RPG-PV Un renard, approximativement

✎ ─── NOTES ÉCRITES DANS LA MARGE ───
« Je crois que j'ai trouvé un renard. Enfin, presque. »
Mercredi 16 août 2051 · 17 h 30 · Campagne près de Godric's Hollow
Vacances avant la deuxième année · avec @Aelle Bristyle

Les alentours de Godric's Hollow étaient décidément plus intéressants que ce que Matthew avait prévu. Il avait quitté le village avec son carnet sous le bras, officiellement pour dessiner le paysage. Officieusement, il espérait surtout trouver quelque chose qui méritait davantage qu'une colline et trois arbres. Les collines étaient très bien, évidemment, mais elles avaient le défaut de rester des collines même quand on les observait pendant vingt minutes.

Il s'était installé au bord d'un chemin, sur une pierre suffisamment plate pour servir de siège, et avait entrepris de dessiner un vieux muret. Après avoir recommencé quatre fois la même ligne, il avait décidé que le muret manquait cruellement de personnalité. C'est là qu'il aperçut quelque chose, un peu plus loin.

Au premier coup d'œil, c'était un renard. Au deuxième, Matthew n'en était déjà plus aussi sûr. La silhouette avait bien des oreilles pointues, quatre pattes et une queue, mais son noir n'avait rien de celui d'un pelage ordinaire. On aurait dit qu'un artiste avait laissé couler toute son encre au mauvais endroit et que la tache avait trouvé le moyen de partir se promener. Matthew cligna des yeux, regarda son carnet, puis revint à l'animal. Cette fois, les arbres pouvaient attendre.

Il tourna une page et écrivit soigneusement : Observation n° 1 : renard ? Après une seconde de réflexion, il ajouta un deuxième point d'interrogation. Il avait appris qu'il valait mieux reconnaître ce qu'on ignorait avant de commencer une expérience. Ce qui ne l'empêchait pas, en général, de commencer l'expérience quand même.

Le premier croquis fut un désastre. Il avait fait les oreilles beaucoup trop longues et la queue beaucoup trop courte. Sur le deuxième, en voulant corriger la queue, il avait donné au renard l'allure d'une brosse à cheminée qui aurait développé des pattes. Matthew mordilla le bout de son crayon. Le problème, concluait-il, venait probablement du modèle. C'était plus réconfortant que d'accuser son propre talent.

Il se releva, avança prudemment de quelques pas sur le chemin, puis s'arrêta. Il ne voulait pas effrayer la créature. Seulement mieux voir comment ses contours pouvaient sembler aussi nets et aussi impossibles à fixer sur le papier. Était-ce un animal ensorcelé ? Une peinture sortie de son cadre ? Il lui aurait fallu beaucoup plus de place dans la marge pour noter toutes les possibilités.


— Si tu pouvais juste rester comme ça une petite minute…

Il avait murmuré cela en levant son carnet à hauteur des yeux, avec l'air concentré d'un scientifique devant une découverte majeure. Il ne lui vint absolument pas à l'esprit que quelqu'un pouvait trouver étrange de voir un garçon de son âge, à moitié caché derrière un carnet, en train de dessiner un renard inconnu depuis le bord d'un chemin.

Puis il baissa le carnet pour comparer son œuvre à l'original. Il fronça les sourcils. Sur le papier, son renard avait désormais une tête de lapin contrarié.

— Bon. C'est pas encore tout à fait ça.

Et, sans penser une seule seconde à regarder autour de lui, Matthew se remit à dessiner avec un sérieux admirablement disproportionné.

✎ ── 504 mots
Dernière modification par Matthew Stevens le 14 oct. 2026, 16:02, modifié 1 fois.

Deuxième Année RP
Couleur de dialogue : #7A4338

RPG-PV Un renard, approximativement
Mercredi 16 août 2051
Godric's Hollow
21 ans



« Mais pourquoi y a-t-il tant d'imprévus dans ce sortilège, alors ? » marmonné-je pour moi-même d'une voix exaspérée.

Je baisse le livre que je tiens habilement d'une seule main et penche la tête pour offrir mon soupir fatigué au ciel bleu. Un soleil de plomb règne aujourd'hui. J'ai laissé de côté mes habituelles capes, même les plus légères, et les ai troqué contre un tee-shirt tout simple qui s'associe avec un short tout aussi simple qui descend jusqu'aux genoux. J'ai l'air d'une moldue. D'une moldue exaspérée par le lourd grimoire qui n'a pas du tout l'air moldu, lui, si l'on en croit le titre : « Les sortilèges et leurs inconnues ». Cela fait plusieurs jours que je le potasse. J'ai déjà un nombre incalculable de notes et j'ai glissé presque autant de petits commentaires dans les marges. Pourtant, me voilà perdue dans la vieille ville de Godric's Hollow en train de me questionner et je n'ai rien pour écrire.

La faute de Zikomo, bien entendu. Bon, peut-être pas entièrement. Il n'a pas voulu que nous sortions nous balader dans la campagne de Tillyhouse. Pourtant, je le lui ai proposé quand il m'a tanné pour sortir pour la troisième fois parce que, soit disant : je n'ai pas sorti le nez de mes bouquins depuis trois jours. Le savoir n'attend pas, Zikomo. Il n'attend pas. J'ai gracieusement accepté d'accompagner Monsieur la Mémoire d'Uagadou, célèbre compagnon de ces messieurs-dames les directeurs et directrices de l'école africaine, dernier Mngwi connu de son état, anciennement Messager des rêves se remplir la panse sur son terrain de chasse favori, à la condition d'emporter mon livre avec moi. Comme si les mulots étaient plus gras ici plutôt qu'ailleurs. Parfois, Zikomo est très difficile.

Je l'ai laissé partir en avant. Je me fiche de ce qui m'entoure, je me fiche des bruits de la ville, je me fiche des petites ruelles si mignonnes à regarder (« Regarde ce drôle de pot de fleurs ! » m'a dit Zikomo tout à l'heure), je me fiche des pots de fleurs, je me fiche de ses mulots, je me fiche de...

Je m'arrête net dans le tournant du chemin. La campagne anglaise s'étire loin sur l'horizon, avec ses verdoyantes collines, ses arbres heureux et le ciel sur immaculé. Mais ce qui attire mon regard n'est pas le paysage mais cette petite chose au bord du chemin. Je ne parle pas de Zikomo. Zikomo resplendit comme un joyau sous une lumière trop forte, avec son pelage. Non, je parle de cette autre chose. Du genre humain. Masculin. Indéniablement jeune. Et bien trop concentré sur mon infernal ami. Il tient entre les mains un carnet et impossible de se méprendre : il dessine. Il dessine Zikomo.

Comme je me tiens à l'orée de son champ de vision, il ne m'a pas vue. Sans guère y penser, je me déplace sur la gauche, foulant de mes sandales une herbe sèche qui me chatouille les doigts de pied. Ainsi, je serai moins visible. Et qu'est-ce qu'il... Mais oui, il se lève ! Il s'approche de Zikomo qui s'est assis au bord du chemin. Il a vu le gosse, j'en suis absolument certaine. Il se laisse faire, comme l'idiot comique qu'il est. Je serre les mâchoires, réfléchissant à toute vitesse : arriver derrière le gosse et lui faire peur pour punir sa curiosité ? arriver frontalement et lui dire de déguerpir ? m'amuser ?

Incapable de savoir que j'ai déjà pris ma décision, je m'approche à pas feutrés de la chose enfantine après avoir glissé un doigt entre les pages de mon livre. Une fois suffisamment proche, je tends la nuque pour apercevoir son carnet. Je suis obligé de pincer les lèvres pour ne pas expulser un rire moqueur. C'est vraiment mal dessiné, c'est une insulte aux Mngwis, ce n'est pas possible. Par dessus la silhouette du garçon, je capte le regard de mon ami et découvre dans ses yeux modérés une étincelle amusée. Bien, mon cher ami. Jouons.

« Est-ce un fennec ? » demandé-je soudainement.

Bien que consciente du risque que cette intervention soudaine effraie le garçon, je ne recule cependant pas et garde un visage exempt de toute émotion, mon regard sérieux posé sur l'horrible dessin.

RPG-PV Un renard, approximativement
Matthew sursauta si brusquement que son crayon traça une longue ligne à travers la page. Il baissa aussitôt les yeux sur le résultat. La créature venait d'hériter d'une cinquième patte. Ou d'une branche. Difficile à dire. Il se retourna, le carnet toujours ouvert entre les mains, et découvrit une jeune femme qu'il n'avait absolument pas entendue arriver.

— Un quoi ?

Comment est-ce que je ne l’ai pas entendue arriver ?

Il lui fallut une seconde pour comprendre la question. Un fennec. Ah. Matthew regarda la jeune femme, puis le dessin, puis l'animal un peu plus loin. Sur son carnet, la proposition n'était pas entièrement absurde. Dans la réalité, en revanche...

— Non, enfin... je ne crois pas. Les fennecs ont des oreilles immenses, non ? Et ils vivent dans le désert. Lui, il est là.

Il désigna le chemin d'un vague mouvement de crayon, comme si le fait de se trouver dans la campagne anglaise suffisait à exclure définitivement toute créature venue d'ailleurs. Puis son regard revint sur la page. Il étudia ses deux oreilles dessinées, qui n'avaient pas du tout la même taille.

— Mais sur le papier, je reconnais que ça pourrait être un fennec. Ou un lapin. C'est pas très représentatif.

Il referma presque son carnet par réflexe, avant de se raviser. C'était un peu tard pour faire semblant de n'avoir rien dessiné : elle avait manifestement eu le temps de tout voir. Matthew se redressa, partagé entre l'envie de défendre son œuvre et celle de profiter de la présence d'un témoin supplémentaire.

— En fait, j'essaye de comprendre ce que c'est. Je pensais que c'était un renard au début, mais regardez sa couleur ! On dirait qu'il est fait d'encre. Pas juste qu'il est noir, hein. C'est différent.

Il se rendit compte qu'il parlait déjà beaucoup pour quelqu'un qui venait de rencontrer une inconnue. Pas assez, apparemment, pour s'arrêter.

— Et j'ai essayé de le dessiner pour comparer, sauf que je suis meilleur pour remarquer les détails que pour les reproduire. Là, par exemple, j'ai complètement raté la queue.

Il montra le croquis du bout de son crayon, puis leva les yeux vers la jeune femme. Elle avait un livre épais dans une main. Peut-être savait-elle quelque chose. Après tout, elle avait été la première à proposer un nom d'animal.

— Vous l'avez vu aussi, alors ? Vous savez ce que c'est ?

Une idée lui vint, qui méritait à elle seule une nouvelle ligne dans son carnet.

— Attendez... vous avez dit « fennec » parce que vous pensiez vraiment que c'en était un, ou parce que mon dessin est mauvais ?

✎ ── 438 mots, avec @Aelle Bristyle

Deuxième Année RP
Couleur de dialogue : #7A4338

RPG-PV Un renard, approximativement
Le sursaut du garçon évince toutes mes tentatives de garder mon sérieux et un rictus moqueur apparaît sur mes lèvres. Je ne fais même rien pour le cacher. Je m'éloigne d'un pas quand l'enfant se tourne, pour garder mon espace. Sa tête est vraiment drôle, il ne m'a du tout pas entendue, n'est-ce pas ? C'est ça, de ne pas être attentif à son environnement : on se laisse surprendre. Il n'a pas compris que je parlais de son dessin. Je l'observe silencieusement. Seul le sourcil qui se hausse sur mon front montre mon étonnement. Je tourne les yeux vers Zikomo, qui me regarde également. Un fennec. Il me fera sans doute regretter ça plus tard. Je garde mes yeux dans les siens pendant trois longues secondes histoire qu'il comprenne bien que je ris à l'intérieur puis j'en reviens au garçon.

Il ferme subitement son carnet. Je comprends. Moi aussi j'aurais honte si j'avais dessiné ce qu'il avait dessiné. Mais c'est trop tard pour me le cacher, j'ai déjà tout en mémoire. Lui parle d'un lapin, moi d'un fennec. Plusieurs façons différentes de dire que c'était mauvais, finalement. Son lapin m'inspire une petite moue pleine de doute mais je ne commente pas. Enfin, ce n'est pas comme s'il me laissait l'opportunité de le faire, n'est-ce pas ? Il parle beaucoup pour ne rien dire et mais il en dévoile également pas mal sur ses intentions. Son but est donc de comprendre ce qu'est Zikomo. Voilà qui est amusant : il ne pourra jamais deviner mais je me demande jusqu'à où il ira avant de jeter l'éponge. Déjà, le fait qu'il évoque l'encre pour parler de son étonnante couleur bleu est un bon point pour lui. S'il savait que le deuxième nom des Mngwi était renard d'encre...

Ah, il ouvre de nouveau son carnet ! Il essaie de défendre son dessin. Je me penche pour mieux regarder, sans même faire semblant d'avoir l'air intéressée. Maintenant que je regarde de plus près, je comprends pourquoi il a parlé d'un lapin. Il n'a vraiment pas le compas dans l’œil, ce gosse. Et la queue, que dire de la queue ? Une queue touffue, ce n'est quand même pas si compliqué, non ? Même moi qui n'ai pas de talent pour le dessin, je serai capable de faire mieux. Quel âge a-t-il ? Neuf ans ? Dix ? Impossible de savoir. Il écrit trop bien pour être jeune.

Sa question fait se dresser une nouvelle fois un sourcil sur mon front. Si je l'ai vu ? Par Merlin, il est en face de moi et il est bleu, comment pourrais-je le manquer ?! Je déteste les questions inutiles, il n'y a rien que je déteste davantage. Mais avant que j'ai pu lui répondre que non non, je ne l'ai pas vu, de quoi tu parles, en fait ?, il me tend une splendide perche pour lui dire la vérité et je ne compte pas l'ignorer.

« Il ne ressemble clairement pas à un fennec, dis-je de mon éternelle voix sèche, donc si je l'ai dit, c'est parce que je trouve ton dessin mauvais et très peu représentatif, oui. Est-ce que tu as un problème avec les proportions ? »

Je le demande en fronçant les sourcils, tout en me penchant sur le carnet comme pour mieux analyser cette... Chose dessinée.

« Il a peut-être muté, proposé-je en suivant des yeux la douloureuse ligne de crayon de la queue du fennec-lapin. Je ne parle pas de ton dessin, évidemment, précisé-je en me redressant, même si... Non, je parlais de lui, que je peux évidemment voir puisqu'il est devant moi. »

Je plisse les yeux et fais mine d'observer Zikomo avec attention, les mains croisées derrière mon dos autour de mon précieux livre. Zikomo reste sagement assis, la queue enroulée autour de ses pattes. Le museau légèrement dressé, il profite de la brise en nous jetant de temps en temps un regard paresseux.

RPG-PV Un renard, approximativement
Matthew encaissa le verdict avec un petit mouvement de tête, comme si la jeune femme venait de lui annoncer un résultat d'examen décevant, mais pas entièrement inattendu. Au moins, elle avait répondu franchement. C'était plus utile qu'un compliment de politesse, même s'il aurait préféré qu'elle s'arrête avant « très peu représentatif ».

— Un problème avec les proportions ? Oui. Mais seulement quand je dessine.

Il vérifia les oreilles du renard sur le papier et les compara une dernière fois à celles de l'original. La différence était difficile à défendre. Alors il traça une petite croix à côté du premier croquis, sans le raturer. Il servirait de preuve, plus tard, qu'il avait effectivement essayé.

— Cela dit, je l'ai vu avant de le dessiner. Donc même si mon dessin ressemble à un fennec qui aurait perdu une bataille contre une cheminée, je vous assure que lui est vraiment bizarre.

Il désigna l'animal d'un hochement de tête, puis s'interrompit. La jeune femme venait de proposer une mutation. Ce mot eut sur lui un effet autrement plus puissant que la critique artistique. Ses sourcils remontèrent et il rouvrit complètement son carnet, abandonnant la question des oreilles à leur triste sort.

— Une mutation ? Vous pensez ?

Il nota le mot sur une ligne libre. Puis il hésita, la pointe de son crayon suspendue au-dessus du papier. Une mutation supposait qu'une chose avait changé. Mais comment savoir ce qui avait changé si l'on ignorait ce qu'elle était au départ ? Et puis il y avait cette histoire de pelage. De près, le noir qu'il avait cru voir paraissait presque bleu sous le soleil.

Je devrais peut-être commencer par découvrir ce qui est normal pour lui.


— Sauf que... pour dire qu'il a muté, il faudrait savoir à quoi il est censé ressembler, non ? On ne peut pas décider qu'un animal est anormal juste parce qu'on ne le connaît pas.


Matthew releva la tête. Il n'avait pas dit cela pour contredire la jeune femme. C'était une véritable difficulté, et il espérait qu'elle aurait une solution. Puis une pensée, plus embarrassante, lui traversa l'esprit : elle avait proposé le fennec pour se moquer du dessin. Rien ne prouvait qu'elle prenait davantage au sérieux cette histoire de mutation.

— Attendez. Vous le pensez vraiment, cette fois, ou c'est encore à cause de mon dessin ?

Il observa un instant son visage impassible, sans réussir à y lire la réponse. Un soupir lui échappa. Il avait rencontré des énigmes plus simples dans ses livres de vacances. Il se tourna finalement vers la créature assise au bord du chemin.

— Toi, au moins, tu pourrais me donner un indice. Rien qu'un petit.

Puis il revint à son interlocutrice avec une nouvelle idée, beaucoup moins prudente que la précédente.

— Vous croyez qu'il comprend ce qu'on raconte ?

✎ ── 471 mots, @Aelle Bristyle

Deuxième Année RP
Couleur de dialogue : #7A4338

RPG-PV Un renard, approximativement
Je pose sur le garçon un long, très long regard qui s'éternise même après qu'il ait terminé de me donner son analyse (qui n'est pas si bête) et qu'il se soit questionné sur l'éventualité que Zikomo nous comprenne. Si mon visage est resté vide de toute émotion pendant qu'il parlait, mes lèvres se sont pincées pour pour empêcher qu'elles s'étirent à sa troisième question.

« Toi, on ne peut pas dire que tu réfléchis avant de parler, » répliqué-je sans chercher à adoucir le propos.

Je dis ça pour sa subite réalisation que je pouvais peut-être, éventuellement, mais ce n'est pas sûr, hein ! me moquer de lui. Avant de se questionner sur ça, il a fallu qu'il pose pas moins de deux questions et qu'il commence déjà à réfléchir à la possibilité d'une mutation. S'il s'était tu allez... Disons cinq secondes, il aurait eu le temps d'utiliser la grosse masse qui se cache entre ses deux oreilles et il se serait demandé avant de se mettre à parler si je me foutais de lui ou non... Et il aurait su que oui. C'est le problème quand on parle trop, bien sûr. On ne peut pas penser, quand on ne réfléchit qu'à parler.

Je baisse les yeux sur la page où il a ajouté une ligne concernant la mutation. Est-ce que je pourrais faire en sorte que Zikomo voit cet horrible dessin ? Je suis certaine qu'il en rira. Peut-être même qu'il réussira à complimenter le garçon en disant que ce n'était qu'une question de point de vue et que peut-être que pour lui, ses oreilles avaient vraiment cette taille. Je préfère qu'il se contente de rire.

J'accorde de nouveau mon attention au garçon, car j'ai très bien entendu sa dernière question et que je compte lui répondre, même si j'ai d'abord décidé de la laisser au second plan. Je ne lui laisse pas le temps, surtout, de se vexer de ma précédente intervention.

« Vu la taille de ses oreilles, c'est certain qu'il nous entend mais de là à nous comprendre... »

Tout en faisant mine de réfléchir, je contourne le garçon, traverse le chemin et m'accroupit devant Zikomo qui plante son regard dans le mien.

« Eh ! dis-je en garçon en penchant la tête vers lui sans pour autant le regarder. Essaie de dire une grosse grosse bêtise, je vais observer s'il a une réaction particulière. »

À la manière dont Zikomo bouge les oreilles, je comprends qu'il est amusé et qu'il a envie de réagir. Il ne le fera pas car il va me laisser m'amuser tant qu'il ne considère pas que j'abuse dans ma moquerie. Il ne me laissera pas blesser le garçon, je le sais. Mais m'amuser, ça...

RPG-PV Un renard, approximativement
Matthew ouvrit la bouche pour répondre qu'il réfléchissait très bien avant de parler. Il la referma presque aussitôt. Elle s'était moquée de son dessin, puis lui avait proposé une mutation, et il n'avait même pas songé qu'elle pouvait recommencer. Ce n'était pas sa faute si les gens donnaient des réponses impossibles à distinguer des mauvaises plaisanteries. Enfin, pas entièrement.

Alors, pour une fois, il se tut. Il compta même jusqu'à cinq dans sa tête. Cinq secondes entières, pendant lesquelles il regarda son crayon plutôt que de risquer une nouvelle remarque. Il en aurait presque été fier si elle ne s'était pas, entre-temps, tranquillement accroupie devant le renard.

Elle n'a pas peur qu'il la morde ?

L'animal, lui, ne semblait pas particulièrement inquiet. Matthew hésita à le noter, mais la jeune femme venait de lui confier une mission assez inattendue : dire une grosse bêtise. Il releva la tête, surpris qu'une adulte lui demande une chose pareille avec autant de naturel. À Poudlard, c'était plutôt ce qu'on lui reprochait de faire sans autorisation.


— D'accord. Mais il faut que ce soit vraiment idiot, alors.

Il s'éclaircit la gorge, prit un air aussi sérieux que possible et s'adressa à la silhouette bleue.

— Je suis certain que tu n'as absolument aucune mémoire. Tu dois même oublier que tu es un renard chaque fois que tu t'endors. Et probablement oublier où tu as caché ton dîner avant d'avoir fini de le manger.

Il resta immobile, les yeux rivés sur l'animal, dans l'attente d'un signe quelconque. Une oreille qui bouge, un regard de travers, n'importe quoi. Il aurait voulu savoir si ses paroles avaient eu un effet, mais il ne pouvait pas décider lui-même qu'un mouvement signifiait quelque chose. Après quelques instants, il baissa légèrement son carnet.

— Bon. C'était une grosse bêtise, je crois.

Son regard revint au renard, et un scrupule lui traversa l'esprit.

— Pardon, au fait. Si tu as compris, c'était pour voir.

Il se tourna vers la jeune femme, soudain moins préoccupé par la qualité de son dessin.

— Mais ça ne prouve pas grand-chose, en fait. S'il ne réagit pas, ça peut vouloir dire qu'il ne comprend pas. Ou qu'il comprend très bien et qu'il s'en fiche. Moi aussi, parfois, j'entends ce qu'on me dit et je préfère ne pas répondre.

Il marqua une pause, examinant la distance minuscule entre la jeune femme et l'animal. Lui s'était arrêté plusieurs pas plus loin pour ne pas l'effrayer. Elle, elle s'était accroupie juste devant son museau, sans provoquer la moindre fuite.

— Dites... comment vous savez qu'il ne va pas vous mordre ?

✎ ── 433 mots

Deuxième Année RP
Couleur de dialogue : #7A4338