Règle n°1 : je ne l'aimerai pas
Samedi 21 janvier 2051
Bibliothèque — matin
21 ans
Les faibles rayons du soleil se reflètent sur le large dôme au-dessus du hall d'entrée de l'Académie. Depuis le début de la journée, l'astre se bat avec les nuages pour laisser passer ses rayons qui réchauffent à peine les quelques étudiants qui osent braver le froid extérieur. La neige qui est tombée sans discontinuer la veille a laissé sur le sol une couverture blanche qui s'est durcie avec les températures négatives de la nuit. Ce matin, toute âme qui tente d'accéder au portail du domaine, que ce soit pour rentrer ou pour sortir, se voit confrontée aux plaques de glaces vicieuses qui s'étalent sur le chemin. La lumière qui se réverbère sur la neige et qui fait de fausses promesses d'un temps plus clément est mensongère, car les températures, en cette belle journée du 21 janvier, rougissent les extrémités et glacent tout ce qu'elles touchent.
Insensible à toutes ces considérations, c'est à peine si je jette un regard à l'extérieur. J'ai pourtant une vue de choix sur le parc qui borde l'avant de l'Académie et également, si je me tords suffisamment le cou, sur le portail qui étincelle sous le soleil, là-bas vers l'horizon. Mais ce matin comme tous les autres matins, la beauté de la nature ne m'intéresse pas et ne peut pas faire le poids face à mes ouvrages et tout le savoir qu'ils contiennent. Je suis en train d'avancer sur mon mémoire de recherche et je n'ai pas l'intention de me laisser distraire. La magie et ses milles nuances m'ont en entier pour elles seules et je ne me donnerai à rien d'autre tant que je n'aurais pas avancé sur mon programme de la journée. Le monde autour de moi peut bien vivre à son rythme, je ne lui accorde aucun regard.
Et le monde vit. La bibliothèque fourmille d'étudiants qui vont et qui viennent, bien moins nombreux qu'en semaine. Le hall voit passer certains d'entre eux en courant ou en riant, d'autres plus sérieux ou plus pressés, parfois des sortilèges fusent ou les portes d'entrée s'ouvrent et laissent rentrer un courant d'air glacial qui charrie la neige jusque sur le marbre qui recouvre le sol. À l'extérieur, au milieu des haies blanchies, des parterres vidés de leurs fleurs et des allers qui mènent au portail ou à l'arrière du domaine, trônent des bonhommes de neige fièrement battis par des étudiants retournés en enfance. Certains sont aussi immobiles que le tronc des arbres. D'autres sont enchantés et font rire ceux qui les aperçoivent : il y a ce bonhomme de neige qui attrape sa tête de ses bras de branche, qui la fait tournoyer au-dessus de lui avant de la remettre en place ; ou celui-là, tout près du portail, dont les trois grosses boules qui le composent rebondissent les une sur les autres sans s'arrêter, la tête du bonhomme volant haut dans les airs, très haut, avant de retomber doucement en montrant à l'extérieur du domaine son maladroit sourire fabriqué avec des branches tombées.
Devant le portail, peu de gens sont là pour regarder l’œuvre neigeuse. Les gardiens, évidemment, tiennent leur rôle. Il y a bien cette femme au visage marqué par l'âge, un grand sac dans les mains, qui attend que sa fille vienne chercher son paquet. Transie par le froid, elle frappe des pieds sur la neige, l'impatience s'écrivant sur ses traits. Et il y a cette grappe d'étudiants qui discutent sous les arbres, des cigarettes à la main, comme si le froid n'était rien pour eux, comme s'ils ne le ressentaient pas.
De ma petite table à la bibliothèque, je ne vois rien de tout cela. J'écris patiemment sur mon parchemin. La température est parfaite, je n'ai pas froid au bout des mains ni aux pieds.. Je suis bien, je travaille sur le projet qui me vaudra une note très satisfaisante en fin d'année même si je ne le sais pas encore. Je suis loin de toutes les pensées qui ont pu m'agiter ces dernières semaines. Engluée dans ma concentration, je n'imagine pas que ces pensées bientôt reviendront toquer à la porte de ma conscience, quand se rappellera à moi une vieille connaissance qui a décidé qu'elle bouleverserait ma vie.
Bibliothèque — matin
21 ans
Les faibles rayons du soleil se reflètent sur le large dôme au-dessus du hall d'entrée de l'Académie. Depuis le début de la journée, l'astre se bat avec les nuages pour laisser passer ses rayons qui réchauffent à peine les quelques étudiants qui osent braver le froid extérieur. La neige qui est tombée sans discontinuer la veille a laissé sur le sol une couverture blanche qui s'est durcie avec les températures négatives de la nuit. Ce matin, toute âme qui tente d'accéder au portail du domaine, que ce soit pour rentrer ou pour sortir, se voit confrontée aux plaques de glaces vicieuses qui s'étalent sur le chemin. La lumière qui se réverbère sur la neige et qui fait de fausses promesses d'un temps plus clément est mensongère, car les températures, en cette belle journée du 21 janvier, rougissent les extrémités et glacent tout ce qu'elles touchent.
Insensible à toutes ces considérations, c'est à peine si je jette un regard à l'extérieur. J'ai pourtant une vue de choix sur le parc qui borde l'avant de l'Académie et également, si je me tords suffisamment le cou, sur le portail qui étincelle sous le soleil, là-bas vers l'horizon. Mais ce matin comme tous les autres matins, la beauté de la nature ne m'intéresse pas et ne peut pas faire le poids face à mes ouvrages et tout le savoir qu'ils contiennent. Je suis en train d'avancer sur mon mémoire de recherche et je n'ai pas l'intention de me laisser distraire. La magie et ses milles nuances m'ont en entier pour elles seules et je ne me donnerai à rien d'autre tant que je n'aurais pas avancé sur mon programme de la journée. Le monde autour de moi peut bien vivre à son rythme, je ne lui accorde aucun regard.
Et le monde vit. La bibliothèque fourmille d'étudiants qui vont et qui viennent, bien moins nombreux qu'en semaine. Le hall voit passer certains d'entre eux en courant ou en riant, d'autres plus sérieux ou plus pressés, parfois des sortilèges fusent ou les portes d'entrée s'ouvrent et laissent rentrer un courant d'air glacial qui charrie la neige jusque sur le marbre qui recouvre le sol. À l'extérieur, au milieu des haies blanchies, des parterres vidés de leurs fleurs et des allers qui mènent au portail ou à l'arrière du domaine, trônent des bonhommes de neige fièrement battis par des étudiants retournés en enfance. Certains sont aussi immobiles que le tronc des arbres. D'autres sont enchantés et font rire ceux qui les aperçoivent : il y a ce bonhomme de neige qui attrape sa tête de ses bras de branche, qui la fait tournoyer au-dessus de lui avant de la remettre en place ; ou celui-là, tout près du portail, dont les trois grosses boules qui le composent rebondissent les une sur les autres sans s'arrêter, la tête du bonhomme volant haut dans les airs, très haut, avant de retomber doucement en montrant à l'extérieur du domaine son maladroit sourire fabriqué avec des branches tombées.
Devant le portail, peu de gens sont là pour regarder l’œuvre neigeuse. Les gardiens, évidemment, tiennent leur rôle. Il y a bien cette femme au visage marqué par l'âge, un grand sac dans les mains, qui attend que sa fille vienne chercher son paquet. Transie par le froid, elle frappe des pieds sur la neige, l'impatience s'écrivant sur ses traits. Et il y a cette grappe d'étudiants qui discutent sous les arbres, des cigarettes à la main, comme si le froid n'était rien pour eux, comme s'ils ne le ressentaient pas.
De ma petite table à la bibliothèque, je ne vois rien de tout cela. J'écris patiemment sur mon parchemin. La température est parfaite, je n'ai pas froid au bout des mains ni aux pieds.. Je suis bien, je travaille sur le projet qui me vaudra une note très satisfaisante en fin d'année même si je ne le sais pas encore. Je suis loin de toutes les pensées qui ont pu m'agiter ces dernières semaines. Engluée dans ma concentration, je n'imagine pas que ces pensées bientôt reviendront toquer à la porte de ma conscience, quand se rappellera à moi une vieille connaissance qui a décidé qu'elle bouleverserait ma vie.
Règle n°1 : je ne l'aimerai pas
Elle lui avait laissé du temps. Pour une fois, elle avait senti que respecter la demande de son aînée était plus important que d'insister, mais quand même ! Est-ce que la jeune femme comptait attendre jusqu'à la majorité d'Eden pour daigner lui offrir sa réponse ? Malheureusement, attendre était sûrement le seul choix qu'elle avait de son côté, le seul qui ne braquerait pas la jeune femme. Éli savait que, peu importe l'intensité de son impatience et quoi qu'elle décide de faire, elle n'avait pas la main ; cette décision n'appartenait qu'à Aelle. Et puis son ancienne camarade faisait des études supérieures, elle était peut-être juste très prise dans le tumulte de ses cours, ou par tout autre chose qui retenait son attention. Durant le mois qui s'était écoulé, toutes les excuses possibles y étaient passées pour garder l'espoir, mais la jeune mère était arrivée à bout d'hypothèses. Elle avait respecté les termes du contrat de son ainée, et résultat ? Elle n'avait rien obtenu du tout. Il fallait que ça bouge là ! Oh et puis merde ! Abandonnant ses bonnes résolutions, Éli décida de jouer avec ses propres règles à partir de maintenant. Elle ne pouvait attendre sagement plus longtemps ; si Bristyle ne venait pas à Willis, c'est Willis qui viendrait à Bristyle ! Son ex-camarade étudiait à l'Académie d'Enchantements, Sortilèges et Métamorphose, c'est donc là qu'Éli irait.
Enfin arrivée devant cet immense portail, plus d'un mois après leur dernière rencontre, Éli, déterminée, s'était promis qu'elle ne rentrerait pas à La Ruche sans avoir eu une ultime discussion avec sa camarade. Peu importe ce qu'elle devrait faire pour ça, cette fois, elle ne laisserait plus le choix à Aelle de fuir sa question. Contrairement à leur dernière conversation, la jeune mère était seule aujourd'hui, elle avait laissé Eden bien au chaud à la maison. La Poufsouffle avait réfléchi plusieurs nuits à la meilleure stratégie pour atteindre l'objectif sans tout saboter : prendre la petite ou non ? Elle avait bien vu que la présence d'Eden avait sensiblement changé, si ce n'est déstabilisé légèrement son ancienne camarade la dernière fois, pourtant elle avait fini par renoncer à venir avec elle. Si la météo capricieuse l'avait aidée à trancher, le plus gros problème avec Eden restait d'approcher Aelle dans son école discrètement. Éli n'avait déjà rien à faire à l'intérieur ; alors espérer y entrer avec un bébé, sans attirer l'attention des gardes qui sécurisaient l'entrée de l'institut était complètement utopique. Il lui faudrait élaborer un plan sur place, et sa fille ne pouvait clairement pas en faire partie. Un peu d'imagination et de débrouillardise, c'est tout ce qu'elle avait comme cartes, toute sa concentration était donc requise.
Frappant ses mains l'une contre l'autre pour tenter de les réchauffer, la jeune mère ouvrit la bouche d'émerveillement en arrivant devant l'école. Impressionnée par les lieux qui s'offraient à elle, elle manqua de glisser sur une plaque de verglas qui semblait n'être là que pour corser un peu plus sa mission du jour. Se rattrapant de justesse, le cœur battant un peu trop fort, Éli plaqua machinalement ses mains sur son ventre pour protéger son enfant d'une chute potentiellement douloureuse. Soulagée de ne pas trouver le corps d'Eden sous ses doigts, la jeune fille respira de nouveau tout en reprenant contenance et équilibre en s'accrochant à la grille ouverte du portail. Laisser sa fille à Rem était définitivement un choix plus raisonnable.
Figeant ensuite son regard sur les acrobaties improbables d'un bonhomme de neige enchanté non loin, Éli tout sourire en oublia presque la raison de sa visite. Entrer et explorer cet endroit sublime et intrigant, voilà ce qu'elle avait envie de faire à cet instant. Peu importe ou Aelle se trouvait, la jeune femme avait momentanément perdu sa place en tête des priorités de la Poufsouffle. Le froid lui mordait les joues, elle avait le bout du nez complètement gelé, mais heureusement son esprit, lui, n'était pas assez frigorifié pour se faire berner plus longtemps par la magie du lieu. Reprenant rapidement son listing mental, Éli fit l'inventaire de son environnement de façon bien plus stratégique. Il n'y avait que quelques personnes dehors, bravant les températures, et évidemment Aelle n'en faisait pas partie. L'inverse aurait été beaucoup trop facile pour être vrai. Tant pis, la jeune mère allait devoir faire avec. Les gardiens n'étaient sûrement pas le meilleur choix pour atteindre la cible, ils ne s'embêteraient pas à quitter leur poste pour devenir coursier ponctuel d'une jeune élève qui n'était même pas dans leurs rangs. Inutile de demander. Scrutant un peu encore les extérieurs, Éli observa une sorcière non loin qui semblait chercher elle aussi quelqu'un. Apriori elle ne lui serait pas d'une grande aide non plus.
Durant une fraction de seconde, la poufsouffle hésita...
Se faire remarquer par un coup d'éclat digne de son passé à Poudlard serait peut-être une idée à considérer. Si éventuellement... Simple hypothèse...Si elle déclenchait un énorme chaos assourdissant devant l'institut...Combien de temps mettraient les étudiants pour être informés de sa présence, et sortir voir qu'elle était la source perturbatrice de leur travail studieux ? Est ce qu'elle apercevrait alors dans le lot de regards réprobateurs une paire d'yeux encore plus noir et jugeant que les autres avant de se faire arrêter par l'encadrement ? Non !!! Et quand bien même la diversion fonctionnerait, Aelle ne lui laisserait sûrement pas le droit à la parole après un esclandre pareil. Il fallait un plan plus simple, et plus discret, du genre à la faire venir sans qu'elle ne sache pourquoi précisément, mais l'intriguer assez pour qu'elle se déplace malgré tout. Il fallait qu'elle agisse intelligemment. Si Aelle n'avait pas complètement changé sa personnalité et son attitude, alors elle ne devait pas être une inconnue pour les autres ici. Elle avait sûrement dû pétrifier quelques dizaines d'étudiants de son regard assassin, ou les impressionner par son niveau scolaire impressionnant, au choix. Dans les deux cas, Éli trouverait bien quelqu'un la connaissant de vue, capable de lui transmettre un message.
Par chance, quelques étudiants fumaient près d'un arbre dans le parc, et même s'ils étaient un peu loin de l'entrée devant laquelle se trouvait la jeune mère actuellement, ce petit groupe semblait être sa meilleure option. Frappant une nouvelle fois dans ses mains, Éli devait se retenir avec force de lancer un Sonorus sur sa gorge pour se faire entendre plus facilement, mais elle n'était pas majeure, et lancer des sorts en pleine rue à son âge comportait un risque avec sanction quasi-certaine. Gâcher ses efforts de comportement juste par flemme était une décision stupide qu'elle ne prendrait pas aujourd'hui. Tant pis pour la magie, et la dignité. Se raclant la gorge bruyamment, Éli hurla ses mots pour faire cesser directement la conversation des étudiants, et attirer toute l'attention vers elle.
- HEY !!! VOUS....S'IL VOUS PLAÎT, A COTE DE L'ARBRE...C'EST MEGA MEGA URGENT ! IL FAUT QU'JE PARLE A UNE ÉLÈVE D'ICI ABSOLUMENT... SI J'ARRIVE PAS À LUI DIRE....JE NE SAIS PAS COMMENT.... ÇA POURRAIT MAL... VOUS POUVEZ ALLER LA CHERCHER ? AELLE BRITSTYLE...ELLE S'APPELLE AELLE BRISTYLE....ELLE EST EN 2EME ANNÉE...J'SUIS DÉSOLE DE VOUS DEMANDER ÇA, MAIS C'EST VRAIMENT VRAIMENT IMPORTANT....IL FAUT QU'ELLE VIENNE VITE...C'EST... LA FAMILLE.... S'IL VOUS PLAÎT... Lançant quelques signes de main affolée pour accentuer ses mots tout en fixant le groupe d'étudiants en y mettant toute l'émotion larmoyante dont elle était capable, la jeune fille espérait que l'un d'entre eux décide de prendre sa requête au sérieux.
@Aelle Bristyle
Enfin arrivée devant cet immense portail, plus d'un mois après leur dernière rencontre, Éli, déterminée, s'était promis qu'elle ne rentrerait pas à La Ruche sans avoir eu une ultime discussion avec sa camarade. Peu importe ce qu'elle devrait faire pour ça, cette fois, elle ne laisserait plus le choix à Aelle de fuir sa question. Contrairement à leur dernière conversation, la jeune mère était seule aujourd'hui, elle avait laissé Eden bien au chaud à la maison. La Poufsouffle avait réfléchi plusieurs nuits à la meilleure stratégie pour atteindre l'objectif sans tout saboter : prendre la petite ou non ? Elle avait bien vu que la présence d'Eden avait sensiblement changé, si ce n'est déstabilisé légèrement son ancienne camarade la dernière fois, pourtant elle avait fini par renoncer à venir avec elle. Si la météo capricieuse l'avait aidée à trancher, le plus gros problème avec Eden restait d'approcher Aelle dans son école discrètement. Éli n'avait déjà rien à faire à l'intérieur ; alors espérer y entrer avec un bébé, sans attirer l'attention des gardes qui sécurisaient l'entrée de l'institut était complètement utopique. Il lui faudrait élaborer un plan sur place, et sa fille ne pouvait clairement pas en faire partie. Un peu d'imagination et de débrouillardise, c'est tout ce qu'elle avait comme cartes, toute sa concentration était donc requise.
Frappant ses mains l'une contre l'autre pour tenter de les réchauffer, la jeune mère ouvrit la bouche d'émerveillement en arrivant devant l'école. Impressionnée par les lieux qui s'offraient à elle, elle manqua de glisser sur une plaque de verglas qui semblait n'être là que pour corser un peu plus sa mission du jour. Se rattrapant de justesse, le cœur battant un peu trop fort, Éli plaqua machinalement ses mains sur son ventre pour protéger son enfant d'une chute potentiellement douloureuse. Soulagée de ne pas trouver le corps d'Eden sous ses doigts, la jeune fille respira de nouveau tout en reprenant contenance et équilibre en s'accrochant à la grille ouverte du portail. Laisser sa fille à Rem était définitivement un choix plus raisonnable.
Figeant ensuite son regard sur les acrobaties improbables d'un bonhomme de neige enchanté non loin, Éli tout sourire en oublia presque la raison de sa visite. Entrer et explorer cet endroit sublime et intrigant, voilà ce qu'elle avait envie de faire à cet instant. Peu importe ou Aelle se trouvait, la jeune femme avait momentanément perdu sa place en tête des priorités de la Poufsouffle. Le froid lui mordait les joues, elle avait le bout du nez complètement gelé, mais heureusement son esprit, lui, n'était pas assez frigorifié pour se faire berner plus longtemps par la magie du lieu. Reprenant rapidement son listing mental, Éli fit l'inventaire de son environnement de façon bien plus stratégique. Il n'y avait que quelques personnes dehors, bravant les températures, et évidemment Aelle n'en faisait pas partie. L'inverse aurait été beaucoup trop facile pour être vrai. Tant pis, la jeune mère allait devoir faire avec. Les gardiens n'étaient sûrement pas le meilleur choix pour atteindre la cible, ils ne s'embêteraient pas à quitter leur poste pour devenir coursier ponctuel d'une jeune élève qui n'était même pas dans leurs rangs. Inutile de demander. Scrutant un peu encore les extérieurs, Éli observa une sorcière non loin qui semblait chercher elle aussi quelqu'un. Apriori elle ne lui serait pas d'une grande aide non plus.
Durant une fraction de seconde, la poufsouffle hésita...
Se faire remarquer par un coup d'éclat digne de son passé à Poudlard serait peut-être une idée à considérer. Si éventuellement... Simple hypothèse...Si elle déclenchait un énorme chaos assourdissant devant l'institut...Combien de temps mettraient les étudiants pour être informés de sa présence, et sortir voir qu'elle était la source perturbatrice de leur travail studieux ? Est ce qu'elle apercevrait alors dans le lot de regards réprobateurs une paire d'yeux encore plus noir et jugeant que les autres avant de se faire arrêter par l'encadrement ? Non !!! Et quand bien même la diversion fonctionnerait, Aelle ne lui laisserait sûrement pas le droit à la parole après un esclandre pareil. Il fallait un plan plus simple, et plus discret, du genre à la faire venir sans qu'elle ne sache pourquoi précisément, mais l'intriguer assez pour qu'elle se déplace malgré tout. Il fallait qu'elle agisse intelligemment. Si Aelle n'avait pas complètement changé sa personnalité et son attitude, alors elle ne devait pas être une inconnue pour les autres ici. Elle avait sûrement dû pétrifier quelques dizaines d'étudiants de son regard assassin, ou les impressionner par son niveau scolaire impressionnant, au choix. Dans les deux cas, Éli trouverait bien quelqu'un la connaissant de vue, capable de lui transmettre un message.
Par chance, quelques étudiants fumaient près d'un arbre dans le parc, et même s'ils étaient un peu loin de l'entrée devant laquelle se trouvait la jeune mère actuellement, ce petit groupe semblait être sa meilleure option. Frappant une nouvelle fois dans ses mains, Éli devait se retenir avec force de lancer un Sonorus sur sa gorge pour se faire entendre plus facilement, mais elle n'était pas majeure, et lancer des sorts en pleine rue à son âge comportait un risque avec sanction quasi-certaine. Gâcher ses efforts de comportement juste par flemme était une décision stupide qu'elle ne prendrait pas aujourd'hui. Tant pis pour la magie, et la dignité. Se raclant la gorge bruyamment, Éli hurla ses mots pour faire cesser directement la conversation des étudiants, et attirer toute l'attention vers elle.
- HEY !!! VOUS....S'IL VOUS PLAÎT, A COTE DE L'ARBRE...C'EST MEGA MEGA URGENT ! IL FAUT QU'JE PARLE A UNE ÉLÈVE D'ICI ABSOLUMENT... SI J'ARRIVE PAS À LUI DIRE....JE NE SAIS PAS COMMENT.... ÇA POURRAIT MAL... VOUS POUVEZ ALLER LA CHERCHER ? AELLE BRITSTYLE...ELLE S'APPELLE AELLE BRISTYLE....ELLE EST EN 2EME ANNÉE...J'SUIS DÉSOLE DE VOUS DEMANDER ÇA, MAIS C'EST VRAIMENT VRAIMENT IMPORTANT....IL FAUT QU'ELLE VIENNE VITE...C'EST... LA FAMILLE.... S'IL VOUS PLAÎT... Lançant quelques signes de main affolée pour accentuer ses mots tout en fixant le groupe d'étudiants en y mettant toute l'émotion larmoyante dont elle était capable, la jeune fille espérait que l'un d'entre eux décide de prendre sa requête au sérieux.
@Aelle Bristyle
❧ 5 ème année RP - 16 ans 🢣Fiche perso ☙ - bouilleur de chaudron
Règle n°1 : je ne l'aimerai pas
« Elle est pas censée être à Poudlard, elle ? Sérieux, on dirait qu'elle a treize ans...
— On l'ignore ?
— Les mecs, ça se fait pas de juste l'ignorer, elle a l'air en panique, un peu. Non ?
— Puis c'est la fafa, vieux, on ignore pas quand c'est la fafa.
— Mais j'sais même pas de qui elle parle, là ! Aelle Bristyle ? C'est qui, ça ? On est pas des foutus pigeons.
— On dit hiboux. Et si, Bristyle, c'est la meuf en seconde année qui tire toujours la tronche. T'sais, avec le renard bleu.
— Mais non ? Celle qui fronce les sourcils ? Eh les mecs, eh, j'avoue, moi je la trouve pas mal.
— En même temps, vu tes goûts...
— Ta gueule, moi je vais y aller, je vais la chercher, ça m'fera une occas' pour lui parler. Vous pensez que c'est sa frangine ? Elle a fait le mur pour venir la voir ? Vas-y j'aurais jamais osé moi, elle gère.
— Tu peux pas dire qu'elle gère, Pharell, elle a treize ans, c'est irresponsable !
— Toi, t'es ennuyant à crever, de toute façon. Allez, vas-y, j'y vais. »
Le garçon tend le bras pour confier sa cigarette encore fumante à son ami. Il met ses mains en porte-voix et crie en direction de la gamine accrochée au portail :
« T'en fais pas, je vais la chercher ta frangine ! Je reviens ! »
Derrière lui, les garçons se mettent à rire en se lançant des regards en biais. Pharell se retourne pour leur faire un geste obscène puis se met à courir en direction du bâtiment, les mains dans les poches de sa cape qui bat contre ses jambes.
Le son de ma plume qui frotte contre le parchemin est à lui seul un univers entier qui m'alpague totalement. Le son, les mots qui filent sur le papier et dans mon esprit, la concentration totale, à peine dérangée par le froissement des pages des livres que les autres étudiants consultent ou par la rumeur des discussions au loin. Je pourrais rester ici des heures, à profiter de cette sérénité et de la certitude absolue que ce que je couche sur le parchemin est le reflet exact de mon intelligence. Il n'y a rien de plus satisfaisant que de se savoir c...
« Salut, Brisyle, » m'interrompt soudain une voix grave, derrière moi.
Je me retourne d'un bloc et je tombe sur un visage qui m'est totalement inconnu. Un homme, grand, engoncé dans un longue cape violette, un bonnet enfoncé jusqu'aux yeux et un sourire qui n'a rien à faire là. Il se penche légèrement, comme pour regarder par-dessus mon épaule.
« Elle est jolie, ton écriture, » commente-t-il d'une drôle de voix en ramenant ses yeux sur moi.
Je l'observe, interdite. Qu'est-ce qu'il me veut ? Il continue de me sourire. D'un long doigt ébène, il désigne mon parchemin.
« T'avais l'air super concentrée. Tu sais que tu es très belle quand tu es conc...
— Tu veux quoi ? »
J'ai le bonheur de voir son sourire diminuer, même s'il ne disparaît pas. Il récupère son doigt et enfonce sa main dans sa poche. Il hausse les épaules. Je fronce les sourcils. Son sourire s'agrandit de nouveau.
« Je suis venu te dire qu'on t'attend au portail.
— Qui ?
— J'en sais rien, moi. Ta frangine ? Elle a l'air super stressée, tu devrais te dépêcher.
— J'ai pas de sœur, » je réplique en me retournant vers la table.
J'espère qu'il comprendra que c'est une invitation à me laisser tranquille. Mais non. Le grand type fait le tour de la table pour rester dans mon champ de vision. Il ose même s'appuyer sur la table, ses grandes mains entre mes parchemins et mes livres. Ses yeux quittent brièvement mon visage pour regarder vers Zikomo.
« Reste qu'elle t'attend au portail. Une jeune fille, peut-être treize ans, quelque chose comme ça ? Elle nous a demandé à mes potes et moi de venir te chercher. Je me suis désigné pour te faire passer le message, fanfaronne-t-il en se redressant. C'était l'occasion de te parler, tu vois. C'est que t'es plutôt charmante et...
— C'est bon, le message est passé.
— ...ce serait cool qu'on aille boire un verre, toi et moi. »
Je relève vers lui les yeux que j'avais baissés sur mon parchemin. Il est sérieux, là ? J'observe son grand sourire, ses yeux brillants, son bonnet ridicule, son attitude ; ah ça, on ne peut pas dire qu'il n'est pas sûr de lui. Je réfléchis seulement quelques secondes à l'idiotie dont il fait preuve avant de tourner les yeux vers la fenêtre par laquelle on aperçoit le portail, au loin. Beaucoup trop loin pour reconnaître qui que ce soit. Une gamine de treize ans ? Je connais personne de cet âge qui voudrait vouloir à faire avec moi. Dois-je l'ignorer ou aller voir de qui il s'agit ? C'est que j'avais comme projet de terminer ce parchemin et... Zikomo monte d'un bond sur mon épaule.
« C'est la jeune Willis, » murmure-t-il.
Sa vision est bien meilleure que la mienne, ai-je le temps de constater avant que mon cœur s'envole dans ma poitrine avant de retomber en chute libre et d'exploser violemment. J'aspire une goulée d'air qui n'arrange rien à la surprise qui irise mes nerfs. Willis. Mon cœur se met à battre rapidement. Je n'avais pas du tout prévu ça. Pourquoi vient-elle si ce n'était pas prévu ? En même temps, on ne peut pas dire que ce soit le genre de fille qui prévoit ses rendez-vous, elle se pointe toujours à l'improviste, comme un putain de mal de dents.
« Alors, ça te tente, hein ? »
J'ai commencé à ranger mes affaires sans même en prendre conscience. Je n'accorde qu'un regard au garçon qui reste bloqué là à me regarder.
« Non, » dis-je en dégainant ma baguette.
Les parchemins s'enroulent sur eux-mêmes, les livres repartent se ranger dans les rayons, les pots d'encre se ferment, et l'étudiant reste là à me regarder comme s'il m'avait poussé des cornes.
« Allez, Bristyle, juste un verre pour que je te montre que je suis un gars qui en vaut la peine.
— Tous les verres du monde n'y suffiront pas, marmonné-je en attrapant mon sac désormais rempli, bouge. »
Mais je n'attends pas qu'il bouge. Je le bouscule pour pouvoir m'enfoncer dans le rayon le plus proche.
« Juste un verre, Bristyle ! » lance-t-il dans mon dos.
Je file sans attendre, sans lui répondre, d'ailleurs. Une part de moi a envie de prendre la direction des dortoirs et de m'y enfermer, tout simplement. Ignorer Willis et attendre qu'elle m'envoie un courrier pour lui dire : « j'ai décidé que je n'en avais rien à faire de ta proposition, au revoir ». Mais voilà, je prends la direction du portail, car je n'en ai pas rien à foutre de sa fichue proposition.
Mon humeur s'est drastiquement assombrie, ce qui est dommage quand on pense que la journée avait si bien commencé. C'est avec les sourcils froncés que j'affronte le froid extérieur. Un violent frisson me secoue : je ne suis absolument pas habillée pour affronter l'extérieur. Je rentre ma tête dans mes épaules et enfonce mes mains dans mes poches. Je grommelle un juron particulièrement vulgaire en hâtant le pas pour rejoindre plus vite le portail. J'essaie de réfléchir, de penser à ce que je vais lui dire, mais en réalité, j'ai le cerveau complètement vide. Il n'y a que mon cœur qui bat. Ce fichu cœur.
J'approche du portail. Un groupe de gars est tassé près d'un arbre. Je tourne à peine les yeux vers eux mais je sens qu'ils me suivent du regard. Sûrement à cause de Zikomo. Moi, je suis concentrée sur le portail. Car là-bas, près des barreaux, je remarque une silhouette que je reconnais. Il est con ou quoi, elle a pas l'air d'avoir treize ans, pourtant. S'il savait qu'elle était mère... Je suis rassurée de ne remarquer aucune forme sur le devant de son corps : elle n'a pas pris sa gamine.
Je me faufile par le portail, après un signe de tête en direction des gardiens.
« Willis, je la salue avant même d'être arrivée jusqu'à elle, tu sais plus comment on utilise un hibou ou quoi ? »
C'est hyper long, pardon ! Je me suis un peu emballée, je crois, ton texte m'a inspiré !
— On l'ignore ?
— Les mecs, ça se fait pas de juste l'ignorer, elle a l'air en panique, un peu. Non ?
— Puis c'est la fafa, vieux, on ignore pas quand c'est la fafa.
— Mais j'sais même pas de qui elle parle, là ! Aelle Bristyle ? C'est qui, ça ? On est pas des foutus pigeons.
— On dit hiboux. Et si, Bristyle, c'est la meuf en seconde année qui tire toujours la tronche. T'sais, avec le renard bleu.
— Mais non ? Celle qui fronce les sourcils ? Eh les mecs, eh, j'avoue, moi je la trouve pas mal.
— En même temps, vu tes goûts...
— Ta gueule, moi je vais y aller, je vais la chercher, ça m'fera une occas' pour lui parler. Vous pensez que c'est sa frangine ? Elle a fait le mur pour venir la voir ? Vas-y j'aurais jamais osé moi, elle gère.
— Tu peux pas dire qu'elle gère, Pharell, elle a treize ans, c'est irresponsable !
— Toi, t'es ennuyant à crever, de toute façon. Allez, vas-y, j'y vais. »
Le garçon tend le bras pour confier sa cigarette encore fumante à son ami. Il met ses mains en porte-voix et crie en direction de la gamine accrochée au portail :
« T'en fais pas, je vais la chercher ta frangine ! Je reviens ! »
Derrière lui, les garçons se mettent à rire en se lançant des regards en biais. Pharell se retourne pour leur faire un geste obscène puis se met à courir en direction du bâtiment, les mains dans les poches de sa cape qui bat contre ses jambes.
*
Le son de ma plume qui frotte contre le parchemin est à lui seul un univers entier qui m'alpague totalement. Le son, les mots qui filent sur le papier et dans mon esprit, la concentration totale, à peine dérangée par le froissement des pages des livres que les autres étudiants consultent ou par la rumeur des discussions au loin. Je pourrais rester ici des heures, à profiter de cette sérénité et de la certitude absolue que ce que je couche sur le parchemin est le reflet exact de mon intelligence. Il n'y a rien de plus satisfaisant que de se savoir c...
« Salut, Brisyle, » m'interrompt soudain une voix grave, derrière moi.
Je me retourne d'un bloc et je tombe sur un visage qui m'est totalement inconnu. Un homme, grand, engoncé dans un longue cape violette, un bonnet enfoncé jusqu'aux yeux et un sourire qui n'a rien à faire là. Il se penche légèrement, comme pour regarder par-dessus mon épaule.
« Elle est jolie, ton écriture, » commente-t-il d'une drôle de voix en ramenant ses yeux sur moi.
Je l'observe, interdite. Qu'est-ce qu'il me veut ? Il continue de me sourire. D'un long doigt ébène, il désigne mon parchemin.
« T'avais l'air super concentrée. Tu sais que tu es très belle quand tu es conc...
— Tu veux quoi ? »
J'ai le bonheur de voir son sourire diminuer, même s'il ne disparaît pas. Il récupère son doigt et enfonce sa main dans sa poche. Il hausse les épaules. Je fronce les sourcils. Son sourire s'agrandit de nouveau.
« Je suis venu te dire qu'on t'attend au portail.
— Qui ?
— J'en sais rien, moi. Ta frangine ? Elle a l'air super stressée, tu devrais te dépêcher.
— J'ai pas de sœur, » je réplique en me retournant vers la table.
J'espère qu'il comprendra que c'est une invitation à me laisser tranquille. Mais non. Le grand type fait le tour de la table pour rester dans mon champ de vision. Il ose même s'appuyer sur la table, ses grandes mains entre mes parchemins et mes livres. Ses yeux quittent brièvement mon visage pour regarder vers Zikomo.
« Reste qu'elle t'attend au portail. Une jeune fille, peut-être treize ans, quelque chose comme ça ? Elle nous a demandé à mes potes et moi de venir te chercher. Je me suis désigné pour te faire passer le message, fanfaronne-t-il en se redressant. C'était l'occasion de te parler, tu vois. C'est que t'es plutôt charmante et...
— C'est bon, le message est passé.
— ...ce serait cool qu'on aille boire un verre, toi et moi. »
Je relève vers lui les yeux que j'avais baissés sur mon parchemin. Il est sérieux, là ? J'observe son grand sourire, ses yeux brillants, son bonnet ridicule, son attitude ; ah ça, on ne peut pas dire qu'il n'est pas sûr de lui. Je réfléchis seulement quelques secondes à l'idiotie dont il fait preuve avant de tourner les yeux vers la fenêtre par laquelle on aperçoit le portail, au loin. Beaucoup trop loin pour reconnaître qui que ce soit. Une gamine de treize ans ? Je connais personne de cet âge qui voudrait vouloir à faire avec moi. Dois-je l'ignorer ou aller voir de qui il s'agit ? C'est que j'avais comme projet de terminer ce parchemin et... Zikomo monte d'un bond sur mon épaule.
« C'est la jeune Willis, » murmure-t-il.
Sa vision est bien meilleure que la mienne, ai-je le temps de constater avant que mon cœur s'envole dans ma poitrine avant de retomber en chute libre et d'exploser violemment. J'aspire une goulée d'air qui n'arrange rien à la surprise qui irise mes nerfs. Willis. Mon cœur se met à battre rapidement. Je n'avais pas du tout prévu ça. Pourquoi vient-elle si ce n'était pas prévu ? En même temps, on ne peut pas dire que ce soit le genre de fille qui prévoit ses rendez-vous, elle se pointe toujours à l'improviste, comme un putain de mal de dents.
« Alors, ça te tente, hein ? »
J'ai commencé à ranger mes affaires sans même en prendre conscience. Je n'accorde qu'un regard au garçon qui reste bloqué là à me regarder.
« Non, » dis-je en dégainant ma baguette.
Les parchemins s'enroulent sur eux-mêmes, les livres repartent se ranger dans les rayons, les pots d'encre se ferment, et l'étudiant reste là à me regarder comme s'il m'avait poussé des cornes.
« Allez, Bristyle, juste un verre pour que je te montre que je suis un gars qui en vaut la peine.
— Tous les verres du monde n'y suffiront pas, marmonné-je en attrapant mon sac désormais rempli, bouge. »
Mais je n'attends pas qu'il bouge. Je le bouscule pour pouvoir m'enfoncer dans le rayon le plus proche.
« Juste un verre, Bristyle ! » lance-t-il dans mon dos.
Je file sans attendre, sans lui répondre, d'ailleurs. Une part de moi a envie de prendre la direction des dortoirs et de m'y enfermer, tout simplement. Ignorer Willis et attendre qu'elle m'envoie un courrier pour lui dire : « j'ai décidé que je n'en avais rien à faire de ta proposition, au revoir ». Mais voilà, je prends la direction du portail, car je n'en ai pas rien à foutre de sa fichue proposition.
Mon humeur s'est drastiquement assombrie, ce qui est dommage quand on pense que la journée avait si bien commencé. C'est avec les sourcils froncés que j'affronte le froid extérieur. Un violent frisson me secoue : je ne suis absolument pas habillée pour affronter l'extérieur. Je rentre ma tête dans mes épaules et enfonce mes mains dans mes poches. Je grommelle un juron particulièrement vulgaire en hâtant le pas pour rejoindre plus vite le portail. J'essaie de réfléchir, de penser à ce que je vais lui dire, mais en réalité, j'ai le cerveau complètement vide. Il n'y a que mon cœur qui bat. Ce fichu cœur.
J'approche du portail. Un groupe de gars est tassé près d'un arbre. Je tourne à peine les yeux vers eux mais je sens qu'ils me suivent du regard. Sûrement à cause de Zikomo. Moi, je suis concentrée sur le portail. Car là-bas, près des barreaux, je remarque une silhouette que je reconnais. Il est con ou quoi, elle a pas l'air d'avoir treize ans, pourtant. S'il savait qu'elle était mère... Je suis rassurée de ne remarquer aucune forme sur le devant de son corps : elle n'a pas pris sa gamine.
Je me faufile par le portail, après un signe de tête en direction des gardiens.
« Willis, je la salue avant même d'être arrivée jusqu'à elle, tu sais plus comment on utilise un hibou ou quoi ? »
C'est hyper long, pardon ! Je me suis un peu emballée, je crois, ton texte m'a inspiré !