Esquisses
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28 ans - Enployé à Keddle & Leather depuis le 25 juillet 2051
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Esquisses
1er octobre 2051
Godric's Hollow
Godric's Hollow
Je me suis réveillé avec la même lassitude que hier, avant hier, et les jours d’avant. Je suis parti au travail avec le même manque de motivation que hier, avant hier, et les jours d’avant. J'ai acheté mon café avec aussi peu d'enthousiasme que hier, avant hier, et les jours d’avant. J’ai fait ma journée à la boutique en plaquant sur mes lèvres un sourire à demi forcé, comme hier, avant hier, et les jours d’avant. Et je suis rentré déprimé à l’appart, de même que hier, avant hier, et les jours d’avant.
À quoi bon, de toute façon ? Elle me déteste. Elle a raison, hein. J’ai fait de la merde. Tout est ma faute. Ça me pèse toute la journée. J’ai perdu ma copine et ma meilleure amie dans la même journée. Comment je suis censé allé bien après ça ?
Je pose mes clés sur le meuble, j’attrape une pomme sur la table, et je vais m’affaler sur le canapé. Je soupire longuement, puis je baisse les yeux sur la pomme. J’ai même pas vraiment faim. Je devrais probablement, mais nan. Je me contente de regarder le fruit.
C’est probablement Simon qui l’a acheté. Elle est grosse, la peau lisse sous mes doigts. Et rouge. C’est une... pink lady ? C’est ça le nom ? Je sais plus. Je suis pas expert en pomme.
Un jour avec Lu', on était partis se promener aux alentours. On était dans les sentiers autour des champs, ma mère un peu derrière nous pour nous surveiller. C'était le début de l'automne, mais il faisait encore suffisamment beau pour être dehors.
On avait débarqué de façon assez soudaine dans un verger. Il était désert, pas un moldu à l'horizon qui ramassait ses pommes ou ne surveillait ses arbres.
Et il y avait ces fruits, qui pendaient des branches au dessus de nos têtes, et qui semblaient si beaux, si charnus, si brillants sous le soleil... on en voulait tous les deux. La perspective de le cueillir nous mêmes, en pleine nature, qui nous paraissait si sauvage à ce moment là... je ne sais pas, toujours est il qu’on voulait absolument s’en cueillir une.
Mais on était encore petits, à cette époque, et les arbres étaient si hauts... on avait beau sauter, tendre les bras, on n'arrivait pas à atteindre les fruits. A peine les feuilles.
On aurait pu appeler ma mère, ça aurait probablement eté le plus simple, mais je ne voulais pas. Ça aurait été trop facile, pas assez drôle. Je ne voulais pas. Ça me paraissait être une opération top secrète, digne des films moldus que mes parents regardaient parfois. On devait attraper une pomme par nos propres moyens avant que l'agriculteur ne revienne. Appeler ma mère, ça aurait été gâché ça.
Alors j’ai dit à Sage qu’on allait y arriver, qu’à nous deux on pouvait le faire. Je me suis penché pour qu’elle puisse monter sur mon dos, puis je me suis levé sur la pointe des pieds, pour la surélever le plus possible. Elle a tendu le bras, et ses doigts ont effleurés la pomme qu’on visait. On a hurlé tous les deux, mais on a eu beau tenter, pas moyen de décrocher le fruit.
Alors j'ai plié les genoux pour me donner de l'élan, et j'ai sauté. Je ne sais plus si elle a crié ou hurlé, toujours est il que ses doigts se sont refermés sur la pomme, et quand on est retombés tous les deux, le fruit nous a suivi. Forcément, on s'est effondrés. J'étais trop jeune, pas assez fort pour supporter notre poids à tous les deux pendant l'apprentissage. Je suis tombé, elle m'est tombée dessus. Et on s'est mis à rire tellement fort qu'il nous a fallu trois bonnes minutes avant qu'on ne parviennent à se relever. J'étais plein de terre, forcément, mais elle tenait, bien fermement dans sa main, la pomme qu'on avait réussi à cueillir. Elle l'a brandi devant moi dans un geste de victoire. Entre temps, ma mère était arrivée, et elle s'était cueillie une pomme pour elle même. Du coup, on est repartis tous les trois. Lu' et moi on se partageait la pomme, en riant et en nous racontant notre point de vue pendant le saut.
Je fais la grimace, je me lève, repose la pomme, et vais m'enfermer dans ma chambre. Je pourrais penser à elle autant que je veux, elle n'est plus là. Elle me déteste, elle ne veut plus me voir. Après ce que j'ai fait, je ne peux pas me permettre d'insister. C'est de ma faute, je ne peux m'en prendre qu'à moi même. On est bien loin de ces rires dans le verger, maintenant.
Premier jour Inktober : pomme
Mots en gras pour l'animation de l'Inktober à l'EEC
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2 octobre 2051
Godric's Hollow
Godric's Hollow
J’ai retrouvé le vieux bracelet rouge que j’avais acheté en Italie. Celui que j'avais acheté en deux fois, une pour moi, une pour Lu'. Je l’avais porté pendant des mois et des mois, parce que même si on était loin l’un de l’autre, ce bracelet il me rappelait que Lu' était là, même si c’était à l’autre bout de la planète. Qu’elle avait le même, et qu’elle pensait à moi, elle aussi.
Au bout d’à peu près un an, il était devenu tellement abîmé et usé qu’il était tombé. Ce n’était pas exactement le meilleur moment, entre Lu' et moi. J’y avais vu un mauvais signe, très mauvais. Je m’étais dit que peut être elle ne reviendrait pas. Qu’elle ne finirait pas par me répondre. Qu’elle me détestait pour quelque chose, et que j’avais perdu ma meilleure amie. Ce bracelet rompu, c’était pour moi le symbole que notre amitié avait été brutalement terminée par son silence.
Et pourtant, je l’avais gardé, ce bracelet. Je l’avais rangé au fond d’un placard, et je m’étais efforcé de l'oublier. Entre temps, j’ai retrouvé Lu'. Bien sûr, le bracelet ne s’est pas réparé de lui même. Mais au fond, ce n’était pas plus mal.
Au fond, ce bracelet, pour moi, c’était un peu une relique. Le symbole que notre amitié avait été plus forte que ce bracelet, qu’elle s’était peut être cassée mais qu’elle s’était ensuite réparée, ce que quelques fils ne seraient jamais capable de faire, du moins pas sans l’aide de la magie.
Ouais, une relique. Il avait signifié beaucoup, ce bracelet. Sa rupture m’a fait voir le pire. Puis j’avais compris qu’on était plus que quelques brins de fils entremêlés. Que c’était ma meilleure amie, que rien ne pourrait jamais nous séparer pour toujours. Rien ni personne.
À présent, il semble ridicule, ce petit bout de bracelet, qui pend, inerte, entre mes doigts. Sa couleur rouge vive s’est délavée, il est sale. Il ne fait plus envie. Ouais, il me nargue, ce truc. Il me dit que cette fois c’est fini pour de bon. Que rien ne réparera jamais ce que j’ai fait, et qu’elle me hait, qu’elle ne veut plus me voir, je l’ai entendu moi même.
Je le jette sur la table. Je vais attraper un briquet dans le tiroir. Je reviens m’asseoir, et je contemple le bracelet. Je devrais le brûler, ouais. Ça ne sert à rien de m'accrocher à l’espoir qu’elle me pardonne. Même si elle le faisait, ce serait mal pour elle. Je n’ai fait que la blesser. Cette fois aussi. Qu’est ce qui m’as pris ? Je suis un con. Il ne faut pas qu’elle me pardonne. Je continuerai à lui faire du mal, à la blesser, à déconner. Faut que j'arrête d’être égoïste, bon sang. Elle mérite mieux que moi. Faut que j’accepte que cette fois c’est fini pour de bon. Faut que je la laisse partir, et que j'arrête de m’accrocher au fantôme de notre amitié.
Ouais, je devrais le brûler. Qu’il accomplisse complètement sa fonction de symbole. La relique détruite.
Mais malgré tout, j’arrive pas à me résoudre à appuyer sur le briquet pour faire surgir la flamme.
J’en suis juste pas capable. J’ai beau tenté, mon pouce refuse de se mettre en marche.
Je soupire, repose le briquet, à côté du bracelet. Je les contemple tous les deux. Ils me regardent d’un air accusateur. Je sais. Je suis parti sans même m’excuser. Je ne lui ai pas dit que je regrettais. J’ai juste accompli sa volonté. Elle a dit qu’elle ne voulait plus me voir, et je suis parti. Sans dire un mot de plus. Est ce qu’elle a été soulagée de ne plus me voir dans la chambre ? Est ce qu’elle a regretté ses paroles, quand même un peu ? Je suppose que je ne saurais jamais. Dans tous les cas, ça n'a pas d'importance. Elle aurait pu regretter autant qu'elle le voulait, ça n'y change rien. Elle ne veut plus me voir. Bracelet ou pas, rien ne change à ça.
Deuxième jour Inktober : relique
@Sage Matthews
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3 octobre 2051
Elena a toujours eu peur des araignées. Vraiment, depuis qu’elle est toute petite. Ça lui procure une telle terreur que parfois, elle hurle carrément.
Moi, ça m’a toujours fait rire, cette source de terreur pour elle. Je veux dire, ok, on peut avoir peur des Acromentules. Mais des araignées ? Des araignées moldues ? Je veux dire, y a pas de raison. Une fois que t’as vu des Acromentules, les araignées classiques te paraissent juste... je sais pas, ridicules ? Miniatures.
Y a pas un monde où ça, cette bestiole miniature qui s'accroche au plafond et qui mange les moustiques pour nous, te fasse du mal.
Mais j’avais beau lui dire, tenter de la raisonner, rien à faire, elle restait terrifiée par ces bestioles.
Un jour, quand Lu' était à la maison, elle en a vu une dans sa chambre. Le temps qu’elle hurle, qu’elle fuie la pièce, qu’elle se remette de ses émotions et qu’elle vienne nous chercher pour récupérer la menace (parce qu’évidemment avec Sage, hors de question de la tuer hein), l'araignée avait disparu. Probablement cachée derrière un meuble ? Ou alors Elena l’avait hallucinée ? Je ne sais pas. Moi en tout cas, je ne l’ai jamais vu, cette araignée.
Mais bref, le soucis, c’est qu’Elena était persuadée que l'araignée avait pondu des œufs dans son lit. Et forcément, il était hors de question qu’elle y dorme. N’y même qu’elle passe la nuit dans la pièce. Du coup, comme Damian refusait de partager sa chambre avec elle, elle est venue camper dans ma chambre, avec Lu' et moi. On s’est serrés tous les trois sur mon petit lit.
Elle n'arrêtait pas de nous répéter qu’elle était gigantesque, au moins de la taille de sa paume. Je lui disais à chaque fois que c’était pas possible, que j’étais sûr qu’elle était miniature, cette araignée. Je le suis toujours, d’ailleurs.
Ça a été une des meilleures nuits de ma vie. Ma p’tite soeur et ma meilleure amie, ensemble, dans l'obscurité, qui parlions de tout et de rien. On a pas beaucoup dormis, forcément, ce soir là. Coincés à trois dans mon petit lit, ça ne pouvait que dégénérer. On est passer par la bataille d'oreiller, de chatouilles, le lancer de chaussettes...
Les parents sont venus deux ou trois fois pour venir nous dire de nous calmer et de dormir. Ils n’ont pas eu un franc succès.
On a fini par s'endormir, plus ou moins les uns sur les autres. Je ne me souviens plus exactement comment, mais je crois que avais les jambes sur le ventre d’Elena, et que Lu' avait la tête sur mon ventre à moi ? Ou peut être l'inverse. Je ne sais plus. Bref, en tout cas, on a vraiment pas beaucoup dormi, et le lendemain, j’ai fait la plus longue grasse mat que je n’avais encore jamais faite.
Je crois que c’est à ce moment là, aussi, que Lu' et Elena se sont beaucoup rapprochées. Cela dit, je suis pas ultra sûr.
Bref, ça a été une nuit mémorable, tout ça à cause d’une araignée miniature...
Troisième jour Inktober : miniature
@Sage Matthews
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4 octobre 2051
J'ai toujours détesté la botanique. Mais vraiment, très, très fort. Cette haine que je vouais en la matière (et que la matière me vouait tout aussi réciproquement, évidemment), s'est accentuée davantage quand on s'est retrouvées devant des mandragores. Non seulement on faisait face à des créatures qui pouvaient nous tuer rien qu'en hurlant, mais en plus on devait prendre soin d'elle, les nourrir, leur mettre des chaussettes ou que sais je ? Je trouvais ça ridicule. Au fond, ça me faisait un peu peur, aussi. Ca aurait été con de mourir à cause d'un fichu bout de racine qui chante faux. Le jour où on a dû les manipuler pour leur enfiler les fameuses chaussettes (quelle infâmie que de faire subir ça aux chaussettes, soit dit en passant), j'ai passé plus de temps à vérifier que mon cache oreille était bien mis qu'à manipuler la mandragore en question. J'avoue que la perspective qu'elle me tue ne m'enchantait vraiment pas.
Quand à Lu', évidemment, elle kiffait sa vie. Elle se sentait, je crois, bien mieux en botanique qu'en sortilège. C'était tout le contraire pour moi. Elle appréciait ces trucs, que je n'aurais même pas qualifié de créatures et à qui elle, elle donnait des petits surnoms. Elle a toujours été d'une nature douce et aimante, même envers les PLANTES qui crient trop fort et qui veulent te tuer juste parce que tu veux leur tenir chaud pour l'hiver. Jamais été capable de comprendre ça, mais c'est ainsi. Elle m'a aimé, moi aussi, plus que toutes ses racines, tous ces animaux. Je l'ai aimé également, plus que tout.
Et je lui ai fait du mal. Elle avait mal mis son cache oreille. Elle n'a pas assez bien vérifié. Hailey m'a sorti du pot et Lu' a récupéré les cris, d'une certaine façon. Je ne l'ai pas tuée, heureusement (Merlin merci), mais je lui ai fait du mal, je lui ai brisé le coeur, et j'ai ruiné vingt ans, voire plus, d'amitié. Elle me déteste, je me déteste, je suis détestable. Plus encore, au fond, que toutes ces mandragores qui voulaient juste qu'on les laisse tranquilles au fond de leur pot. Elles, elles ne savent pas ce qu'elles font, elles crient sans avoir conscience qu'elle pourrait nous tuer alors qu'on fait ça pour leur bien. Moi, d'une certaine façon, j'avais beau réfléchir au ralenti et y voir flou, je savais que j'étais en train de tout gâcher. Je savais que j'étais sorti de mon pot, je savais que j'allais faire des conneries, que j'allais n'engendrer que de la merde, et pourtant je suis quand même allée vers elle, je me suis quand même approché d'elle, et j'ai crié.
Je haïssais les mandragores. Je suis pire que les mandragores. Je ne sais même plus ce que je suis censé en penser.
Quatrième jour Inktober : mandragore
@Sage Matthews
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5 octobre 2051
Cinquième jour Inktober : gifleLu'.
T'as vu ça ? J't'écris une lettre. C'est fort, ça quand même, en sachant qu'on bosse juste à côté. Tu serais fière de moi, si tu savais. Enfin, tu aurais été fière, parce que ce n'est plus le cas maintenant. Mais bref. C'est fort, ça quand même nan ? Je t'écris une lettre, moi Soren Mayfield, et en plus ce n'est même pas pour te l'envoyer. Ouais, c'est fort. J'dois être malade, ou un truc du genre. P'têtre que tu me manques trop. Ouais, ça doit être ça. Regarde ce que me fais ton absence, sérieux.
Mais bref. J'comprends, hein. Logique que tu veuilles être loin de moi. Je capte. Je sais que c'est mieux pour toi. Tu seras mieux sans moi, t'as bien raison là dessus.
Mais j'voulais juste te dire que... j'sais pas. Je sais même pas ce que je voulais te dire. J'suis con, hein ? Tu me diras, on le savait déjà. Bref.
Tu vois, quand... quand je me suis barré ? Je me demande ce que tu t'es dit, en trouvant la chambre vide. Ca n'a pas une grande importance, de toute façon. Peut être que tu as deviné que je t'avais été parti parce que je t'avais entendu ? Parce que c'est le cas, Lu'. Sage. Pardon, je dois arrêter avec ça.
Je t'ai entendu lui parler. Je t'ai entendu lui dire que tu ne voulais plus jamais me voir, me parler ou quoi que ce soit. Que je n'étais rien pour toi, tout ça. Je suis sûr que tu vois de quoi on parle.
Et bon sang...
Merde, Lu', Sage, je sais que je t'ai blessée, que je t'ai fait souffrir, que tout est de ma faute et que j'ai fait que des conneries. Mais tu m'as déchiré le coeur, là. Je le sens plus battre, je te jure. J'ai l'impression d'être à moitié mort.
Je sais ! Je sais que je te mérite pas. Que tout est de ma faute et que c'est complètement justifié que tu veuilles plus me voir. Je te jure, vraiment, je comprends.
Mais comment je suis censé accepter ça ? Tu m'en as même pas parlé en face. T'as d'abord préféré en parler à quelqu'un d'autre qu'à moi. Tu savais que j'écoutais ? Est ce que tu savais et tu voulais me faire partir ?
Je sais que c'est égoïste, mais j'aurais tellement préféré qu'on en parle. Que tu me cries dessus, que tu me hurle dessus, que tu m'insulte, que tu me brise le coeur à nouveau, juste un peu mieux. Je te jure que je t'aurais laissé faire. Je t'aurais laissé me frapper, me donner les gifles que je mérite.
Mais ce silence qu'il y a maintenant, c'est tellement pire qu'une gifle... Je le supporte pas. Sa brûlure ne s'éteint pas, à lui.
Ok, une gifle, ça fait mal, mais t'as vu, c'est temporaire. T'as un peu mal, et puis t'oublie. Toi, t'as fait en sorte que je puisse pas oublier. Je le sens qui me pèse sur les épaules, le poids de tes mots. Figure toi qu'il est assez collant. Il me suit tout le temps, partout où je vais. J'ai pas de moment de répit, il prend pas de vacances. Est ce qu'il finira par disparaître ? J'espère, Lu', vraiment. Je vois pas comment je suis censé composer avec ça chaque prochain jour de ma vie.
Peut être que si je te l'envoyais, cette lettre, tu viendrais me confronter. Tu me la donnerais, cette gifle que je mérite, tu m'insulterais et peut être que je verrais les larmes dans tes yeux. Ce serait pire, sans doute, mais au moins ça me laisserait la possibilité de m'excuser. De te demander pardon et de te dire au revoir un peu mieux. Et toi, tu pourrais te défouler autant que tu veux. Tu m'insulterais de tous les noms. Peut être que tu dirais que mes chaussures sont en poil de boursoufflet. Je ne sais pas. Tu me surprendrais, en tout cas. Et tu pourrais me gifler, autant que tu le veux.
Mais tu ne veux plus me voir. Ca ne sert à rien d'essayer, rien qu'à te blesser. Autant te laisser t'éloigner.
Bref. Je vais pas aller plus loin. C'est ridicule, tu liras jamais ça, de toute manière.
Soren.
@Sage Matthews
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6 octobre 2051
Quand on était petits, avec Lu', on adorait se faire peur pour Halloween. J'y repenser parce qu'aujourd'hui, Miss Green a évoqué l'idée de potentielle déco pour Halloween, qui se rapprochent à grands pas. C'était une de mes fêtes préférées quand j'étais petit, et au fond, ça l'est toujours.
On se débrouillait toujours ou presque pour la passer tous les deux, avec Sage. Que ce soit dans les rues déguisés, ou simplement l'un chez l'autre. On aimait bien se faire peur, même si on était pas forcément tout le temps déguisés.
Je me souviens d'une fois, quand on était vraiment petits, à l'orée de notre relation : on devait avoir quoi, six, sept ans peut être ? J'étais allé chez elle. C'était l'un de nos premiers Halloween ensemble, peut le deuxième, je ne me souviens plus exactement de leur ordre. Le début de soirée avait été assez traditionnel, on s'était déguisés, on était allé marcher dans les rues, et on avait demandé des bonbons aux gens qui habitaient derrière les portes auxquels on toquait.
Et puis quand on était rentrés, quand avait été l'heure de se coucher, on avait décidé de faire quelque chose de complètement différent. On avait totalement défait le lit de Sage pour en retirer tous les draps, couettes, coussins et tout et tout, et avec tout ça, on s'était construit une cabane avec les draps. Le château, on l'a appelé. Cette fois là, il avait vraiment été bancal, mais par la suite, on s'est carrément amélioré dans le bâtissage du château. Bref, après ça, on s'est calés sous ses draps, avec des lampes de poches qui traçaient des ombres effrayantes sur nos visages, et les bonbons qu'on avait collecté un peu plus tôt dans la soirée.
Et bien sûr, c'est parti sur des histoires pour se faire peur. Il me semble qu'elle a commencé ? Je ne me souviens plus vraiment. Je me souviens que mon histoire, à moi, elle était inspiré de mon déguisement de la journée : un ogre. Un ogre de sept huit ans, certes, mais un ogre quand même. On s'était changés, alors je n'avais plus ni le maquillage ni le costume pour illustrer mon récit, alors je m'aidais de grimaces en me servant de la lampe pour les accentuer. Je ne sais plus si Sage a vraiment trouvé ça effrayant, ou si ça l'a plutôt fait rire, mais bref.
Evidemment, je ne me souviens plus nan plus de ce qu'il se passait en détail dans mon histoire. Ca devait pas être ultra élaboré, vu mon âge. Une histoire de meilleurs amis, probablement, qui étaient kidnappés et enfermés dans la caverne de l'ogre avec d'autres enfants, chaque soir l'ogre arrivait et en mangeait un, et ainsi de suite ? Et à la fin, évidemment, les deux amis parviennent à s'échapper, malgré les belles frayeurs en cours de route. Ca devait pas aller plus loin que ça, je pense.
Du coup, le reste de la soirée, elle m'a appelé l'ogre des cavernes. Ca nous faisait hurler de rire, à en faire râler ses frères ou ses parents à côtés, et à chaque fois, je faisais semblant de la manger. Je lui empoignais le bras, j'y posais ma bouche grande ouverte, et je faisais mine de la morve. Et après, elle hurlait que c'était dégueu et elle me retirait mon repas de la bouche.
Les années suivantes, c'est devenu notre rituel. On avait beau être chaque fois un peu plus grands et matures, chaque soir d'Halloween, on démontait le lit pour fabriquer le château (comprenez donc que nous sommes devenus des architectes professionnels en matière de construction avec draps, certifiés par mon père). Et chaque soir d'Halloween, on s'y cachait avec des bonbons, et on s'y racontait des histoires en essayant de se faire peur. Evidemment, d'années en années, le méchant a changé, est devenu plus terrifiants, et les fins sont petit à petit devenues plus tragiques, cependant je n'oublierais jamais cette histoire d'ogre, qui a lancé la tradition.
Tradition maintenant achevée, puisque, à coup sûr, je passerais Halloween seul cette année.
Sixième jour Inktober : ogre
@Sage Matthews
677 mots
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6 octobre 2051
Le vendredi, les jumeaux sont là le soir. Généralement, on passe notre temps ensemble. Aujourd'hui... Aujourd'hui, je n'ai pas le courage. Quand je suis rentrée à la coloc avec Miles, après le travail, je lui ai gentiment dit qu'il me trouverait dans ma chambre s'il me cherchait. Et maintenant, j'y suis.
Seule, avec mes pensées.
Seule, tout court.
Allongée sur mon lit, je regarde le plafond, une main posée sur mon estomac, l'autre derrière ma tête, le souffle lourd. Ma journée n'était pas si terrible — j'ai rencontré Jude, la je-ne-sais-quoi de Miles —, mais je me sens… vidée. En fait, c'est le cas depuis quelques jours. L'ogre est revenu. Le monstre. L'ombre. Je ne saurais comment le qualifier. Il était là, il y a quelques jours, au dehors du Pitiponk. Ses doigts ont touché ma mâchoire, ses yeux perçants se sont posés sur ma peau, son souffle s'est éteint contre mon visage. Si Kieran n'était pas arrivé, je... Je ne sais pas ce qui serait arrivé. Ses mains auraient-elles été ailleurs ? Son regard se serait-il noirci différemment qu'en se sentant éloigné par le dragonologiste ?
Je ne devrais pas y penser. Je ne devrais pas y penser, hein ? Je devrais enfouir cet événement loin dans mon esprit et ne jamais le ressortir du placard pour le laisser prendre la poussière. Pourtant… C'est comme une maladie. C'est comme un méchant de conte de fées. Il hante. Il reste. Il nous colle à la peau. L'ogre. Le monstre. L'ombre. On qualifie comment ce genre de personne ?
Et Soren… Oh, Soren.
Il ne me parle plus. Je ne sais toujours pas pourquoi et je me torture l'esprit à y penser. Pourtant, Soren, normalement, c'est le preux chevalier. C'est le sauveur. C'est le prince et le grand mage. Si le souvenir de son visage n'était pas qu'un tourbillon flou, je serais allé le voir, mais… Je ne sais pas ce que je lui ai dit. Je ne sais pas si je l'ai déçu. A-t-il cru que c'était de ma faute si l'ogre était revenu ? Si l'ombre avait recommencé à me suivre ? Que lui ai-je dit quand mes pensées et mes paroles ont été confiées à ce moi approximatif qui n'avait plus envie d'avoir quelque chose à faire avec la réalité ?
Pourtant, Soren et moi, c'est une belle histoire de conte de fées, elle aussi. Les deux enfants qui passaient leur temps à construire des châteaux forts avec des draps tout en se soufflant des histoires jusqu'à ce que le sommeil soit le dernier témoin de nos paroles. Mais que se passe-t-il quand on vient tâcher l'histoire d'encre au point qu'on ne sache plus en lire les mots ? Que devient l'histoire ? Est-ce que la seule chose dont on se rappelle n'est que l'ogre ? L'ogre qui hante. L'ogre qui reste. L'ogre qui nous colle à la peau. L'ogre a mangé notre amitié, alors ?
Je serre les dents tandis qu'une unique larme coule de mon œil droit et je l'essuie furieusement du revers de ma manche. Tel un brouillard, pourtant, ma vue continue de se brouiller et je ravale mes lèvres pour étouffer un sanglot. C'est injuste, non ? C'est l'ogre qui revient pour moi, et c'est mon amitié avec Soren qu'il vient manger. Affamé et cupide, il terrasse et avale tout ce qu'il trouve.
J'aimerais continuer de blâmer l'ogre. Continuer de penser que la faute est ailleurs. Mais il existe un détail trop désagréable pour être ignoré. Le détail qui tue. Le détail qui fait que l'ogre n'a probablement rien fait à Soren. C'est le fait que je ne lui ai rien dit sur sa venue, ce soir-là. Je pense, en tout cas. J'ai tu cette information en pensant qu'elle mourrait dans mon esprit. Et quand j'ai rejoint Soren et que mon esprit a vogué dans cette contrée qui sépare mon âme de mon corps, j'ai dû dire quelque chose. J'ai dû faire quelque chose.
Alors, la question qui me taraude me perce le cœur au même instant. Parce que si notre amitié a été mangée et que le responsable n'est pas l'ombre de mon passé, ça veut dire qu'il n'y a qu'une seule responsable de la mort de notre amitié.
Et cette responsable, c'est moi.
C'est moi, l'ogre.
Sixième jour Inktober : ogre
@Soren Mayfield
717 mots
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Employée chez Apothic'Herbes depuis juillet 2051 - couleur #727955 - fiche
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7 octobre 2051
Je me souviens de pleins de trucs, sur notre enfance, à Sage et à moi. Vraiment beaucoup, et alors pour le coup, des trucs qui ont des fois aucun rapport. Une vie, quoi, logique.
On a eu beaucoup, une infinité, sans doute, de souvenirs de fous rires. En tout cas moi je les ais. Peut être se sont ils déjà évaporés de la mémoire de Lu' ? Je ne sais pas. Peut être qu'elle elle n'a eu aucune difficulté à m'oublier. Peut être que Sage m'en veut tellement que c'est déjà comme si je n'existais plus pour elle.
Mais on n'a pas eu que de ça, évidemment, ça aurait été trop facile. Je me souviens, notamment, de cet après midi, où on a surtout connu la panique.
Ca devait, être, quoi, le début de l'automne ? On avait dix ans, je crois, quelque chose comme ça, parce qu'on allait bientôt partir à Poudlard, et qu'elle et moi, on arrêtait pas d'en parler. On faisait que ça. Poudlard Poudlard Poudlard. Je sais que ça agaçait prodigieusement Damian, qui lui y était depuis quelques années et qui en avait marre de m'entendre en parler comme si ça avait été le Saint Graal.
Mais bref. Ce jour là, on était partis se balader, dans un village pas trop loin de chez Lu'. Il y avait mes parents et les siens, ainsi que nos frères ainés. Elena n'était pas là, même si je ne me souviens plus de la raison de son absence. Elle était probablement chez une copine à elle, ou quelque chose comme ça.
On a donc passé l'après midi à déambuler dans les ruelles de ce village. Lu' et moi on était un peu derrière, parce qu'on avait des plus petites jambes et que, devinez quoi, on était en pleine conversation pour savoir qu'elle allait être notre matière préférée une fois à Poudlard. Nos frères discutaient entre eux, nos parents pareil, bref, on avait la paix.
Et puis un moment j'ai vu un café, qui affichait en vitrine ce qui était probablement les plus belles pommes au caramel que je n'avais jamais vu de ma vie (et ça vaut encore aujourd'hui). On sentait leur odeur depuis l'extérieur, et elles avaient l'air tellement sucrées et fondantes... J'ai pas pu résister, je me suis arrêté. J'en voulais tellement une... J'ai demandé à Sage si elle pensait qu'on pouvait demander quelques gallions aux parents pour s'en prendre une.
Mais quand on s'est retournés, on ne les a plus vus. Forcément, quand on est derrière, et qu'on s'arrête sans prévenir personne, on se retrouve vite tout seul.
Bref, après ça a été la panique. Lu' (Sage) tenait impérativement a ce qu'on se mette à la recherche de nos parents, et moi, je ne voulais pas abandonner ces pommes, et je paniquais à l'idée qu'elles disparaissent. Une belle zizanie. On a fait trois fois la traversée de la rue pour tenter de les y retrouver, mais pour le coup ils avaient dû tourner, car ils n'y étaient pas. J'avoue qu'au bout de quelques minutes j'ai commencé à moi aussi paniquer à l'idée qu'on ne les retrouve pas si facilement que ça, en fait.
Bon, au final, ils ont rebroussé chemin d'eux mêmes et nous ont retrouvés quasiment là où on les y avait laissé. On a pas eu notre pomme au caramel, vu qu'ils étaient fâchés, mais on avait eu un beau coup de panique, alors on était prêts à s'en passer. Du coup, après on a dû passer devant pour le reste de la promenade.
Septième jour Inktober : panique
Mots en blanc pour l'animation de l'Inktober à l'EEC
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28 ans - Enployé à Keddle & Leather depuis le 25 juillet 2051
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Esquisses
8 octobre 2051
J'pense que beaucoup beaucoup de monde le sait, j'ai toujours fait beaucoup de sport. Vraiment, depuis toujours, j'adore ça, et je suis capable parfois d'en faire jusqu'à épuisement, jusqu'à ce que mes muscles tremblent et refusent d'obéir. Et après, les lendemains, j'ose mes plaindre de mes courbatures. Ca a eu le don d'agacer prodigieusement Damian quand j'étais plus jeune. Lui qui n'a jamais été vraiment sportif, il n'en pouvait plus de m'entendre parler de ça. Heureusement pour lui, on n'a jamais été assez proches pour que ce soit directement à lui que j'en parle, donc il a quand même été globalement épargné, surtout quand je suis devenu un peu plus âgé.
A Poudlard, évidemment, je ne me suis pas arrêté. Quand j'avais du temps libre; j'étais au terrain d'entraînement, avec mon balai, et oui, je volais, je coursais un viffet, je renvoyais un cognard, etc etc, le tout jusqu'à l'épuisement.
Je me souviens de cette fois, notamment. C'était l'été, je venais de passer plusieurs heures sur mon balai, et ouais, forcément, j'avais eu bien chaud, et j'en étais ressorti bien transpirant. Genre vraiment bien bien. Comme un mec de quinze ans qui sort de deux heures de sport, quoi. Vous voyez le genre.
Bref, du coup, après, j'étais allé voir Sage. Elle m'avait attendu, sous un arbre, pendant les deux heures. Je ne me souviens plus de ce qu'elle avait fait. Peut être qu'elle avait lu ? Ou révisé ? Ou pris des photos ? Je ne sais pas. J'étais concentré sur mes balles. Bref, je m'étais approché d'elle et tout, je lui avais lancé un truc (qu'on ne me demande plus ce que j'ai dit, je ne sais plus). En revanche, je sais qu'elle, elle s'est écartée de moi, et elle a fait une grimace moqueuse, ou dégoûtée. Un peu des deux, sans doute. Elle m'a dit que je l'approcherai pas tant que j'aurais pas pris une bonne douche, parce que là, je puais carrément beaucoup trop pour elle.
J'ai levé les yeux au ciel, bien sûr. Nannnn, elle abusait. Mais bon, comme elle a fait mine d'essayer de se dégager les canaux respiratoires, bah ma fois, je me suis vengé. Je lui ai attrapé le poignet pour l'empêcher de fuir,et je l'ai attrapé pour lui faire un gros câlin, histoire de lui transmettre ma puanteur. Elle s'est débattue, évidemment, mais bon, j'avais beau être crevé, j'ai réussi à la retenir quand même. Je ne l'ai lâché que quand elle a fait mine de s'évanouir, asphyxiée. Elle s'est aussitôt enfuie, bien sûr, mais le mal était fait. J'étais peut être transpirant et puant, mais maintenant, elle aussi. C'est comme ça que ça marche, l'amitié, on partage tout. Du coup, on a fini puants tous les deux.
Huitième jour Inktober : puant
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