31 nuances de River
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Vendredi 20 octobre 2051 | Fausse Danse
« Je sais pas si j’ai envie d’aller en Espagne, Jude. »
Jude prend un moment avant de lever ses yeux de son livre — un monstre avec des milliers de pages. Elle papillonne, hausse un sourcil, et se redresse sur son fauteuil.
Au sous-sol de la Fausse Danse, il y fait bien chaud. Jude a réussi à rendre chaleureux la zone qui reçoit les pires types du pays. Un bon fauteuil pour la baronne, un canapé pour ses clients, et un autre fauteuil, juste au cas où. Table basse sur laquelle sont échangés dossiers compromettants, nouvelles identités et bourse de gallion. Un beau tapis sur lequel repose tout ça, toujours bien propre, Jude y veille.
Pas de client pour Jude ce soir. Depuis ce qui s’est passé en début de mois, avec le déploiement des flics qui enquêtent, je crois que tout le monde fait gaffe.
« Attends… tu peux répéter ? »
Jude me fixe. Je soutiens son regard.
« J’ai dit que j’étais pas sûr de vouloir aller en Espagne. »
Jude recule sa tête. Je crois qu’elle est… choquée.
C’est un joli mot pour dire qu’elle a l’air scandalisée que j’évoque l’idée d’annuler un voyage qui lui a coûté une blinde.
« Avec tout ce qui se passe, Jude… le meurtre dans le Crocheux, les flics, tout… ça… je me sens pas hyper chaud de te laisser une semaine ici toute seule. »
Ma sœur referme son livre sur son pouce. Elle se penche sur la table basse, récupère son marque page et le glisse entre deux pages. Le livre posé, je regarde la couverture. Six of crows.
« Euh… tu te fiches de moi, c’est ça ? Lloyd, le pays serait à feu et à sang que tu irais quand même faire cette formation.
— Jude…
— Cent cinquante gallions.
— Je sais, mais…
— Cent cinquante gallions.
— En ce moment, c’est…
— Regarde ma bouche : cent. Cinquante. Gallions. »
Je souffle en me rencognant dans mon fauteuil.
Non.
Je peux pas partir une semaine en Espagne. Pas maintenant. Pas avec Punky qui rôde je sais pas où. Je peux pas.
Et je peux pas le dire à Jude.
Je peux pas.
Je prends mon visage dans mes mains, basculant en avant en soufflant. Je peux pas. Je peux pas partir une semaine. Je peux pas risquer qu’il arrive quelque chose. Je sais pas ce qu’il veut, je sais pas jusqu’où il est prêt à aller. J’en sais rien. Mais je sais qu’il a des noms, les noms de ceux que j’aime. Va savoir ce qu’il sait sur eux.
Jude.
Chris.
Sulien.
Miya.
Jusqu’où t’iras, Punky ?
Tu m’as balancé quatre noms, mais je sais que t’en as peut-être d’autres.
Ma Rahima.
La petite Lila.
Tess.
Maxence.
Lyam.
Elicia.
Elijah.
Cassidy.
Folma ?
Maddy ?
Combien de noms tu as ?
J’entends Jude se lever de son fauteuil. Un pas. Deux pas. Trois pas. Quatre pas. Elle pose sa main sur ma tête. Ses ongles se referment dans mes cheveux. Elle s’accroupit.
« Sans vouloir te vexer, Lloyd, je crois pas avoir besoin de toi pour veiller sur ma sécurité. »
Elle étend sa jambe sous mes yeux. Je vois sa bottine à quatorze lacets, son pantalon rentré dedans. Et je vois l’éclat d’une de ses lames papillons, coincé entre les deux. Je reconnais le manche en métal noir. Un joli cadeau que je lui avais fait, un jour.
Elle range sa jambe.
Elle ramène l’autre.
Deuxième couteau papillon.
« Pied. Genou. Lames. Je connais la chorégraphie par cœur. Et c’est pas toi qui me l’a apprise. Je traînais dans l’Allée bien avant toi. »
Jude me frotte gentiment la tête et se relève. Je la suis des yeux. Ma grande sœur adorée. Ma grande sœur qui porte sur ses épaules plus qu’elle ne devrait porter… mais qui ne s’en séparerait pour rien au monde.
Je t’aime, Jude. Je t’aime comme j’aimerai jamais personne. Si il t’arrivait quoi que ce soit à cause de moi, je survivrai pas. S’il te plaît. Ne me force pas à choisir entre ma loyauté envers toi et mon amour pour toi. C’est pas possible.
« Tu iras en Espagne », elle martèle. « Et c’est non négociable. Moi ? Eh, l’Allée c’est ma maison. Crois moi, il est pas né le débile qui pense que je suis une proie.
— Jude… tu… tu comprends pas…
— Tu vas faire cette formation. T’auras beau me sortir toutes les excuses que tu veux, Dich… tu vas faire cette formation. Sans rire, Lloyd... ce sont des vacances, aussi. Tu les as mérité. Elles te feront du bien, vraiment. Après, tu —
— Je peux pas quitter le pays ! »
Ma voix résonne dans le salon. Le rideau fermé entre nous et Obsidian de l’autre côté m’empêche de le voir mais pas d’entendre sa plume s’arrêter de gratter.
Jude me regarde, les yeux grands ouverts.
Jude. S’il te plaît. Me force pas à choisir. Me force pas à choisir entre notre business et toi. Il veut déjà que je choisisse sur qui veiller tout le temps.
Me laisse pas ne veiller sur aucun de vous.
Pitié. Jude. Enfermons nous tous dans ce salon.
Mais ne me laisse pas me sentir impuissant, Jude.
S’il te plaît.
Cette fois, c’est sérieux.
888 mots
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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
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Racines, sanglantes racines
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21 octobre 2022 | Lieu inconnu
Mon papa, il est trop classe.
C’est le meilleur de tout les papas.
Il a une grosse voix de papa ours, et il a même la barbe d’un papa ours. J’aime bien quand il me fait des bisous avec parce que ça chatouille. Avec Jude, on aime bien lui faire des tresses et lui mettre des perles dedans. Et on fait aussi à ses cheveux ! Il a les cheveux longs, Papa. Il les attache en un gros chignon. Et quand on va voir des concerts, il les laisse lâcher et il devient Super Papa Ours ! Il remue sa tête de tout les côtés et il chante fort avec les gens sur la scène !
Ce soir, Papa nous a emmené Jude et moi voir un gros festival de métal avec plein de gens ! Ça sent fort et la poussière pique le nez, mais c’est pas grave, parce que tout le monde est gentil avec nous. Ici, Papa il a dit, tout le monde veille les uns sur les autres, et moi j'aime bien ça ! Papa, il dit que c'est "l'esprit de communauté" et que c'est le truc le plus important du monde ! Moi, j'aime bien ça, parce que c'est comme une bande de copain énorme ! Et des copains, Papa, il en a plein. Il y en a même un qui m’a pris sur ses épaules pour que je vois la scène ! Jude est sur les épaules de Papa, elle, et elle remue fort la tête, comme Papa ! Elle a l'air un peu zinzin mais j'aime bien parce qu'elle rit beaucoup. Elle me regarde et elle veut que je fasse comme elle ! Mais moi quand je le fais, ça fait un peu mal. Et j'ai pas les cheveux qui volent partout, c'est moins rigolo. Mais Maman elle veut pas que je laisse mes cheveux tout long comme Papa et Jude ! Elle dit que les petits garçons, ils doivent avoir les cheveux courts sinon on les prend pour des filles. Moi ça me dérange pas qu'on me prenne pour une fille. Jude, c'est une fille, et elle est trop cool. Tout mes copains ils disent qu'elle est trop cool, et Papa, Papa il dit que c'est lui quand il avait son âge ! Papa, il devait être méga trop cool quand il avait l'âge de Jude.
De là-haut, sur les épaules du monsieur qui s'appelle Steve, je vois tout, je me sens grand, super grand ! Je vois plein de monsieur et de madame comme Papa et comme Steve ! Là bas, devant la scène, il y a un gros tourbillon de gens ! Je les regarde avec de grands yeux. On dirait des fourmis, c'est rigolo ! Ils se poussent, ils rigolent, ils remuent dans tout les sens. Je me demande ce que ça fait quand on est au milieu, ça doit être marrant !
Je baisse les yeux sur Papa. Il est méga classe, Papa. Il tient les mollets de Jude et il passe d'un pied à un autre dans une danse qui fait remuer ses grosses épaules. Moi, plus tard, j'aimerai être aussi musclé que Papa ! Avoir son cou de boeuf et sa grosse barbe ! J'aimerais emmener mon petit garçon et ma petite fille dans des concerts qui font plein de bruit et qui font vibrer les côtes ! Je veux être comme Papa, plus tard !
Mais tu sais, Papa, il est pas que ce gros ours un peu foufou. Papa, il fait attention à tout le monde ! Il fait des manifestations. Il nous emmène avec lui, parfois ! Quand il dit que c'est pas trop dangereux. Maman, elle nous a dit que Papa, avant, il avait une bande de copain qui s'habillait tout en noir et protégeait les gens qui vont dans la rue. Les gens, ils marchent tous ensemble, et ils disent des trucs pour qu'on les écoute ! Et parfois, parfois, ben il y a des méchants qui veulent pas qu'ils disent des trucs, alors les méchants, ils s'en prennent à eux ! Et Papa, Papa ben lui, lui il était là pour protéger les gentils ! Comme un super héros avec ses copains en noirs ! Il avait une crête Papa, avant, quand il avait seize ans ! J'ai vu des photos, moi ! Elle était hyper grande, sa crête ! Et du coup ben Papa, il faisait Batman avec ses copains, et ils protégeaient les gens ! Il a une photo de lui avec ses copains, et derrière il y avait des gens qui marchaient en tenant des drapeaux multicolores ! Même que sur la photo, la crête de Papa elle était comme un arc-en-ciel, on aurait dit une licorne, c'était rigolo !
Mon Papa, c'est un héros pour les gens qui s'aiment, ça c'est Jude qui l'a dit. Elle a dit que Papa, il avait pas peur de prendre des coups pour que les gentils n'en prennent pas. Les gentils, ce sont les gens qui marchent dans la rue pour qu'on les écoute ! C'est trop un truc de super héros, de protéger les gentils.
Je suis fier de mon Papa, moi. Quand il fait le foufou dans les manifestations ou quand il fait le foufou en concert. Mais mon Papa foufou préféré, c'est celui qui m'attrape dans ses bras et me dit que je suis son petit amour de sa vie. Parce quand il dit ça, mon Papa, il le dit avec les yeux qui brillent, et j'aime bien ça.
Sur le chemin du retour, Papa il tient ma main. Jude elle marche devant nous. Elle marche pas tellement, elle sautille en remuant les cheveux, elle dansent sur une musique qu'elle a dans la tête, et c'est super joli ! Il fait tout noir, et c'est son ombre que je regarde, moi. On dirait une petite fée un peu zinzin.
« Papa ? »
Papa baisse les yeux sur moi. Il a l'air fatigué, Papa, mais il sourit.
« — T'as pas mal aux papattes, Lloyd ? Ça va ? On est presque arrivé.
— Plus tard, moi, je serai Batman. Comme toi !
— … Batman ? Genre le super héros chauve-souris ?
— Ouais ! Et j’aurai une crête comme toi ! Pas de masque !
— Tu veux pas plutôt être… je sais pas… Lloyd River ?
— Nan ! Brennan River !
— T’es gentil, mon coeur. Mais tu sais, moi je préférerai que tu sois toi.
— Mais c’est moins bien qu’être Brennan River. Breeeeeeennaaaaaan Riiiiver ! On dirait un nom de catcheur ! Mais je veux pas être un catcheur, moi, je veux être comme toi. Un super héros trop badass !
— Tu sais quoi, Lloyd ? Quand tu seras grand, tu seras ce que tu veux, ok ? Pour le moment… tu peux être mon Robin. T’en dis quoi ? Quoi que... eh, j'ai une tête de milliardaire, sérieux ? T'as pas un super héros prolo ?
— Ça veut dire quoi, prolo ?
— ... rien, allez. On part sur Batman. »
1150 motsPNJ actif : Brennan River
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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
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Dimanche 22 octobre 2051 | Pré-au-lard
Demain, je serai parti. Demain, je serai en Espagne, à Ibiza. Pour une semaine entière.
Demain, je serai parti, et laisserai derrière moi ceux que j’aime. Je laisserai ceux que j’aime en danger, pendant une semaine.
Je quitte l’Atelier des Sylves avec le cœur chargé d’inquiétude. Ça ne suffira pas. Ça ne suffira pas, je le sais, je le sais que ça ne suffira pas. Je pourrai parler avec eux, savoir comment ils vont, mais je ne saurai pas lequel est en danger au moment où je lui parle.
Si l’Atelier des Sylves avait vendu une balise, je l’aurai fait bouffer à Punky. Avec ma bouche si c’est ce qu’il voulait, j’en ai plus rien à cirer. Je lui aurai collé une balise pour savoir où il serait en temps réel.
Au Pitiponk ?
A Pré-au-lard ?
Chez Sisyphe ?
A la Fausse Danse ?
A la nouvelle Ste Mangouste ?
Chez Honeydukes ?
J’aurais su pour qui m’inquiéter.
Au lieu de cela, je vais passer une semaine à prendre des nouvelles de chacun, à essayer de taire mon coeur qui s’affolera si ils ne répondent pas dans la foulée.
Six personnes.
Chris.
Sulien.
Miya.
Jude.
Rahima.
Lila.
J’aurai aimé que ces bracelets de communication fassent visio. J’aurais pu regarder derrière eux, à chaque instant. Mais une balise, ça aurait été bien mieux.
Ça aurait été bien mieux.
Je m’arrête avant d’entrer dans la Poste Magique.
Partir, gagner l’Allée des Embrumes pour acheter six glaces à l’ennemi, c’est un peu abusé ?
Je souffle en enfonçant ma main dans ma poche. En passant, Dolly sort sa tête de la poche de mon hoodie pour me becquetter.
« Quoi ? Tu trouves que j’abuse ? »
La furette, les crocs encore enfoncés dans mon poignet, lève ses yeux noirs sur moi.
« Je fais ce que je peux, Dolly. Et… je peux pas faire grand chose. J’ai… »
Je peux rien faire.
J’ai pas de balise.
Mon épaule contre le mur de la Poste Magique, je coule dessus pour atterrir sur le dos. C’est horrible ce que tu me fais, Punky. J’ai été affreux avec toi, je sais, et je t’ai dit que j’étais désolé. Je le suis depuis que je t’ai abandonné. Je le suis tout les jours. Si je chante ta chanson tout les samedi soir… c’est pas pour me faire bien voir ou je sais plus quelle débilité t’a sorti l’autre jour. Si je chante ta chanson, c’est parce que je pense tout les jours à toi. Si je cherchais tes boucles rousses dans la foule pendant chacun de mes concerts, c’était pour pouvoir sauter de la scène et aller t’étreindre, tu comprends ? Te dire que je suis désolé, pleurer dans tes bras, implorer ton pardon.
Mais tu t’en fiche de mon pardon, hein ? C’est trop tard.
Je tire sur Dolly pour la récupérer et la tenir tout contre moi. Elle s’acharne sur mon poignet. C’est un jeu pour elle. Comme ça doit être un jeu pour Punky, peut-être. Me torturer. Me faire payer ce que je lui ai fait.
J’ai mérité ça.
Je sais, Punky.
J’ai mérité ça.
Mais pas eux. Aucun d’entre eux.
Sans déconner…
Une balise, ça m’aurait vraiment bien servi.
« Allez… direction l’Allée, mon bébé. On a pas terminé nos courses. Avec un peu de chance... on trouvera une balise, hein ? Ouais... t'es pas très optimiste non plus, hein... »
Dolly ne me mord plus, elle me regarde avec ses petites billes noires. Je renifle. Mon sourire tremble.
« Je... je suis tellement désolé... si tu savais... j'ai... j'ai... j'ai que des bracelets de communication... je peux pas faire mieux... Tu crois qu'il existe des... des sorts ? » Je lâche un rire tout crasseux de larmes qui veulent sortir. « T'es plus douée que moi avec une baguette alors... on sait jamais, hein ? » Mon doigt roule sous sa petite gorge pour lui caresser. « Faudra que tu m'apprennes, bébé... On fera ça a Ibiza, d'accord ? Quand tu seras pas trop occupée à draguer d'autres furets... j'te connais. »
J'inspire.
Je souffle.
« Allez... on va aller voir si on trouve une balise. »
697 mots
Dernière modification par Lloyd River le 23 oct. 2026, 18:37, modifié 1 fois.
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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
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Entièrement vivant
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Lundi 23 octobre 2051 | Magic’Port
Ma sœur, c’est la personne la plus chic que je connaisse.
Sans rire. On dirait pas comme ça en la voyant, avec tout ses tatouages, ses piercings, ses ongles taillés en griffe, son maquillage noir et sa wolfcut. On dirait pas non plus quand on la voit tenir tête a des mecs plus grands et plus baraqués qu’elle, qui les tête à leur place sans hausser la voix. On dirait pas non plus qu’elle est chic quand elle déambule dans l’Allée comme si elle était chez elle, clope au bec, capuche sur la tête.
Mais moi, je connais ma sœur, et derrière tout ce starter pack de la baronne du crime se cache une femme qui avait tout pour devenir une scientifique charismatique, enfilée dans des costumes chics qui valent un bras.
C’est à ça que je pense quand je la regarde aujourd’hui, dans le hall du Magic’Port. Je vois ma grande sœur et son pantalon en cuir qui monte haut, sa chemise blanche enfilée dedans, son manteau long qui caressent ses bottes et ses ongles bien manucurés. Je vois la femme qui a du goût, qui n’aurait jamais dû finir dans un cabaret crasseux.
Je pars pour toi, Jude. Pour que tu obtiennes l’empire que tu mérites. Un empire dans laquelle tu seras l’impératrice et dont tu seras fière. Tu le mérites. Tu mérites tout ce que le Monde peut t’offrir. Tu ne mérites pas l’échec, la déception, la peur, la douleur. Tu mérites plus que ce que je peux te donner.
Quand je m’approche pour l’enlacer, Jude me serre contre elle. Elle sent bon, ma sœur. Elle sent un parfum qui a du caractère, comme elle, mais qui cache une douceur florale entêtante. Ses cheveux sentent bon l’amande. Je sais pas ce qui s’est passé dans notre génétique pour qu’elle se chope toute la classe de la lignée. Sans rire, hein. Je peux la comparer à n’importe qui dans ma famille, personne dégage ce qu’elle dégage.
Une vraie aura de baronne très chic qui peut t’emplafonner rien qu’avec les yeux… nan, pas qu’avec les yeux.
Jude se détache de moi avec un beau sourire. Sa main caresse tendrement ma joue. Elle mz regarde comme si j’étais un petit garçon qui part en colonie de vacances pour la première fois. C’est un peu vrai. J’ai jamais quitté le pays. Et là je change carrément de continent pour longtemps. C’est long, une semaine.
Jude, partir, ça lui a jamais fait peur. Elle a toujours bougé. Elle a même vécu plusieurs mois en Roumanie et avant, elle voyageait dans d’autres pays. Elle sait parler trois langues, ma sœur. Moi, j’ai déjà du mal à parler la mienne.
« Tu vas t’amuser, hein ? Et tu vas faire le plein de nouvelles idées pour transformer la Fausse Danse. Je compte sur toi. »
Je saisi son poignet, doucement. Elle se laisse faire. Elle me laisse soulever un peu sa manche pour voir si elle a pensé à mettre le bracelet de communication que je lui ai offert. Et il est bien là, encerclé par tout ce qui pendouille à son poignet. Quasiment que de l’acier. Jamais d’argent.
Mon cœur se relâche.
Elle pense à le porter.
« — Tu l’enlèveras pas, hein ? Tu le gardes tout le temps et tu…
— Reste disponible. Oui, Dich. Je tiens un stand de crêpe, j’ai donc tout le temps que je veux.
— Je déconne pas.
— Je crains rien. Ok ? Rien du tout. »
Si, Jude. Tu crains quelque chose. Et je sais même pas quoi.
J’ai envie de te le dire, ma sœur. Je dois te le dire. Je dois te dire qu’un fantôme est revenu, qu’il n’est pas l’esprit frappeur qu’il aurait dû rester, ce gosse énergique et plein d’affection, plein de tendresse pour ceux qui l’entourent. Mais un esprit vengeur dont je connais pas les limites.
« Jude, avant que je parte, je… »
Dois te dire. Je dois te dire. Je dois te dire que j’ai peur qu’il t’arrive quelque chose. Je dois te dire que t’es ce que j’ai de plus cher en ce monde et que si il t’arrivait quelque chose, je ne saurai plus quoi faire. Je dois te dire que je suis désolé.
Je dois te dire que…
« Je t’aime. »
Jude me regarde quelques secondes de trop. Elle bat des cils sans un mot.
Et puis, tout doucement, Jude sourit. Ses yeux se plissent, ses pattes d’oie se creusent, ses pommettes se soulèvent.
« Moi aussi je t’aime, petit frère. Quand tu rentreras… on parlera de cette… Sil, d’accord ? »
Je me fige sur place. Jude a l’air de kiffer ça : elle roule un rire.
« Comment tu… »
Jude hausse une épaule dans un sourire. Il est bizarre ce sourire. J’ai l’impression qu’il veut dire plein de choses. Il est pas que taquin. Il y a autre chose.
J’arrive pas à identifier quoi.
Et je n’aime pas du tout.
Sa main habillée de bagues vient épouser ma joue. Elle la caresse de son pouce, sans me quitter de ses yeux noisettes.
Jude, si tu savais comme je m’en veux de ne pas réussir à te parler, à te dire que je suis inquiet, que je crains pour toi. Je devrai te faire confiance. Je te fais confiance. Je sais que si je te disais la vérité, tu ferais tout ce qui est possible pour me protéger. Si tu savais que Chris est en danger… tu incendierais le Monde avant qu’on ne le touche.
Tu trouverais Punky avant qu’il ne s’approche de l’un d’entre vous.
Mais je peux pas te faire ça, Jude. Je peux pas te faire porter mes conneries, encore. Je sais que tu m’en voudras quand ça explosera. Alors… pardonne moi, Jude.
Je te préfère en baronne du crime chic qu’en guerrière.
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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin
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Appelle-moi rayon de soleil
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![]() Cuire |
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Mardi 24 octobre 2051 | Ibiza
« Eh beau gosse, on va profiter de la plage ! Tu veux venir cuire avec nous ? »
Je lève les yeux de ma table pour regarder le visage penché sur moi. Il est beau, ce visage. Fin, légèrement bronzé, avec des yeux bruns maquillé de doré et de noir. C’est celui d’une des nanas qui participe à la formation. J’ai plus son nom, parce que j’en ai un peu rien à cirer.
Il est treize heures. Ici, on commence les cours à sept heure, on termine début d’après-midi. Paraît que c’est à cause de la chaleur. Les espagnols vivent comme ça.
« Aloooors ? » Elle plante ses coudes dans la table, ses yeux levés sur moi. « — Faut qu’on fasse connaissance, on va passer une semaine ensemble.
— Ouais. Ouais, je suis d’accord. Moi, c’est Lloyd.
— Et moi, c’est April. Eh, t’as un sacré accent. Tu viens d’où ?
— Je suis irlandais.
— Mais non ? Tu rigoles ? Mes ancêtres sont irlandais ! Enfin, comme beaucoup d’américains, en fait. Ouais, je suis américaine. Je viens de Floride ! Miami !
— Ouais, j’avais entendu ton accent. Et… ben, t’as une tronche d’américaine. »
Elle sourit, l’air toute fière. C’était pas franchement un compliment, mais bon, on va dire que c’est cool, hein ? J’aime pas les américains.
« Bon, tu te bouges ? On passe à l’hôtel, on enfile nos maillots de bain et on file profiter de la plage ! Ça te fera pas de mal, t’es pâle. Vous avez pas de soleil en Irlande ? »
April glousse en se relevant. Sa main toute jolie toute bronzée vient frotter mes cheveux, et la voilà déjà parti.
Je reste là encore quelques minutes, les doigts occupés à caresser les six bracelets à mon poignet. Celui de Jude et celui de Lila sont ceux qui ont le plus de mouvement. Je souris, tapotant chacun d’entre eux. Ça m’étonne de Jude. A cette heure ci, elle dort toujours.
« — Llooooyd bouge !
— Rah c’est bon, j’arrive ! »
•••
« Mais quel beau gooooosse ! Matez moi ces tatouaaaaages et ces abdoooos ! »
Le Soleil tape fort. Jude m’avait dit de prendre des lunettes et une casquette… ben j’ai bien fait de l’écouter.
April trottine vers la place, accompagnée par d’autres nanas de la formation. Quelques gars les suivent de loin en discutant. Tu sais, moi, je suis un mec qui aime le contact, et les gens. Mais j’arrive pas à rester focus, aujourd’hui. Je ne pense qu’à eux. A eux qui sont loin, qui sont en danger, qui…
« Eh, l’irlandais ! On bouge ces jolies petites fesses et on va à la flotte ! T’es pas dégourdi, hein ? »
Je souffle. Elle va me saouler, elle, je le sens. T’as envie que j’aille à la flotte ? Ben je vais aller à la flotte, hein.
J’avance plus vite, et April a l’air contente. Elle recule dans l’eau, plus doucement que les autres qui courent en riant pour se jeter dans l’eau. April m’attend. La jolie April dans son joli maillot de bain deux pièces. Elle a de longs cheveux bruns, un petit bob sur la tête. Elle est jolie. Vraiment. Mais j’ai aucune envie de la draguer, ni de lui dire. C’est bizarre, hein ? Je m’en serai donner à cœur joie, avant.
J’ai le sentiment bizarre que si j’avais envie de le faire, je serai le roi des abrutis.
Machinalement, mon doigt vient tapoter le bracelet duquel pendouille un petit porte-clef en forme de corbeau.
J’arrive à sa hauteur. La main d’April se lève jusqu’à ma casquette qu’elle tapote. Elle a un sourire qu’elle doit savoir être joli, parce qu’elle me regarde bien droit dans les yeux, avec cette tête de sirène qui ne sait plus comment regagner la mer.
« Le premier à l’eau, il — EH ! EH EH EH ! NAN ! »
Trop tard. J’ai récupéré April pour la jeter sur mon épaule et je m’avance déjà dans l’eau. Elle se débat, elle glousse, elle tempête… et boit la tasse dés qu’elle atterri dans l’eau. J’entends les autres de la formation lancer des “wouuuuuh”, siffle… April, elle, crache l’eau salée en cherchant son bob d’une main maladroite.
Ah, on a un tout autre regard de sirène, là.
•••
J’ai jamais cuit sur une plage. J’ai jamais été à la plage.
Mais j’aime ça.
Allongé sur une serviette, la peau couverte d’eau que le soleil chauffe… wow, c’est génial. Le vent porté par la mer me fait frissonner, le soleil me réchauffe, l’eau me rafraîchit, et j’entends à peine les discussions des anglophones autour de moi. L’odeur de l’huile de bronzage se mêle à celle du sel et du sable dans lequel mes doigts jouent naturellement.
C’est… agréable.
A côté de moi, April se tourne sur sa serviette pour me regarder. Sa peau joliment bronzée brille de l’huile de bronzage qu’elle a voulu que je lui tartine. Elle sent bon la fleur de tiaré.
« Dis, l’irlandais, pourquoi tu suis cette formation, toi ? Moi, je suis danseuse aquatique à Miami. Mais mon boulot commence à me gonfler, mon patron est vraiment… très chiant. Il m’a payé cette formation, je lui ai pas encore dit que j’allais quitter son business pour lancer le mien. »
Danseuse aquatique ? Je la regarde, curieux. Elle sourit.
« — Je suis sirène professionnelle. J’enfile une queue de sirène, un petit haut, et je nage dans un aquarium. Parfois avec des poissons.
— Sans déconner ?
— Sans déconner. Ça marche bien. Ça plaît beaucoup aux enfants. C’est pour ça que j’aime mon travail. Si tu savais comme c’est merveilleux de voir toutes ces petites têtes te regarder avec des yeux tout rond… Tu bosses dans quoi, toi ?
— Je suis directeur artistique dans un cabaret.
— Wow ! Monsieuuur…
— Nan mais, dose. Je sais pas vraiment comment on gère ça, moi. Pour ça que je suis là.
— Je pourrais te former, moi. Gratuitement, en plus. Enfin, non. Contre un verre, ce soir. Toi et moi. T’en dis quoi, l’irlandais ? »
Je souffle un rire en me tournant vers elle.
« — T’es directe, hein.
— On est là pour une semaine. Ça passe vite, sept petits jours. Alooors… t’en dis quoi ?
— Je dis ok pour le verre. Mais ça n’ira pas plus loin. Je préfère te prévenir.
— Quoi, t’as laissé une copine en Irlande ? Tu sais.. Ce qu’elle ne sait pas ne peut pas lui faire du tort.
— Hm-hm. Je commence à voir que de la sirène, tu tiens surtout de la morue. »
April me regarde avec de grands yeux. Elle avale sa salive, fronce les sourcils… et me fous la paix.
Et moi, je peux continuer à cuire sous le Soleil, les doigts occupés à caresser le bracelet du corbeau.
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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin
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31 nuances de River
| WARRIORS - CHRIS MOTIONLESS, OUTLIER |
Guerriers
Guerriers
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![]() Fracture |
TW : description blessure et bagarre
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Mercredi 25 octobre 2051 | Ibiza
« C’est quoi cette cicatrice ? » me demande April. Son doigt suit la fameuse, celle qui sillonne mon avant-bras gauche. Elle est pas vilaine, parce que j’ai eu des soins magiques, mais elle est là, visible. Et elle a pas échappé à l’américaine.
« Pfff… vieille baston qui a mal tourné », je réponds en croisant l’autre bras derrière ma nuque. Le soleil est doux aujourd’hui. Sécher sur la serviette est moins agréable qu’hier. En gros : je me les gèle. « — Ça a finit en fracture ouverte.
— Dis dooonc… il est bagarreur, l’Irlandais. Dans un bar ?
— Quoi, parce que je suis irlandais, forcément…
— Dans un bar ?
— Dans un bar. »
April glousse en se tournant à plat ventre sur sa serviette. Son doigt traîne encore sur ma cicatrice. Je lui laisse mon bras. J’aime bien. Ses ongles glissent sur ma peau, effleure la peau sensible de ma cicatrice.
Mais je préférai que ce soit les ongles de Sulien qui fassent ce chemin. Je pourrais attraper sa main et…
Y déposer un baiser.
Dans le creux de sa paume.
Embrasser la chaire charnue de son pouce.
Il me manque. Il me manque tellement. Il me manque a un point qui me remue les entrailles. Ils me manquent tous. J’ai jamais été séparé d’eux aussi longtemps. Enfin, tous en même temps. Je me sens… tout seul. Je suis tout seul. Et c’est peut-être pour ça que j’aime bien traîner avec April. J’ai pas envie d’être tout seul. J’ai pas envie de penser à Punky. J’ai pas envie. J’ai tellement pas envie. Ça me fait peur. Ça m’inquiète. Et je peux rien faire. Rien. Rien d’autres que m’inquiéter.
Alors le matin, je suis ma formation. L’après-midi, je parle et ris avec April. Le soir, je danse et je fais la fête. C’est quand il faut dormir que c’est chaud. Avant, j’aurai habillé la nuit avec des corps chauds. April aurait pu en être un. Mais mes draps sont froids, et le seul corps que je veux dedans…
Il est en danger.
« Tu me racontes ? »
Je tourne la tête vers April. Raconter quoi, ça ? L’histoire de la cicatrice ?
Je réfléchis. Mon cœur se serre, alors je souris.
« — T’sais, c’est pas vraiment… des trucs qu’on raconte.
— Pourquoi ? Tu t’es fait ça en glissant sur le parquet du bar ?
— Non. C’est juste que… ben c’est pas marrant, quoi.
— T’es pas un clown, t’es pas là pour me faire rire. Allez… raconte. Le temps qu’on sèche. »
Je déglutis en détournant la tête. Le ciel est dégagé, bleu, tout bleu. Je dis que Sulien a les yeux océans, mais en fait, il les a comme un ciel dégagé. Un ciel qu’on peut contempler sans se lasser.
April n’a pas cessé ses caresses sur mon bras, continuant à suivre ma cicatrice du haut vers le bas.
« Ok… »
April remue ses jambes sur la serviette, faisant un peu voler de sable. Elle est contente.
« J’avais… vingt piges. Je venais de finir un concert dans un pub écossais. On célébrait avec mon pote, mon meilleur pote, en fait. Avec les pourboires que j’avais eu. Pas grand chose, mais assez pour quelques bières, tu vois ? Bref. Des mecs sont venu nous chercher des noises. Des écossais, hein. Ils aimaient pas bien nous entendre avec nos gros accents irlandais. C’est de bonne guerre. Je peux pas me les voir non plus. Le soucis c’est que moi, j’avais le physique pour encaisser une bastonnade, pas mon pote. Et même si il l’avait eu, le physique, j’aurai pas supporter, en fait. C’était mon meilleur ami, tu vois ? Ma personne préférée sur terre. »
J’inspire en observant le ciel. Lui aussi, il a ses yeux là. Je me déteste de voir les siens en parlant de lui. J’aurai préféré continuer à voir ceux de Sulien.
Alors mes yeux, je les referme.
« Ils ont commencé à le pousser. A l’insulter de… de mots franchement pas cool pour un gay. Mon pote avait les traits méga fin, genre plus fin que toi. J’ai vrillé, c’est parti en vrille. Ça a finit en grosse baston. J’ai pas franchement de gros souvenirs de tout ça, parce que quand je vois rouge, j’ai un espèce de voile devant les yeux, je sais pas comment t’expliquer… genre le corps agit et le cerveau s’éteint. Bref. Mon pote s’est prit une grosse dérouillée, il a finit au sol à se faire laminer pendant que j’étais avec deux autres gars. J’ai vu ça, j’y ai été sauf que ben j’avais pas finit. J’avais après les quatre dessus. J’en ai séché un mais j’avais les trois après et… pendant que je relevais mon pote, il y en a un qui m’a éclaté un tabouret métallique sur le bras. J’ai eu le reflex de nous protéger avec mon bras, sinon c’était la tête de mon pote. On a finit par sortir, avant l’arrivée des condés. Bref. Fracture ouverte. Mais on est sorcier, alors on a juste eu à aller à l’hosto et c’était réglé. J’ai eu aussi celle-ci, regarde. »
Je lui reprend mon bras pour dégager mon front de ses cheveux noirs. Elle se penche un peu pour regarde la petite cicatrice qui barre mon front. « Une chope en pleine tronche. »
Son doigt glisse sur ma cicatrice, et elle fait genre d’être ultra intéressée. Je dégage sa main quand elle commence à se perdre dans mes cheveux.
« — Bref. Voilà. Tu sais tout.
— Et ton ami ? Il a finit dans quel état ?
— Sale. Mais il avait vu pire. »
Il avait vu bien pire. Et je crois que c’est après que je sois parti que c’est devenu plus sale.
J’ouvre les yeux, à nouveau. Un nuage, un seul, tout cotonneux, traverse le ciel bleu. J’étends une main vers lui, dégageant pour de bon les caresses d’April sur ma peau.
On l’avait dit, Punky, qu’un jour on pourrait s’étendre dans l’herbe, le ventre rempli, les daronnes à l’abri. On l’avait dit qu’on pourrait regarder les nuages, ta tête sur ma poitrine, tes doigts jouant avec mes ongles.
Le bracelet de Jude, celui avec une tête de loup, pulse doucement. Je me redresse sur les fesses et tapote le sien.
Puis, celui de Sulien.
Que je caresse.
Doucement.
1055 mots
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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin
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31 nuances de River
| POOR JACK - DANNY ELFMAN |
Pauvre Jack
Pauvre Jack
|
![]() Zip |
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Jeudi 26 octobre 2051 | Ibiza
Depuis que je suis à Ibiza, Jude m’envoie pas mal de messages bizarres. Je pensais pas que je lui manquerai autant.
Tu me manques.
En boucle, la carne.
Tu me manques.
Ce matin, elle m’a même envoyé un « J’ai froid ». Jude est frileuse, alors je lui ai répondu de mettre un pull. Elle m’a répondu « À toi ? ». Je lui ai dit qu’elle pouvait. Après ça, plus rien. Elle m’a envoyé ensuite « Le bordeaux ? ». J’en ai qu’un, de bordeaux, et c’est pas un pull. C’est un gilet en laine. Il a une paire d’année, celui la. Du coup, je lui ai dit que oui, qu’elle pouvait le mettre.
Après ça, que des trucs chelou.
Tu sens bon.
C’est doux.
Trop grand.
Assez grand.
Grand.
Bras.
Grand.
Sens bon.
Oups.
Cassé.
Désolé.
Zip zip.
Et elle a pas arrêté. Elle a pas arrêté de me répéter ce mot. Juste ce mot. J’ai compris que la fermeture était cassée.
Zip.
Zip.
Zip.
Zip.
Zip.
C’est simple : mon bracelet à vibré toute l’après midi. Toujours avec ce mot débile. Ou juste cette onomatopée.
Zip.
Zip
Zip.
Entre ça et les messages des autres bracelets, je me suis dit que wow, ils sont actifs, que je leur manque. Et ça m’a fait chaud au cœur.
Mais le bracelet de Jude s’arrêtait pas. Je crois qu’il a finit par bugué. Sur ce mot.
Zip.
J’irai voir Cin’ en rentrant pour lui dire que franchement, son matos il craint.
Ouais.
J’ai cherché à rationaliser. Parce que Jude, ma si solide Jude, m’a dit avant que je parte que tout irait bien.
Et moi, je suis un bon petit frère. J’écoute ma grande sœur. Personne peut l’atteindre.
Même Punky.
Il peut pas. Il peut faire la liste des gens que j’aime, il peut chercher à me faire peur, mais je connais ma sœur : elle est forte. Mega forte. Et elle connaît Punky. Elle connaît son visage par cœur. Sa voix. Ses intonations. Elle connaît les dangers de l’Allée, tout ce que les ombres dissimulent. Personne peut l’approcher. Les seules fois où elle a eu des soucis, crois moi qu’en face, les débiles qui ont essayé de l’atteindre ont eu le double de soucis.
Je m’inquiète pas pour elle. Pas trop.
J’aurais dû pourtant, hein ?
388 mots
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Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin
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31 nuances de River
| PATHOLOGICAL - SET IT OFF |
Pathologique
Pathologique
|
![]() Stupide |
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Vendredi 27 octobre 2051 | Ibiza
Je suis stupide à pleurer, les fesses dans la flotte. A pleurer sans m’arrêter, les bras enroulés autour des jambes. Un trop plein, je crois. Un trop plein de tout. J’ai tenu longtemps, en plus. Vraiment. Mais j’ai senti que ça n’allait pas tenir. Au réveil ce matin, ça a commencé. La boule au ventre. L’angoisse qui me sert la gorge. J’ai direct regardé mes bracelets. Pas de mouvement.
Alors moi je leur ai envoyé à chacun. Juste un petit truc. Pour avoir une réponse, à un moment de la matinée, n’importe lequel, juste une réponse. De chacun. C’est pas beaucoup demandé.
A Miya, "saute pas de repas".
A Sulien, "dors bien".
A Lila, "brioche ce matin, miam".
A Jude, "couru cmb de temps ?".
A Rahima, "je t’aime".
A Chris, "lave toi les dents, tu pues".
J’ai attendu. Et je suis parti courir. L’angoisse est restée, bien accrochée dans mes tripes. Elle restée sous la douche. Elle est restée pendant le petit dej'. Elle est restée pendant les cours. Elle est restée quand on me répondait. Elle m’a pas lâchée.
J’ai envoyé April se faire voir quand elle voulait qu’on aille tous ensemble visiter un musée. J’ai recommencé quand elle a voulu déconner avec moi. J’ai recommencé quand elle m’a invité à venir avec elle et les autres manger en ville. J’ai recommencé quand elle a toqué à la porte de ma chambre pour savoir si ça allait. Et j’ai recommencé quand elle m’a dit que je pouvais lui parler. J’ai pas envie de parler. J’ai envie de repartir à Londres. Retrouver Jude. Aller attendre Sulien devant le Lac Noir. Dire à Miya que je suis rentré plus tôt. Aller enlacer Chris. Embrasser ma Rahima. Proposer un goûter à Lila. Je veux les revoir. M’assurer que tout le monde va bien.
Au lieu de ça, je chiale dans la flotte pour évacuer tout ce que j’ai sur le cœur. J’ai peur. Et je peux rien faire. Je peux rien faire d’autre que chialer comme un abruti. C’est frustrant. C’est tellement frustrant.
Et ça s’arrête pas. J’arrive pas à m’arrêter. Je me sens stupide. Complètement stupide.
Punky sait. Il sait que je supporte pas d’être impuissant. Que j’ai la meute dans le sang. Que les autres comptent plus que moi.
Nan.
Il sait pas.
Il l’a dit.
Je pense qu’à moi.
Je suis égoïste.
Est-ce qu’il veut se le prouver ? C’est pour ça qu’il a repéré ma meute ?
J’ai la mort. J’ai mal. Je suis en colère. J’ai peur. Je suis triste. J’ai tout qui se mélange. Tu sais, hein ? Tu me connais par cœur. Tu sais que je gère pas bien les choses. Mais avant, je prenais des potions d’Euphorie pour pas supporter ça. Aujourd’hui, je suis clean. Clean et complètement démoli par le stress. Ça me tranche le bide. Ça fait mal. Ça fait tellement mal.
Ils ont pas mérité ça. Aucun d’entre eux. Tout est de ma faute. J’ai été stupide. J’ai été stupide. Tellement stupide. J’ai défoncé Punky. Je l’ai brisé. Par égoïsme. Par peur. Par haine. J’ai tout cassé. Tout. J’ai arraché les ailes d’un ange. Je l’ai transformé en démon. C’est de ma faute. Tout ça. Si ils sont blessés, ce sera de ma faute. Ma faute. A moi. Encore. Et je peux rien faire. Rien. Rien du tout. Je suis pas là. Je peux pas être là. Je peux pas me découper en sept. Je peux pas. Je peux pas. Ça me ronge. Ça me bouffe.
Dans mes sanglots, j’envoie six nouveaux messages.
A Miya, "courage pour le taf".
A Sulien, "espère boulot était cool".
A Lila, "tapas ce soir, miam".
A Jude, "aujourd’hui formation finances, nul".
A Rahima, "tu me manques".
A Chris, "xoxo petit rat".
Je peux rien faire de plus que m’inquiéter et prier pour que tout aille bien.
Et ça me rend dingue.
La Lune est haute dans le ciel, et doit se demander ce qu’un débile fait à chialer dans la mer.
Un mec stupide qui aime trop fort six personnes qui sont peut-être toutes en danger.
@Sulien Willows
@Miya Ryuū
@Christopher Hangoover
@Lila Rose
@Rahima Ahmadi
683 mots
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