Âmes sans cible PV

Lundi 11 septembre 2051
Proche de la falaise — Tinworth
21 ans



Cela devient une habitude. Quitter les locaux de La Greyhaven & Valemont Research pour faire ma pause loin de Hepner et de ses éternelles discussions. Sans compter Jones-Price qui n'a pas l'air de comprendre que « non, je n'ai pas besoin de compagnie durant ma pause » signifie exactement ce que ça semble vouloir signifier.

Je m'éloigne des bureaux pour rejoindre le chemin qui court au sommet de la falaise. Le soleil règne dans un ciel bleu ponctué de nuages. J'allume une cigarette sur le chemin, mes pensées perdues entre mes tâches au travail, l'insupportable tendance de Hepner de gribouiller sur son carnet de coloriage et la session lecture que nous partagerons inévitablement avec Kristen ce soir.

Je les aperçois avant d'arriver en haut. Un groupe de sorciers, capes au vent, est installé là où j'allais. Je soupire, agacée. Je pourrais rester là. Mais Jone-Price me verra s'il sort « respirer le bon air frais anglais ! » comme il le fait régulièrement, donc... Autant aller ailleurs. Ailleurs étant la plage, celle qui s'étire sur des miles en partant de Tinworth. Trop loin pour y aller à pied. Je m'accroche à ma baguette et coince ma clope entre mon index et mon majeur avant de tourner sur moi-même. La magie m'emporte, malmène mon estomac et me recrache sur la plage.

Quand j'ouvre les yeux, la première chose que je vois c'est un éclat rouge. Mon esprit comprend avant moi : sortilège ! Pas le temps de contrer avec un bouclier. Je me tasse sur moi-même pour l'éviter, le cœur battant à tout rompre. Je me redresse la seconde d'après, baguette brandie vers ma cible. Ma cigarette écrasée gît sur le sable. Son bout incandescent fume encore.

@Miya Ryuū, et voilà pour toi !

Âmes sans cible PV
lundi 11 septembre

Je suis sortie de l'appartement. Je suis de retour sur cette plage, à Tinworth, où j'aime tant venir. Le vent souffle, me fouette le visage, m'aide à ressentir quelque chose. Je me sens...en vie. Ouais, y'a pas d'autres mots pour décrire ce sentiment pur, brutal presque et agressif qui court le long de ma colonne vertébrale. Ce sentiment qui me brûle de l'intérieur, qui me bouffe les tripes et qui a cet effet de me donner envie de courir, de gueuler un bon coup ou de me défouler. Vu mon état, la troisième option parait la plus préférable. Alors j'ai pris ma baguette, rien d'autre, et me voilà.

Le sable vole et me griffe la figure, les vagues s'écrasent sur la plage dans un crachat rythmé bien régulier, juste assez bruyant pour noyer mes pensées mais pas assez pour me donner la migraine. Les falaises déchirées se découpent dans le ciel de l'inconnu, l'infini vide de la mer. J'inspire une première fois, puis une seconde. L'air salé s'en prend à mes poumons abîmés par mon vice, il me fait tousser et fusiller l'horizon de mon regard noir, nu de tout maquillage. Je suis là telle quelle.
Mes vêtements claquent autour de moi, mes cheveux volètent autour de mon visage. Et pour rien au monde je ne voudrais être autre part. Pré-au-Lard ? Je commence à en voir ma claque. Le Sisyphe ? Fermé le lundi, et de toute façon je suis pas sûre que j'aurais eu la force. La Réserve ? Al' travaille et Kieran n'y est plus, aucun intérêt. Cardiff ? Trop de souvenirs. Le seul endroit où je puisse vraiment me réfugier, c'est ici, sur cette immense plage vide qui n'appartient qu'à moi.

Baguette en main, je fais quelques moulinets du poignet pour m'échauffer. Le regard porté vers la roche, je me donne le défi personnel de la voir éclater, réduire en poussière à la seule force de ma magie. Je veux voir le roc se briser, céder sous l'impact de mes sorts, je veux voir la falaise trembler, je veux que la roche se fissure et explose. Je veux transformer toute ma colère.

Le premier sort qui me vient à l'esprit m'arrache une mimique narquoise. Acuo. Pas vraiment un sort qu'on aime se prendre en duel. Un maléfice cuisant et une excellente attaque.

Je laisse la rage enfler. Froide, puis bouillante. Je la laisse s'emparer de mon corps jusqu'à ce que je sois incapable de la contenir. Et seulement je la laisse s'échapper dans un « Acuo » froid qui explose à l'extrémité de ma baguette. Le jet de lumière rouge s'élance, va pour tout détruire sur son chemin, tout exploser, réduire la corniche en poussières. J'ai à peine le temps de la remarquer.

Un instant j'étais seule sur la plage, et le suivant, cette fille qui vient d'échapper à mon sort est là et me dévisage, baguette pointée vers moi, l'expression indéchiffrable. Méfiante, je garde mon catalyseur dressé. Qui est-elle ? Rapidement, j'estime son âge. La vingtaine, peut-être moins.

Qu'est-ce qu'elle fou ici ?


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508 mots
@Aelle Bristyle, parfait !

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Âmes sans cible PV
Mon cœur frappe contre ma cage thoracique. La couleur du sortilège brille encore dans le blanc de mon regard écarquillé. Je liste aussitôt tous les sorts qui prennent cette couleur. Certains sont inoffensifs, d'autres moins. Pendant quelques secondes, je suis incapable de me redresser ou de baisser ma baguette. Tout me hurle de lancer un sort en retour et puis c'est tout. En plus, la femme ne baisse pas la sienne. Son visage est tendu, comme le mien. La tension crépite entre nous, seulement dérangée par le bruit des vagues qui se fracassent contre la plage.

Au bout de plusieurs secondes, je baisse lentement ma baguette. Ce n'est pas difficile de comprendre que j'ai juste transplané au mauvais endroit au mauvais moment. Mais tout de même, il fallait le faire pour atterrir pile poil dans la ligne de tir de cette femme. Qu'est-ce qu'elle fiche ici ? Je jette un coup d’œil autour de moi. Personne à l'horizon, seulement les vagues et le vent qui soulève ma cape et ses cheveux. Un entraînement. Ou un coup de colère. Je m'en fiche totalement.

Je finis de me redresser. De la main, je dégage mon visage des mèches châtains qui le dérangent.

« J'avais pas l'intention de transplaner au seul endroit de la plage où on s'entraîne à... » Mes yeux glissent sur sa baguette et remonte à son visage. « ...lancer des sortilèges, » dis-je d'une voix plate en guise d'excuse.

Après un dernier regard méfiant dans sa direction, je rengaine ma baguette magique. Ce faisant, mes yeux tombent sur le cadavre de ma cigarette, désormais éteinte. Je soupire et dégaine de nouveau ma moitié, cette fois-ci pour faire disparaître le déchet d'un sortilège nonchalamment lancé.

Âmes sans cible PV
Méfiante, je la fixe du regard. Le silence entre cette fille et moi aurait pu être épais si les vagues ne continuaient pas de s'échouer sur le sable sans s'arrêter, sans prêter attention à ce qui se passe sur la plage déserte. Enfin, qui aurait dû être déserte. Y'aurait dû avoir personne Merlin pourquoi il a fallu qu'elle choisisse mon morceau de plage pour apparaitre ? Plus agacée que je ne devrais l'être, je sens une douleur lointaine pointer le bout de son nez dans mon crâne.

Je la détaille du regard sans rien dire, attendant qu'elle s'explique. Cheveux brun, regard sombre, tenue sobre, traits fermés. Elle ne me dit rien, j'en suis presque sûre, mais comme presque toutes les filles sont brunes, je serais bien incapable de dire si je l'ai déjà vue ou non. Quoi qu'il en soit, elle n'a pas l'air décidée à m'attaquer. Je la vois se figer, hésiter. Compréhensible. Se prendre, ou presque se prendre un sortilège alors que tu viens juste de transplaner, ça doit pas être sympa. Et je mettrais ma main à couper que, pendant une fraction de seconde, elle envisage de m'attaquer pour de vrai. Peut-être pas consciemment, peut-être même qu'elle se rend pas compte de la pensée qui la traverse. Mais à son expression crispée et sa main serrée sur sa baguette, c'est pas bien dur à deviner. Et moi ? Est-ce que je veux l'attaquer ? Non. Elle n'est pas une vraie menace.

J'abaisse ma baguette une seconde après elle, toujours sur mes gardes.

Elles sont bizarres ses excuses. Est-ce qu'elle s'en fou ? Ou elle est juste constamment monotone comme ça ? Un nerf de mon cou tressaute quand je serre les dents, indécise. Répondre ? Partir ? Silencieuse, je l'observe se détendre, soupirer en ramassant un truc avant de le faire disparaitre.

« Bon réflexes, je remarque, sans ranger ma baguette. Ou beaucoup de chance. »

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Âmes sans cible PV
Elle baisse enfin sa baguette et ça me rassure. Je note qu'elle ne la range pas mais en même temps à quoi bon ? Après ce blabla inutile, je vais m'éloigner, elle continuera de faire ce qu'elle faisait, quoi que ce soit, et la vie reprendra son cours. Autant qu'elle garde son arme à la main.

J'allais me détourner d'elle sans plus de cérémonie mais ce qu'elle me dit m'étonne suffisamment pour que je m'arrête et la regarde. Je prends ce qu'elle dit pour un compliment, même si ça ne se voit pas. Je ne sais pas si elle voulait me complimenter, à vrai dire, ou me réprimander d'être apparue sur la trajectoire de son sortilège.

« Plutôt des réflexes, commenté-je en dressant légèrement le menton, pas de la chance. »

Cela dit, si j'étais arrivée une seconde plus tard, je me le serai pris son sortilège, et ça aurait été un problème de chance, pas de réflexes, mais je préfère dire que ce sont ces derniers qui m'ont sauvé la mise. Parce que j'y crois. J'ai passé assez de temps à m'entraîner à Poudlard avec Nyakane pour le croire.

Je parcours vaguement l'horizon agité de la mer des yeux avant de ramener mes yeux sur la femme, les paupières plissées pour me protéger du soleil qui tape. J'hésite une fraction de seconde, le temps d'un battement de cœur.

« Juste par curiosité... C'était quoi, le sort ? »

Juste pour savoir ce que j'ai évité, histoire que je remercie mes réflexes de ne pas m'avoir mise dans une situation qui m'aurait certainement donné envie de me venger méchamment.

Âmes sans cible PV
Bon réflexes ? Excellents même. Un peu impressionnée, je me demande si elle a passé beaucoup de temps à s'entraîner. Si, comme moi, elle est passée par la GEAD. Une ancienne élève, c'est pas impossible. Le regard plissé, j'essaye de deviner son cursus. Pour le moment, l'école du duel est la plus logique des options. Avec ses yeux durs et son visage fermé elle ferait une bonne duelliste. Ce serait impossible de lire sur ses traits, de deviner ce qu'elle s'apprête à faire.

Des réflexes alors, selon ses dires. Elle a l'air surprise, étonnée que je fasse le commentaire. Mais je ne me leurre pas. C'est pas parce qu'elle se donne un air innocent qu'elle l'est tout autant. Une seconde d'inattention et le pire est vite arrivé. Je veux pas avoir à découvrir ce qu'elle peut faire.

Je hoche la tête, une façon comme une autre de reconnaitre son talent.

« T'as un bon prof », je déclare alors.

Parce que c'est vrai. Qui que ce fut, il ou elle a fait un bon job avec la petite jeune. Je pense pas que beaucoup auraient pu se remettre si vite du transplanage et en plus éviter le sort. Et je pense pas que j'aurais aimé me retrouver avec une gamine défigurée par mon sort. Je grimace, essaye d'imaginer ce que j'aurais pu faire si c'était arrivé, mais la voilà qui reprend déjà la parole.

Un petit sourire carnassier s'étire sur mes lèvres pincées.

« Acuo, je réponds. Un maléfice cuisant. »

Et un sale maléfice. Il fait pas plaisir, et c'est pas beau à voir.

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
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Âmes sans cible PV
Un bon prof ? Un drôle de sourire passe sur mes lèvres. Je baisse la tête comme pour le camoufler. Oh ça oui, un bon prof. Il mesurait une trentaine de centimètres de haut, on pouvait voir à travers lui, ce qui en faisait une cible parfaite pour mes entraînements, il n'avait aucun humour, un caractère qui ne collait absolument pas avec le mien, oh et il avait un bec à la place de la bouche. Drôle, hein ?

Avant que je puisse répliquer quelque chose, si seulement j'en avais eu l'envie, elle me donne le nom du sortilège. À son sourire carnassier, je réponds par une grimace douloureuse.

« Oh, je connais, répliqué-je en secouant la tête. Heureusement que je me le suis pas reçu. J'aurai pas pu résister à l'envie de me venger. »

Je lâche cette vérité sans vraiment y réfléchir. Je coule un regard vers elle. Mes yeux tombent le long de son corps et remontent vers son visage. Difficile de pouvoir deviner au premier coup d’œil ce que vaut une adversaire mais dans tous les cas, attaquer quelqu'un sans rien connaître de ses capacités n'est pas une bonne idée et je sais bien que j'aurais été en tort : après tout, ce n'est pas comme si elle me visait vraiment de son sortilège. Mais si mon visage s'était transformé en une vallée de douleur, je n'aurais pas réfléchi à ça. J'aurais attaqué, c'est tout.

Âmes sans cible PV
C'est pas beau à voir, et c'est peut-être pour ça que c'est le sortilège par lequel j'ai tendance à me lancer dans les duels. Pour épuiser l'adversaire, pour lui faire peur, pour lui faire comprendre que je suis pas là pour perdre. Je perds pas, moi, je perds jamais. C'est une mentalité à chier d'après mon frère, mais c'est cette mentalité qui m'a conduite à l'excellence, au sommet. Alors je la lâche pas, je continue comme ça, je m'acharne. Et cette fille, en face, j'ai l'impression qu'elle aussi elle lâche rien. C'est le petit froncement de ses sourcils qui me dit ça, et son air indéchiffrable. Et puis la grimace qu'elle fait, qui m'indique qu'elle connait. Elle grimpe aussitôt dans mon estime.

Son commentaire m'arrache un petit rire, un peu sec, mais pas moqueur. Qu'elle se venge ? Et je me demande comment elle se serait vengée maintenant. Un sort aussi agressif ? Quelque chose de plus spectaculaire ? Ou la base, un classique, suffisant pour me renvoyer la balle ?

« Te venger, huh ? je répète, alors qu'une idée me vient. Et qu'aurais-je eu l'honneur de subir ? »

Je suis sincèrement curieuse. Sa réponse me donnera pas mal d'indices sur son style de combat, si elle a l'habitude des duels ou si elle préfère les conversations à bras musclés, si elle est du genre à vouloir se venger méchamment ou si elle n'est pas rancunière. Mais surtout, selon sa réponse, je pourrais évaluer à quel point elle pourrait se montrer dangereuse.

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
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Je plisse les yeux lorsque son rire résonne entre nous, à peine discernable à cause du vent et du bruit des vagues ; mais son visage ne ment pas. Je n'entends pourtant aucune moquerie dans ce rire, seulement peut-être la surprise de me voir affirmer si frontalement que je pourrais me venger si j'étais victime d'un sortilège, même accidentellement. Sa façon de me questionner me tire un léger haussement de sourcil. Elle ne se contente pas de demander le sortilège avec lequel j'aurais pu répliquer : il y a un brin de défi dans sa voix. Est-ce qu'elle doute de mes capacités ? Ou alors se sait-elle si douée pour estimer que quoi que j'aurais pu lancer, cela n'aurait pas été suffisant ?

« Un Reducto, affirmé-je sans la moindre hésitation, en levant le menton pour mieux soutenir son regard noir. J'aurais visé votre bras d'arme. Pour réduire en poussière vos os. »

J'y aurais mis tant de rage que si j'avais pu la toucher, elle n'aurait eu aucune chance. Elle se serait retrouvée avec de la poussière d'os dans le bras. Je suis sûre que j'aurais réagi comme ça. Je crois ? Car je connais un ou deux autres sortilèges qui auraient pu sortir aussi naturellement. Le genre auquel je ne m'entraine que sur mon lointain Plateau écossais. Un de ces sortilèges qui m'auraient valu des soucis si je m'en étais servi comme quelqu'un.

Je fais quelques pas dans le sable. Du pied, je détruis une petite butte, avant d'enfoncer la pointe de ma botte dans les décombres sableuses. Au fond de ma poche, ma main joue avec mon paquet de cigarettes. L'autre pend le long de mes hanches, terminée par ma baguette magique que je caresse nonchalamment du pouce.