Deux ombres sur deux cent quatre-vingts
Ce recueil de RP au format court racontera le quotidien d'Aelle Bristyle et Kristen Loewy, deux mages noires en coloc' dans un hameau paumé au fin fond de la campagne écossaise.
Des PNJ seront sûrement amenés à apparaître dans ce recueil.
Les épisodes concernés seront signalés dans le sommaire à l'aide de la balise [PNJ].
Deux ombres sur deux cent quatre-vingts
1. Nulle part, avec toi
Toute ma vie tenait dans deux grosses valises. Une pour mes vêtements, une pour mes livres. À côté, dans une boîte enchantée au sortilège d'extension, je transportais également un kit de potions avec un chaudron de taille deux, une cuillère en bois, un mortier et son pilon, une balance, quelques fioles et des sachets d'ingrédients essentiels.
Mes mocassins juraient dans le décor et je demeurais plantée comme un piquet devant la maison qui allait être la nôtre. J'observais la bâtisse avec une moue peu convaincue. Il me semblait que la terre était trop basse. J'aurais préféré vivre tout en haut d'une montagne... Ou dans un grand château, au sommet de l'une des plus hautes tours, comme avant. Par Morgane, je me voyais déjà crever les nuages au-dessus de ma tête.
En attendant, je devrais me contenter, pour m'élever, de demeurer à l'étage de cette petite maison. La partie de pierre, feuilles, ciseaux, s'était jouée en trois manches gagnantes. Le jeu avait été intense et le suspense insoutenable : après une égalité de deux à deux, c'était finalement moi qui avais remporté la troisième manche, et j'avais obtenu le droit d'occuper la chambre de l'étage, tandis qu'Aelle resterait au rez-de-chaussée.
D'un coup de baguette et après avoir prononcé la formule adéquate, je fis voler mes affaires derrière moi, jusque dans la maison. Bientôt, ma nouvelle colocataire serait là et Tillyhouse, ne s'en doutant pas, accueillerait dans sa population deux sorcières peu fréquentables.
@Aelle Bristyle
5 août 2051
Toute ma vie tenait dans deux grosses valises. Une pour mes vêtements, une pour mes livres. À côté, dans une boîte enchantée au sortilège d'extension, je transportais également un kit de potions avec un chaudron de taille deux, une cuillère en bois, un mortier et son pilon, une balance, quelques fioles et des sachets d'ingrédients essentiels.
Mes mocassins juraient dans le décor et je demeurais plantée comme un piquet devant la maison qui allait être la nôtre. J'observais la bâtisse avec une moue peu convaincue. Il me semblait que la terre était trop basse. J'aurais préféré vivre tout en haut d'une montagne... Ou dans un grand château, au sommet de l'une des plus hautes tours, comme avant. Par Morgane, je me voyais déjà crever les nuages au-dessus de ma tête.
En attendant, je devrais me contenter, pour m'élever, de demeurer à l'étage de cette petite maison. La partie de pierre, feuilles, ciseaux, s'était jouée en trois manches gagnantes. Le jeu avait été intense et le suspense insoutenable : après une égalité de deux à deux, c'était finalement moi qui avais remporté la troisième manche, et j'avais obtenu le droit d'occuper la chambre de l'étage, tandis qu'Aelle resterait au rez-de-chaussée.
D'un coup de baguette et après avoir prononcé la formule adéquate, je fis voler mes affaires derrière moi, jusque dans la maison. Bientôt, ma nouvelle colocataire serait là et Tillyhouse, ne s'en doutant pas, accueillerait dans sa population deux sorcières peu fréquentables.
@Aelle Bristyle
Deux ombres sur deux cent quatre-vingts
Mackenzie a pleuré dans mes bras. Apparemment, passer cinq jours chez Narym a suffit pour qu'elle s'habitue à moi. J'ai encore la sensation de ses petits bras autour de moi et mon visage ne s'en remet pas : mes sourcils sont extrêmement froissés.
« Je crois que Narym avait les larmes aux yeux, me confie papa sur le palier de l'appartement de son fils.
— N'importe quoi, je marmonne en levant les yeux au ciel. Ou il pleurait parce que sa gamine était triste.
— Non, corrige mon père. Il était très content de t'avoir chez lui et il est triste que tu partes. »
Je ne commente pas. Moi, je ne suis pas triste. J'ai juste envie d'aller là où mon chemin me mène : avec Kristen. Mon père me tend le bras avec un sourire rusé : il est tout content que ce soit moi, sa fille, qui le fasse transplaner. Il tient sous les bras un tas de cartons réduits, dont celui qui a été l'objet d'une crise familiale il y a une éternité de ça. Moi-même, je tire deux valises, plus encombrées de livres qu'autre chose.
Je nous fais transplaner. La magie nous recrache devant ce qui est désormais ma nouvelle maison. La mienne, la première. Mais je ne la regarde pas elle. Je regarde Kristen, qui est déjà là ; mon cœur bondit dans ma poitrine.
« Bonjour, Kristen ! » s'exclame mon père avec un sourire réjouit.
Il me lâche aussitôt pour aller vers elle, main tendue pour serrer la sienne.
« Tu auras pu me demander, fait-il en regardant ses bagages, l'air inquiet. Je serai venu t'aider à transporter tout ça ! »
PNJ actif : Zile Bristyle
« Je crois que Narym avait les larmes aux yeux, me confie papa sur le palier de l'appartement de son fils.
— N'importe quoi, je marmonne en levant les yeux au ciel. Ou il pleurait parce que sa gamine était triste.
— Non, corrige mon père. Il était très content de t'avoir chez lui et il est triste que tu partes. »
Je ne commente pas. Moi, je ne suis pas triste. J'ai juste envie d'aller là où mon chemin me mène : avec Kristen. Mon père me tend le bras avec un sourire rusé : il est tout content que ce soit moi, sa fille, qui le fasse transplaner. Il tient sous les bras un tas de cartons réduits, dont celui qui a été l'objet d'une crise familiale il y a une éternité de ça. Moi-même, je tire deux valises, plus encombrées de livres qu'autre chose.
Je nous fais transplaner. La magie nous recrache devant ce qui est désormais ma nouvelle maison. La mienne, la première. Mais je ne la regarde pas elle. Je regarde Kristen, qui est déjà là ; mon cœur bondit dans ma poitrine.
« Bonjour, Kristen ! » s'exclame mon père avec un sourire réjouit.
Il me lâche aussitôt pour aller vers elle, main tendue pour serrer la sienne.
« Tu auras pu me demander, fait-il en regardant ses bagages, l'air inquiet. Je serai venu t'aider à transporter tout ça ! »
PNJ actif : Zile Bristyle
Deux ombres sur deux cent quatre-vingts
Alors que mes affaires enchantées volaient jusqu'à l'intérieur, un bruit de bulle qui éclate annonça l'arrivée de ma nouvelle colocataire, accompagnée de mon patron, son père. J'agitai ma baguette pour tout déposer au sol et m'en allai à sa rencontre, acceptant poliment la main qu'il me tendait.
« Bonjour, Zile, dis-je en inclinant la tête. »
Au cours de ces mois à travailler au Dôme Libre, je m'étais souvent demandé comment un homme comme Zile Bristyle avait pu produire une Aelle. J'oserai avouer qu'à plusieurs reprises, je m'étais demandé s'il partageaient vraiment le même sang, ou si Maman Bristyle ne s'était pas corrompue avec quelque terrible mage noir qui aurait transmis sa noirceur à sa fille. Cela nous aurait fait un point commun, tiens. Et puis, j'enterrai ces pensées en me flagellant : peut-être qu'Aelle était un être de lumière, avant de croiser ma route, et que le mage noir qui avait transmis sa noirceur à la jeune sorcière, ce n'était pas un père inconnu aux mœurs douteuses et à l'âme imbibée de ténèbres, mais une fichue directrice de collège magique censée lui apprendre à devenir une bonne citoyenne.
« Aelle, continuai-je en la saluant d'un mouvement de la tête. »
Je me retournai vers mes affaires, estimant la quantité déplacée et la comparant avec tout ce que j'avais pu faire léviter au cours de mes derniers mois de travail. Franchement, avec la magie, deux valises et une boîte, ce n'était pas grand-chose. Norbert Dragonneau transportait bien tout un parc animalier dans sa valise... Parfois, il me semblait que Zile Bristyle était trop poli pour être véritablement futé. Mais bon, on ne mord pas la main qui nous verse nos gallions. Et puis, j'étais rassurée que cet homme lumineux puisse apporter un peu de douceur dans la vie d'Aelle.
« Je me suis débrouillée, mais j'apprécie l'intention, merci, répondis-je avec un sourire. »
En un sens, j'étais touchée de voir Aelle et Zile ensemble. D'ici, ma jeune tempête ressemblait juste à une fille tombée du nid, qui s'en remet encore à son papa chéri pour les affaires d'adultes et les grandes étapes de la vie, comme un déménagement.
Ah, Zile, si vous saviez que vous conduisez votre fille dans la gueule du loup.
« Bonjour, Zile, dis-je en inclinant la tête. »
Au cours de ces mois à travailler au Dôme Libre, je m'étais souvent demandé comment un homme comme Zile Bristyle avait pu produire une Aelle. J'oserai avouer qu'à plusieurs reprises, je m'étais demandé s'il partageaient vraiment le même sang, ou si Maman Bristyle ne s'était pas corrompue avec quelque terrible mage noir qui aurait transmis sa noirceur à sa fille. Cela nous aurait fait un point commun, tiens. Et puis, j'enterrai ces pensées en me flagellant : peut-être qu'Aelle était un être de lumière, avant de croiser ma route, et que le mage noir qui avait transmis sa noirceur à la jeune sorcière, ce n'était pas un père inconnu aux mœurs douteuses et à l'âme imbibée de ténèbres, mais une fichue directrice de collège magique censée lui apprendre à devenir une bonne citoyenne.
« Aelle, continuai-je en la saluant d'un mouvement de la tête. »
Je me retournai vers mes affaires, estimant la quantité déplacée et la comparant avec tout ce que j'avais pu faire léviter au cours de mes derniers mois de travail. Franchement, avec la magie, deux valises et une boîte, ce n'était pas grand-chose. Norbert Dragonneau transportait bien tout un parc animalier dans sa valise... Parfois, il me semblait que Zile Bristyle était trop poli pour être véritablement futé. Mais bon, on ne mord pas la main qui nous verse nos gallions. Et puis, j'étais rassurée que cet homme lumineux puisse apporter un peu de douceur dans la vie d'Aelle.
« Je me suis débrouillée, mais j'apprécie l'intention, merci, répondis-je avec un sourire. »
En un sens, j'étais touchée de voir Aelle et Zile ensemble. D'ici, ma jeune tempête ressemblait juste à une fille tombée du nid, qui s'en remet encore à son papa chéri pour les affaires d'adultes et les grandes étapes de la vie, comme un déménagement.
Ah, Zile, si vous saviez que vous conduisez votre fille dans la gueule du loup.
Deux ombres sur deux cent quatre-vingts
Je les regarde se serrer la main en restant en retrait. C'est toujours aussi étrange de les voir ensemble. La dernière fois, je veux dire la dernière fois avant que Kristen ne devienne l'employée de mon père, c'était lors de ma deuxième année. Quand ma directrice m'a violemment éjecté de son château. Enfin, non : la vraie dernière fois, c'était quand elle m'a si gracieusement autorisé à revenir dans son château après six mois d'exclusion. Papa m'avait alors accompagné, j'ai dû prouver que j'avais travaillé à la maison, que j'avais gagné le droit de revenir. Je déteste ces souvenirs. J'ai raconté à Kristen qu'elle avait déjà rencontré mon père, bien sûr. Je me suis bien gardée de lui dire que j'éprouve toujours une honte vivace et dévorante quand je me souviens de cette époque de ma vie. Donc ça me fait bizarre de les voir ensemble : aucun d'eux ne sait qui se trouve en face. Ils sont deux inconnus qui ont appris à se connaître en travaillant ensemble. Moi, je sais que c'est faux.
Papa a tiqué quand, la toute première fois, je lui ai parlé d'une Kristen qui cherchait un travail. Il m'a lancé un long regard. Il a toujours su que la Kristen première du nom était un sujet sensible, pour moi. J'ai fait genre de rien, évidemment.
« Kristen, » la salué-je avec retenue quand elle en fait de même, avec un simple hochement de tête.
Mon père se contente d'un sourire compréhensif à la réponse de Kristen. Il n'a jamais été du genre à imposer son aide. Il se tourne vers moi avec un sourire et désigne la charge qu'il porte.
« Je dépose ça à l'intérieur puis je vous laisse tranquille, les filles. »
Je le suis quand il s'avance vers la maison, après avoir lancé un regard gêné à Kristen. Il a insisté pour m'accompagner lorsqu'il a paru évident que je devrais faire deux transplanages pour déplacer mes affaire sans son aide. Je n'ai trouvé aucune raison pour refuser mais maintenant qu'on est devant Kristen, je me rends compte que j'aurais préféré être seule.
« Vous avez de l'espace ! » complimente-t-il en passant la porte.
Il regarde autour de lui comme s'il s'agissait d'un château.
« Oui, et encore ce n'est que le salon, » répliqué-je, fière de mon chez-moi.
Mon père me lance un regard amusé. Il dépose les cartons dans un coin et observe le salon avec un sourire ravi.
« Je peux visiter ? »
Puisqu'il prononce ces mots en se tordant la nuque pour voir où mène l'escalier à gauche de l'entrée, je me tourne vers Kristen. Il s'agit après tout de sa chambre. Chambre que j'ai perdu au papier-caillou-ciseaux, à ma plus grande frustration.
Papa a tiqué quand, la toute première fois, je lui ai parlé d'une Kristen qui cherchait un travail. Il m'a lancé un long regard. Il a toujours su que la Kristen première du nom était un sujet sensible, pour moi. J'ai fait genre de rien, évidemment.
« Kristen, » la salué-je avec retenue quand elle en fait de même, avec un simple hochement de tête.
Mon père se contente d'un sourire compréhensif à la réponse de Kristen. Il n'a jamais été du genre à imposer son aide. Il se tourne vers moi avec un sourire et désigne la charge qu'il porte.
« Je dépose ça à l'intérieur puis je vous laisse tranquille, les filles. »
Je le suis quand il s'avance vers la maison, après avoir lancé un regard gêné à Kristen. Il a insisté pour m'accompagner lorsqu'il a paru évident que je devrais faire deux transplanages pour déplacer mes affaire sans son aide. Je n'ai trouvé aucune raison pour refuser mais maintenant qu'on est devant Kristen, je me rends compte que j'aurais préféré être seule.
« Vous avez de l'espace ! » complimente-t-il en passant la porte.
Il regarde autour de lui comme s'il s'agissait d'un château.
« Oui, et encore ce n'est que le salon, » répliqué-je, fière de mon chez-moi.
Mon père me lance un regard amusé. Il dépose les cartons dans un coin et observe le salon avec un sourire ravi.
« Je peux visiter ? »
Puisqu'il prononce ces mots en se tordant la nuque pour voir où mène l'escalier à gauche de l'entrée, je me tourne vers Kristen. Il s'agit après tout de sa chambre. Chambre que j'ai perdu au papier-caillou-ciseaux, à ma plus grande frustration.