Mieux aurait valu la soupe de mémé PNJ J

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PNJ Joker : Jude River | 36 ans | Soeur ainée de Lloyd River


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Avec @Sage Matthews

Vendredi 6 octobre 2051 | 14h

Je sens le rhume arriver. Je le sens dans tout mon corps. J’ai chaud dans ma tête que je sens lourde, j’ai des frissons, l’œil vitreux et Lloyd m’a dit que je ronfle comme un bouledogue. Je dors mal parce que je tousse. Déjà que je dors pas beaucoup. Là, j'ai quoi ? Trois heures de sommeil dans les pattes ?
Voilà ce qui arrive quand on court toute transpirante dans l’automne londonien, quand on refuse de mettre une veste parce que, tu comprends, on va quand même pas cacher ce super joli petit haut. Quelle débile.
Il me faut donc de la Pimentine. Je vais pas attendre d’être vraiment dans le mal. J’ai pas le temps d’être malade.

Je referme ma veste de cuir et rentre dans la boutique d’Apothic’Herbes. Je déteste faire les magasins, sauf quand il s’agit de librairie ou de friperies. Trop de gens. Trop de choses à dire. Trop d’interaction. J’aime qu’on me foute la paix. Pas pour rien que je fais venir les ingrédients directement à la Fausse Danse.
D’ailleurs, j’espère que je ne verrai pas Miles. J’ai vraiment pas l’énergie pour encaisser ce chien fou. Mais c’est pas lui que je vois, c’est la petite vendeuse. Mignonne comme un chaton. Sage Matthews, je crois ? Je ne sais plus. On s’en tape.
Un frisson me parcourt et me fait trembler des pieds à la tête. Vraiment, ça va pas. Je me dépêche de prendre mes ingrédients, et je rentre préparer ma Pimentine.
Ma main s’enfonce dans la poche de mon cuir. Ma liste est là dedans. Quelque part. N’étant pas en pleine possession de mon cerveau, j’ai préféré écrire tout ce qu’il me fallait.
Je cherche. Je fouille. Je grogne. Clefs. Briquet. Blague à tabac. Aucun papier. Pétard. Me dis pas que j’ai fait tomber la liste en me roulant une clope tout à l’heure. Je vais serrer.

Ma tête bascule en arrière pour accuser le coup, les yeux fermés. Non mais c’est pas vrai… j’en rate pas une… naaaan… je vais devoir parler avec la vendeuse… j’ai pas envie… ce que j’ai pas envie…
Allez, Jude. On réfléchit. Huile d’eucalyptus, ça, je sais. Thym…? C’est ça ? Du thym ? Du…
Pourquoi il a fallu que je mette cette fichue liste dans cette fichue poche…

J’inspire. Je cherche du courage, de la motivation, quoi que ce soit qui puisse se trouver dans l’air. Mais j’ai le nez bouché. Je déteste ça. Je me sens oppressée, coincée dans mon propre corps qui bouillonne.
Ça m’énerve.
Ça m’énerve grave.
J’ai pas envie de m’énerver.
J’ai envie de respirer tranquillement, en fait.

Allez, Jude. Prends sur toi. Va voir le chaton qui sert de vendeuse.

Je m’éloigne des étagères pour rejoindre le comptoir devant lequel je me plante.

« Bonjour », je croasse de ma voix grave. Je m’entends parler du nez. Oh, l’air con… « J’ai… besoin des ingrédients pour me faire de la Pimentine. Tout ce qu’il faut. Merci. »

M'indique pas où je trouverai les ingrédients, s'il te plait. Donne les moi. Et fais vite, chatonne. Que je me tire.

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Mieux aurait valu la soupe de mémé PNJ J
Un long bâillement s'échappe de ma bouche tandis que je me frotte l'estomac, le goût de mon sandwich au poulet du déjeuner encore dans la bouche. La digestion, quelle traîtresse. Tous les jours, quand l'après-midi débute, je peux être sûre que je vais avoir un coup de mou. Je mange peu, pourtant. Encore moins, depuis quelques jours. J'ai toujours eu un appétit d'oiseau, mais ça fait une semaine que Soren ne m'adresse plus la parole, alors ça me coupe toute envie de manger. Le flou de notre dernière soirée m'empêche de comprendre pourquoi il m'en veut, et son silence me tord suffisamment les boyaux pour que je chasse toute pensée le concernant. Je n'y pense pas. Je me force. J'y pense pas.

Heureusement, les vendredis sont plus calmes ; avec le début du week-end, les gens préfèrent filer chez eux plutôt que de passer par la boutique et rallonger leur semaine. Je les comprends un peu. Une petite soirée au calme à la coloc ne me ferait aucun mal. Je n'ai toujours pas pris de vacances depuis que j'ai commencé à travailler chez Apothic'Herbes et j'ai beau m'y plaire comme je ne me suis jamais plu quelque part, ces derniers jours, je suis… fatiguée. Son retour n'aide pas vraiment. Je ne comprends pas très bien pourquoi il est revenu, pourquoi il... Non, à lui non plus, il ne faut pas que je pense. Je secoue la tête en refermant l'un des compartiments de l'armoire aux mille tiroirs du fond de la boutique après l'avoir renflouée de bézoards et hausse un sourcil en entendant la clochette de l'entrée tinter dans la pièce.

Oh ? Un client. Un rapide coup d'œil par-dessus les rayonnages me corrige. Une cliente.

Un sourire naturel se dessine sur mes lèvres et je trottine vers le comptoir, balançant ma main vers le haut pour la saluer, et accompagne mon geste d'un Bonjour enthousiaste. Je repose le trousseau de clés infini qui sert à chipoter dans l'armoire sur le comptoir et détaille ma nouvelle cliente. Elle me dit quelque chose, mais... Ses tatouages. Ses cheveux sombres. J'essaie de me faire discrète, mais mes yeux se perdent dans sa contemplation tandis qu'elle déambule dans la boutique, le pas fébrile.

C'est... C'est la copine de Miles, là.

J'en suis sûre. Il m'en a parlé. La sœur de Lloyd, aussi. Mon avis s'est fait rapidement : elle est cool. Si Miles se torture autant la tête pour la couleur des fleurs qu'il lui dépose chaque lundi et qu'elle a du sang River dans les veines, elle doit être genre... Trop, trop sympa.

Un peu excitée à l'idée de rencontrer la femme de Miles, je me mords les lèvres et trépigne en la voyant avancer vers le comptoir, telle un chat qui lésine un peu sur la grâce — je ne dis pas ça méchamment, mais elle traîne un peu des pieds. Elle est malade ? Nan, nan. Miles le répète. Elle est incroyable. Genre, incroyable. C'est une démarche nonchalante de meuf stylée, pas celle d'une femme malade.

Sa voix me surprend. Je souris malgré tout, mais j'avoue... Woah. C'est fou d'avoir la voix si profonde et rauque. Style un peu baronne de la mafia. Puis... Oh ? Ah ! De la Pimentine. Oui, forcément, elle vient ici dans un but précis. Je m'arrache à mon observation.

« Hey ! », je dis en souriant de toutes mes dents. « Ingrédients pour la Pimentine ? Un petit malade à la maison ? demandé-je en me redressant. Excuse-moi, mais... » Un froncement de sourcils creuse mon front. « Désolée, je suis curieuse... Tu es la sœur de Lloyd, non ? Jude, c'est ça ? C'est lui qui est malade ? À force de chanter, en même temps... Puis, aussi, il chante toujours sans se couvrir. Forcément, on attrape les microbes et... Ah ! Pardon, oui. Ingrédients. Pimentine. »

Je secoue la tête avant de faire le tour du comptoir en riant un peu. Gentiment, je me dirige vers les rayonnages en ne quittant pas mon sourire.

« Sacré Lloyd, ha ! Il envoie sa grande sœur pour lui prendre ses médicaments. Qu'il est drôle, ton frère ! C'est bien ton frère, hein ? Pff. Evidemment. Vous vous ressemblez grave ! » Je ris et chipote dans l'étagère du milieu pour en extirper l'huile essentielle d'eucalyptus. En regardant la fiole, je continue mon monologue. « S'il n'a que la voix cassée à force de chanter, un petit peu de miel peut suffire. Mais t'as raison, vaut mieux être trop prudent. Hop... Huile d'eucalyptus, c'est good. » Je relève la tête vers elle avec un sourire et pivote vers l'étagère d'en face. « Ici, il y a normalement... Oui, voilà, la menthe poivrée. On les vend par dix feuilles, uniquement, quand elles sont en fioles. Mais bon, au pire, ça t'en fait plus ! Je n'aime pas l'odeur de menthe poivrée, je la trouve trop forte… Après, ouais, ça débloque les narines, ça, y a pas à dire ! Tu savais que c'est son association avec le sang de salamandre de feu, l'eucalyptus et le romarin qui soigne le rhume ? Ouais, les ingrédients actifs, tout ça. » Je hausse les épaules et me redresse pour fouiller dans l'étagère du dessus. « Pareil pour le romarin, les feuilles individuelles se vendent par dix… Tu voudrais un plant, peut-être ? C'est vrai que l'hiver va pas tarder à arriver, et les rhumes aussi. Ils vont se répandre à mort ! Aïe, je sais plus si on a des plants, par contre... Hmm, attends, laisse-moi checker ça rapidement. »

À nouveau, je fronce les sourcils et après avoir récupéré la fiole qui renferme les feuilles de romarin, je reviens vers elle pour les déposer sur le comptoir et me penche par-dessus ce dernier pour récupérer ma fiche d'inventaire que je parcours rapidement de l'index.

« Un plant de chaque, alors ? C'est ça que tu m'as dit ? » je demande en redirigeant mon regard curieux vers elle.

@Lloyd River
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Jude River | 36 ans | Soeur ainée de Lloyd River


Dés qu’elle ouvre la bouche, avec son grand sourire… je comprends que rien ne va se passer rapidement. Elle est trop familière, trop joviale, trop… trop bruyante, en fait.
Je sens mes épaules retomber dés qu’elle me tutoie. Nan, sois pas curieuse, pitié… donne moi juste ce que je t’ai demandé, ne commence pas à…
Elle connaît Lloyd.
Elle me connaît.
Elle fait le lien. Va savoir comment. Je sais que Lloyd me ressemble beaucoup — Miles l’a dit lui même. La même tronche que Lloyd.
Oh, bon sang… Je sais même pas comment réagir. En fait, j’ai pas le temps. Elle enchaîne. Elle enchaîne. Elle s’arrête pas. Je vois l’entrée du tunnel et j’ai pas la force, ni le courage pour m’éviter de rentrer dedans.
Je la suis du regard. Je la laisse marcher. Je vais pas te suivre. J’ai pas la force, t’as trop d’énergie et t’es en train de voler la mienne, chatonne.
Chatonne ?
C’est un jobarbille, l’engin.
J’inspire par la bouche, les sourcils qui se plissent de douleur psychologique. Tais toi, je t’en prie… oh, pétard, j’avais pas encore de migraine, je sens que je vais m’en choper une dés que j’aurais quitté la boutique.

Et elle enchaine. Elle enchaine. Elle s’arrête pas. Allez, inspire, Jude. Par la bouche. Non mais le tunnel… je m’en tape… je m’en tape, bon sang… donne moi mes ingrédients…
Je hoche la tête, lentement, machinalement. Qu’est-ce que je m’en tape que t’aime pas l’odeur de la menthe poivrée ? J’ai envie de chialer. Je te jure, sur ma vie, je sens un poids terrible sur mes épaules. Au sens premier du terme. Elle m’accule.
Je la regarde s’agiter, l’oeil vide. Yama supporte ça tout les jours ? Cette femme est une vraie force de la nature, c’est pas possible. Ou alors elle se met des bouchons dés qu’elle entre ici, j’en sais rien.
Je sais même plus si je l’écoute, j’ai décroché. Pour mon propre bien, je crois. Vraiment, j’ai l’impression d’être tombée dans une embuscade. Si j’étais pas aussi mal, je serai déjà partie, je la laisserai parler toute seule. Mais j’ai pas la force.

Elle revient. Ça sera bientôt terminé. Allez, Jude, encore un petit effort.
Je lui souris, un peu. Politesse, tu vois ?
Et le sourire se fige.
Il tombe.

«… j’ai… jamais parlé de plant », je dis avec lassitude. Je ferme les yeux. « J’ai… dit que je voulais de quoi faire… une pimentine… Une pimentine… »

Je m’appuie sur le comptoir en la regardant. J’ai déjà du mal à respirer, steuplait… parler, c’est un enfer. Me fais pas répéter.
Sinon… je sais même pas ce que je vais faire. Je veux juste de quoi me faire une Pimentine. C’est pas si compliqué, quand même.

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PNJ Présent : Miles Bowers

Rapidement, mes yeux retournent sur la fiche d'inventaire et je fronce les sourcils : comme je m'en doutais, on n'a plus vraiment de plants frais. Généralement, on les commande en début de semaine pour qu'ils ne perdent pas en qualité sans devoir trop en prendre soin et avec le temps froid qui gronde, les potionnistes en herbe préfèrent se les approprier pour ne pas en manquer quand toute la maisonnée se lèvera avec le nez qui coule.

Je m'apprête à me tourner vers elle, une moue déçue sur le visage, et les vestiges de son sourire dont il ne reste qu'une expression interdite me confirment qu'elle est aussi dépitée que moi à l'idée qu'on n'ait plus de plants de menthe poivrée ou de romarin. Mince, Jude, Lloyd va si mal que ça que tu...
Ah ?
Pas de plant ?
La confusion renforce mon froncement de sourcils et j'ouvre légèrement la bouche, prête à lui rétorquer que je suis désolée de la décevoir au point qu'elle se détourne de sa demande initiale, mais ses mots me perdent encore un peu plus. Une seule pimentine ? Une ? Je me tapote le menton en tentant de comprendre pourquoi elle demanderait autant d'ingrédients pour la réalisation d'une unique potion aussi basique puis finis par me redresser en laissant uniquement ma hanche contre le comptoir.

« Juste une seule fiole ? Tu préfères pas... juste acheter la fiole de Pimentine ? »

De ma voix ne transpire aucun mépris, vraiment pas ! Juste... Dépenser autant d'argent quand on peut avoir le produit fini immédiatement... ?

Pff. C'est bien moi, ça. La commerciale proche de ses sous. Pourtant, je suis très mauvaise avec les chiffres, mais c'est Don qui m'a habituée à dépenser le moins possible pour moi. Pour les autres, en revanche ? Mon porte-monnaie a peur de moi.

Puis, soudainement, mon visage s'éclaire.

« Oh. Ooooh. Oh, okay, j'ai compris ! T'es prévoyante, en fait ! Lloyd est malade, donc tu pourrais potentiellement le devenir… Ou que tu l'es déjà ? Tu as toujours eu la voix aussi rauque ? J'aime beaucoup, c'est très charismatique, mais pour certaines personnes, parfois, c'est un signe avant-coureur d'une bonne bronchite », je ris avant de me réactiver vers les rayons.

Je m'enfonce un peu plus loin dans la boutique, là où je vais trouver les ingrédients un peu plus rares, et parcours les étagères du bout des doigts à la recherche du sang de salamandre de feu.

« Après, je peux aussi te récupérer deux fioles si... Ah ! Trouvé ! » Je récupère une énième fiole dans laquelle le liquide rouge visqueux trône mollement et, en revenant un peu plus près de la vitrine, je trouve les piments dans un grand bocal que je ramène vers le comptoir. « Je te mets que deux piments, alors ? Si tu n'en veux que pour une seule potion... M'enfin, si tu prends le double d'ingrédients par précaution, que tu prends une fiole entière de sang de salamandre, je... Enfin, je ne veux pas enlever les mots de ta bouche, quoi ! Ici, on donne autant d'ingrédients que nos clients le souhaitent, bien sûr. » Je lui adresse un doux sourire et retourne vers l'arrière du comptoir pour récupérer un bocal plus petit dans lequel je pourrai disposer la quantité souhaitée de piments. « Ha, les piments. Pimentine, piments... Ça vient de là, tu savais ? En même temps, c'est un peu logique. C'est à cause d'eux que nos oreilles sifflent, aussi. Et... Oh, Miles ? »

Le tintement de la clochette attire automatiquement mon regard vers l'entrée où vient de passer mon colocataire, le visage déformé par une expression de confusion et de perplexité en nous détaillant, Jude et moi. Je lui adresse un grand sourire, ignorant complètement ses yeux ahuris et l'invite d'un mouvement de la main.

« Ta copine vient acheter de quoi faire de la pimentine ! Attends... Rassure-moi, c'est pas toi qui es malade, si ? Je pensais que c'était pour Lloyd. C'est bien ça que tu m'as dit, Jude, non ?

— Qu'est-ce que... »

@Lloyd River
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Jude River | 36 ans | Soeur ainée de Lloyd River


J’ai quasi perdu mon accent irlandais à force de vivre à Londres et de côtoyer des anglais. Va pas me dire que j’étais pas compréhensible. Sans déc'. J’ai pas la voix fracassée à ce point, quand même.
Je la fixe, l’œil vitreux, et je crois sincèrement qu’elle doit lire sur ma tronche tout mon dépit. Si je voulais acheter une potion… je t’aurai demandé une potion. Même mourante, Joby', je fabriquerai moi-même ma Pimentine. Je sais le prix des potions achetées directement chez le fabriquant, crois-bien que je vais pas mettre une mornille dans un truc que je peux faire toute seule.
Va savoir si son petit coup de vendeuse nulle à lécher des cailloux, c’est pas une technique commerciale pour me faire casquer. Ou alors elle est vraiment débile, et ça explique l’amitié avec mon frère.

Elle enchaîne à nouveau sur Lloyd et sa présumée maladie. Ma sœur, regarde moi bien : tu crois franchement que je me tape cette tronche de cadavre ambulant au quotidien ? C’est vexant. C’est presque aussi vexant que ce qui suit.
J’ai une voix de début de bronchite.
La meuf. Associe ma voix. A un début de bronchite.
Je vais péter mon crâne.
Ma voix est naturellement grave. Alors, ok, je te donne ça, Jo’barbie : elle l’est plus que d’hab. Elle est cassée à force de tousser et à force de ronfler… mais dis pas ça a tes clients, en fait ? Où est-ce que Yama a trouvé cet engin ?

Je la suis du regard en m’interrogeant sur ce qu’elle prend comme petit dej’ pour être aussi… énergique et volubile. Du philtre d’euphorie en intraveineuse ? Ses parents l’ont badigeonné de Red Bull quand elle était gosse ? C’est quoi ton secret, en fait, pour invisibiliser le fait que j’en ai rien à fiche de … mais pourquoi elle me ramène deux fioles…
J’ai envie de chialer de lassitude.
Elle m’accable.
Je regrette cette envie de Pimentine comme j’ai jamais rien regretté avant. Pitié, pitié, que ça cesse. Je tiens déjà à peine debout, l’autre elle m’assomme avec ses mots par milliers. Et elle s’arrête pas ! Elle s’arrête pas ! Dis moi où sont carrées les piles avec lesquelles t’a été livrée à la naissance, en fait, que je te les arrache pour te les fiche dans la bouche.

Je vais serrer.
Elle sourit, en plus. Elle est belle comme un coeur, elle est toute douce. Un guet-apens. C’est un guet-apens. Yama la fiche là pour forcer à l’achat sans se poser de question juste pour être débarrassée de la vendeuse, c’est pas possible autrement.

J’entends le tintement des clochettes de l’entrée en même temps que le nom Miles. Mon corps fait un truc bizarre. Il se fige, et mes épaules retombent direct. Dieu merci, Bowers va prendre toute l’attention et me laisser m’échapper. Parce que c’est ce que je vais faire. Sortir du tunnel, payer ce que j’ai demandé — juste ce que j’ai demandé — et me barrer fissa.
Mais elle dit un truc qui me fait ouvrir de grands yeux.

Ta copine.

Lentement, je tourne la tête vers Miles. Mon corps est au ralenti.
Elle a pas dit ça, hein.
Ça se trouve, je suis encore au fond de mon lit, à tousser comme une bête, et là, c’est une hallucination. Auditive. Visuelle. Sensitive. Mais surtout auditive.

« J’ai … jamais dit que c’était pour Lloyd… » je corrige en fixant Miles. J’avale une goulée d’air par la bouche. Et je tousse dans mon avant bras. Une jolie quinte. Mon index se lève pour faire signe à Miles que c’est pas ma toux qui va effacer ce que j’ai entendu et qu’il va attendre sagement que je cesse de cracher mes poumons pour lui arracher les siens.

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PDV Miles

Pouah, passer par le magasin de ma mère le vendredi, je déteste ça. Sérieux, ça me gave. Le vendredi, normalement, je taffe pas et on gère les comptes le samedi. Va savoir pourquoi, Onyama Adamou a décidé qu'elle nous ferait notre fête aujourd'hui. Purée, tout ça pour... Ouais, allez, tout ça pour mes gallions un jour plus tôt. On va dire que ça passe. Au moins, un truc positif avec Apothic'Herbes, c'est que je peux y croiser Sage. Elle est trop mignonne, cette fille. Vraiment, je crois qu'elle est celle qui se rapproche le plus d'une petite sœur pour moi. Pour Sacha aussi, d'ailleurs. Un sucre.

Je pousse la porte d'entrée sur un pas nonchalant, prêt à cueillir le sourire de Sage dès qu'elle m'apercevra, mais la silhouette qui se trouve face au comptoir me bloque dans mon élan.

... Jude ?

Qu'est-ce que Jude fout ici ? Parce que c'est elle. Y a pas de doute. Sa coupe de cheveux lui va trop bien pour que je ne la reconnaisse pas, et les mains posées sur le comptoir possèdent ces mêmes dessins que j'aimerais tracer du bout des doigts si l'opportunité m'était donnée. Punaise, ouais. C'est Jude.

Oh, Miles ? Sage me repère. Casse les pieds. 'Fin, normalement non. Mais là, oui. Le corps de Jude se tend et mon regard passe de l'une à l'autre, toujours incapable de comprendre ce qu'elle fiche ici alors que je lui livre déjà des ingrédients une fois par semaine. Puis, Sage fait la gaffe que j'aurais pu voir transpirer à mille kilomètres et mes yeux s'écarquillent. Ta copine. Nan. Nan, nan, nan, nan. Sage, t'as pas dit ça. T'as pas dit ça.

Elle a dit ça.

Fais râler. Sans aucune envie, aucune, pourtant, je repose mon regard sur Jude, déjà prêt à croiser les éclairs dans ses iris.

« Qu'est-ce que... »

Ouais. Je sais pas vraiment quoi dire de plus. Pour quelqu'un avec un clapet plus gros que celui d'un focifère, là, j'ai l'air bien débile. J'avance de quelques pas, tente de déchiffrer le visage de Jude, mais à part sa mine de dix pieds de long et sa... Woah. Eh. Elle va garder ses microbes pour elle, la miss. Voilà, ton bras, il va devant ta bouche quand on tousse si fort. Elle a la crève ? Elle a la crève. Ça explique son teint blafard et ses yeux injectés de sang — en plus de l'évident outrage suite aux mots de Sage. Le besoin de pimentine aussi.

« Ah non ? » reprend Sage fronçant les sourcils. « J'étais pourtant persuadée que t'avais dit qu'il était malade. Mais... Aaaaah, mais c'est toi qui as un petit rhume, en fait ! Oh bah, heureusement que t'as Miles, alors ! Un radiateur, vraiment. Vous êtes trop mignons, tous les d-

— On n'est pas ensemble, Sage. On n'est même pas... »

Je la coupe, tentant de garder un ton posé pour ne pas l'accuser de quoi que ce soit — je la connais assez pour savoir qu'elle se fait des idées sur tout et n'importe quoi. Elle veut le mal de personne, c'est juste... Qu'elle comprend pas. Alors elle monte ses idées dans sa tête sans faire gaffe. Mes yeux, eux, en revanche, ne quittent pas Jude d'une semelle, hésitants et embêtés.

« On est associés. »

Brièvement, je repose mon regard sur Sage qui paraît encore plus perdue qu'avant. Elle va pas lâcher le morceau, je la connais. Elle s'est tellement convaincue de... Peu importe de quoi elle s'est convaincue. Elle va pas en démordre. Purée. Devant n'importe qui d'autre, j'aurais fait le malin ou rigolé. Mais devant Jude ? Ha. Devant Jude. Pétard.

« Associés ? Mais... Hein ? Mais tu m'as dit qu-

— J'ai rien dit. »

Punaise. Je marche sur des œufs, là. Jude, me tape pas. J'ai parlé à Sage, mais pas comme elle l'entend. Allez, Jude. Monte pas sur tes grands chevaux. Ton index, tu vas le ranger et tu vas pas t'énerver, d'accord ? Pas sur Sage, en tout cas. Elle pensait pas à mal.

@Lloyd River
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