Le bourdonnement du cœur AB

SOLINE THORNE
En panique -- 119 BPM
#8b2047

Vendredi 29 septembre 2051, 17h30
Gringotts
@Aelle Bristyle
CW : Crise d'angoisse

Soline ferma les yeux un instant, pour se couper du monde. Trop de monde, trop de bruit, trop d'agitation. Trop. Trop de tout. Elle tenta de se dissocier totalement du monde qui l'entourait pour se concentrer sur elle-même. Elle se raccrocha à l'idée de la paix et de la sérénité de son être, comme d'une petite bouée dans une mer trop agitée.

Ce jour, elle avait laissé Lila en charge de la boutique pour le reste de la journée afin de se rendre à Gringotts. Elle s'y rendait une fois par mois pour rembourser son prêt. Cette semaine, trouver du temps pour cela avait été compliqué, si bien qu'elle s'y était rendue à une heure que l'on pourrait qualifier de risquée. Dans l'esprit de cette chère Soline optimiste, tout irait bien. Cela ne la gênait pas d'attendre un peu. Mais c'était sans compter le week-end qui arrivait à grands pas. La foule amassée dans la banque lui avait immédiatement donné le tournis. Elle y avait tout juste posé un pied qu'elle fut frappée de plein fouet par le vacarme ahurissant, résonnant dans la bâtisse. La queue pour l'attente n'en était plus une et les gens avaient tendance à se bousculer. Son agoraphobie était mise à mal, si bien qu'elle fuyait les lieux sans se retourner.

Prise de vertiges et d'une angoisse si prenante qu'elle crut bien en faire un malaise, elle s'adossa rapidement à un poteau, non loin de là. Puis elle ferma donc les yeux, et vous connaissez la suite.

Sa respiration était terriblement saccadée, et les larmes lui montèrent aux yeux. Pourtant, si elle les gardait fermés, rien ne pourrait couler, pas vrai ? Et si les larmes n'atteignaient pas ses joues, alors elle ne pleurait pas vraiment. Une main sur le poteau pour rester stable et une pain sur son sternum, suivant de près sa respiration, Soline se trouvait dans un entre deux où elle ne savait pas encore si elle allait se calmer, ou exploser.


Dis-moi si tu veux que je modifie quoi que ce soit !

Le bourdonnement du cœur AB
29 septembre 2051
Chemin de Traverse
21 ans



Cela aussi, c'était nouveau : se rendre à Gringotts pour récupérer la bourse rebondie dans laquelle reposera mon loyer. Une moitié du prix total, comme convenu avec Kristen et à donner à notre propriétaire chaque début de moi. À chaque fois que je pénètre dans mon coffre, c'est la même chose : je suis surprise d'y voir des pièces qui continuent de s'y amasser malgré ce que je récupère pour ma vie quotidienne. Depuis peu, il semble que les colonnes de pièces ne diminuent jamais, malgré le loyer, les courses de nourriture et toutes ces dépenses ennuyantes d'une vie solitaire. Je n'ai pourtant reçu qu'un salaire jusqu'ici. Je ne savais pas que je tirerai un si grand plaisir à cette minuscule petite fortune. Loin de le dépenser, je commence au contraire à penser à ce que je pourrais en faire si je le préserve — un voyage en Afrique est en première position.

Ce jour-là, au lieu d'entrer dans Gringotts comme une conquérante pour faire ce que j'ai à y faire, je suis arrêtée par le mur compact d'une grande foule. Avec Zikomo caché dans un revers de ma cape, je regarde la foule, dubitative. Je pourrais glisser mon visage froid et mes sourcils froncés dans une file et attendre qu'arrive mon tour mais le ciel est bleu, dehors, l'air est agréable si tant est que l'on a une bonne cape et je n'ai rien fumé depuis le matin tant mon travail m'a alpagué aujourd'hui. Je décide donc d'attendre à l'extérieur, adossé à une colonne, le regard perdu sur la rue marchande qui s'étire devant moi, sinueuse et pleine de monde.

La femme arrive si soudainement que je ne la vois pas venir. J'étais seule, à l'écart des clients qui entrent et sortent de la banque, et tout à coup la voilà à mes côtés. Sur mon poteau, celui que j'ai choisi pour être tranquille. Il y a d'autres poteaux autour de nous, que je sache ! Je lui jette un drôle de regard. Elle respire fort, ses yeux sont fermés, sa main accrochée à sa poitrine. Je regarde autour de moi, pour trouver la personne qui l'accompagne. Elle n'est pas seule, n'est-ce pas ? Je ne vois personne qui s'intéresse à nous. Et elle, elle continue de ahaner.

« Vous faites quoi ? » lâché-je d'une voix froide dans laquelle se devine une légère hésitation.

En réalité, je le sais. Le souffle court, les épaules qui se soulèvent si rapidement, les yeux fermés. Pourtant, c'est cette phrase qui m'a échappé. Peut-être parce que j'aimerais mieux qu'elle ne soit pas en train de faire ce que je crois qu'elle fait. Aucune envie de gérer ça maintenant.


Tout est absolument parfait et visuel, j'ai beaucoup aimé !

Le bourdonnement du cœur AB
Soline essayait toujours de contrôler sa respiration, et avec cela son rythme cardiaque, quand une voix l'interpella soudainement. Elle sursauta, les yeux grands ouverts, cherchant frénétiquement la source de cette voix qui fut bien plus proche d'elle qu'elle ne s'y serait attendue. Elle posa finalement les yeux sur une jeune femme, appuyée contre la même colonne, l'air totalement blasée. Soline, quant à elle, la regarda avec de grands yeux ronds, qui se plissèrent ensuite au même rythme que ses sourcils pour former une moue pleine d'émotions. Son état n'était pas reluisant, et ajoutée à cela la surprise de cette interaction, lui donnait clairement envie de pleurer. De l'humidité apparut dans ses yeux, les faisant briller comme des diamants. Pour autant, aucune larme ne perlait, ni ne coulait.

"Euh, je..."

Soline ne savait pas comment répondre à cette question. Que faisait-elle ? Elle attendait ? Elle survivait ? Elle paniquait ? Tout ceci à la fois ? Mais ce n'étaient pas des choses convenables à dire à une inconnue. Et alors qu'elle essayait d'y réfléchir, malgré son esprit embrumé et engourdi par ses émotions débordantes, sa respiration devint plus saccadée encore. Elle tentait de maîtriser la chose comme elle le pouvait : se forçant à inspirer calmement par le nez, et à expirer tout aussi calmement par une bouche faiblement entrouverte. Maîtriser une crise d'angoisse était un art que même une personne anxieuse de naissance comme Soline avait beaucoup de mal à maîtriser.

Le bourdonnement du cœur AB
Ses grands yeux se tournent vers moi. Ils sont vraiment vraiment ronds et larges. Pendant un instant, je crains qu'elle se mette à pleurer car ils sont tout brillants. Mais non, pas de larme. Juste sa respiration qui s'affole, un balbutiement qui ne veut rien dire et l'impression que rien ne sortira jamais de cette bouche qui ne sait pas parler. Je la regarde fixement pendant qu'elle inspire profondément par le nez, dans l'attente qu'elle dise quelque chose. Je pense vraiment qu'elle va le faire, j'attends mais ça ne vient pas. Il me faut de longues secondes avant de comprendre que ça n'arrivera vraiment pas.

Je jette un regard embêté autour de moi. Des clients sortent et entrent dans la banque sans discontinuer. Des gens pressés qui ne nous jettent pas même un regard car nous sommes à l'écart. Il n'y a que moi, face à elle. Et Zikomo que je sens bouger contre mon cou. La femme inspire par le nez, de très longues inspirations que me rappellent celles que je prends quand l'angoisse devient trop forte. Ça m'arrive encore parfois, quand je suis allongée sur mon lit et que j'observe longuement le plafond en imaginant que là, juste au-dessus, se trouve Kristen. Le problème, c'est que je ne sais déjà pas comment me gérer moi-même quand ça arrive, alors cette inconnue ? Aucune envie de lui dire de respirer en même temps que moi et toutes ces conneries, j'ai pas que ça à faire.

« Fais quelque chose, Aelle, » murmure Zikomo en sortant son petit museau bleu du revers de ma cape.

Je claque la langue, agacée. Oui, c'est bon ! C'est bon, je sais que je dois faire quelque chose. Elle va me claquer entre les doigts, sinon, et je n'ai pas envie qu'on s'intéresse de trop près à moi ni à ma baguette. D'ailleurs en parlant de baguette... Je la dégaine, hésitante. C'est le visage de la femme qui me convainc. J'en ai assez de le voir, il me rappelle le mien.

« Euh... Je vais tenter un truc, » j'annonce d'une voix brute.

Je suis déjà bien gentille de la prévenir. Si ça ne fonctionne pas... Tant pis. Je ferme les yeux et me concentre. J'imagine la forêt autour du domaine de mes parents. Une forêt primitive et sauvage, au sol recouvert de grosses racines et de vieilles souches. Elle n'aura que l'image et pas le son mais il ne faut pas trop m'en demander, non plus.

« Dilludere. »

Il ne se passe rien pour moi. Mais elle, elle devrait voir une forêt tout autour d'elle. Ça la choquera peut-être assez pour qu'elle se calme.

Le bourdonnement du cœur AB
Puis, soudain, une forêt. Tout autour d'elle. Sortie de nulle part. Soline tressaillit, surprise par ce qu'elle voyait. Elle regarda sa main, en toute logique appuyée sur un pilier de la devanture de la banque sorcière, mais elle la voyait fermement pressée sur l'écorce épaisse et foncée d'un arbre centenaire. D'autres de ces végétaux s'étendaient à perte de vue. Elle pouvait voir le vent chatouiller les feuilles et, si les sons de la rue commerçante ne la ramenaient pas un minimum à la réalité, elle jurerait entendre les petits oiseaux chanter. Cette vue était tout simplement belle et apaisante. Soline adorait la forêt, plus que tout.

Sans qu'elle ne s'en rende compte, trop occupée à regarder partout autour d'elle avec de grands yeux, sa respiration s'était progressivement calmée, jusqu'à redevenir quasiment normale. Une petite larme roula le long de sa joue droite, sans doute émue par la vue et soulagée d'être enfin sortie de sa tempête d'émotions.


"Merci." souffla-t-elle à l'inconnue, en espérant qu'elle soit toujours là. Elle serait bien dans l'embarras de se retrouver coincée dans une forêt qui n'existait pas.

"Je ne supporte pas les foules." avoua-t-elle, peut-être à cette inconnue, peut-être dans le vide.

Ses joues commencèrent à rougir d'embarras. Quelle situation bien cocasse, quelle manière peu élégante de faire la rencontre d'une nouvelle personne. Pour une timide comme elle, c'était bien l'un des pires scénarios qu'elle aurait pu imaginer.

Le bourdonnement du cœur AB
Son regard se fait vague. Elle voit des choses que personne d'autre autour d'elle ne peut voir. Moi, je reste bien ancrée dans notre réalité, devant la banque, encore adossée au poteau. Je suis concentrée sur mon sortilège et sur l'illusion que je lui fais vivre. Mais je remarque que son souffle s'apaise. Comme je l'espérais, la surprise de se retrouver ailleurs l'aide à retrouver pied. Devrais-je tenter ce sortilège sur moi-même quand mon angoisse se fait trop forte ? L'effet sur la femme est flagrant : son visage se détend, ou du moins est moins crispé. Et... Je grimace, gênée. C'est une larme, là ? Oui, c'en est une. Une larme. Qu'elle ne me demande pas de la réconforter car je n'en ai pas la moindre envie.

Je détourne les yeux vers la ruelle qui s'étire, loin devant moi. Elle me remercie. Bon, au moins est-elle capable de parler. Et de s'expliquer, on dirait. C'est la foule, qui la dérange ? C'est vrai que la banque est particulièrement remplie en ce vendredi soir, même d'ici on entend le bruit des discussions de l'intérieur car les portes ne cessent de s'ouvrir pour laisser passer des clients. Même sur le Chemin, il y a pleins de passants. À croire que tout le monde s'est donné le rendez-vous pour venir ce soir. Si elle n'aime pas la foule, qu'est-ce qu'elle fiche là ?

« Faut pas venir sur le Chemin de Traverse si vous n'aimez pas les foules, » remarqué-je d'une voix froidement amusée en secouant la tête.

Evidemment, elle ne voit pas ce mouvement. Elle ne voit rien. Je tourne la tête vers elle. C'est plus facile de la regarder quand je sais qu'elle ne peut pas me voir. Ses yeux sont ouverts sur le vide. Mais je sais qu'elle voit en fait une forêt et là bas entre deux arbres, elle peut même apercevoir la clairière dans laquelle se trouve tout un tas de gros rochers. C'est l'endroit où nous faisions nos cabanes, enfants, avec mes frères. Moi, je ne vois rien de tout cela. C'est elle que je vois. Ses joues sont toutes rouges. L'émotion, très certainement.

« Dites-moi quand je peux arrêter le sortilège, je lui lance en sortant mon paquet de cigarettes de ma poche. Je peux encore le maintenir. »

Je glisse un tube de tabac entre mes lèvres. Et je réalise seulement maintenant que je ne peux pas l'allumer puisque ma baguette est occupée à autre chose. Un petit rire me parvient de loin : ça amuse bien Zikomo, on dirait. Je secoue l'épaule pour le déstabiliser et lui faire ravaler son rire.