PNJ : Gordon Les amis se le disent RP: Alyona Farrow

Gordon Esiason
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Ce RP engage le PNJ Gordon Esiason en interaction avec @Alyona Farrow (PJ). Tout au long du RP, il est donc question de lui et seulement lui. On trouve ici sa fiche de PNJ.


Septembre 2051
le vendredi 15 ?
en fin d'après-midi ??


Il n’en avait pas envie. Non à cause d’Alyona mais être une fois encore aux ordres de sa mère, surtout ces derniers mois… Sa famille, un poids. Revoir sa camarade de promotion Botanique en revanche… Du bien pourrait sortir d’une visite en Irlande. Il appréciait la douceur, la gentillesse d’Alyona Farrow. Et s’il se doutait qu’un lien plus fort existait désormais entre Ivanovna et elle, il n’en était pas jaloux. Au contraire.

Plus d’un an s’était écoulé depuis qu’elle avait quitté Newhaven pour Draíocht. Lui n’avait pas vu le temps passer. L'idée de retrouver une personne avec qui il avait appris tant de choses lui procurait un sentiment étrange. Aurait-elle changé du fait de son passage dans ce monde des adultes ? Lui qui entamait une quatrième année d’études supérieures, non pas fainéantise mais bien par amour... Par moments il se disait qu’il était vraiment un imbécile mais il valait mieux ne pas se le répéter. Sa mère le lui serinait déjà bien trop souvent. Ainsi avait-il la charge de commander des plantes rares que Madame Esiason avaient découvertes il ne savait comment. Et… comme par hasard il fallait les chercher dans un coin reculé des îles que seul un valeureux sorcier, servile et silencieux serait à même de rapporter. Il y voyait une nouvelle excuse pour croiser la route d’une sorcière bien sous tous rapports, de sang pur sans quoi elle ne vaudrait rien, bon parti… le reste, les parents s’en moquaient. Il aimait bien Alyona mais n’aurait jamais eu l’idée de quoique ce fut la concernant. Ils s’étaient sérieusement rapprochés dès leur première année à l’Institut mais très vite elle avait vu en lui très exactement ce qu’il était alors ; un bellâtre juste bon à tomber les filles et démontrer que sa tête était pleine d’eau. Rétrospectivement il ne pouvait pas lui en vouloir. En début d’études supérieures, ce fut la fête en permanence. Les premiers mois n’étant pas très ardus en termes d’études, il avait ses quartiers nocturnes au Pitiponk, au fond de la classe à cuver le reste du temps. Une caricature. Avec le temps il s’était assagi et ses relations avec Alyona, devenues possibles, se multiplièrent. Son côté grande sœur sérieuse, à réprouver son comportement tout en l’acceptant avec une fatalité amicale, lui n’en abusait pas. D’une certaine manière, elle était dans sa vie la première fille qu’il respectait vraiment.
Tout cela, il le comprenait désormais. Tout cela et bien d’autres choses. Le destin n’avait pas épargné son coeur depuis un an. Le prix d’une insouciance n’ayant que trop duré. Une vieille endurance à l’humiliation l’avait rendu tolérant à ce genre d’état. S’il en souffrait réellement, il ne montrait rien. Le jeune sorcier avançait, esquivant sans peine ces écueils. L’avoir ainsi tanné avait des avantages et si sa mère le poursuivait, lui n’y prêtait finalement pas grande attention. La vie n’était plus un jeu, cela Gordon le comprenait désormais. L’idée de revoir Alyona prenait ainsi une signification nouvelle. Il n’était pas question d’une simple visite, d’un bavardage entre anciens coreligionnaires. Lui acheter des plants, des graines, il ne savait pas encore de quoi il serait question, c’était surtout retrouver quelqu’un qu’il aimait bien, qu’il avait sans doute délaissé par mégarde. Ce n’était assurément pas conscient. Gordon était un garçon, il ne réfléchissait pas, on ne lui avait pas appris à faire attention aux autres. Il avançait dans la vie tel un chien fou. En arrivant devant la boutique, il ne savait même pas comment il allait parler des besoins de sa mère en plantes et autres produits du jardin. Il était venu, en quelque sorte, les mains vides.

- Bonjour.

Quel client salue ainsi en entrant ? N’est-ce pas plutôt au commerçant qu’il incombe de le faire ? A moins qu’il ne se croie chez lui, ce qui n’est pas très élégant. Heureusement pour le jeune homme, la boutique semblait vide. Enfin...il ne voyait personne. Dans sa tenue rouge et blanche, redingote sur pantalon, il donnait l’impression d’un bouton disgracieux sur une joue présentable. Tout dépendrait de qui poserait les yeux sur lui.

PNJ : Gordon Les amis se le disent RP: Alyona Farrow
15 SEPTEMBRE 2051, APRÈS-MIDI
JARDIN DE DRAÍOCHT, PASSAGE DE DRAÍOCHT,

Alyona, 21 ans,


Molly s'est éclipsée un peu plus tôt. Je ne sais plus exactement pourquoi, était-ce une histoire d'enfants ? ou un autre impératif ? je serais incapable de donner une réponse assurée, alors que c'est peut-être important, qu'il peut être bon de justifier son absence si on me le demande. Mais mon esprit, ces temps-ci, s'égare. Je me découvre songeuse, rêveuse, plus tête en l'air encore que d'habitude, comme éloignée, déconnectée de l'univers qui se meut autour de moi et dans lequel j'entre difficilement. À contre-courant non pas dans l'audace mais dans le quotidien. Comme si quelque chose me manquait. Un sens, une direction, une voie dans laquelle m'engouffrer. Dites-moi où user mon esprit qui s'enlise, où abîmer mes mains qui s'ennuient, où fatiguer mon corps qui s'enraye.

Alors je passe du temps au Jardin. C'est pour cette raison que prendre la place de Molly derrière la caisse ne m'a pas posé problème, pour cette raison que je reste jusque tard dans les serres, plus tard que je ne le devrais, jusqu'à une heure où dans une ou deux semaines, il fera nuit, jusqu'à ce que Mr. McClure me mette dehors, presque inquiet. Je travaille trop. Ou pas assez. Ou pas comme il le faut. Parfois après une journée dans les serres, je repasse chez moi une dizaine de minutes pour me changer, et je repars errer dans la nuit, me glisser dans un bar quand l'audace s'invite, me mêler aux jeunes de mon âge quand mon silence m'écrase. Je me remplis les mains et la bouche et le ventre et les yeux de toute la vie possible qui pulse autour de moi comme pour oublier qu'il y a une virgule, une erreur, un dysfonctionnement quelque part dans ma vie que je n'arrive pas à soigner. Je me rue vers l'avant. Et parfois j'expulse tout ce que j'ai avalé dans les Loges d'Hécate, face aux mannequins d'entraînement, comme on laisserait tomber avec fracas un poids trop lourd. Avant de le reprendre sur son dos en partant.

Je me cherche, me déroute et m'embrume.

Mais en cette fin d'après-midi, je suis avant tout occupée à mettre de l'eau aux quelques plantes installées sur les étagères du commerce, à faire des allers-retours pour en remplacer certaines, pour en ajouter de nouvelles, ou pour noter celles qui commencent à manquer et qu'il faudrait mettre en pot le lendemain. Je me donne à penser en m'agitant, essuyant de temps à autres mes mains humides sur mon tablier de botaniste qui s'est bien usé en un an, et restant attentive à l'entrée du commerce au cas où un client viendrait et aurait besoin de moi.

C'est dans la réserve que je me trouve, affairée autour de plusieurs plantes mal en point, lorsqu'un « bonjour » un peu lointain mais pas inaudible vient sonner à mon oreille et me presser dans la boutique, délaissant mon occupation pour l'intérêt d'un client. Les priorités demeurent bien installées malgré le désordre qui règne sur mon quotidien.

« Bonjour ! » m'exclamé-je en arrivant, la surprise d'un regard prise de court par l'automatisme d'une politesse bien apprise.

Cela me sauve d'une bouche bée déconcertée.

Devant moi se tient Gordon Esiason, celui-là même qui hante tant les pensées de Vana, celui avec qui j'ai étudié deux ans durant à l'IMSM, ce camarade et ami que je ne côtoie plus vraiment malgré les similitudes qui pourraient rapprocher nos familles, et celui que j'étais loin d'imaginer croiser en ces lieux, un vendredi de fin d'après-midi. Dans un univers embrumé, le hasard fait trébucher.

« Oh ! Gordon ! » Ma bouche s'ouvre et se ferme. Hébétée, prise au dépourvu, le naturel se coince un instant dans ma gorge. « Cela fait longtemps ! Oh pardon, je ne m'attendais pas à te voir ici, mais cela me fait plaisir de te voir ! »

Le sourire revient au galop, chaleureux, non feint, éveillé par les souvenirs de ma scolarité à l'Institut, par la vapeur diffuse mais toujours aussi belle des moments partagés derrière la grille de fer forgé de l'école supérieure. Réminiscences délicates et joyeuses, aux teintes vertes, qui dissipent mon brouillard dans des éclats d'hier.

Je frotte mes mains contre mon tablier et m'avance jusqu'à me retrouver au niveau du comptoir.

« Qu'est-ce qui t'amène ? Tu cherches quelque chose ? »

Questions purement formelles, qui dissimulent celles qui se lèvent dans mes pensées. Le mariage de Gordon s'est vu annulé il n'y a pas encore un mois. Des cernes sous les yeux du sorcier trahissent-elles sa tristesse ? Sa venue a-t-elle un rapport avec l'Institut ? Savait-il que je travaille là ? Et Ivanovna ? Est-il là pour parler d'Ivanovna ? Est-elle non loin ? J'attends la réponse à son hibou, et la venue de ce binôme dont j'ai tant entendu parler cette année me laisse presque troublée. Ma sœur sait-elle qu'il est ici ? Ou est-ce un hasard parfait et heureux ?

#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht

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Gordon Esiason
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Une ambiance détendue, parce que familière. Alyona est pour lui un repos. Après un chaleureux baiser amical, il reprend le cours d’un passage de vie contrariant même s’il a de bons côtés.

- Ma mère m’envoie chercher des plantes qu’elle prétend rares.

Il tend à Alyona un parchemin contenant des noms familiers à tout botaniste mais aussi au moins deux plantes méconnues, qu’Alyona peut identifier comme supposément originaires du Japon. Des plantes magiques, du moins en ayant certaines propriétés. Des plantes ornementales uniquement destinées, comme les autres, à trôner dans un jardin que l’on peut vouloir strictement ordonné. Il se peut aussi que l’on construise un massif artificiellement « décoiffé ». Toujours est-il que le jeune sorcier semble mal supporter le poids de cette fonction de coursier que sa mère lui attribue…

- Et au verso, tu trouveras une liste de graines. Si j’ai bien compris, elle souhaite par ailleurs des plantes surprises. Sans doute un moyen de te tester… Tu sais combien elle peut avoir des côtés détestables.

Si le jeu de mots n’avait pas une dimension familialement pathétique, il pourrait être drôle. Mais Gordon ne rit pas vraiment. Du moins pas sur le sujet. Il esquive.

- C’est joli ton magasin...

Les mots ne sont pas les bons. Cela ne lui ressemble pas d’ailleurs mais l’enveloppe d’élégance et d’insouciance perdure malgré tout. Il est grand, toujours bien habillé et les derniers mois l’ont changé. C’est un adulte, il n’a plus cette maladresse bousculante qui pouvait agacer. C’est bien cela qui a fait fuir Ivanovna au-delà de ses propres précautions de femme. Elle est encore jeune et son rapport aux garçons est pour le moins vrillé par ce qu’elle a vécu. Il ne peut pas savoir, comme le pourrait-il ? De toute manière il n’est pas là pour cela. Et veut passer un bon moment avec une amie.

- Tu en rêvais… ce doit être merveilleux de le voir se réaliser.

La surface ne montre aucune amertume, le jeune sorcier est de marbre, comme si l’habitude de laisser de côté le poids de certaines choses permettait de vraiment les étouffer. Réminiscence de son insouciance. Et puis, il voit son amie, les mains dans le réel, rayonnante de paix et de sérénité. Peut-être la croit-il plus heureuse qu’elle ne l’est. Il ne sait pas tout, ne sait même rien. Mais nul ne peut lui en vouloir. Telle une comète dans le ciel, il trace sa route.

Gordon a toujours eu en lui cette forme de légèreté, le désir de voir la vie positivement. Souvent cela lui a joué des tours, surtout dans ses études. A Poudlard, il était célèbre pour ses essais dans l’équipe de quidditch de sa maison. Toujours excellents jusqu’au moment où il faisait une erreur grossière faisant perdre le match. Jamais il n’intégra l’équipe première. Et s’il prit sa revanche dans un jeu moldu de gagne terrain, lors d’un été dans le Montana, il ne put poursuivre cette pratique naissante à son retour en Angleterre. Isadora n’eut même pas à l’en empêcher d’ailleurs. Déjà l’adolescent avait compris que ce genre d’activité ne l’intéressait pas. Trop occupé à découvrir le monde et les filles, il gaspillait son temps en soirées savamment préparées par les familles de sang pur, soirées durant lesquelles lui cherchait surtout à garnir sa liste de trophées. C’est un miracle de la vie que de l’avoir vu se défaire d’une réputation infâme. Il fallait être Alyona pour s'affranchir d'aussi nauséabondes apparences. Durant trois ans, il avait réellement été un cupidon de pacotille. Sans jamais se rendre compte que les gens intéressants s’éloignaient de lui. D’une certaine manière, c’est Ivanovna qui l’avait révélé à lui-même. Mais pour quel résultat…

Il met le nez dans une fleur qu’il aime, l’armérie maritime, plante dénuée d’intérêt, à ses yeux si jolie le long des côtés de Cornouailles.

- J’aime beaucoup cette fleur.

Sur son visage se lit alors les traits apaisés de quelqu’un qui oublie de paraître, le temps d’une gorgée de thé, le temps de se retrouver.

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Gordon est un de ces fils de belles familles auxquels on ne peut rien reprocher ; il est calme, exemplaire, travailleur, discret mais sachant se distinguer dans ses études, promis à un bel avenir, tout tracé et sans remous. Ce mariage annulé fait peut-être tache dans ce parcours, il pousse à hausser les sourcils, à s'interroger. Pourquoi la future mariée a-t-elle changé d'avis quelques jours avant ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Pourtant ce sont des choses qui arrivent, des affaires privées qui ne regardent pas les vautours qui peuplent certaines hautes sphères. C'est par respect que je n'interroge pas mon ami là-dessus, et parce qu'il n'est pas venu pour cela.

C'est la botaniste que je suis qui se saisie du parchemin pour le déchiffrer, un air concentré sur le visage, triant les informations, devinant comment répondre à la demande, prévoyant les lieux où il faudrait aller. Des plantes rares. Nous en avons quelques-unes ici, mais très peu qui viennent de climats différents de ceux des Îles Britanniques ; nous privilégions les plantes locales, mais nous conservons quelques exceptions, principalement pour la recherche mais aussi pour la vente. Certains des végétaux mentionnés dans la liste de Mrs. Esiason en font partie, il me faudra aller les chercher directement dans la terre.

Je tourne la feuille, prends note, hoche la tête, professionnelle dans mon attitude, devinant l'utilité que la sorcière souhaite donner à ses futures acquisitions. Mais des plantes surprises... Je lève un regard intrigué et amusé, interrogateur aussi. J'ai rarement eu l'occasion de choisir des plantes pour des clients ; conseiller, oui, mais choisir ! c'est autre chose. Un test, effectivement... Dans quel but ? C'en est presque déconcertant.

« Je vois, révélé-je, je devrais pouvoir trouver tout ça ! Tu veux m'accompagner pour aller chercher les plantes ? Cela me ferait plaisir ! Il faut que tu vois les serres, elles sont encore plus impressionnantes et jolies ! Certaines parties sont même des jardins ouverts, aménagés plus librement. C'est très différents des espaces de l'Institut. »

Comme j'en rêvais... Un endroit refuge, où je peux m'épanouir, me sentir à l'aise et m'exprimer sans crainte, travailler parmi les plantes et exercer ma passion. Tout est parfait ici. Et puis, c'est loin de Godric's Hollow. C'est peut-être pour cette raison que le commerce est tel que j'en rêvais : il me tient éloignée de la main de ma mère, il m'offre une liberté incomparable, il me permet de me créer ma propre voie ailleurs, d'exister ailleurs. Quel bonheur plus merveilleux que celui-là ? Travailler avec des sorciers aussi accueillants et agréables ? Avec Molly ! Kieran ! et même Mr. McClure. Pourtant il y a parfois, je ne peux pas l'ignorer, une solitude. C'est le revers de la médaille. Il me manque mes amis. Alors s'il te plait, Gordon, vient voir les serres avec moi ! Quand je dis que cela me ferait plaisir, je ne mens pas.

Je glisse le parchemin dans la poche de ma blouse, souriante, revigorée par ce visage d'ailleurs et le travail.

Gordon est le fils parfait, et pourtant je chasse toute comparaison, je fuis tous les parallèles. Ce qu'il est, ce que je suis, les familles au sang pur, les déceptions, les devoirs, les douleurs, les arrachements. Je ne suis plus là-dedans, je me le répète avec une conviction désastreuse et folle, je ne veux pas y songer, je ne veux pas y revenir comme au bal des Blackbirds. Je m'accroche désespérément à l'Institut, aux réjouissances qui naissent ici, et Godric's Hollow... Godric's Hollow se dissout de ma pensée.
Voit-il comme je suis loin de « la fille de » lorsque je suis ici ?

« Oui, c'est merveilleux. Quand la fin des études approche, c'est toujours inquiétant de ne pas savoir ce que l'on va devenir... Avec le Jardin, j'ai trouvé ce qu'il me fallait. Je ne pouvais pas trouver mieux. Et l'Irlande est une nation incroyable ! »

Un rebond sur mes réflexions.

« Mais toi aussi, tu trouveras quelque chose qui te correspond. Le stage de cette année apportera sûrement de nouvelles perspectives. D'ailleurs, comment cela se passe pour toi ? »

Est-il bon de mentionner Mrs. Tokélau ? Vana ? Je m'en garde ; c'est Gordon qui est venu au Jardin, non ma sœur.

Après avoir attrapé un panier et y avoir glissé les éléments recherchés présents dans la boutique, je m'approche du sorcier, penché sur sa fleur, touchée par cette image, cet apaisement. Auparavant engagé dans la filière botanique comme Ivanovna, il s'en est détourné pour les potions, mais cela lui fait toujours de l'effet. Comment en douter ? Le calme qu'on peut trouver dans un jardin ne se perd pas lorsqu'on change de chemin.

« Cela me ferait plaisir de te l'offrir », articulé-je calmement en parlant de la fleur.

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Gordon Esiason
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- Oh Alyona… elle est plus heureuse ici. Tu sais, le jardin de ma mère est trop artificiel pour les plantes sauvages.

Il ne croit pas si bien dire. A moins que cela soit parfaitement intentionnel et qu'il incombe à la botaniste d’en comprendre le sens réel… Ses yeux ne savent pas où regarder tant ce qu’ils découvrent leur plaît. S’il n’avait pas été mordu par la passion de la recherche, il pourrait regretter le temps de ces années passées à étudier autant dans les jardins que dans les salles de cours. La Botanique se passe en extérieur, cela lui rappelle les Cornouailles. Si seulement elles n’avaient pas besoin de sa mère pour exister dans la vie du jeune homme.
Les mots d’Alyona l’embarrassent un peu. Il ne voudrait pas passer son temps à parler de l’avenir. A l’évidence, s’il allait dans cette direction, il faudrait évoquer un sujet sensible. Il faut bien admettre que vivre dans l’immédiat environnement d’Ivanovna a quelque chose d’enivrant. La reprise des études s’est passée au mieux, le feudeymon ayant tout ravagé durant le mois d’Août l’a quitté. C’était même une promesse qu’il s’était faite ; ne plus y revenir, tout enfouir. Il est très improbable qu’Alyona soit au courant. Mais il ne porte pas d’alliance… la connaissant, elle ne dira rien. Comme Vana d’ailleurs qui n’a pas posé la moindre question. Comment expliquer à Alyona qu’il aimerait beaucoup faire son stage avec Ivanovna ? Il ne peut pas mentir non plus, sachant très bien que ces deux-là sont aussi unies que les doigts d’une main.
Tandis qu’il tient dans entre ses doigts la longue tige d’un joli dahlia mauve, il hésite.

- Le stage ? Je ferai comme ma mère le souhaite. Enfin… disons qu’elle aimerait bien me voir l’effectuer dans le même endroit qu’Ivanovna. C’est bien la seule chose que nous ayons en commun dans l’existence.

Mais il en a déjà trop dit. Trahi par sa volonté récurrente de lâcher un bon mot, du moins tenter de faire de l’esprit, le garçon a donné ce qu’il considère comme l’information capitale. Alors au point où il en est…

- Tu sais, elle est extraordinaire cette sorcière. Quand je suis avec elle, je n’ai jamais l’impression de travailler.

De complexes pensées, à préférablement ne jamais formuler, le traversent. C’est plus fort que lui, et tant pis s’il donne l’impression d’avoir enterré Aurélia. S’il est une chose que son malheur a rendue possible, c’est bien un stage en duo. Jeune marié, cela aurait été totalement inenvisageable mais maintenant…

- Depuis le temps nous nous connaissons bien, je crois même qu’en ce moment elle a des angoisses liées à la magie noire. Enfin disons que pas plus tard que cet après-midi, je l’ai vue arrêter d’écrire en plein cours sur le sujet. C'est bien la première fois… Bon… je ne voudrais pas être intrusif mais… des clients comme ma mère, qui balancent une liste improbable… vous en avez beaucoup ?

Double esquive de la part du sorcier. Mais s’il pouvait s’assurer des insidieuses manigances de sa mère, ce serait bien. Et si Alyona confirme qu’ils sont grands pourvoyeurs de commandes extravagantes, alors il en sera pour ses frais. Ce ne sera qu’un soupçon infondé de plus à l’encontre d’une mère aimante. Garnement qui n’a pas confiance… Les souvenirs de ses deux premières années à l’Institut lui reviennent un par un. Cet amour des fleurs, un point commun avec sa mère, le seul qui compte dans les faits mais n’est-ce pas aussi cela qui l’en a éloigné ? Elle avait tendance à vouloir s’immiscer dans ses études et à l’époque Gordon n’avait personne à qui en parler. C’est pourtant une réalité, son goût pour les jolis bouquets, patiemment composés. Harmonie des couleurs, des senteurs. Mais Isadora aime les plantes nobles quand lui a choisi les sauvageonnes. Il doit aussi concéder, si un jour il faut l’avouer, préférer les voir dans leur milieu naturel. Un bouquet, à ses yeux, est fait d’une douzaine de mortes. ils n'ont pas la même conception des choses.

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« Je peux te la mettre dans un pot pour que tu la gardes pour toi. Tu n'auras même pas besoin de la mettre dans le jardin de ta mère... »

Ni de lui en parler, ni de... Pourquoi demeurons-nous toujours derrière nos mères, Gordon ? Pourquoi nous inquiétons-nous de leur réaction, pourquoi nous lions-nous à leurs désirs, pourquoi nous façonnons-nous selon leur regard ? Quelque chose craque sous ma peau dans une douleur terrible, comme un étouffement qui reviendrait. Mon souffle devient lourd. Ma mère, ta mère, nos mères, nos familles qui nous régissent... Qui sommes-nous sans notre nom ? Existons-nous vraiment ? Je m'arrache à eux, je tire sur ma peau pour la séparer des leurs, et avec ces lambeaux j'essaye de me retrouver, de me reconstruire, d'exister seule. Merlin comme c'est dur ! Comme tout me ramène à Anastasia ! L'image que me renvoie mon reflet, le nom par lequel on m'appelle, les idées qui me traversent. Pour me construire je dois tout déconstruire, je dois me déconstruire. Changer de tenue, changer d'habitudes, changer de pensée, changer de maison. Comme on est seul et déboussolé lorsqu'on coupe les ponts qui nous reliaient à notre famille. Mais je me raccroche ailleurs : au Jardin, à Vana. J'essaye... Pourquoi me rappelles-tu à mes dépendances, Gordon ? Pourquoi ta posture m'évoque encore la mienne ?

Des phrases désolées mijotent dans la boue de mes pensées tandis que j'écoute d'une oreille mon ami parler. Des douleurs qui tirent sur ma peau et laissent mon visage s'assombrir.
« Je ferai comme ma mère le souhaite »
J'ai envie de frapper la table du poing. C'est une colère sourde et désespérée. Une colère qui me donne envie de hurler.
... « comme ma mère le souhaite »
Non, non, non ! Je ne suis pas un pantin, je ne lui appartiens pas, je ne suis pas comme elle ! Je peux y arriver, je peux me détacher, je peux exister autrement qu'à travers son regard, je peux...
« comme ma mère »
Un frisson comme si une bourrasque de vent était entrée dans la boutique. Je hoquète, hoche la tête, ne dis rien, n'écoute pas vraiment, continue à sourire.
Anastasia Farrow ne m'arrachera pas mon calme. Elle ne me prendra pas tout, je me le promets.

Ne me parle plus de ta mère comme si tu n'existais qu'à travers sa voix, je t'en supplie Gordon.

Au moins il y a Vana.
Son seul prénom suffit à me faire sourire, la seule évocation de sa présence me guérit. Ivanovna, extraordinaire.

« Je sais », murmuré-je du bout des lèvres, le visage illuminé.

Pourtant il me plaît de l'entendre, d'en être de nouveau assurée. J'ai presque envie de dire au sorcier que le plaisir qu'il prend à travailler avec Ivanovna, elle le prend aussi, mais ce serait peut-être la trahir. J'aime à penser que j'en sais davantage que ce que j'en dis, qu'il y a entre Vana et moi des courants inconnus à Gordon. Est-ce égoïste de ma part ? Je n'en suis pas sûre ; peut-être qu'il y a quelque chose d'égoïste dans un lien comme celui-ci, mais d'un égoïsme que l'on est deux à assumer.

Et en même temps je ne peux pas m'empêcher de songer à la détresse qui a été celle de mon amie cette année, détresse à laquelle Gordon n'a pas été étranger. Mais comment lui en vouloir ? Comment le lui reprocher ?

Malgré mes assurances, l'étonnement m'effleure à sa révélation.

« La magie noire ? Oh... »

Il est vrai qu'elle l'a mentionnée dans ses lettres, à propos de son père, que la crainte évoquée ne m'est pas inconnue. Mais je ne croyais pas qu'elle était aussi présente, qu'elle l'altérait à ce point. Arrêter d'écrire en cours sur ce sujet... Un cours sur ce sujet... Est-ce que cela a un rapport avec les difficultés qu'elle m'a mentionnée à propos de certains enseignements ? Est-ce que cela l'angoisse ? Inquiétude soulevée mais dissimulée aux yeux de Gordon, je souligne l'information pour ne pas l'oublier et glisser quelque chose à ce propos dans ma prochaine lettre.
La magie noire... Mais Vana, pourquoi craindrais-tu d'être l'héritière des ténèbres de ton père ?
Le cœur se serre. L'héritière de ton père... L'héritière de ma mère... Comme tu me manques, Ivanovna.

J'emmène Gordon de l'autre côté du commerce, passant derrière le comptoir pour entrer dans la réserve.

« Des listes, il y en a quelques fois, mais elles ne sont pas extravagantes, juste des repères. Certains clients viennent aussi sans savoir ce qu'ils cherchent mais en ne souhaitant considérer que l'excellence... Mais enfin, nous restons un petit commerce à une échelle locale, donc ce genre de liste ne passe pas inaperçu ! »

Je lui adresse un sourire amusé, légère et pourtant songeuse. Je ne peux pas m'empêcher de revenir vers Vana, non sans une certaine hésitation. N'est-ce pas ce qui nous réunit le plus désormais, Gordon et moi ?

« Comment va Vana ? Elle m'a dit que tu avais visité avec elle la maison près de Rye. De quoi ça a l'air ? »

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