Le Musée des dessins ratés
✎ ─── NOTES ÉCRITES DANS LA MARGE ───
« Je ne vois pas ce qu'il y a de compliqué : c'est un dragon, et ça, c'est un château. »
27 août 2051 · Fin d'après-midi · Covent Garden, Londres
Vacances avant sa deuxième année · avec @Lila Rose
À Covent Garden, il y avait deux sortes de gens : ceux qui savaient manifestement ce qu'ils faisaient et ceux qui prétendaient très bien le savoir. Matthew appartenait à la deuxième catégorie, mais il estimait que la différence n'était pas toujours visible.
Installé sur un banc à quelques pas de la place, il avait posé son carnet sur ses genoux, ses crayons à sa droite et un petit sac à sa gauche. Il devait simplement patienter pendant quelques emplettes familiales. Une vingtaine de minutes, lui avait-on dit. C'était largement suffisant pour accomplir quelque chose d'important. Un chef-d'œuvre, par exemple.
Son idée de départ était excellente : un château, avec de hautes tours, et un dragon perché sur la plus grande. Il avait commencé par les tours. Puis il avait voulu leur ajouter des fenêtres, mais certaines s'étaient retrouvées plus grandes que les portes. Il avait ensuite dessiné le dragon, dont une aile ressemblait un peu à une feuille de chou et l'autre à un parapluie accidenté. Ce n'était pas grave. Les dragons ne sont pas obligés d'être symétriques. Enfin, j'espère.
Matthew recula son carnet à bout de bras, plissa les yeux, puis le tourna légèrement.
— Parfait.
Il le remit droit.
— Enfin, presque.
Le principal problème, c'était cette chose au milieu du dessin. Il s'agissait évidemment de la tête du dragon, mais elle semblait avoir pris une décision sans consulter le reste du corps. Matthew effaça une ligne, en ajouta deux et obtint un résultat encore moins convaincant. Il réfléchit. Une corne arrangerait peut-être tout. Il dessina une corne. À présent, son dragon ressemblait à quelque chose qui aurait pu travailler dans une ferme.
Il soupira, moins découragé qu'offensé par le manque de coopération de son propre crayon.
— Il faut vraiment que tu fasses un effort, toi.
À quelques mètres, un artiste de rue récoltait les applaudissements d'une petite foule. Matthew leva la tête vers lui, puis examina de nouveau sa page. Il aurait pu dessiner la scène qui se déroulait devant ses yeux, comme n'importe quelle personne raisonnable. Mais il avait choisi un château et un dragon, et abandonner maintenant aurait été une capitulation honteuse.
Il ajouta trois traits pour la fumée, davantage pour donner l'impression qu'il savait où il allait que par nécessité. Puis il eut une idée : ce dessin n'avait peut-être rien de raté. Peut-être était-il simplement trop compliqué pour être compris du premier coup. Il lui fallait donc l'avis d'une autre personne. Un avis neutre. Et, surtout, quelqu'un qui n'aurait pas vu le modèle imaginaire dans sa tête.
Matthew posa son crayon et regarda les passants avec une gravité inhabituelle. Il tenait son carnet ouvert, le dessin bien visible, prêt à soumettre son œuvre à un examen décisif.
— Bon… murmura-t-il. Il me faut un expert. Ou au moins quelqu'un qui a des yeux.
✎ ── 468 mots
Deuxième Année RP
Couleur de dialogue : #7A4338
Le Musée des dessins ratés
Le vendredi 27 août 2051, après-midi
Covent Garden, Londres
Covent Garden, Londres
Covent Garden, c'est le genre d'endroit qui me fait penser que je suis faite pour vivre à Londres. Je suis né londonienne pour une bonne raison. C'est le genre d'endroit où l'art passe avant tout. Je sens le vents souffler sur mes cheveux. La légère brise de fin août me plait. Je regarde les fleurs sur les devantures des maisons. Puis je m'arrête. Un artiste est en train de jouer un morceau. La musique ça me transporte. Si je pouvais en jouer, je passerais mes journées à pratiquer cet art sans m'arrêter. Je serais devenue un oiseau chanteur. Les gens applaudissent, jettent des pièces dans l'étui de son instrument. Je regarde dans mes poches. Ah. Je n'ai que de la monnaie du monde sorcier. Mes galions ne risquent pas de servir à cette personne. Je me détourne, un peu coupable.
Je m'arrête un instant pour l'écouter jouer un nouveau morceau. Je n'avais pas prévu d'écouter un musicien jouer aujourd'hui. Je comptais me rendre à Monmouth Street pour observer la fresque de la princesse Diana. J'aime la musique, profondément, mais le dessin reste une chose qu'aucun autre art ne peux remplacer dans mon cœur. Cependant, il faut le dire. Ce musicien est doué. J'applaudis légèrement dans mes mains en l'observant. C'est difficile de vivre de son art. C'est difficile de trouver le courage de mettre de côté son anxiété pour montrer au monde ce dont on est capable. La fresque d'Apothic'Herbes est ma limite. Jamais je ne pourrais poser mon chevalet au milieu de la rue et me mettre à dessiner. Je n'en trouverais pas le courage.
Je m'éloigne avant la fin de la chanson. À bien y réfléchir, je n'ai rien à lui donner. Je préfère laisser ma place à quelqu'un avec de l'argent moldu en poche. Il en aura grandement besoin.
Mes yeux croisent un petit garçon. Il est seul. Je tourne la tête pour regarder autour de moi. Par les moustaches de Merlin, pourquoi diable, je ne croise des enfants que quand ils sont seuls ? Je n'arrive pas à laisser couler. Ça me provoque de l'anxiété. Il dessine. C'est mon occasion de trouver un sujet de discussion et de garder un œil sur lui. Je m'approche, je me penche au-dessus de son épaule. Je regarde le dessin et... Merlin ! Quelle est cette horreur ? C'est censé représenter quoi ? Une vache ? Une vache sur une fourchette ? Je plisse les yeux. Je ne comprends vraiment pas ce que c'est.
"Qu'est-ce que tu dessines ?"
Pourquoi diable cet enfant dessine-t-il des vaches qui se font piquer par une fourchette ? Pourquoi cette vache a-t-elle un chou et un parapluie à côté de son corps ? Est ce une nouvelle forme d'art abstrait ?
"C'est... Très spécial. Tu as fait un vrai dessin... Original."
468 mots
Et Zé partiiii
Fervente défenseuse du Lllien et du Thoood Agent Colibri des Grimms Merci Émeline Joyner pour le Vava Justicière improvisée de l'Allée #ad0c5a pour Lila
Le Musée des dessins ratés
Matthew avait espéré plusieurs réactions en montrant son dessin. De l'admiration, évidemment. Une question sur son incroyable maîtrise des proportions, éventuellement. Mais « très spécial » n'avait pas figuré dans ses prévisions.
Il releva les yeux vers la jeune femme, puis les baissa vers son carnet. Il était difficile de savoir si elle lui faisait un compliment ou si elle cherchait gentiment un moyen de ne pas lui en faire. Original, c'est quand même un peu suspect.
— Original comment ?
Il fronça légèrement les sourcils, sans paraître vexé pour autant.
— Parce que ma mère dit aussi « original » quand elle ne sait pas quoi dire. Une fois, elle a dit ça à propos d'un bateau que j'avais fabriqué. Il a coulé dans la baignoire avant même que je monte dedans. Enfin, pas moi. Le petit bonhomme.
Il réalisa qu'il s'éloignait du sujet et redressa aussitôt son carnet, comme pour présenter une pièce à conviction. La question de la jeune femme était pourtant simple : qu'est-ce qu'il dessinait ? Peut-être fallait-il commencer par là.
— C'est un dragon. Sur un château.
Il prononça ces mots avec le sérieux d'un guide devant une œuvre particulièrement célèbre, puis désigna la forme à gauche, et celle à droite.
— Là, c'est sa tête. Et ça, c'est son aile.
Son doigt resta suspendu un instant.
— L'autre aussi, c'est une aile. Elles ne sont pas pareilles parce que… il tourne.
Il observa de nouveau son dessin. Le dragon avait effectivement l'air de tourner, mais plutôt dans le sens où quelqu'un l'aurait attrapé par la queue et fait pivoter un peu trop vite. Matthew décida de ne pas développer.
— Et en dessous, c'est le château. Les trucs pointus, ce sont les tours. J'ai fait de grandes fenêtres pour qu'on les voie de loin.
Ce n'était pas tout à fait vrai. Les fenêtres étaient devenues immenses parce qu'il avait eu la main un peu lourde, mais cela lui semblait être une explication nettement moins intéressante.
Il s'apprêtait à ajouter quelque chose sur les écailles du dragon quand une idée le traversa. Au lieu de défendre son œuvre davantage, il prit soudain un air intéressé.
— Attends. Si je t'avais rien expliqué, tu aurais cru que c'était quoi ?
Il tourna le carnet vers elle, sans ajouter le moindre indice.
— Tu peux dire la vérité, hein. Même si c'est affreux. Surtout si c'est affreux, en fait.
Il releva les yeux vers la jeune femme, puis les baissa vers son carnet. Il était difficile de savoir si elle lui faisait un compliment ou si elle cherchait gentiment un moyen de ne pas lui en faire. Original, c'est quand même un peu suspect.
— Original comment ?
Il fronça légèrement les sourcils, sans paraître vexé pour autant.
— Parce que ma mère dit aussi « original » quand elle ne sait pas quoi dire. Une fois, elle a dit ça à propos d'un bateau que j'avais fabriqué. Il a coulé dans la baignoire avant même que je monte dedans. Enfin, pas moi. Le petit bonhomme.
Il réalisa qu'il s'éloignait du sujet et redressa aussitôt son carnet, comme pour présenter une pièce à conviction. La question de la jeune femme était pourtant simple : qu'est-ce qu'il dessinait ? Peut-être fallait-il commencer par là.
— C'est un dragon. Sur un château.
Il prononça ces mots avec le sérieux d'un guide devant une œuvre particulièrement célèbre, puis désigna la forme à gauche, et celle à droite.
— Là, c'est sa tête. Et ça, c'est son aile.
Son doigt resta suspendu un instant.
— L'autre aussi, c'est une aile. Elles ne sont pas pareilles parce que… il tourne.
Il observa de nouveau son dessin. Le dragon avait effectivement l'air de tourner, mais plutôt dans le sens où quelqu'un l'aurait attrapé par la queue et fait pivoter un peu trop vite. Matthew décida de ne pas développer.
— Et en dessous, c'est le château. Les trucs pointus, ce sont les tours. J'ai fait de grandes fenêtres pour qu'on les voie de loin.
Ce n'était pas tout à fait vrai. Les fenêtres étaient devenues immenses parce qu'il avait eu la main un peu lourde, mais cela lui semblait être une explication nettement moins intéressante.
Il s'apprêtait à ajouter quelque chose sur les écailles du dragon quand une idée le traversa. Au lieu de défendre son œuvre davantage, il prit soudain un air intéressé.
— Attends. Si je t'avais rien expliqué, tu aurais cru que c'était quoi ?
Il tourna le carnet vers elle, sans ajouter le moindre indice.
— Tu peux dire la vérité, hein. Même si c'est affreux. Surtout si c'est affreux, en fait.
✎ ── 403 mots, @Lila Rose
Deuxième Année RP
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Le Musée des dessins ratés
Ouch. Il a compris "qu'original" n'était pas un super compliment. D'habitude, quand je dis "original", je le pense vraiment. Ce mercredi, quand j'ai dit à Léandre que son prénom était original, je me suis dit : "Wow, le prénom de dingue". Mais il est vrai que devant le dessin, on était plus sur un "Merlin ! Quelle horreur !"
"Désolée, j'ai voulu complimenter ton dessin et c'est la première chose qui m'est venue. Le truc du bateau, tu l'as fait en papier ? Si tu veux un conseil, évite les origamis qui forment un triangle au milieu. Ce modèle de pliage est trop ouvert sur les côtés, l'eau rentre facilement. Tente plutôt de dégager le milieu et de renforcer les côtés."
Je l'écoute m'expliquer son dessin. Ce n'était pas une vache, mais un dragon. Le parapluie et le chou, ce sont des ailes. Des ailes ? Pourquoi a-t-il une aile en rond et l'autre grande ouverte ? Il fait comment pour voler, cet animal ? Les Moldus ne s'y connaissent vraiment pas en dragons, hein ?
Comment ça, il tourne ? Pourquoi tourne-t-il ? Il me faut des explications. Pourquoi un dragon sur un château tourne-t-il ? Il a l'ambition de devenir ballerine ?
C'est rassurant, ce n'est pas une fourchette géante qui pique l'animal. Merlin, c'est un château. Bon. Sur ce coup-ci, je n'ai vraiment pas géré. Le château n'était pas si difficile à deviner. Son dessin respire la mignonnerie. C'est moi, la vilaine adulte qui juge son dessin.
"Je vais être honnête. Je pensais que c'était une vache avec un parapluie et un chou qui se fait piquer le derrière."
Je ris légèrement en me laissant tomber près de lui. Je suis méprisante avec les jeunes artistes. C'est le genre de chose que pourrait faire Papa. Je suis dingue. Je ne respire pas assez l'énergie d'une vendeuse de sucre joyeuse. Les enfants vont me fuir si je perds ma capacité à les comprendre.
"Désolée, maintenant, que tu le dis, je le vois ton dragon sur le château. Pourquoi il tourne, d'ailleurs ?"
Je sors mon carnet à dessin et mes crayons. Je comptais dessiner la fresque représentant Lady Diana, mais je peux bien me permettre une séance de dessin avec un enfant, non ?
"Je vais te dessiner un truc aussi, ok ? Euh ... Une citrouille qui danse, ça te tente ? Ou un fantôme qui se cache ? Je ne suis pas très forte en dessin. Je dessine beaucoup de fleurs. Je peux te dessiner une fleur. Oh ! Un fantôme avec une fleur dans la main. Ça te dit ?"
435 mots
"Désolée, j'ai voulu complimenter ton dessin et c'est la première chose qui m'est venue. Le truc du bateau, tu l'as fait en papier ? Si tu veux un conseil, évite les origamis qui forment un triangle au milieu. Ce modèle de pliage est trop ouvert sur les côtés, l'eau rentre facilement. Tente plutôt de dégager le milieu et de renforcer les côtés."
Je l'écoute m'expliquer son dessin. Ce n'était pas une vache, mais un dragon. Le parapluie et le chou, ce sont des ailes. Des ailes ? Pourquoi a-t-il une aile en rond et l'autre grande ouverte ? Il fait comment pour voler, cet animal ? Les Moldus ne s'y connaissent vraiment pas en dragons, hein ?
Comment ça, il tourne ? Pourquoi tourne-t-il ? Il me faut des explications. Pourquoi un dragon sur un château tourne-t-il ? Il a l'ambition de devenir ballerine ?
C'est rassurant, ce n'est pas une fourchette géante qui pique l'animal. Merlin, c'est un château. Bon. Sur ce coup-ci, je n'ai vraiment pas géré. Le château n'était pas si difficile à deviner. Son dessin respire la mignonnerie. C'est moi, la vilaine adulte qui juge son dessin.
"Je vais être honnête. Je pensais que c'était une vache avec un parapluie et un chou qui se fait piquer le derrière."
Je ris légèrement en me laissant tomber près de lui. Je suis méprisante avec les jeunes artistes. C'est le genre de chose que pourrait faire Papa. Je suis dingue. Je ne respire pas assez l'énergie d'une vendeuse de sucre joyeuse. Les enfants vont me fuir si je perds ma capacité à les comprendre.
"Désolée, maintenant, que tu le dis, je le vois ton dragon sur le château. Pourquoi il tourne, d'ailleurs ?"
Je sors mon carnet à dessin et mes crayons. Je comptais dessiner la fresque représentant Lady Diana, mais je peux bien me permettre une séance de dessin avec un enfant, non ?
"Je vais te dessiner un truc aussi, ok ? Euh ... Une citrouille qui danse, ça te tente ? Ou un fantôme qui se cache ? Je ne suis pas très forte en dessin. Je dessine beaucoup de fleurs. Je peux te dessiner une fleur. Oh ! Un fantôme avec une fleur dans la main. Ça te dit ?"
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Le Musée des dessins ratés
Matthew ouvrit la bouche pour défendre son bateau, puis la referma. La jeune femme venait de lui donner un véritable conseil de construction navale. C’était inattendu. Il baissa les yeux vers son carnet, comme si le naufrage en question avait eu lieu entre deux pages.
— Oui, en papier ! J’avais voulu lui faire une cabine, sauf qu’il y avait un trou juste au milieu. J’avais dit que c’était pour laisser entrer l’air. Apparemment, l’eau aussi était intéressée.
Il nota mentalement l’histoire des côtés à renforcer. Si elle savait comment empêcher un bateau en papier de couler, elle devait connaître deux ou trois choses utiles. Ce qui rendit sa confession suivante encore plus saisissante.
— Une vache ?
Il regarda le dessin. Puis la jeune femme. Puis le dessin encore. Une vache avec un parapluie et un chou, piquée au derrière. Il essaya de retrouver le dragon qu’il avait si clairement imaginé quelques minutes plus tôt. Malheureusement, la vache avait pris toute la place. Et pire encore : il voyait parfaitement le parapluie.
— Oh non. Maintenant que tu l’as dit, je vois la vache aussi.
Un rire lui échappa. Il pointa la corne du bout du doigt, en secouant la tête.
— Mais je tiens à préciser qu’elle n’est pas censée se faire piquer le derrière. Elle... enfin, pas la vache mais le dragon, il... essaie de se poser sur une tour. C’est pour ça qu’il tourne. J’ai juste dessiné le virage un peu trop serré.
Il fronça le nez devant son explication. Cela n’améliorait pas vraiment les perspectives de vol de l’animal. Mais quand la jeune femme sortit son propre carnet, l’idée de sauver la réputation du dragon cessa brusquement d’être sa priorité. Il se redressa, ravi d’avoir trouvé quelqu’un qui acceptait de jouer.
— Attends, attends ! Ne me dis pas ce que tu vas dessiner ! Tu viens de me donner toutes les réponses possibles. Maintenant, si je dis « fantôme », tu sauras pas si j’ai deviné ou si je t’ai juste écoutée.
Il se décala pour lui laisser davantage de place, rassembla ses crayons qui menaçaient de tomber et tira son carnet contre lui, avec un sérieux presque solennel.
— Et si tu dessines beaucoup de fleurs, tu dois quand même être meilleure que moi. Mes fleurs ont tendance à finir avec des dents. Je sais pas pourquoi.
Il jeta un dernier regard à son dragon-vache. Sa première envie avait été de gommer l’aile-parapluie. Il reposa pourtant sa gomme sans l’utiliser.
— En fait, je vais le garder comme ça. Tu as vu une vache là où j’avais mis un dragon. C’est presque deux dessins pour le prix d’un.
Il prit un crayon et écrivit au bas de la page, d’une écriture appliquée : « La vache qui se prenait pour un dragon ». Puis, fier de son titre, il posa son carnet face contre ses genoux et tourna la tête vers le musicien, pour laisser sa voisine dessiner en paix.
— À toi. Je regarde pas pendant que tu dessines. Mais je préviens : si c’est un fantôme qui se cache, ça va être difficile de vérifier qu’il est bien là.
Il hésita, puis se retourna juste assez pour ajouter, avec un sourire :
— Au fait, moi, c’est Matthew.
— Oui, en papier ! J’avais voulu lui faire une cabine, sauf qu’il y avait un trou juste au milieu. J’avais dit que c’était pour laisser entrer l’air. Apparemment, l’eau aussi était intéressée.
Il nota mentalement l’histoire des côtés à renforcer. Si elle savait comment empêcher un bateau en papier de couler, elle devait connaître deux ou trois choses utiles. Ce qui rendit sa confession suivante encore plus saisissante.
— Une vache ?
Il regarda le dessin. Puis la jeune femme. Puis le dessin encore. Une vache avec un parapluie et un chou, piquée au derrière. Il essaya de retrouver le dragon qu’il avait si clairement imaginé quelques minutes plus tôt. Malheureusement, la vache avait pris toute la place. Et pire encore : il voyait parfaitement le parapluie.
— Oh non. Maintenant que tu l’as dit, je vois la vache aussi.
Un rire lui échappa. Il pointa la corne du bout du doigt, en secouant la tête.
— Mais je tiens à préciser qu’elle n’est pas censée se faire piquer le derrière. Elle... enfin, pas la vache mais le dragon, il... essaie de se poser sur une tour. C’est pour ça qu’il tourne. J’ai juste dessiné le virage un peu trop serré.
Il fronça le nez devant son explication. Cela n’améliorait pas vraiment les perspectives de vol de l’animal. Mais quand la jeune femme sortit son propre carnet, l’idée de sauver la réputation du dragon cessa brusquement d’être sa priorité. Il se redressa, ravi d’avoir trouvé quelqu’un qui acceptait de jouer.
— Attends, attends ! Ne me dis pas ce que tu vas dessiner ! Tu viens de me donner toutes les réponses possibles. Maintenant, si je dis « fantôme », tu sauras pas si j’ai deviné ou si je t’ai juste écoutée.
Il se décala pour lui laisser davantage de place, rassembla ses crayons qui menaçaient de tomber et tira son carnet contre lui, avec un sérieux presque solennel.
— Et si tu dessines beaucoup de fleurs, tu dois quand même être meilleure que moi. Mes fleurs ont tendance à finir avec des dents. Je sais pas pourquoi.
Il jeta un dernier regard à son dragon-vache. Sa première envie avait été de gommer l’aile-parapluie. Il reposa pourtant sa gomme sans l’utiliser.
— En fait, je vais le garder comme ça. Tu as vu une vache là où j’avais mis un dragon. C’est presque deux dessins pour le prix d’un.
Il prit un crayon et écrivit au bas de la page, d’une écriture appliquée : « La vache qui se prenait pour un dragon ». Puis, fier de son titre, il posa son carnet face contre ses genoux et tourna la tête vers le musicien, pour laisser sa voisine dessiner en paix.
— À toi. Je regarde pas pendant que tu dessines. Mais je préviens : si c’est un fantôme qui se cache, ça va être difficile de vérifier qu’il est bien là.
Il hésita, puis se retourna juste assez pour ajouter, avec un sourire :
— Au fait, moi, c’est Matthew.
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