Trente-et-une pages de vie
- Salon -
Le salon, lieu tantôt chaleureux, tantôt gris,
Pilier d’une maison qu’elle présente si bien,
Reflet d’une famille quelle que soit sa vie,
Vitrine de ses idées, test de tous ses liens.
Rien n’échappe à l’œil avisé d’un invité,
Qu’un hôte ferait pénétrer dans son salon.
Un objet qui traîne est témoin d’activité,
Un meuble, un souvenir, qu’il soit mauvais ou bon.
Les ressors rouillés du canapés se rappellent
Tous les bonds et les rires de trois garnements.
Mais les coussins rêches, eux, ont vu la demoiselle
Esseulée pleurer, tout contre eux, peurs et tourments.
Ces traces sur le papier peint datent du jour
Où le père a lu le livret de compétences.
Mais on les cache sous un portrait plein d’amour
Où chacun montre obéissance et excellence.
Quant à la cheminée, symbole du bonheur,
On la couvre de prix, de chaque réussite.
Rien n’indique leur coût, les risques, la douleur
Ni même les absents qui ne vont assez vite
Affiche du meilleur et protecteur du pire,
Le salon est pourtant le plus beau lieu de vie.
Il a orchestré tant de moments à chérir !
Tant de merveilleuses âmes ont éclôt par ici !
Et si j’y ai pleuré, j’y ai également ri.
J’y ai bâtis ma joie et appris le chagrin.
Conservons les deux du salon où j’ai grandi
Pour en construire un neuf à mes enfants, le mien.
Gérante des Trois Balais depuis le 25 juillet 2051 - Mère célibataire de 35 ans | Tutoyez moi ! - #ffe0cc (gras)
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Trente-et-une pages de vie
- Héros -
Cette fois, petit clin d’œil à @Victoria McBee, en espérant que ça te plaise !
On a tous un héros dans notre vie.
Personnellement, j’en ai eu trois dans la mienne.
D’abord, ma mère, car les mamans sont toujours les héroïnes de leurs enfants, et cette idée me donne du baume au cœur vis à vis des miens. Mère, c’est cette femme douce, élégante, bienveillante et toujours forte que j’ai rêvé d’être, petite. Elle était si belle, si gentille avec ses patients, et pourtant elle ne se résumait pas qu’à une apparence et me montrait chaque jour qu’elle avait des connaissances sans fin, en tout cas du point de vue de mon petit cerveau en croissance.
Qu’est-ce que je voulais être comme elle…
Parce que Mère, c’est avant tout la femme idéale, ce modèle de perfection que tout père de famille des classes mondaines espère voir atteindre par ses filles. C’est le fruit d’une éducation millimétrée, si efficace sur elle mais si douloureuse pour moi ! Elle m’a toujours donné l’impression que tout était facile pour elle, qu’elle se laissait simplement conduire par le flot des normes et des espérances, qui la menaient vers une vie prospère et glorieuse. Qu’est-ce que je voulais, à dix ans, que ma vie soit aussi merveilleuse que la sienne !
Mais j’ai grandi, et j’ai compris : Mère a échangé cette reconnaissance par tous avec une entrave de la société, piège confortable. Vite, j’ai pris conscience que, même en me laissant faire, je n’y parviendrais pas. Je n’étais pas de ceux qui naissaient avec le talent inné de leurs parents, qui les promettaient à une grande carrière, à un destin prestigieux.
Je n’étais qu’une moins que rien que l’on portait à bout de bras.
Ils ne voulaient pas de moi, et j’en avais assez de souffrir de toutes leurs normes.
Alors, Mère a cessé d’être mon modèle pour ce qu’elle a accompli, mais elle l’est restée pour ce qu’elle était vraiment, à travers toutes ces apparences : une femme au sang froid, une femme altruiste, une femme qui défend ses valeurs.
Et, si j’ai suivi son exemple pour cela, j’espère qu’elle suivra le mien et comprendra.
À moins qu’elle apprécie de ne pas être libre.
Quand Mère n’a plus été mon héroïne à cent pour cent, et quand j’en ai eu besoin d’une autre, une qui connaît la vie, la vraie, elle est apparue à moi au détour d’une rue. Littéralement. Alors que je me lamentais parce que je ne trouvais pas de travail dans mon domaine de prédilection, et que je n’avais qu’à me rendre à Gringotts pour me remplir une bourse de gallions dans le coffre de mes parents, j’ai fait la rencontre d’une femme qui a bouleversé ma vision des choses.
Elle s’appelait Victoria McBee, et elle se battait vraiment, sans aucune mesure de sécurité.
Elle paraissait si forte, si déterminée à trouver du travail, parce que pour elle c’était essentiel. Elle m’a offert un discours que je n’oublierai jamais, sur le pouvoir de la volonté et de l’optimisme, sur l’importance de ne jamais laisser les autres te marcher sur les pieds, sur l’aspect passager des mauvais moments dans lesquels nous étions…
Cette femme, c’est la positivité même, la combativité incarnée.
Et en quelques mots, elle m’a redonné espoir.
Chacune de mes pensées pessimistes, elle les démontait, les balayait avec rage. Pas de travail malgré mon diplôme en littérature ? Ça va venir, et il y a sûrement des emplois dans ce domaine au Ministère ! Mon handicap magique ? Il n’empêche pas de faire un tas de choses, et il ne faut pas tenir compte de l’avis de toutes ces langues de vipère !
Elle a débarrassé ma tête de mes doutes pour les remplacer par des convictions.
On pourrait croire qu’il est plus facile de dire ce genre de choses lorsqu’on ne risque rien, mais c’est l’inverse qui s’est produit ce jour-là.
Moi qui hésitais, mes parents derrière moi, elle qui me rassurait, trop âgée pour cette protection.
Dès lors, j’ai décidé de changer de mentalité, de penser comme elle.
J’ai pris les choses en main, tenté une reconversion, commencé à braver la loi familiale.
Victoria était comme une héroïne, pourquoi ne pourrais-je pas l’être aussi ?
Enfin, quand nos routes nous ont séparées et quand j’ai perdu ma première grande bataille, me ramenant sous le joug des Goodwin puis d’Alistair, je n’avais plus personne à qui me raccrocher. Maintenant que mon tout premier modèle était devenu mon anti-modèle, et que ma tentative de trouver ma propre voie s’était avérée illusoire, voire dangereuse, je devais me contenter de me laisser porter par cette vie monotone.
Comme Mère, mais en sachant que ça ne me mènerait nulle part.
Tous les visages qui m’entouraient étaient soit mes geôliers, soit mes co-détenus, et parfois même les deux en même temps.
Au sein de la haute société, personne n’est assez courageux pour faire le grand saut.
Personne, excepté Samba.
C’est lui, mon troisième héros, celui qui l’a été pendant presque toute ma vie et qui l’est toujours. Je l’avais juste oublié pendant quelques années, c’est tout. Pourtant, il a toujours été là. Enfant, c’est lui qui m’a appris à m’échapper entre les pages d’un livre, à enfin dire ce que je veux par le pouvoir des mots. Adolescente, c’est lui qui me manquait, mais à qui je devais mon épanouissement à Poudlard, parce qu’il ne m’avait pas laissé végéter, seule entre mes quatre grands murs. Adulte, c’est lui qui a cultivé mon goût pour l’art, pour l’écriture, pour la musique, et m’a ainsi offert un échappatoire précieux à tous les maux du quotidien.
Aujourd’hui, c’est lui qui me sauve encore, en rappelant à mon esprit sa liberté.
En rendant plus douce la rupture avec les Goodwin, parce que c’est lui, désormais, ma famille.
Il me l’a prouvé hier d’une signature chez le notaire, sur son testament.
Samba est comme un père pour moi, et un grand père pour mes enfants. C’est à lui, le héros de mes héros, que je dois tout ce que j’ai pu accomplir de bien jusqu’ici.
Il a la réputation de Mère sans toute sa noblesse, son élégance et sa douceur sans son emprise.
Il est désormais à la retraite, cependant il a la volonté et le goût de l’activité de Victoria.
Tout en me laissant respirer, il m’offre ce qu’il faut de sécurité pour me sentir bien.
Il est venu à mon secours alors que je ne m’y attendais pas et que j’en venais à oublier qui j’étais, que je n’avais plus vraiment de but à atteindre.
Alors, même si ça fait très enfantin, je n’espère qu’une chose : lui rendre la pareille.
Pouvoir un jour être le héros qu’il est et qu’il a vu en moi.
Gérante des Trois Balais depuis le 25 juillet 2051 - Mère célibataire de 35 ans | Tutoyez moi ! - #ffe0cc (gras)
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Trente-et-une pages de vie
- Balise -
Si ma vie est une course d’orientation où mes héros me servent de boussole, il faut bien que je m’appuie sur les balises qui jalonnent mon chemin.
Ces points de repère dans cette forêt sombre et sans isssues apparentes.
Ces petits objectifs afin d’atteindre le grand : devenir ce que je veux être, et m’accomplir.
Et, si je ne sais pas dans quelle direction je vais, je me laisse aller à ces étapes.
Peut-être un peu trop, parfois.
La première balise dont la quête a été ardue, ça a été la marche. Ce geste si simple, que chaque être humain fait un nombre incalculable de fois ne serait-ce qu’en une journée, et que mon corps a mis un temps fou à s’approprier. Parler ? Ça je savais faire. Lire ? Un jeu d’enfant, acquis avant bon nombre de camarades de mon âge. Mais marcher ?
Alors que c’est essentiel pour arpenter le sentier de l’existence, mes jambes me le refusaient.
Peut-être parce qu’elles savaient que le voyage serait périlleux.
Mais à six ans, la petite moi a cessé d’être happée par les détours à cette première étape, à savoir les livres. Car à quoi bon marcher lorsque l’on peut aller où bon nous semble, par la seule force de l’imagination ? Et tenter de se mettre debout, ça faisait si mal à mon si petit corps… Mais ce sont ces mêmes livres qui m’ont appris qu’endurer, ça faisait partie de la vie, et que les héros rencontraient des choses merveilleuses lorsqu’ils faisaient l’usage de leurs jambes.
C’est donc la curiosité qui m’a permis d’atteindre cette première balise, de marcher.
Ensuite, la seconde balise était hors de ma portée, invisible à mes yeux, et j’avais même l’impression qu’elle n’existait pas. La Mère Magie a décidé de ne pas la placer tout de suite sur mon chemin, pour m’empêcher de poursuivre ma route. Ou plutôt, elle a décidé de ne pas apparaître dans mon être, de se faire attendre pour semer le doute au sein de notre famille. Nous punissait-elle de ne pas l’avoir assez priée, nous qui sommes une famille très respectueuse de la religion ? Ou bien nous faisait-elle seulement comprendre que mon chemin n’irait pas très loin, serait tortueux, risquait de s’écrouler ?
Le fait est que j’ai marché dans le vide, pendant des mois voire des années, seule, et sans savoir si débuter mon périple me servait à quelque chose, ou si c’était vain. J’avançais même si ça faisait mal, et même si c’était inutile, car c’était la seule chose déjà à ma portée. Mais mes jambes durement mises en mouvement me mèneraient-elles quelque part ?
Finalement, la Magie s’est montrée clémente et m’a accordé une toute petite balise, bien cachée.
Mais c’était suffisant pour poinçonner mon billet direction Poudlard.
C’est dans cette environnement qu’il m’a fallu franchir ma troisième étape : maîtriser ma magie, et rendre fière mes parents. Spoiler alert : cette dernière tâche est toujours à checker sur ma to-do list, mais je crois que la case restera toujours vide. Cette étape, c’est un peu comme un boss de fin dans les jeux vidéos moldus, on ne peut pas en venir à bout. Alors, face à ma baguette capricieuse et à l’exigence croissante de mes parents, j’ai décidé de tricher un peu.
J’ai pris un raccourci, j’ai nommé la filière spéciale.
Pas assez de magie pour passer par les sorts ? On passera par l’intellect, qui est plus concluant.
Par cette contrefaçon, aux yeux des sorciers, j’ai eu mon troisième poinçon, mes ASPICs.
Place à la quatrième balise ! Celle-ci, elle était bien visible, jaune fluo au milieu de mon chemin pluvieux. Par contre, la distance à parcourir était barrée par tellement d’obstacles que l’atteindre était un véritable parcours du combattant. Certains de ces obstacles étaient plus ou moins naturels, involontaires, comme le marché du travail, peu ouvert à une jeune femme sortant d’études de lettres et de linguistique, fermé à l’entrée en diplomatie d’une demi-sorcière. Quelle image donnerait-on à la Nation ? D’autres, par contre, étaient artificiels, des palissades de bois hautes et solidement bâties, sciemment érigées par ma famille pour me bloquer le passage menant à mes rêves, à mon confort, à l’arrivée.
Tu ne deviendras pas écrivaine, ce n’est pas sérieux.
Tu n’enseigneras à aucun né moldu, ce n’est pas acceptable.
Tu n’entreras jamais dans ces bars miteux, ce n’est pas convenable.
Mais la route où ils m’envoyaient était sans issues, à part un beau mirage.
Alors oui, j’ai écris, j’ai enseigné, puis je suis entrée dans ces bars.
Sauf que, bien sûr, leurs murs de ronces m’ont déchiquetée.
Aujourd’hui, je vagabonde sur un autre parcours.
En fait, j’ai l’impression d’avoir été mise hors jeu. J’ai tellement échoué à trouver cette balise de l’accomplissement - peut-être la dernière, la ligne d’arrivée ? -, j’ai tellement joué avec les limites et avec les règles que l’on m’imposait mais qui m’excluaient d’office que l’on m’a jugée indigne de concourir.
Aujourd’hui, on m’a mise sur pause et remplacée par un autre coureur.
De lui dépend toute ma réussite et toute ma gloire.
Gloire qui ne sera jamais mienne.
Mais ce n’est pas fini.
Ce que je dois garder en mémoire c’est que, une course d’orientation, ce n’est pas un sprint.
Un parcours de vie comme le mien, c’est une course de fond.
Et des balises, il y en a plusieurs.
Il me suffit de renouer mes baskets et de repartir, avec mon propre chemin, ma propre direction.
Gérante des Trois Balais depuis le 25 juillet 2051 - Mère célibataire de 35 ans | Tutoyez moi ! - #ffe0cc (gras)
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