième entretien avec @Narcisse Brando
Dimanche 10 septembre 2051
08h30
Eglantine avait le sentiment que le jeune Brando faisait partie de ceux à qui il fallait dire les choses plusieurs fois.

La pointe de sa plume tapotait le parchemin, ses doigts serrant l'arête de son nez, alors qu'elle s'efforçait de profiter de ses derniers instants de paix. Plus que quelques minutes, et la tornade ambulante franchirait la porte de son bureau, pour une durée indéterminée. Si au moins, Brando n'était pas ponctuel, mais bien qu'il semblât cumuler un certain nombre de défauts, irrégulier n'en faisait pas partie. Elle avait secrètement espéré que l'avorton se décourage après ce premier refus, mais sa deuxième lettre avait vite coupé court à cet espoir.

Et clairement, quelqu'un l'avait aidé. Les tournures de phrase, l'orthographe, l'essentialité des mots... Il n'avait pas pu l'écrire seul, ou tout du moins, quelqu'un de plus strict et discipliné que lui était repassé derrière pour le conseiller. Si elle tenait cette âme charitable, elle lui apprendrait à se mêler de ses affaires.

"Entrez."

Et le voilà, pénétrant son sanctuaire, apportant sa maudite énergie indiscrète et bruyante. Quoiqu'il eut la délicatesse de ne pas immédiatement entrer à toute berzingue en s'exclamant comme la dernière fois. Il avait été définitivement entraîné. Eglantine était à la fois irritée et enchantée. Comment reprocher à un élève de demander de l'aide pour s'améliorer, mais si personne ne l'avait aidé, elle aurait encore pu le rembarrer aussi sec... Qu'importe, ce qui est fait est fait, elle rajusta ses lorgnettes en désignant de nouveau le siège face à elle.

"Prenez place, s'il vous plaît."

Et elle attendit, en feuilletant le dossier, qu'il se trahisse de la même manière, en prenant la parole le premier. Pour s'étaler sur son sujet, faire défaut, des approximations, et révéler la fragilité de son projet. Elle attendit, une minute, puis deux. Oh, elle vit bien à quel point cette attente était insupportable pour le Poufsouffle, qui remuait sur sa chaise en se mordant les joues. Son index crochu tapota le bois de son bureau, avant qu'elle n'inspire profondément, et ne ferme les yeux une seconde.

Lorsqu'elle les rouvrit, son cauchemar n'était pas terminé. Elle ne s'était pas réveillée, et elle était toujours face à lui. Un nouveau regard sur sa lettre, et son dossier.

"Bien... En quoi devrais-je changer ma décision de la semaine dernière, monsieur Brando ?"

Elle ne voulait pas perdre de temps, s'il n'était pas capable de seulement répondre à cette simple question, elle pourrait s'épargner de précieuses minutes. Eglantine doutait sincèrement qu'il puisse la convaincre, et rien que le fait qu'elle ne veuille pas lui accorder cet accès rendait cet entretien particulièrement serré. Elle ne pouvait décemment pas rester bloquée sur ses positions s'il se révélait capable d'évoluer et de défendre son projet. Mais elle ne comptait pas pas pour autant faire marche arrière sans raison, et puis quoi encore.

Ce sale manieur de baguette, vulgaire et simple d'esprit...

Cavalier de l'Apocalypse de 2050 - 2b1146
« Les élèves s'abstiendront de conversations à voix haute. »