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Lundi 4 septembre 2051




Parfois la rigueur d’Alyona lui sert d’exemple. Sans qu’elle ne se rende compte de la vérité. Ivanovna est depuis deux ans une étudiante sérieuse. Pour sa troisième rentrée, qui sera forcément la dernière, elle est encore plus résolue à donner le meilleur. En entrant dans la salle où tous sont réunis pour la présentation de l’année, elle a posé tous ses soucis à l’entrée et ne les reprendra qu’à l’issue. Certains aspects de sa vie l’accablent, d’autres la stimulent. Mais tout est oublié, et doit l’être quand il s’agit d’apprendre.
Elle n’a pas pris ombrage du classement de Gordon, tous deux savent pertinemment que l’excellence dépasse les chiffres ponctuels. Ils sont passés en année 2. Les gens ici font preuve d’un grand sérieux, on peut même dire que les étudiants d’Hybride le sont bien plus que ceux liés à la Médicomagie. Ces derniers sont autant fêtards que brillants. Leur côté immature l’éloigne d’eux en outre. Depuis le départ d’Alyona, elle n’a plus que deux amis, Gordon son binôme et Siwan.
Assise entre eux deux pour le cours de présentation de l’année, elle commence déjà à prendre des notes. L’agitation de Siwan la dérangerait presque si elle ne s’en était pas faite une habitude. Elles sont très différentes, dans leur approche du travail comme dans leurs rapports aux autres. Ivanovna est discrète au premier abord quand Siwan est davantage naturelle et directe. Cela n’a pas que du positif et lui nuit parfois. Elle a tendance à répondre ce qui lui vaut d’être perçue comme la tête de linotte du groupe. C’est faux mais on ne peut rien contre les préjugés. D’autant que Siwan s’en moque comme de son premier parchemin.
Tandis que d'un côté se poursuit une écoute par trop décontractée, Gordon et elle prennent déjà la chose avec le plus grand sérieux. D’autant que l’été s’est révélé mouvementé. La reprise des cours constitue un soulagement, plus encore pour le garçon… « … et donc les démarches pour trouver votre stage doivent se faire au plus... ». Comme si elle ne le savait pas déjà. Elle prend cependant note de tous les conseils et adresses donnés par le corps enseignant. Le palpitant cogne dans son corps, c’est bien ce stage qui inquiète le plus l’étudiante. C’est à cela d’ailleurs qu’elle sent la différence avec les années précédentes. Aucune réelle appréhension, la plupart des professeurs, elle les a déjà croisés en cours. Et les autres, elle les connaît de réputation. Même les plus rugueux d’entre eux ne sont pas un souci insurmontable. Le stage, ça c’est autre chose.
Ils passent vite aux autres aspects de l’année cependant. A l’évidence leurs enseignements priment. Elle connaît le programme et l’a déjà en partie étudié par des lectures l’an passé mais quand même. « Alchimie curative », les trois morceaux de l’UE « L’art des Potions »...Ivanovna sent que cela va être passionnant, elle a déjà hâte d’apprendre. Elle tend l’oreille à chaque fois qu’un professeur présente les choses en digressant sur l’esprit de recherche. Soigner est sa motivation mais chercher de nouveaux moyens de guérir demeure la priorité. Certains propos la laissent perplexe. Entendre que seule la magie noire peut amener le mal la perturbe, sans doute un propos liminaire destiné à les réveiller mais elle se demande si la personne est vraiment sérieuse en disant cela. Elle le sait, l’arbitre a toujours raison, cela ne vaut pas que pour le quidditch... Il faudra donc faire preuve de diplomatie en cas de désaccord, elle verra. Et note le nom de ce professeur dans un coin de sa tête ; provocateur ou ferme sur ses positions. Il est un autre personnage dont elle se méfie, les gens usant de leurs charmes n’ont rien à faire sur l’estrade d’une école.
Une fois le tour des professeurs effectué, les élèves responsables des différentes activités et clubs présentent les choses prévues pour l’année. Il faut bien admettre que le stage restreint considérablement les possibilités. Tous le comprennent et beaucoup semblent déçus. Pas elle. Trop de choses à faire, pas assez de temps pour tout caser. Se ruer à la bibliothèque, rédiger une liste des achats primordiaux complétée par les informations de la matinée. Et déjà organiser les premières présentations avec Gordon.
Cette année sera différente, la sensation d’entrer dans un autre monde. L’été aura été bouleversant, chaque jour ou presque ayant amené son lot de bourrasques. Quelque chose en elle a changé. Et les études en seront la plus belle illustration.

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Mercredi 6 Septembre 2051




Qu’il est loin le temps du harcèlement. Lui passait des heures à la chercher du regard, attirer son attention d’une manière ou d’une autre. Ivanovna trouvait cela énervant. D’autant qu’il ne savait pas faire autre chose. C’était vraiment une souffrance récurrente. Même à la bibliothèque Gordon se permettait des choses déplacées, dérangeantes, au sens pour les autres. Dans un tel lieu, c’est le silence qui prévaut. Mais à l’époque lui n’en faisait pas grand cas.
Heureusement le temps a passé. Désormais c’est ensemble qu’ils travaillent et le binôme est d’une sagesse érémitique. Quand ils ne préparent pas un nouvel oral, ils sont ici, à lire, étudier des manuels sans cesse plus complexes. Elle a toujours adoré, encore plus depuis qu’elle a bifurqué en Hybride. C’est vraiment son truc l’expertise en anti-poison. « Potions et élixirs, compositions et recettes au cours du temps », un must, d’autant qu’il a été écrit par l’un de leurs professeurs… même s’il était de qualité moyenne, et c’est loin d’être le cas, il faudrait l’avoir lu. Elle n’a eu aucun mal à le dévorer. Reste à en comprendre les subtilités les plus poussées…
Elle est sur une potion dont les caractéristiques ont été souvent modifiées. Et d’après elle ces changements ne sont pas assez expliqués dans leurs fondements. Elle tente donc de croiser avec d’autres lectures pour trouver des réponses plus convaincantes. Et ce n’est pas très facile, les manuels sont souvent axés sur les données les plus actuelles, en toute logique mais parfois il est bon de retrouver les plus anciennes magies, elles regorgent de principes oubliés et pourtant fort utiles. Son idée n’est pas de reproduire ponctuellement les expériences, elle souhaite faire un tour le plus complet possible des raisonnements conduisant à un protocole, un soin, une posologie. Une sorte de méta-expertise.
Ivanovna ne sait pas sur quoi Gordon travaille. Ils sont toujours assis à la même table, côté à côte car cela permet de mieux échanger en silence. Elle porte son éternelle tenue bleue finement brodée. Lui a une redingote grenat, enfin elle trône sur la chaise d’en face. Pantalon blanc, gilet en rappel du dessus avec inserts abricot, eux aussi piqués. Il est beau mais a-t-il besoin d’habits ? Dans tous les cas, elle ne voit pas l’enveloppe, et lui non plus d’ailleurs. Ils travaillent, ont tout au plus le respect de leur fonction par une tenue adaptée à leur ancienneté. Ils font partie des plus expérimentés et se doivent à ce titre de tenir leur rang. Qu’importe d’ailleurs, elle est là pour enfin trouver comment cette potion est devenue plus puissante grâce à une macération modifiée. Tout cela c’est bien beau mais le principe…. Comment en sont-ils arrivés là ? Hypothèses sur hypothèses… les secrets trop précieusement gardés… le savoir n’est-il pas fait pour être partagé ? Après tout il s’agit de soigner et non de prendre le dessus militairement ou politiquement… Cette circulation fermée du savoir, autrement dit l’absence de circulation est à ses yeux une faute que le monde magique dans son ensemble paye sans s’en rendre compte. L’étudiante ne parvient pas à intégrer le concept de « propriété intellectuelle ». Du moment que l’on travaille dans le but de soigner, tout devrait être partagé. Tout cela n’a aucun sens… Pourquoi donc ces chercheurs ont-ils fait en sorte de taire le fruit de leur travail magique ?
Elle sait pertinemment que son raisonnement est par trop naïf et pourtant… La sensation de perdre du temps, d’être ralentie alors qu’elle voudrait plus d’efficacité, de pertinence. Elle demeure concentrée malgré cela, sinon elle serait encore plus lente. Disons qu’elle continue de réfléchir mais son esprit est par instants attiré par le regret de ne pas être plus performante… mieux… profitable. Oui, tel est le mot. Il faudrait que son travail soit vraiment profitable à tous. Mais plus elle y réfléchit, moins elle avance pour le reste. Et cette fois ça y est, elle a perdu le fil. C’est à désespérer. Elle lâche sa plume un instant, provoquant un petit bruit assez inhabituel. Gordon s’interrompt, la regarde en souriant, comme s’il voulait lui souffler que tout ira bien, ce n’est qu’un contre-temps… Mais elle a bien du mal à reprendre le cours de ses travaux.

Plus tard, alors qu’elle sort de la bibliothèque, elle croise Madame Robbins en pleine conversation avec trois messieurs. Elle n’y prête pas attention, comme souvent au sortir de ce lieu elle a encore le cerveau à l’intérieur. Apprendre est clairement une passion dévorante.
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 14 sept. 2026, 06:53, modifié 2 fois.

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Mercredi 6 Septembre 2051 au soir,
dans son appartement de Newhaven




Ivanovna a ramené de la bibliothèque certains livres, dont celui de son professeur : « Potions et élixirs, compositions et recettes au cours du temps ». Elle a cherché des manuels dans toute la bibliothèque, qui lui permettraient de compléter son questionnement, rien. De rien. Alors elle a tenté, en faisant le tour des précis et autres recueils disponibles dans les autres écoles supérieures de trouver des écrits lui permettant de combler sa méconnaissance. Elle a bien trouvé quelques titres susceptibles en apparence de l’aider mais c’est maigre…
« La magie, pratique énigmatique », de Minestra Alcardo. Peut-être… « Les sortilèges mineurs et élémentaires en pratique » de Sandra Bluebocks, hypothétique… C’est dans la bibliothèque de l’Académie d'Enchantements, de Sortilèges et de Métamorphose qu’elle a trouvé le plus de titres lui paraissant coïncider. Très maigre moisson. Elle se dit qu’il lui faudrait écrire son propre livre : « Encyclopédie des gestes magiques rares et anciens, perdus et oubliés, potentiellement actualisables dans le cadre de l’expertise en anti-poison médical ». Rien que d’y penser, elle rit intérieurement, de son exigence comme de sa candeur. La réponse tenait, elle commençait à en avoir l’intuition, dans sa propre expérience de la magie, un savoir qu’elle allait devoir accumuler patiemment, minutieusement. A moins que le livre dont elle fantasmait l’existence existât mais, dans les registres de la navette Libri, elle n’avait pas trouvé grand-chose. Si elle concevait que pour certaines écoles supérieures, son Graal soit hors de propos, d’autres auraient pu receler une pépite. Mais non.
Elle commençait à s’en vouloir de ne pas avoir pris le temps d’étudier comme il aurait fallu, se rendant compte que seule la métamorphose et l’enchantement semblaient avoir un lien, lointain, avec ce qu’elle voulait faire avancer. Hélas trop peu de matières étaient dans ses mains de bonnes cartes. Il aurait fallu travailler comme Circéia qui avait décroché tous ses ASPICs… Voilà bien la première fois qu’elle trouvait une démonstration pratique de son incurie. Elle avait peut-être des aptitudes dépassant la normale en survie et autre magie brutale ou discrète… Et d’ailleurs, en avait-elle conscience en ces termes ? Mais elle manquait cruellement des bases que même Gordon maîtrisait ne fut-ce qu’un peu. Fallait-il pour autant pleurer ?

Faire avec les ingrédients dont on dispose, pas si compliqué finalement. Elle tenait peut-être là une bonne occasion de creuser la magie avec Madame Tokélau. Car depuis plusieurs mois, cette dernière se concentrait surtout sur des affaires organisationnelles. Les deux femmes ne parlaient pratiquement plus de magie. L’avenir professionnel de l’étudiante étant au coeur de leurs conversations. Et puis… ces questions de gestuelle, d’intentions… tout cela relevait d’une forme pour le moins intime de l’expression magique. Ne devait-elle pas chercher par elle-même, en elle-même, réponse à ses questions ? Tout cela méritait un approfondissement. Deux années d’étude supérieures pour se retrouver ainsi confrontée à des interrogations de néophyte. Elle n’en prenait pas ombrage, ainsi était-elle et après tout, Ivanovna ne s’en sortait pas si mal. Une dose supplémentaire d’humilité, un dur rappel de nos limites sorcières. Si les réponses ne se trouvaient pas dans les livres, elles étaient forcément ailleurs. La force et la faiblesse. Quelle part d’elle allait l’aider à trouver le chemin de tous ces gestes oubliés ? Une petite fille trop vite agrandie par la vie. Une femme de talent, il en existe tant… mais une volonté. Aucun apitoiement, il allait falloir travailler, un point ce serait tout. Et plus ce serait ardu, plus il faudrait s’accrocher. En revenir aux fondements, retrouver l’essence de l’appris : concentration, visualisation, émotions, formule, gestuelle. Lequel de tous était le plus à étudier pour retrouver les moyens de la transition de l’un à l’autre ? Et les potions… tout reprendre...Absolument. Un travail titanesque en fait, elle aurait besoin de plusieurs vies. C’était pourtant à ce prix qu’elle comprendrait. Ses recherches débutaient non pour trouver l’avenir mais bien pour retrouver le passé, le déterrer. Ce ne serait qu’ensuite qu’elle pourrait avancer. La chose devenait limpide. Il suffirait d’une fois, d’une seule redécouverte appliquée comme il faudrait et son principe serait démontré. « L’AMÉLIORATION EST CONSÉQUENCE DE …. ET PAR EXTENSION ON PEUT APPLIQUER CE PROGRÈS DANS TELLES AUTRES OCCURENCES »

Partant de là, elle décida de ne plus réfléchir mais d’agir. Comme elle avait agi dans l’après-midi. Il n’était pas utile d’élaborer toute une stratégie, elle la tenait déjà. Chercher de vieux livres, tout ce qui traînait. Et dans chaque lecture, même la plus éloignée de son sujet en apparence, noter ce qui pourrait aller dans ce sens. En quoi la modification d’un protocole a-t-il amené un progrès ; quelle modification, selon quelle magie, technique ou pratique ?
Elle n’en dirait rien à Gordon et ferait ces investigations sur son temps libre. Même s’il fallait des années, le cap, elle le tenait.


Sur un parchemin-type obtenu auprès de Jenna Meyer, elle demanderait donc à la bibliothèque de l’Académie d'Enchantements, de Sortilèges et de Métamorphose les précis suivants :

Minestra Alcardo, « La magie, pratique énigmatique », 2032
Sandra Bluebocks, « Les sortilèges mineurs et élémentaires en pratique » , 2021
Michael Evans, « Le guide des effets de la magie sur le sorcier », 2024
Leo Killchange, « Les grands fondamentaux de l'art de la métamorphose », 2041
Le dernier... dans le seul but d’en apprendre plus sur une matière qu’elle n’aurait jamais dû délaisser.

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Jeudi 7 Septembre 2051



Ivanovna ne dormit pas très bien cette nuit-là. Son envie de rattraper le savoir perdu mutait en soif d’apprendre ce qui lui manquait. Sortilèges et métamorphose n’étaient pas les seuls domaines où beaucoup restait, de son point de vue, des faiblesses inacceptables. Il fallait au plus vite s’y mettre dans les matières scolaires qu’elle n’avait pas bien suivies, quand ce n’était pas carrément ignorées…
Astronomie, Soin aux créatures magiques, Divination même ! Les Runes… cela pourrait s’avérer utile, Étude des moldus… possible, surtout leur médicomagie en fait… et autre… comment disaient-ils...Pharmacomagie… ? Non...Pharmacologie… Galénique moldue...Biochimie… des termes assez proches dans l’esprit de ce qu’ils faisaient à l’Institut mais les dénominations recouvraient apparemment des domaines sensiblement différents… « Étude des moldus », elle ne connaissait pas grand-chose à cet univers mais commencer par reprendre les manuels de tout élève de Poudlard serait la base. Quant au vol… elle doutait du moindre lien utile à ses recherches mais mieux valait se méfier et donc au moins parcourir à nouveau les écrits pour débutants.
En fait, c’était l’Histoire de la magie qui la questionnait le plus. Il ne fallait pas s’intéresser aux sujets politiques ou guerriers, rien à apprendre sous cet angle. Mais s’il existait une Histoire de la médicomagie, un écrit rédigé sous l’angle historique et non le prisme du médicomage, il existait peut-être un ou deux trésors à dénicher. Son amour des textes littéraires allait devoir se mettre en sommeil au profit de lectures utilitaires. Finies les romans du soir avant de s’endormir, chaque minute devrait être mise à profit !
Elle inscrivit dans son planning personnel de retourner au plus tôt à Wick récupérer tout ce qui pouvait correspondre à cette première liste de lecture. Il existait peut-être encore, çà et là, des livres utiles par ailleurs dans la maison, ne rien laisser au hasard. Et pour le reste, elle compléta la liste des manuels à demander via la navette Libri. Il faudrait attendre un mois puisque sa requête comportait déjà quatre précis. Ce n’était pas très grave car elle n’aurait pas le temps matériel de tous les lire. En outre, le travail allait l’accaparer, elle ne devait pas se tromper de priorité ! De l’ordre, de l’ordre en toute chose. Méthode, prise d’information avec des notes rigoureuses et surtout un planning, plus ou moins serré peu importait mais il faudrait tenir le temps, en somme respecter ce qu’elle prévoirait.. Et dans tout ça caser la maison dont il fallait poursuivre les prospections en vue du possible achat. Cela faisait beaucoup. Et c’était salutaire, elle finit par s’endormir à force de s’épuiser à concevoir une organisation infaillible. Sa dernière pensée alla en direction d’Alyona dont elle n’avait pas de nouvelles. Cela l’inquiétait mais eut le mérite de lui débrancher le cerveau des questions les plus obsédantes du moment.
Le lendemain au réveil, un mal de tête était là, pas le genre de choses liées à son état de femme, la cause tenait à un sommeil trop lourd. Elle était reposée mais sans doute pas autant qu’il aurait fallu. Et Fleur dans ses pattes comme toujours… la nourrir, se laver, s’habiller, manger… et déjà retourner au travail. Botanique puis Potions, une journée pas trop chargée en cours, elle pourrait avancer dans ses lectures et commencer la préparation de leur première présentation orale Gordon et elle.
Une femme affairée, n’ayant pas le temps de douter de son planning, de la logique de ce qu’il fallait accomplir dans la journée à venir. Cette idée, reconstituer le passé pour en tirer des enseignements...dépassait l’obsession. Sur le chemin la conduisant à l’Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques, elle ne cessait de calculer comment optimiser la quête. Et quand bien même tout était déjà en place, il fallait s’en assurer, encore et encore. Comme un théorème que jamais l’on ne résoudrait, par simple plaisir d’avoir à le résoudre. Ivanovna se trouvait en danger par son simple délire de perfection. Seul un mage noir peut avoir des rêves à ce point absolu. Telle était la trace de paternelle dans ses gênes sorciers : la prétention de la transcendance.



Edit/précision aux non-initiés d'Ivanovna : Son défunt père n'était pas un mage noir mais une part d'elle le redoute, le croît...d'où les scories qui jamais ne disparaîtront vraiment dans son âme, non qu'elle croît en être mais elle se sent sale, craint de l'être, salie.

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Vendredi 8 septembre 2051,
cours d’UE17




Les étudiants n’en perdent pas une miette car le raisonnement est exagérément long, il faut non seulement prendre une trace écrite propre, au sens complète, le soin on y repassera… mais le plus difficile en cette heure est la compréhension. On sent une double difficulté, de la part de tous. Le professeur est intransigeant, ils doivent tous intégrer sans attendre des raisonnements pour le moins tordus. Il n’est même pas question de savoir si l’on parvient à penser contre soi, à l’inverse de notre jugement, de notre bon sens...Tout cela a-t-il un sens ? Dans quelle mesure la théorie exposée est-elle juste ? D’où vient ce brouillard ? Sont-ils tous idiots ? Séduits par la beauté de la langue, oubliant que le but premier est l’élaboration d’une pensée scientifique ?

Pour la première fois de sa vie, Ivanovna a la sensation de ne rien comprendre. Du premier au dernier mot c’est l’obscurité complète. Personne ne panique, en tout cas aucun d’entre eux n’a percé le parchemin ou cassé une plume. La concentration est totale, ce qui n’arrange rien car du coup l’enseignant chercheur va à sa vitesse maximale de démonstration. Si au moins l’un d’entre eux posait une question, même la plus insignifiante, les choses auraient une chance de rentrer dans l’ordre, au moins pour quelques instants. Mais personne n’ose prendre le risque. Et d’ailleurs, combien ont les moyens d’y songer ? Ce n’est pas seulement les crampes à la main qui l’assaillent. Avec en outre le désavantage d’être gauchère. Non, elle sue. Véritablement, là encore c’est une première. Ivanovna transpire de prendre le cours à une telle vitesse. Et les gestes, les symboles, et lui qui ajoute des abréviations qui lui sont personnelles. Comme s’ils devaient les connaître alors que c’est leur premier cours avec lui. Alors qu’il n’a rien donné leur permettant de s’y retrouver. Tous les étudiants adoptent une posture de retrait, silencieux et immobiles, ils ne peuvent se permettre de passer pour des ignares en "Théories des potions", c’est une matière qu’ils maîtrisent tous. Partant de là, ils savent que bien des choses sont la théorie de la recette et que nombreux sont les diverticules conduisant au sommet. La lumière devrait donc, en toute logique, poindre à un moment. Plus d’une heure se passe à ce rythme effréné, s’il était question d’être jetée dans le grand bain, s’ils n’avaient pas encore compris à quelle sauce ils allaient être cuisinés, cette fois ils y sont. Et le chaudron chauffe au maximum. Supplice mexicain, ou torture des Carpates, chacun sa manière de décrire le moment…
Le sorcier s’arrête, comme s’il était question de ménager une pause à ce qui n’est même pas le milieu des trois heures de cours. Il boit un verre qu’il a rempli, laissant espérer qu’ils auront au moins cinq minutes pour aller aux toilettes. Même pas. Le premier à lâcher sa plume en espérant un instant de répit se fait incendier sans pitié. Même Siwan, ordinairement la première à réclamer de l’air ne lève pas le moindre doigt.
Il a repris sa démonstration toujours aussi déstabilisante, tous sont désarçonnés il faut bien l’admettre. D’autant qu’à aucun moment sa complexité ne faiblit. Un bruit de parchemin que l’on déplie plus tard, suivi d’une recharge d’encre le font s’interrompre, comme s’il s’agissait d’un blasphème en pleine incantation. Le silence, déjà pesant, devient irrespirable. La pauvre va -t-elle se faire pourrir jusqu’à la moelle ? Ce ne serait pas la première fois qu’un ponte se permet ce genre de débordements.
Elle est au bord du renoncement. Tout est tellement au-dessus de ce qu’elle comprend, à croire qu’elle n’a jamais rien su, à croire qu’elle découvre. La suite, on ne peut parler de fin quand il reste plus de la moitié du chemin, est du même chaudron. Quand le cours est terminé, ils ont turbiné pendant trois heures, sans interruption. Quel vendredi après-midi. Il ne faudra jamais prévoir du travail un vendredi soir. Ni études ni gagne pain. Elle qui voulait retourner voir la maison est en pour ses frais. Aucun étudiant n’ose se plaindre de quoi que ce soit. C’est à qui se montrera le moins perturbé. Tous autant qu’ils sont ont bien compris de quoi il serait question. On est bien au-delà de Madame Holloway en cours de Défense Contre les Forces du Mal. Ivanovna n’a pas peur de la personne…. Ce qui la fragilise est cette impression de repartir de zéro. C’est la première fois qu’elle l’éprouve et ce sentiment est très désagréable.

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Vendredi 8 septembre 2051,
après un rapide souper



Ivanovna n’y tient plus. Sa première décision fut de ne rien faire ce soir au regard de la fatigue accumulée ; elle a tenté de mettre de côté le dernier cours qui fut pour elle un réel traumatisme.

Bien sûr les mots sont un peu forts, disons qu’elle a été secouée par la forme mais plus encore du fait du contenu. Ne rien comprendre est en soi vexant mais cela peut forger un certain caractère. Il est bon par moments de se rappeler qui professe et qui apprend. Après tout elle ne peut pas prétendre tout savoir sinon à quoi bon étudier ? Elle a depuis longtemps compris que la meilleure attitude est l’humilité face au travail. On ne fait pas de longues études si l’on n’y croit pas. Ou alors on a une part de vice en soi. Ce n’est pas le cas. Ivanovna veut apprendre à être en capacité de soigner les plus graves empoisonnements connus. Elle n’a aucune idée de leur dangerosité. Pour le moment, elle vit encore dans un monde idéal où cette idée suffit à nourrir ses ambitions. Alors quoi…

L’objet de son problème n’est pas le sujet, ce n’était qu’un premier cours, une mise en bouche, à peine le début d’une longue introduction. D’abord relire, voir s’il ne manque pas des pans entiers de sa prise de notes du fait d’une absence ponctuelle durant le travail. Relire ces écrits dans leur intégralité s’avère très long. Les erreurs d’orthographe ne sont pas si nombreuses, preuve de sa capacité à avancer malgré la densité du propos. Son esprit n’était pas débranché de certaines coutumes langagières. Elle y puise un encouragement. De courte durée pourtant. A première vue, elle n’y comprend toujours rien, à moins de dénouer les fils d’une pensée entremêlant deux champs d’idées, en apparence aussi contraires que le jour et la nuit. Relire, relire encore. Pour au moins déceler ce qui l’arrête dans les propos. Si elle était si noire qu’elle le craint, elle trouverait plus vite. Ici figure une partie de sa nature sorcière. La science contre la nature, que l’on pourrait dénommer force, puissance. Un danger. Elle n’ose nommer les choses par leur vrai nom. Est-ce une question de croyance ? D’éthique plus ou moins dévoyée ? La science contre la foi, la logique opposée à l’absolu, un raisonnement en apparence lui aussi scientifique, très construit mais… noir. Et elle prend peur. Car l’ensemble du raisonnement lui semble infesté par elle, comme si leur enseignant était bien un mage noir. Capable de les embobiner avec de jolis mots. Mais alors ça ne tient pas, séduire revient à convaincre, convertir. Et ce n’est pas le cas… Mystère… Théories des potions… de magie noire… Le soin ou le poison, le remède ou la mort. Trouver dans chaque composition de mots le vrai sens des choses, le but des idées. Démêler le vrai du faux, faire naître la clairvoyance… Relire pour comprendre, ne fut-ce qu’un peu, ne fut-ce que le début. Qu’a-t-il voulu leur dire ? Qu’à leur niveau d’études les choses seraient désormais aussi grises que possible ? Qu’il n’y aurait plus de magie noire ni de magie blanche ? Que ce serait à eux de le déterminer ? Alors un poison peut aussi être un remède ? C’est proprement insensé. Cela manque de la plus élémentaire pédagogie. Il faut être clair Monsieur le professeur. Oui mais si la matière ne l’est pas, ne faut-il pas apprendre à la décortiquer ? Pour en cerner le mécanisme ? Et plus la chose s’avère complexe, plus l’effort doit être intense et rigoureux ?
Ivanovna n’aime pas l’idée. Ce professeur est par nature dangereux. Car il ne leur dit pas qu’il les met en danger. Peut-être attend-il qu’ils agissent. Peut-être l’espère-t-il ? Ils ont été dociles, des élèves attentifs. Élèves et non pas étudiants… A ne surtout pas déranger le monologue d’abord et avant tout. Ils ont tout gobé. Mais avaient-ils les moyens de répondre ? Le jeu était-il égal, surtout pour une première fois ? Il faut plus que de la confiance et du savoir pour oser se confronter sans rien connaître de l’adversité. Il aurait donc marqué des points, pris le dessus. Mais non du fait de l’excellence. Juste par le statut qui impose qu’on l’on écoute, convention respectueuse. Il a abusé d’eux. C’est mal.
Elle relit, encore une fois. Et certaines lignes de sa démonstration apparaissent enfin. Non, pas tout. Mais de quoi commencer à reprendre son souffle. Plus que les idées ce sont les méthodes qu’elle désapprouve. Il use de sa position dominante pour les mettre en situation d’échec. Ou de rébellion mais même celle-ci constitue un échec. Il séduit, par la nébulosité de son propos. Mots et porte-voix sont les deux faces d’une même noirceur. Si les potions sont liées aux intentions, si elles ne sont en soi ni magie noire ni magie blanche, si tout dépend de nous, alors qu’a-t-il fait en ne le disant pas ?

L’allée des embrumes, dans cette salle de classe, un vendredi après-midi interminable. Mais que croyait-elle sinon que le danger serait présent. Soigner le mal, c’est en être proche. Ivanovna allait devoir faire attention.

Le lynx n’est pas un animal social, preuve en est faite.

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Quelque part dans le temps,
cette nuit-là



Elle a dans un premier temps dormi, du mieux qu’elle pouvait. Et puis au bout d’un, peut-être deux cycles, le sommeil s’est en allé, la laissant seule avec ses ruminations. Est-il question d’angoisses ? Ou la peur de ne pas être à la hauteur ? Une partie de ses interrogations est désormais concentrée sur elle. Plutôt en elle d’ailleurs et c’est sans doute pour cela qu’elle ne parvient pas à se rendormir. Les hypothèses s’empilent telles des couches de neige successives. Elles recouvrent ses pensées d’un voile occultant les sons et bientôt les contours même des idées. Ivanovna a l’impression d’être dans un brouillard cotonneux, perdue dans une lande dont elle ne connaît rien.
Ainsi la magie ne serait-elle ni noire ni blanche, indéterminée. A moins que nous la déterminions par notre volonté. Cela ne tient pas. Nous savons ce que nous faisons. Le hasard ou toute autre manière de nommer cet instinct a forcément une origine. C’est le mage, le sorcier qui définit l’objectif. Cela ne peut être autrement. Peut-être le professeur attend-il d’eux qu’ils renforcent leur sens des responsabilités, y compris en le critiquant du fait d’une démonstration absconse. Elle refuse cette stratégie, clairement dangereuse. Si la finalité tenait en une nécessaire prise de conscience de notre morale, l’affaire aurait au moins un avantage. Ivanovna, froissée par la méthode, démontre par là-même qu’elle n’a pas de noirceur en elle. Pour le moment, son esprit encore choqué par ce cours met de côté cette information. A ses yeux, tandis qu’elle lutte pour se rendormir, il est clair qu’un esprit fragile pourrait céder à la manipulation évidente qu’ils ont subie. Oui, ce professeur est clairement dangereux. Du moins aboutit-elle à la seule conclusion qui s’impose : se méfier de lui, ne jamais lui donner d’informations personnelles. Il est des professeurs qui abusent de leur poste pour obtenir des faveurs de leurs étudiants, et comme par hasard ce sont souvent les sorcières qui en sont victimes. Ce genre de vautours, elle en connaît bien les caractéristiques… Ici pourtant il est question d’autre chose. La part de raison de la sorcière insomniaque lui dicte de laisser à l’enseignant une chance de corriger le tir, de préciser ses intentions. Mais…
Il est une autre partie d’elle qui tire de cet incident un bilan à la fois douloureux et salutaire. Elle qui craint tant de n’être qu’une image de son père, elle qui est persuadée qu’il fut un mage noir, et quand bien même elle n’en a jamais eu aucune preuve… elle se dit qu’il n’est pas possible qu’elle soit infestée par son sang comme par ses actes. Si elle est à ce point écoeurée par tout cela, c’est qu’elle ne porte pas la moindre parcelle de noir dans son âme. Bien sûr Alyona, Siwan et même Gordon le lui disent souvent, elle est une bonne âme. Facile à dire, qui peut-il aimer d’amitié une amie qui serait une ordure ? Tout cela relève de la plus élémentaire logique. Pourtant… que fait-elle de sa vie si ce n’est étudier, avancer pour son seul profit ? Bien sûr à terme elle soignera. Mais qui c’est si ce n’est pas pour la seule gloire d’aider ? A-t-elle réellement la bonté chevillée au corps ? Il ne s’agit pas d’être une oie blanche mais bien de faire le bien, au quotidien. Une double réflexion s’enclenche alors. D’un côté elle se dit que finalement elle n’est pas si dangereuse qu’elle le craint souvent. Ces pulsions brutales, qu’elle parvient aisément à contenir mais dont elle identifie clairement les occurrences dans sa vie intime, ces élans sont une nature mais qui n’est pas nocive envers autrui. Ce serait alors un simple réflexe d’auto-défense, qui lui donne la nausée tant elle n’aime pas cette partie d’elle-même mais qui, jusqu’à preuve du contraire, ne fait pas d’elle un monstre. C’est le premier point.
Le deuxième… Il faut se servir de cette bonté d’âme autrement qu’à son propre bénéfice. Elle doit faire quelque chose de concret. Elle ne sait pas quoi mais elle comprend qu’il faut sortir d’une vie de simple bénéfice. De cela, elle ne parlera à personne. Se mettre en avant pour ses actions est inconcevable.

Solo Ce que nous fûmes.
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Lundi 11 septembre 2051



Le temps de s’organiser, celui aussi de se reposer un peu. Elle dut bousculer un planning ayant inclus la maison. Hélas… il lui faudrait différer certaines enquêtes, le travail d’abord. Ainsi Ivanovna fit-elle en sorte de passer par le secrétariat de l’Institut afin de récupérer les adresses de lieux lui permettant de combiner études et… investissement dans un monde qui s’ouvrait à elle depuis cette nuit-là. A sa grande déception, les... destinations étaient bien peu nombreuses. Cela pouvait tenir au fait que l’Institut n’avait aucun lien avec des centres d’aide aux gens ayant besoin. Ce qui alors révélait l’insouciance de son école. Ou son ignorance…

Il se pouvait aussi que ces maisons (elle ne savait pas vraiment comment les désigner… centres de recherches ? Demeures ? Écoles même ???) ne souhaitent pas faire de publicité, de bruit. Elle se rendait compte qu’elle ne connaissait rien à ce monde de l’aide sociale, médicomagique… il lui faudrait avancer en douceur, pour les autres pensait-elle mais il s’avérerait que pour elle aussi ce serait une découverte déstabilisante… En tout cas, aucune adresse accessible ici. Ses démarches devraient donc démarrer ailleurs. Ivanovna n’avait aucune idée quant à la manière de trouver le commencement d’une piste. La honte d’en prendre conscience n’eut pas le temps de raciner en elle, il était l’heure du cours de Botanique, au moins serait-elle à son aise dans une matière qu’elle dominait depuis toujours. A ce stade, elle était surtout à l’affût de nouvelles manières d’envisager des choses dont elle connaissait les protocoles habituels sur le bout des doigts. Mais on peut toujours découvrir une nouveau tournemain, un truc développé par autrui depuis des lustres, qui fonctionne à merveille ou vous fait gagner du temps. Tous les étudiants étaient très forts dans cette matière, l’ambiance s’en ressentait car ils étaient détendus, presque joyeux même s’il s’agissait du Lundi matin, par définition le jour le moins gai de la semaine…
Gordon était là bien sûr, dans sa tenue habituelle de jeune premier passablement irrésistible. Et Siwan, comme souvent coiffée de manière insensée, disons plutôt aucunement coiffée… Comment faisait-elle pour n’avoir aucun nœud dans cette tignasse encombrée ? Il y avait là un mystère qu’Ivanovna devrait un jour mettre au jour.

Alors qu’elle préparait la suite du matériel utile au TP, elle s’arrêta un instant pour les regarder, ses deux amis. Siwan, une jeune galloise au caractère bien trempé, la parfaite demoiselle qui jamais ne se laisserait marcher sur les pieds. Elle avait quelque chose que ni Alyona ni elle ne possédaient ; une assurance, une insouciance, la liberté de se croire totalement indépendante, peu importaient les circonstances. Pour elle, la vie était d’une grande simplicité. Dans le travail comme sur le plan relationnel, Siwan ne s’embarrassait pas de détails. Les garçons, elle disait souvent « en avoir déjà fait le tour ». Ivanovna ne sortait pas souvent dans les soirées étudiantes mais à chaque fois qu’elle était allée quelque part avec Siwan, celle-ci était dans les bras d’un nouveau sorcier... Gordon ne lui faisait jamais la moindre réflexion mais il était clair qu’il désapprouvait. Comme s’il avait avait eu son mot à dire... D’ailleurs, ces deux-là ne manquaient pas une occasion de se chercher. Les propos acerbes volaient bas. Sauf en présence d’Ivanovna. Par le fait, l’écossaise n’avait aucune conscience d’être la pacificatrice. Ces trois-là s’appréciaient au point de ne jamais vouloir se faire du mal. Et Vana, au milieu de ce triangle... vivait sans la moindre intelligence de ce paradoxe géométrique…
Cette atmosphère constituait un véritable cocon, dont elle aurait un jour l’immense regret de ne plus en sentir les bienfaits. Certes Alyona n’était plus là avec eux, les entourant comme une grande sœur qui ne disait pas son nom. Tandis que la manipulation suivante leur résistait comme rarement, quand il s’agit de couper avec une marge d’erreur de moins d’un millimètre c’est en soi un défi, aucun d’entre eux n’avait conscience de cet épanouissement.

Comme Circéia avant elle, le désir d’apprendre instaurait peu à peu une forme d’érotisme dans son existence. Tous devraient l’admettre un jour , ils y prenaient un réel plaisir.