Sa majesté des sens

QIONG
EN VOL
Une magie très ancienne lie les sorciers de Zhuangyán à leur créature-de-lien. En apprenant à maîtriser cette magie, le sorcier peut accéder aux pensées et aux sensations de sa créature-de-lien. Choses que la créature-de-lien parvient à faire sans avoir à s’entraîner.
Chuang-Mu
*
Le vent glisse sur moi. Il me porte toujours plus haut, toujours plus vite. Je sens l’attraction terrestre se cramponner à mon estomac, mon corps se tendre à son maximum, mes muscles tiraillés par la puissance de cet affrontement inégal. Je sais que je vais bientôt devoir rebrousser chemin, mais je continue de grimper, encore un petit peu, par simple goût du défi… mais les lois de la physique sont décidément trop fortes. Je dévie de ma trajectoire et entame une descente en piqué. Je prends de la vitesse, mon corps vibre. Inconsciemment, je perçois ce mur infranchissable qui approche à grands pas, ces milliards de tonnes de terre hostiles. Je me perçois moi-même…
Rebrousse chemin, oisillon. Tu ne peux voler plus loin. Tu le sais.
La seule force de caractère de Nurhaci suffit à me repousser dans mon propre corps. J’ouvris les yeux en prenant un grand bol d’air frais. Le monde restait noir. Noir mais bercé d’une merveilleuse odeur de verdure. Je souris en entendant Nurhaci me signaler son arrivée par un cri strident. Je me redressai dans l’herbe du parc de Poudlard et levai mon bras en présentant la paume de ma main à ce ciel que j’étais condamnée à ne jamais me représenter. Nurhaci passa au-dessus de moi à la vitesse du balai de course le plus rapide du monde, suivie d’un courant d’air qui fit claquer sèchement ma robe en soie contre ma peau. Je remerciai mon bon sens d’être restée assise durant la manoeuvre. Debout, j’aurais probablement perdu l’équilibre.
Je refermai ma main contre mon coeur en sentant encore parfaitement la caresse que les plumes de Nurhaci y avaient laissée. Mon compagnon de lien s’éloignait déjà vers d’autres espaces.
Je le laissai à sa liberté et me recouchai dans l’herbe tendre qui encerclait le grand château de Poudlard. Je ne connaissais rien de comparable à la sensation de voler. Absolument rien. C’était le nirvana, la libération absolue. Je ne pouvais que sourire aux papillons qui voletaient au creux de mon estomac à cet instant, comme à tous ceux qui succédaient à ces séances de lien avec Nurhaci.
J’étais satisfaite de moi. Notre communication s’améliorait de jour en jour. J’espérais réussir, d’ici quelques mois, à pouvoir tenir une longue conversation avec lui. Comme Hua pouvait le faire avec son Serpent Blanc.
« Qui va là ? dégainai-je comme un automatisme. »
Mes narines avaient frémis à de toutes nouvelles notes florales dans l’air ambiant. Un parfum de femme.
LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
Sa majesté des sens
Où donc était passé Hypnos ? Eawen, avait découvert durant la matinée que la porte de la cage retenant son hibou s'était cassée, et qu'il en avait profité pour fuir. Si la réparation avait été simple, retrouver son oiseau allait être plus compliqué. Connaissant les goûts de son animal, elle s'était aussi dirigée vers le parc. Mais un spectacle grandiose l'avait arrêtée.
Dans le ciel aux teintes divines s'exécutait un ballet aérien à nul autre pareil. La jeune élève chinoise Qiong, que le professeur avait déjà admirée à son arrivée, laissait voler avec grâce sa créature-de-lien au-dessus d'elle, un Fenghuang au plumage d'une obscurité lustrée contrastant avec la luminosité de sa maîtresse. Statufiée par cette vision si belle et si étrange au sein du parc du château de Poudlard, Eawen se remémora ses multiples voyages en Chine. Pourtant, elle n'avait pas souvenir d'un tel spectacle. Jamais une telle féérie ne s'était offerte si purement, si simplement, aux yeux d'Eawen.
Sans qu'elle s'en aperçoive, Hypnos était revenu à elle. Mais ses préoccupations s'étaient tournées vers tout autre chose à présent. Cette oiseau mystérieux l'hypnotisait par son éclat sombre qu'elle cherchait à percevoir au mieux. Tous ses sens frissonnaient à la vue de cette danse légère. Elle était envoûtée. Le charme ne prit fin que lorsque l'animal, après un piqué enivrant, frôla l'herbe fraiche puis disparut dans le lointain. Entre temps, le hibou, vexé par le peu d'attention que lui accordait sa maitresse, était retourné voler à son aise. La jeune femme était encore imprégnée de ce qu'elle avait vu, et brusquement une idée la frappa. Elle avait beau savoir que la fillette n'avait pas le sens de la vue, ce n'était que maintenant qu'elle le réalisait vraiment.
Elle qui allait la féliciter pour le magnifique vol que sa créature-de-lien venait de réaliser, elle s'immobilisa à nouveau, à quelques mètres de la chinoise. A croire que cette enfant avait le pouvoir de métamorphoser les personnes en statue, non pas par le pouvoir de son regard comme la mythique Méduse, mais au contraire par la puissance de son aveuglement qui forçait le respect. De tout le ballet que le Fenghuang avait fait, elle n'avait pu en apprécier que ce que son sens de l'ouïe lui permettait de saisir. De la grâce des courbes qu'elle avait faites, de la splendeur des arabesques ondoyantes qu'elle avait réalisées, elle ne savait rien que le déplacement de l'air qui vibrait à ses oreilles. Le plaisir d'admirer lui était inconnu. Dès lors, l'admiration qu'Eawen avait pour cette enfant si fragile et pourtant si douée s'amplifia encore.
Qui va là ? demanda brusquement Qiong
Elle devait avoir senti sa présence. Privée de la vue, ses autres sens s'étaient développés afin de tenter de parer à ce manque. S'avançant de quelques pas encore, afin que la jeune chinoise allongée dans l'herbe puisse mieux percevoir son aura, elle s'assit, les genoux repliés sous elle, et répondit sur son habituel ton de voix calme et chantant .
- Je suis le professeur Keith, j'enseigne les Sortilèges ici.
Elle marqua une pause puis reprit.
- Le vol que votre Fenghuang a fait m'a impressionnée. Je suppose que c'est quelque chose de fantastique à vivre, d'être liée avec une telle créature.
Eawen sourit doucement. La jeune femme et l'enfant, toutes deux installées dans l'herbe verdoyante, toutes deux lumineuses, auraient fait un tableau d'une grande beauté. Si seulement Eawen pouvait retranscrire ce qu'elle avait vu pour Qiong, elle utiliserait les sons, les parfums, les sensations, les goûts même, et peut-être que leur combinaison pourrait faire saisir à la fillette ce qu'elle ne pouvait voir...
Dans le ciel aux teintes divines s'exécutait un ballet aérien à nul autre pareil. La jeune élève chinoise Qiong, que le professeur avait déjà admirée à son arrivée, laissait voler avec grâce sa créature-de-lien au-dessus d'elle, un Fenghuang au plumage d'une obscurité lustrée contrastant avec la luminosité de sa maîtresse. Statufiée par cette vision si belle et si étrange au sein du parc du château de Poudlard, Eawen se remémora ses multiples voyages en Chine. Pourtant, elle n'avait pas souvenir d'un tel spectacle. Jamais une telle féérie ne s'était offerte si purement, si simplement, aux yeux d'Eawen.
Sans qu'elle s'en aperçoive, Hypnos était revenu à elle. Mais ses préoccupations s'étaient tournées vers tout autre chose à présent. Cette oiseau mystérieux l'hypnotisait par son éclat sombre qu'elle cherchait à percevoir au mieux. Tous ses sens frissonnaient à la vue de cette danse légère. Elle était envoûtée. Le charme ne prit fin que lorsque l'animal, après un piqué enivrant, frôla l'herbe fraiche puis disparut dans le lointain. Entre temps, le hibou, vexé par le peu d'attention que lui accordait sa maitresse, était retourné voler à son aise. La jeune femme était encore imprégnée de ce qu'elle avait vu, et brusquement une idée la frappa. Elle avait beau savoir que la fillette n'avait pas le sens de la vue, ce n'était que maintenant qu'elle le réalisait vraiment.
Elle qui allait la féliciter pour le magnifique vol que sa créature-de-lien venait de réaliser, elle s'immobilisa à nouveau, à quelques mètres de la chinoise. A croire que cette enfant avait le pouvoir de métamorphoser les personnes en statue, non pas par le pouvoir de son regard comme la mythique Méduse, mais au contraire par la puissance de son aveuglement qui forçait le respect. De tout le ballet que le Fenghuang avait fait, elle n'avait pu en apprécier que ce que son sens de l'ouïe lui permettait de saisir. De la grâce des courbes qu'elle avait faites, de la splendeur des arabesques ondoyantes qu'elle avait réalisées, elle ne savait rien que le déplacement de l'air qui vibrait à ses oreilles. Le plaisir d'admirer lui était inconnu. Dès lors, l'admiration qu'Eawen avait pour cette enfant si fragile et pourtant si douée s'amplifia encore.
Qui va là ? demanda brusquement Qiong
Elle devait avoir senti sa présence. Privée de la vue, ses autres sens s'étaient développés afin de tenter de parer à ce manque. S'avançant de quelques pas encore, afin que la jeune chinoise allongée dans l'herbe puisse mieux percevoir son aura, elle s'assit, les genoux repliés sous elle, et répondit sur son habituel ton de voix calme et chantant .
- Je suis le professeur Keith, j'enseigne les Sortilèges ici.
Elle marqua une pause puis reprit.
- Le vol que votre Fenghuang a fait m'a impressionnée. Je suppose que c'est quelque chose de fantastique à vivre, d'être liée avec une telle créature.
Eawen sourit doucement. La jeune femme et l'enfant, toutes deux installées dans l'herbe verdoyante, toutes deux lumineuses, auraient fait un tableau d'une grande beauté. Si seulement Eawen pouvait retranscrire ce qu'elle avait vu pour Qiong, elle utiliserait les sons, les parfums, les sensations, les goûts même, et peut-être que leur combinaison pourrait faire saisir à la fillette ce qu'elle ne pouvait voir...
"Il est plus beau d'éclairer que de briller seulement."
Cupidon en chef
Admise dans le "hall of fame des warriors" de Kristen
Sa majesté des sens
L’ART DE L’ÉCOUTE
*
Un professeur de Poudlard ! Rien que ça ! Cette femme venait de me répondre comme si tout était parfaitement normal. Mais enseigner dans l’une des douze grandes écoles de magie n’était pas un travail tout à fait normal. Seuls les meilleurs sorciers parvenaient à ces postes.
Je me redressai en position assise, moi, la petite élève d’une école lointaine, mis un peu d’ordre dans mes cheveux, et m’inclinai respectueusement aussi bien pour m’introduire dans les règles de l’art que pour marquer mes remerciements. Les paroles de cette femme imprimèrent un sourire durable sur mes lèvres. Je ne pouvais ressentir que de la fierté quand un compliment visait mon cher Nurhaci. Il était une extension de moi-même et j’étais une extension de lui, en ce sens que tout ce qui atteignait l’un touchait forcément l’autre.
« Nurhaci est un être extraordinaire, dis-je en tendant mes sens vers le professeur Keith car d’elle je ne percevais que son parfum et sa voix posée. Je suis consciente de la chance qui est la mienne qu’il m’ait accepté comme sorcière-de-lien. Les Fenghuang du mont Paektu étaient, autrefois, réputés pour refuser tout lien avec le monde des hommes. »
Je profitai de la brèche ouverte par mes paroles pour analyser la diction du professeur Keith. De manière générale, la diction en disait long sur les origines d’une personne, son rang social. Elle laissait entrevoir, dans certains cas précis, sa personnalité. Notamment dans les excès de colère. Mais le professeur Keith ne me donnait pas du tout l’impression de s’énerver très souvent. Ses manières étaient bien trop douces. Peu d’adultes prenaient, par exemple, le temps de se mettre à ma hauteur pour me parler. Elle, si.
Ses bonnes manières et sa façon d’articuler étaient trop peu communes. Son éducation avait dû être très encadrée, en tout cas beaucoup plus que la normale. J’en conclus, en prenant des pincettes, qu’elle devait certainement appartenir à une famille importante de Grande-Bretagne.
Ma curiosité naturelle me poussait à en savoir davantage. L’occasion de parler à un professeur de Poudlard, qui plus est une femme de bonne famille, ne se représenterait sans doute pas. Je m’éclaircis la voix en plaçant ma main devant ma bouche puis demandai :
« Pardonnez-moi professeur, mais en quoi consiste votre enseignement ? »
Je tendis l’oreille afin de confirmer mes hypothèses. Pour assurer mon confort — au contact de la terre ferme, mes genoux enduraient une tension trop forte pour être supportable — je pris quelques secondes pour faire apparaître un petit coussin moelleux dans le cercle d’apparition que je dessinai à la hâte sur le sol. Sans un bruit superflu, je plaçai ensuite l’objet sous mes genoux puis défroissai lentement ma robe du plat de la main avant de m'immobiliser complètement, mon attention toute entière tournée vers le professeur Keith.
LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
Sa majesté des sens
« Nurhaci est un être extraordinaire. Je suis consciente de la chance qui est la mienne qu’il m’ait accepté comme sorcière-de-lien. Les Fenghuang du mont Paektu étaient, autrefois, réputés pour refuser tout lien avec le monde des hommes. »
Nurhaci, voilà donc le nom que portait cette splendide créature. Eawen se demanda si c'était la fillette qui l'avait nommé ainsi. En tout cas cela lui correspondait bien. Qu'ils se soient acceptés mutuellement n'était à vrai dire pas si étonnant que cela pour Eawen, ils dégageaient tous deux une majesté retenue, qui ne faisait que la rendre plus belle encore. La jeune femme avait observé avec attention les gestes de la fillette. Quelle grâce saisissante pour une si jeune personne. Bien sûr, sa salutation était une coutume que tous les chinois pratiquaient, mais elle y ajoutait son âme à elle, une âme d'enfant lumineuse. Oui, décidément, c'était à la lumière que son esprit revenait sans cesse en voyant Qiong.
- Nurhaci est un bien joli nom, il convient parfaitement à votre créature. nota simplement le professeur avec un regard mêlé d'émerveillement et de bienveillance
La jeune femme laissa son esprit voguer quelques instants sur les vagues du souvenir. Le mont Paektu... Elle en avait déjà entendu parler. Y était-elle allée lors d'un voyage en Chine ? Peut-être. Elle ne savait plus. Les images se mêlaient, confuses. Elle voyait tantôt une pagode flamboyante s'élevant de plusieurs étages vers le firmament et cernée de touristes grouillants, tantôt un lac immobile, perdu dans une vallée montagneuse, uniquement caressée par une brise légère. Quant à situer ces espaces, c'était un exercice impossible. Qiong la sortit alors de ses brèves rêveries.
« Pardonnez-moi professeur, mais en quoi consiste votre enseignement ? »
Eawen ne put s'empêcher un bref éclat de rire cristallin. Le ton n'était absolument pas moqueur, simplement elle n'était pas habituée à recevoir tant de marque de respect de ses propres élèves. Qu'une chinoise leur fasse ainsi une leçon de politesse sans le savoir lui paraissait merveilleux, et certains feraient bien de prendre quelques cours...
- Vous savez Miss, vous n'avez pas à vous excuser, c'est une question bien normale lorsque l'on ne connaît rien d'un pays. J'ai moi-même fait preuve d'une grande curiosité lors de mes multiples voyages dans le monde...
La jeune femme sourit à nouveau et posa sa cane dans l'herbe près d'elle avant de poser sa baguette sur les genoux de la chinoise et de poursuivre.
- Tenez, touchez. C'est ma baguette magique. Elle nous sert à utiliser notre magie. Mon rôle est d'apprendre aux élèves à contrôler leur magie, et à réaliser de nombreuses choses de la vie quotidienne, à maitriser la nature, à soigner, et à se battre. Tout cela au travers de cette baguette de bois. Notre magie ne fait pas de signes dans les airs comme la vôtre, elle fait des jets de lumière... Un peu comme un jet d'eau fin et puissant. C'est assez différent de chez vous. Mais vous avez un niveau supérieur à la plupart de nos élèves ici.
Eawen reposa ses mains sur sa robe puis, comme un coup de vent chassait une de ses mèches blondes dans ses yeux, elle détacha sa queue de cheval et enroula le chouchou autour de son poignet, laissant sa chevelure flotter librement sur ses épaules. Toutes ces informations devaient surprendre Qiong. Elle espérait que ses explications étaient claires et que le fait de toucher un élément concret pouvait l'aider à mieux comprendre dans le cas contraire.
Nurhaci, voilà donc le nom que portait cette splendide créature. Eawen se demanda si c'était la fillette qui l'avait nommé ainsi. En tout cas cela lui correspondait bien. Qu'ils se soient acceptés mutuellement n'était à vrai dire pas si étonnant que cela pour Eawen, ils dégageaient tous deux une majesté retenue, qui ne faisait que la rendre plus belle encore. La jeune femme avait observé avec attention les gestes de la fillette. Quelle grâce saisissante pour une si jeune personne. Bien sûr, sa salutation était une coutume que tous les chinois pratiquaient, mais elle y ajoutait son âme à elle, une âme d'enfant lumineuse. Oui, décidément, c'était à la lumière que son esprit revenait sans cesse en voyant Qiong.
- Nurhaci est un bien joli nom, il convient parfaitement à votre créature. nota simplement le professeur avec un regard mêlé d'émerveillement et de bienveillance
La jeune femme laissa son esprit voguer quelques instants sur les vagues du souvenir. Le mont Paektu... Elle en avait déjà entendu parler. Y était-elle allée lors d'un voyage en Chine ? Peut-être. Elle ne savait plus. Les images se mêlaient, confuses. Elle voyait tantôt une pagode flamboyante s'élevant de plusieurs étages vers le firmament et cernée de touristes grouillants, tantôt un lac immobile, perdu dans une vallée montagneuse, uniquement caressée par une brise légère. Quant à situer ces espaces, c'était un exercice impossible. Qiong la sortit alors de ses brèves rêveries.
« Pardonnez-moi professeur, mais en quoi consiste votre enseignement ? »
Eawen ne put s'empêcher un bref éclat de rire cristallin. Le ton n'était absolument pas moqueur, simplement elle n'était pas habituée à recevoir tant de marque de respect de ses propres élèves. Qu'une chinoise leur fasse ainsi une leçon de politesse sans le savoir lui paraissait merveilleux, et certains feraient bien de prendre quelques cours...
- Vous savez Miss, vous n'avez pas à vous excuser, c'est une question bien normale lorsque l'on ne connaît rien d'un pays. J'ai moi-même fait preuve d'une grande curiosité lors de mes multiples voyages dans le monde...
La jeune femme sourit à nouveau et posa sa cane dans l'herbe près d'elle avant de poser sa baguette sur les genoux de la chinoise et de poursuivre.
- Tenez, touchez. C'est ma baguette magique. Elle nous sert à utiliser notre magie. Mon rôle est d'apprendre aux élèves à contrôler leur magie, et à réaliser de nombreuses choses de la vie quotidienne, à maitriser la nature, à soigner, et à se battre. Tout cela au travers de cette baguette de bois. Notre magie ne fait pas de signes dans les airs comme la vôtre, elle fait des jets de lumière... Un peu comme un jet d'eau fin et puissant. C'est assez différent de chez vous. Mais vous avez un niveau supérieur à la plupart de nos élèves ici.
Eawen reposa ses mains sur sa robe puis, comme un coup de vent chassait une de ses mèches blondes dans ses yeux, elle détacha sa queue de cheval et enroula le chouchou autour de son poignet, laissant sa chevelure flotter librement sur ses épaules. Toutes ces informations devaient surprendre Qiong. Elle espérait que ses explications étaient claires et que le fait de toucher un élément concret pouvait l'aider à mieux comprendre dans le cas contraire.
"Il est plus beau d'éclairer que de briller seulement."
Cupidon en chef
Admise dans le "hall of fame des warriors" de Kristen
Sa majesté des sens
DEUX INTENTIONS
*
Son rire, ses belles paroles, tout était propice à la découverte. Je captai la moindre modulation de sa voix, la moindre note anormalement accentuée, chaque inspiration, chaque relâchement, et plus la mélodie de cette voix emplissait mes oreilles plus je me confortais dans mon hypothèse. Mais un détail rompit soudainement le fil de mes pensées. Un bruit. Le froissement de l’herbe sous le poids d’un objet relativement léger… car ce poids n’était pas assez lourd pour que la chose en question touche terre. L’herbe ployait mais ne cédait pas. Intriguant.
Je ne sais pas si le professeur Keith pouvait percevoir mes égarements, mais c’est le moment qu’elle choisit en tout cas pour déposer un objet sur mes cuisses. Ma première réaction, purement physique, fut de tendre mes mains vers l’objet. Ce qui s’avéra une parfaite erreur car l’objet entra tout de suite en résonance avec mes bracelets de jade. J’en conclus qu’il s’agissait d’une autre forme de catalyseur : ces baguettes magiques dont les occidentaux ne pouvaient se passer. Je reculais mes mains, le coeur au bord de l’explosion. Les baguettes magiques et les bracelets de jade n’étaient pas fait pour s’entendre.
Je me pliais donc aux exigences et retirai les bracelets autour de mes poignets puis les déposai soigneusement devant moi, sur l’herbe. Je n’avais aucune idée de ce à quoi je devais m’attendre en entrant en contact avec la baguette magique du professeur Keith. Le résultat n’en fut que plus déroutant. Habituée à la magie des pierres, la magie du bois se présenta de manière très étrange à moi. Comme un lointain écho de magie, quelque chose qui s’était recroquevillée au fin fond du matériau, peut-être pour se mettre à l’abri de mon emprise. Je m’en amusais et comprenais que tout était question d’intentions chez les occidentaux.
« Quelle étrange magie… si je comprends bien, vous devez vous faire entendre de votre baguette ? »
Si je te demande quelque chose, le ferais-tu ? En réponse à ma question, l’âme de la baguette magique se recroquevilla encore un peu plus loin, ne me laissant plus qu’un très vague signe de vie. Je comprenais bien sa réaction. J’étais une main étrangère, une main qu’elle n’avait jamais eu à caresser, et de surcroit une main chargée d’une magie qui ne s’accordait pas du tout avec la sienne. Ne souhaitant pas la mettre plus longtemps au supplice, je la rendis au professeur Keith en m’inclinant.
« Merci infiniment, mais votre baguette ne se plaît pas avec moi, lui dis-je. Je ne souhaite pas l’inquiéter davantage. Tenez. »
L’objet rendu, je me surpris à ne ressentir aucune manifestation magique, rien qui n’aurait pu me témoigner l’affection que la baguette avait pour sa maîtresse. Une autre curiosité.
En me redressant, je récupérai mes bracelets à l’exception d’un seul que je présentai au professeur Keith.
« A vous, maintenant. »
LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
Sa majesté des sens
Qiong paraissait fort attentive à ses explications, et elle toucha la précieuse baguette d'Eawen. Ce n'est qu'alors que la jeune femme se rendit compte de son erreur. Elle avait momentanément oublié que les chinois portaient en permanence leurs bracelets de jade, au contraire des occidentaux qui, s'ils ne posaient jamais loin d'eux leurs baguettes, ne les tenaient pas en permanence. Le choc dut être rude. Heureusement, elle eut l'intelligence de retirer ses catalyseurs et de les poser dans l'herbe devant elle avant de retenter une approche. Intérieurement, elle se demandait quelle serait la réaction de sa baguette. Accueillerait-elle la magie étrangère de Qiong ? Malgré sa grande souplesse et son bois d'acajou qui en faisait une baguette changeante et créative, son ventricule de dragon lui donnait un caractère flamboyant, et paradoxalement peureux. Il avait fallu des années à Eawen pour la conquérir totalement.
« Quelle étrange magie… si je comprends bien, vous devez vous faire entendre de votre baguette ? »
Se faire entendre ? Oui, c'était un peu l'idée. Eawen devait accorder sa magie à celle de sa baguette, de telle manière que ses désirs passent au travers de son bois, en épousent le coeur et les contours. Alors, d'une simple pulsion, la baguette se laissait faire et prolongeait l'idée esquissée.
- C'est exact. Au fur et à mesure des ans, nous essayons d'affiner ce "dialogue", et de ne plus avoir besoin que d'un murmure pour qu'instantanément le message soit compris et prolongé.
Tandis que l'élève essayait de faire quelque chose de cette baguette qu'Eawen savait réticente, même si elle espérait qu'elle se laisserait captiver, elle songeait aux bâtons de mages indiens. Une fois, elle avait voulu testé celui de sa mère, mais s'était rétractée au dernier moment, n'osant effleurer cet objet si précieux. Pourtant, en poursuivant ses études magiques, elle pensait de plus en plus qu'il s'agissait du meilleur catalyseur existant puisqu'il mêlait pierre et bois.
Ses parents lui ayant transmis la passion des objets magiques et du voyage, c'était tout naturellement qu'elle s'intéressait aux différentes utilisations que les personnes avaient des catalyseurs selon les pays. C'était l'héritage de millénaires de magie, et de culture particulières.
« Merci infiniment, mais votre baguette ne se plaît pas avec moi fit Qiong Je ne souhaite pas l’inquiéter davantage. Tenez. »
Elle lui rendit ainsi sa chère baguette, qu'Eawen retrouva non sans un peu de déception. Bien sûr, elle savait qu'elle était complexe à manier, gagner sa confiance n'était pas non-plus aisé, et elle était assez fière de la posséder pour ces raisons en particulier, néanmoins elle aurait aimé fait découvrir à cette jeune chinoise une autre forme de magie. Dommage, pensa-t-elle simplement, elle n'aura pas pu essayer. Une fois cette réflexion faite, elle sentit le besoin pressant de retrouver possession de son trésor et caressa sa baguette qui lui offrit une vague de chaleur. Après quoi elle la rangea.
Alors qu'elle se relevait, elle vit son interlocutrice lui tendre un de ses bracelets de jade.
« A vous, maintenant. »
D'abord surprise, elle ressentit ensuite une sorte de joie teintée d'amusement. Visiblement la fillette se prêtait au jeu, et cela la ravissait. Mais comment s'y prendre ? Jamais elle n'avait eu de cours là-dessus dans ses écoles occidentales. Tant pis, elle irait à l'instinct. Et pour une première approche, son cœur lui dictait d'écouter l'âme du bijou.
Fermant les yeux, elle se saisit doucement du bracelet. Un frisson la parcourut. Elle sentait dans sa main une magie très différente de la sienne. Plus ronde, plus fraiche, moins rectiligne. Quelque chose qui n'avait pas à être dominé, mais peut-être plutôt avec qui il fallait s'allier. Les paupières toujours closes, Eawen tenta de laisser échapper un peu sa magie, de la laisser aller rencontrer celle du bracelet. Cela donnerait-il quelque chose ? Elle n'en savait rien. Elle laissait couler sa magie où elle voulait, mais à petite dose uniquement. Qui sait si elle ne provoquerait pas une catastrophe sans cela ? Sans savoir si elle avait réussi à faire quoi que ce soit, elle stoppa net sa magie et rouvrit les yeux en rendant l'objet à sa partenaire.
- Merci pour l'expérience, c'est vraiment déroutant... dit-elle un peu déboussolée J'ai l'impression que vous ne commandez pas vos bracelets, mais que votre magie est plutôt une sorte d'union avec eux. Comment maitrisez-vous cela ?
Déjà impressionnée par les créatures-de-lien, Eawen se montrait plus fascinée encore par la magie pure des chinois. Que de choses ils avaient à leur apprendre ! Et pourtant ce n'étaient que des enfants. Mais quels enfants doués et pleins de richesses... Un peu essoufflée, elle reprit sa cane en main pour ne pas vaciller.
« Quelle étrange magie… si je comprends bien, vous devez vous faire entendre de votre baguette ? »
Se faire entendre ? Oui, c'était un peu l'idée. Eawen devait accorder sa magie à celle de sa baguette, de telle manière que ses désirs passent au travers de son bois, en épousent le coeur et les contours. Alors, d'une simple pulsion, la baguette se laissait faire et prolongeait l'idée esquissée.
- C'est exact. Au fur et à mesure des ans, nous essayons d'affiner ce "dialogue", et de ne plus avoir besoin que d'un murmure pour qu'instantanément le message soit compris et prolongé.
Tandis que l'élève essayait de faire quelque chose de cette baguette qu'Eawen savait réticente, même si elle espérait qu'elle se laisserait captiver, elle songeait aux bâtons de mages indiens. Une fois, elle avait voulu testé celui de sa mère, mais s'était rétractée au dernier moment, n'osant effleurer cet objet si précieux. Pourtant, en poursuivant ses études magiques, elle pensait de plus en plus qu'il s'agissait du meilleur catalyseur existant puisqu'il mêlait pierre et bois.
Ses parents lui ayant transmis la passion des objets magiques et du voyage, c'était tout naturellement qu'elle s'intéressait aux différentes utilisations que les personnes avaient des catalyseurs selon les pays. C'était l'héritage de millénaires de magie, et de culture particulières.
« Merci infiniment, mais votre baguette ne se plaît pas avec moi fit Qiong Je ne souhaite pas l’inquiéter davantage. Tenez. »
Elle lui rendit ainsi sa chère baguette, qu'Eawen retrouva non sans un peu de déception. Bien sûr, elle savait qu'elle était complexe à manier, gagner sa confiance n'était pas non-plus aisé, et elle était assez fière de la posséder pour ces raisons en particulier, néanmoins elle aurait aimé fait découvrir à cette jeune chinoise une autre forme de magie. Dommage, pensa-t-elle simplement, elle n'aura pas pu essayer. Une fois cette réflexion faite, elle sentit le besoin pressant de retrouver possession de son trésor et caressa sa baguette qui lui offrit une vague de chaleur. Après quoi elle la rangea.
Alors qu'elle se relevait, elle vit son interlocutrice lui tendre un de ses bracelets de jade.
« A vous, maintenant. »
D'abord surprise, elle ressentit ensuite une sorte de joie teintée d'amusement. Visiblement la fillette se prêtait au jeu, et cela la ravissait. Mais comment s'y prendre ? Jamais elle n'avait eu de cours là-dessus dans ses écoles occidentales. Tant pis, elle irait à l'instinct. Et pour une première approche, son cœur lui dictait d'écouter l'âme du bijou.
Fermant les yeux, elle se saisit doucement du bracelet. Un frisson la parcourut. Elle sentait dans sa main une magie très différente de la sienne. Plus ronde, plus fraiche, moins rectiligne. Quelque chose qui n'avait pas à être dominé, mais peut-être plutôt avec qui il fallait s'allier. Les paupières toujours closes, Eawen tenta de laisser échapper un peu sa magie, de la laisser aller rencontrer celle du bracelet. Cela donnerait-il quelque chose ? Elle n'en savait rien. Elle laissait couler sa magie où elle voulait, mais à petite dose uniquement. Qui sait si elle ne provoquerait pas une catastrophe sans cela ? Sans savoir si elle avait réussi à faire quoi que ce soit, elle stoppa net sa magie et rouvrit les yeux en rendant l'objet à sa partenaire.
- Merci pour l'expérience, c'est vraiment déroutant... dit-elle un peu déboussolée J'ai l'impression que vous ne commandez pas vos bracelets, mais que votre magie est plutôt une sorte d'union avec eux. Comment maitrisez-vous cela ?
Déjà impressionnée par les créatures-de-lien, Eawen se montrait plus fascinée encore par la magie pure des chinois. Que de choses ils avaient à leur apprendre ! Et pourtant ce n'étaient que des enfants. Mais quels enfants doués et pleins de richesses... Un peu essoufflée, elle reprit sa cane en main pour ne pas vaciller.
"Il est plus beau d'éclairer que de briller seulement."
Cupidon en chef
Admise dans le "hall of fame des warriors" de Kristen
Sa majesté des sens
LA MAGIE DES PIERRES
*
Tous mes sens étaient tendus vers le professeur Keith. Je tenais à savoir si la magie des pierres pouvait s’accorder avec celle des occidentaux. J’attendis, patiemment, mais ce que je perçus me laissa méditative. La magie du professeur Keith se manifesta, il me semble, à travers des éclats plus ou moins concentrés ; comme une main qui tâtonne dans le noir avec un peu trop de vigueur, au risque de renverser le premier objet venu. La pierre, elle, ne leur prêta aucune ampleur. Consciente, peut-être, qu’il en résulterait quelque chose de dangereux…
La leçon était intéressante ; bonne à savoir en prévision des épreuves que nous aurions à affronter, moi et Charlie : mes bracelets de jade ne lui seraient d’aucune aide. J’enregistrai tout ça dans un coin de ma tête et repris délicatement le bracelet entre les mains du professeur Keith.
Sa remarque fissura toutefois mes certitudes. Elle avait bien ressenti quelque chose et se disait même déroutée par cette expérience… je n’étais pas certaine de comprendre. Il me semblait pourtant que rien ne s’était produit. Je masquai ma curiosité par un sourire, enfilai mon bracelet et le caressai… qu’est-ce qui s’est passé ? Ma pensée se diffusa dans la pierre et la pierre chauffa légèrement en réponse. Voilà qui était encore plus surprenant. Elle semblait en colère. Mais difficile de dire si c’était contre moi ou contre le professeur Keith. Sans doute un peu des deux.
Mon sourire s’affirma et je tapotai tendrement la pierre avant de me laisser distraire par les mouvements du professeur Keith. Je n’en étais pas certaine, mais il me semblait bien qu’elle venait de récupérer la chose qui était couchée dans l’herbe et que cette chose s’était enfoncée dans la terre. L’information était certainement nouvelle, mais je n’arrivais pas à reconstituer le puzzle pour autant. Le souffle court du professeur Keith parasitait ma réflexion.
Je décidai de ramener mes mains sur mes cuisses et de ne pas laisser le professeur Keith sans réponse.
« La pierre possède sa propre magie. Elle n’est pas comme votre baguette. Elles ont des caractères différents. Votre baguette a été fabriquée pour répondre à la volonté d’un sorcier, mais les pierres de jade sont venus au monde pour d’autres raisons. Nous ne faisons que demander leur aide. Elles étaient là à l’origine de la terre. Elles étaient là quand la magie régnait d’une façon absolue sur toutes les choses de la terre. Il serait prétentieux d’essayer de les soumettre à une quelconque volonté car la leur nous dépasse d’une façon certaine. »
J’accentuai mon sourire.
« Il faut savoir lire les intentions des pierres de jade pour pouvoir les utiliser. Seul le temps permet cet apprentissage. Je ne saurais vous expliquer ça autrement. Je suis certaine, qu’aujourd’hui encore, toutes les pierres de mon grand-père ne lui obéissent pas tout à fait... professeur, est-ce que ça va ? »
LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
Sa majesté des sens
Rendre son bracelet à Qiong soulagea étonnamment Eawen. Elle espérait ne pas avoir tenté de mauvais mouvement. Après tout, si ses voyages lui avaient permis d'approcher certaines cultures, elle était loin d'en avoir fait tout le tour, il lui faudrait sans doute toute une vie pour les apprivoiser ! De plus, n'étant jamais plongée dans le cœur magique de chaque lieu, leurs écoles, elle ne pouvait vraiment s'imprégner des manières de faire de chaque pays.
« La pierre possède sa propre magie. Elle n’est pas comme votre baguette. Elles ont des caractères différents. Votre baguette a été fabriquée pour répondre à la volonté d’un sorcier, mais les pierres de jade sont venues au monde pour d’autres raisons. Nous ne faisons que demander leur aide. Elles étaient là à l’origine de la terre. Elles étaient là quand la magie régnait d’une façon absolue sur toutes les choses de la terre. Il serait prétentieux d’essayer de les soumettre à une quelconque volonté car la leur nous dépasse d’une façon certaine. »
Demander l'aide d'un objet ? Quelle étrange façon de faire. Bien plus belle que celle des occidentaux. Quant eux demandaient quelque chose, les chinois, eux, écoutaient leurs pierres. Commander et servir. Plus Eawen discutait avec la petite, plus elle était persuadée que c'était à elle de lui enseigner quelque chose et non l'inverse.
« Il faut savoir lire les intentions des pierres de jade pour pouvoir les utiliser. Seul le temps permet cet apprentissage. Je ne saurais vous expliquer ça autrement. Je suis certaine, qu’aujourd’hui encore, toutes les pierres de mon grand-père ne lui obéissent pas tout à fait... professeur, est-ce que ça va ? »
Lire les intentions des pierres... Quelle humilité incroyable devait être nécessaire ! Les élèves prétentieux ne devaient pas être bien doués en ce cas. Décidément, elle était captivée par cette magie inconnue. Quelle chance elle avait de pouvoir en discuter ici, avec un jeune prodige ! Les visites dans les écoles étrangères étaient si rares, et voilà qu'elle n'avait pas à se déplacer, mais que l'école venait à elle.
Sans s'en rendre compte, elle avait fermé ses paupières pour mieux rêver. La question de la fillette la ramena à la réalité. Elle rouvrit les yeux et s'appuya moins fortement sur sa cane.
- Oui oui, ne vous en faites pas. fit-elle dans un sourire Je suis seulement surprise de cette magie qui doit demander une grande ouverture d'esprit. J'espère ne pas avoir blessé votre pierre d'ailleurs, sans quoi je m'en voudrais beaucoup... Votre duo avec Miss Rengan ne vous fait-il pas peur ? reprit soudain Eawen Il faudra que vous coordonniez vos magies, cela risque d'être périlleux.
Le tournoi dans lequel devait participer Qiong était brusquement revenu dans la mémoire d'Eawen. Même si le départ de Chu-Jung suite aux insultes de la Poufsouffle compromettait tout, rien n'avait encore été annulé. Et Eawen espérait que ce ne le serait pas. Si c'était le cas, un incident diplomatique grave surviendrait, c'était certain. Mais en ce moment, sous ce soleil et au milieu du parc, elle n'avait pas envie de se préoccuper l'esprit par de si grands problèmes.
Son énergie et sa stabilité lui étant revenue, elle reposa à nouveau sa cane dans l'herbe et respira lentement, humant les senteurs diverses qui imprégnaient l'air. Elle perçut l'odeur habituelle du parc de Poudlard en cette saison, mais avec en plus autre chose d'inconnu, mais très agréable. Tout état frais et floral.
« La pierre possède sa propre magie. Elle n’est pas comme votre baguette. Elles ont des caractères différents. Votre baguette a été fabriquée pour répondre à la volonté d’un sorcier, mais les pierres de jade sont venues au monde pour d’autres raisons. Nous ne faisons que demander leur aide. Elles étaient là à l’origine de la terre. Elles étaient là quand la magie régnait d’une façon absolue sur toutes les choses de la terre. Il serait prétentieux d’essayer de les soumettre à une quelconque volonté car la leur nous dépasse d’une façon certaine. »
Demander l'aide d'un objet ? Quelle étrange façon de faire. Bien plus belle que celle des occidentaux. Quant eux demandaient quelque chose, les chinois, eux, écoutaient leurs pierres. Commander et servir. Plus Eawen discutait avec la petite, plus elle était persuadée que c'était à elle de lui enseigner quelque chose et non l'inverse.
« Il faut savoir lire les intentions des pierres de jade pour pouvoir les utiliser. Seul le temps permet cet apprentissage. Je ne saurais vous expliquer ça autrement. Je suis certaine, qu’aujourd’hui encore, toutes les pierres de mon grand-père ne lui obéissent pas tout à fait... professeur, est-ce que ça va ? »
Lire les intentions des pierres... Quelle humilité incroyable devait être nécessaire ! Les élèves prétentieux ne devaient pas être bien doués en ce cas. Décidément, elle était captivée par cette magie inconnue. Quelle chance elle avait de pouvoir en discuter ici, avec un jeune prodige ! Les visites dans les écoles étrangères étaient si rares, et voilà qu'elle n'avait pas à se déplacer, mais que l'école venait à elle.
Sans s'en rendre compte, elle avait fermé ses paupières pour mieux rêver. La question de la fillette la ramena à la réalité. Elle rouvrit les yeux et s'appuya moins fortement sur sa cane.
- Oui oui, ne vous en faites pas. fit-elle dans un sourire Je suis seulement surprise de cette magie qui doit demander une grande ouverture d'esprit. J'espère ne pas avoir blessé votre pierre d'ailleurs, sans quoi je m'en voudrais beaucoup... Votre duo avec Miss Rengan ne vous fait-il pas peur ? reprit soudain Eawen Il faudra que vous coordonniez vos magies, cela risque d'être périlleux.
Le tournoi dans lequel devait participer Qiong était brusquement revenu dans la mémoire d'Eawen. Même si le départ de Chu-Jung suite aux insultes de la Poufsouffle compromettait tout, rien n'avait encore été annulé. Et Eawen espérait que ce ne le serait pas. Si c'était le cas, un incident diplomatique grave surviendrait, c'était certain. Mais en ce moment, sous ce soleil et au milieu du parc, elle n'avait pas envie de se préoccuper l'esprit par de si grands problèmes.
Son énergie et sa stabilité lui étant revenue, elle reposa à nouveau sa cane dans l'herbe et respira lentement, humant les senteurs diverses qui imprégnaient l'air. Elle perçut l'odeur habituelle du parc de Poudlard en cette saison, mais avec en plus autre chose d'inconnu, mais très agréable. Tout état frais et floral.
"Il est plus beau d'éclairer que de briller seulement."
Cupidon en chef
Admise dans le "hall of fame des warriors" de Kristen
Sa majesté des sens
LA QUESTION
*
J’étais perplexe et contrariée. Le professeur Keith venait de reposer la chose dans l’herbe sans que je ne parvienne à comprendre de quoi il s’agissait. Ne pas parvenir à une seule conclusion n’était pas vraiment dans mes habitudes, mais le professeur Keith faisait preuve d’une telle délicatesse que mon ouïe avait du mal à capter les nuances. Je renonçai donc à comprendre de quoi cette chose était faite et à quoi elle pouvait bien servir, non sans regret. Je notai également que le souffle du professeur Keith avait retrouvé sa normalité, malgré son mensonge. Aucune sensation de surprise ne pouvait pousser le rythme cardiaque de quelqu’un jusque là…
Le professeur Keith avait ses mystères ; Mei le lui aurait sans doute fait payé par une fin de non-recevoir — cette pensée m’arracha un sourire — mais je n’étais pas comme elle. Et puis, l’occasion de pouvoir échanger avec un professeur d’une autre école de magie était trop belle pour que je me permette de ne pas lui répondre.
« Ne vous en faites pas, les pierres sont trop vieilles pour être susceptibles, dis-je avec satisfaction. »
J’abaissai mon menton.
« Si je devais ressentir la moindre peur à l’égard de mon binôme, je crois que ça reviendrait à ne pas faire confiance à votre enseignement et à celui de tous les professeurs de Poudlard. Nos cultures sont différentes, nos magies sont différentes, même nos connaissances sont différentes, mais nous sommes toutes les deux de jeunes sorcières évoluant dans deux très grandes écoles de magie, n’est-ce pas ? Alors je crois que nous nous en sortirons. »
Je lissai ma robe du plat de la main, convaincue qu’il ne pouvait en être autrement entre nous.
« Il le faut, ajoutai-je. »
Si je n’avais pas la moindre idée de la façon dont les évènements se précipiteraient, il me semblait évident qu’une bonne entente avec Charlie pouvait faire la différence entre le meilleur et le pire. Et le pire n’était pas envisageable, pas au moment où on m’avait reconnu la capacité de représenter mon école. Alors nous ne pouvions que nous entendre.
« QIONG ! C’EST L’HEURE DE TA LEÇON DE LIEN ! » (1)
La voix lointaine de la Grande guérisseuse me surprit. Je me dressai presque malgré moi et criai :
« J’ARRIVE ! » (2)
Prise au dépourvu, les joues un peu chaudes, je m’inclinai devant le professeur Keith en m’excusant de devoir mettre un terme à notre discussion. Je me levai ensuite en ne sachant pas trop ce que je devais dire pour ne pas froisser davantage le professeur Keith. Je me décidai pour une nouvelle courbette, un peu honteuse.
« Je suis vraiment désolée mais il faut que j’y aille, professeur. J’espère que nous nous reparlerons une prochaine fois ! »
Ronge de honte, je m’éclipsai… avant de m’arrêter à une dizaine de pas. C’était décidément plus fort que moi !
« Pardon professeur, mais pouvez-vous me décrire l’objet couché dans l’herbe à côté de vous ? »
(1)(2) Paroles prononcées en mandarin.
LES CONTES DE L'ŒIL
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
(En vadrouille jusqu'au 3 janvier inclus)
Sa majesté des sens
La détermination de Qiong ne surprenait pas Eawen. La petite était forte. Elle avait toutes ses chances de gagner. Du moins le professeur le pensait. Et elle le lui souhaitait aussi. Elle connaissait mal les autres concurrents, mais cette enfant-ci lui paraissait lumineuse, et, telle un papillon de nuit, elle était attirée par la lumière. Sans doute la soutiendrait-elle lors des épreuves, si épreuves il y avait.
« QIONG ! C’EST L’HEURE DE TA LEÇON DE LIEN ! »
Les paroles criées en mandarin surprirent Eawen. Cela faisait fort longtemps qu'elle n'avait pas entendu cette langue si particulière. Néanmoins ses souvenirs refirent surface et elle comprit que Qiong était appelée pour un cours. De quoi ? Elle n'en avait pas la moindre idée, mais faire attendre un enseignant était fort malpoli, elle en savait quelque chose et tenait à ce que ses élèves soient toujours à l'heure. Il était temps de laisser partir la jeune chinoise...
« J’ARRIVE ! »
Bafouillante, elle s'inclina face à Eawen et se confondit en excuses.
« Je suis vraiment désolée mais il faut que j’y aille, professeur. J’espère que nous nous reparlerons une prochaine fois ! »
- Ne vous en faites pas, les cours passent avant tout ! J'ai été ravie de discuter avec vous en tout cas, et me tiens à votre disposition si vous avez des questions ou un simple désir de parler.
Souriante, la jeune femme se prépara à se relever, suivant du regard la jolie brunette aveugle qui partait rejoindre son professeur. Oui, elle aurait plaisir à lui enseigner ce qu'elle savait, si la fillette en exprimait le désir. Elle percevait en elle une joie et un talent hors du commun. La jeune Rengan avait intérêt à lui faire honneur, et à faire honneur à Poudlard par la même occasion. Ce ne serait sans doute pas aisé, mais c'était faisable. Et puis après tout, les choses compliquées sont souvent les plus intéressantes...
« Pardon professeur, mais pouvez-vous me décrire l’objet couché dans l’herbe à côté de vous ? »
Qiong, sans doute poussée par la curiosité s'était retournée à quelques pas d'elle. Eawen posa les yeux sur sa cane, un brin mélancolique. Elle lui rappelait de lugubres moments. Se remettant debout, sa cane en main, elle répondit enfin.
- C'est un long bâton avec un cheval en ivoire gravé sur le sommet. Je m'en sers de cane depuis une rencontre avec une Acromentule...
Elle devenait nostalgique ! Non, pas sous ce soleil, pas avec cette enfant, ce n'était pas le moment. Elle reprit donc sur un ton plus amusé.
- Vous voyez, nous avons un point commun : nous avons toutes les deux des problèmes avec une partie de notre corps. Mais filez vite, je m'en voudrais que votre professeur se fâche parce que je vous ai retenue ! Nous en reparlerons une prochaine fois si vous avez le temps.
Cette fois, Qiong partait bien. Comme s'il avait senti qu'il était à nouveau le bienvenu, Hypnos réapparut à ce moment là. Il se posa sur l'épaule de sa maîtresse qui le caressa doucement, un peu rêveuse de cette rencontre avec le monde de la magie chinoise.
RPG terminé, merci beaucoup de m'avoir permis de rencontrer Qiong !
« QIONG ! C’EST L’HEURE DE TA LEÇON DE LIEN ! »
Les paroles criées en mandarin surprirent Eawen. Cela faisait fort longtemps qu'elle n'avait pas entendu cette langue si particulière. Néanmoins ses souvenirs refirent surface et elle comprit que Qiong était appelée pour un cours. De quoi ? Elle n'en avait pas la moindre idée, mais faire attendre un enseignant était fort malpoli, elle en savait quelque chose et tenait à ce que ses élèves soient toujours à l'heure. Il était temps de laisser partir la jeune chinoise...
« J’ARRIVE ! »
Bafouillante, elle s'inclina face à Eawen et se confondit en excuses.
« Je suis vraiment désolée mais il faut que j’y aille, professeur. J’espère que nous nous reparlerons une prochaine fois ! »
- Ne vous en faites pas, les cours passent avant tout ! J'ai été ravie de discuter avec vous en tout cas, et me tiens à votre disposition si vous avez des questions ou un simple désir de parler.
Souriante, la jeune femme se prépara à se relever, suivant du regard la jolie brunette aveugle qui partait rejoindre son professeur. Oui, elle aurait plaisir à lui enseigner ce qu'elle savait, si la fillette en exprimait le désir. Elle percevait en elle une joie et un talent hors du commun. La jeune Rengan avait intérêt à lui faire honneur, et à faire honneur à Poudlard par la même occasion. Ce ne serait sans doute pas aisé, mais c'était faisable. Et puis après tout, les choses compliquées sont souvent les plus intéressantes...
« Pardon professeur, mais pouvez-vous me décrire l’objet couché dans l’herbe à côté de vous ? »
Qiong, sans doute poussée par la curiosité s'était retournée à quelques pas d'elle. Eawen posa les yeux sur sa cane, un brin mélancolique. Elle lui rappelait de lugubres moments. Se remettant debout, sa cane en main, elle répondit enfin.
- C'est un long bâton avec un cheval en ivoire gravé sur le sommet. Je m'en sers de cane depuis une rencontre avec une Acromentule...
Elle devenait nostalgique ! Non, pas sous ce soleil, pas avec cette enfant, ce n'était pas le moment. Elle reprit donc sur un ton plus amusé.
- Vous voyez, nous avons un point commun : nous avons toutes les deux des problèmes avec une partie de notre corps. Mais filez vite, je m'en voudrais que votre professeur se fâche parce que je vous ai retenue ! Nous en reparlerons une prochaine fois si vous avez le temps.
Cette fois, Qiong partait bien. Comme s'il avait senti qu'il était à nouveau le bienvenu, Hypnos réapparut à ce moment là. Il se posa sur l'épaule de sa maîtresse qui le caressa doucement, un peu rêveuse de cette rencontre avec le monde de la magie chinoise.
RPG terminé, merci beaucoup de m'avoir permis de rencontrer Qiong !
"Il est plus beau d'éclairer que de briller seulement."
Cupidon en chef
Admise dans le "hall of fame des warriors" de Kristen