♾️ A PV : Aelle Bristyle

Gabryel savait reconnaître cette façon qu’avait l’Anglaise de lâcher des mots sans filtre sur ce qui la préoccupait. Il ne répondit pas tout de suite. L’Écossais se dirigea vers un coin de la grotte où il avait posé ses cannes à pêche. Son matériel était un peu en désordre. Il sortit d’un sac sans fond quelques accessoires, et installa le tout avec soin sur le sol en rang d’oignons. Il prit le temps d’examiner chaque fil, et de les démêler calmement. Occuper ses mains l’aidait à ne pas trop penser.

Il se saisit de plusieurs hameçons avec une moue contrariée sur le visage. Afin de ne pas blesser les poissons, il sortit sa baguette de sa poche arrière, et prononça quelques mots pour en arrondir la pointe. Ça permettrait de retenir le poisson pour le remonter sans lui faire de mal, de l’observer un peu, et de le relâcher. Le jeune sorcier fronça les sourcils, tout concentré sur sa tâche, puis relança son enchantement sur un second hameçon.

Pendant ce temps, Aurelyan quitta le crâne de son maître. Il avança entre les lignes et les hameçons avec précaution pour rejoindre le bureau, puis grimpa spontanément sur l’épaule d’Aelle. Gabryel continua de bricoler, mais son regard se posa un court instant sur Aurelyan. Une tristesse non feinte se dessina sur son visage. Il ne regrettait pas sa proposition, mais il avait peur de trop en dire, ou de ne pas trouver les bons mots.

- Je me sens entier seulement quand tu es là.

Les mots lui échappèrent. Il reprit son ouvrage, le regard toujours un peu triste.

- Et je le pensais vraiment, pour nous installer ici.

Le garçon réunit ses cannes, et les posa debout contre un mur.

- On pourrait en faire un petit ccccocon rien qu’à nous deux. Je sais que tu vis chez ton frère, et que tu as ta chambre chez lui…

Le sorcier récupéra sa baguette, la glissa dans la poche arrière de son jean, puis fixa la jeune femme.

- Ma proposition est très sérieuse.
Dernière modification par Gabryel Fleurdelys le 4 oct. 2026, 11:11, modifié 1 fois.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

♾️ A PV : Aelle Bristyle
La réponse tarde à venir. D'ailleurs, Gabryel ne le prend pas, ce temps. Au contraire : il récupère son matériel de pêche et s'installe au sol pour s'occuper de ses fils et de ses hameçons. Je profite du fait qu'il ne me regarde pas pour l'observer, les lèvres pincées. Je suis frustrée. J'aurais aimé qu'il traverse cette pièce et qu'il vienne ajouter quelques secondes de plus au baiser que je lui ai donné. S'il dit qu'il en a envie, pourquoi ne pas le faire ? Ce qu'il peut être frustrant parfois.

Ma frustration est déconcentrée par l'arrivée du lézard de Gabryel, qui en a profité pour fuir pendant que ce dernier s'occupe les mains. Je le laisse grimper sur mon bras, puis sur mon épaule. Son contact est tellement différent que celui de Zikomo que ça me tire un frisson amusé, qui tient plus des chatouilles que d'un réel amusement. Naturellement, mon doigt grimpe vers lui et je le caresse doucement. Dans cette position, je ne peux manquer le regard que Gabryel fait peser sur nous. Je l'observe à mon tour par-dessus Aurelyan, sans comprendre pourquoi il a un air triste, tout à coup.

Ses mots font tomber mon cœur au fond de mon ventre. De là, il frappe fort. Ça envoie une sensation chaude dans mes veines, ça se répand dans tout mon corps. Ma gorge se noue sans raison. Les mots tournent en boucle dans ma tête. Je me sens entier seulement quand tu es là. Je ne sais pas pourquoi je me sens aussi gênée que touchée. C'est un sentiment étrange qui prend de la place dans mon corps. Je détourne les yeux vers le lézard.

Gabryel range ses affaires tout en m'avouant des vérités qui me tirent une grimace et qui m'arrachent une seconde fois le cœur. Ma main retombe le long de ma hanche. Je suis la silhouette du jeune homme qui traverse le Creux. Alors il était sérieux ? Vivre ici, lui et moi ? Dans ce minuscule petit espace qui sent l'humidité ? Je ne doute pas de mes capacités de pouvoir vivre dans un lieu comme celui-ci : j'ai après tout sur mon Plateau une cabane encore moins étanche que celle-ci lorsqu'il pleut et qui est bien moins douillette. Mais jamais je n'ai considéré le Creux comme un lieu de vie.

Pendant un instant, je m'imagine rentrer ici tous les soirs, retrouver Gabryel après nos journées respectives, ne jamais attendre pour le revoir, dîner avec lui, l'embrasser quand je le désire. Tous les matins avec lui. Tous les soirs avec lui. Un bref frisson désagréable glisse dans mon dos sans que je ne comprenne réellement d'où il vient, c'est comme un malaise qui ne s'explique pas. J'aimerais voir cet homme tous les jours, je crois. Avoir sa douceur rien que pour moi, ses regards, ses tendresses. Mais combien de temps apprécierais-je cela ? Je ne sais même pas s'il y aurait une fin à ce plaisir. De toute façon, ce n'est pas la question, hein ?

Il est très sérieux, il dit. Je ramène mes yeux sur lui. Je claque la langue en voyant où il a rangé sa baguette. Et je détourne les yeux vers Zikomo, toujours installé dans sa petite alcove. Le problème, ce n'est pas si j'aimerais. C'est que je ne peux pas, tout simplement. Et qu'à aucun moment je n'hésite sur l'endroit où je veux vivre et la personne avec laquelle je veux partager mes journées. Pourtant, l'un empêche pas l'autre. J'ai envie de boire le thé avec Kristen tous les après-midi et j'aimerais bien pouvoir attraper le menton de Gabryel pour lier ses lèvres aux miennes dès que je le désire. C'est tout.

Le silence s'étire. Je ne pensais vraiment pas qu'il était sérieux. Et ça m'embête. Déjà qu'Ashley tirera une tronche de six pieds de long quand elle me redemandera si j'accepte de faire une colocation avec elle et que je lui dirai que non. Gabryel, comment réagira-t-il ? Gabryel n'est pas comme Ashley. Ce n'est pas un homme jaloux et surtout, il n'a aucune raison de l'être. Alors il réagira comme d'habitude : avec un doux sourire.

« Je ne te pensais pas sérieux, avoué-je sans détour en plongeant dans ses yeux bleus. Je ne peux pas, de toute manière. »

Et si j'avais pu, qu'aurais-je répondu ? Je crois que ça m'arrange bien de ne pas avoir à répondre à cette question.

« Celle avec qui tu m'as vue à la soirée du Pitiponk, jeudi... »

Je rechigne à dire son nom. Et je n'ai aucune envie de donner son prénom d'emprunt. Alors je ne dis rien, je me contente de dire ça pour parler d'elle.

« Elle m'a proposé qu'on emménage ensemble. J'ai dit oui. »

Je le dis simplement, comme j'aurais dit : j'étudie l'interstabilité de la magie de fond, en ce moment. Après tout, ce n'est qu'un fait. On m'a fait une proposition, j'ai accepté. Voilà tout. J'espère seulement qu'il ne me posera pas trop de questions sur elle. Je ne saurais répondre. Mais Gabryel a toujours respecté mes secrets, alors tout va bien. Je me détourne de lui pour caresser Aurelyan sous la tête.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 5 oct. 2026, 12:29, modifié 2 fois.

♾️ A PV : Aelle Bristyle
Gabryel finit de ranger ses cannes contre la paroi de la grotte. Le clapotis des gouttes de pluie sur le Loch leur parvint depuis l’entrée, entremêlé au son du vent qui semblait soudainement s’être levé. Pourtant, quelques minutes auparavant, les rayons du soleil traversaient encore le puits de lumière pour se frayer un chemin dans la pénombre. Le climat écossais ne répondait à aucune règle.

Le jeune homme s’occupa de son matériel. Il rassembla les fils, vérifia une dernière fois les hameçons qu’il venait d’arrondir, puis les rangea dans leur boîte. Il prit le temps de tout remettre en place. Ses mains avaient besoin d’occupation tandis qu’il réfléchissait à ce qu’Aelle venait de lui dire.

La sorcière du Pitiponk lui revint en mémoire. Il l’avait croisée sur la terrasse en compagnie d’Aelle, durant sa dernière soirée avec Léonidas. Ça n’avait duré qu’un instant, mais il avait eu l’impression que sa présence la gênait. Il n’avait pas vraiment compris pourquoi sur le moment, et n’y avait pas accordé d’importance. L’attitude provocatrice de Léo envers elle n’avait certainement pas aidé non plus.

- Ah oui… C’est la femme que j’ai croisée avec tttoi au Pitiponk ?

Il leva les yeux vers Aelle. Les traits fins de son visage ne lui apparaissaient plus aussi clairement, maintenant que le Creux n’était éclairé que par la grisaille dans l’ouverture de la voûte. En entendant qu’elles allaient vivre ensemble, il avait naturellement supposé que cette femme était un autre membre de sa famille.

- Je ne savais pas que tu n’avais plus ta chambre à l’AESM, et que tu avais avais rrrrécupéré tes affaires chez ton frère.

Une bourrasque fit virevolter sur son front quelques mèches de sa tignasse.

- Je comprends mieux. C’est nnnnormal de vouloir te rapprocher de ta famille, et de t’installer avec elle.

Il le pensait vraiment, mais en souffrait d’autant plus. Son projet lui sembla maintenant mort dans l’œuf.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

♾️ A PV : Aelle Bristyle
Je quitte Aurelyan du regard quand la luminosité du Creux baisse subitement. Le son du vent à l'extérieur s'intensifie. Il se pourrait qu'il se mette à pleuvoir. Je me réjouis d'autant plus d'être à l'abri ici.

Après un temps de réflexion, Gabryel réagit enfin avec sa douceur et son calme habituels. Nos yeux se croisent dans l'obscurité nouvelle du Creux. Je devine encore ses traits mais la couleur de ses pupilles m'est désormais interdite. Je hoche doucement la tête à sa question, même si c'est inutile : il me demande exactement ce que je viens de lui dire. Il a peut-être simplement besoin de temps pour intégrer l'information. Pour une fois, je ne condamne pas cette prise de parole inutile. La légèreté de notre moment doit y aider.

Mes sourcils se froncent brièvement lorsqu'il évoque le fait que j'ai quitté ma chambre. Il pense que j'ai déjà emménagé avec Kristen. Pense-t-il donc que la chose a pu se faire en quelques jours à peine ? Merlin, la simple idée de vivre avec elle me détruit le bide. Je ne risque pas de partir vivre avec elle maintenant.

J'observe le jeu des ombres sur son visage. Ce qu'il me dit ensuite manque de me faire exploser de rire, mais j'ai trop de retenu pour ça : je me contente d'un rire bref, étouffé par ma tête baissée. Non mais comment a-t-il pu en arriver à une telle conclusion ? Que Kristen puisse être de ma famille est beaucoup trop amusant pour que j'empêche un sourire ahuri de grimper sur mes lèvres. Kristen ne sera jamais réduite à ça, à "une membre de ma famille". Elle n'en est pas une. C'est tout simplement incohérent avec la façon dont je la vois.

« Elle n'est pas de ma famille ! corrigé-je sans attendre. Et je n'ai pas quitté ma chambre. Je l'ai jusqu'à fin juillet. Nous n'avons pas discuté des modalités, de toute façon. »

Je hausse les épaules en me détournant vers la table. Je n'ai pas envie d'y réfléchir pour le moment. Ce sujet me fait mal au bide. Je ne veux pas réfléchir à tout ce que ça entraînera, ce déménagement. Je sais juste qu'il aura lieu, même si à Kristen je n'ai pas encore donné une réponse précise. Je respire longuement par le nez pour calmer le jeu paniqué de mes entrailles, puis j'attrape une bougie qui traîne là. D'un coup de baguette, j'allume la mèche.

Je lève les yeux vers Gabryel. La lumière de la flamme jette une lueur jaunâtre sur son visage. Je sens qu'il me demandera bientôt qui est cette femme avec laquelle il m'a croisé et je rechigne à dire qu'elle n'est qu'une amie. Pourtant, c'est ce qui pourrait se rapprocher le plus de ce qu'elle est mais ce mot ne me semble pas faire honneur à la relation que j'ai avec Kristen. Est-il déçu que je refuse de vivre avec lui ? Je ne sais pas, ce n'était peut-être qu'une proposition en l'air, lancée dans la légèreté du moment. Je n'ai jamais imaginé vivre un jour avec lui. L'idée ne me rebute pas mais elle me questionne. Et à ça non plus je ne veux pas réfléchir.