Édimbourg, Ecosse Froid comme la neige


20 décembre 2043
East Princes Street Gardens,
Marché de Noël d'Edimbourg,
Edimbourg, Ecosse.








La famille Table avait fait la route depuis Glasgow pour aller fêter Noël avec la famille de son père. Mike était rentré de Poudlard la veille, et il n'avait pas eu un seul instant de repos. La route avait été longue, dû à la neige qui tapissait les routes et aux embouteillages causés par la multitude de personnes qui souhaitait visiter le marché. Dans la journée, ils avaient juste eu le temps de déposer leurs affaires chez Angus, l'arrière-grand-père de Mike, ou Vieux Papy comme il l'appelait depuis son enfance. Sa tante et son cousin n'étaient pas encore arrivés ; Dany, qui était parti étudier en Inde, avait pris l'avion dans l'après-midi et n'avait pas encore atterri à Londres. Mike avait alors suivi ses parents au marché de Noël, bien que cela ne l'enchanter pas vraiment : il n'aimait pas la foule et le bruit ambiants qui en faisaient pourtant un événement festif.
Il marchait entre les gens, essayant de suivre ses parents qui le devançaient. Chaque pas s'enfonçant dans la neige fondue et boueuse, piétinée par le monde. La neige blanche des plaines, inexplorée et duveteuse, qu'il avait connue dans son enfance dans les Highlands lui manquait. Il aurait tant aimé y retourner pour y courir et être le premier à y laisser sa trace. Il avait ces images de ses étendues lactescentes et silencieuse de la nature, alors qu'il traversait le parc bruyant rempli de manteaux noirs qui se dressaient devant lui comme des obstacles. Chaque balancement de ses bras faisait frotter ses manches sur son gros blouson en un bruit de crispation désagréable. Sa capuche recouvrait son visage et l'empêchait de voir devant lui. Mais cela ne l'importait pas vraiment puisqu'il avançait tête baissée, en regardant les pieds des gens pour les éviter. Son père revint d'un stand avec un petit verre rempli d'une substance ambrée, comme du miel. Mike releva la tête quand son père lui demanda :

"T'en veux? C'est du Glayva!"

Mike secoua la tête en signe de négation. Sa mère répondit alors à sa place:

"Mais voyons Rob, il n'a que 13 ans! On offre pas du whisky à un enfant!
- J'allais pas lui donner tout le verre, mais juste une gorgée, répondit Robert. A son âge, mon père m'avait déjà donné un verre de bière."

Ses parents continuèrent d'avancer tout en se disputant. Mike les suivit, toujours tête baissée. Il ne regardait même pas autour de lui, les marchants vendaient pourtant de beaux objets : pantins, boules de Noël bien colorées et autres décorations de fêtes. Tout d'un coup, lui et une autre personne se cognèrent les épaules. Il releva alors la tête, enlevant sa capuche pour mieux voir qui avait osé se frotter à lui. Mais la personne était déjà partie, perdue dans la foule immense. Il se retourna alors et constata que ses parents s'étaient avancés sans lui. Il les chercha du regard, mais ne les vit point. Il avança alors, seul, en longeant les stands. C'est alors qu'il vit une fille, rousse aussi. Elle portait des vêtements sombres et ne semblait pas vraiment apprécier le marché, tout comme lui. Il lui sembla déjà l'avoir vu passer lorsqu'il était à Poudlard, dans sa salle commune et dans les couloirs. Sans aucun doute, c'était une sorcière. Il s'avança alors vers elle.

"Hey, salut. On se connaît, non?"

La fille se tourna vers lui. Il ne savait pas si elle l'avait déjà remarqué au château. Il se présenta alors:

"Je m'appelle Mike, je suis en 3è année à Poudlard, on est dans la même maison il me semble."

Il était un peu gêné : il aurait bien l'air idiot si il s'était trompé et qu'il s'agissait d'une simple moldue. Mais il était sûr à quatre-vingt-dix pourcent que ce n'était pas le cas.

@Kyana Lewis 

Compte-élève de monsieur le sous-directeur.
8è Année RP (je sais, ça n'existe pas). Ex-Préfet de Serdaigle (entre janvier et août 2045).
Édimbourg, Ecosse Froid comme la neige
20 décembre 2043 [Première année],

Début d'après midi,

Edimbourg (Ecosse)


T'es rentrée chez ton père pour les vacances. Comme tu t'y attendais, Maë n'a même pas accompagné ton père pour venir te chercher, et elle ne t'a même pas adressée la parole. Tu t'y attendais, avoue le. Ça t'a tout de même fait mal au cœur. Elle te hait, définitivement.
L'ambiance était loin, bien loin d'être légère. Même ton père s'en est rendu compte. Il a tenté, quelques fois, de réchauffer l'atmosphère. Mais tu t'es bien vite cloîtrée dans ta chambre. En sécurité, loin des regards accusateurs de ta sœur.
Tu savais que ton père voulait te voir. Que tu ne pourrais pas rentrer pour les vacances de Pâques, parce qu'ils partaient chez une tante que tu ne connaissais même pas. Que le seul moment où tu pourrais revenir serait les grandes vacances, dans sept mois.
Mais tu n'osais pas. Ils étaient devenus des étrangers. Tu ne les connaissais plus, vous viviez dans deux mondes bien distincts, séparés par un pouvoir auquel tu ne comprenais rien.
Tu as tenté d'aller le voir, dans le train, pour rentrer chez toi, de lui parler. De lui raconter tes malheurs, tes joies, tes peines. Mais ça n'a pas marché.
Aucun mot n'est sorti de ta bouche, rien. Pas même un "Je t'aime", ou un "Papa, ça me fait plaisir de te revoir". Tu aurais dû lui dire. Parce qu'il a eu l'air blessé.
Sans doute s'attendait-il à quelque chose de plus chaleureux. Sans doute imaginait-il que votre relation n'avait pas été dégradée avec la distance et le temps. Mais toi tu en as conscience, et ça te rend encore plus triste.
Peut-être aurais-tu dû rester à Poudlard pour les fêtes de Noël.

~

Il vous a proposé, hier, d'aller faire un tour au marché de Noël. Il t'en a parlé à travers la cloison de ta chambre. Il n'a pas osé rentrer, chose qu'il se permettait sans hésitation avant que tu ne partes. Tu as vaguement acquiescé, un petit "Oui" sans conviction qu'il n'a pas relevé.
Maë a paru plus emballée.
Vous avez donc mangé, puis êtes sortis dans le froid mordant. Le blizzard te giflait les joues, et tu frissonnais dans ta parka noire.
Vous avez marché un petit peu, puis êtes parvenus sur l'avenue principale sur laquelle se tenait le marché. Tu as soupiré. Une après midi passée à t'ennuyer, à faire semblant de t'intéresser aux stands qui s'alignaient, bien rangés. A éviter le regard des marchands qui te tendaient toutes sortes d'articles, aussi.
Au bout d'un temps, ton père et Maë se sont perdus dans la foule, et tu n'as pas cherché à les retrouver. Tu as pris un chocolat chaud à l'un des artisans, que tu n'as pas bu. Profitant de sa chaleur pour te réchauffer les doigts.
Tu t'es arrêtée un instant à un stand. Ils vendaient des bijoux, et le bracelet avec l'opale te plaisait beaucoup.
Tu l'as admiré, un instant, une seconde ou une heure, qui t'a semblé durer éternité, avant de t'apprêter à poser ta main dessus pour le tendre au vendeur. 
Un voix te fit violemment sursauter, et tu te retournas vivement.

Hey, salut. On se connaît, non?

Sans te laisser le temps de répondre, il ajouta :

Je m'appelle Mike, je suis en 3è année à Poudlard, on est dans la même maison il me semble.

Un Autre. Dans TA ville. Si loin de l'Ecole. Un Autre qui te connaît. Sur lequel tu n'as jamais posé ne serait-ce que ton regard. Tu te refuses à détourner le regard, au contraire, tu fixe tes yeux de glace dans ceux du garçon. Une moue quelque peu méprisante se dessine sur tes lèvres, et tu l'observes.

Tu ne dis rien, détaillant son visage avec minutie. Ses cheveux sont roux, comme les tiens. Mais pas exactement la même couleur. Les tiens sont plus sombres, cuivrés.

J'en sais rien.

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J'en sais rien?!
Mike ne comprenait pas vraiment cette réponse. Était-ce de la timidité? L'avait-il surprise au point qu'elle soit déstabilisée? Ne l'avait-elle jamais remarqué? Ou alors peut-être qu'il se trompait, peut-être que la jeune fille n'était qu'une moldue parmi toutes les personnes. Toutes ces questions s'enchaînaient dans sa tête, tandis que la rouquine continuait à le fixer. Mike ne détourna pas non plus le regard, se plongeant dans les yeux bleu-gris qui ne quittaient pas les siens. Que veut-elle à me regarder comme ça? Mike tentait de comprendre la jeune fille qui lui paraissait énigmatique. Un sourire se dessina sur le coin de ses lèvres ; Mike le remarque bien évidement. Était-ce un jeu pour elle? Il se perdait de plus en plus dans son regard, il continuait de la sonder comme s'il pouvait lire son esprit... Ridicule! Il pouvait tout de même y voir un soupçon de tristesse, ou de mélancolie, il ne savait pas trop. Un frisson lui parcouru le long du dos, il détourna le regard, regardant les gens passer dans l'allée comme pour voir si personne ne les écoutait, puis revint sur la rouquine. Il parla plus discrètement:

"Tu connais... Poudlard? Tu... connais Serdaigle?"

Il avait l'impression de parler à une étrangère, mais il bégayait un peu, sans doute parce que son interlocutrice continuait de le fixer.

"Tu... peux arrêter ça, s'il te plaît?"

Compte-élève de monsieur le sous-directeur.
8è Année RP (je sais, ça n'existe pas). Ex-Préfet de Serdaigle (entre janvier et août 2045).
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Il a l'air dérouté par ta réponse. Tu es fière. Il semble perdre un peu de son assurance, se fait plus hésitant. Ça t'amuse, de perturber les gens. De prendre l'ascendant sur eux. Tu ne le montres pas, mais tu trouve ça vraiment amusant. Tu te sens grande, fière, forte. Tu te construis un façade. Pour ne jamais paraître faible. Parce que chaque fois que tu flanches, tu t'en veux longtemps.
C’est prendre une petite revanche sur... sur quoi ? le Destin ? la Vie ? Toi-Même ? Tu ne sais même pas.
Le Garçon semble bien moins sûr de lui. Mais son regard reste fixé dans le tien. Tu relèves le menton, te refuses à détourner le regard. Et prends un air de défi.
Au bout d'un temps c'est lui qui tourne la tête. Mais toi tu continues de le détailler. Il observe aux alentours, et tu ne sais pas s'il cherche quelque chose. Peut-être a-t-il, comme toi, perdu ses parents, ou ses frères et soeurs, dans la foule ? Mais, au lieu de tourner les talons comme tu t'y attendais, son regard revient se poser sur toi. Tu frémis.
Il ouvre la bouche, et demande plus doucement qu'auparavant :


Tu connais... Poudlard? Tu... connais Serdaigle?

Son begayement t'arrache un sourire en coin. Tu te demandes s'il est timide de nature, mais ce n'est pas l'impression qu'il te donne, ou s'il est simplement... impressionné. Ça te plairait, d'impressionner un troisième année. Tu hoches la tête doucement, puis il reprend.

Tu... peux arrêter ça, s'il te plaît ?


Tu fronces les sourcils. Arrêter quoi ? Ton visage se penche légèrement vers la gauche, s'inclinant, et tu te mords la lèvre supérieure. De quoi veut-il parler, enfin ?
Demande-lui ! Kyana, cesse d'avoir peur ! Tu n'es pas timide. Tu n'as peur de rien. Les Autres, tu les méprises. Pourquoi doutes-tu de toi ? Pourquoi crains-tu les Regards ? Pourquoi n'oses-tu pas t'exprimer ouvertement ?
Peut-être parce que tu ne sais pas Parler. Expliquer tes ressentis et émotions.
Mais il faut s'entraîner. Ne plus te terrer. Ne plus hésiter chaque fois qu'il te faut prendre la parole en public. Maintenant tu es entourée, tu as des amis - certes, peu. Mais tu en as tout de même. Ils te soutiennent, et t'apprécient à ta juste valeur.
Lance toi !
Parle, demandes.
Peut-être as-tu peur que ta phrase ne soit pas assez cinglante ? Ce n'est pas grave. Le Garçon, tu ne le connais pas, tu auras tout le temps de te rattraper en matière de désagréable.
Tu pourras lui dire de te foutre la paix, puisque c'est ce que tu souhaites. Mais pour le moment tu ne comprends pas ce que lui veux que tu fasses. Alors tu te risques.
Arrêter quoi ?

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Elle me regarde toujours... La jeune fille fronça légèrement les sourcils comme pour essayer de comprendre sa question. Elle continuait de le fixer de son regard froid qui lui glaçait le sang. Il n'avait pas l'habitude de parler à des gens aussi peu chaleureux. D'habitude, c'est lui qui décidait de l'ambiance des discussions, c'est lui qui décidait de mettre son interlocuteur à l'aise ou non ; mais là, c'était l'inverse. Elle semblait prendre le dessus sur lui, et ça le perturbait. Il voyait ses sourires en coin et cette poussière de mépris dans ses yeux qui cachaient sûrement des mauvais souvenirs. Il connaissait cela, cette arrogance qui sert de façade. Elle lui ressemblait un peu. Physiquement. Mais pas que. Mais ils étaient aussi différents. Il lui semblait qu'elle ne voulait pas parler. Son regard, sa façon de lui parler, sa tenue : il l'ennuyait, pensait-il. Et il n'aimait pas ça. Il avait l'impression d'être ce mouton noir que l'on rejetait. Il avait l'impression d'être seul, comme toutes ses nuits où il restait plonger dans le noir pour pas qu'on le voie pleurer. Comme quand l'un des tiens te renie sans raison.
Il la trouvait étrange, comme le tableau d'un paysage d'hiver, qui montre une nature imprévisible, une neige parfaite que l'on a envie d'explorer ; mais dont la peinture recouvre des croquis gribouillés au fusain noir, sombre comme le charbon qui le compose. Elle lui glaçait le sang, mais il n'avait pas envie de partir. Il savait que s'il partait, celui lui trotterait dans la tête. Il restait, il avait envie de comprendre qui elle était. Juste ça. Juste comprendre.

"Comment tu t'appelles?"

Il lui lança cette question sèchement. Il paraissait plus à l'aise. Paraissait. Ce n'était évidement pas le cas. Il crispait les muscles de son visage pour ne rien laissait transparaître. Si elle jouait à un jeu, il était de la partie, et ne se laisserait pas faire.

Compte-élève de monsieur le sous-directeur.
8è Année RP (je sais, ça n'existe pas). Ex-Préfet de Serdaigle (entre janvier et août 2045).
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Tu sembles vraiment le perturber. Ton regard est devenu pieu de glace, fiché dans le sien. Tu ne le détourneras pas, jamais. Tu ne te laisseras pas distraire. Tu vas le défier jusqu'à ce qu'il flanche.
C'est comme si... il avait peur de toi. Tu ne veux pas qu'il te fuie en hurlant, juste continuer à voir ce soupçon, non pas de frayeur, mais de... crainte. De la crainte ou un intérêt étrange. Tu l'intrigue, c'est ça.
Etrangement, cette pensée te met hors de toi. Tu ne veux pas devenir une bête de foire ! Tu ne veux pas qu'on t'observe, tu ne veux pas qu'on tente de deviner ce que tu penses. Ta soeur te considère déjà comme un monstre, c'est suffisant ! Tu ne veux pas que quiconque se permette de poser un regard critique sur toi.
C'est hors de question. Les Autres ne connaissent rien à ta vie. Rien à tes sentiments, émotions. Ils n'ont aucune carte en main, ne peuvent en aucun cas te juger.

Il essaie de paraître fort, lui aussi. Mais cette façade, c'est la tienne. Tu sais lorsque quelqu'un tente de te la prendre. Ne serait-ce qu'un seul instant, qu'il joue au plus fort, au plus confiant. C'est une technique que tu perfectionne depuis bien trop longtemps pour ne pas voir quand les Autres font comme toi.
Il te parle sèchement, sans même prendre le temps de répondre à ta question. Ca t'arrache un nouveau petit sourire, mais de compassion cette fois. Lui ne connaît pas bien la Technique. La Méthode. Peut-être tente-t-il de l'expérimenter, de temps à autres. Mais pas au quotidien, comme toi. Tu le remarques tout de suite.
Comment tu t'appelles ? Mais... Pourquoi veut-il savoir ça ? Un changement. Ce n'était pas prévu. Tu ne comprends pas. Il... il ne devrait pas demander. Ça ne le regarde pas. Il ne mérite pas ton attention. Il n'a pas à vouloir savoir. Il devrait n'être pas intéressé. N'être pas intéressé par toi comme toi tu n'es pas intéressée par lui.
Tu ne veux pas lui répondre. Tu ne veux pas, mes les mots coulent tous seuls de ta bouche. Qui est coupable ? Qui a agi sans ton accord ? Coeur ? Cerveau ? T'en sais rien, et ça t'exaspère encore plus.
Mais ton exaspération, tu la caches. Au plus profond de toi. Comme d'habitude.

Kyana.

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Kyana... Etait-ce au moins son vrai nom? Il commençait à douter de tout, comme si elle se fichait de lui. Et en plus, ça sonnait bien...
Kyana... Sa question avait au moins eu le mérite de lui faire relever le sourcils, qu'elle s'était empressé de redescendre, comme pour caché un étonnement. Sûrement inconsciemment. Mais Mike l'avait repéré. Elle continuait à regarder dans ses yeux comme pour deviner ses pensées. Que voyait-elle? Il ne savait pas très bien. Toujours dans l'optique de la surprendre et d'essayer de la comprendre, il lui demanda :

"Tu es seule? Tes parents ne sont pas là?"

Comme s'il s'inquiétait... Mais ce n'était pas le cas. Pourquoi s’inquiéterait-il pour une fille qu'il ne connaissait pas et qu'il n'intéressait pas. Sa question avait une once d'arrogance. Comme pour lui rappeler qu'il était plus vieux qu'elle. Comme pour lui rappeler qu'il existait des personnes qui avaient autorité sur elle.
D'ailleurs, se comportait-elle toujours comme ça? Il ne put s'empêcher de se poser la question. Etait-ce seulement pour lui? Ou sa famille aussi avait le droit à un tel traitement? Il quitta les yeux de Kyana pour tourner la tête, comme pour chercher une réponse à toutes ses interrogations parmi la foule de gens. La neige recommençait de tomber, les flocons s'accumulant sur les bonnets sombres qui traversaient l'allée dans la nuit, éclairés par quelques lampadaires et les bougies des stands. Il revint poser les yeux sur elle, elle le fixait toujours. Il était impressionné par sa ténacité. Elle attendait qu'il abandonne le premier. Elle attendait que la discussion se termine par sa défaite qui le frustrerait. Mais Mike rouvrit la bouche.

"Qu'est-ce que tu fais ici, au fait?"

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Il veut savoir. Quelque chose. Mais quoi, exactement ?
En apprendre davantage sur toi ? Te connaître ?
Mais que croit-il, enfin ? Que vous êtes amis ? Que parce que tu as accepté de lui donner ton nom, enfin tu n'as pas pu t'en empêcher, vous vous entendez bien ? Que grâce à ça, tu vas lui révéler toute ta vie ? Que tu lui fais confiance ? Et puis quoi encore ? Accorder ta confiance à un inconnu ? Quand bien même il fût de ta maison, tu ne veux pas. Ta confiance est réservée à ceux qui la méritent. Et, pour le moment du moins, il ne la mérite pas. Il devra faire ses preuves, sans doute.
Il veut t'impressionner. Il veut voir tes réactions. Il veut essayer de te prouver qu'il a plus de volonté que toi. Qu'il est plus fort.
Mais il ne doit pas faire face à ce genre de situation souvent. Il doit avoir l'habitude de contrôler. D'avoir l'autorité.
Mais tu mènes cette Danse. Ce Combat. C'est toi qui commandes, aujourd'hui. Il ne prendra pas ta place.
Et pourtant c'est ce qu'il tente de faire. Te déstabiliser. Te faire perdre tes moyens. Tu ne veux plus être surprise. Tu plisses les yeux, serres les dents. Tu ne comprends pas pourquoi il s'acharne à se battre. Alors que ployer serait si simple. Pourquoi il veut à tous prix se débattre, ne pas se soumettre au poids de ton regard.
D'un coté, tu le comprends. Toi aussi tu es fière. Toi aussi tu n'aimes pas lorsque quelqu'un tente de te rabaisser. D'assoir son autorité sur toi.
Mais c'est une revanche. Tu en as si marre de passer pour l'autiste demeurée. De passer pour l'incapable ignorante. Tu profites de ton pouvoir, là, tout de suite.
Il te demande deux choses à la fois. Sans te donner le temps de répondre. Tu trouves ça un petit peu... imbécile. Poser des questions sans attendre de réponses, un peu bête, non ?
Enfin, c'est ce que je pense. Tu attends qu'il ait terminé, laisse un temps après sa seconde question, histoire de voir si il veut te demander autre chose. Pour le mettre mal à l'aise, aussi. Tu en aurais ri.
Reprenant les mots de sa seconde question, tu interroges brusquement.
*Répondre à une question par une autre question. J'l'aime bien, ce stratagème.*

En quoi ça te regarde, au fait ?

Tu es violente dans tes propos. Très violente, même. Mais tu te décharges. De toute ta peine, ta rancœur, ta jalousie. Sur un Étranger. C'est si simple. Et si lâche.

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Mike venait de finir sa question et attendait désormais la réponse de Kyana. Mais la rouquine ne la donna pas tout de suite. Elle continuait de le fixer de son regard glacial. Elle le faisait attendre. Etait-ce pour réfléchir à ce qu'elle allait dire ou était-ce juste pour qu'il se sente mal à l'aise? Il ne savait pas trop quoi en penser. Un silence s'installait, pénible et suffoquant. Les brises d'hiver qui leur glaçaient le coup lui semblaient bien plus chaleureuses que les paroles de la jeune fille. Il était mal à l'aise, mais il ne le laissait pas transparaître. Il ne voulait pas lui laisser l'avantage, il ne voulait pas qu'elle s'en rende compte. Alors il se comportait comme elle. Un peu froidement. Jusqu'à ce qu'elle finisse par répondre.

En quoi ça me regarde?... Il n'attendait pas une réaction aussi crue. Il ne put s'empêcher de hausser les sourcils d'étonnement. Son sang lui remonta à la tête, sa gorge se serra et son cœur lui pinça le thorax. La remarque lui faisait mal. Mais il ne le montra pas. Ça lui faisait mal de voir qu'il n'avait aucun contrôle, de se sentir rejeté avec une telle violence et autant de mépris. Mais pour qui se prenait-elle? Face à une situation aussi chaotique, il savait qu'il ne l'emporterait pas.
Cependant, il ne comprenait pas pourquoi elle restait là, à lui parler mal, alors qu'elle n'avait visiblement pas envie de lui parler. Pourquoi se forçait-elle à lui répondre? Peut-être qu'elle aimait ça au fond. Faire souffrir les autres. Culpabiliserait-elle s'il décidait de partir? Peu importe. Il n'avait plus envie de rester. Il n'avait plus envie de se confronter à elle. Elle n'en valait pas le coup. Il ne méritait pas tout son mépris.

"Ça ne me regarde pas en effet. Joyeux Noël."

Il remit sa capuche sur sa tête. Sa capuche qui lui recouvrait le front jusqu'à ses yeux. Il pouvait encore la voir. Il se retourna et avança. Peut-être essayerait-elle de le rattraper. Peut-être qu'elle serait prise d'un quelconque remord. Ou pas. Il ne savait pas. Et si elle décidait de ne pas le rattraper, ce ne serait pas une grande perte, pensa-t-il. Il continua de s'avancer dans la foule, se fondant dans l'obscurité des manteaux noirs, comme une ombre dans la nuit.

Compte-élève de monsieur le sous-directeur.
8è Année RP (je sais, ça n'existe pas). Ex-Préfet de Serdaigle (entre janvier et août 2045).
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Tu ne comprends sa réaction qu'après avoir réalisé l'impact de tes Mots. Ils sont bien trop violents. Ils ne le concernent pas, il ne les mérite pas.
Ces mots, ils devraient être adressés à... je ne sais même pas ! A Maë. Oui. Craches à ta soeur ce qu'elle mérite d'entendre. Plutôt que tout décharger sur Lui. Qui ne t'a rien demandé, qui est même venu de lui-même te parler.
*J'fais quoi ?*
Débrouilles toi. Je ne t'aiderai pas, cette fois-ci. A toi de trouver ce qui le ferait revenir. Et, par pitié, ne sois pas pitoyable. C'est insupportable quand tu fais ta petite fille pleurnicharde. Tu vaux mieux que ça.
Rappelles-le. Il a été blessé. Au plus profond de son Âme. Il a été blessé comme toi tu as été blessée, il a été blessé et toi tu ne fais rien.
Les Mots l'ont atteint. Les Mots l'ont touché, bien plus profondément qu'il ne le laisse paraître. Tu ne sais pas comment te rattraper. Comment réparer ton erreur. Alors que tu as vécu la même chose. Alors que tu t'es promis que les paroles comme celles que tu as subies, jamais tu ne les prononcerais.
Non, Kyana, trouves une solution seule.
Tu as été lâche, assumes.
L'Etranger remonte sa capuche sur sa tête, et tu aperçois une dernière fois dans ses yeux la Douleur. Cette vision restera gravée longtemps dans ton esprit. Tu t'en voudras, crois moi. Et c'est bien.
Il tourne les talons, se perd dans la foule. Alors qu'il n'est encore qu'à quelques mètres de toi, tu murmures, le regard baissé :

Attends...

Mais ta voix se perd dans le sifflement du blizzard et la rumeur des conversations. Comme une écharpe de brume un jour de grand vent, elle se disloque, s'éparpille, sans jamais parvenir aux oreilles de celui à qui elle était destinée.
Tes paupières se ferment, retenant les larmes qui menacent de s'échapper à tout instant. Tu soupires doucement. Serres les dents.
Et pars dans la direction opposée.
Tu pars pleine de remords. De regrets. Tu t'en veux atrocement de lui avoir fait du mal. Tu ne soutiendrais pas son regard, si tu le recroisais à l'Ecole.
Tu pars sans le Collier, qui t'avait attirée à cet endroit du marché, et qui serait synonyme de tristesse. Tu pars, et tu cherches du regard ton père et ta soeur. Tu ne veux pas supporter le poids de la solitude. Pas tout de suite. Tu t'effondrerais à la minute où ton père te laisserait.

Tu les retrouves assez rapidement. La silhouette de Maë t'est tellement familière.
Son regard accusateur l'est presque autant.
Et c'est lorsque tu le croises que tu comprends enfin.
Elle t'est devenue si étrangère. Si inconnue. Si totalement différente. Toute la rage que tu portes en toi, et qu'habituellement tu savais décharger tranquillement, par de longues conversations avec Maë, tu ne peux plus l'expulser. Ou du moins pas de manière "pacifique", comme Maë disait. Alors tu cries. Tu craches tes phrases acides. Tu te défoule. Sur les Autres.
Ceux qui t'ont connue petite ne sauraient plus te reconnaître, Kyana.
Tu es devenue Froide. Froide comme la neige.

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