Ce que nous avons sur le coeur l PV Amaëlle NELLY

Ysalyne secoua ses mains au-dessus du lavabo et les dernières gouttelettes virent s'y fracasser. Elle soupira. Elle n'avait jamais particulièrement aimé les cours de potion, mais aujourd'hui, elle l'avait encore moins supporté que d'habitude. Oui, Ysalyne était quelque peu maladroite - Bon, très bien, extrêmement maladroite !  - mais elle n'arrivait pas à comprendre comment elle se débrouillait pour toujours provoquer une catastrophe.

La fillette regarda ses paumes toutes tâchées de vert. Des petits boutons à vif, qui la chauffaient un peu, commençaient à pointer le bout de leur nez et le tout la démangeait affreusement. Son professeur le lui avait répété, répété, et répété alors qu'elle sortait de la salle du classe dans la précipitation, et elle-même se le demandait encore : pourquoi avait-elle ajouté des épines de porc-épic avant les racines de Varhock ? La deuxième année grimaça. Elle n'en avait aucune idée.

Mais ce n'était pas vraiment sa faute ! Elle n'y comprenait rien aux potions ! Elle ne savait jamais pourquoi comment couper un ingrédient en dés ou en fines lamelles pouvait avoir un quelconque impacte sur le résultat final ! Et pourquoi est-ce que le sens dans lequel on tournait la potion avait une importance ?

Ysalyne rouvrit le robinet lorsque la chaleur de ses mains recommença à la faire souffrir. Elle devrait aller voir miss Lloyd, elle le savait bien, mais elle avait peur de croiser quelqu'un de sa connaissance dans cet état. Déjà que les élèves de sa classe avait bien rit. Antony avait eu l'air inquiet au moins. Ysalyne n'avait même pas prit la peine de regarder la réaction d'Amaëlle.

Cela faisait plusieurs jours que la rentrée avait eu lieu, qu'elles s'étaient remises à partager le même dortoir, la même salle commune, la même table dans la Grande Salle, et les mêmes salles de cours, mais elle avaient toujours réussit à trouver le moyen de s'éviter, si bien qu'elles ne s'étaient pas encore expliquées.

Ysalyne se doutait bien qu'Amaëlle ne prenait pas son retours avec beaucoup de joie, et comprenait bien qu'elle lui en voulait. Elle se demandait aussi si le fait qu'Antony lui ai pardonné si facilement et qu'ils se soient remis ensemble ne l'ai pas agacé plus. Amaëlle n'était pas venue lui parler, songeant sûrement, et à juste titre, que c'était à Ysalyne de venir s'excuser, et la jeune Benett, trop honteuse et angoissée par ce que son ancienne amie pourrait lui dire ou lui reprocher, n'avait pas fait le pas vers elle, à tord.

La douleur sur ses paumes s’apaisa un peu et Ysalyne poussa un nouveau soupire. Il lui faudrait vite pouvoir se glisser jusqu'à l'infirmerie. Heureusement qu'elle était au même étage que les toilettes des filles ! D'un geste vif qui la fit grimacer de douleur, la petite referma le robinet et, en essayant de ne pas faire entrer en contacte ses paumes et les objets alentours, se pencha pour attraper son sac.

Avant qu'elle n'ai pu l'atteindre, elle releva la tête alors que la porte des toilettes s'ouvrait, et que la silhouette d'une autre deuxième année de Serpentard pas inconnue du tout apparaissait. Ysalyne dégluti. Evidemment ! Il avait fallu compter sur sa malchance pour que le destin choisisse ce moment précis pour la confrontation !
Dernière modification par Ysalyne Benett le 28 mai 2018, 14:45, modifié 2 fois.

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Pourquoi un lieu pouvait parfois attirer d'avantage qu'un autre ? Amaëlle ne savait pas. Elle ne savait même pas réellement pourquoi elle avait eut envie de se rendre dans les toilettes des filles ce jour là, peut-être parce qu'envers et contre tout les toilettes du premier étage avaient toujours gardé une signification un peu particulière dans son esprit, aussi ridicule que cela puisse être. Sans doute ses pas l'avaient-ils menée là par trop plein de rancœur, un besoin de se défouler, un besoin de se soustraire au regarde des autres aussi, après tout Abigail ne l'accompagnait qu'assez rarement aux toilettes, d'autant que c'était l'heure du repas et que chacun était parti se sustenter.
Foulant le sol du couloir et donnant de temps à autre des coups de pieds rageurs dans le vide elle se laissait aller à perdre son éternel petit sourire en ayant assez. Oh elle n'avait jamais prétendu être la joie de vivre incarnée, et elle savait pertinemment qu'elle était butée, mais ça ne l'empêchait absolument pas de trouver son humeur morose parfaitement justifiée. Et d'ailleurs pourquoi une telle humeur ?

La réponse tenait en un mot : Ysalyne. Cette même Ysalyne qui avait été sa première amie, une de ses meilleures amies, sa confidente aussi (bien qu'elle n'ait pas grand chose à confier et que cela marchait d'avantage dans l'autre sens) ; cette même Ysalyne qu'elle avait rencontré dans ces toilettes au cours d'une crise de fou rire, premier d'une longue série ; cette Ysalyne a qui elle ne voulait plus parler, ce qui lui pesait au passage plus qu'autre chose.
Pour comprendre un tel retournement de situation ça n'était pas très compliqué, il suffisait de s'intéresser à l'histoire des deux jeunes filles. Les deux petites avaient été amies, puis Ysalyne était tombée amoureuse d'Antony et elle même était devenue assez amie avec lui, les choses étaient faciles et joyeuses... et puis Ysalyne avait commencé à se renfermer sur elle même. Il devait avoir y avoir une bonne raison, sans aucun doute, et il aurait été injuste d'en vouloir à la verte et argent pour cette raison qui n'étaient sans doute pas vraiment de son fait... mais si explications il y avait jamais Amaëlle n'avait réussi à les connaître. Ysalyne avait au mieux ignoré ses propositions d'aide, au pire l'avait repoussé de manière peu aimable, et la petite Serpentard l'avait assez mal vécu. D'autant que son amie avait fini par partir au cours du mois de mai sans plus jamais plus donner de nouvelles.
Abigail ou certains Serpentard auraient pu témoigner : elle avait eut du mal avec cette perte. Elle avait même quitté le journalisme un temps, ayant perdu la motivation d'y travailler sans elle, errant souvent dans sa salle commune sans trop savoir avec qui parler. Parce que privée d'Ysalyne elle était aussi privée d'Antony, qui n'avait pas longtemps attendu avant de complètement l'ignorer. C'était en Caroline qu'elle avait finalement retrouvé une camarade, chez Tessa aussi... mais ça n'était pas pareil. C'était sans doute pour cette raison qu'elle passait de moins en moins de temps en salle commune alors. Préférant occuper la salle des préfets où elle pouvait croiser Abigail et passer de bons moment, travailler en salle de journalisme sur ses articles, faire ses devoirs dans un couloir ou bien errer à la recherche de passage secrets avec Melpomène. Et puis, alors qu'elle ne s'y attendait plus, Ysalyne était revenue.

Elle n'avait pas vu ses retrouvailles avec Antony : dans le Poudlard Express elle était rapidement montée dans le wagon des préfets pour entendre d'énièmes recommandations à propos de l'année, ainsi que des consignes et explication vis à vis de ce qui allait se passer cette année là : le tournoi des trois sorciers. C'était en se rendant aux toilettes (toujours les toilettes, serait-ce quelque chose de récurrent dans son histoire avec Ysalyne ?) qu'elle les avait vu : Ysalyne et Antony, ensembles, l'air heureux, comme si c'était parfaitement normal, comme si la désormais deuxième année n'avait jamais disparu. Avait-il eut des nouvelles lui Antony ? Peut-être, ça expliquerait pourquoi lui non plus ne lui parlait quasiment plus, mais elle elle n'en avait pas eut, et n'avait absolument pas pardonné... et voir les deux tourtereaux enlacés comme s'il ne s'était rien passé lui fit un coup au cœur. Etait-elle elle aussi censée pardonner aussi facilement ? Ysalyne pensait-elle qu'elle pourrait arriver comme une fleur et faire tout oublier avec un sourire et quelques paroles amicales ? Amaëlle avait été si perturbée qu'elle avait même oublié de ramener à Abigail la plume en sucre qu'elle lui avait promis en sortant de leur wagon, elle était partie tout simplement, comme si de rien était elle aussi, elle ne savait même pas si ses deux anciens amis l'avaient vu.

Les jours qui suivirent Ysalyne ne vint jamais vers elle. Alors elle n'alla jamais vers elle, ça l'arrangeait au fond, et puis elle n'avait pas besoin de se prendre la tête : Ysalyne était une idiote qui l'avait abandonné, c'était simple. Sauf qu'elle se prenait tout de même la tête. C'était pour cela qu'elle était sur le point d'entrer dans les toilettes d'ailleurs : pour se faire oublier un instant et reprendre contenance, perdre cette colère qui l'habitait depuis le cours de potion, la maladresse absurde de son ancienne amie (et c'était là de la mauvaise foi flagrante), et le regard presque accusateur d'Antony qui avait récompensé son manque d'intérêt feint pour Ysalyne et ses mains cloquées. Après tout sa potion pouvait bien lui exploser au visage, tant que ça ne touchait pas sa voisine de paillasse à elle et si ça pouvait faire une péripétie émouvante à l'histoire d'amour de Nyny et Ysa les deux tourtereaux appréciés par tous grand bien leur fasse, elle n'en avait absolument rien à faire.
Mais le regard accusateur d'Antony elle n'avait pas supporté. Elle en avait assez de passer pour la méchante et l'intolérante. Ça n'était pas elle qui était en tord dans cette histoire. Ça n'était pas elle qui avait dédaigné son amie, pas elle qui était partie sans nouvelle, et pas elle qui avait instauré la guerre froide la première en ne lui parlant plus. Certes elle l'aurait fait si Ysalyne avait voulu s'approcher, mais Ysalyne n'avait même pas voulu cela.


Bref. C'est donc frustrée et passablement énervée que la gamine de 13 ans en pleine crise existentielle tourna la poignée des toilettes des filles, sans doutes désertes à cette heure là. Quoique non : elles n'étaient pas désertes. Pire que cela..

"J'peux savoir c'que tu fais là ?"

Dans l'encadrement de la porte, stoppée de son élan, elle observait d'un œil peu amène la demoiselle qui l'empêchait d'être seule. La demoiselle à qui elle venait de lâcher ses premiers mots depuis des mois, une demoiselle qui aurait mieux fait d'être loin d'ici : Ysalyne.

Même le plus petit serpent a du venin (si si)
Cinquième année RP

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Ysalyne resta figée plusieurs longues secondes qui lui parurent une éternité. Elle ne s'attendait vraiment pas à la voir ici, et osa même, un instant, espérer qu'elle soit venu prendre de ses nouvelles après l'accident en potion. Cependant, elle déchanta vite lorsque Amaëlle darda sur elle un regard noir.

« J'peux savoir c'que tu fais là ? »

Il y avait tellement de choses dans le son de la voix d'Amaëlle, qu'Ysalyne dégluti. C'était agressif, très agressif. Elle n'aurait jamais pensé que son ancienne meilleure amie puisse en exprimer autant à son intention. Qu'avait-elle fait pour qu'elle lui en veuille autant ? Non pire, pour qu'elle semble la détesté ?

Amaëlle avait vraiment dû souffrir de son départ, pour la regarder ainsi à présent. Elle semblait sur ses gardes, comme si elle avait peur qu'Ysalyne ne fasse ou ne dise quelque chose qui la ferait exploser. Cette vision perturba énormément Ysalyne et en oublia ses mains douloureuses.

Oui, elle aurait dû faire autrement. Elle n'aurait jamais dû repousser l'aide proposée par ses amis, n'aurait jamais dû les laisser sans nouvelles non plus. Elle avait été tellement idiote, et elle aurait tant voulu pouvoir le dire à haute voix. Mais voilà, elle avait peur, elle avait honte.

Elle n'avait pas été une bonne amie, elle le savait. Elle s'était torturé l'esprit, des heures, des jours, pour essayer de se donner du courage, pour prendre une plume, un parchemin, et pour écrire tout ce qu'elle avait à dire. Elle n'avait jamais osé. Chaque fois qu'elle avait commencé, sa lettre se transformait soit en roman de lamentations soit en pavé bien trop froid et insensible.

Son départ n'avait pas été une partie de plaisir. Elle avait quitté Poudlard pour retourner auprès de sa famille, dans l'angoisse de voir sa mère, gravement malade et hospitalisée à Saint-Mangouste, mourir. Elle ne souhaitait cette épreuve à personne, et avait passé les pires mois de sa vie.

Ysalyne frissonna en croisant de nouveau le regard peu amène d'Amaëlle. Elle était en colère. Blessée. Elle n'avait aucune envie de la voir, et encore moins de lui parler. Ysalyne pouvait deviner tout cela rien qu'en scrutant ses yeux. Mais que ce cachait-il derrière tout ça ? Qu'en était-il de tout ce qu'elle ne devinait pas ?

Ysalyne ne savait pas comment elles avait fait pour réussir à s'éviter pendant tout le début de l'année scolaire, mais le fait était qu'elles y étaient arrivées. Alors qu'elles étaient dans la même maison, et en deuxième année toutes les deux, ce qui impliquait le partage de la même salle commune, du même dortoir, et des mêmes camarades. Ca avait été sûrement un miracle qu'elles ne s'étripent pas avant. La jeune Benett inspira pour se donner du courage. Si c'était aujourd'hui que la confrontation devait se faire, alors se serrait aujourd'hui. Après tout elle n'avait rien à perdre, elle n'avait déjà plus l'amitié d'Amaëlle.

En réponse à sa question, Ysalyne leva légèrement les mains pour lui montrer sa peau attaquée par la potion et couvertes de vilaines cloques vertes. Elle n'osa cependant pas esquisser un sourire. Elle craignait d'entendre Amaëlle hurler au moindre mouvement ou à la moindre parole de travers.


« Je suis juste là pour mes mains. » souffla-t-elle avec prudence.

Première phrase qu'elle lui adressait depuis presque un an. C'était bizarre. Elles avaient été bien proches autrefois, et voilà qu'elle avait l'impression de parler à une étrangère agressive que rien ne pourrait calmer, sinon des cris et des larmes. Seulement Ysalyne se refusait de pleurer.

Elle pleurait trop, et trop souvent. Pour tout et n'importe quoi. Elle en avait assez, c'était terminé. Tant pis si Amaëlle attendait d'elle qu'elle se repentisse en se couchant à ses pieds. Elle ne le ferait pas. Elle avait beaucoup enduré pendant ces mois sans voir ses amis, enfermée avec sa grand-mère et son père dans la petite maison de campagne emplis d'une atmosphère lourde de tristesse et d'angoisse.

Antony l'avait comprit, lui. Il savait que si elle ne donnait plus de nouvelles, si elle les avait abandonné, c'était que quelque chose de grave s'était passé. Oui, il lui avait dit qu'il avait souffert de son absence, et qu'il lui en avait voulu, au début. Mais il lui avait au moins pardonné et lui avait donné l'occasion de s'expliquer. Amaëlle ne semblait même pas à même de lui laisser cette chance.

Ysalyne n'osait plus bouger, et avait une furieuse envie de s'enfuir en vitesse. Sauf qu'elle ne pouvait pas se le permettre. Si elle prenait ses jambes à son cou, elle n'aurait peut-être plus d'autres occasions de parler à Amaëlle, car elle savait très bien qu'elle n'aurait pas le courage d'aller la voir pour engager la confrontation. Or, elles avaient visiblement toutes les deux besoins de se parler. La jeune Benett se retrouvait donc obligée de soutenir le regard d'Amaëlle, qui n'avait toujours pas bougé de l'entrée des toilettes des filles, et qui l'observait toujours avec la même insistance agressive.

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Sa petite main crispée sur la poignée, Amaëlle se sentait au bord de l'explosion. Sans doute qu'elle aurait du aller ailleurs dès le début, se douter qu'il risquait d'y avoir du monde, que les toilettes n'étaient sans doute pas le lieu le plus calme, éviter ça tout simplement. Mais aurait-elle du aller se réfugier dans la forêt interdite ? Dans un placard à balai ? Au fin fond d'un couloir sombre complètement abandonné et délabré ? Certes ça aurait été mieux, là bas elle aurait pu s'enfermer en paix le temps que la frustration retombe, elle aurait pu oui, mais elle en avait assez de fuir, de faire demi-tour dès qu'elle entrait dans une pièce où se trouvait Ysalyne.

C'était rare qu'elle s'énerve ainsi, très rare, mais la petite était rancunière, c'était un fait certain, et même si elle n'attaquait pas forcément, elle laissait sa rancœur dans un coin de sa tête se balader comme il lui chantait, jusqu'à ce que cela sorte. Aussi sans doute y avait-il eut une goutte de trop : Ysalyne là, parfaitement dans son droit techniquement mais qui venait encore lui pourrir son instant de solitude nécessaire.

La verte la regardait, sans rien dire. Elle la dévisageait presque craintivement, dans ce même silence qu'elle avait maintenu depuis le début de l'année. Alors c'était tout ? Elle allait simplement se taire et l'ignorer ? Comme d'habitude ? Brusquement Amaëlle, qui pensait ne souhaiter rien d'autre que son ancienne amie ne déguerpisse, se rendit compte qu'elle ne le voulait plus, que c'était trop facile, et qu'elle en avait assez de se faire ignorer, assez elle même de devoir l'ignorer. Campée résolument dans l'entrée, toujours un peu désemparée mais surtout un peu plus fâchée, elle attendit, les yeux dans ceux d'Ysalyne, que celle ci réponde à sa question, n'ayant rien à faire du fait que les toilettes ne lui appartenaient pas et que la l'autre fille avait parfaitement le droit d'y être sans lui rendre des comptes.

Et puis un petit geste d'Ysalyne attira son regard vers ses mains, qu'elle lui montrait, hésitante : deux petites mains couvertes de cloques vertes, qui rien qu'à regarder étaient douloureuses. La pauvre ne s'était pas loupée, et elle donnait presque l'impression de se transformer en troll, du moins en troll à pattes cloquées.


« Je suis juste là pour mes mains. »

C'était la voix d'Ysalyne, dans le silence, comme résonnante. Première fois depuis des mois qu'elle entendait cette voix s'adresser à elle, bientôt un an en fait. Une ombre, un petit sursaut, passa dans ses yeux : elle avait presque oublié ce son, et son corps, imperceptiblement, se détendait… puis elle sentit une boule lui serrer la gorge, les yeux non loin de lui piquer. La petite verte revoyait soudain ces bons souvenirs qu'elle avait avec son amie, et des ombres : une fillette qui part en courant dès qu'on l'approche, une fillette qui crie qu'elle veut qu'on la laisse tranquille, la peine qui s'installe dans un cœur, pour elle, pour son amie, puis cette même voix, qu'elle aussi elle avait utilisé, cette voix qui se voulait rassurante.
Qu'avait-elle dit ? Juste ses mains. Juste, ça sonnait doucement, comment on parle avec prudence aux animaux sauvage qu'il faut apprivoiser ou parfois aux enfants qu'il faut ménager. Etait-ce l'impression qu'elle donnait ?

Une larme coula sur sa joue, une fraction de seconde avant qu'elle ne l'essuie rageusement. Ça n'était pas à elle de pleurer, c'était à Ysalyne, Ysalyne devait avoir énormément de choses tristes dans sa vie, on lui avait assez répété. Oh bien sûr elle savait pas ce que c'était puisque, lui avait-on dit, c'était à son amie de lui dire. Sauf que son amie ne l'était plus, et elle n'avait absolument jamais eut envie de lui dire quoi que ce soit.


« C'est pas la peine de m'parler comme ça… c'est toi la petite fille blessée non ?


Et l’œil un peu embué, elle observait toujours son ancienne amie, la fin de sa phrase sonnant, accusatrice, dans le silence doux que l'autre fille avait donné.

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Ysalyne écarquilla légèrement les yeux lorsqu'elle vit Amaëlle passer une main rageuse sur sa joue, comme pour effacer sa tristesse passagère de nouveau par de la colère. Avait-elle vraiment commencé à pleurer ou était-ce un simple geste de rage ? Ysalyne n'était sûr de rien.

Pourtant, si Amaëlle avait bien laissé échapper une larme, elle ne le montra pas, au contraire.


« C'est pas la peine de m'parler comme ça... c'est toi la petite fille blessée non ? »


La petite fille se tendit aussitôt la phrase dite. Non, elle n'avait pas été dite. Elle avait été lancée, crachée, comme une attaque, comme une insulte qu'Ysalyne ne comprenait pas. Et cela lui faisait mal, la rendait plus triste encore qu'elle ne l'aurait cru.

Amaëlle avait énormément compté pour elle. Elle ne pouvait pas dire combien de fois elles s'étaient soutenus, combien de fous-rires elles avaient partagé. Oui, combien ? Si elle ne pouvait pas les compter, cela voulait-il dire qu'il y en avait eu trop ? Non, bien au contraire : il n'y en avait pas eu assez, et Ysalyne aurait voulu que ça ne s'arrête jamais, elle aurait souhaité qu'Ama redevienne Ama, que Melly redevienne Melly. Elle aurait souhaité redevenir Lyne pour elle.

Toujours face à face, toujours immobiles, toujours, encore, les deux petites ne disaient plus rien. Le ton d'Amaëlle était très clair : elle ne voulait pas avoir à faire avec elle, ne voulait sûrement plus jamais entendre parler de leur amitié passée. Pourquoi ? Ysalyne sentit une boule se former dans son estomac.

Oui, elle avait fait des erreurs. Elle avait été idiote de croire qu'en s'éloignant de ses amis, la peine deviendrait plus supportable. Elle avait été idiote de croire qu'en s'éloignant de ses amis, sa mère reviendrait plus vite. Mais elle n'était qu'une enfant. Elle était toujours une enfant, et elle avait besoin de son amie.

La petite Serpentard sentit soudain un nouveau sentiment poindre en elle. Une vraie amie aurait essayer de comprendre, l'aurait laissé s'expliquer. Pourquoi Amaëlle ne lui laissait-elle pas cette chance ? Ysalyne, sans qu'elle ne puisse les en empêcher, sentit ses poings se crisper.

Petite fille blessée... Amaëlle ne savait pas ce qu'elle avait traversé. Elle ne savait rien. Alors oui, elle ne savait rien parce qu'elle n'avait rien dit, parce qu'elle avait garder le silence, parce qu'elle s'était enfuie. Mais si les situations avaient été inversées, elle aurait patiemment attendu qu'Amaëlle rentre et l'aurait épaulé, l'aurait soutenu. Pourquoi, pourquoi est-ce qu'Amaëlle se comportait comme cela avec elle ?

Elle pensait qu'elles étaient amies. Mais peut-être ne l'étaient-elles pas tant que ça.

Petite fille blessée...


« Tu... » Ysalyne comprit lorsqu'elle prit la parole que sa mâchoire s'était crispée et que son regard était devenu noir. Sa voix était tendue, comme prête à exploser. « Tu ne sais rien, Amaëlle ! Tu n'as pas le droit de me juger ! »

Ce n'était plus la tristesse qui la traversait désormais, mais une sourde colère. Comment pouvait-elle lui faire ça ? Ce n'était pas sa mère à elle qu'elle avait faillit perdre, ce n'était pas sa grand-mère à elle qu'elle avait vu pleurer tous les jours que sa mère avait passé à l'hôpital, ce n'était pas son père à elle qu'elle avait vu impuissant, démuni, faible. Ce n'étaient pas ses parents à elle qui l'avaient abandonné toute leur vie pour faire le tour du monde ! Sans se soucier d'elle ! Sans jamais rentrer pour son anniversaire, et si rarement pour Noël ! Ce n'était pas elle ! Alors de quel droit jugeait-elle ?

Un sentiment de profonde trahison dans son coeur, Ysalyne secoua la tête de gauche à droite.

« Je croyais que tu étais mon amie. »

Et sans ajouter rien de plus, Ysalyne tourna les talons et quitta les toilettes en prenant conscience qu'elle et Amaëlle ne pourraient sans doute plus jamais être amies.

Au vu de l'absence d'Amaëlle et de mon retours récent, je modifie donc cette fin de RPG pour que celui-ci se termine ici.                            FIN.