31 nuances de River
| RATHER DIE - BARNS COURTNEY |
Plutôt mourir
Plutôt mourir
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![]() Mystique |
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Mardi 10 octobre | Appartement de Jude et Lloyd River, Londres
« I’ve know hands that felt like knives (J’ai connu des mains qui ressemblaient à des couteaux) », je chante doucement. Mes doigts volent sur mes cordes. La mélodie vibre autour de moi, résonne dans le salon de l’appart. « Pretty little ways to skin me alive (De jolies petites façons de m’écorcher vif) »
Je me penche en continuant à gratter, continuant à gratter. Mes yeux glissent sur mon carnet là où s’entremêlent des ratures et des paroles.
« They pulled me out to see what’s underneeeeeath… left my heart where everybody could seeeee (Elles m’ont arraché à moi-même pour voir ce qu’il y avait en dessous, ont laissé mon coeur exposé aux yeux de tous.) »
Je gratte encore, un rythme doux. J’écoute les notes s’envoler autour de moi.
Ok… on en est… là.
« And then you touched me, nothing broke ! (Et puis tu m’as touché, et rien ne s’est brisé !) » je crache, la voix cassée. « No blood to clean, no words to choke ! Just your fingers moving over my skin, like you knew there was a man still living in it ! (Pas de sang à nettoyer, pas de mot à ravaler ! Juste tes doigts qui parcouraient ma peau, comme si tu savais qu’il y avait encore un homme qui vivait dessous !) »
Je roule ma tête sur mes épaules en me relevant. Je quitte pas mon carnet des yeux. Ok, la zone en orange… L’avant refrain. Je racle ma gorge.
« And I don’t know hoooow (Et je ne sais pas comment) », ma voix tient la note, haute, rauque, cassée, « I don’t know whyyyy (Je ne sais pas pourquoi) », elle tient encore, haut, j’en ferme les yeux pour sentir ce rugissement du coeur. « But something dead in meeeee is coming back to liiiiife ! (Mais quelque chose qui était mort en moi est en train de revenir à la vie) »
Je gratte d’un coup plus fort, balançant les notes alors que je me relève. Le refrain — en bleu sur mon carnet — je le connais par coeur.
« Mystic, mystic ! Do that thing you do ! (Mystique, mystique ! Refais ce truc que tu fais !) » je chante avec force. « Make me feel my body like it’s something new ! (Fais moi sentir mon corps comme si c’était quelque chose de nouveau !) » Je balance ma tête en arrière. « Mystic, mystic ! Keep your hands on me ! I was someone else’s puppet… now I just wanna be me ! (Mystique, mystique ! Garde tes mains sur moi ! J’étais la marionnette d’un autre… maintenant je veux juste être moi !) »
Je tiens la note, longtemps, encore. Je la module. Je suis concentrée sur elle. Mes doigts suivent un rythme différent, je me laisse porter parce que je ressens. J’arrive à séparer mon chant de mes mains.
Mes yeux, eux… ils ont quand même besoin d’aller chercher le deuxième couplet. Je l’ai pas encore mémorisé, lui.
« Those blue eyes, God, those fucking eyes… (Ces yeux bleus, mon Dieu, ces foutus yeux ) », je chantonne, mes doigts plus incertains. « I could drown in them a thousand times… (Je pourrais me noyer dedans mille fois) » Je grimace. « And if I sank, I wouldn’t fight (Et si je sombrais, je ne lutterais pas) »
J’arrête de gratter.
« C’est nuuul… mais que c’est nul… » je grommelle en reposant ma guitare. Je peux pas chanter ça, sérieux. Wow, Lloyd. T’étais meilleur, avant. Va falloir penser à guérir ça aussi, Sulien.
Je me penche et chope mon carnet.
« I’m not afraid of hurting anymore (Je n’ai plus peur d’avoir mal) », je lis en chantonnant. Mon pieds nu tape la mesure. « I’m scared of what I’ll drag up to your door. (J’ai peur de ce que je traînerai jusqu’à ta porte.) » Je m’allonge à moitié sur le canapé, une patte toujours au sol. « I’ve got ten years tangled around my bones, a beautiful curse that won’t let go (J’ai dix années emmêlés autour de mes os, une belle malédiction qui ne veut pas lâcher prise) »
Mon doigt se dandine au-dessus de mon carnet. Ma voix s’envole encore :
« So if you see the striiiiings… (Alors si tu vois les fils) », la note grimpe en suivant mon doigt. Elle retombe avec mon doigt, qui s’élève encore. « If you know where they begiiiiiiiin (Si tu sais où ils commencent) » Un peu plus rauque, cette fois. Et plus fort, alors que mon pied fracasse durement le sol. « Could you pull them out of me, without tearing through my skin ? (Pourrais-tu les tirer hors de moi, sans déchirer ma peau ?) »
BAM BAM BAM.
Je suis de nouveau debout.
« MYSTIC, MYSTIC ! DO THAT THING YOU DO ! MAKE ME FEEL MY BODY LIKE IT’S SOMETHING NEW ! (Mystique, mystique ! Fais cette chose que tu fais ! Fais moi sentir mon corps comme si c’était quelque chose de nouveau !) » Je roule des épaules avec le rythme que j’ai dans la tête, mes mains volent vers l’invisible devant moi comme si il y avait un corps. « MYSTIC, MYSTIC ! KEEP YOUR HANDS ON ME ! I WAS SOMEONE ELSE’S PUPPET… NOW I JUST WANNA BE ME ! (Mystique, mystique ! Garde tes mains sur moi ! J’étais la marionnette d’une autre, maintenant je veux juste être moi !) »
Je souris en me calmant. Je ferme les yeux, j’improvise.
« Sulien… I wanna be the man you seem to see when you’re looking at me… (Sulien… Je veux être l’homme que tu sembles voir quand tu me regardes) ». Je réfléchis pas longtemps à la suite, mais je chante plus vraiment, je crois. « And I’m… scared… I’m… scared you’ll get your magic hands on all the broken parts of me… and… cut yourself trying to put them back… (Et j’ai peur. J’ai peur que tu mettes tes mains magiques sur toutes les parties brisées de moi, et que tu te coupes en essayant de les remettre en place.) »
Je ne chante plus. J’ai… plus trop envie.
Je crois que je vais aller me faire une bonne glace à la vanille, là…
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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin
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31 nuances de River
| DEMON IN YOUR DREAM - MOTIONLESS IN WHITE |
Démon dans tes rêves
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![]() Sauvetage |
TW : sang, blessure, souffrance animalière
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Mercredi 11 octobre | Londres
« Non non non, bouge pas, petit bébé… voilà… gentil… »
Je garde le petit chat contre moi. Assis à même le bitume de la ruelle, j’essaye de l’aider. Je jure que j’essaye. De tout mon coeur, j’essaye. Il se débat. Il ne veut pas me laisser faire. Mais, petit coeur, tu as vu l’état de ta cuisse ? Laisse moi regarder. Laisse moi te sauver.
Je renifle, les dents serrées. Dolly essaye de s’échapper de la poche de mon cuir, je la bloque comme je peux avec mon coude.
« Dolly, tu m’aides pas », je grogne.
Le chat miaule, pousse des râles douloureux, en colère. S’il te plait, arrête de te débattre. J’essaye juste de t’aider, tu comprends ? Si tu me laisses pas t’aider, tu vas mourir, tu comprends ? On peut pas s’en sortir dans la rue quand on est blessée.
Les gens qui passent font à peine attention à nous. Londres est blindée à cette heure. Ils m’évitent, me jettent à peine un regard parce que je suis sur le trottoir, je prends de la place. Allez vous faire voir. J’ai pas le temps de me préoccuper de vous.
« Pleure pas, bébé… pleure pas… laisse moi juste… »
Une seconde d’inattention, et ses petits crocs s’enfoncent dans ma main. Je dis rien. Je laisse faire. Mords moi, c’est pas grave. Laisse moi juste t’aider. Vas y, enfonce tes crocs, c’est pas grave, j’ai connu pire. Si c’est ça le prix à payer pour que tu me laisses t’aider, alors fais, vas y. Mords. Mords encore. Grogne contre ma peau. C’est pas grave, petit chat. Laisse moi juste t’aider.
Dolly s’énerve. Dolly grogne. Je serre encore. Je n’ai pas le temps, Dolly, s’il te plait, pardonne moi. Je sais que tu veux pas que je m’occupe de ce petit chat. T’es jalouse. Tu sens l’odeur d’un autre carnivore et t’aime pas. Désolé, ma fille. Faut que je priorise.
Pendant qu’il me mord, je le déplace un peu. Je suis dans une position pas possible. Dos courbé, nuque douloureuse, visage trop près de cette boule rousse qui pue sa race. T’es dans un sale état, petit bébé. Le sang se mêle à ton pelage, croûte autour de ta blessure. Personne n’a voulu te soigner avant moi ? Tu as montré les crocs à tout ceux qui ont essayé ? Je comprends, tu sais. C’est dur d’accepter de l’aide. Tu perds confiance. Tu penses que tout ceux qui s’approchent te veulent du mal. Mais c’est pas vrai. Moi, je peux t’aider. Je te jure que je peux.
« T’as de sacrées petites dents, hein, terreur ? »
Petit chat miaule rauque. Dolly gratte, gratte encore. Je sens ses petites pattes pousser contre mon bras pour se libérer. Je lui laisse de l’air, je l’étouffe pas, mais c’est dur de doser, tu vois ? Au final, elle veut juste protéger son papa, non ? Elle est curieuse. Elle veut peut-être voir qui vole toute l’attention que je devrais lui donner. Ou bien… elle veut sortir, se promener, m’échapper ? Désolée, ma gentille fille. Il a besoin de moi, j’ai pas le choix, tu comprends ?
Si je ne l’aide pas, qui le fera ?
Si je l’abandonne, qui lui tendra la main ?
Je renifle, encore. Je souris. Je souris pour pas vriller. Il se débat. Il souffre. Il mord.
« T’es un gentil petit chat… t’es pas ce petit chat tout crasseux, hein ? T’es un gentil petit chat, mais t’es blessé. Alors… faut que tu me laisses t’aider, tu comprends ? Dolly… steuplait… laisse moi juste… »
Une main pour accueillir les crocs du petit chat. L’autre main handicapée par mon coude retenant Dolly contre moi. Je suis coincé. Je peux pas l’aider comme il faut. Mais si je bouge, alors Dolly sort.
C’est compliqué, pétard. C’est tellement compliqué. Je peux pas l’abandonner, tu comprends ? Je peux le sauver. Je peux le sauver sans risquer de perdre Dolly.
Je peux…
Concilier les deux.
Je peux le sauver. Je peux le sauver.
Je dois le sauver.
Si je le fais pas, qui le fera ?
Personne. C’est à moi qu’il a demandé de l’aide, tu comprends ? Il avait ces grands yeux bleus, ces… ces grands yeux bleus.
Je regarde cette petite tête rousse s’acharner sur ma main, faire perler mon sang, grogner contre ma peau. Je sens Dolly gratter encore et encore et encore, chercher à je ne sais faire quoi. Partir. Attaquer. Me sauver.
Il me fait mal. Il s’est mis à griffer. Pourquoi tu t’acharnes comme ça, sale bête ? J’essaye de t’aider, tu piges pas ? Tu vois pas ? T’as mal ? Moi aussi, j’ai mal. Tu m’entends grogner ? Non. Je fais ce que je peux, moi. J’abandonne pas, parce que je sais pas comment faire. Je sais pas. Je suis comme ça. Faut que je te sauve.
Faut que j’essaye.
Même si je dois souffrir pour ça.
Même si tu mérites pas que je t'aide.
Même si j'ai déjà une furette bien plus docile que toi.
J'ai jamais su abandonner ceux qui ont besoin de moi.
Qu'ils le méritent, ou pas.
861 mots
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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin
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31 nuances de River
| BOULEVARD OF BROKEN DREAMS - GREEN DAY |
Boulevard des rêves brisés
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![]() Sortilège |
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Jeudi 12 octobre | Appartement de Jude et Lloyd River, Londres
« Pourquoi tu veux apprendre à faire un Patronus, en fait ? »
Jude relève même pas les yeux vers moi. Elle est trop occupée à appliquer son vernis, là, assise comme une baronne dans le canapé, serviette sur les cheveux, le corps enroulé dans un peignoir fluffy. Je souffle en marchant de long en large de l’autre côté de la table basse, le petit chat roux dans les bras. Il mord encore, mais faut que je désinfecte sa plaie.
« — Parce que c’est méga classe et pratique, je rétorque.
— Un bouclier, ça fait le taf, hein.
— Nan mais il envoie pas des messages, ton bouclier.
— Tu sais que c’est pas évident de faire de ton patronus un messager ? Ça s’apprend.
— Ben t’as bien appris, toi. Pourquoi moi je pourrais pas ?
— Le prends pas mal, mon coeur… mais t’es vraiment naze avec une baguette. »
Je le prends mal.
La Magie et moi, on est pas copain. C’est elle qui m’a empêché de continuer à vivre avec mes copains de quartier et d’avoir des consoles de jeu. Mais c’est pas que ça, tu vois ? Elle et moi… ça va pas. J’arrive pas à la comprendre. J’ai besoin de comprendre les choses pour les maîtriser, tu vois ?
Et si je veux pouvoir communiquer avec Sulien quand il est loin… je dois apprendre. Je dois me familiariser avec la Magie qui coule en moi. Je veux lui montrer que je suis capable de faire de gros efforts pour lui. Je veux le rendre fier.
Jude étend sa main devant elle pour contempler ses griffes de chat noire, la pointe peinte en or. Elle sourit en tournant sa mimine vers moi. « Alors ? »
Je m’approche en gardant le chat contre moi. Si un poil vole jusqu’à son ongle, je me fais allumer. « C’est classe. Tu m’en mettras ?
— Noir et or, comme ça ?
— Nan. Juste en noir.
— Pose ta boule de poil et je t’en mets. Tu vas en faire quoi de ton chat, d’ailleurs ? »
Je regarde le chatounet, occupé à essayer de me graille le pouce. « Je sais pas. Le soigner, déjà.
— Il a dit quoi, le véto ?
— Ben déjà que c’est une petite femelle. Et qu’il va falloir bien désinfecter l’abcès, et veiller à ce qu’elle le lèche pas. Ah, et refaire le bandage tout les jours. Mais elle l’enlève. Ça me saoule. Elle veut pas se laisser soigner, quoi.
— Et tu vas en faire quoi, quand elle sera soignée ?
— Je sais pas, Jude. Bon. Tu m’apprendras à jeter un Patronus ? »
Jude se laisse aller dans le canapé en soupirant.
« — Lloyd, c’est dur, un Patronus. C’est un sortilège de haut niveau. T’es déjà à peine capable d’en jeter des standards.
— Je sais… mais je peux apprendre. Faut juste… ben, que je comprenne comment ça fonctionne.
— Ça fonctionne à la concentration et à la visualisation. Deux trucs que t’as pas. Il faut déjà que tu t’entraînes à jeter d’autres sorts, des simples. Tu peux pas courir avant d’apprendre à marcher. Poses ton chat, que je te mette ton vernis. Et va te laver les mains. »
Je marmonne en reposant le chat parterre. Elle cavale aussitôt se cacher sous le buffet. Tsss. Aucune reconnaissance. Je m’éloigne jusqu’à la cuisine. Je pue le désinfectant. Ça me rappelle que je dois trouver un moment pour aller voir Rahima, après les cours.
Je laisse l’eau couler sous mes mains. Je frotte. Je frotte. Je savonne. Je frotte encore.
Je veux apprendre à lancer un Patronus. Chris, il a dit qu’on apprendra ensemble. Si on s’y met à deux, Jude va accepter. Et elle se fera notre prof. Chris, il réussi toujours à l’amadouer.
Peut-être que je pourrai, moi aussi ?
J’essuie mes mains et reviens pour m’asseoir à côté de Jude. Elle perd pas de temps et récupère ma main dans la sienne.
« J’ai rencontré quelqu’un », je dis enfin. Jude ne dit rien. Jude plonge son pinceau dans son petit pot. « Et… j’aimerais bien… pouvoir… l’inviter parfois à me rejoindre, tu vois ? Lui donner rendez-vous, lui envoyer des messages… tu vois ? »
Jude hoche la tête. Elle tend mon petit doigt et y glisse le vernis, lentement.
« — Tu dois être sacrément piqué pour vouloir apprendre à jeter un Patronus.
— Nan… c’est… j’sais pas. Je sais pas trop ce qui se passe, en fait.
— Elle s’appelle comment ?
— Je te dirai pas, grosse fouineuse. »
Jude sourit, et passe à l’annulaire.
« — Donc c’est une sorcière.
— Hm-hm.
— Hm-hm ?
— Hm-hm.
— Une elfe de maison ?
— Arrête tes conneries. Bref. Je veux apprendre. Et je peux, tu sais ? Je peux m’entraîner tout les jours. Faut juste que je sache ce que je dois faire.
— Commencer par jeter d’autres sortilèges. C’est la première étape.
— Mais ça va prendre des plombes…
— Ah ben… oui. Et c’est pas même sûr que tu parviennes à en jeter un jour.
— Tu déconnes ?
— Ben non. Je crois que tu te rends pas compte d’à quel point c’est dur de jeter un Patronus. Rien qu’un Patronus, en fait. Si en plus tu veux en faire un corporel, c’est encore plus difficile. Et si en plus tu veux qu’il envoie des messages… Donne moi l’autre main. »
Je regarde ma main droite peinte. Elle va vite. Je lui tends l’autre. Jude se remet au travail.
« Mais toi, t’as réussi », je gémis. « — Pourquoi toi, t’as réussi ?
— Parce que j’aime la Magie. Et la comprendre, c’était mon travail. Ça me donne un net avantage. Lloyd, je dis pas que tu peux pas y arriver. Je te dis juste que tu n’y arriveras pas si tu penses que c’est simple. Il faut que tu y travailles. Commence aujourd’hui, et continue chaque jour. Pendant ce temps, tu peux envoyer des lettres à ton elfe de maison…
— C’est pas un elfe de maison ! T’es relou !
— Un ?
— … Une.
— Tu m’en diras tant… »
1063 mots
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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin
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31 nuances de River
| WAY OF LIFE - LION’S LAW |
Façon de vivre
Façon de vivre
|
![]() Fragile |
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Vendredi 13 octobre 2051 | Appartement de Jude et Lloyd River, Londres
Pas un jour ne passe sans que je ne pense à toi. Tout les philtres, toutes les potions ne parviennent pas à me faire oublier que j’ai perdu une dernière part de moi que je n’ai jamais imaginé.
Je ne t’ai pas nommé, pardonne moi. Ce n’est pas que je n'ai pas d'idée, ou que ça ne m'intéresse pas, que ça n'a pas d'importance. C’est que je ne veux pas que mes cauchemars portent un nom. Si je te nomme, alors je devrai t’inventer un visage, un rire, une démarche, et alors tu ne seras plus ce linge blanc, mais une petite fille.
Une petite fille fragile que je n’ai pas su protéger, parce qu’on ne m’en a pas donné le droit.
Je t’aurais aimé, tu sais. Je t’aurais aimé comme je n'aurais jamais aimé qui que ce soit. Je t’aurais regardé comme la plus belle chose en ce monde. Tu aurais senti l’immense amour dont je déborde et qui ne sait plus où aller. Aujourd'hui, je vis avec un trop plein qui n'a nul endroit où se terrer. Des "je t'aime" par milliers qui n'ont aucune destination sinon les étoiles.
Être père, ça m’aurait plu. Et ça m’aurait plu d’être ton papa à toi. Tu aurais eu mes yeux noisette et les cheveux d’obsidienne de ta mère. J’ai rêvé de toi, tu sais. Plusieurs fois. Souvent en linge blanc. Petite masse sans visage enveloppée dans du coton, dissimulée à mes yeux par mon cerveau qui ne veut pas que je sombre dans la folie.
Mais j’ai rêvé de ta silhouette de dos. J’ai vu tes cheveux noirs, raides, si semblables à ceux de ta mère. Coupés au carré, impeccables, sans doute avec une petite frange droite. Peut-être qu’on aurait su prendre soin de ton apparence alors qu’on a toujours été incapable de prendre soin de nous. Pour toi, on aurait fait des efforts. On se serait fait beaux pour ne jamais te faire honte. On aurait été fort, pour toi.
On aurait pu y arriver, mon bébé.
On aurait pu réussir.
Mais ta maman n’a pas voulu. Si tu savais comme je lui en veux. Je ne suis pas rancunier, tu sais. Je pardonne tout, trop vite, beaucoup trop vite. J’ai pardonné à ta mère des centaines de fois. Je ne lui en ai pas voulu d’être parti. Tu parles. J’étais convaincu que c’était de ma faute, et même quand je la détestais parfois d’avoir tué celui que j’étais, je m’en voulais aussitôt.
Mais je ne lui pardonnerai jamais de ne pas avoir pris soin de toi. Ça, je ne peux pas. Tu peux m’en vouloir. Peut-être que tu fronces tes petits sourcils noirs du haut de ton nuage, que tu me grondes en pensée de faire la tête à Maman. Ne m’en veux pas, s’il te plaît, mon bébé. Je n’ai pas la force que tu aurais pu avoir si on t’avait laissé exister.
Il appartient aux adultes de protéger les enfants, même ceux qui ne sont pas encore là. Vous êtes fragiles, vous avez besoin de nous pour veiller à ce que rien ne nous arrive.
C’est pas vrai pour ta maman et moi.
On est faible. Elle comme moi. Deux incapables qui auraient pu donner vie à ce qu’il y aurait eu de plus beau sur Terre. Nous aurions été de bons parents. Cabossés, qui se crient dessus autant qu’ils s’aiment mais jamais devant toi, c’est promis. On aurait finit par se regarder en silence, jusqu'à se dire que tout ça, toutes ces disputes, toutes ces colères, est-ce que c'est si important alors qu'à deux, nous avons su créer une jolie petite fille ?
Je t'aurais aimé. Sincèrement. Profondément. Avec les tripes autant qu'avec le cœur. Tu aurais donné un sens à ma vie. Tu sais, quand Maman m'a annoncé que tu existais, j'ai senti le gouffre en moi se remplir d'une vive chaleur lumineuse. J'avais conscience d'avoir créé quelque chose, enfin. Quelque chose de beau, qui ne se brise pas, que je ne casserais jamais avec mes maladresses et mes excès. Mais elle a pleuré. Elle a pleuré, et j'ai compris que je n'avais pas pu te protéger. J'ai perdu la chose la plus précieuse dans ma vie sans pouvoir lui dire ni bienvenue, ni adieu.
Si j'avais été aux côtés de Miya, je t'aurais protégé. Je t'aurais protégé envers et contre tout, que tu sois un petit pois dans son ventre ou un bébé bien formé. Je t'aurais protégé autant que je t'aurais aimé. Tu serais devenue ma priorité absolue. Mon absolue. Si tu savais quel pouvoir tu aurais eu sur moi. Toi, petit être fragile, tu m'aurais rendu fort, plus fort que je ne le serai jamais. Parce que tout aurait eu un sens. Tout. Absolument tout. Je me serai battu pour t'offrir un empire. J'aurais fait rire ta mère pour que tu réalises à quel point ton papa et ta maman s'aiment. On aurait vécu au Japon. Je ne sais pas pourquoi, mais j'en suis convaincu. Tu aurais couru dans les pétales des cerisiers en fleurs. Tu aurais été bruyante, autant que nous. Et personne ne t'aurait grondé pour ça. On t'aurait encouragé à déborder d'énergie, à grimper, sauter, te faire mal, car cela fait partie de la Vie, et nous, on t'aurait appris à la dévorer.
Assis sur le parquet de ma chambre, je renifle en essuyant mes yeux humides. Je devrai me lever. J'ai des choses à faire. Un planning à respecter.
Mais j'y arrive pas.
Je ne me sens pas bien ce matin. Je me sens acculé. Idiot. Débile. De trop. Pas assez. Seul. Ingrat. Abandonné. Ingrat. Ingrat. Ingrat. Faible. Fragile. Menteur. Ingrat. Ingrat.
Je ramène mes genoux contre moi. Ça ne va pas. Je n'ai pas assez dormi. Comment veux-tu que je dorme, bébé ? Les voisins d'à côté ont eu un bébé. Jude ne l'entend pas, ça vient de ma chambre. J'aurais pu insonoriser la pièce, mais j'ai pas envie. J'aime entendre la vie qu'ils ont. Quand ce bébé pleure pour qu'on le nourrisse, j'imagine que c'est toi. Quand il hurle et que je dors, j'imagine que c'est toi.
C'est débile.
Je suis débile.
De l'autodestruction, dirait Jude. Ouais, ça doit être ça.
J'avale un sanglot qui remonte. Je presse mon visage contre mes bras. Allez. Respire, Lloyd. Sois fort. Ta fille te regarde. Tu me regardes, hein ? Tu dois bien te payer la tête de ton père. Ça se trouve, c'est même pas moi, ton père. On sait jamais, avec Miya. Elle peut mentir. C'est peut-être un piège, depuis le début. Un collier qu'elle me passe autour du cou, relié à une laisse sur laquelle elle peut tirer quand je m'éloigne trop. T'en fais pas, Miya. Je vais nul part. J'en suis pas capable.
J'entends des petites griffes sur le parquet. Une allure trop lente pour ma Dolly. Entre mes jambes apparaît une petite tête rousse, queue en l'air. Elle se frotte contre mon mollet au passage. Sa queue chatouille mes mains. Elle repasse encore. Elle continue son petit jeu. Je la regarde faire en reniflant. Elle sursaute, part. Puis revient.
Je sais pas combien de temps ça dure. Elle s'est mise à ronronner. Un profond ronron qui vient tout droit de sa gorge. Je renifle. Je serre les dents.
Même un bébé chat sauvage qui a passé ses journées à me bouffer sent que ça va pas. Je fais si pitié que ça ? T'aurais eu pitié de moi, mon bébé ? Tu serais venu me faire des câlins quand tu m'aurais vu faire la tête ? Ouais. J'en suis convaincu.
La boule de poil finit par s'arrêter dans cette petite maison de bras et de jambes, mon visage comme toit. Je renifle. Elle lève la tête pour me regarde de ses grands yeux bleus.
C'est marrant.
T'as passé deux jours à me bouffer, à me cracher dessus, à me fuir... et là, tu restes devant moi, à regarder mes larmes dévaler mes joues. Tu regardes même celle qui goutte du bout de mon nez et qui retombe juste devant tes patounes. Quoi ? Ça te fait kiffer ? Tu te sens puissante ? Foutue petite femelle psychopathe.
J'étends ma main pour lui tendre. Sa petite tête se lève pour les sentir. Elle tend le cou, met en danger sa petite gorge blanche. Puis, elle se dresse et donne un coup de tête dans mes doigts. Un sourire tremblant fait vibrer mes joues.
Petites choses fragiles.
Comment vous faites pour toujours avoir l'air si forte dans votre jolie faiblesse ?
1425 mots
@Miya Ryuū
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Miyaromantique | Captain Ouin Ouin
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31 nuances de River
| JUST PRETEND - BAD OMENS |
Juste prétendre
Juste prétendre
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![]() Drame |
TW : mort, deuil
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Samedi 14 octobre 2051
« Si tu n’arrêtes pas, je ne veux plus jamais que tu m’approches. »
Ce sont des mots cruels pour une âme en peine. Pardonne moi, Miya. Tu sais que la douleur et la rage n’ont jamais fait bon ménage chez moi.
Tu m’as tué. J’aurais pu te pardonner, mon amour. Parce que tu as le droit de vie ou de mort sur moi. C’est dans notre contrat. Je te l’ai hurlé des centaines et des centaines de fois. Je mourrai pour toi, Miya. Je pourrirais pour toi, Miya. Je me briserai pour toi, Miya. Je brûlerai pour toi, Miya. Je ferai de toi une religion, Miya. Je te l’ai dit de toutes les façons possibles. Tu le savais quand tu es partie. Tu m’as abandonné en toute connaissance de cause. Et je t’ai pardonné, parce que je t’aime. Je t’aime à en crever. Je t’aime à en vivre. Je t’aime comme on aime la vie, comme on combat la mort, je t’aime avec le cœur, je t’aime avec les tripes, je t’aime avec toute mon âme, je t’aime de toutes les façons possibles et inimaginables. Je t’aime comme on aimera jamais. Je t’aime à en crever et à en revenir. Je t’aime. Je t’aimais. Je t’aimerais.
Mais je l’aime, elle aussi. Je n’ai pas pu la protéger parce que tu m’en as empêché. Ça, Miya, je ne te le pardonnerai jamais. Tu as fait s’éteindre la dernière lueur en moi, la seule chose qui aurait rendu ma vie importante. Elle m’aurait donné la sensation d’être important. Elle aurait donné un sens à tout ce bordel qui nous entoure.
T’en avais rien à fiche, Miya.
T’as pensé qu’à toi.
T’es une sale égoïste Miya.
Pourtant, j’ai promis de t’attendre. J’ai promis d’être là. Je t’ai promis de t’aider, de ne pas te laisser, jamais. Alors que tu m’as abandonné. Alors que tu m’as laissé tout seul à t’attendre, à espérer que les bruits de pas de couloir soit les tiens, à préférer me défoncer la tête pour retrouver la sensation de ta peau contre la mienne. Tu m’as abandonné quand je t’attendais. Et je t’ai pardonnée.
Je t’aime, Miya. Je t’aime à un point que tu n’imagines pas. Je t’aime bien au delà du raisonnable. Je t’aime à en devenir fou.
T’es le drame de ma vie.
T’es le paradis noirci par le vice, je le sais et pourtant je veux y goûter, encore, à jamais. Avaler les nuages poisseux de ton poison, le laisser se répandre en moi. Je le veux, à en crever, Miya.
Car dans ce paradis règne une petite reine que tu as couronnée. Ma petite reine sans nom et sans visage. Elle aurait pu marcher parmi les vivants, faire de moi son papa chevalier. Et toi… tu n’as pas pu rendre ça possible. Tu as fait de moi un paladin sans déesse, forcé à protéger un souvenir que mes cauchemars habillent en linge blanc immaculé.
Et il faudrait que je te pardonne ? Que je t’attende, Miya ? Quand je te regarde, je vois mes échecs, je vois les tiens, je ne vois plus nos réussites, je ne vois que la femme qui m’a enlevé mon bébé, la femme qui m’a laissé crever, la femme qui pleure à l’injustice. Je vois ta douleur avant nos bonheurs, je vois tes larmes avant tes rires. J’arrive plus, Miya. J’arrive plus. J’aurais pu être un super papa. Je l’aurais fait rire aux éclats. Je l’aurais rendu fier.
Aujourd’hui, je me sens père investi d’une mission sacrée : t’empêcher de tout gâcher. Je veux que tu apprennes de tes erreurs. Je veux que tu te relèves chaque matin en pensant à elle. Que ton corps en rédemption devienne le temple de sa mémoire. Je veux que tu te relèves toute seule. Que tu comprennes. Que tu ne te tiennes pas debout pour moi, mais pour elle. On s’en tape, de moi. On s’en tape de nous. Il n’y a qu’elle qui compte. Notre gentille petite fille.
Mon joli bébé.
Tu me trouves cruel de préférer ses sourires aux vestiges des tiens ? Dans ses yeux bleus océan, j’oublie que je suis un père sans enfant. Je ne suis plus une carcasse dans laquelle on a insufflé un peu de vie. Je suis un homme qui peut se reconstruire et qui peut en aider un autre à le faire. Je peux être celui qui construit, celui qui ne brise pas.
Reviens, Miya. Reviens. Reconstruis toi, je t’en prie. Deviens ce temple qui a porté notre reine. Je reconsoliderai les bases du mieux que je pourrais, mais ce sera à toi de reposer chaque pierre. Ce sera à toi de glorifier sa mémoire. Quand je te regarde, je ne veux pas voir son tombeau mais son mémorial.
Pitié, Miya.
Que notre drame devienne ta rédemption.
Que notre drame t’aide à faire pénitence.
Redeviens la femme que j’ai connu.
Redeviens la femme que j’aimerais pour toujours, dans tout les aspects de chaque Univers. Ne sois plus la femme qui a tué mon bébé.
Ne sois plus cette égoïste qui a arraché à notre monde sa plus belle éternité.
Pitié, Miya. Je t’en conjure.
Ne laisse pas notre drame devenir notre histoire.
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@Miya Ryuū
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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin
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| HATEFxCK - THE BRAVERY |
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![]() Banquet |
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Dimanche 15 octobre 2051 | Appartement de Gladys et Brennan River, Dublin
Maman aime préparer de bons repas pour sa famille. Elle cuisine bien. Elle y met tout son petit cœur de mère. Avant, c’était tout les samedi qu’on se retrouvait. Depuis quelques semaines, on se donne rendez-vous les dimanche midi. Je t’assure que quand tu finis de bosser à sept heures du matin, c’est un peu sportif.
Ça l’est plus encore, depuis quelques temps.
Moins je vois de monde, mieux je me porte.
Moins je vois Maman… mieux je me porte.
Faut pas m’en vouloir. Je l’aime. Comme un fou. Mais… ben, je porte pas mal de truc sur les épaules. Des certitudes qui m’étranglent. Des questionnements qui m’étouffent. J’ai souvent peur de m’effondrer devant elle et d’ouvrir les vannes dés qu’elle me demande comment ça va.
J’ai la chance que Maman ne voit rien. Mes “oui maman, nickel” lui suffisent parce que je souris bien.
Papa ? C’est le meilleur des darons. Mais c’est pas le père qui va te questionner. Il attendra que tu viennes lui parler. Je pourrais lui parler de tout ça, tu crois ? Lui dire que je suis perdu, que revivre à nouveau me fait peur, que vouloir que ce soit avec Sulien m’effraie, que j’ai la sensation d’abandonner Miya ?
Tu comprendrais, Papa ?
Tu comprendrais que ton fils ne sait plus où il en est ?
Tu sais, Papa, j’aimerais t’en parler. A toi. A personne d’autre. Te dire tout ce que j’ai sur le cœur. Tu aimais Miya, toi aussi. Tu pourrais me dire pourquoi elle est parti avec mon bébé. Ah, oui, oui, je devrai te dire ça aussi, hein ? Que tu es grand-père d’une petite reine qui marche avec les étoiles. Ça te rendrait heureux, ou bien triste ? Est-ce que tu comprendrais Miya ? Est-ce que tu enverrais volé le pacte qu’on s’est tous fait la concernant… et irais la voir ? La prendre dans tes bras ? Lui dire que tu es désolé ? Que ce n’est pas sa faute ? Tu embrasserais son crâne, celui de ta deuxième fille qui s’est arraché à ton amour ? Hein, Papa ? Et moi ? Moi, tu me serrerais dans tes bras ? Tu me dirais que tu es désolé ? Que ça fait partie de la vie ? Que je trouverai une autre fille, qu’un jour je serai père, moi aussi ?
Papa. J’ai pas trouvé une fille. J’ai trouvé un garçon, et il me rend heureux. Il chasse les nuages quand il rit. Il me fait oublier que je n’ai jamais rien fait de bien dans ma vie. Est-ce que Sulien deviendrait ton troisième fils ? Est-ce que tu accepterais que je tienne la main d’un garçon, Papa ? Est-ce que tu me défendrais devant Maman ?
« Mais c’est qu’il est dans les nuages, mon petit Lloyd », glousse t-elle. Sa main caresse mon épaule dans un sourire qui me réchauffe l’âme. « — Le sel, mon chéri. Tu peux me le passer ?
— Euh, ouais ! Scuse, Maman. »
Jude n’est pas là, aujourd’hui. Elle vient de moins en moins. Ça me fait dangereusement penser à la période où elle a coupé contact avec les parents. Ça a duré des années, tu sais ? Et encore aujourd’hui, c’est tendu. Pas avec Papa, hein. Avec Maman. Maman est dure avec elle. C’est pas une super mère pour Jude, même si je sais qu’elle fait son possible. Mais ce sont deux forces qui s’opposent, tu vois ? Elles ont toutes les deux un fort caractère et des idées bien arrêtées sur la façon d’être de l’autre.
Mais c’est Maman qui est en tort, la plupart du temps.
Maman n’aime pas que Jude soit pansexuelle. Déjà, pansexuelle, autant te dire que ça parle pas à la daronne qui trouve qu’on donne beaucoup de noms différents pour la même engeance. Tu sais, je crois que si Jude aimait les garçons, ça irait entre elles. Vraiment. Bon. Elle lui reproche aussi tout un tas d’autres trucs. Ses tatouages. Ses piercings. Son maquillage. Sa coiffure. Sa façon de s’habiller. Son refus de lui donner des petits enfants. Ses positions politiques. Son langage. Ses choix de carrière…
Ça fait beaucoup, hein ? Si Jude avait été un homme, ça aurait été différent. Elle et moi, on le sait. Ça me rend triste, tu sais ? J’ai conscience que je suis privilégié parce que je suis le petit mâle de la famille.
Franchement… je comprends que tu ne cherches plus à faire d’effort, Jude. Je t’en veux pas de me laisser ici, à devoir complimenter le plat de viande de la daronne qui s’obstine à toujours m’en servir malgré mon refus d’en bouffer.
Mais je suis poli.
Alors le petit poulet fermier rôti, entouré de ses petites pommes de terre grenaille… je le mange.
Et je déteste ça.
Je déteste mastiquer cette chaire tendre et parfumée au beurre. Je déteste sentir le goût de la mort dans ma bouche. C’est de la viande blanche, alors je devrai m’estimer heureux, hein ? Si c’était de la viande rouge, mon reuf… je serai déjà en train de tout dégobiller.
Je peux pas.
Je peux juste pas.
Mais ça, Maman comprend pas. Ça fait dix ans que je peux plus en manger, tu sais, Maman. Et ça fait dix ans que toutes les semaines, je me retrouve à devoir hausse une épaule et me dire que c’est pas grave, que je peux faire un effort, que ce n’est qu’un repas dans la semaine.
C’est pas grave, Maman. Mon rôle de fils, c’est de te pardonner, hein ?
« Tu vois quelqu’un en ce moment ? », demande Papa avec un sourire.
Je me fige. Je lève les yeux au ciel. Je sais même pas quoi répondre à ça. Ça va que j’ai la bouche occupée à mastiquer, ça me laisse le temps de réfléchir.
Est-ce que je vois quelqu’un ?
Ouais.
Plus ou moins.
J’avale.
« Ouais. Je vois quelqu’un. »
Papa et Maman s’échangent un regard excité. Aïe.
« — Et comment elle s’appelle ? s’empresse de demander Maman.
— … Sil. Elle s’appelle Sil. »
PNJ actif : Glady et Brennan River, parents de Lloyd
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@Miya Ryuū
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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin
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| DREAM ON - AEROSMITH |
Continue de rêver
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|
![]() Déguingandé |
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Lundi 16 octobre 2051 | Fausse Danse, Allée des Embrumes
Dans mon joli cabaret, tout les lundis sont nazes. Tellement nazes que Jude à dit que bientôt, quand "tout sera prêt", on fermera ce jour-là. Ça me va, franchement. Tout le monde s'en fout du lundi. Le soucis, c'est qu'on est encore en discussion pour savoir si on devrait pas plutôt choisir de fermer le mardi. C'est stratégique : chez Sisyphe aussi on ferme le lundi. Donc, si on se débrouille bien, on peut voler leurs clients. Ouais, Jude est en mission "extinction de la concurrence" et je peux pas lui en vouloir, hein ? Le soucis, c'est que je sais pas si j'ai bien envie de faire du tort à Miya. Perde des clients, c'est un coup dur. Enfin, il paraît. Moi ? Je m'en fous. En ce moment j’ai juste envie de fermer plus tôt pour aller dormir. Mes journées m’épuisent. On quitte la Fausse Danse à sept heure, on arrive chez nous vers… huit heure ? Ça dépend. Douche. Petit dej. Le dodo commence à neuf heure. Réveil à quatorze-heures pour commencer ma formation à quinze heures. A dix-neuf heure, je dois être à la Fausse Danse et avoir mangé. Sans dec. J’ai jamais été aussi crevé. Et ça, ce sont les journées où j’ai rien de prévu. Mais Jude a raison : on doit faire des sacrifices pour atteindre le niveau qu’on désire. Ah ça, les sacrifices, ça la connaît, hein ? Elle ne pense qu’au boulot et au pognon. Je me leurre pas, tu sais ? Si on s’en sort aussi bien, c’est grâce à elle.
« Eh, Kelpy’boy. »
Affalé sur le comptoir, je lève la tête vers Raven. Batte sur son épaule dénudée, mon agente de sécu’ donne un coup de menton vers l’entrée.
« — Il y a un mec chelou qui dit qu’il te connaît. J’ai pas voulu le laisser rentrer parce que, sans rire, il fait flipper.
— Depuis quand tu fais la videuse, toi ?
— Depuis qu’il y a eu tu-sais-quoi dans le Crocheux. »
Je hausse une épaule. Ouais, ça me semble être une super bonne justification.
« — Et il t’a fait flippé.
— Ouais.
— Toi.
— Ouais. Mais je t’arrête avant que tu ne deviennes vexant : t’as pas vu sa tronche. Je t’assure, patron. Vraiment une tête à faire peur. Tout pâle, tout maigre, des yeux bleus…
— Fais le entrer.
— Euh… t’es sûr ?
— Fais le entrer. Je le connais. »
Sulien.
Je souris d’avance. Mon cœur bat la chamade. Il vient vraiment me voir un lundi soir ? Sa surprise tombe un peu à l’eau avec Raven mais… ça me rend heureux, tu peux pas savoir à quel point ! Là, d’un coup, la soirée prend une autre direction qui me plait à un point que j’arrive pas à expliquer.
Raven s’éloigne déjà. Elle jette un regard à Mantis derrière le comptoir qui hausse une épaule en souriant. La barmaid me rejoint et vient me donner un petit coup de coude.
« Un ami à toi ? Beau gosse ? »
Je souris en la poussant de la hanche.
« T’es affamée toi en ce moment ou c’est comment ? »
Qu’est-ce que tu veux que je réponde de plus ? Que Sulien est au-delà de la beauté ? Que j’y fais même pas gaffe ? Que si elle essaye de se la jouer charmeuse avec lui, je vais câbler ?
J’ai envie de lui donner sa soirée, là, maintenant. Qu’elle nous laisse, Sulien et moi. Mantis a toujours une oreille qui traîne. Je peux pas… tu vois ? Être moi même. Et j’ai envie de l’être quand je suis avec Sulien.
« Va prendre ta pause », je lui lance. « — C’est pas comme si c’était la foule.
— Il ne faut pas me le dire deux fois. »
Mantis retire son tablier et quitte aussitôt le comptoir. Je suis son avancée et, en la voyant disparaître… j’en profite me recoiffer. Je tire sur mon t-shirt pour qu’il retombe bien, arrange mon froc. Je m’accoude au comptoir, me déplace un peu, reviens en place… allez, mec décontracté, mec décontracté mais pas trop. Cheveux, voilà, en place. Parfait. Mais pas trop, comme ça Sulien pourra me recoiffer, j’adore quand il fait ça.
J’entends la porte s’ouvrir une fois… puis une seconde. Il arrive. Je regarde pas. Je fais mine d’être trop occupé à regarder Viper et Swan agiter les gambettes sur la scène, t’as capté ? En mode directeur artistique.
J’entends des pas. Ça se rapproche. Je souris. Un tabouret se tire. Mon cœur bombarde dans ma poitrine. Je souris grand, grand, grand ! Mes dents se découvrent. Mes côtes vont éclater sous les coups de mon palpitant.
J’entends un rire de nez. A peine un souffle.
« Toujours le même sourire de chien fou. Certaines choses ne changent pas, on dirait. »
Mon cœur rate un sale battement.
C’est pas Sulien.
C’est pas du tout Sulien.
Mon corps entier se tétanise. Mon sourire se fige. Non. Non, c’est pas ça. C’est pas ça, hein ?
La musique devient un bruit de fond complètement hors propos. Les jambes de Viper et Swan s’agitent au ralenti. Leur sourire de poupée me terrifient tout à coup. Je me sens avalé, absorbé dans un trou noir. Mon coeur se met à battre trop fort. Je l’entends. Je l’entends résonner. Il se mêle au rire qui éclate à nouveau. Léger comme une bulle de savon.
« Je vais prendre un whisky. Que tu vas m’offrir. Tu me dois bien ça, hein ? Entre amis. »
Le souffle me manque. Mes yeux exorbités fixe le sourire de Viper, toujours si grand. Complètement hors de propos.
Lentement, j’ose tourner la tête vers lui.
Vers ses boucles rousses.
Ses membres fins qui semblent trop faible pour supporter son sweat-shirt troué.
Sa mâchoire délicate craquelées par endroit.
Sa peau constellée de taches de rousseur se mêlant à de vieilles cicatrices, dont certaines que je ne connais pas.
Ses yeux bleus océans trop vif.
Et son sourire. Son sourire qui me flanque un coup de poing en plein vide. Un sourire avec des lèvres gercées, mordues, découvrant à peine des dents jaunies par le tabac, abîmées par le manque de soin et les mauvaises décision.
Ses billes azur coulent vers moi, enrobées de veines rouges, cerclées de cernes violettes, pétillantes comme un crépuscule qui n’a pas donné son dernier mot.
« Punky… »
Son sourire s’allonge. Il lève deux doigts osseux aux ongles fissurés et les pose sur sa tempe.
« Salut, Lloyd. »
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| MY GODDESS - THE EXIES |
Ma déesse
Ma déesse
|
![]() Bidule |
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Mardi 17 octobre 2023 | Chemin de Traverse
« J’aiiii un petit biduuuule. Un petit biduuuUUUUUUUUle ! Qui s’appelle… BUBUUUUULLE ! Maman ! Maman maman maman ! On peut acheter, ça ! Là ! Çaaaaaa ! Le truc ! Le truc, là ! Maman ! Maman maman maman maman maman maman mamaaaaaaan ! »
Maman veut pas me parler. Elle tapote ma main qui tire sa jupe mais elle continue à parler avec la dame.
Moi je voulais juste lui montrer le bidule ! C’est un gentil monsieur qui le vend ! Il a l’air d’avoir plein de truc sous son manteau ! Il est pas trop dans la rue. La rue, c’est le Chemin de Traverse, et il y a plein de monde ! Tout plein ! Tout plein tout plein ! Ça fait du bruit, j’aime bien, j’aime bien quand ça fait du bruit
Le monsieur, il est près des escaliers qui descendent dans une ruelle toute sombre ! On dirait une cave ! La cave de chez Mamò et Daideò ! J’ai pas le droit d’y aller mais moi j’y vais quand ils font la sieste. Je fais pas de bruit, je fais touuuut doucement parce que la porte elle grince ! Mais ils sont un peu sourd, surtout Daideò alors ben ils entendent pas, et même que je trouve des trucs trop rigolo dans la cave ! Une fois, j’ai trouvé une vieille boîte en bois avec des photos de Papa quand il était petit, et même des vieux jouets !
Le monsieur là il vend pas de jouets, non non non ! Il vend des petites têtes de poupée ! Moi, j’ai cassé celle de Jude. Elle joue jamais avec, alors je me disais que j’avais le droit de jouer avec, elle m’a dit que je pouvais. C’était un cadeau de Maman, et je lui ai arraché la tête… mais j’ai pas fait exprès, promis ! Alors peut-être que je peux acheter une petite tête pour la replacer ?
Oh, je vais faire la surprise ! Dans ma poche, j’ai des petites noises ! C’est la petite fée des dents qui me les a apporté. Trois ! D’habitude, j’ai juste une noise, mais c’était une grosse dent !
Je vais aller voir le monsieur. C’est une petite tête, ça devrait aller, trois noises ! Et Jude sera contente !
Je lâche la jupe de Maman qui continue à discuter avec la dame. Elle est pas jolie, la dame. Elle a un gros nez. Mais elle a l’air gentille, alors elle doit avoir un mari.
Je m’approche du monsieur. Oh, elles sont rigolotes ces petites têtes !
« Bonjour monsieur ! Elles coûtent combien vos petits bidules ? Parce que moi, moi, moi j’ai trois noises ! »
Le monsieur me regarde, et il dit rien. Mais il sourit ! Il a un sourire un peu bizarre et il a pas toutes ces dents !
« Oh la la ! La petite fée des dents elle a dû vous ramener plein de noises ! Moi aussi ! »
J’ouvre la bouche en grand avec mes doigts et lui montre ma grosse dent tombée ! Il se penche, il regarde, il fait comme moi ! Ça lui fait une drôle de tête, et ça me fait rigoler !
« Wouaaaaaah ! Trois dents ! Ça fait… ça fait… neuf noises ! Parce que ce sont des grosses dents ! T’as vu ? Je compte bien, moi ! Moi, moi j’ai cinq ans ! Et toi, t’as quel âge ? »
Le monsieur ne répond pas. Il est pas trop trop bavard, on dirait ! Mais c’est pas grave ! Moi aussi je peux ne pas être bavard, d’abord !
Regarde !
Je tend le doigt, et je lui montre une petite tête, un petit bidule tout moche qui fait un peu peur mais pas à moi ! Parce que moi, moi j’ai jamais peur ! Même l’orage il me fait pas peur et même si dés fois, il tape fort et il fait sonner les voiture qui sont garées !
Le monsieur regarde la petite tête que je montre. Il me regarde, puis il regarde autour de nous. Et il voit Maman ! Il regarde Maman ! Il est peut-être amoureux, parce qu’il la regarde beaucoup. Elle est trop belle, Maman. Elle a les cheveux roux et long ! J’aime bien les cheveux roux, on dirait du miel, mais du miel foncé ! Pas tout clair ! Non non non !
« C’est ma Maman ! Elle s’appelle Gladys et elle travaille pas ! C’est mon Papa qui travaille, mais Maman, elle s’occupe de moi et de la maison et de Jude aussi ! Jude, c’est ma grande soeur, et elle est à la danse aujourd’hui, alors avec Maman on est venu acheter des trucs ! Regarde ! »
J’enfonce ma main dans ma poche et sors le petit bidule que Maman m’a acheté.
« C’est joli, t’as vu ? C’est un petit jouet ! Normalement c’est pour les chats, parce que ça a une forme de poisson ! Mais Maman elle me l’a quand même pris parce que c’était en promotion, et moi, moi j’ai cassé la poupée de Jude alors j’aimerai bien acheter une petite tête rigolote ! Celle ci ! »
Je lui montre encore la petite tête rigolote.
Il sourit, le monsieur !
Il décroche sa petite tête et me la tend. Oh ! Oh ! Oh c’est tout froid entre mes doigts !
Je souris fort, super fort ! Hihi, elle bouge ! ELLE BOUGE ! J’éclate de rire en tapant des pieds.
« Elle me chatouuuuille ! Je l’aime trop trop trop ! J’ai trois noises ! Je peux l’acheter ? »
Le monsieur hoche la tête et tend la main vers moi. Mais il recule, aussi. Il recule et descend un peu les marches qui font peur.
Je le suis en rigolant.
« Attends, monsieur ! Hihi… elle chatouille ma main… attends monsieur ! Pars pas sans tes petites noises ! Ah… elles sont où ces petites coquines. Oh la la c’est dur ! Attends je range le petit bidule ! »
Il descend encore en souriant, et il se retourne comme si il voulait qu’on fasse la course ! Il est rigolo ce monsieur ! Moi, j’ai des chaussures qui courent vite alors je peux gagner super facilement !
Je range mon petit bidule dans ma poche en descendant. Roh la la, je trouve pas mes petites noises !
« — Elles sont bien cachées les coquines ! J’ai un trou dans ma poche, elles sont peut-être dedans ! Hihi… la petite tête me chatouille. Coucou petit bidule ! Couc—
— LLOYD !
— Oh, Maman ! »
Je me retourne pour lui sourire. Elle fait les gros yeux. Elle a eu peur, hihi ! Comme quand on joue à cache-cache dans les magasins !
Sa main attrape vite la mienne et me tire loin des escaliers. Oh ! Maman a pas l’air contente !
« Attends ! Attends faut que je paye mon petit bidule… oh, le monsieur, il est plus là ! Hiiiii ! Il m’a fait un cadeau ! T’as vu ! T’as vu, mon petit bidule ? Je vais l’appeler… Pustule ! C’est rigolo, Pustule ! Ça rime ! T’as vu, Maman ? »
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| BUCK - DEAR GOD |
En vrille
En vrille
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![]() Sans aile |
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Mercredi 18 octobre 2051 | Lieu inconnu
Mes poings frappent furieusement le sac de sable suspendus devant moi. Chaque coup résonne dans mes os. Je recule en sautillant. Je reviens à la charge, frappant son foie de tissu, une fois, deux fois, trois fois, il repart en arrière, crochet du gauche, côtes, impact dans les poumons, souffle qui part en vrille, frappe encore, encore, encore, je recule.
Mes phalanges se découvrent à chaque impact, la bande n’a pas été serrée. Le frottement du tissu me blesse, j’en ai rien à cirer, je frappe, je frappe encore, le regard focus, le souffle maîtrisé, rien à cirer, la douleur fait partie de l’entraînement, et j’en ai vraiment, vraiment, vraiment rien à cirer, je tape, je tape encore, je veux pas m’arrêter, je peux pas m’arrêter sinon, je hurle. Je hurle contre un ange à qui j’ai arraché les ailes, un ange que j’ai transformé en démon.
Un ange sans aile qui m’a promis d’envahir mon Paradis pour le transformer en Enfer.
Le sac revient et cherche à me frapper de plein fouet. Je me déplace sur sa gauche. La toile effleure mon nez, je roule dans son dos et lui assène un coup dans les lombaires. Il repart en avant, je roule sur sa droite. Il revient. J’enroule mes bras autour de lui et lui fracasse mon genou dans le foie. Encore. Encore. Encore. Encore. Les dents serrées. Encore. Encore. Encore.
Le sang pulse furieusement dans mes tempes.
Apocalypse 20:10 : « Et le diable, qui les séduisait, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète. Et ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles. »
J’ai jamais retenu les versets des différents livres de l’Ancien Testament, mais je connais le Nouveau. Et je sais. Je sais que je ne l’ai pas retenu pour rien. Je sais qu’il ne se rappelle pas à moi pour rien. Je sais. Je sais. Je sais.
Je sais ce que ça fait, de brûler. Je sais ce que ça fait, de crever dans un Enfer que personne peut voir. Je sais ce que ça fait de supplier pour que ça s’arrête, de primer un Dieu auquel on croit même pas, de lui promettre tout et n’importe quoi pour qu’il nous laisse respirer. Juste respirer.
Je sais, Punky.
Je sais.
Mon poing s’écrase contre le sac. Une fois. Deux fois. Je recule, reprend mon souffle, reviens. Crochet. Direct. Crochet. Mon épaule proteste. Je serre les dents.
Mais Jude, elle sait pas.
Chris non plus.
Sulien…
Feck.
Sulien.
Je frappe plus fort.
Il sait pour Sulien. Il sait pour Chris. Il connait Mantis, il connait Jude, il connaît même des choses que j’ai jamais racontées à personne. Comment ? Comment tu fais, Punky ? Comment tu sais tout ça ? T’étais où pendant toutes ces années ? Tu faisais quoi ? Tu me regardais ? Tu nous regardais ? Depuis combien de temps ?
Et Miya ?
Mon poing s’écrase contre le sac. Je le sens jusque dans mon épaule. Je frappe encore. Plus fort. Plus vite.
Il la connaît.
Il la connaît par mes mots, mes pleurs, ma rage. Il la connaît depuis dix ans, à cause de moi, par coeur, parce que je lui ai tout dit. Il la connaît du présent, et je sais pas à quel point.
Il sait où elle travaille. Il sait où la trouver. Il sait qu’il suffit de pousser la porte de Sisyphe pour la voir, pour lui parler, pour lui sourire. Il sait. Il sait, et moi je sais pas. Je sais pas s’il l’a déjà approchée, s’il lui a parlé, s’il lui a raconté des choses, s’il a posé ses doigts sur elle.
Je sais pas.
Je sais rien.
Et ça me rend dingue.
Mon poing dérape sur la toile. Je grogne, reprends ma garde, frappe encore. Un direct. Un crochet. Je pivote, frappe dans les côtes. Encore.
Et si elle lui faisait confiance ?
Si elle lui confiait à quel point ça va pas, dans sa vie ? Si elle pleurait dans ses bras ? Si il la réconfortait ? Si il prenait la place que je devrai tenir ?
Elle sait pas.
Elle sait pas ce qu’il m’a dit.
Elle sait pas ce qu’il prépare.
Et moi non plus.
Moi non plus.
Chris.
Lil’Chris.
Mon frère.
Vingt ans. Vingt ans que je le connais. Vingt ans qu’il me supporte, qu’il me ramasse, qu’il me regarde faire les pires conneries de l’Univers sans jamais me laisser tomber. Vingt ans qu’il est là. Et Punky le sait. Punky sait ce que Chris représente pour moi. Il connaît son nom, il connaît notre histoire, il sait que c’est mon frère, que mon père l’appelle “son fils”, même si on a pas le même sang.
Il sait où frapper.
Et moi, je sais même pas où il est.
Je m’immobilise.
Où est Chris ?
Qu’est-ce qu’il fait, là, maintenant ? Il est quelle heure ? Il est chez lui ? Il est au Piti’ ? Il est dehors ? Il est avec quelqu’un ? Est-ce que Punky sait où il habite ? Est-ce qu’il l’a déjà croisé ? Est-ce qu’il lui a parlé ?
Je voudrais le voir. Juste le voir. Vérifier qu’il va bien. Qu’il respire, qu’il sourit, qu’il est toujours là. Je voudrais pouvoir faire ça pour chacun d’eux.
Aller les chercher, les compter, les garder près de moi. Tout les quatre.
Comme un berger avec ses moutons.
Un berger qui les mets en danger pour avoir arraché les ailes d’un ange.
Le sac revient lentement vers moi. Je le repousse du plat de la main.
Sulien.
Je ferme les yeux.
Non. Non, pas Sulien.
Punky sait. Je sais pas comment, mais il sait. Il sait que Sulien existe, et qu’il compte pour moi. Il sait que je laisse un homme me garder contre lui. Il sait que j’ai donné des droits à Sulien que je lui ai refusé à lui. Il sait que j’ai réussi à accepter quelque chose quelque chose que j’ai traité comme une saloperie quand ça venait de sa bouche.
Punky, pitié…. Pas Sulien. T’en approches pas. Ne pense même pas à le faire. Laisse le. Tu comprends pas. Tu comprends pas à quel point je suis désolé.
Mes mains tremblent. Le sac revient.
Je pense à Sulien. A sa voix. A ses yeux. A sa manière de me regarder. A cette place qu’il m’a faite sans me demander de devenir quelque d’autre. Je pense à ses mains. A cette rune sur mon doigt. Au bonheur. Au malheur. Et j’ai peur. J’ai tellement peur que j’arrive plus à respirer correctement.
Parce que Punky pourrait lui parler. Lui raconter ce que j’étais. Ce que je lui ai dit. Ce que je lui ai fait. Il pourrait lui cracher au visage toute cette haine que j’ai moi-même mis dans sa bouche. Il pourrait le blesser. Il pourrait…
Non.
Non non non.
Je ne veux pas imaginer ça.
Je ne veux pas imaginer ses mains sur Sulien. Je ne veux pas imaginer Sulien par terre. Je ne veux pas imaginer Jude qui se jette sur Punky parce qu’elle m’aime trop pour réfléchir, Chris qui essaye de s’interposer, Miya qui ouvre la porte de Sisyphe sans savoir qui l’attend derrière.
Je veux pas.
Mais je les vois.
Tous.
Je les vois, et j’arrive pas à les rejoindre.
Mon poing s’écrase dans le sac.
Je ne peux pas être partout.
Je ne peux pas être derrière Jude quand elle sort. Je ne peux pas être à côté de Chris à chaque instant. Je ne peux pas attendre Miya devant Sisyphe. Je ne peux pas suivre Sulien comme son ombre. Je ne peux pas les empêcher de vivre. Je ne peux pas les enfermer. Je ne peux pas leur promettre qu’il ne leur arrivera rien. Je peux pas je peux pas je peux pas. J’ai beau frapper, savoir cogner, esquiver, encaisser, j’ai beau être capable de coucher un type deux fois plus lourd que moi, ça change rien.
Rien.
Parce que je sais me battre contre des poings. Pas contre une menace que je ne vois aps.
Pas contre quelqu’un qui connait touts les endroits où mon coeur est à découvert.
Je lui ai arraché les ailes. Je l’ai laissé là, dans la poussière, avec son amour entre les maisn et ma haine plein la tronche. Je l’ai regardé tomber. Je l’ai entendu pleurer. Et je suis parti.
J’ai laissé mon ange sans aile.
Et maintenant, il est revenu.
Il est revenu avec ses plumes arrachées, ses os brisés, ses yeux pleins de quelque chose que je ne reconnais plus.
Il est revenu pour me faire quitter le Paradis à mon tour, et saccager mes Anges.
Sauf que moi, Punky, je n’ai jamais eu d’ailes. Je ne sais pas voler. Je ne sais pas sauver les gens. Je ne sais même pas me sauver moi-même.
Si tu arraches les ailes de mes Anges, comment je suis censé les rattraper s’ils tombent ?
Comment je fais, Punky ?
Comment je fais si tu pousses Jude ?
Si tu pousses Chris ?
Si tu pousses Sulien ?
Si tu pousses Miya ?
Comment je fais pour les rattraper tous ?
Le sac oscille devant moi.
Je le regarde. Sans bouger. La poitrine soulevée par des inspirations trop courtes.
Et je comprends un truc. Un truc horrible.
C’est pas moi que tu veux voir tomber. Moi, je suis déjà tombé. Tu le sais. Tu m’as vu au fond du trou, Punky. Tu m’as tenu la tête hors de l’eau quand j’avais plus la force de respirer. Tu sais exactement jusqu’où je peux descendre.
Ce que tu veux, c’est que je les regarde tomber, hein…?
Psaume 91:4 : « Il te couvrira de ses plumes, et tu trouveras un refuge sous ses ailes ; sa fidélité est un bouclier et une cuirasse. »
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Car il s'agit de vous :
@Sulien Willows
@Christopher Hangoover
@Miya Ryuū
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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin
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31 nuances de River
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Ne marche jamais seul
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![]() Confus |
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Jeudi 19 octobre 2036 | Lieu inconnu
« Lloyd ! Eh ! Non on ferme pas les yeux, copain, on les garde bien ouvert ! Ah la tronche que tu te tires ! Ta mère va se demander si t’as pas bouffé un bus en pleine tronche ! Allez allez, on regarde son Punky ! Combien de doigt ? Lloooooyd combien de doigt ? »
Le regard vitreux, j’essaye de suivre les doigts qu’il agite devant moi. Je renifle. Wow. Le coup m’a sonné. Je l’avais pas vu venir. C’est pour ça que j’aime pas me battre contre des sorciers : ils ont des sorts.
Et celui ci je l’ai bouffé en pleine tronche. Je sais même pas ce que c’était. J’ai juste entendu un gros boom et après, un sifflement. J’entends Punky, mais de loin. C’est marrant parce qu’il est juste devant. Avec ses doigts qui s’agitent.
« Garde les yeux ouverts, Lloyd ! On fera un bon gros dodo après, d’accord ? Rah la tronche… sans rire, les gars ?! À bout portant, comme ça ?! On devait aller draguer et se faire payer des coups à boire, ce soir ! T’as pas oublié, Lloyd ? Eh, je comptais sur toi, moi. Lloooyd eh ! Regarde moi et dis moi combien de doigt j’ai ! »
Je lève ma main tremblants pour lui en montrer un, de mes doigts.
Il le regarde, les yeux grands ouverts, et dégage ma main en éclatant de rire.
« J’vais te le croquer ton doigt ! Si t'as encore assez d'énergie pour être vulgaire, tu peux te lever. Allez, gros sac... de...bout ! »
Je me sens... désarticulé. J'ai la tête lourde. Le corps entier qui pèse une tonne. Et... wow. Ça va pas.
Mon doigt écrase ma narine droite et je souffle un coup. Punky retombe sur ses fesses devant moi dans un "eeeeew" qui se transforme en rire.
« Ça va que t'es beau, mon Lloyd, parce que j'ai juré... t'es un craspouille. Sans rire, c'est ton seul froc, et on a pas d'eau oxygéné... Bon, c'est pas grave. Allez, debout. Ça va passer, d'accord ? Mais faut pas qu'on reste là. Allez, Lloyd. Je te lâche pas, mais me lâche pas non plus. »
Je le regarde avec mes yeux flous. Son petit nez effleure le mien. Sa petite main se glisse derrière ma nuque et colle nos fronts l'un à l'autre.
« T'as pas oublié ? On se lâche pas, Lloyd. Alors ne me lâche pas. Et sérieux... va falloir prendre une douche. Tu pues. Mais je t'aime quand même. Mon gros chat qui pue. »
431 motsPNJ actif : Lil'Punky, ancien ami de Lloyd
Dernière modification par Lloyd River le 23 oct. 2026, 18:39, modifié 1 fois.
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