24 mars 2021, 22:45
Gigue Pendulaire {Uchronie}
Crac !
Le dernier, enfin. Le chemin du retour était si long que même par transport magique le jeune homme avait dû fractionner en plusieurs portions avalables par le transplanage pour parvenir au rivage Ouest de la vaste île qui accueillait sa terre irlandaise. Au moins avait-il pu compter sur le support du Magicobus pour le conduire jusqu’à la cache d’un Portoloin permettant la traversée maritime avant de parcourir par bouts le territoire familier. S’il était sorti titubant du train plusieurs heures plus tôt, son état n’avait qu’empiré. Haletant, les membres si lourds et rétifs à le porter, il approcha la porte de la résidence. Ses doigts malhabiles derrière le voile de sa vue trouble tâtonnaient pour essayer d’enclencher le mécanisme d’ouverture. Une aide intérieure le seconda puisqu’alors que ses gestes auraient dû demeurer infructueux ; l’embrasure s’éclaira, lui permettant de traîner son corps dans le vestibule. C’était un homme d’un certain âge qui était venu à sa rescousse et déjà tentait de se faire le support de celui qui était son Enkel. Ce dernier parvint toutefois à puiser dans le fond d’énergie qui lui demeurait encore pour faire les derniers pas avant de s’écrouler sur un fauteuil. Il interrompit temporairement sa respiration qui aurait donné l’impression à un auditeur d’un vomissement d’air pour souffler quelques syllabes.
« Je suis… claqué ! »
Un froncement soucieux barrait le front de son aïeul, à la fois préoccupé de le voir ravagé par la fatigue du voyage et de savoir que la camarade qu’il avait invité allait arriver tout prochainement et que dans un tel état… Il n’eut pas le temps d’interroger plus avant de l’une ou l’autre des problématiques car l’épuisement prit le dessus et fit son œuvre sur le jeune corps qui s’était affalé en arrière contre le dossier, les paupières papillonnantes cherchant déjà à l’arracher à sa conscience éveillée. Le maintenir en éveil par ces conditions serait néfaste et il n’était qu’une question de bribes de temps avant de devoir être le témoin de l’inexorable enfoncement. Quel inconscient il avait été en lui faisait confiance alors qu’il lui avait assuré qu’il serait capable de rentrer tout seul de Poudlard. Quoiqu’il en soit, après son séjour à l’hôpital en janvier dernier il lui aurait été impossible de lui offrir un soutien magique dans ce périple, mais la volonté d’efficacité de Hjúki se heurtait avec son manque de considération pour les limites humaines qui ne permettaient pas de venir à bout de centaines de lieues sans en payer le prix énergétique. Énergie déjà fortement mise à mal par cette machine enfumée qui représentait toujours le seul accès et la seule sortie pour les résidents du château.
Il fallait l’aider à se déplacer tant que c’était encore possible. Le vieil homme initia une douce pression pour attirer l’attention de son Enkel, lui proposant de prendre appui ; et de cette démarche partagée et lente ils rejoignirent sa chambre, le benjamin traînant lourdement des pieds. Une fois arrivés, l’aîné le seconda pour rapidement le dévêtir du surplus qui le gênerait avant de guider l’allongement à partir duquel il pourrait enfin se reposer. Hjúki se laissa docilement accompagner vers cette orientation plus supportable et une fois sûr que tout risque de chute était écarté il relâcha toute tension de ses muscles, devenant une Silhouette flasque et détendue posée au-dessus de sa couverture. Il ne fut pas long à s’endormir après cet écroulement, soustrait à la réalité pour l’Érèbe réparateur.
Ce n’était pas une situation inédite, il n’était pas rare que depuis l’enfance il veuille faire plus que ce qu’il pouvait, oublieux des conséquences. Normalement, ce ne serait l’affaire que de quelques instants, et l’adolescent sera nouveau fonctionnel et opérationnel au terme de cette sieste ; ce n’était pas au point d’une nuit anticipée. À moins qu’il ait mal jaugé, mais il ne s’agissait là que de l’éreintement du déplacement ; le jeune homme n’aurait pas poussé le vice au point de faire des devoirs sur la banquette du train, tout de même. Surtout sachant qu’il devait se préserver au plus pour cette seconde partie de journée. Difficile d’être sûr avec cette école si peu soucieuse des fragilités spécifiques à chaque élève. L’attente incertaine, c’était ce à quoi était désormais condamné Opa qui se sentait le devoir de veiller son Enkel désormais absent tout en se tenant aux aguets pour l’arrivée annoncée de l’étudiante écossaise.
Le dernier, enfin. Le chemin du retour était si long que même par transport magique le jeune homme avait dû fractionner en plusieurs portions avalables par le transplanage pour parvenir au rivage Ouest de la vaste île qui accueillait sa terre irlandaise. Au moins avait-il pu compter sur le support du Magicobus pour le conduire jusqu’à la cache d’un Portoloin permettant la traversée maritime avant de parcourir par bouts le territoire familier. S’il était sorti titubant du train plusieurs heures plus tôt, son état n’avait qu’empiré. Haletant, les membres si lourds et rétifs à le porter, il approcha la porte de la résidence. Ses doigts malhabiles derrière le voile de sa vue trouble tâtonnaient pour essayer d’enclencher le mécanisme d’ouverture. Une aide intérieure le seconda puisqu’alors que ses gestes auraient dû demeurer infructueux ; l’embrasure s’éclaira, lui permettant de traîner son corps dans le vestibule. C’était un homme d’un certain âge qui était venu à sa rescousse et déjà tentait de se faire le support de celui qui était son Enkel. Ce dernier parvint toutefois à puiser dans le fond d’énergie qui lui demeurait encore pour faire les derniers pas avant de s’écrouler sur un fauteuil. Il interrompit temporairement sa respiration qui aurait donné l’impression à un auditeur d’un vomissement d’air pour souffler quelques syllabes.
« Je suis… claqué ! »
Un froncement soucieux barrait le front de son aïeul, à la fois préoccupé de le voir ravagé par la fatigue du voyage et de savoir que la camarade qu’il avait invité allait arriver tout prochainement et que dans un tel état… Il n’eut pas le temps d’interroger plus avant de l’une ou l’autre des problématiques car l’épuisement prit le dessus et fit son œuvre sur le jeune corps qui s’était affalé en arrière contre le dossier, les paupières papillonnantes cherchant déjà à l’arracher à sa conscience éveillée. Le maintenir en éveil par ces conditions serait néfaste et il n’était qu’une question de bribes de temps avant de devoir être le témoin de l’inexorable enfoncement. Quel inconscient il avait été en lui faisait confiance alors qu’il lui avait assuré qu’il serait capable de rentrer tout seul de Poudlard. Quoiqu’il en soit, après son séjour à l’hôpital en janvier dernier il lui aurait été impossible de lui offrir un soutien magique dans ce périple, mais la volonté d’efficacité de Hjúki se heurtait avec son manque de considération pour les limites humaines qui ne permettaient pas de venir à bout de centaines de lieues sans en payer le prix énergétique. Énergie déjà fortement mise à mal par cette machine enfumée qui représentait toujours le seul accès et la seule sortie pour les résidents du château.
Il fallait l’aider à se déplacer tant que c’était encore possible. Le vieil homme initia une douce pression pour attirer l’attention de son Enkel, lui proposant de prendre appui ; et de cette démarche partagée et lente ils rejoignirent sa chambre, le benjamin traînant lourdement des pieds. Une fois arrivés, l’aîné le seconda pour rapidement le dévêtir du surplus qui le gênerait avant de guider l’allongement à partir duquel il pourrait enfin se reposer. Hjúki se laissa docilement accompagner vers cette orientation plus supportable et une fois sûr que tout risque de chute était écarté il relâcha toute tension de ses muscles, devenant une Silhouette flasque et détendue posée au-dessus de sa couverture. Il ne fut pas long à s’endormir après cet écroulement, soustrait à la réalité pour l’Érèbe réparateur.
Ce n’était pas une situation inédite, il n’était pas rare que depuis l’enfance il veuille faire plus que ce qu’il pouvait, oublieux des conséquences. Normalement, ce ne serait l’affaire que de quelques instants, et l’adolescent sera nouveau fonctionnel et opérationnel au terme de cette sieste ; ce n’était pas au point d’une nuit anticipée. À moins qu’il ait mal jaugé, mais il ne s’agissait là que de l’éreintement du déplacement ; le jeune homme n’aurait pas poussé le vice au point de faire des devoirs sur la banquette du train, tout de même. Surtout sachant qu’il devait se préserver au plus pour cette seconde partie de journée. Difficile d’être sûr avec cette école si peu soucieuse des fragilités spécifiques à chaque élève. L’attente incertaine, c’était ce à quoi était désormais condamné Opa qui se sentait le devoir de veiller son Enkel désormais absent tout en se tenant aux aguets pour l’arrivée annoncée de l’étudiante écossaise.
Dernière modification par Hjúki Anastase le 1 avr. 2021, 21:36, modifié 1 fois.
25 mars 2021, 18:52
Gigue Pendulaire {Uchronie}
PV Hjúki Anastase / Circéia Alekhina
Deux mois… le désert avait duré ce temps. Ayant décidé de ne pas compter les heures, je m’en tenais à cette estimation imprécise. Tellement de travail sur la fin d’un stage intense en émotions nouvelles. Jamais auparavant il ne m’avait été donné de m’investir à ce point, un labeur de terrain, finalement épuisant. Et dans mon état l’arrêt que m’avait imposé Madame Cunningham s’avéra salutaire. Mon endurance naturelle, que l’on nomme en la circonstance du nom rugueux de ténacité, avait contribué à me permettre d’aller au terme de ces deux mois. Assurément, ils n’étaient rien en comparaison des deux mêmes mois d’attente avant de le revoir. Hjúki…
Plusieurs choses taraudaient mon cerveau. Et la première passait par son avenir. Que ferait-il après ses ASPICs, où en serait-il dans quelques mois ? Son choix ne m’appartenait pas et j’aurais à tout prix évité de peser sur sa décision. Mon coeur avait ses envies mais mon âme connaissait l’importance de la liberté. Comment étaient ses parents, le reste de sa famille ? Un animal à lui ? En quoi son Opa représentait-il la figure majestueuse du grand-père que nous rêvons tous d’avoir, brillant et aimant, doux et prompt à aimer calmement. J’avais essayé de ne pas trop me faire d’idée, partant du principe que je devais m’attendre à tout. Moi-même… allais-je retrouver les mêmes sensations que celles du premier jour ? Grandissait une certitude indéfectible mais rien n’est jamais sûr dans la vie. Tous les scenarii sont possibles, et partant du principe que ma dernière entrée dans un univers étranger s’était mal passée, je redoutais mes impulsions.
C’était oublier mon stage en Russie, et celui aux Etats-Unis. Sans parler d’Edimbourg… mais là j’étais dans mon élément. Mon statut d’invitée à la citadelle n’était pas différent du geste de Hjúki. Au moins avais-je appris de cette soirée maudite… Nous avions retenu une chambre dans un hôtel irlandais situé à un peu plus d’une heure de Galway. Si j’y avais été opposée, le voyage me fit prendre conscience de mon état, mon chaperon avait encore une fois vue juste. Malgré toutes les précautions prises, la fatigue avait eu raison de moi et je dormis comme un bébé ce vendredi là si bien que le matin, mon réveil fut lourd, pour tout dire un peu dur. La veille, nous avions dîné à l’hôtel, menu simple et bière moldue de circonstance. Madame Cunningham avait accepté de se mélanger à eux, de toutes façons aucune autre solution n’avait obtenu ses faveurs sur le plan médical. Une seule chambre mais des lits doubles. Cacher mes jambes à sa vue fut impossible mais bon… elle savait déjà tout. Poisson, légumes verts. Un petit gâteau en dessert, déjeuner léger, je ne voulais pas m’alourdir l’estomac. Ayant pris soin d’avoir une tenue simple et surtout des rechanges, des habits adaptés à une éventuelle promenade aux quatre vents, je n’avais pour moi que ce vert immuable donnant au velours une profondeur si particulière. Et un petit chapeau dont une partie pouvait au besoin recouvrir mes oreilles. Aucune magie visible, mise à part ma baguette je n’avais avec moi qu’un objet, soigneusement rangé dans une boîte à violon, en tout cas un moldu l’aurait vue comme telle. Mon nouveau balai, je n’espérais pas l’utiliser mais il m’avait semblé nécessaire, au cas où.
En rangeant mes affaires, je me surpris à ne plus avoir envie d’utiliser la magie. Trois… c’était le nombre de sorts que javais lancés depuis l’envolée de boutique d’Eléonore. Ce qui faisait en tout sept en deux mois. Chaque renoncement me rapprochait de la rémission. Et je voyais cela comme le meilleur moyen de venir à lui. Le raisonnement était stupide, lui n’aurait sans doute pas voulu cela, au sens où s’il avait quelque sentiment pour moi, ils existaient et peu importerait mon état. Je voulais juste être parfaite, non plus amoindrie. En deux mois, et grâce à mes progrès, je parvenais à ne presque plus boiter, certes la canne m’était encore utile mais elle me donnait un genre ! Si j’avais été un homme, on aurait pu y voir un signe d’élégance extrême, le raffinement des dieux. Ni Ponos ni Antéros, juste une jeune femme rescapée des erreurs, sortant lentement d’une nuit difficile.
Madame Cunningham avait repéré les lieux et, tandis que nous finissions le déjeuner, me demanda l’heure à laquelle je voulais être déposée devant la demeure familiale, le quart avant sept heures le soir semblait la meilleure heure. J’avais demandé à Hjúki qu’il n’y ait aucune fanfreluche. Mon espoir, sans doute vain, d’une visite intime, discrète, vraie... l'exact inverse de mon père avec ces côtés matamores ; sur ce plan, ma mère était bien plus circéienne…
Presque six heures avant d’y être. Les battements internes avaient changé, l’angoisse prenait la place de l’impatience. Et je me mis à réviser les buts que je m’étais fixés. Etre moi, ne pas l’étouffer, ne pas passer pour une femme avide, intéressée, ni une idiote incapable de tenir conversation. Aider, faire partie des leurs si possible, ne rien montrer de ce qui brûlait en moi, je n’étais pas chez moi et nous ne serions sans doute que très rarement seuls. Ces moments ne pouvaient reconstituer notre promiscuité finalement si précoce. Tout me semblait être allé vite, mes heures avec lui avaient été les plus heureuses de ma vie. Aucune discussion possible. Elles étaient à moi, à jamais dans mon coeur. Mais ici, cela serait forcément différent. Prendre garde de ne pas le brusquer, demeurer l’invitée, sans en profiter. Etait-il vraiment ainsi que j’en portais le souvenir ? Ecrivait-il des poèmes dans un livre ? Sa chambre donnait-elle sur le ciel ? Non que je veuille la voir… de cela il n’était pas question. Juste pour savoir, une information à garder pour soi. Mon mal de ventre mensuel rendait certains instants pénibles mais moins qu’à l’habitude. Nous étions à la fin et ce corps féminin devrait me « fiche la paix »… Jamais au bon moment…
Plus tard, tandis que nous en étions à vérifier que nous n’oubliions rien dans la chambre, je repensai au petit square où nous avions fait connaissance. Pourquoi était-il passé par là ? Qu’est-ce qui fait que deux êtres se croisent ? Etait-ce le début de ma vie ? Un accident supplémentaire dans le fil d’une rivière délestée en poissons ? Je n’avais plus peur, mes mains ne tremblaient pas. Des minutes volées à la platitude, j’allais à nouveau respirer le grand air. Quand on y a goûté, plus rien ne vous retient.
- Circéia, c’est l’heure.
Je lui souris, la fête s’annonçait belle. Je m’attendais à tout et j’étais préparée à donner de moi-même ce que j’avais reçu ; les bonnes manières... le don de soi, le respect, je les avais appris seule. Avoir les codes sociaux représente une chance immense, j’en prenais enfin conscience.
Cette fois j’y étais, descendue de l’engin bricolé avec talent par ma responsable de stage. En me donnant rendez-vous quand je le voudrais, là où il faudrait, elle me souhaita de passer un bon moment. D’après elle je le méritais. Est-on payée par la vie en lien avec nos sacrifices ? J’avais rêvé d’être exactement là, exactement maintenant. J’avançai vers leur demeure, sans dévisager ni les pierres ni le jardin. Ma canne faisait un petit bruit, mes souliers aussi. Animale à trois pattes et un grand sac, un écureuil sans ailes, j’avais pour moi la jeunesse, l’insouciance et des sentiments naissants, puissants, que je comprenais aussi bien que les maîtrisais mal. Face à la porte, je décidai de toquer à la main non pas avec ma canne, c’eut été… malvenu.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Samedi 24 Mars 2046
Deux mois… le désert avait duré ce temps. Ayant décidé de ne pas compter les heures, je m’en tenais à cette estimation imprécise. Tellement de travail sur la fin d’un stage intense en émotions nouvelles. Jamais auparavant il ne m’avait été donné de m’investir à ce point, un labeur de terrain, finalement épuisant. Et dans mon état l’arrêt que m’avait imposé Madame Cunningham s’avéra salutaire. Mon endurance naturelle, que l’on nomme en la circonstance du nom rugueux de ténacité, avait contribué à me permettre d’aller au terme de ces deux mois. Assurément, ils n’étaient rien en comparaison des deux mêmes mois d’attente avant de le revoir. Hjúki…
Plusieurs choses taraudaient mon cerveau. Et la première passait par son avenir. Que ferait-il après ses ASPICs, où en serait-il dans quelques mois ? Son choix ne m’appartenait pas et j’aurais à tout prix évité de peser sur sa décision. Mon coeur avait ses envies mais mon âme connaissait l’importance de la liberté. Comment étaient ses parents, le reste de sa famille ? Un animal à lui ? En quoi son Opa représentait-il la figure majestueuse du grand-père que nous rêvons tous d’avoir, brillant et aimant, doux et prompt à aimer calmement. J’avais essayé de ne pas trop me faire d’idée, partant du principe que je devais m’attendre à tout. Moi-même… allais-je retrouver les mêmes sensations que celles du premier jour ? Grandissait une certitude indéfectible mais rien n’est jamais sûr dans la vie. Tous les scenarii sont possibles, et partant du principe que ma dernière entrée dans un univers étranger s’était mal passée, je redoutais mes impulsions.
C’était oublier mon stage en Russie, et celui aux Etats-Unis. Sans parler d’Edimbourg… mais là j’étais dans mon élément. Mon statut d’invitée à la citadelle n’était pas différent du geste de Hjúki. Au moins avais-je appris de cette soirée maudite… Nous avions retenu une chambre dans un hôtel irlandais situé à un peu plus d’une heure de Galway. Si j’y avais été opposée, le voyage me fit prendre conscience de mon état, mon chaperon avait encore une fois vue juste. Malgré toutes les précautions prises, la fatigue avait eu raison de moi et je dormis comme un bébé ce vendredi là si bien que le matin, mon réveil fut lourd, pour tout dire un peu dur. La veille, nous avions dîné à l’hôtel, menu simple et bière moldue de circonstance. Madame Cunningham avait accepté de se mélanger à eux, de toutes façons aucune autre solution n’avait obtenu ses faveurs sur le plan médical. Une seule chambre mais des lits doubles. Cacher mes jambes à sa vue fut impossible mais bon… elle savait déjà tout. Poisson, légumes verts. Un petit gâteau en dessert, déjeuner léger, je ne voulais pas m’alourdir l’estomac. Ayant pris soin d’avoir une tenue simple et surtout des rechanges, des habits adaptés à une éventuelle promenade aux quatre vents, je n’avais pour moi que ce vert immuable donnant au velours une profondeur si particulière. Et un petit chapeau dont une partie pouvait au besoin recouvrir mes oreilles. Aucune magie visible, mise à part ma baguette je n’avais avec moi qu’un objet, soigneusement rangé dans une boîte à violon, en tout cas un moldu l’aurait vue comme telle. Mon nouveau balai, je n’espérais pas l’utiliser mais il m’avait semblé nécessaire, au cas où.
En rangeant mes affaires, je me surpris à ne plus avoir envie d’utiliser la magie. Trois… c’était le nombre de sorts que javais lancés depuis l’envolée de boutique d’Eléonore. Ce qui faisait en tout sept en deux mois. Chaque renoncement me rapprochait de la rémission. Et je voyais cela comme le meilleur moyen de venir à lui. Le raisonnement était stupide, lui n’aurait sans doute pas voulu cela, au sens où s’il avait quelque sentiment pour moi, ils existaient et peu importerait mon état. Je voulais juste être parfaite, non plus amoindrie. En deux mois, et grâce à mes progrès, je parvenais à ne presque plus boiter, certes la canne m’était encore utile mais elle me donnait un genre ! Si j’avais été un homme, on aurait pu y voir un signe d’élégance extrême, le raffinement des dieux. Ni Ponos ni Antéros, juste une jeune femme rescapée des erreurs, sortant lentement d’une nuit difficile.
Madame Cunningham avait repéré les lieux et, tandis que nous finissions le déjeuner, me demanda l’heure à laquelle je voulais être déposée devant la demeure familiale, le quart avant sept heures le soir semblait la meilleure heure. J’avais demandé à Hjúki qu’il n’y ait aucune fanfreluche. Mon espoir, sans doute vain, d’une visite intime, discrète, vraie... l'exact inverse de mon père avec ces côtés matamores ; sur ce plan, ma mère était bien plus circéienne…
Presque six heures avant d’y être. Les battements internes avaient changé, l’angoisse prenait la place de l’impatience. Et je me mis à réviser les buts que je m’étais fixés. Etre moi, ne pas l’étouffer, ne pas passer pour une femme avide, intéressée, ni une idiote incapable de tenir conversation. Aider, faire partie des leurs si possible, ne rien montrer de ce qui brûlait en moi, je n’étais pas chez moi et nous ne serions sans doute que très rarement seuls. Ces moments ne pouvaient reconstituer notre promiscuité finalement si précoce. Tout me semblait être allé vite, mes heures avec lui avaient été les plus heureuses de ma vie. Aucune discussion possible. Elles étaient à moi, à jamais dans mon coeur. Mais ici, cela serait forcément différent. Prendre garde de ne pas le brusquer, demeurer l’invitée, sans en profiter. Etait-il vraiment ainsi que j’en portais le souvenir ? Ecrivait-il des poèmes dans un livre ? Sa chambre donnait-elle sur le ciel ? Non que je veuille la voir… de cela il n’était pas question. Juste pour savoir, une information à garder pour soi. Mon mal de ventre mensuel rendait certains instants pénibles mais moins qu’à l’habitude. Nous étions à la fin et ce corps féminin devrait me « fiche la paix »… Jamais au bon moment…
Plus tard, tandis que nous en étions à vérifier que nous n’oubliions rien dans la chambre, je repensai au petit square où nous avions fait connaissance. Pourquoi était-il passé par là ? Qu’est-ce qui fait que deux êtres se croisent ? Etait-ce le début de ma vie ? Un accident supplémentaire dans le fil d’une rivière délestée en poissons ? Je n’avais plus peur, mes mains ne tremblaient pas. Des minutes volées à la platitude, j’allais à nouveau respirer le grand air. Quand on y a goûté, plus rien ne vous retient.
- Circéia, c’est l’heure.
Je lui souris, la fête s’annonçait belle. Je m’attendais à tout et j’étais préparée à donner de moi-même ce que j’avais reçu ; les bonnes manières... le don de soi, le respect, je les avais appris seule. Avoir les codes sociaux représente une chance immense, j’en prenais enfin conscience.
Cette fois j’y étais, descendue de l’engin bricolé avec talent par ma responsable de stage. En me donnant rendez-vous quand je le voudrais, là où il faudrait, elle me souhaita de passer un bon moment. D’après elle je le méritais. Est-on payée par la vie en lien avec nos sacrifices ? J’avais rêvé d’être exactement là, exactement maintenant. J’avançai vers leur demeure, sans dévisager ni les pierres ni le jardin. Ma canne faisait un petit bruit, mes souliers aussi. Animale à trois pattes et un grand sac, un écureuil sans ailes, j’avais pour moi la jeunesse, l’insouciance et des sentiments naissants, puissants, que je comprenais aussi bien que les maîtrisais mal. Face à la porte, je décidai de toquer à la main non pas avec ma canne, c’eut été… malvenu.
Dernière modification par Circéia Alekhina le 25 mars 2021, 22:08, modifié 2 fois.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
25 mars 2021, 21:26
Gigue Pendulaire {Uchronie}
Présent, mais absent. Ses paupières tressautantes n’arrivaient à se stabiliser pour se sceller hermétiquement ; et de petits flashs lumineux lui parvenaient par intermittence, rien de suffisant toutefois pour capter clairement les variations de son environnement. Il visualisait bien à quoi ressemblait sa chambre, mais ne pouvait faire confiance aux informations partielles apportées chaotiquement. Il sentait la pesanteur de son corps qui l’enchaînait au point de ne pas oser initier de mouvements. Cette torpeur était reposante à sa façon. Une immobilité permise, sans ne plus rien chercher à maintenir de concentration mentale ou de tension physique, goûter aux afflux les plus ténus qui passaient outre le calme. La respiration, le bruissement, les aléas de la luminosité naturelle frappant la membrane protégeant ses yeux, la caresse. Il percevait la texture textile familière sous ses doigts qui produisaient de minuscules tracés que son veilleur ne pouvait certainement pas remarquer. Car de l’extérieur : une statue. Une inertie presque parfaite s’était emparée du jeune homme qui paraissait être parti ailleurs, alors qu’un bout de sa conscience s’était encore accroché et buvait de ces petites gouttes qui lui tombaient dessus. Une attention indéfinissable sur une fine tangente, à la fois indifférente et engagée.
Les plissements, les ridules soucieuses déformant le visage de son aîné auraient presque pu s’insinuer vers son ouïe semi-dormante par l’infinitésimal réagencement de l’air que tout mouvement provoque. Ce fut pourtant une torsion plus franche qui l’envahit, pas loin de le faire frémir. Opa bougeait, cela il était capable de le déterminer. Pourquoi cette rupture ? Qu’importe. Sérénité. Ne se soucier de rien, ne se questionner de rien, laisser la Roue du Monde tourner. Hjúki n’était pas dans les dispositions pour récupérer facilement à la surface de son esprit la préoccupation de l’invitée. Il n’avait donc pas pu guetter les signes de manifestation de la survenance d’un tiers dans son microcosme ; à l’inverse de son aïeul qui tout en observant son protégé était en même temps dans l’attente des bruits indicateurs. Ce dernier avait détourné le buste en direction de la source, au-delà de la porte de cette chambre et du couloir qui y menait. Son Enkel ne risquait rien, il valait même sans doute mieux qu’il demeure seul pour le temps qui lui sera nécessaire jusqu’à ce qu’il se sente prêt à réintégrer son corps et la réalité sans vertiges ni douleurs.
Le vieil homme se leva donc, le geste accompagné de frottements à la portée des perceptions de son Enkel qui ne devrait s’étonner en émergeant ne plus le retrouver à ses côtés. En quelques pas il sortit de la chambre qu’il prit soin de refermer derrière lui pour rejoindre enfin l’entrée et permettre à la jeune femme d’entrer, si c’était bien elle. Du moins était-elle la seule attendue. En revanche lui n’était certainement pas l’attendu… s’imaginait-elle nécessairement découvrir la Silhouette de Hjúki lorsque la porte se serait ouverte devant elle ? Il devait se préparer au masque de la surprise, puisque ni l’un ni l’autre n’avaient idée de leurs apparences respectives. Lui ayant envoyé quelques mots, elle était au moins au courant de son existence. La partie d’elle qui étudiait le droit ne verrait-elle en lui qu’un tuteur, un responsable légal de bien peu de poids à présent que son protégé approchait lentement de l’ère adulte, majorité acquise, même si l’univers de Poudlard l’en écartait encore ? Que verrait-il en celle qui éveillait des peurs inédites et avait bousculé celui qui ne pouvait l’accueillir en personne ? Le connaissant, tout en l’effrayant, elle devait avoir agité quelque champ du spectre de ses fascinations qui méritât étude pour qu’il accepte de la revoir. L’adolescent savait se contenter de l’imprégnation de quelques traits, de quelques cernes lors de fugaces rencontres avant de s’éloigner avec d’indélébiles impressions tout en sachant qu’une partie de chacun s’estompera. Il cherchait donc d’autres contours en cette personne qu’il s’apprêtait à découvrir.
Le fil de ces quelques pensées avait été accompagné du geste d’ouverture, elle n’avait probablement pas eu le temps de vraiment attendre puisqu’il avait rejoint le vestibule aussitôt les coups entendus ; laissant se déverser les quelques interrogations que cette nouvelle venue lui suscitait. Le premier sursaut survint par la taille ; n’ayant pas songé à la scruter via le judas au préalable, il ne s’était préparé à devoir pencher la nuque pour atteindre son visage à une hauteur bien inférieure à la sienne. L’apparence, le physique, la tenue ; aucun de ces éléments n’était retenu pour juger de cette étudiante qui saura se révéler autrement. Il en vit toutefois suffisamment pour comprendre qu’elle était bien leur future hôte. Trois mots d’abord se déversèrent alors de ses lèvres.
« Circéia Serguéïeva Alekhina. »
Une identité complète, ni familier ni déférent comme l’aurait été l’ajout de quelque titre tel que mademoiselle, madame, miss ou toute autre formule dont certains s’embarrassent. La suite du prénom ou des prénoms et du nom offrait une dénomination neutre, convenable en toutes circonstances, promettant l’impossibilité d’un impair. Sans excès ni dans le respect ni dans l’irrespect, permissible entre êtres de tous les statuts possibles. Aucune hiérarchie établie, aucun a priori sur la nature de leurs rapports. Ces syllabes sont prononcées d’une façon probablement jamais entendue, inédite : est-ce l’intonation, est-ce la mélodie, est-ce le rythme si particulier ? Il est bien difficile de déterminer s’il s’agirait du vestige d’un accent allemand qui n’a jamais été perdu en dépit des décennies vécues en Irlande, ou s’il aurait volontairement prononcé à l’allemande. La diction est du moins particulière et sa voix apporte un filtre étonnant, surtout pour des oreilles habituées à être traversées par l’anglais, le climat des dernières années ayant amoindri le passage des étrangers dans les îles Britanniques.
« Willkommen. »
Tout doute est levé, il a choisi les racines ; plutôt que de souhaiter la bienvenue en ce territoire par l’usage de la langue celtique, elle est accueillie plus spécifiquement chez eux. Dans ce petit embryon irlandais où flottent aussi des embruns germaniques. Reculant de quelques pas il lui offre la place d’entrer pour ne pas prolonger cette étrange confrontation de pas de porte. Comprenant bien la confusion possible qui avait pu la saisir à sa vue, d’un geste vague en direction de la chambre du jeune homme, il l’informe rapidement de la situation.
« Mon Enkel est bien là. En ce moment il se repose encore, vous devez savoir que les retours de Poudlard sont éprouvants, surtout jusqu’en nos terres. Il vous faudra donc un peu patienter, le temps qu’il nous revienne. »
Refermant l’espace il considère avec un peu plus d’attention son attirail. L’attente sera en partie comblée si elle se délestait de tout ce qu’elle transportait et des couches superflues en intérieur.
« Vous pourriez toutefois en profiter pour poser vos effets. »
Les plissements, les ridules soucieuses déformant le visage de son aîné auraient presque pu s’insinuer vers son ouïe semi-dormante par l’infinitésimal réagencement de l’air que tout mouvement provoque. Ce fut pourtant une torsion plus franche qui l’envahit, pas loin de le faire frémir. Opa bougeait, cela il était capable de le déterminer. Pourquoi cette rupture ? Qu’importe. Sérénité. Ne se soucier de rien, ne se questionner de rien, laisser la Roue du Monde tourner. Hjúki n’était pas dans les dispositions pour récupérer facilement à la surface de son esprit la préoccupation de l’invitée. Il n’avait donc pas pu guetter les signes de manifestation de la survenance d’un tiers dans son microcosme ; à l’inverse de son aïeul qui tout en observant son protégé était en même temps dans l’attente des bruits indicateurs. Ce dernier avait détourné le buste en direction de la source, au-delà de la porte de cette chambre et du couloir qui y menait. Son Enkel ne risquait rien, il valait même sans doute mieux qu’il demeure seul pour le temps qui lui sera nécessaire jusqu’à ce qu’il se sente prêt à réintégrer son corps et la réalité sans vertiges ni douleurs.
Le vieil homme se leva donc, le geste accompagné de frottements à la portée des perceptions de son Enkel qui ne devrait s’étonner en émergeant ne plus le retrouver à ses côtés. En quelques pas il sortit de la chambre qu’il prit soin de refermer derrière lui pour rejoindre enfin l’entrée et permettre à la jeune femme d’entrer, si c’était bien elle. Du moins était-elle la seule attendue. En revanche lui n’était certainement pas l’attendu… s’imaginait-elle nécessairement découvrir la Silhouette de Hjúki lorsque la porte se serait ouverte devant elle ? Il devait se préparer au masque de la surprise, puisque ni l’un ni l’autre n’avaient idée de leurs apparences respectives. Lui ayant envoyé quelques mots, elle était au moins au courant de son existence. La partie d’elle qui étudiait le droit ne verrait-elle en lui qu’un tuteur, un responsable légal de bien peu de poids à présent que son protégé approchait lentement de l’ère adulte, majorité acquise, même si l’univers de Poudlard l’en écartait encore ? Que verrait-il en celle qui éveillait des peurs inédites et avait bousculé celui qui ne pouvait l’accueillir en personne ? Le connaissant, tout en l’effrayant, elle devait avoir agité quelque champ du spectre de ses fascinations qui méritât étude pour qu’il accepte de la revoir. L’adolescent savait se contenter de l’imprégnation de quelques traits, de quelques cernes lors de fugaces rencontres avant de s’éloigner avec d’indélébiles impressions tout en sachant qu’une partie de chacun s’estompera. Il cherchait donc d’autres contours en cette personne qu’il s’apprêtait à découvrir.
Le fil de ces quelques pensées avait été accompagné du geste d’ouverture, elle n’avait probablement pas eu le temps de vraiment attendre puisqu’il avait rejoint le vestibule aussitôt les coups entendus ; laissant se déverser les quelques interrogations que cette nouvelle venue lui suscitait. Le premier sursaut survint par la taille ; n’ayant pas songé à la scruter via le judas au préalable, il ne s’était préparé à devoir pencher la nuque pour atteindre son visage à une hauteur bien inférieure à la sienne. L’apparence, le physique, la tenue ; aucun de ces éléments n’était retenu pour juger de cette étudiante qui saura se révéler autrement. Il en vit toutefois suffisamment pour comprendre qu’elle était bien leur future hôte. Trois mots d’abord se déversèrent alors de ses lèvres.
« Circéia Serguéïeva Alekhina. »
Une identité complète, ni familier ni déférent comme l’aurait été l’ajout de quelque titre tel que mademoiselle, madame, miss ou toute autre formule dont certains s’embarrassent. La suite du prénom ou des prénoms et du nom offrait une dénomination neutre, convenable en toutes circonstances, promettant l’impossibilité d’un impair. Sans excès ni dans le respect ni dans l’irrespect, permissible entre êtres de tous les statuts possibles. Aucune hiérarchie établie, aucun a priori sur la nature de leurs rapports. Ces syllabes sont prononcées d’une façon probablement jamais entendue, inédite : est-ce l’intonation, est-ce la mélodie, est-ce le rythme si particulier ? Il est bien difficile de déterminer s’il s’agirait du vestige d’un accent allemand qui n’a jamais été perdu en dépit des décennies vécues en Irlande, ou s’il aurait volontairement prononcé à l’allemande. La diction est du moins particulière et sa voix apporte un filtre étonnant, surtout pour des oreilles habituées à être traversées par l’anglais, le climat des dernières années ayant amoindri le passage des étrangers dans les îles Britanniques.
« Willkommen. »
Tout doute est levé, il a choisi les racines ; plutôt que de souhaiter la bienvenue en ce territoire par l’usage de la langue celtique, elle est accueillie plus spécifiquement chez eux. Dans ce petit embryon irlandais où flottent aussi des embruns germaniques. Reculant de quelques pas il lui offre la place d’entrer pour ne pas prolonger cette étrange confrontation de pas de porte. Comprenant bien la confusion possible qui avait pu la saisir à sa vue, d’un geste vague en direction de la chambre du jeune homme, il l’informe rapidement de la situation.
« Mon Enkel est bien là. En ce moment il se repose encore, vous devez savoir que les retours de Poudlard sont éprouvants, surtout jusqu’en nos terres. Il vous faudra donc un peu patienter, le temps qu’il nous revienne. »
Refermant l’espace il considère avec un peu plus d’attention son attirail. L’attente sera en partie comblée si elle se délestait de tout ce qu’elle transportait et des couches superflues en intérieur.
« Vous pourriez toutefois en profiter pour poser vos effets. »
26 mars 2021, 21:08
Gigue Pendulaire {Uchronie}
Comme je l’avais imaginé, ce n’est pas Hjúki. Les chances qu’il s’agisse de son Opa sont grandes d’autant qu’il connaît mon nom. Mon nom russe, celui que j’ai écrit dans le hibou de remerciements par avance. Ce monsieur, rien ne l’indique clairement mais il me semble clairement sorcier, je ne saurais dire pourquoi, est âgé, parle avec un accent expliquant si besoin le « Opa ». Je suis invitée à entrer, me mettre à l’aise. Aussi posé-je mon sac pour enlever ma seconde peau, ce manteau aux formes familiales. Mère a toujours porté des vêtements renforçant visuellement les épaules, celui-là suit la règle à la lettre. Et même la robe, unie de blanc cassé, cache de petites épaulettes.Une sorte de troisième pièce de costume la recouvre, en dentelle vert pâle, un élément bras nus qui laisse les manches terminer ces fuseaux trop petits. Je prends ma baguette et la range dans une poche dissimulée dans l’avant-bras. Elle ne me servira pas mais elle est nécessaire, l’attribut.
Hjúki est fatigué, comme ce soir-là il doit se reposer. Et peut-être ne le verrai-je que le lendemain. Ce n’est pas grave, rien ne m’avait rappelé l’incident mais à présent, il me revient. Je l’avais contemplé toute la nuit, veillé, dévoré du regard. A distance. Je peux le refaire au besoin. S’adapter. Je ne suis pas venue pour profiter et si une chose m’habite en l’instant, c’est l’inquiétude. Mais je lui souris, prenant soin que mes yeux noirs ne soient pas assassins comme souvent au moment de rencontrer les gens. Je ne sais pas bien comment faire et une gaucherie peut sans doute se lire. A son âge, il a dû en voir, des filles comme moi, malhabiles de prime abord. Je fais de mon mieux.
- Merci.
Avant, j’ai salué ce Monsieur qui m’accueille, prenant soin de ne pas le lier à son nom de famille que je ne connais pas. Si besoin, je poserai la question pour ne pas mourir idiote mais je compte sur la conversation pour me donner les indices nécessaires. Délestée de mon manteau, je suis encore plus menue, presque une souris je le sais. Je m’y suis faite. Mes yeux ne cherchent pas à scruter les lieux, d’une certaine manière je me fais aveugle pour ne pas donner l‘impression de juger. Il est difficile de se tenir face à cet homme sans savoir quoi dire. Comme un comédien sur une scène vide d’accessoires, je suis livrée à moi-même, nue malgré ma tenue dont je suis contente. Je pourrais enlever mes chaussures et mettre mes chaussons, ce serait le signe de mon installation. Je n’ose pas, pour dire vrai, si j’exclue les banalités sur le temps qu’il fait, la beauté de Galway, cet intérieur dont je ne sais s’il est cosy ou juste frustre… les sujets possibles sont limités, à partir du moment où il ne faut pas trop évoquer Hjúki, se montrer pressante ne serait pas bon, l’ignorer de même… C’est un piège, je ne peux réussir sauf si mon interlocuteur décide de voir le bien en moi. Je me rends compte que rien ne peut se faire sans son bon vouloir, autrement dit je suis perdue.
- Sa bonne santé est la seule chose qui compte... si je peux aider en quoi que ce soit…
J’ai repris ma canne et pourrais tenir debout de nombreuses minutes désormais. Mon sac à mes pieds, j’attends qu’il m’indique le chemin à suivre, qu’il s’agisse du salon, pour patienter autour d’un en-cas ou de la cuisine afin de préparer une tisane pour son petit-fils, je serai là. Mes cheveux, je les ai tressés à l’ancienne, pour qu’ils ne prennent pas l’eau si nous avions essuyé l’une de ces bourrasques de pluie dont nos pays sont coutumiers. Une fois mon petit chapeau tombé, il peut découvrir un chignon bas, sans le moindre cheveu en bataille. Comme les chaussures, la coiffure porte notre identité. Et je veux être au mieux possible, faire bonne impression.
J’aimerais savoir quels sont ses problèmes de santé, comment l’accompagner pour les vivre. Il est trop tôt pour demander, je fais attention, à sourire aussi.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Hjúki est fatigué, comme ce soir-là il doit se reposer. Et peut-être ne le verrai-je que le lendemain. Ce n’est pas grave, rien ne m’avait rappelé l’incident mais à présent, il me revient. Je l’avais contemplé toute la nuit, veillé, dévoré du regard. A distance. Je peux le refaire au besoin. S’adapter. Je ne suis pas venue pour profiter et si une chose m’habite en l’instant, c’est l’inquiétude. Mais je lui souris, prenant soin que mes yeux noirs ne soient pas assassins comme souvent au moment de rencontrer les gens. Je ne sais pas bien comment faire et une gaucherie peut sans doute se lire. A son âge, il a dû en voir, des filles comme moi, malhabiles de prime abord. Je fais de mon mieux.
- Merci.
Avant, j’ai salué ce Monsieur qui m’accueille, prenant soin de ne pas le lier à son nom de famille que je ne connais pas. Si besoin, je poserai la question pour ne pas mourir idiote mais je compte sur la conversation pour me donner les indices nécessaires. Délestée de mon manteau, je suis encore plus menue, presque une souris je le sais. Je m’y suis faite. Mes yeux ne cherchent pas à scruter les lieux, d’une certaine manière je me fais aveugle pour ne pas donner l‘impression de juger. Il est difficile de se tenir face à cet homme sans savoir quoi dire. Comme un comédien sur une scène vide d’accessoires, je suis livrée à moi-même, nue malgré ma tenue dont je suis contente. Je pourrais enlever mes chaussures et mettre mes chaussons, ce serait le signe de mon installation. Je n’ose pas, pour dire vrai, si j’exclue les banalités sur le temps qu’il fait, la beauté de Galway, cet intérieur dont je ne sais s’il est cosy ou juste frustre… les sujets possibles sont limités, à partir du moment où il ne faut pas trop évoquer Hjúki, se montrer pressante ne serait pas bon, l’ignorer de même… C’est un piège, je ne peux réussir sauf si mon interlocuteur décide de voir le bien en moi. Je me rends compte que rien ne peut se faire sans son bon vouloir, autrement dit je suis perdue.
- Sa bonne santé est la seule chose qui compte... si je peux aider en quoi que ce soit…
J’ai repris ma canne et pourrais tenir debout de nombreuses minutes désormais. Mon sac à mes pieds, j’attends qu’il m’indique le chemin à suivre, qu’il s’agisse du salon, pour patienter autour d’un en-cas ou de la cuisine afin de préparer une tisane pour son petit-fils, je serai là. Mes cheveux, je les ai tressés à l’ancienne, pour qu’ils ne prennent pas l’eau si nous avions essuyé l’une de ces bourrasques de pluie dont nos pays sont coutumiers. Une fois mon petit chapeau tombé, il peut découvrir un chignon bas, sans le moindre cheveu en bataille. Comme les chaussures, la coiffure porte notre identité. Et je veux être au mieux possible, faire bonne impression.
J’aimerais savoir quels sont ses problèmes de santé, comment l’accompagner pour les vivre. Il est trop tôt pour demander, je fais attention, à sourire aussi.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
26 mars 2021, 22:39
Gigue Pendulaire {Uchronie}
En cet espace de transit les froissements de tissu n’émanaient que de la seule présence féminine ; le vieil homme étant demeuré en une posture immobile d’observation, une partie de son attention guettant quelque autre source d’agitation mais l’adolescent était généralement très silencieux en ces moments. L’économie de mouvements était aussi stratégique car en intégrant une démarche souple mais très posée rejetant la brusquerie ou la trop grande vivacité, par cette modération calculée des efforts à fournir ses gestes ne risquaient pas de montrer de signes d’interruption ou de saccade.
Ne portant un intérêt que modéré à la glisse du manteau, il ne pouvait toutefois s’empêcher de constater un style ancien ou du moins qui ne correspondait en rien à ce que la plupart des jeunes femmes de son âge aimaient porter. Il n’y avait rien de décontracté dans sa tenue, tout au contraire, ce n’était pas loin de l’engoncement en comparaison aux tissus amples très éloignés du corps qui promettaient un confort, l’oubli des couches textiles qui collaient à la peau. Un goût ancien qui la rattache bien à la tradition sorcière jusque dans le choix de la robe, elle ne semble pas opter pour un attirail permettant de se confondre naturellement chez les moldus. Ce n’est pas sobre, elle revendique déjà un ton. Même sa coiffure cherche à les ramener à des temps russes impériaux. Décalée de sa génération, elle est si distante des étudiantes de la moitié du XXIe siècle. Pour appréhender au mieux son Enkel il avait dû se tenir au courant des perpétuelles évolutions qui entouraient les enfants de chaque ère, plus d’un demi-siècle de différence suffisant à traverser bien des univers.
Le manteau était donc le premier et seul élément de son installation préliminaire. En s’efforçant de ne surveiller l’opération qu’en bordure, il avait éloigné au plus la possibilité de superposition avec l’image de sa fille qui n’était pas tellement plus âgée au moment où… Sa mémoire est encore bien ordonnée, il peut facilement repousser ces invocations pour se concentrer sur le moment présent. Pointant une patère libre, il lui permet tacitement de se délester pleinement de l’habit ; avant d’aviser un renfoncement sur le côté accueillant des paires de souliers proprement alignées parmi lesquelles avait été ménagé assez d’espace pour qu’elle puisse se déchausser au besoin pour ne pas inutilement salir les dalles. Le lui indiquant, il précisa.
« Il vous est aussi permis, si vous le souhaitez… »
Songeur, il contemple le sourire qui barre son visage. Quelles sont ses pensées ? Qu’est-ce qui dans la situation actuelle la rend sincèrement heureuse ? Quelle beauté perçoit-elle ? Est-elle dans la projection ou dans le recul pour l’afficher, est-ce de circonstance ? Ce sourire ne s’apparente pas à ceux que son protégé lui offre lorsqu’ils partagent des moments d’allègement, de pureté. Est-ce le sourire de la danseuse habile à dissimuler les peines que subit son corps ? Que comprendrait-elle s’il le rendait mécaniquement, sans se soucier de sa signification ? Sa langue mérite d’abord d’être comprise, le masque n’est certainement pas encore tombé. Un hochement de tête sur un visage ne transmettant que peu, et surtout pas en miroir, est la meilleure réponse à envoyer.
Contrairement à son Enkel, il ne laissait pas tout apparaître sur ses traits et aucun froncement ne l’agita à l’évocation de sa santé, bien que cela éveillât un soupçon d’étonnement. Peu sortaient d’un parcours de centaines de lieues à bord d’un train à vapeur en forme clinquante, surtout s’il fallait compléter de supplémentaires ; pourtant elle se montrait prompte à lui supposer une constitution fragile. Hâtives suppositions, à moins qu’elle n’ait été témoin de plus. Quoiqu’il en soit, elle ne pouvait prétendre le connaître et avait probablement une idée fort abstraite de la phase de récupération en laquelle le jeune homme se trouvait.
« Il n’est pas souffrant, si c’est ce qui vous inquiète. Il se restaure de l’imposante dépense énergétique que lui a imposé un aussi long trajet. »
Détournant les yeux en direction du sac de voyage de la jeune femme, il continua.
« Je peux commencer par vous montrer vos quartiers pour que vous puissiez y laisser les affaires qui y auraient leur place. »
Tendant le bras vers le couloir, dans la direction opposée à celle qu’il fallait prendre pour rejoindre la chambre de Hjúki – imperturbablement accroché à son inertie reposante en dépit des échos familiers de la voix de son Opa lui parvenant étouffés – il l’invita à s’engager en avant ; cette autre segment du couloir abritant en son extrémité la pièce qui lui avait été préparée.
Ne portant un intérêt que modéré à la glisse du manteau, il ne pouvait toutefois s’empêcher de constater un style ancien ou du moins qui ne correspondait en rien à ce que la plupart des jeunes femmes de son âge aimaient porter. Il n’y avait rien de décontracté dans sa tenue, tout au contraire, ce n’était pas loin de l’engoncement en comparaison aux tissus amples très éloignés du corps qui promettaient un confort, l’oubli des couches textiles qui collaient à la peau. Un goût ancien qui la rattache bien à la tradition sorcière jusque dans le choix de la robe, elle ne semble pas opter pour un attirail permettant de se confondre naturellement chez les moldus. Ce n’est pas sobre, elle revendique déjà un ton. Même sa coiffure cherche à les ramener à des temps russes impériaux. Décalée de sa génération, elle est si distante des étudiantes de la moitié du XXIe siècle. Pour appréhender au mieux son Enkel il avait dû se tenir au courant des perpétuelles évolutions qui entouraient les enfants de chaque ère, plus d’un demi-siècle de différence suffisant à traverser bien des univers.
Le manteau était donc le premier et seul élément de son installation préliminaire. En s’efforçant de ne surveiller l’opération qu’en bordure, il avait éloigné au plus la possibilité de superposition avec l’image de sa fille qui n’était pas tellement plus âgée au moment où… Sa mémoire est encore bien ordonnée, il peut facilement repousser ces invocations pour se concentrer sur le moment présent. Pointant une patère libre, il lui permet tacitement de se délester pleinement de l’habit ; avant d’aviser un renfoncement sur le côté accueillant des paires de souliers proprement alignées parmi lesquelles avait été ménagé assez d’espace pour qu’elle puisse se déchausser au besoin pour ne pas inutilement salir les dalles. Le lui indiquant, il précisa.
« Il vous est aussi permis, si vous le souhaitez… »
Songeur, il contemple le sourire qui barre son visage. Quelles sont ses pensées ? Qu’est-ce qui dans la situation actuelle la rend sincèrement heureuse ? Quelle beauté perçoit-elle ? Est-elle dans la projection ou dans le recul pour l’afficher, est-ce de circonstance ? Ce sourire ne s’apparente pas à ceux que son protégé lui offre lorsqu’ils partagent des moments d’allègement, de pureté. Est-ce le sourire de la danseuse habile à dissimuler les peines que subit son corps ? Que comprendrait-elle s’il le rendait mécaniquement, sans se soucier de sa signification ? Sa langue mérite d’abord d’être comprise, le masque n’est certainement pas encore tombé. Un hochement de tête sur un visage ne transmettant que peu, et surtout pas en miroir, est la meilleure réponse à envoyer.
Contrairement à son Enkel, il ne laissait pas tout apparaître sur ses traits et aucun froncement ne l’agita à l’évocation de sa santé, bien que cela éveillât un soupçon d’étonnement. Peu sortaient d’un parcours de centaines de lieues à bord d’un train à vapeur en forme clinquante, surtout s’il fallait compléter de supplémentaires ; pourtant elle se montrait prompte à lui supposer une constitution fragile. Hâtives suppositions, à moins qu’elle n’ait été témoin de plus. Quoiqu’il en soit, elle ne pouvait prétendre le connaître et avait probablement une idée fort abstraite de la phase de récupération en laquelle le jeune homme se trouvait.
« Il n’est pas souffrant, si c’est ce qui vous inquiète. Il se restaure de l’imposante dépense énergétique que lui a imposé un aussi long trajet. »
Détournant les yeux en direction du sac de voyage de la jeune femme, il continua.
« Je peux commencer par vous montrer vos quartiers pour que vous puissiez y laisser les affaires qui y auraient leur place. »
Tendant le bras vers le couloir, dans la direction opposée à celle qu’il fallait prendre pour rejoindre la chambre de Hjúki – imperturbablement accroché à son inertie reposante en dépit des échos familiers de la voix de son Opa lui parvenant étouffés – il l’invita à s’engager en avant ; cette autre segment du couloir abritant en son extrémité la pièce qui lui avait été préparée.
27 mars 2021, 20:49
Gigue Pendulaire {Uchronie}
J’acquiesce. Et remise mes souliers dans l’espace adéquat. L’homme ne pose sans doute pas ses yeux sur mes chevilles mais s’il le faisait, il verrait ce que j’estime être la plus belle partie de mon corps. Des pieds fins, ceux d’une femme de très petite taille, doigts de pieds réguliers et bien rangés par une nature à cet endroit bienveillante. Les collants du même vert que la surface dessus la robe mettent en valeur ces extensions de moi. Ils sont d’autant bienvenus qu’ils couvrent une zone encore en traitement. Mes jambes, qui ne me font plus mal, ou très rarement… je mets des chaussons que j’ai tirés du sac, ils étaient rangés au-dessus, prévus pour servir en premier. Des chaussons noirs, à la semelle adhérente pour ne jamais glisser, noirs donc invisibles du point de vue esthétique, on ne les remarquerait jamais. Avec un contour en légère fourrure, pour avoir chaud. Mon côté grand-mère, je suis une femme pratique, qui n’aime pas avoir froid à ses extrémités.
Puis je souris à ces mots qu’il prononce. Apprenant un fait essentiel ; Hjúki n‘est pas malade, juste frêle ou facilement épuisable. Mais pas affublé d’une nuisance de la vie. Mon sourire est épanoui, et s’il existe une différence entre celui d’avant et ce dernier, elle est là. La sérénité. On ne peut pas mal réagir à une bonne nouvelle. Et si je me retiens, je suis franche dans les plissements de mon visage. Ce monsieur connaît bien son petit-fils, il le protège, en le faisant… naturellement. Je ne peux contester ce qu’il dit, je suis. Mais je comprends aussi qu’il me donne les clés pour l’aider. Le message est clair, c’est un homme bon, lui aussi. Hjúki est compliqué à comprendre, et c’est d’ailleurs son charme. S’il était binaire, je n’aurais pas ouvert les yeux. Il me faudra intégrer sa nature si je veux l’aimer vraiment. M’abandonner ne signifie pas autre chose. Il n’est pas question de transports de fluides, je parle d’acceptation. Aime-moi comme je suis.
Il me conduit alors, car guider n’est pas le mot, vers « mes quartiers ». Image propre aux aurors, rigueur et discipline. Les miens, autrement dit sans Hjúki. Et cela me va. Pas question de passer pour une fille facile, ma joie est ailleurs que dans les plaisirs hasardeux. Je n’ai pas envie de l’aimer ainsi, n’y pensant même pas. Je rêve de le tenir dans mes bras, me réchauffer de lui. Mais pas plus. Pas maintenant, pas si vite. Jamais je ne serais une fille de joie. Non que je les méprise. Car elles donnent aux hommes ce qu'ils ne peuvent avoir. Pour certains... En fait, je ne sais pas… ne l’ai-je pas été en offrant de moi le meilleur ? Si peu de fois mais trop de fois. Et d’ailleurs, ai-je été habile en m’ouvrant à lui ? Je lui ai demandé un territoire intime. Et si cela allait de soi dans sa famille, n’étais-je pas maladroite ? Vulgaire envers eux ? Je devais le faire et n’ai pas trouvé de meilleur moyen. Parfois, rien n’est possible en demeurant habile. La diplomatie a ses limites. Qu’ils en aient parlé ou pas, j’ai ce que je voulais, une chambre seule, je ne suis pas une dévergondée. Hjúki, tu es si proche, tu me manques comme jamais. Mais je ne dirai rien.
J’ai conversé quelques banalités en allant vers ma chambre. Opa est un homme solide, je sens un côté rigoureux, naturel, affectueux. Cela me plaît, d’autant qu’il est spontané, libre comme je ne sais pas faire.
Quand nous sommes arrivés, j’ouvre de suite le sac, en extraie un paquet entouré d’un ruban. Ce n’est pas grand-chose, du thé, cinq variétés, des choses de qualité. Quand on ne connaît pas autrui, le thé est un moyen de toujours satisfaire le receveur du signe.
- Pour vous Monsieur Opa… ce n’est pas grand-chose mais je crois qu’ils plairont.
Etrangement, je me sens chez moi. Ces gens n’ont pas bougé. Ils ont ouvert la porte. Et je suis là. Le sourie naturel, je fais confiance à l’homme. Sans trop savoir pourquoi.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Puis je souris à ces mots qu’il prononce. Apprenant un fait essentiel ; Hjúki n‘est pas malade, juste frêle ou facilement épuisable. Mais pas affublé d’une nuisance de la vie. Mon sourire est épanoui, et s’il existe une différence entre celui d’avant et ce dernier, elle est là. La sérénité. On ne peut pas mal réagir à une bonne nouvelle. Et si je me retiens, je suis franche dans les plissements de mon visage. Ce monsieur connaît bien son petit-fils, il le protège, en le faisant… naturellement. Je ne peux contester ce qu’il dit, je suis. Mais je comprends aussi qu’il me donne les clés pour l’aider. Le message est clair, c’est un homme bon, lui aussi. Hjúki est compliqué à comprendre, et c’est d’ailleurs son charme. S’il était binaire, je n’aurais pas ouvert les yeux. Il me faudra intégrer sa nature si je veux l’aimer vraiment. M’abandonner ne signifie pas autre chose. Il n’est pas question de transports de fluides, je parle d’acceptation. Aime-moi comme je suis.
Il me conduit alors, car guider n’est pas le mot, vers « mes quartiers ». Image propre aux aurors, rigueur et discipline. Les miens, autrement dit sans Hjúki. Et cela me va. Pas question de passer pour une fille facile, ma joie est ailleurs que dans les plaisirs hasardeux. Je n’ai pas envie de l’aimer ainsi, n’y pensant même pas. Je rêve de le tenir dans mes bras, me réchauffer de lui. Mais pas plus. Pas maintenant, pas si vite. Jamais je ne serais une fille de joie. Non que je les méprise. Car elles donnent aux hommes ce qu'ils ne peuvent avoir. Pour certains... En fait, je ne sais pas… ne l’ai-je pas été en offrant de moi le meilleur ? Si peu de fois mais trop de fois. Et d’ailleurs, ai-je été habile en m’ouvrant à lui ? Je lui ai demandé un territoire intime. Et si cela allait de soi dans sa famille, n’étais-je pas maladroite ? Vulgaire envers eux ? Je devais le faire et n’ai pas trouvé de meilleur moyen. Parfois, rien n’est possible en demeurant habile. La diplomatie a ses limites. Qu’ils en aient parlé ou pas, j’ai ce que je voulais, une chambre seule, je ne suis pas une dévergondée. Hjúki, tu es si proche, tu me manques comme jamais. Mais je ne dirai rien.
J’ai conversé quelques banalités en allant vers ma chambre. Opa est un homme solide, je sens un côté rigoureux, naturel, affectueux. Cela me plaît, d’autant qu’il est spontané, libre comme je ne sais pas faire.
Quand nous sommes arrivés, j’ouvre de suite le sac, en extraie un paquet entouré d’un ruban. Ce n’est pas grand-chose, du thé, cinq variétés, des choses de qualité. Quand on ne connaît pas autrui, le thé est un moyen de toujours satisfaire le receveur du signe.
- Pour vous Monsieur Opa… ce n’est pas grand-chose mais je crois qu’ils plairont.
Etrangement, je me sens chez moi. Ces gens n’ont pas bougé. Ils ont ouvert la porte. Et je suis là. Le sourie naturel, je fais confiance à l’homme. Sans trop savoir pourquoi.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
27 mars 2021, 22:20
Gigue Pendulaire {Uchronie}
Il remonte, se propage sur l’entier du visage. Le vrai sourire ne se cantonne jamais au seules lèvres, il avale bien plus d’espace ; et par la transformation opérée devant lui l’homme comprend sans peine qu’il peut bien plus faire confiance au dernier apparu qu’aux premiers. L’imaginait-elle à ce point sérieusement amoché, invalide ? La constitution sorcière reste humaine, il serait insensé de croire en une invulnérabilité acquise par les seuls flux magiques qui traversent le corps, l’organisme connaissant une identité indéniable au moldu. Il commence à percevoir sous forme tangible et saisissable la signification de ces vues étranges rapportées par la voie épistolaire. Allait-elle l’enfoncer encore plus ? Il s’en souvenait encore clairement ; du cataclysme qu’avait provoqué l’arrivée de la lettre de Poudlard, des questionnements et doutes qui avaient habité son Enkel ; qui s’était demandé si sa nature sorcière ne risquait pas d’être niée s’il s’avérait qu’il n’aurait la force de surmonter le rythme de vie imposé au château. Une seule proposition de formation pour tous les enfants d’un vaste territoire : la conformité ou l’exclusion. Exclusion… ne plus être sorcier ? Hjúki avait refusé de s’appeler sorcier, il avait préféré s’approprier d’autres termes, parfois plus spécifiques aux domaines avec lesquels s’étaient développées de plus forte affinités, parfois récupérés d’une autre époque pour se rapprocher de représentants de ce qu’il considérait comme une autre magie.
Cette jeune femme apportait-elle avec elle cette mentalité contre laquelle ils avaient lutté ? Cette promptitude à rejeter les sorciers qui ne peuvent pas faire comme tout le monde ? Survis à Poudlard ou quitte la communauté. Tout l’éventail des capacités ne pouvait-il pas être représenté, fallait-il se limiter au jugé des seules matières enseignées ; au détriment de toutes les autres qui sommeillent ? Contrairement à lui, elle n’avait jamais vu l’adolescent provoquer l’élévation de magnifiques nuages de brume dans le jardin depuis la surface d’un chaudron dont il équilibrait le contenu par l’écoute fascinée de chacun de ses Sens. Pourquoi se focaliser sur les accrocs parfois rencontrés avec sa baguette lorsqu’il ne parvenait à diriger les émotions exigées ? Au lieu de se contenter des formes telles que présentées, Hjúki s’était longuement attardé sur chaque segment, au point d’avoir la certitude qu’il existait d’autres combinaisons, d’autres dosages pour obtenir des résultats identiques à certains sortilèges qui pourraient être mieux formulés ou même autrement définis. La magie est modulable, il y en a autant que de sorciers, aucune pratique n’est plus noble qu’une autre ; ses explorations étaient fort honorables, mais une défaillance dans quelque champ populaire suffisait à le blâmer. Cette sorcière ferait-elle vraiment exception ? Les premières impressions n’étaient pas pleinement encourageantes, la multiplicité des êtres ne lui paraissait du moins pas si naturelle.
Sans commenter à haute voix ni partager les suspicions que lui éveillent les réactions de l’étudiante, le vieil homme achève de la mener vers la chambre dotée de toute la sobriété qu’ont les espaces réservés aux hôtes ponctuels, sans thème ni univers, le mobilier de base. Il n’y a pas grand-chose à dire sur les lieux, et sans s’en attarder elle lui tend alors un objet qu’il attrape de ses deux mains. Au sein de quels rites situe-t-elle ce présent ? Le temps d’examiner de plus près ce que dissimule le paquet, sans trop y réfléchir, dérouté par le mélange incongru des langues, il marmonne quelques mots.
« Herr sonnerait plus juste que Monsieur… »
Découvrant enfin la nature de ce cadeau, il ajuste l’inclinaison de sa nuque de sorte à proposer un geste approbateur.
« Je vous remercie pour cette petite attention. »
Prudente. Ce n’était au moins pas un lapin de Pâques, ce qui aurait été une audace en comparaison, d’autant qu’elle ne pouvait savoir le goût fort limité de son Enkel à l’égard du chocolat. Le thé pouvait toutefois facilement avoir un poids culturel, d’une région à l’autre il passait par des déclinaisons et des symboliques si variées.
« Nous pourrions ensuite rejoindre le séjour, si cela vous convient. Je serais curieux d’en apprendre plus sur les rapports que vous pensez entretenir avec mon Enkel. »
Pendant ce temps, l’écho des paroles absorbées par les épais murs formait un air discret mais vibrant en lequel le jeune homme démêlait deux voix distinctes. Ses paupières exerçant une pression encore plus forte, cet intriguant ajout le poussa à se concentrer sur son ouïe. Qui… La visite de l’enchanteresse lui revint soudain, pensée dont les trop nombreuses étapes du voyage avaient eu raison. Elle était déjà rentrée et son Opa devait se trouver à ses côtés pour lui offrir le premier accueil. D’abord seulement la tête. Elle était lourde à soulever. Les coudes, alors. Son buste s’inclina légèrement, soutenu par les bras, avant de retomber ; mais cette fois c’était un corps presque éveillé. Bien qu’allongé, l’adolescent sentait qu’il pourrait bouger ses membres, qu’il pourrait déverrouiller sa vue. Ne restait qu’à affronter le vertige lui refusant une bascule trop franche. Plus progressivement ? Son dos se courba avec lenteur, ses mains collées à ses joues comme si elles auraient la force de tenir sa tête. Repliant les jambes, Hjúki se retrouva assis en tailleur sur son lit. Ses Perles-de-Nótt glissèrent pour inspecter la pièce qu’il retrouvait après quelques mois d’éloignement. Son Opa avait déposé sa veste sur un dossier et l’avait rapidement déchaussé avant de le déposer. Effectuant des rotations du cou et des épaules, il faisait tourner ses articulations pour en reprendre possession au fil des mouvements, pas encore tout à fait délié et prêt à se lever.
Cette jeune femme apportait-elle avec elle cette mentalité contre laquelle ils avaient lutté ? Cette promptitude à rejeter les sorciers qui ne peuvent pas faire comme tout le monde ? Survis à Poudlard ou quitte la communauté. Tout l’éventail des capacités ne pouvait-il pas être représenté, fallait-il se limiter au jugé des seules matières enseignées ; au détriment de toutes les autres qui sommeillent ? Contrairement à lui, elle n’avait jamais vu l’adolescent provoquer l’élévation de magnifiques nuages de brume dans le jardin depuis la surface d’un chaudron dont il équilibrait le contenu par l’écoute fascinée de chacun de ses Sens. Pourquoi se focaliser sur les accrocs parfois rencontrés avec sa baguette lorsqu’il ne parvenait à diriger les émotions exigées ? Au lieu de se contenter des formes telles que présentées, Hjúki s’était longuement attardé sur chaque segment, au point d’avoir la certitude qu’il existait d’autres combinaisons, d’autres dosages pour obtenir des résultats identiques à certains sortilèges qui pourraient être mieux formulés ou même autrement définis. La magie est modulable, il y en a autant que de sorciers, aucune pratique n’est plus noble qu’une autre ; ses explorations étaient fort honorables, mais une défaillance dans quelque champ populaire suffisait à le blâmer. Cette sorcière ferait-elle vraiment exception ? Les premières impressions n’étaient pas pleinement encourageantes, la multiplicité des êtres ne lui paraissait du moins pas si naturelle.
Sans commenter à haute voix ni partager les suspicions que lui éveillent les réactions de l’étudiante, le vieil homme achève de la mener vers la chambre dotée de toute la sobriété qu’ont les espaces réservés aux hôtes ponctuels, sans thème ni univers, le mobilier de base. Il n’y a pas grand-chose à dire sur les lieux, et sans s’en attarder elle lui tend alors un objet qu’il attrape de ses deux mains. Au sein de quels rites situe-t-elle ce présent ? Le temps d’examiner de plus près ce que dissimule le paquet, sans trop y réfléchir, dérouté par le mélange incongru des langues, il marmonne quelques mots.
« Herr sonnerait plus juste que Monsieur… »
Découvrant enfin la nature de ce cadeau, il ajuste l’inclinaison de sa nuque de sorte à proposer un geste approbateur.
« Je vous remercie pour cette petite attention. »
Prudente. Ce n’était au moins pas un lapin de Pâques, ce qui aurait été une audace en comparaison, d’autant qu’elle ne pouvait savoir le goût fort limité de son Enkel à l’égard du chocolat. Le thé pouvait toutefois facilement avoir un poids culturel, d’une région à l’autre il passait par des déclinaisons et des symboliques si variées.
« Nous pourrions ensuite rejoindre le séjour, si cela vous convient. Je serais curieux d’en apprendre plus sur les rapports que vous pensez entretenir avec mon Enkel. »
ú_ú
Pendant ce temps, l’écho des paroles absorbées par les épais murs formait un air discret mais vibrant en lequel le jeune homme démêlait deux voix distinctes. Ses paupières exerçant une pression encore plus forte, cet intriguant ajout le poussa à se concentrer sur son ouïe. Qui… La visite de l’enchanteresse lui revint soudain, pensée dont les trop nombreuses étapes du voyage avaient eu raison. Elle était déjà rentrée et son Opa devait se trouver à ses côtés pour lui offrir le premier accueil. D’abord seulement la tête. Elle était lourde à soulever. Les coudes, alors. Son buste s’inclina légèrement, soutenu par les bras, avant de retomber ; mais cette fois c’était un corps presque éveillé. Bien qu’allongé, l’adolescent sentait qu’il pourrait bouger ses membres, qu’il pourrait déverrouiller sa vue. Ne restait qu’à affronter le vertige lui refusant une bascule trop franche. Plus progressivement ? Son dos se courba avec lenteur, ses mains collées à ses joues comme si elles auraient la force de tenir sa tête. Repliant les jambes, Hjúki se retrouva assis en tailleur sur son lit. Ses Perles-de-Nótt glissèrent pour inspecter la pièce qu’il retrouvait après quelques mois d’éloignement. Son Opa avait déposé sa veste sur un dossier et l’avait rapidement déchaussé avant de le déposer. Effectuant des rotations du cou et des épaules, il faisait tourner ses articulations pour en reprendre possession au fil des mouvements, pas encore tout à fait délié et prêt à se lever.
28 mars 2021, 20:10
Gigue Pendulaire {Uchronie}
- Je vous suis...
Et préfère encore passer pour une inculte une fois, savoir ensuite le protocole à suivre. Je dirai donc Herr, et même si je ne maîtrise pas bien l’Allemand, ni dans ces bases ni dans sa grammaire, encore moins les subtilités culturelles sous jacentes, je respecterai les coutumes. Tant qu’on me donne les moyens d’y accéder.
- Cinq variétés différentes, un Earl Grey, du thé russe, un thé japonais, un autre au Jasmin… et un mélange fantaisie, pour les plus audacieux.
Je dirais plutôt les imprudents, ceux qui n’aiment pas le thé pour le thé, les amateurs d’arômes faciles en quelque sorte. Mais après tout, il en faut pour tous les goûts. Le vieil homme est un peu strict mais il fallait s’y attendre et je n’ai aucune raison de le lui reprocher. Herr… comment lui parler d’ailleurs... « Herr Opa » ? N’ayant pas décliné son nom, je ne peux dire les choses en bonne et due forme. Patience, je finirai par apprendre.
J’ai déposé mes affaires. La chambre qui m’est destinée me convient parfaitement à partir du moment où elle n’est pas la même que celle de Hjúki.
- Ils viennent d’une boutique d’Edimbourg…
Je m’arrête avant d’en dire plus. Vanter les mérites de mon achat pourrait être mal compris, il est préférable de ne jamais trop en faire. Nous avançons vers le séjour, m’apprêtant à devoir tenir conversation. Sans doute mes études, Poudlard, ma… maison… au pire ma famille. Je sais ce que je dirai, sans larmoyer. Mes parents ne sont plus, cela arrive dans les familles. Et dans le monde de 2046, ce n’est pas si rare. Ne pas être celle qui commet l’impair, rester sur ses gardes sans crainte. Je n’ai pas peur et me demande où est sa chambre. Les lieux ont quelque chose d’hermétique, l’impression qu’ils ne donnent rien de ce qu’ils sont, une vitrine qui absorbe votre regard et ne vous laisse pas deviner la réalité d’ici. Mes chevilles sont indolores, il leur arrive en fin de journée de crier leur fatigue mais pas là. Il faudrait que je passe aux toilettes pour des affaires de femme mais cela peut encore attendre. Je me refuse à rompre le fil, pas si vite.
- Herr… est-il indiscret de savoir comment l’on doit dire ? Herr Opa ?
Nous avons appris à poser notre voix, Père était très sensible au ton que nous employions. Ivanovna et moi devions sans cesse refaire nos phrases s’il estimait que nous ne faisions pas usage des manières attendues. Aussi suis-je à la fois douce et intéressée, je donne de moi l’impression de vouloir comprendre. C’est le cas d’ailleurs. Et quand on fait appel à une seconde nature, le ton devient l’inné. Je retiens un plissement qu’il pourrait interpréter comme une taquinerie précoce. Un infime plaisir d’être ici, dans le monde, une sorte de chez moi bien différent de l’enfer vécu à la citadelle. Ici, aucun piège à redouter, seulement la vérité, je ne sais pas d’où me vient cette sensation mais elle me traverse. Je ne risque rien.
Et nous entrons dans le confessionnal. Je vais subir la question. Mais à lui de les poser, après tout, je ne suis pas venue leur voler leur enfant. Il est tout à fait possible que je sois le premier invité de leur garçon. Et une fille en plus. J’imagine très bien ce qu’ils peuvent redouter. Et s’il a des… particularités, je représente encore plus un objet d’inquiétude. J’attends que le vieil homme me propose de m’asseoir. Et m’indique selon lui le meilleur point d’ancrage. Je peux imaginer qu’il me soit agréable de parler de ma vie, sans prétention. Si peu de gens le font, s’intéresser à moi. Ni princesse ni traînée, une jeune fille ordinaire qui n’aspire qu’au bonheur, ne sachant comment accéder à ce Graal.
Il fait bon, je regarde mon hôte, attendant son signal, mains l’une sur l’autre, comme on me l’a appris lorsque j’étais petite.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Et préfère encore passer pour une inculte une fois, savoir ensuite le protocole à suivre. Je dirai donc Herr, et même si je ne maîtrise pas bien l’Allemand, ni dans ces bases ni dans sa grammaire, encore moins les subtilités culturelles sous jacentes, je respecterai les coutumes. Tant qu’on me donne les moyens d’y accéder.
- Cinq variétés différentes, un Earl Grey, du thé russe, un thé japonais, un autre au Jasmin… et un mélange fantaisie, pour les plus audacieux.
Je dirais plutôt les imprudents, ceux qui n’aiment pas le thé pour le thé, les amateurs d’arômes faciles en quelque sorte. Mais après tout, il en faut pour tous les goûts. Le vieil homme est un peu strict mais il fallait s’y attendre et je n’ai aucune raison de le lui reprocher. Herr… comment lui parler d’ailleurs... « Herr Opa » ? N’ayant pas décliné son nom, je ne peux dire les choses en bonne et due forme. Patience, je finirai par apprendre.
J’ai déposé mes affaires. La chambre qui m’est destinée me convient parfaitement à partir du moment où elle n’est pas la même que celle de Hjúki.
- Ils viennent d’une boutique d’Edimbourg…
Je m’arrête avant d’en dire plus. Vanter les mérites de mon achat pourrait être mal compris, il est préférable de ne jamais trop en faire. Nous avançons vers le séjour, m’apprêtant à devoir tenir conversation. Sans doute mes études, Poudlard, ma… maison… au pire ma famille. Je sais ce que je dirai, sans larmoyer. Mes parents ne sont plus, cela arrive dans les familles. Et dans le monde de 2046, ce n’est pas si rare. Ne pas être celle qui commet l’impair, rester sur ses gardes sans crainte. Je n’ai pas peur et me demande où est sa chambre. Les lieux ont quelque chose d’hermétique, l’impression qu’ils ne donnent rien de ce qu’ils sont, une vitrine qui absorbe votre regard et ne vous laisse pas deviner la réalité d’ici. Mes chevilles sont indolores, il leur arrive en fin de journée de crier leur fatigue mais pas là. Il faudrait que je passe aux toilettes pour des affaires de femme mais cela peut encore attendre. Je me refuse à rompre le fil, pas si vite.
- Herr… est-il indiscret de savoir comment l’on doit dire ? Herr Opa ?
Nous avons appris à poser notre voix, Père était très sensible au ton que nous employions. Ivanovna et moi devions sans cesse refaire nos phrases s’il estimait que nous ne faisions pas usage des manières attendues. Aussi suis-je à la fois douce et intéressée, je donne de moi l’impression de vouloir comprendre. C’est le cas d’ailleurs. Et quand on fait appel à une seconde nature, le ton devient l’inné. Je retiens un plissement qu’il pourrait interpréter comme une taquinerie précoce. Un infime plaisir d’être ici, dans le monde, une sorte de chez moi bien différent de l’enfer vécu à la citadelle. Ici, aucun piège à redouter, seulement la vérité, je ne sais pas d’où me vient cette sensation mais elle me traverse. Je ne risque rien.
Et nous entrons dans le confessionnal. Je vais subir la question. Mais à lui de les poser, après tout, je ne suis pas venue leur voler leur enfant. Il est tout à fait possible que je sois le premier invité de leur garçon. Et une fille en plus. J’imagine très bien ce qu’ils peuvent redouter. Et s’il a des… particularités, je représente encore plus un objet d’inquiétude. J’attends que le vieil homme me propose de m’asseoir. Et m’indique selon lui le meilleur point d’ancrage. Je peux imaginer qu’il me soit agréable de parler de ma vie, sans prétention. Si peu de gens le font, s’intéresser à moi. Ni princesse ni traînée, une jeune fille ordinaire qui n’aspire qu’au bonheur, ne sachant comment accéder à ce Graal.
Il fait bon, je regarde mon hôte, attendant son signal, mains l’une sur l’autre, comme on me l’a appris lorsque j’étais petite.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
29 mars 2021, 01:38
Gigue Pendulaire {Uchronie}
Dans ses oscillations, dans ses pendulations entre l’embarras et l’assurance, la jeune femme semblait avoir trouvé en son discours autour du thé une bouée ; et il faisait glisser en éventail les variétés au fil qu’elles étaient nommées, sans qu’elle n’osât apporter toutefois trop de détails. Elle tentait de prouver qu’elle avait bien donné de soi en faisant elle-même le choix de l’assortiment, peut-être même avec l’aide d’un conseiller passionné. Certaines boutiques sont gardées par des êtres présentant une maîtrise indéniable de leur domaine, capables d’apporter des précisions et des nuances sur chacun de leurs produits, ne proposant jamais les mêmes selon le client qui se présentait à eux. S’était-elle fait conseiller sur des questions aussi subtiles que la quantité de thé par tasse, sur le temps d’infusion exact, sur les dosages à adapter selon que ce soit un thé à lait ou pensé pour l’eau pure, sur les températures à ne pas dépasser pour éviter de dénaturer le produit ? Combien de temps avait-elle passé en ces lieux, à s’abreuver de l’expertise d’un tenancier avide de partager ? Choisir un thé n’était pas une expérience si différente que choisir sa baguette chez Ollivander, d’une certaine manière. Il faut se laisser guider, humer les arômes, méditer, hésiter pour enfin se décider ; parfois encore l’esprit flottant. À moins qu’elle ne préfère les passages éclairs, une idée déjà précise en tête, prête à suivre un tracé déjà préparé. Il savait en tout cas que Hjúki aurait été capable de faire parler longuement une personne détentrice d’un savoir concernant un champ bien précis et peu exploré.
Cette dernière pensée affectueuse à l’égard de son Enkel se trouva coupée par une interrogation de l’étudiante qui parvint à provoquer un léger tressaillement du coin de l’œil du vieil homme. Il lui fit face et laisser planer quelques secondes de silence. Quoiqu’elle étudiât en droit, l’allemand ne devait pas faire partie de ses options, il ne pouvait en être autrement. Si elle comprenait ce qu’elle disait… Car le plus sensé était qu’elle ne savait pas ce que signifiait le titre qu’elle souhaitait attribuer. Autrement, cela aurait été d’une audace… estomaquante. Appelle-t-on les parents d’un ami ‘père’ et ‘mère’ car c’est ainsi qu’il s’adresse à eux ? À moins d’avoir développé un lien affectif tout particulier et avec cet ami et avec sa famille, une transposition naturelle se fait pour comprendre qu’ils ne sont pas exactement de la famille. S’intègre-t-elle, se force-t-elle un passage éventré au sein de leur cocon familial ? Non, le plus simple est de considérer qu’elle ne s’est pas renseignée, qu’elle ne sait pas. Que Opa est une dénomination affective employée par les petits-enfants pour s’adresser à leur grand-père, qu’à moins de se revendiquer sa petite-fille, Circéia ne devrait pas pouvoir l’appeler Opa, seul Hjúki en a le droit ; que ce soit pour lui parler ou pour l’évoquer.
« Herr Opa serait traduisible en votre langue par… Mister Gramp. »
Monsieur Papi. Perçoit-elle le problème, maintenant ? A-t-elle, outre le droit, des raisons de l’appeler ainsi ? Chercherait-elle à faire comprendre qu’elle se considère comme la sœur de Hjúki ? La curiosité, ou plutôt le manque de curiosité de cette fille, intriguaient le vénérable homme. Son Enkel avait vraisemblablement prononcé ce mot en sa présence, mais d’une manière qui n’avait suffi à lui faire saisir le lien qui les unissait. Elle devait avoir tous les outils de langue possibles à sa disposition, ce n’étaient pas les fonds universitaires d’une école de droit qui pouvaient manquer, donc savoir le registre et la signification de Opa n’avait rien d’un défi. Pourtant elle avait préféré ne pas s’interroger plus que cela, n’avait pas même considéré la question. Étrange.
« Herr ne signifie que Monsieur en allemand, mais je ne vois pas l’intérêt à fournir un titre en particulier. Avez-vous des besoins d’assise spécifiques ? »
Arrivés au séjour, il lui désignait le canapé et les fauteuils qui n’étaient pas tout à fait à la même hauteur, les coussins pouvaient au besoin être déplacés. Il l’invita à prendre place la première, ayant décidé de se placer en face.
Ses tapotements étaient de plus en plus fébriles et rapides, il regagnait en vitalité. Pouvait se lever même, sûrement. Glissant ses jambes jusqu’à frôler le vide, il tira son corps en avant pour que ses pieds touchent le sol. Son immobilité fut brusquement interrompue par une levée accomplie en un seul mouvement, les bras flottants autour de son buste pour lui permettre l’équilibre par leurs possibles ajustements. Quelques pas vers la porte… qu’il n’ouvrit pas encore. Les deux paumes à plat collées contre le bois à hauteur de tête, le front collé entre les deux, il comptait *un, deux, trois* chaque *un, deux, trois* élancement *un, deux, trois* qui attentait à sa fluidité *un, deux* patientant *un, deux* jusqu’à *un* leur essoufflement.
Cette dernière pensée affectueuse à l’égard de son Enkel se trouva coupée par une interrogation de l’étudiante qui parvint à provoquer un léger tressaillement du coin de l’œil du vieil homme. Il lui fit face et laisser planer quelques secondes de silence. Quoiqu’elle étudiât en droit, l’allemand ne devait pas faire partie de ses options, il ne pouvait en être autrement. Si elle comprenait ce qu’elle disait… Car le plus sensé était qu’elle ne savait pas ce que signifiait le titre qu’elle souhaitait attribuer. Autrement, cela aurait été d’une audace… estomaquante. Appelle-t-on les parents d’un ami ‘père’ et ‘mère’ car c’est ainsi qu’il s’adresse à eux ? À moins d’avoir développé un lien affectif tout particulier et avec cet ami et avec sa famille, une transposition naturelle se fait pour comprendre qu’ils ne sont pas exactement de la famille. S’intègre-t-elle, se force-t-elle un passage éventré au sein de leur cocon familial ? Non, le plus simple est de considérer qu’elle ne s’est pas renseignée, qu’elle ne sait pas. Que Opa est une dénomination affective employée par les petits-enfants pour s’adresser à leur grand-père, qu’à moins de se revendiquer sa petite-fille, Circéia ne devrait pas pouvoir l’appeler Opa, seul Hjúki en a le droit ; que ce soit pour lui parler ou pour l’évoquer.
« Herr Opa serait traduisible en votre langue par… Mister Gramp. »
Monsieur Papi. Perçoit-elle le problème, maintenant ? A-t-elle, outre le droit, des raisons de l’appeler ainsi ? Chercherait-elle à faire comprendre qu’elle se considère comme la sœur de Hjúki ? La curiosité, ou plutôt le manque de curiosité de cette fille, intriguaient le vénérable homme. Son Enkel avait vraisemblablement prononcé ce mot en sa présence, mais d’une manière qui n’avait suffi à lui faire saisir le lien qui les unissait. Elle devait avoir tous les outils de langue possibles à sa disposition, ce n’étaient pas les fonds universitaires d’une école de droit qui pouvaient manquer, donc savoir le registre et la signification de Opa n’avait rien d’un défi. Pourtant elle avait préféré ne pas s’interroger plus que cela, n’avait pas même considéré la question. Étrange.
« Herr ne signifie que Monsieur en allemand, mais je ne vois pas l’intérêt à fournir un titre en particulier. Avez-vous des besoins d’assise spécifiques ? »
Arrivés au séjour, il lui désignait le canapé et les fauteuils qui n’étaient pas tout à fait à la même hauteur, les coussins pouvaient au besoin être déplacés. Il l’invita à prendre place la première, ayant décidé de se placer en face.
ú_ú
Ses tapotements étaient de plus en plus fébriles et rapides, il regagnait en vitalité. Pouvait se lever même, sûrement. Glissant ses jambes jusqu’à frôler le vide, il tira son corps en avant pour que ses pieds touchent le sol. Son immobilité fut brusquement interrompue par une levée accomplie en un seul mouvement, les bras flottants autour de son buste pour lui permettre l’équilibre par leurs possibles ajustements. Quelques pas vers la porte… qu’il n’ouvrit pas encore. Les deux paumes à plat collées contre le bois à hauteur de tête, le front collé entre les deux, il comptait *un, deux, trois* chaque *un, deux, trois* élancement *un, deux, trois* qui attentait à sa fluidité *un, deux* patientant *un, deux* jusqu’à *un* leur essoufflement.
29 mars 2021, 19:16
Gigue Pendulaire {Uchronie}
Le geste à venir est forcément une douleur. Il faut plier plus que de raison, à peine mais c’est assez, les jambes afin de s’installer comme il se doit. Je sais ne pas pouvoir maquiller plus avant mes… indispositions aux membres inférieurs. Ohhh, il ne verra rien, ma robe est suffisamment longue pour cacher le dispositif devenu discret avec le temps et les moindres sécrétions. Non, le problème est… musculaire ? Osseux ? Je ne sais pas vraiment mais si me poser sur une chaise est possible sans fard, plus bas c’est la peine assurée. Et je sais qu’en ressortir sera plus marquant encore. Ankylosée par la station assise prolongée, je serai lente, hésitante. Mais je connais le prix de tout cela. Sur des œufs. D’un instant à l’autre le vent tourne. Ma canne pour seule amie, je choisis de camper là où il m’a placée, sans broncher. J’aurai les pieds un peu haut, les petons tendus pour toucher le sol mais c’est égal si le dos doit crier. Il faut tout accepter.
- Merci Herr.
Je sens qu’il va falloir s’armer de tolérance, il aurait pu donner la moindre information. Je ne sais rien de lui, par discrétion je n’ai pas demandé grand-chose à Hjúki. Et le peu qu’il m’a dit me laisse nue comme un ver. C’est un examen, pour une matière sans programme ou pré-requis. La dépose est lente, ne surtout pas s’affaler, par défaut de maîtrise ou par la nonchalance de beaucoup à mon âge. Se poser posément. En conservant la mine des personnes qui sourient. La mine. Je suis là, observant un alentour que je refuse d’écrire, ni même retenir. Je ne dois pas scruter, dévisager. Le mieux que je puisse faire est de le regarder, mes dernières expériences, hôtesse d’accueil, donnent des informations précieuses, au moins une assurance, un début de maintien. Mais je sens essentiel de puiser à la source. L’art de la conversation… Voilà, des milliers d’années de lutte des femmes pour être autre chose que des faire valoir et j’en suis réduite à rentrer dans le rang. Peut-être aurais-je dû faire dans l’excentrique, au moins cela aurait créé la différence avec le reste. Là… je vais être banale. Il ne m’estime pas, c’est à celui qui accueille de faire le nécessaire pour créer la confiance. Il est vieux, je suis jeune et je suis une femme. Comment puis-je faire, il m’épie, dans le moindre de mes mouvements il m’étudie, face à moi, le juge et l’assassin. j’ai déjà joué le rôle de la méchante, plus d’une fois d’ailleurs, en module de droit magique entre autres. Mais jamais la sensation d’être condamnée par avance ne l'avait emporté. Je vais faire mon possible, consciente de la vacuité de mon effort.
Je clos un instant les yeux, des étoiles illuminent mon regard, la tête me tourne un peu. Mains posées sur la canne, je résiste puis reviens à moi, comme délestée d’une envie de partir. Je voulais être là, je le suis. Advienne que pourra puisqu’il lui plaît de m’imposer son interrogatoire. On n’a jamais l’occasion de faire une deuxième bonne première impression. Tenez bon, semblent dire mes aïeuls. Je la pose à ma gauche, attendant qu’il me parle. Moi, je n’ai rien à dire, juste offrir ce que je suis, l'idiote qui jamais ne saura suffisamment de choses pour impressionner autrui. Puisque tout n’est pas assez, j’attends, innocente et fidèle, sans prétention ni égoïsme.
Dans la vie, il est des gens qui vous aident, coûte que coûte vous soutiennent même dans les pires erreurs. Je pense à madame Cunningham et … Monsieur d’Arby, dont j’ai compris bien tard qu’il avait essayé de défendre mon cas. Herr d’Arby, si seulement je savais son nom, je pourrais l’employer. Mais non, je devrais, voilà la seule réponse que viendra l’heure venue. Il est intéressant de pouvoir réfléchir tout en ne montrant rien. Les flammes noires s’éclaircissent, mes yeux sont aux aguets et sourient poliment. Bon sang ne saurait mentir, paraît-il.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
- Merci Herr.
Je sens qu’il va falloir s’armer de tolérance, il aurait pu donner la moindre information. Je ne sais rien de lui, par discrétion je n’ai pas demandé grand-chose à Hjúki. Et le peu qu’il m’a dit me laisse nue comme un ver. C’est un examen, pour une matière sans programme ou pré-requis. La dépose est lente, ne surtout pas s’affaler, par défaut de maîtrise ou par la nonchalance de beaucoup à mon âge. Se poser posément. En conservant la mine des personnes qui sourient. La mine. Je suis là, observant un alentour que je refuse d’écrire, ni même retenir. Je ne dois pas scruter, dévisager. Le mieux que je puisse faire est de le regarder, mes dernières expériences, hôtesse d’accueil, donnent des informations précieuses, au moins une assurance, un début de maintien. Mais je sens essentiel de puiser à la source. L’art de la conversation… Voilà, des milliers d’années de lutte des femmes pour être autre chose que des faire valoir et j’en suis réduite à rentrer dans le rang. Peut-être aurais-je dû faire dans l’excentrique, au moins cela aurait créé la différence avec le reste. Là… je vais être banale. Il ne m’estime pas, c’est à celui qui accueille de faire le nécessaire pour créer la confiance. Il est vieux, je suis jeune et je suis une femme. Comment puis-je faire, il m’épie, dans le moindre de mes mouvements il m’étudie, face à moi, le juge et l’assassin. j’ai déjà joué le rôle de la méchante, plus d’une fois d’ailleurs, en module de droit magique entre autres. Mais jamais la sensation d’être condamnée par avance ne l'avait emporté. Je vais faire mon possible, consciente de la vacuité de mon effort.
Je clos un instant les yeux, des étoiles illuminent mon regard, la tête me tourne un peu. Mains posées sur la canne, je résiste puis reviens à moi, comme délestée d’une envie de partir. Je voulais être là, je le suis. Advienne que pourra puisqu’il lui plaît de m’imposer son interrogatoire. On n’a jamais l’occasion de faire une deuxième bonne première impression. Tenez bon, semblent dire mes aïeuls. Je la pose à ma gauche, attendant qu’il me parle. Moi, je n’ai rien à dire, juste offrir ce que je suis, l'idiote qui jamais ne saura suffisamment de choses pour impressionner autrui. Puisque tout n’est pas assez, j’attends, innocente et fidèle, sans prétention ni égoïsme.
Dans la vie, il est des gens qui vous aident, coûte que coûte vous soutiennent même dans les pires erreurs. Je pense à madame Cunningham et … Monsieur d’Arby, dont j’ai compris bien tard qu’il avait essayé de défendre mon cas. Herr d’Arby, si seulement je savais son nom, je pourrais l’employer. Mais non, je devrais, voilà la seule réponse que viendra l’heure venue. Il est intéressant de pouvoir réfléchir tout en ne montrant rien. Les flammes noires s’éclaircissent, mes yeux sont aux aguets et sourient poliment. Bon sang ne saurait mentir, paraît-il.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...