Gay panic ou panique pour rien ?

J’ai pas envie d’avoir un patronus naze. Déjà, Sulien a imaginé que j’étais capable d’en faire, et… ça en dit long, je trouve, sur ce qu’il pense de mes capacités magiques. En plus, il pense que je suis capable d’envoyer de belles lettres. Ça veut dire qu’il aime mes chansons ? Qu’il trouve que j’écris bien ? Ça me fait tout chaud dans le ventre, maintenant que j’y pense.
Sulien croit en moi.
Et là, d’un coup, un stress. Un stress qui rend mon corps froid, qui le perfore d’un million de petites aiguilles.
Je peux le décevoir.
Quand il se rendra compte que je suis une brèle en magie, quand il verra que je fais plein de fautes, que j’écris pas bien, il sera déçu. Il ne voudra plus qu’on se voit. Parce que Sulien, Sulien ? Sulien il fait partie des gens intelligents, cultivés, instruis. Moi ? Je suis du nerf et des sens. Si on était dans le règne animal, il serait le loup, je serai l’ours.
Même pas.
C’est hyper intelligent un ours.
Mais t’as capté.

Chris se fout de ma tronche, il éclate de rire ! La chaleur revient dans tout mon corps et voilà que je ris avec lui. Je pense même pas à esquiver le coussin qu’il me jette, parce qu’il est nul, son tir.
Mon coeur bat vite, mon sourire ne disparaît pas, fou, complètement fou d’excitation en voyant mon plus vieil ami faire le con. Une autruche ! J’éclate d’un grand rire ! Il le fait trop bien ! Il le fait tellement bien que je me demande si il vient pas de se découvrir un nouveau talent.
Mon rire éclate fort, une main sur le bide. Il a vraiment une tête de gros débile ! Avec sa voix chaude, là ! Gros bl—
Je me calme. Il parle. Il donne des conseils. Je hoche la tête. Ben. Si. Faut que j’apprenne ! Faut que j’apprenne, avant qu’il découvre que je suis naze en magie ! C’est logique, non ? Si je commence maintenant, eh, peut-être que la semaine prochaine, je pourrai en lancer ! Après, faut réussir à lui faire porter un message, et là, c’est dur. Jude, elle y arrive. Je pourrai lui demander ! Sauf qu’elle risque de me demander pourquoi je veux enfin apprendre à lancer un Patronus corporel. Et il faudra lui parler de Sulien. Jude, elle aime pas Sulien. Normal, non ? Elle était là pour aller dire à son cousin, Andy ? Andrew ? De calmer Sulien et Alys — sa petite soeur, une démone — avant qu’elle s’en charge. Je sais pas si c’est déjà arrivé. Qu’elle chope Sulien ou Alys pour démonter tout le monde. J’en sais rien ? Faudra que je demande à Sulien ! Ça nous fera un sujet de discussion !
Quoi que.
Je sais pas.
Non.
N…

Je me fige.
Un baiser ?
Il parle de quoi ?
Je le regarde en haussant un sourcil.
Atteeeends…
Il croit qu’on s’est embrassé ?
J’ai le visage qui chauffe d’un coup.
Je bats des cils.
Nan, frère. Je vois pas ce que tu veux dire. Mais je vois ton petit sourire. Je te jure, je bugue complet. Embrasser Sulien. J’ai pas embrassé Sulien. J’y ai même pas pensé un seul instant. Il parlait trop bien pour que ça me traverse l’esprit. Entre le fait qu’il parle et… le reste, rien. Nada. J’ai jamais pensé à ça.
J’aurais dû ?
J’aurais dû embrasser Sulien ?
J’aurais dû penser à l’embrasser ?
Oh, pétard.
Quand on s’est quitté, devant Ste Mangouste… j’aurais dû ? J’ai raté un truc ? Il m’a regardé longtemps dans les yeux pour me donner le feu vert et j’ai pas vu ? Ou alors il a essayé et moi j’ai pas vu ? Mon coeur s’emballe. J’ai raté un truc ? J’aurais dû ? Je l’ai déçu, déjà ? Déjà ?! Alors qu’il pense que je suis capable de faire un patronus qui envoie des messages, je le déçois en ne l’embrassant pas ? Nan… nan nan nan. J’ai rien vu.
Pétard ! J’aurais dû voir, c’est ça ?

Je triture mes doigts qui volent aussitôt dans mes cheveux.

« Mais j’ai pas vu, moi » je dis piteusement en levant les yeux vers Chris, paniqué. « On s’est pas embrassé ! Il fallait ? C’est… je sais plus, moi ! Tout allait trop vite et en même temps, c’était comme au ralenti ! J’aurais dû ? Ou alors ! Ou alors il attendait ! Oh Lil’ Lil’ Lil’ ! J’ai merdé ? J'aurais dû me jeter sur lui ?! Nan mais je fais pas ça, moi ! Je suis sage ! J'ai juré je demande toujours avant ! Jude elle me l'a assez dit ! Mais... aaaah ! »

Je secoue mes mains en reculant, complètement paniqué.

« Ça se trouve je lui ai mis un vent et j'ai même pas capté ! Non mais t'imagine ?! Genre quand il m'a dit qu'on allait se revoir, j'aurais genre dû l'embrasser là ?! Mais j'y ai même pas pensé ! »

854 mots

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Gay panic ou panique pour rien ?
Ce n'était pas du tout mais alors pas du tout la réaction qu'il attendait. Il s'attendait au mieux à le voir piquer un gros fard (et au choix : s'embourber dans sa gêne ou rejeter en bloc l'idée d'un baiser) ou au pire à ce qu'il s'énerve violemment en réalisant qu'il avait embrassé un homme. Mais alors ça... Christopher bat lentement des paupières, mimant avec ses lèvres le mot « quoi ? » silencieusement. Comment ça, ils ne se sont pas embrassés ?! Il comprend un peu brutalement qu'il y a un truc qu'il a mal compris. Il ne sait même pas quoi. Il ne sait pas à quel moment il a compris de travers une phrase mais le fait est que Sulien et Lloyd ne se sont jamais embrassés.

Perplexe, Christopher regarde Lloyd s'enfoncer dans sa panique. Il le regarde fixement comme si des cornes lui avaient poussé. Alors c'est ça, qui l'inquiète ? Il flippe à l'idée d'avoir dû voir quelque chose ou d'en avoir manqué une autre, d'avoir dû faire quelque chose, d'avoir tout fait de travers. Ça lui fait plaisir qu'il ne flippe pas pour autre chose mais par Morgane, il a dragué des centaines de femmes dans sa vie, à quel moment il ne comprend pas que c'est tout pareil avec un homme ?! Non, t'aurais pas dû lui sauter dessus, Lloyd !. Son flux de parole s'accélère, il s'enfonce profondément, trop profondément dans un cercle vicieux de manque de confiance, de peur et d'impression d'avoir fait une connerie qui lance Christopher pantois.

Comment on en est arrivé là ? Il le connait, son pote, il connait la pression qu'il se met pour contenter les gens qu'il aime, il sait toutes ses blessures par rapport au fait d'avoir l'impression d'être toujours de trop, décalé par rapport aux autres et toutes ces conneries, mais c'est rare que son manque de confiance ressorte de façon aussi violente.

Avant même que Lloyd ait terminé de parlé, Christopher s'est levé.

« Eh ! fait-il d'une voix forte pour arrêter l'emballement de ses pensées et la montée brutale de sa panique. T'inquiète, t'aurais rien dû faire ! T'aurais rien. Dû. Faire. Panique pas comme ça, vieux, balance Chris en contournant la table basse. Moi, j'ai pas compris que vous vous étiez pas embrassé, j'étais persuadé que t'avais dit ça mais j'avais tout compris de travers ! Mais eh, c'est pas grave de pas l'avoir embrassé ! »

Désormais proche de Lloyd, il l'attrape par l'épaule et la lui serre gentiment, un sourire au coin des lèvres mais les yeux un peu amusés malgré tout.

« Tu nous fais quoi, là ? Tu sais, ça marche tout pareil qu'avec une femme, hein, s'amuse Christopher. Tu l'embrasses après avoir demandé, déjà, mais ensuite, tu le fais seulement si t'en as envie. Si ça s'est pas présenté ça s'est pas présenté, c'est tout ! Eh, écoute-moi. »

Il se place devant lui et l'attrape par les deux épaules. Soudain, son visage est tout sérieux. Il vient de penser à quelque chose qui lui a glacé les entrailles. Quelque chose qu'il n'aime pas, mais alors pas du tout. Il plonge ses yeux noirs dans ceux noisette de Lloyd.

« Tu l'embrasseras que si t'as envie, ok ? C'est pas un truc obligatoire. Vous vous embrasserez peut-être jamais. C'est pas parce que vous avez vécu ce truc-là et que c'était très "chou" que ça doit en arriver là, tu le sais, hein ? Même s'il en a envie et... Putain, désolé, vieux, » s'exclame soudainement Chris en le lâchant.

Il se passe la main dans les cheveux avec un bref éclat de rire.

« Je te fais un vieux cours de consentement alors que t'en as même pas besoin mais c'est juste que tout ça, là... » Il agite la main vers Lloyd, le désignant lui dans son entièreté et en même temps Sulien qui n'est même pas là. « Ça doit pas te faire croire que t'es forcé de faire des choses que t'as pas envie de faire. C'est pas parce que t'as aimé lui toucher les mains et le faire rougir que tu dois le... » Christopher avale une goulée d'air pour se censurer tout seul. Il reprend rapidement : « Que tu dois aller plus loin. T'as capté ? »

Morgan, dis-moi qu'il a capté. Il doit avoir capté, c'est sûr qu'il a capté, non ? Mais parfois, Lloyd ne pense pas comme on croirait qu'il pense.

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« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

Gay panic ou panique pour rien ?
La voix de Chris retenti et m’arrache violemment à ma panique verbale. Les yeux ronds, la bouche encore ouverte, le cœur comme un cheval fou dans la poitrine, je regarde le petit homme levé me dire que … j’aurais rien dû faire.
J’aurais rien dû faire.
Ok.
Rien dû faire.
Pas paniquer.
On souffle.
Nan, on souffle pas : il a pas terminé.

Je le regarde me rejoindre, la gorge nouée par la nécessité de ne plus parler pour écouter même si j’ai l’impression que les mots poussent contre les lèvres. Je veux lui demander pourquoi il a compris que je l’avais embrassé ! Parce que moi, je sais ! Je sais, moi, que j’ai pas pu évoquer un baiser alors que j’y ai pas pensé devant Sulien ! Bien sûr que je panique ! Si il a pensé à un baiser, Lil’, c’est bien parce que c’était logique dans sa tête qu’il y en ai un !
On est en couple ?
On a flirté ?
J’ai déjà échangé des baisers avec des femmes dans le flirt ou pour d’autres choses tu vois, mais jamais parce qu’on discutait ! Donc… Sulien et moi, on discutait ? Je peux pas comparer avec un autre cas de figure avec une meuf parce que, eh, j’ai jamais pleuré sur l’épaule d’une meuf avec qui je sortais pas. En fait, à part sur l’épaule de Chris, celle de Jude, de Punky, de Rahima, d’Alma ou de Sulien, je crois que j’ai jamais fait ça. Des potes et ma sœur. Ok. Sulien, je le range dans quelle catégorie ? Hein ? Il va où ? C’est pas un pote. Moi je tiens pas la main d’un pote pour sortir de Ste Mangouste. Et je caresse pas la mâchoire d’un pote. Et je lui trouve pas des mains douces ou des yeux à tomber.
Ouais, mais… c’est pas ma faute à moi si mes potes ont des cales aux mains ou des yeux sont je me fous !
Sulien, c’est quoi ?

La main de Chris sur mon épaule me ramène soudain. Je déglutis.
Il sourit.
Oui, je sais que ça marche pareil avec une femme, neuneu. Mais … tu comprends pas. J’ai vrillé, d’accord ? Oh bordel, il enchaîne sur un cours de consentement…. Je SAIS que j’ai le droit de dire non ! Et si en face ça veut pas comprendre ? BAM. Balayette.
J’ai pas envie de balayer Sulien.
Il aurait pu vouloir m’embrasser ?
Oh bordel mon ventre se tord.
Embrasser Sulien.
Il m’a peut-être tendu des perches et … je les ai pas vu. Il a peut-être voulu me faire comprendre qu’il voulait m’embrasser et j’ai pas vu ! Parce que j’étais trop en bug sur ses yeux !
Mais le blaireau ! Ouais, voilà le Patronus que je mérite. Un gros blaireau. Comme ça, Sulien pourra dire "oh, tiens, voilà le GROS BLAIREAU DE LLOYD RIVER".

La deuxième main de Chris attrape mon autre épaule et, wow, j’ouvre de grands yeux.
Ah ouais.
T’as vrillé, mon pote.
Il plante ses yeux devant moi et, pendant un instant qui dure trop longtemps pour mon ego, Lil’Christopher Hangoover prend le même visage que mon daron quand il fallait me dire des choses sérieuses.
Mais j’avais sept, huit ans.
Et Papa faisait un bon gros mètre quatre-vingt dix bien solide
Là, j’ai trente-trois ans, et Lil se rapproche plus de la gerbille que de l’homme face à moi.
Frère.
M’explique pas ce qu’est le consentement. Pitié, m’explique pas —
Eeeeh ben si.
Je me prends un cours de consentement.

Je dis rien. Je dis rien parce qu’il s’inquiète, tu vois. Il s’inquiète pour moi. Il s’inquiète pas à cause de moi, mais pour moi. A qui il pourrait arriver un truc si jamais j’avais pas conscience que je peux dire “non”. Frère, tu conscientises un truc auquel j’ai jamais pensé et…
Ça me touche grave.

Ça me touche autant que son rire qui éclate quand il réalise que Lil’Chris est devenu Big Daddy. Il est merveilleux, mon Chris, à me rappeler que je compte autant que les autres. Ne pas me forcer ? D’accord.
Par contre, que je dois… quoi ? Que je dois quoi…?
Allez plus loin.
Oh.
Ooooh.
Oh, la vache.

J’avale le sourire que son rire avait provoqué.
Oh.
Je baisse les yeux alors que je sens tout mon visage s’empourprer. Ooook… je ris nerveusement en m’arrachant à ses bras en reculant.

« Ouais… haha… » Ma main vient masser ma nuque. « J’ai captééééé… j’ai capté. Consentement, tout ça tout ça… » Mon rire résonne mal. Je me sens… très… bête. Je fais un truc encore plus bête en essayant de retrouver un peu de consistance… constance. Constance ?
J’agite mon index vers lui avec un sourire. « Haha… t’es fort en conseil, hein ! Le consentemeeeent… tout ça… pas aller plus loin… j’ai carrément captéééé, frère ! »

Aller plus loin.
Aller plus loin. Il me balance ça, alors que je viens de lui dire que… j’avais même pas penser à l’embrasser.
Aller plus loin ? Mais… woooow !

« Tout doux, le loup ! » je m’écris en brandissant les mains. « On va y aller mollo, hein ? Je… sais pas où j’en suis, t’as capté, mais là, concrètement, j’y suis pas, là ! Je sais pas ce qui est en train de se passer dans ta petite cervelle d’anglais maiiiiis lààààà… làààà genre, juste là où t’imagine que je suis à l’instant précis, donc quelque part, dans un monde où je suis avec… oooh eh ! Oh !… »

Je gémis en laissant retomber mes bras.

« Je voulais juste savoir si je devais aller le voir ou envoyer une lettre… » je râle. « Me parle pas de truc que j’ai même pas imaginééééé… t'es chiaaaaant... j'vais faire qui penser et quand j'vais aller le voir j'vais penser qu'à çaaaa... t'es chiaaaaant, Lil... »

Eeeeeeh allez. J'ai déjà le cerveau qui travaille. On est parti pour un tunnel mental auto-infligé.

1007 mots

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Gay panic ou panique pour rien ?
Chris est content, parce que Lloyd s'est calmé, il a arrêté de souffler comme un bœuf et de tourner en boucle dans sa tête, emporté par le courant de la panique. Ses mots font mouche. Lloyd rigole même avec lui, il lui fait ce sourire qui dit que lui aussi a bien compris qu'il lui faisait un vieux cours dont il n'avait pas besoin. Et puis après, il... Chris fronce légèrement les sourcils, bouge la tête pour voir s'il ne s'agit pas d'un mauvais jeu de lumière et finalement, il écarquille les yeux quand il se rend compte que Lloyd River rougit bel et bien. Et il rougir parce que... En le voyant s'éloigner, allonger la fin de toutes ses phrases, rire un peu bêtement, insister sur tous ses é et tous ses à, sa gêne frappe soudainement Christopher. Gêné parce qu'il a évoqué l'idée d'aller plus loin.

Pour la millième fois de la soirée, Chris se mord les lèvres pour ne pas rire. Lloyd essaie de ne pas avoir l'air gêné mais le malaise suinte de tous ses pores. Lui qui n'a jamais été extrêmement pudique et qui ne s'est jamais gêné pour lui donner les détails de certaines de ses nuits ! Pourtant, il grimaçait toujours si Chris faisait la même chose, car lui non plus n'est pas pudique. Voilà donc le souci. Il est tout gêné. Vraiment tout gêné. Christopher baisse la tête sur ses bottes, la main dans la nuque, pour cacher l'immense sourire qui vient grignoter ses joues. C'est plus fort que lui. La dernière réplique de Lloyd lui arrache un rire bruyant.

« Si tu pensais pas à ça tu penserais à autre chose ! rétorque-t-il en relevant soudainement la tête. Fallait bien que je te dise ça, on sait pas si dans ta petite cervelle d'irlandais tu vas pas te dire que comme c'est un mec, les choses de bases ne fonctionnent pas de la même manière. Mais ok, ok ! s'exclame-t-il en faisant un pas en arrière, les bras levés autour de lui. Vous en êtes pas là du tout, j'ai mis le carrosse avant les sombrals, on en reste aux caresses de mains et de mâchoires, aux regards intenses et au rougissement, d'accoooord. »

Sur ses mots, Christopher se retourne carrément pour montrer son dos à Lloyd. Un immense sourire étire ses lèvres et il n'arrive pas à lutter contre. Il prend une longue inspiration par le nez, essaie un peu de se calmer. Ses mains glissent dans ses cheveux, il plaque ses mèches, celles sur le dessus des oreilles, puis il penche la tête en arrière pour regarder le plafond. Tout cela en quelques secondes, pour finalement finir par lâcher, la voix déformée par un rire retenu :

« T'es beau quand tu rougis, tu sais ? »

Il n'a pas fini de parler qu'il éclate de rire, plié en deux. Il se retourne maladroitement vers Lloyd.

« T'es chiaaaaaant, Lil', singe-t-il en s'étouffant dans son rire. T'es chiaaant... Ahahah, tu me tues quand tu es tout gêné comme ça ! Tu es tout... Tu es tout... Et t'as... Ahahah ! »

La fin de ses phrases se perd dans ses rires. Le souffle court, les jambes faibles, le ventre douloureux, il n'arrive pas à arrêter ou à se redresser. Il ne devrait sans doute pas rire. Après tout, Lloyd est en train de vivre quelque chose de bouleversant, de tout nouveau, d'intense, d'angoissant, mais c'est plus fort que lui. C'est le contrecoup de sa peur de tout à l'heure, des larmes qui ont coulé, du soulagement immense qui l'a envahi quand Lloyd s'est confié à lui, du bonheur de savoir qu'il y a une personne de plus sur cette Terre qui a envie de prendre soin de lui. Tout un mélange de plein de choses qui fait que, plier en deux, appuyé sur ses genoux, les yeux fermés, Christopher lutte contre le fou-rire qui le secoue et contre lequel il ne sait lutter.

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Gay panic ou panique pour rien ?
T’sais, après c’est moi qui pense qu’à ça ! Frère, quoi, j’y avais même pas songé. Ça me tend, j’aime pas me sentir mal à l’aise. Je suis jamais mal à l’aise. Jamais, t’as capté ?
Sulien m’a complètement retourné la tête, ou quoi ?
Ben… je crois que c’est le cas, en fait. D’une certaine manière. Je veux dire… il a été là à un moment où ça n’allait pas, où j’ai vrillé, et il m’a “boup” le nez.
Il m’a “boup” le nez.
Ouais, je fais une fixette là-dessus, c’est vrai. Normal, non ? Quand je chiale, Jude me prend dans ses bras. Lil’ m’a pris dans ses bras. Miya ? Miya… Miya me demande pardon. Papa m’attrape par la nuque et me ramène contre lui. Maman, tout pareil.
Sulien m’a réinitialisé… et a pleuré sur mon épaule, lui aussi.
Alors bien sûr que je fais une fixette dessus.

Je déglutis en me frottant les joues, jetant un regard à Chris… qui se paye ma tête ! L’empaffé, il se paye ma tête ! Bon, ok, oook : je ferai la même chose.
Les dents occupées à ronger l’intérieur de ma joue, j’écoute. Ouais, t’as carrément mis le carrosse avant les sombrals, t’as vendu la peau de l’ours avant de le tuer, t’as… fait tout ça. Pourquoi faut toujours que les sorciers magifie toutes les expressions ? C’est comme “pas de quoi fouetter un fléreur” ou “il y a kelpie sous gravillon”, ou… elle dit quoi, Jude, déjà ? Sauter du cotatrix au centaure ! C’est moche, en plus !
Ok, on reste focus, Lloyd. Chris n’a pas fini de se foutre de ta poire. Il me présente son dos. Je fronce les sourcils. Je me tapote les joues. Je sais pourquoi il fait ça. Il a envie de rire. Fort. Gros blaireau. J’ai juré, j’ai l’impression d’être une jeune étudiante de bouquin de romance. Et j’aime pas. Tu m’as vu ? Trente-trois ans, un mètre quatre-vingt deux pour quatre-vingt-dix kilos… et je rougis pour… un moment hors du temps avec l’homme que j’ai détesté toute ma vie.
Tu sais quoi ? J’aime pas être mal à l’aise, mais si c’est le prix à payer pour avoir vécu ça avec Sulien, je suis prêt à payer encore et encore et encore.

La voix de Chris retentit, me faisant inspirer longuement par le pif et baisser les épaules de lassitude. Mec. Je le regarder éclater de rire, se tourner vers moi, continuer encore à se foutre de moi. Mais il est vraiment mort de rire, en plus ! Il arrive même pas à se calmer, quoi.
Je roule des yeux en croisant les bras sur ma poitrine, remuant la tête de droite à gauche en le regardant. Il est en fou rire.
Mais j’aime bien. Ok, il se fout de moi mais… il est heureux, là, hein ?
Alors je souris, un peu.

« Oooh ben ouiiii c’est drôle hein ? » je dis en me penchant en avant pour tenter d’accrocher son regard. « T’es vraiment un morveux. Moi, j’me confie à toi ! En pensant que tu comprendrais ! » J’arrive même pas à lui en vouloir, à conserver un air sérieux ou quoi ! Son rire appelle le mien. Mes bras se décroisent pour lui choper une épaule pour lui secouer. « Mais arrête ! Moi j’voulais des conseils ! T’es… t’es vraiment chiant ! »

J’arrive pas à m’arrêter de rire. J’adore le voir aussi heureux, même si c’est nerveux. Toi, Chris : t’es beau quand tu ris.

593 mots

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Gay panic ou panique pour rien ?
C'est à peine si ses jambes le portent. Plié en deux, Christopher s'appuie sur ses propres genoux pour ne pas tomber par terre tant le rire qui se secoue fait trembler tout son corps. Il ne peut pas arrêter de rire, il ne peut pas parce que dès qu'il regarde vers Lloyd, le fou-rire reprend, plus fort encore, plus bruyant, plus larmoyant. Le genre de fou-rire qui finit par être silencieux parce que le corps n'a plus la force de produire du son, parce que le souffle est coupé. Christopher respire tant bien que mal entre deux éclats, les joues abîmées par un sourire douloureux.

Lloyd le force à attraper son regard en se penchant vers lui. Christopher lui rit au nez, surtout au mot morveux qui est si inhabituel dans sa bouche à lui.

« Mec... mec..., essaie-t-il de dire entre deux éclats de rire. Tu... T'es tout... »

Mais chaque phrase est aspirée par ses rires et il ne peut en terminer aucune. Secoué par Lloyd qui l'a attrapé par l'épaule, Chris se laisse faire et il en profite pour s'accrocher aussi à lui. Il lui agrippe l'épaule et s'y retient plus qu'autre chose. Son rire commence à se calmer, il respire profondément avec un « Aaaah » bruyant en se passant les doigts sous les yeux pour éponger les larmes d'hilarité. Il sait qu'il rit un peu trop pour quelque chose qui n'appelait pas une telle réaction mais impossible de s'en empêcher. Les occasions de rire sont rares, ces derniers temps.

Chris est encore secoué de quelques rires nerveux, d'autant plus lorsqu'il voit que Lloyd ne fait pas vraiment la tête, il rit lui aussi, le prouve ce grand sourire qu'il a même quand il lui dit qu'il est chiant. Le voir comme ça, c'est la plus belle chose du monde.

« C'est bon... C'est bon, ahane Christopher en serrant l'épaule de Lloyd. C'est bon... Je... Je me calme. »

Sa main glisse jusqu'à la nuque de Lloyd et avant même d'avoir réfléchit à ce qu'il faisait, Christopher se lève sur la pointe des pieds pour lui coller un baiser bruyant sur la joue. Il ne savait même pas qu'il allait faire ça, il l'a simplement fait parce que le moment est beau, doux, qu'il se sent heureux et léger après ces larmes et ces rires. Il se recule avec une petite grimace, comme pour dire : oups, j'ai pas fait exprès. Après tout, Lloyd n'apprécie pas toujours qu'il soit si proche mais eh, s'il n'est pas content, c'est pas grave.

« Je sais que tu voulais des conseils, ouais, arrive-t-il enfin à dire en s'éloignant juste assez pour pouvoir garder sa main sur son épaule. Commence ta lettre par un salut, ne la termine surtout pas par un cordialement sinon tu passeras pour un gros blaireau. Tu veux savoir quoi d'autre ? Si t'achètes des fleurs ? Ennuyant à en crever dans cette situation. Comment tu vas te fringuer le jour où tu le reverras ? Si tu mets ce pull moche que t'adores, je te jure que je te tue. Mets pas ça. »

Malgré son ton moqueur et insolent, son large sourire ne quitte pas ses lèvres et ses yeux ne cessent de briller. C'est dingue, Sulien et Lloyd. Lloyd et Sulien. Mais après tout pourquoi pas, si Lloyd est heureux comme ça et qu'il rougit comme un adolescent ? Depuis quand ne l'a-t-il pas vu rougir dans une situation comme celle-ci ? Rien que pour ça, Christopher veut bien faire l'effort de ne plus parler des sujets qui fâchent, des choses qui pourraient arriver un jour entre ces deux-là, des choses qui ne comptent pas pour l'instant.

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Gay panic ou panique pour rien ?
Il ne s’arrête pas de rire, et tant qu’il arrêtera pas, moi non plus j’y arriverai pas. Chris a l’air débile comme ça, mais c’est mon débile à moi, tu vois ? Mon débile à moi qui rit si bien, qui partage avec moi le bonheur que je lui ai dit vivre. Un bonheur ? C’est un bonheur ? Il me pose tout un tas de questions auxquelles j’arrive pas à répondre mais ça me fait même pas peur, tu vois ? On verra ce soir, quand je repartirai pour aller chanter. Pour le moment… je suis juste… content. Comme sur un petit nuage molletonné, tu vois ?
Ce petit nuage est encore plus agréable avec le visage hilare de mon pote, juste sous mon pif. Je sais plus si je ris ou si je ne fais que sourire, mais le fait est que je profite de la vue. Il est beau, mon Chris heureux. Je l’ai trop vu dans de sales états, ces derniers temps. J’ai essayé de l’aider, tu sais ? J’ai essayé de lui donner tout ce qu’il fallait pour oublier que sa vie partait un peu en vrille. Le mariage avec une sale bourgeoise. Sa famille de gros naze. Sa liberté qui en prend une entre les deux yeux. J’ai fait tout ce que je pouvais pour le tenir occupé. Aller s’éclater à Nocturnia. Se promener dans des lieux bondés. Enchaîner les petits concerts. Je pense que j’ai été un bon ami. Ou alors, j’ai essayé. Je ne le serai jamais autant que Chris. Impossible de lui arriver à la cheville.

Je le laisse se calmer en souriant. Il en pleure, le blaireau. C’est si marrant que ça, quand je rougis…? Pfoua, je sais même plus pourquoi il s’est payé ma tronche.
Ah.
Ben, si.
Gneugneu tu me tues quand tu es tout gêné.
J’ai juré, je le louperai pas quand il me fera un moove d’ado gêné ! Bon, pas sûr que ça arrive un jour. Lil’, il est solide sur ses appuis. Moi aussi, en général ! Mais là, j’sais pas. C’est… nouveau ? Tout ça, c’est nouveau, non ?

Les doigts de Chris glissent sur ma nuque. Je m’attends à ce qu’il colle son front contre le mien. Mais non. Il embrasse ma joue. C’est tout chaud. C’est marrant : ça me fait du bien. Ça me fait sourire. J’aime. Chris, c’est pas le genre à me faire des bisous. Il en fait avec Jude. Ah, ça, il en fait des tonnes. Parfois, ça me rend jaloux, parce que moi aussi j’adore les bisous. Et puis après je me demande si j’ai vraiment envie que mon pote me colle ses lèvres sur la joue.
Du coup, je réalise que… oui. J’aime bien.
Alors à sa grimace, je réponds d’un sourire pour dire : t’inquiète, j’adore.

Quand il parle enfin de me donner des conseils, je me fais ultra attentif ! J’ai juré, si j’avais de quoi écrire, là, je prendrai des notes.
Ok. Un salut pour commencer ma lettre. Simple. Basique. Pas de cordialement. La base, quoi. Des fleurs ! Oui !… ennuyant à crever, sérieux ? Tout le monde aime les fleurs ! Mais ok. Les fringues ! Le…
Je fronce les sourcils dans un sourire. Ma main sur son épaule le pouce un peu.

« Il est super mon pull ! » je me défends. « Tout le monde aime les canards à crête. Mais oook… »

Je baisse les yeux un moment pour réfléchir. Ma main le lâche pour venir frotter le bas de mon visage.

« Je pensais mettre… t’sais, ma chemise noire ? Le soucis c’est que j’ai que des jeans. T’sais, pour le Bal du Nouvel An, là ? J’avais un pantalon qui était cool mais c’était d’la location. Pareil pour les pompes. Du coup… chemise plus jean avec mes Docs ? Ça fera un peu chelou, non ? »

Je déteste les chemises. Je me sens ultra serré dedans. Jude dit que je suis tout beau dedans. Mais vu les talons qu'elle met, j'crois que souffrir ça l'importe peu tant qu'elle est en bombe.
Bail de meuf, un peu. Souffrir pour être belle. Quelle débilité. J'ai jamais trouvé les femmes aussi belles qu'au saut du lit.
Ça sera pareil pour Sulien, tu crois ?

718 mots

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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin

Gay panic ou panique pour rien ?
Pendant une fraction de seconde, leurs regards se croisent. Le sien, plein de doutes, et celui de Lloyd, rassurant. Le cœur de Christopher se gonfle de chaleur : il n'a pas repoussé son baiser. Pourtant ces derniers temps, Lloyd n'était pas le dernier à le repousser. Pas méchamment mais juste pour lui faire comprendre qu'il était un peu trop tactile. Mais Chris s'inquiète, c'est plus fort que lui. Pourtant là, Lloyd a l'air de l'apprécier le bisou sur la joue. Et lui aussi en fait il l'a apprécié. Ce n'est pourtant pas quelque chose qu'ils font souvent, des bisous. Christopher les réserve à Jude. Ce qu'il aime embrasser Jude — sur la joue, dans le cou, sur le crâne. Avec Lloyd, il n'a jamais pris l'habitude, ce n'est pas leur truc, c'est tout. Mais c'est agréable. Comme avec Thomas. Ce sont des choses que Christopher aime faire et il est content que Lloyd ait apprécié.

Il se laisse un peu secouer par Lloyd, un sourire hilare sur les lèvres : son canard à crête, c'est bien pour la maison, pour traîner sur le canapé, mais pas pour aller à un rencard. Ou peu importe ce que c'est. À y réfléchir, un pull avec un canard à crête c'est bien seulement quand il n'y a quasiment personne pour le voir, tout simplement. Et lui il voudrait mettre ça pour sa sortie ? Jamais de la vie. Christopher vivant : jamais de la vie. Il grimace bien pour le faire comprendre à Lloyd : jamais. De. La. Vie.

La suite est mieux : une chemise noire ! Bien, bien mieux, même. Cependant, un nouveau désespoir : Lloyd loue des vêtements. Il sait bien, Chris, que son pantalon du Nouvel An ne lui appartenait pas. Lloyd ne s'habille pas avec des vêtements aussi classes, ce qui le désespère : qui donc loue des vêtements ? Des fringues que des centaines de personnes ont porté avant lui, qui ne sont pas fait sur mesure ! C'est une aberration vestimentaire, tout simplement.

Lloyd le lâche, Christopher se recule d'un pas et enfonce les mains au fond de son pantalon. Il répond à son ami en se balançant sur ses jambes.

« Une chemise avec un jean et des Docs, c'est vraiment canon, affirme-t-il en hochant la tête avec de gros yeux, pour bien faire comprendre à Lloyd que lui, il aime les hommes qui s'habillent dans ce style-là. Elle est super, cette chemise, mais mec... Tu portes jamais de chemise. »

C'est vrai, quoi. Ce n'est pas le genre de vêtement de Lloyd. Tous ceux qui le fréquentent régulièrement le savent.

« L'idée, c'est pas de t'habiller avec un vêtement dans lequel tu seras mal à l'aise. Il faut que tu sois bien dans tes fringues pour être bien là-dedans, explique Christopher en se tapant la tête de deux doigts. Tu devrais mettre quelque chose de plus simple, de plus... Mmmh... »

Chris lève le visage vers le plafond pour réfléchir. Dans quels vêtements Lloyd est-il le plus canon ? Le problème, c'est qu'il ne se dit pas que Lloyd est canon, pas souvent disons. Ce n'est pas exactement ce qu'il remarque chez lui. Mais allez, un petit effort... Lloyd, vêtement, canon... La chemise noire correspond mais on a dit non. Alors, alors alors...

« Ton débardeur noir ! s'écrit-il en claquant des doigts. Simple, efficace. Canon. Pas besoin d'en faire trop. »

Et si Sulien a bon goût, il appréciera le paysage.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

Gay panic ou panique pour rien ?
J’ai juré, les conseils de Chris’, je les écoute toujours comme si c’était mon daron. Sérieux, hein ! Bon, pas tous, hein. Il a des goûts nazes en matière de meuf. Enfin, il est compliqué. Les gars, tant que tu veux. Il est pas difficile pour un rond. Mais alors les meufs ! Naze de chez naze — moi j’parie même qu’au final, c’est un homo curieux, pas un bi comme il aime le dire. Musiques ? Ok. C’est mon poulain, évidemment qu’il a bon goût. Vêtements ? Il a la grande classe. Pas mon style, pas tout le temps, mais la grande classe.

Alors j’écoute, parce que je sais qu’il me donnera de bons conseils. Il a raison. Chemise, jean, Docs, ça déboîte. J’ai juré, si un jour je trouve des chemises moins cintrés, j’en mets. Mais je me sens tout empatté dedans, et j’ai pas envie de mettre des livres et des livres dans une chemise taillée sur mesure. Celle que j’ai chez moi, à tout moment je fais un mauvais mouvement et elle craque. Et puis… ben, j’aime pas trop les trucs qui me moulent, ni même avoir des manches, en fait ! A quoi ça sert de se payer des tattoo si c’est pour pas qu’on les voit, hein ?

Je me pince le menton entre deux doigts, je hoche la tête. Rah, c’est profond. Bien dans ses fringues pour être bien dans sa tête. C’est pour ça que je porte pas toujours de caleçon. Je dois me sentir libre dans mes fringues pour être bien dans ma tête, t’as capté ?
Je mettrai un boxer quand j’irai voir Sulien, hein. Au cas où il soit le genre de mec à me faire les vannes de me choper l’élastique pour le remonter d’un coup. C’est débile, comme vanne. Je pense pas que Sulien soit de ce genre là. Et ça serait méga… bizarre. Je veux dire. On s’est tenu la main, pourquoi il me tirerait le boxer lors de notre ren—
Rencard ?
C’est un rencard ?
Attends, c’est pas un rencard, hein ?
Je veux dire… il m’a invité à manger. C’est pas vraiment un rencard, si ? J’invite pas au resto, moi. Enfin, si. Si. J’ai fait ça avec la jolie tatoueuse italienne aux cheveux roses. Mais… c’était pas vraiment un resto. Et c’était pas vraiment un rencard.
Ou alors elle s’est dit que c’était un rencard, ce qui fait de moi le blaireau qui invite les meufs au restaurant.

Pétard, j’ai décroché. Je le regarde comme un idiot, un sourcil haussé, les yeux plissés… il s’écrit ! Ok, c’est bon il réfléchissait.

« Mon débardeur noir », je répète en levant les yeux au ciel. « Ouais… ça pourrait le faire… faut que je me rases ? Genre… je dis pas que j’ai deux buissons, hein ! Mais genre faut que ce soit… net net …? Je compte pas le pécho, hein… je compte le pécho …? »

495 mots

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Gay panic ou panique pour rien ?
Il n'a pas l'air convaincu, le vieux Dich. Il n'a pas du tout l'air convaincu, d'autant qu'il se met à parler de se raser. Christopher lui lance un regard dépité. Pourquoi pense-t-il à se raser ? Mec, fais comme tu veux, je vais pas te dire quel caleçon mettre, non plus ! Quoi qu'il devrait peut-être lui dire d'en mettre un... Parfois, il n'en met pas. Il le sait bien, Chris. Il aimerait bien ne pas le savoir, ça le dégoûte. Mais il le sait bien. Non, non, je lui dirai pas ! Le rasage. Rasage de quoi ? Lloyd est aussi imberbe que lui et ils n'ont jamais été du genre à porter la barbe, tous les deux, sauf dans leur adolescence, pendant une phase bizarre où ils ont laissé pousser pour essayer. Sauf que Lloyd ne parlait pas de son visage. Christopher croise les bras en soupirant, appuie son coude sur son avant-bras et enfonce sa bouche dans sa main en regardant Lloyd d'un long, très long regard perplexe.

Les dessous de bras. Malgré lui, bien malgré lui, ses yeux coulent vers lesdits dessous de bras actuellement cachés. Lloyd s'angoisse tout seul, là. Et il parle de pécho. Un rire bref, comme un hoquet nerveux, secoue Christopher qui appuie encore plus sa main sur sa bouche. Il avale ses lèvres, respire un bon coup, puis baisse les bras.

« Mec, je suis pas dans ta petite cervelle d'Irlandais ! affirme-t-il tout à coup en écartant les mains autour de lui. T'as envie de le pécho ? Ça, c'est à toi de me le dire. Mais m'est avis que... »

Il lui lance un regard, le détail de haut en bas ; il ne peut pas retenir le sourire qui lui ourle les lèvres.

« J'ai pas l'impression que vous en êtes exactement là. Après, si tu veux pécho... Tu te rases quand tu veux pécho ? »

Lui se rase. De près, même. Sous les bras et le torse, parce qu'il préfère. Et peut-être parce qu'il a le mauvais souvenir de son père aperçu un jour où il n'aurait pas dû l'apercevoir, qui avait le torse remplit de poils noirs et pareil pour les aisselles. Mais c'est un autre sujet. Ça, c'est lui. Lloyd ? Il le fait aussi, même si c'est moins consciencieux que Christopher. Aaah, pourquoi sait-il ce genre de détails sur lui ?!

Lloyd, on dirait un gros bébé qui a besoin de conseil avant son premier jour de crèche. Bon, d'accord, c'est un peu méchant. On dirait plutôt un mec paumé avant son premier rencard. Encore plus méchant. On dirait un mec amoureux avant son premier rencard avec un mec. Voilà ! Voilà ! Un peu mensonger car il n'est pas amoureux. Pas aussi vite, n'est-ce pas ? Mais il a clairement un coup de foudre et apparemment, il se questionne sur tout, vraiment tout. Prochaine question, il lui demandera quel après rasage il doit mettre et quel parfum. Oh, il faut qu'il le conseille en parfum ! Christopher a l'impression d'être revenu vingt ans en arrière, quand Lloyd le questionnait sur son avis sur les poils et autres sujets qui, à l'époque, le gênaient beaucoup car on ne parlait pas de ce genre de choses dans sa famille.

« Rase-toi si t'as envie de te raser, mon vieux, réplique finalement Christopher en donnant une grande tape sur le bras de Lloyd. Si t'es plus à l'aise comme ça, n'hésite même et fais-le, sinon ça va te trotter dans le tête pendant tout le renc... dez-vous. »

Chris affiche un sourire lumineux, comme s'il ne venait pas de manquer de prononcer un mot qui aurait certainement relancé Lloyd dans une spirale de panique. Mais tant qu'on est là... C'est qu'il se demande, Christopher. Il se demande si c'est une séance câlins, entre eux deux — entendre par là des câlins réconfortant type on se pleure dans les bras — ou s'ils ont autre chose en tête. Il n'arrive pas très bien à comprendre et il faut dire que Lloyd ne l'y aide pas du tout. Donc Chris prend une inspiration soudaine et :

« Mais alors tu veux pécho pécho ? » questionne-t-il, la tête penché sur le côté, l'air perdu.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER