3 avr. 2021, 16:50
Gigue Pendulaire II
Vidé, pas tant en énergie, mais en émotions et ressentis ; Hjúki avait traversé cette dernière semaine dans un brouillard à la fois étouffant et protecteur, par lequel il pouvait oublier ce qu’était la peine, la douleur, les brisures de verre qui auraient appuyé de partout depuis l’intérieur de son enveloppe, sous son derme. Non, il ne le sentait plus, enrobé d’une ouate qui le soustrayait du monde extérieur et de ses altérations. La blessure que l’annulation de la pause pascale de l’année dernière avait tranché en lui n’avait pas été véritablement pansée et le bis repetita avait été plus que malvenu, l’entamant plus loin encore. Ébranlé jusqu’à ses plus profondes fondations, torturées à coups de massue. Cassé de l’intérieur, quelque mécanisme d’urgence avait pris le relais, le laissant creux mais au moins capable de tenir debout et de suivre le mouvement, apathique. Il se construisait selon la trop fragile architecture du château de cartes. Certaines consolidations s’apprennent, certaines parties peuvent être fortifiées ; mais les bourrasques sont imprévisibles autant en intensité qu’en temporalité.
Ce Conseil, ou sa version antérieure, depuis qu’il avait été institué, n’avait su que lui pourrir la vie ; et être irlandais ne le protégeait même pas. Pâques, arrachée, par deux fois. Son jour, celui où il rejoignait sa Source pour se renouveler. Au lieu de quoi il était asséché, assoiffé. Était-ce donc là la sensation d’un Lac drainé ? Ce n’étaient pas les seules chaînes dont il s’était senti entouré. Impossibilité de voyager sereinement à l’étranger, de s’y enrichir ou même d’y étudier. Pré-au-Lard fermé aux élèves sur une durée de plus d’un an. Quand tous ces séismes cesseront-ils ? La pire ironie était qu’en tant que Né-Sorcier, un statut qui aurait dû être en accord avec le nouveau régime, il avait toutefois l’impression d’en souffrir le plus. Il n’était aucunement lié par le sang à des moldus, et pourtant il ne saurait adhérer à toutes les évolutions subies avec impuissance ces dernières années. Quel gouvernement digne de ce nom prend des décisions en coup de tête pour les appliquer aussitôt, sans prévenir la population, sans anticiper, sans présenter ses plans et projets mois ou années au préalable ? S’autorise à toucher au calendrier académique en cours d’année ? N’auraient-ils pas pu attendre la rentrée de septembre, permettre un temps d’intégration ? Aucune consultation des sorciers : des impositions, encore et encore. Des êtres capricieux dirigeaient leur existence. Il leur suffisait de vouloir. N’existait-il pas des temps de paix quelque part en ce bas-Monde ?
Il aurait pu crier, hurler son désarroi. Si la nouvelle n’avait pas eu un tel pouvoir d’abattement sur lui il aurait utilisé la capacité de ses poumons pour exploser les oreilles de tout le monde à Poudlard. Au lieu de quoi, pas le moindre son n’avait franchi ses lèvres. Il s’était présenté aux cours de cette semaine supplémentaire voûté, absent, mutique ; ne répondant plus à quiconque lui aurait adressé la parole. Perdu, protégé au sein d’une dimension à laquelle lui seul avait accès. Traînant ; traîné. Dans son brouillard, il n’avait été capable que de quelques mots à l’intention de Opa qui s’était lui-même chargé de faire la réservation du Magicobus jusqu’au ferry. Sans ça, l’adolescent aurait très bien pu demeurer statique à Pré-au-Lard, dénué de toute volonté, pas même de faire quelques pas. Pour aller où ? Tout n’était-il pas déjà perdu, rompu, gâché ? Il n’avait même plus sa baguette pour l’invoquer puisque c’était justement cette volonté de confiscation du Conseil qui lui avait volé son Repère pascal, ses Racines.
Est-ce que la réservation de trajet par Opa suffirait ? Après tout ce bus avait été historiquement conçu pour les jeunes qui avaient le droit d’agiter leur baguette sans que ce ne soit considéré comme une pratique magique hors Poudlard à proprement parler. Il avait intérêt à le récupérer, au risque de le laisser s’abandonner à l’immobilité. S’il n’avançait ni ne reculait rien ne pourrait lui arriver. Son aïeul avait-il demandé à quelque membre de l’équipe responsable du château de faire le geste à sa place ? À moins que des parents à baguette l’aient sollicité, sans doute n’était-il pas le seul à l’attendre parmi ceux qui avaient dédaigné le train. En tout cas la première étape de son trajet ne parut pas compromise à l’heure où il s’installait dans ce moyen de locomotion magique qui devait le mener à Carinryan d’où un ferry permettait de relier l’Irlande, passant sûrement avant par les divers arrêts sollicités par les autres passagers. Il n’était même pas en état d’avoir des haut-le-cœur sous l’effet du mouvement bringuebalant du véhicule, fixant un horizon indéfini d’un regard absent. Incapable de se projeter en rien, il ne dirigeait son attention qu’au suivi de la feuille de route, disposé à ne plus penser ; continuant à suivre mentalement le compte à rebours de la période où il ne pouvait toujours pas se montrer, exploser.
De la terre à l’eau le transport moldu avait paru la meilleure alternative, il pouvait se l’accorder alors que ne se contentant pas de devises sorcières il avait aussi appris à manier la livre sterling ainsi que l’euro de sa terre natale. Le rythme tranquille de la traversée l’aida à maintenir sa régularité de souffle, l’invariance presque inhumaine qu’il avait revêtue depuis ces jours interminables qui avaient suivi le 24 mars, date à partir de laquelle il n’avait plus été capable de nier l’évidence qui avait frappé. Jusqu’alors il avait tenté de se duper avec la pensée obsédante selon laquelle cela n’arrivait, n’arriverait pas ; c’est ce qui avait permis de tenir. Un mince espoir était toujours permis tant que le pas n’était pas franchi, il s’était encore imaginé pouvoir retrouver le grandiose des compositions liturgiques d’orgue capable de faire vibrer les corps lors de la plus belle messe musicale de l’année, d’intérêt bien moindre la semaine successive. Privation répétée, le calendrier de Poudlard était déjà pensé pour ne jamais permettre l’écoute d’une Passion de Bach le soir-même de la Passion. Il s’était sûrement construit les mauvaises attaches, et en souffrait désormais.
Le rivage atteint, l’essentiel avait été parcouru, ne restait qu’une étape avant de réintégrer enfin son pays. Par ses choix, sans doute n’était-il pas un sorcier digne de ce nom au yeux de ce Conseil, privilégiant les routes moldues aux sorcières, mais il assumait cette inclination. À l’époque où les né-moldus avaient été épargnés du trajet du Poudlard Express, Hjúki y avait vu un privilège à l’égard de ses derniers. Être chez soi en un instant plutôt qu’au terme d’une traversée de plus de neuf heures au travers de l’île, complétées du chemin complémentaire menant au foyer était certainement préférable. De toute façon, rien n’affichait en surface qu’il abritait une énergie magique, si bien qu’en s’installant dans le bus reliant les capitales des deux Irlandes, nul n’accorda la moindre attention au jeune adulte, qui profita de ces deux heures de tranquillité pour s’assoupir, technique efficace de retrait.
Il avait été bien avisé de s’offrir cette brève période de repos, qui lui avait permis de recueillir la force d’avaler par transplanage la distance finale divisée en plusieurs sections ; d’autant qu’avec sa capacité détraquée de focalisation, un déplacement trop audacieux l’aurait littéralement coupé en morceaux ; et ce n’était pas un problème supplémentaire qu’il serait prêt à gérer. Vidant pleinement son esprit, au cas où quelque infime résidu qu’il n’était parvenu à chasser serait demeuré en son sein, il concentra l’entier de sa concentration sur les derniers kilomètres à avaler. Il n’avait peut-être pas sa baguette, mais il était majeur depuis plus d’un an et connaissait suffisamment ses terres pour choisir des stations sûres.
Arrivant au pas de porte il la poussa en un geste, sans frapper ni se manifester, le claquement ferme qui résonna dans son dos devait suffire. Rejoignant le séjour, chacun de ses pas avait été accompagné de l’accroissement des tremblements qui agitaient sa Silhouette qui en perdait les contours. Sur le fil depuis bien trop longtemps, il était parvenu au point de la scission. Son Opa se leva en un mouvement pour approcher l’adolescent dont le bouillonnement apparaissait enfin, hurlant à sa surface, ne pouvait plus demeurer enfoui. Ses lèvres s’agitèrent, ne rejetant d’abord qu’un souffle sans mots, aucune phrase n’était prête à sortir. Il aurait voulu poser mille questions à l’air, des interrogations révoltées qui n’auront jamais de réponse car font partie du cours des choses, ainsi que disent les gens se contentant de l’état des faits. Mais il aurait eu besoin de les crier à sa gueule, ce qu’il n’était pas prêt à lui faire. Il ne méritait pas tel déversement, aurait-il ce besoin immense de se débarrasser de l’indécent surplus qui l’étouffait. *POURQUOI ?* Ses cordes vocales ne suivraient pas le mouvements. *Quel droit existe-t-il ?*
Au lieu de quoi, il enfouit simplement son visage sur le buste de son Beschützer et laissa les ardents filets de larmes sortir et couler abondamment, toute l’eau dont il avait refusé l’affleurement depuis plus d’une semaine. Les mouvements dont il était agité étaient parfaitement incontrôlés alors que les sanglots, la peine, la reconnaissance du bouleversement ; tout l’atteignait d’un coup pour prendre désormais l’empire sur son corps qui était devenu le véhicule de courants si puissants qu’ils lui échappaient. Seraient-ce des torrents, ils ne laveront tous les débris accumulés dans ses cavités. Néanmoins, cet effondrement, quelque part, en mettant fin à une tension trop longuement prolongée, était un soulagement.
Ce Conseil, ou sa version antérieure, depuis qu’il avait été institué, n’avait su que lui pourrir la vie ; et être irlandais ne le protégeait même pas. Pâques, arrachée, par deux fois. Son jour, celui où il rejoignait sa Source pour se renouveler. Au lieu de quoi il était asséché, assoiffé. Était-ce donc là la sensation d’un Lac drainé ? Ce n’étaient pas les seules chaînes dont il s’était senti entouré. Impossibilité de voyager sereinement à l’étranger, de s’y enrichir ou même d’y étudier. Pré-au-Lard fermé aux élèves sur une durée de plus d’un an. Quand tous ces séismes cesseront-ils ? La pire ironie était qu’en tant que Né-Sorcier, un statut qui aurait dû être en accord avec le nouveau régime, il avait toutefois l’impression d’en souffrir le plus. Il n’était aucunement lié par le sang à des moldus, et pourtant il ne saurait adhérer à toutes les évolutions subies avec impuissance ces dernières années. Quel gouvernement digne de ce nom prend des décisions en coup de tête pour les appliquer aussitôt, sans prévenir la population, sans anticiper, sans présenter ses plans et projets mois ou années au préalable ? S’autorise à toucher au calendrier académique en cours d’année ? N’auraient-ils pas pu attendre la rentrée de septembre, permettre un temps d’intégration ? Aucune consultation des sorciers : des impositions, encore et encore. Des êtres capricieux dirigeaient leur existence. Il leur suffisait de vouloir. N’existait-il pas des temps de paix quelque part en ce bas-Monde ?
Il aurait pu crier, hurler son désarroi. Si la nouvelle n’avait pas eu un tel pouvoir d’abattement sur lui il aurait utilisé la capacité de ses poumons pour exploser les oreilles de tout le monde à Poudlard. Au lieu de quoi, pas le moindre son n’avait franchi ses lèvres. Il s’était présenté aux cours de cette semaine supplémentaire voûté, absent, mutique ; ne répondant plus à quiconque lui aurait adressé la parole. Perdu, protégé au sein d’une dimension à laquelle lui seul avait accès. Traînant ; traîné. Dans son brouillard, il n’avait été capable que de quelques mots à l’intention de Opa qui s’était lui-même chargé de faire la réservation du Magicobus jusqu’au ferry. Sans ça, l’adolescent aurait très bien pu demeurer statique à Pré-au-Lard, dénué de toute volonté, pas même de faire quelques pas. Pour aller où ? Tout n’était-il pas déjà perdu, rompu, gâché ? Il n’avait même plus sa baguette pour l’invoquer puisque c’était justement cette volonté de confiscation du Conseil qui lui avait volé son Repère pascal, ses Racines.
Est-ce que la réservation de trajet par Opa suffirait ? Après tout ce bus avait été historiquement conçu pour les jeunes qui avaient le droit d’agiter leur baguette sans que ce ne soit considéré comme une pratique magique hors Poudlard à proprement parler. Il avait intérêt à le récupérer, au risque de le laisser s’abandonner à l’immobilité. S’il n’avançait ni ne reculait rien ne pourrait lui arriver. Son aïeul avait-il demandé à quelque membre de l’équipe responsable du château de faire le geste à sa place ? À moins que des parents à baguette l’aient sollicité, sans doute n’était-il pas le seul à l’attendre parmi ceux qui avaient dédaigné le train. En tout cas la première étape de son trajet ne parut pas compromise à l’heure où il s’installait dans ce moyen de locomotion magique qui devait le mener à Carinryan d’où un ferry permettait de relier l’Irlande, passant sûrement avant par les divers arrêts sollicités par les autres passagers. Il n’était même pas en état d’avoir des haut-le-cœur sous l’effet du mouvement bringuebalant du véhicule, fixant un horizon indéfini d’un regard absent. Incapable de se projeter en rien, il ne dirigeait son attention qu’au suivi de la feuille de route, disposé à ne plus penser ; continuant à suivre mentalement le compte à rebours de la période où il ne pouvait toujours pas se montrer, exploser.
De la terre à l’eau le transport moldu avait paru la meilleure alternative, il pouvait se l’accorder alors que ne se contentant pas de devises sorcières il avait aussi appris à manier la livre sterling ainsi que l’euro de sa terre natale. Le rythme tranquille de la traversée l’aida à maintenir sa régularité de souffle, l’invariance presque inhumaine qu’il avait revêtue depuis ces jours interminables qui avaient suivi le 24 mars, date à partir de laquelle il n’avait plus été capable de nier l’évidence qui avait frappé. Jusqu’alors il avait tenté de se duper avec la pensée obsédante selon laquelle cela n’arrivait, n’arriverait pas ; c’est ce qui avait permis de tenir. Un mince espoir était toujours permis tant que le pas n’était pas franchi, il s’était encore imaginé pouvoir retrouver le grandiose des compositions liturgiques d’orgue capable de faire vibrer les corps lors de la plus belle messe musicale de l’année, d’intérêt bien moindre la semaine successive. Privation répétée, le calendrier de Poudlard était déjà pensé pour ne jamais permettre l’écoute d’une Passion de Bach le soir-même de la Passion. Il s’était sûrement construit les mauvaises attaches, et en souffrait désormais.
Le rivage atteint, l’essentiel avait été parcouru, ne restait qu’une étape avant de réintégrer enfin son pays. Par ses choix, sans doute n’était-il pas un sorcier digne de ce nom au yeux de ce Conseil, privilégiant les routes moldues aux sorcières, mais il assumait cette inclination. À l’époque où les né-moldus avaient été épargnés du trajet du Poudlard Express, Hjúki y avait vu un privilège à l’égard de ses derniers. Être chez soi en un instant plutôt qu’au terme d’une traversée de plus de neuf heures au travers de l’île, complétées du chemin complémentaire menant au foyer était certainement préférable. De toute façon, rien n’affichait en surface qu’il abritait une énergie magique, si bien qu’en s’installant dans le bus reliant les capitales des deux Irlandes, nul n’accorda la moindre attention au jeune adulte, qui profita de ces deux heures de tranquillité pour s’assoupir, technique efficace de retrait.
Il avait été bien avisé de s’offrir cette brève période de repos, qui lui avait permis de recueillir la force d’avaler par transplanage la distance finale divisée en plusieurs sections ; d’autant qu’avec sa capacité détraquée de focalisation, un déplacement trop audacieux l’aurait littéralement coupé en morceaux ; et ce n’était pas un problème supplémentaire qu’il serait prêt à gérer. Vidant pleinement son esprit, au cas où quelque infime résidu qu’il n’était parvenu à chasser serait demeuré en son sein, il concentra l’entier de sa concentration sur les derniers kilomètres à avaler. Il n’avait peut-être pas sa baguette, mais il était majeur depuis plus d’un an et connaissait suffisamment ses terres pour choisir des stations sûres.
Arrivant au pas de porte il la poussa en un geste, sans frapper ni se manifester, le claquement ferme qui résonna dans son dos devait suffire. Rejoignant le séjour, chacun de ses pas avait été accompagné de l’accroissement des tremblements qui agitaient sa Silhouette qui en perdait les contours. Sur le fil depuis bien trop longtemps, il était parvenu au point de la scission. Son Opa se leva en un mouvement pour approcher l’adolescent dont le bouillonnement apparaissait enfin, hurlant à sa surface, ne pouvait plus demeurer enfoui. Ses lèvres s’agitèrent, ne rejetant d’abord qu’un souffle sans mots, aucune phrase n’était prête à sortir. Il aurait voulu poser mille questions à l’air, des interrogations révoltées qui n’auront jamais de réponse car font partie du cours des choses, ainsi que disent les gens se contentant de l’état des faits. Mais il aurait eu besoin de les crier à sa gueule, ce qu’il n’était pas prêt à lui faire. Il ne méritait pas tel déversement, aurait-il ce besoin immense de se débarrasser de l’indécent surplus qui l’étouffait. *POURQUOI ?* Ses cordes vocales ne suivraient pas le mouvements. *Quel droit existe-t-il ?*
Au lieu de quoi, il enfouit simplement son visage sur le buste de son Beschützer et laissa les ardents filets de larmes sortir et couler abondamment, toute l’eau dont il avait refusé l’affleurement depuis plus d’une semaine. Les mouvements dont il était agité étaient parfaitement incontrôlés alors que les sanglots, la peine, la reconnaissance du bouleversement ; tout l’atteignait d’un coup pour prendre désormais l’empire sur son corps qui était devenu le véhicule de courants si puissants qu’ils lui échappaient. Seraient-ce des torrents, ils ne laveront tous les débris accumulés dans ses cavités. Néanmoins, cet effondrement, quelque part, en mettant fin à une tension trop longuement prolongée, était un soulagement.
3 avr. 2021, 20:01
Gigue Pendulaire II
PV Hjúki Anastase/Circéia Alekhina
La chance...appelez cela le destin si vous voulez, moi, je préfère la chance, davantage porteuse de sens. Il me fallait un stage au plus vite, quelque chose d’intéressant. Une façon de leur en mettre plein la vue. J’avais mal digéré l’humiliation de ne pas être en tête de liste pour le premier. Et si Edimbourg m’avait comblée, j’en gardais cependant l’amertume dans un coin de ma tête. Une Circéia dans cet état s’avère par nature extrêmement dangereuse. Et là, au hasard des recherches dans le lot de petites annonces volant dans le patio de l’institut, lieu privilégié de l’information étudiante, cluster à bons tuyaux pour qui savait chiner, je mis la main sur une affaire en sang de dragon. Cibellius Forteruine, Notaire associé. Mais cette étude cachait une autre réalité derrière sa façade moldue : un centre de recherche en classement de dossiers, autrement dit une activité très pointue, en logique fondamentale comme en magie. Mon sang pur n’avait fait qu’un tour. Et comme j’avais disons... des entrées dans le milieu, Madame Cunningham connaissant Cibellius, j’avais obtenu une entrevue.
- Attention Circéia, c’est un vieux grincheux, il ne faudra pas rater l’entretien alors aucune fantaisie, du factuel, du sérieux et surtout de la sobriété. Je vous déconseille le vert, trop aristocratique. Portez donc du noir, c’est passe partout…
Mais s’il n’y avait eu que cette chance-là… l’étude était en… Irlande, et pas si loin que cela de Galway. Une aubaine. J’obtins de Monsieur d’Arby la permission de ne pas venir en cours les jeudi 29 et vendredi 30 mars. Jouer sur mon état fut d’une facilité déconcertante, privilège du blessé. Après tout, il fallait bien user des opportunités offertes par l’existence. Comme elle me l’avait promis, Madame Cunningham m’emmena à Killarney, ville où se situait le centre caché. Nous passâmes la soirée de jeudi à souper puis bavarder longuement mais elle devait retourner le lendemain à Edimbourg aussi dus-je aller seule rencontrer mon futur « patron ».
Pour un grincheux, je dois admettre que j’en découvris un spécimen assez caricatural. Mais avec les informations d’Eléonore et un peu d’habileté féminine, je décrochai le stage sans réelle difficulté. Bien sûr, je ne parlai pas de mes combats perdus d’avance avec le calcul mental mais je sentais que je pourrais faire l’affaire. Et travailler si proche de Galway permettait, même sur peu de temps, de multiples opportunités si besoin. Ma semaine se passait à merveille, de retour à l’ISDM, couronnée d’un rapport élogieux alors qu’Amendola avait manifestement raté un certain nombre de choses, ce stage dans la poche, et cette fin de semaine dans la famille de Hjúki… j’étais aux anges. En outre, j’avais en poche des sujets tout trouvés pour alimenter la conversation. Moi qui ne causait d’habitude pas beaucoup, j’allais pouvoir demander des informations sur les endroits à visiter, les bonnes adresses pour manger, boire… les lieux d’Irlande où la communauté sorcière se retrouvait… même si ce n’était pas forcément ce que je recherchais en priorité.
J’avais cependant négligé un détail… Killarney se trouvait finalement assez loin de Galway, surtout par des moyens moldus car je ne pouvais toujours pas me déplacer seule autrement, satanées jambes.... Les routes de l’île, vite étroites, ne permettaient pas des vitesses folles et je devrais bien calculer mon arrivée, en mettant tout d’abord la main sur un moyen de transport efficace. Le patron de l’hôtel me conseilla le taxi, « ces nouveaux engins à hydrogène sont très confortables, quand ils n’explosent pas ». Je fus à moitié rassurée mais je n’avais pas vraiment le choix. Ayant sur moi deux liasses de leur monnaie courante, je pus payer d’avance la course. Affaire réglée le vendredi matin, resta l’entretien qui mangea tout le reste de la journée, pas de promenade dans le parc de la ville, lieu classé s’il vous plaît ! Je ne pus en voir ne fut-ce que l’entrée. Trop tard.
- Mademoiselle, je vais vous faire confiance. Pensez juste à ne pas user votre énergie à masquer le problème, c’est du temps perdu. Dans ma maison, personne ne vous jugera là-dessus.
Sympathique attention, pas très délicate car s’il voulait que je donne mon maximum, il aurait pu me le faire comprendre d’une autre manière. Et s’il se moquait de mon allure, ce n’était pas plus habile que de le confesser de la sorte. Je vivais entourée de gens pour qui cela ne comptait pas. Moi, j’étais toujours plus cette animale blessée. Et tous mes efforts portaient sur l’éradication de ce venin, sa destruction à tout prix. Pour lui, pour moi. Pour lui.
Le samedi matin de ce jour-là passa en rangements de ma valise, contenant le précieux cadeau aux parents, et en gestes de femme pour mettre en ordre une robe voulue sobre, élégante, montrant qui j’étais et surtout n’étais pas. J’allais faire mon entrée en un autre clan, je ne saurais échouer. Et de toute manière, la semaine ne pouvait mal se terminer, elle avait été trop belle, ma destinée traçait sa route sans anicroches. Pour une fois.
Je ne donnai pas au chauffeur l’adresse exacte, on ne sait jamais. Et dus par le fait marcher le dernier kilomètre. Comme une procession. Sans prêter gare au jardin ou au style général, j’avisai la porte. Que je frapperais d’une main sans gant, et surtout pas avec ma canne. J’y étais enfin, après toutes ces semaines sans lui, qui me manquait tant. Mon aimé. Comment pourrais-je lui parler sans prononcer ces mots ? Mille fois j’y avais médité, sans trouver de réponse convenable. C’était un guêpier, la nécessité, poussée par cet amour malhabile et puissant. Hjúki.
Toc toc...
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
31 Mars 2046
La chance...appelez cela le destin si vous voulez, moi, je préfère la chance, davantage porteuse de sens. Il me fallait un stage au plus vite, quelque chose d’intéressant. Une façon de leur en mettre plein la vue. J’avais mal digéré l’humiliation de ne pas être en tête de liste pour le premier. Et si Edimbourg m’avait comblée, j’en gardais cependant l’amertume dans un coin de ma tête. Une Circéia dans cet état s’avère par nature extrêmement dangereuse. Et là, au hasard des recherches dans le lot de petites annonces volant dans le patio de l’institut, lieu privilégié de l’information étudiante, cluster à bons tuyaux pour qui savait chiner, je mis la main sur une affaire en sang de dragon. Cibellius Forteruine, Notaire associé. Mais cette étude cachait une autre réalité derrière sa façade moldue : un centre de recherche en classement de dossiers, autrement dit une activité très pointue, en logique fondamentale comme en magie. Mon sang pur n’avait fait qu’un tour. Et comme j’avais disons... des entrées dans le milieu, Madame Cunningham connaissant Cibellius, j’avais obtenu une entrevue.
- Attention Circéia, c’est un vieux grincheux, il ne faudra pas rater l’entretien alors aucune fantaisie, du factuel, du sérieux et surtout de la sobriété. Je vous déconseille le vert, trop aristocratique. Portez donc du noir, c’est passe partout…
Mais s’il n’y avait eu que cette chance-là… l’étude était en… Irlande, et pas si loin que cela de Galway. Une aubaine. J’obtins de Monsieur d’Arby la permission de ne pas venir en cours les jeudi 29 et vendredi 30 mars. Jouer sur mon état fut d’une facilité déconcertante, privilège du blessé. Après tout, il fallait bien user des opportunités offertes par l’existence. Comme elle me l’avait promis, Madame Cunningham m’emmena à Killarney, ville où se situait le centre caché. Nous passâmes la soirée de jeudi à souper puis bavarder longuement mais elle devait retourner le lendemain à Edimbourg aussi dus-je aller seule rencontrer mon futur « patron ».
Pour un grincheux, je dois admettre que j’en découvris un spécimen assez caricatural. Mais avec les informations d’Eléonore et un peu d’habileté féminine, je décrochai le stage sans réelle difficulté. Bien sûr, je ne parlai pas de mes combats perdus d’avance avec le calcul mental mais je sentais que je pourrais faire l’affaire. Et travailler si proche de Galway permettait, même sur peu de temps, de multiples opportunités si besoin. Ma semaine se passait à merveille, de retour à l’ISDM, couronnée d’un rapport élogieux alors qu’Amendola avait manifestement raté un certain nombre de choses, ce stage dans la poche, et cette fin de semaine dans la famille de Hjúki… j’étais aux anges. En outre, j’avais en poche des sujets tout trouvés pour alimenter la conversation. Moi qui ne causait d’habitude pas beaucoup, j’allais pouvoir demander des informations sur les endroits à visiter, les bonnes adresses pour manger, boire… les lieux d’Irlande où la communauté sorcière se retrouvait… même si ce n’était pas forcément ce que je recherchais en priorité.
J’avais cependant négligé un détail… Killarney se trouvait finalement assez loin de Galway, surtout par des moyens moldus car je ne pouvais toujours pas me déplacer seule autrement, satanées jambes.... Les routes de l’île, vite étroites, ne permettaient pas des vitesses folles et je devrais bien calculer mon arrivée, en mettant tout d’abord la main sur un moyen de transport efficace. Le patron de l’hôtel me conseilla le taxi, « ces nouveaux engins à hydrogène sont très confortables, quand ils n’explosent pas ». Je fus à moitié rassurée mais je n’avais pas vraiment le choix. Ayant sur moi deux liasses de leur monnaie courante, je pus payer d’avance la course. Affaire réglée le vendredi matin, resta l’entretien qui mangea tout le reste de la journée, pas de promenade dans le parc de la ville, lieu classé s’il vous plaît ! Je ne pus en voir ne fut-ce que l’entrée. Trop tard.
- Mademoiselle, je vais vous faire confiance. Pensez juste à ne pas user votre énergie à masquer le problème, c’est du temps perdu. Dans ma maison, personne ne vous jugera là-dessus.
Sympathique attention, pas très délicate car s’il voulait que je donne mon maximum, il aurait pu me le faire comprendre d’une autre manière. Et s’il se moquait de mon allure, ce n’était pas plus habile que de le confesser de la sorte. Je vivais entourée de gens pour qui cela ne comptait pas. Moi, j’étais toujours plus cette animale blessée. Et tous mes efforts portaient sur l’éradication de ce venin, sa destruction à tout prix. Pour lui, pour moi. Pour lui.
Le samedi matin de ce jour-là passa en rangements de ma valise, contenant le précieux cadeau aux parents, et en gestes de femme pour mettre en ordre une robe voulue sobre, élégante, montrant qui j’étais et surtout n’étais pas. J’allais faire mon entrée en un autre clan, je ne saurais échouer. Et de toute manière, la semaine ne pouvait mal se terminer, elle avait été trop belle, ma destinée traçait sa route sans anicroches. Pour une fois.
Je ne donnai pas au chauffeur l’adresse exacte, on ne sait jamais. Et dus par le fait marcher le dernier kilomètre. Comme une procession. Sans prêter gare au jardin ou au style général, j’avisai la porte. Que je frapperais d’une main sans gant, et surtout pas avec ma canne. J’y étais enfin, après toutes ces semaines sans lui, qui me manquait tant. Mon aimé. Comment pourrais-je lui parler sans prononcer ces mots ? Mille fois j’y avais médité, sans trouver de réponse convenable. C’était un guêpier, la nécessité, poussée par cet amour malhabile et puissant. Hjúki.
Toc toc...
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
4 avr. 2021, 11:34
Gigue Pendulaire II

Cœur-de-Lune en vrac,
Quelle Sève lui sera ?
Quelle Sève lui sera ?
Le sel si corrosif l’avait érodé de l’intérieur, rongé ses veines jusqu’au Cœur, et les stries qui marquaient ses joues de leur passage humide étaient chargées de ce sel qui avait trouvé une porte de sortie, s’évacuait au profit de l’équilibre de ses eaux au goût devenu intenable par cette teneur excessive ; en rien potable, en rien supportable. Le souci d’essuyer son visage, de contenir les coulées de larmes qui jaillissaient hors de ses Perles-de-Nótt noyées par l’inondation, les traînées de morve qui sortaient de son nez, des filets de bave qui glissaient de ses commissures entrouvertes était bien loin des préoccupations de l’adolescent déversant, dégoulinant, hoquetant. Il était bien parti pour finir noyé par ses propres fluides asphyxiants à force de s’exfiltrer sans fin. Tout en maintenant un bras autour de son Enkel, son aïeul eut toutefois le soin de sortir un mouchoir pour absorber au moins en surface ce surplus, même s’il avait bien conscience que le problème était enraciné et que l’envahissement qui torturait le jeune homme avait seulement choisi la première voie d’expression possible, purement physique, alors qu’il n’avait pas les forces de former les phrases qui expliqueraient son désarroi. Son Opa comprenait bien que ce n’étaient pas non plus les mots qui seraient son secours, sa consolation. Alors que la production de ces puissants jaillissements, éclaboussures du Cœur puisait de façon croissante en lui, la tenue de Hjúki perdait de plus en plus en fermeté. Le guidant dans son inéluctable descente, l’aîné descendit à son rythme jusqu’à ce qu’ils atteignent tout deux le sol. L’enfant ayant pivoté, il collait son dos contre le buste plus imposant, se faisant entourer par devant des bras familiers et doux de son Beschützer qui le maintenait en silence, faisant sentir sa présence par le toucher étendu tout le long de leurs corps. Les coulures étaient devenues intermittentes, tantôt cessant, tantôt reprenant anarchiquement pour quelques instants, comme si le calme n’était pour le moment que le fruit d’un tarissement, non d’une sérénité retrouvée. Suivant ses balancements, ses cahotements, Opa ne le lâchait pas ; écoutait l’évolution de ses tremblements en indication presque sismographique de son état. Le temps de cette fusion est incalculable, emplis tous deux de la conscience qu’ils étaient l’un pour l’autre dans la mesure de leurs pouvoirs. Prépare-t-on le Monde pour l’enfant, ou prépare-t-on l’enfant pour le Monde ? Pour l’heure, certains ébranlements massifs étaient trop incontrôlables pour les contenir, il fallait s’occuper de ceux à l’échelle humaine.
Le heurt du bois coupa le lien, perçu selon deux prismes différents, l’un inerte pas le moins du monde disposé à bouger d’un millimètre et le second apte à traiter l’information et l’arrivée qu’elle indiquait. Le plus jeune fit tout de même émerger une minuscule parcelle hors de l’eau par un « hum » cassé et compréhensible de son seul Opa. Il lui accordait de s’éloigner momentanément pour s’en occuper puisque lui ne le ferait pas. Délicatement l’aîné se détacha très progressivement pour que la perte de contact ne créé par un choc trop brusque et se leva, laissant son Enkel qui avait ramené ses jambes contre son buste et les serrait de ses bras, une posture des plus refermées qui lui faisait prendre le moins de place possible. Si le vertige qui les habitait n’était pas tout à fait de même nature, le vieil homme le perçut clairement alors qu’il se dirigeait vers la porte d’où avait été émis le son de la rupture. La perte d’une ancre, tirant sur la chaîne invisible en craignant à chaque pas supplémentaire d’arriver au stade où elle céderait. Ses pensées étaient loin de la préoccupation de l’invitée qui s’était annoncée, l’adolescent avait pris toute la place ; même si germait un soupçon de méfiance. Le moment n’était clairement pas idéal, et il y avait risque de bousculer la situation, et fort possiblement en pire. L’équilibre de Hjúki avait été fragilisé au point qu’il y avait de quoi douter de sa capacité à intégrer un nouvel élément dans son paysage. La laisser traîner sur le perron et impliquer une insistance n’étant pas une solution, le risque était à prendre en la laissant entrer, la Sphère de Hjúki serait-elle actuellement impénétrable.
Essayant de composer une mine qui ne présupposât pas ce qui était en train d’arriver, même si son haut tout humidifié des flots de son Enkel était difficilement dissimulable, il ouvrit sans tarder ; ne prenant même pas la peine d’exploiter les détails entourant l’étudiante qui pénétra son champ de vision.
« Vous devez être Circéia Serguéïeva Alekhina. »
Selon un processus se vérifiant bien souvent, l’émotion a tendance à faire ressortir les intonations de la langue maternelle, et les origines extérieures sont parfaitement décelables en ces quelques syllabes. D’un signe il l’invite à entrer, trop inquiet pour se comporter en hôte prévenant il montre de simples mouvements tacites les lieux de l’entrée où elle peut de désister de ses premiers effets. Qu’elle ne perde pas de temps en conventions ou simagrées engoncées. L’heure était à la directivité.
4 avr. 2021, 19:59
Gigue Pendulaire II
Arrivée manifestement impromptue. La porte s’ouvre, un homme âgé me désigne comme je me suis nommée à eux. Un instinct me guide... Alexandre, mon petit frère, ayant eu des moments de dérive comportementale entraînant des débordements assez difficiles à canaliser, la famille a dû apprendre à gérer ces soubresauts. Il se passe quelque chose. J’en étais encore il y a très peu à penser la manière de me présenter mais je comprends que l’urgence est ailleurs. C’est… déstabilisant mais dans un même élan, je suis le mouvement, entre retenue et suivi.
- Bonjour Monsieur…
Je n’en dis pas plus, entrant dans une demeure en ébullition discrète. Et l’inquiétude m’envahit. Il m’a prévenue, des explosions impossibles à contenir, une sorte de… perte de soi… je ne me souviens pas exactement les mots mais la sensation paraissait claire. Peut-être en est-il l’objet en l’instant ? Alors mon arrivée est pour le moins mal posée dans le temps… Ne rien montrer, me laisser guider, de toutes façons je dois composer, n’étant pas chez moi. Jamais la vie ne se déroule comme dans nos rêves, à peine ici et déjà dans un marasme inattendu, une dérobade imprévue. Mon petit chapeau, et son voile si élégant, que j’ai tant soigné pour qu’il donne de moi une apparence sans âge, voulant inconsciemment me vieillir, peut-être… et ma tenue, toujours ce vert assuré, velours épais, manteau éternellement sobre. Rien ne compte, je le sens, son esprit est ailleurs. J’entre. Et sens bien que je suis le cadet des soucis du présent, ce que je comprends sans doute mais la chose est un peu bizarre. A l’évidence je pourrais aider mais encore faudrait-il savoir quoi faire, comment et où. Hjúki ne m’a rien dit, je ne sais pas et suis en outre moi-même un peu lasse. Je me mens, portée par une semaine frénétique mais le temps passé a entamé mes réserves. Ce que vivent les femmes avec une régularité métronomique use parfois, et certaines souvent. J’en suis sortie pour le mois mais avec fatigue. Et sens mon incapacité à donner tout sans calcul. Je le ferai, il le faut, ce sera au détriment du reste. Serrer les dents, taire ce qui ne peut être révélé car … méprisé. Je suis une femme, pardonnez-moi, sorcière de sexe féminin.
J’ai remarqué son visage souillé par je ne sais trop quoi. Ne rien dire, se laisser porter. Il m’a nommée pour ce que je suis. Avec un accent étranger, dans une langue que je ne connais pas, d’Europe centrale peut-être mais laquelle. Un terrain sans repères, d’un seul coup plongée dans un ailleurs inconnu. Attendre, sans en donner l’impression, les instants durent des heures, une chatte sur un toit brûlant. Je sens mon visage prendre une couleur dérangeante, celle de la gêne, le rouge imperceptible et pourtant si présent. J’ai honte, comme une impromptue, l’invitée de trop. Il a l’air préoccupé et je ne sais par quel bout commencer pour servir à quelque chose. Cette fichue canne qui m’oblitère. Et mon ignorance. En d’autres circonstances, j’engagerais la conversation, ne fut-ce que pour initier. Mais l’instinct me le défend. Le silence est lourd, il paraît judicieux. Mes souliers, faits de talons faisant de moi un être presque normal, je gagne deux centimètres, sont figés au sol, un pas dedans, sans permettre de fermer la porte. Pas encore. J’attends le signe ultime, pensant qu’il ne m’appartient pas de fermer le donjon. D’une manière ou d’une autre, je dérange. Que ce soit l’exception ou que ce soit la règle, je suis l’aléa dans la potion, le remords dans la concentration, je suis l’imprévu, dans tous les sens du terme.
Mon sac posé, j’attends qu’il me dise quoi faire, les chevilles un peu hésitantes, me donnant un air presque séduisant. A mon âge, on peut aisément donner l’impression de voler. Je domine. A mon corps défendant. Ce n’est pas mon but, juste me fondre parmi les gens, être là, sans peser. Exister, sans troubler.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
- Bonjour Monsieur…
Je n’en dis pas plus, entrant dans une demeure en ébullition discrète. Et l’inquiétude m’envahit. Il m’a prévenue, des explosions impossibles à contenir, une sorte de… perte de soi… je ne me souviens pas exactement les mots mais la sensation paraissait claire. Peut-être en est-il l’objet en l’instant ? Alors mon arrivée est pour le moins mal posée dans le temps… Ne rien montrer, me laisser guider, de toutes façons je dois composer, n’étant pas chez moi. Jamais la vie ne se déroule comme dans nos rêves, à peine ici et déjà dans un marasme inattendu, une dérobade imprévue. Mon petit chapeau, et son voile si élégant, que j’ai tant soigné pour qu’il donne de moi une apparence sans âge, voulant inconsciemment me vieillir, peut-être… et ma tenue, toujours ce vert assuré, velours épais, manteau éternellement sobre. Rien ne compte, je le sens, son esprit est ailleurs. J’entre. Et sens bien que je suis le cadet des soucis du présent, ce que je comprends sans doute mais la chose est un peu bizarre. A l’évidence je pourrais aider mais encore faudrait-il savoir quoi faire, comment et où. Hjúki ne m’a rien dit, je ne sais pas et suis en outre moi-même un peu lasse. Je me mens, portée par une semaine frénétique mais le temps passé a entamé mes réserves. Ce que vivent les femmes avec une régularité métronomique use parfois, et certaines souvent. J’en suis sortie pour le mois mais avec fatigue. Et sens mon incapacité à donner tout sans calcul. Je le ferai, il le faut, ce sera au détriment du reste. Serrer les dents, taire ce qui ne peut être révélé car … méprisé. Je suis une femme, pardonnez-moi, sorcière de sexe féminin.
J’ai remarqué son visage souillé par je ne sais trop quoi. Ne rien dire, se laisser porter. Il m’a nommée pour ce que je suis. Avec un accent étranger, dans une langue que je ne connais pas, d’Europe centrale peut-être mais laquelle. Un terrain sans repères, d’un seul coup plongée dans un ailleurs inconnu. Attendre, sans en donner l’impression, les instants durent des heures, une chatte sur un toit brûlant. Je sens mon visage prendre une couleur dérangeante, celle de la gêne, le rouge imperceptible et pourtant si présent. J’ai honte, comme une impromptue, l’invitée de trop. Il a l’air préoccupé et je ne sais par quel bout commencer pour servir à quelque chose. Cette fichue canne qui m’oblitère. Et mon ignorance. En d’autres circonstances, j’engagerais la conversation, ne fut-ce que pour initier. Mais l’instinct me le défend. Le silence est lourd, il paraît judicieux. Mes souliers, faits de talons faisant de moi un être presque normal, je gagne deux centimètres, sont figés au sol, un pas dedans, sans permettre de fermer la porte. Pas encore. J’attends le signe ultime, pensant qu’il ne m’appartient pas de fermer le donjon. D’une manière ou d’une autre, je dérange. Que ce soit l’exception ou que ce soit la règle, je suis l’aléa dans la potion, le remords dans la concentration, je suis l’imprévu, dans tous les sens du terme.
Mon sac posé, j’attends qu’il me dise quoi faire, les chevilles un peu hésitantes, me donnant un air presque séduisant. A mon âge, on peut aisément donner l’impression de voler. Je domine. A mon corps défendant. Ce n’est pas mon but, juste me fondre parmi les gens, être là, sans peser. Exister, sans troubler.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
5 avr. 2021, 00:26
Gigue Pendulaire II
Fébrile, déchiré entre deux feux. Entre le souci de savoir son Enkel laissé seul derrière lui et celui d’accueillir convenablement la nouvelle venue. Il sera question d’équilibre pour ne pas délaisser ni l’un ni l’autre. D’abord une fille unique, puis le fils unique de cette dernière… Le vieil homme n’avait pas été habitué à s’occuper de plus d’un enfant à la fois et se trouvait à la croisée où tout en étant un, il fallait ingénier pour parvenir à s’occuper de multiples objets d’attention. L’enseignement magique forme mieux au mono-tâche. En effet, quand les Potionistes gèrent un unique chaudron à la fois, les cuisiniers moldus sont capable de mener de front plusieurs foyers. Les baguettes ne permettent a priori que le jet d’un unique sort à la fois, les possibilités d’amalgames sont fort méconnues. Cette unicité serait-elle signe de puissance ? Zeus possède un foudre balançant les traits selon une unique trajectoire, tandis que Poséidon le secondant en hiérarchie possède le trident permettant de faire jaillir sa force selon une dispersion triple. Il ne pouvait pas se dédier à moitié au deux, diviser sa complétude. Pour les quelques instants immédiats, ce sera l’étudiante ; le jeune homme avait été avisé de la nécessité de son éloignement temporaire.
« Comme vous le savez, j’ai dû vous faire part d’un changement de dernière minute. Si vous avez su faire montre de compréhension, mon Enkel en a été…ébranlé. »
Inclinant la nuque vers son vêtement trempé qui était déjà parlant à sa façon, il poursuivit.
« Cela implique une réceptivité altérée, je ne sais à quel point il vous considère comme familière, mais il serait susceptible de vous repousser. »
Autant qu’elle soit prévenue que le moment des retrouvailles risquait d’être fort particulier, loin de… quelles qu’aient été ses attentes. Car il n’allait pas l’éloigner du séjour si longuement que cela, même en retardant par des détails d’installation. Elle devait être terriblement frileuse pour arborer un manteau en printemps, à moins qu’il n’ait subi quelque altération magique pour la régulation thermique et qu’elle le portait simplement pour l’effet de style, le paraître. Il l’invita à s’en décharger, la contournant pour refermer la porte que l’écossaise avait laissé baillante derrière elle. Et l’enjoignit à le suivre le long du couloir pour lui permettre de se décharger de ce qu’elle avait apporté de bagages. Sûrement quelque peu pressé de rejoindre le garçon, l’ayant menée à la porte de sa chambre – à l’opposé et tout à fait distante de celle de Hjúki à laquelle ce dernier n’a d’ailleurs toujours pas touchée depuis son retour – il l’entrouvrit et s’excusa rapidement.
« Je vous laisse y déposer ou installer ce qu’il faut, vous pourrez nous rejoindre dans le séjour. »
L’ouverture sans porte n’a pas pu être manquée alors qu’ils étaient passé devant en rejoignant la pièce qui avait préparée pour la jeune femme. Il n’a pas détaillé mais a au moins songé au minimum pour ne pas faire mauvais accueil, suppose-t-il. Il est si peu expérimenté à la confrontation de préoccupations aussi peu compatibles ; mais une partie de lui craint les conséquences sur son Enkel s’il venait à se penser entièrement sans repères en cette période si délicate qui avait corrodé ses fondations. Il s’autorise à croire qu’elle comprendra le transfert, la nécessité de s’éclipser le premier, d’annoncer son arrivée avant qu’elle n’apparaisse. Préparer un terrain miné. Elle ne devrait pas avoir besoin de son regard observateur pour poser ses valises.
Revenant sur ses pas, il approcha de nouveau l’adolescent qui semblait s’être renfermé, quoiqu’il relevât tout de même la tête au moment où son Opa se posa en face de lui.
« Elle est entrée et ne tardera pas. »
Silence. Son visage tout barbouillé a cessé d’être alimenté mais les rougeurs montrent bien à quel point les afflux sont récents. Il a vraisemblablement entendu l’annonce mais ne réagit pas. Il paraît avoir glissé en phase mutique, où il ne souhaite pas parler ni communiquer avec quiconque, pas même à son aïeul. Cela a atteint sa conscience, mais il n’a juste pas l’impulsion.
« Comme vous le savez, j’ai dû vous faire part d’un changement de dernière minute. Si vous avez su faire montre de compréhension, mon Enkel en a été…ébranlé. »
Inclinant la nuque vers son vêtement trempé qui était déjà parlant à sa façon, il poursuivit.
« Cela implique une réceptivité altérée, je ne sais à quel point il vous considère comme familière, mais il serait susceptible de vous repousser. »
Autant qu’elle soit prévenue que le moment des retrouvailles risquait d’être fort particulier, loin de… quelles qu’aient été ses attentes. Car il n’allait pas l’éloigner du séjour si longuement que cela, même en retardant par des détails d’installation. Elle devait être terriblement frileuse pour arborer un manteau en printemps, à moins qu’il n’ait subi quelque altération magique pour la régulation thermique et qu’elle le portait simplement pour l’effet de style, le paraître. Il l’invita à s’en décharger, la contournant pour refermer la porte que l’écossaise avait laissé baillante derrière elle. Et l’enjoignit à le suivre le long du couloir pour lui permettre de se décharger de ce qu’elle avait apporté de bagages. Sûrement quelque peu pressé de rejoindre le garçon, l’ayant menée à la porte de sa chambre – à l’opposé et tout à fait distante de celle de Hjúki à laquelle ce dernier n’a d’ailleurs toujours pas touchée depuis son retour – il l’entrouvrit et s’excusa rapidement.
« Je vous laisse y déposer ou installer ce qu’il faut, vous pourrez nous rejoindre dans le séjour. »
L’ouverture sans porte n’a pas pu être manquée alors qu’ils étaient passé devant en rejoignant la pièce qui avait préparée pour la jeune femme. Il n’a pas détaillé mais a au moins songé au minimum pour ne pas faire mauvais accueil, suppose-t-il. Il est si peu expérimenté à la confrontation de préoccupations aussi peu compatibles ; mais une partie de lui craint les conséquences sur son Enkel s’il venait à se penser entièrement sans repères en cette période si délicate qui avait corrodé ses fondations. Il s’autorise à croire qu’elle comprendra le transfert, la nécessité de s’éclipser le premier, d’annoncer son arrivée avant qu’elle n’apparaisse. Préparer un terrain miné. Elle ne devrait pas avoir besoin de son regard observateur pour poser ses valises.
Revenant sur ses pas, il approcha de nouveau l’adolescent qui semblait s’être renfermé, quoiqu’il relevât tout de même la tête au moment où son Opa se posa en face de lui.
« Elle est entrée et ne tardera pas. »
Silence. Son visage tout barbouillé a cessé d’être alimenté mais les rougeurs montrent bien à quel point les afflux sont récents. Il a vraisemblablement entendu l’annonce mais ne réagit pas. Il paraît avoir glissé en phase mutique, où il ne souhaite pas parler ni communiquer avec quiconque, pas même à son aïeul. Cela a atteint sa conscience, mais il n’a juste pas l’impulsion.
5 avr. 2021, 11:51
Gigue Pendulaire II
Je le suis. En tout je le suis. Dans un couloir dont je fais en sorte de ne rien observer, qui serais-je pour commenter ce qu’on me donne à voir ? Que je sois dans un manoir typiquement sorcier de sang pur, que la bâtisse soit reliquat de vieux nobles moldus, je ne fais pas la différence. Et ne juge pas les êtres sur leur apparence, leurs habitudes. Mes parents m’ont enseigné à ne jamais dévisager quoique ce soit. Et si je confesse avoir amplement dérogé à la règle avec mon aimé, c’est juste la cause ultime qui m’y autorisa. Dans quel état le verrai-je ? Et d’abord quand ? Tant de jours passés à trouver les moyens de ne pas y penser. L’esprit sorcier est remarquable quand il est décidé à éviter la douleur, il ferme les yeux sur les offenses, fuit le mal bien intentionné ; j’ai refusé de compter les jours, même le report fut perçu comme une péripétie. Que j’aimerais avoir les yeux bleus turquoise, du genre qu’on décrit dans les livres, inspirant douceur et tempérance. Je suis une harpie, marâtre dans un corps d’enfant à peine grandie, voilà aux yeux du monde ce que je donne à voir. Rebecca. Ou pire encore, sa bonne, sa femme de chambre, sa fidèle aux allures de jalouse éprise du maître de céans. Une sorcière, au sens moldu du mot, la méchanceté gratuite, l’horreur en majesté. Je ne saurais pas même dire si le sol dégénère sous l’effet de mes pas, grince ou émet un son, le passage d’un sabot. Enlever mes souliers qui commencent à peser, enfiler ces chaussons aux semelles adhérentes et à la laine si douce. Noirs, entourés d’un rideau de fine fourrure presque invisible. Des filets du diable...ou un piège de cet ordre. Quelque chose m’enlace ici, on me craint. Me redoute et cherche à me distraire de ma raison ici. La pièce est accueillante et elle est bien la seule, ici. Je pose donc ma valise, mon sac, mon baluchon, ici. Dedans trône le balai que je viens d’acquérir, pour ici. Oh, je ne l’amenais pas pour lui faire de l’effet. Une idiotie de plus, braver la maladie. Car il n’est pas le seul à souffrir de la vie. Et j’ai eu l’élégance de le laisser m’aider. Je suis mal payée en retour, suspicion, méfiance. Je tombe mal, j’ai compris. Aurais-je même dû venir ? Garder en moi le doute, je ne reculerai pas, si aimer signifie mourir de ridicule, de honte et de repli, alors je le ferai. Après tout, l’extérieur n’est en rien important. Ce qui compte est dedans. Le poids du coeur, la matière qu’il ébranle, tous ces mots éprouvés qu’on ne prononce jamais. Et quand on en dit un, on le paye pour la vie. Un seul. Le mot de trop. Voilà, jamais il ne faudrait laisser son coeur parler, on finit rejetée, mal jugée, condamnée.
Que croit-il le vieil homme ? Que je serais stupide au point de ne savoir quoi faire de mon aimé ? Si ma vie est d’aimer au point de supporter toutes les humiliations, qu’il en soit ainsi. S’il souffre, je souffrirai, s’il va ailleurs, mes yeux regarderont ailleurs, s’il me quitte, j’attendrai. Et s’il n’a rien compris, alors il comprendra. Au dernier jour il comprendra. Trop tard il comprendra. Mais il comprendra. Je ne suis qu’une gamine, un amour de passage. Ou pire encore, un rien que le vent soufflera, la chandelle vacillante de ces mois de nos vies. Trop jeune. Trop jeune pour savoir aimer, trop jeune pour ouvrir son coeur sans laisser exploser la fureur qu’il contient. Egarée, bouillonnante de ce mépris discret. Je gêne. Oh oui, je gêne, tout au plus faire valoir d’une autre histoire que moi. Ligne de basse. Avant d’y retourner, mes yeux sont attirés par ce qu’ils voient dehors. Il fait nuit, ou presque, je ne sais, on me reprochera de ne pas pouvoir dire l’exacte situation, aurore ou crépuscule, soir ou nuit commençante. J’aurais tort, par nature j’aurai tort. Car je suis femme, jeune, ignorante, engoncée dans ses livres qui ne disent que le droit. Et même mes lectures ne sont que vanité, poudre aux yeux larmoyantes, surchargées d’adjectifs. Insipides. A bien se demander ma raison d’être ici. Faire front.
C’est la nuit, tôt ici elle déploie ses manifestations. Des souris chauves traversent le ciel noir, donnez-moi à voir et j’ouvrirai les yeux. Eteignez le soleil, mon âme s’évanouira. Je ne suis pas factice, pas plus superficielle. Mes mots ne sont pas gros, mes envies je les use au service du destin que la vie m’a fixé. Il n’est pas loin et bientôt je verrai mon promis, à nouveau. Tous ces jours je me suis demandée s’il fallait l’embrasser, poser lèvres sur lèvres, ou tendre l’autre joue. La réponse est écrite, se tenir à distance. Ce qui éloignera tout sens interdit par la loi, du corps ou des manières. Ils se ressemblent tous, les garçons, cheveux à peine coiffés, tenue de voyou calme. Des airs de brute épaisse laissant à la surface un coeur qu’ils prétendent dur. Depuis l’enfance j’aime décaler les sons, délasser les esprits, un thérémine. Que croit-il le vieil homme ? Que je vais me laisser emporter par ses mains ? Il ne me touchera pas, pas avant d’avoir dit les mots qu’on dit ainsi, quand l’amour est si grand qu’on engage sa conscience, toute sa vie et pas un jour ou deux. S’il veut vraiment de moi, il devra l’énoncer, le prouver, et trancher dans sa vie quelle qu’elle soit. Il sera temps un jour qu’il fasse ce que j’ai fait, se donner tout entier, sans calcul ni remords. Accepter. Non. Aimer.
Mon corps entier redoute les temps qui viennent, je le savais. Pourtant je suis venue, et sans hésitation. Je sors de la chambre, délaissant les erreurs repérées et vais enfin vers lui, le séjour, la passion des chrétiens. J’ai finalement gardé mes chaussures d’extérieur. Revêtir d’autres bogues eut été signifier que je prenais racine. Les deux choix me seront reprochables, autant agir selon nos rituels familiaux. Ma canne est ma compagne, la baguette est rentrée dans un repli de robe, la blanche immaculée. Je l'ai voulue indemne des souillures de pigments. Pas même un ton cassé, le coton naturel. Un col remonté haut, qui enserre ce membre porteur de mon esprit, de mes yeux, de mes lèvres, de ce qui me fait moi. Et les bras eux aussi sont engoncés en bas, aux deux extrémités, le tout accompli par de la dentelle pâle. Je suis une vieille poupée, aux cheveux très coiffés, serrés, chignon sur le côté, plaquant tout au dessus un pan entier du front sous l’embrasure construite d’un rideau de ces fils. Je ne suis pas belle, il faudrait être bête pour penser le contraire. Ils ne me trouveront aucune qualité, je le sais. Mante religieuse venue prendre son dû, la voleuse, russe comme souvent. L’étrangère. De sang pur et encore, à quoi bon, pour quoi faire.
Tu ne me considères pas, je suis ton faire valoir, un bijou sur la table, à peine mieux qu’un trinket. Mais voilà, j’ai lancé à ton encontre un sort des plus puissants qui soit. Et tu me veux pour reine, ou à défaut esclave. C’est égal puisque de toute façon nous ne servons qu’à cela, incarner la superbe puissance qui est en vous, les hommes. Un jour je serai vieille et tu me délaisseras, peut-être même ce soir, là, tu me renieras. Mais il se trouve qu’ici, j’ai posé mes valises, créature impassible, rose sans la moindre épine. Je suis à toi. Je me donne. Toute entière.
Tac, tac… Chaussures et canne transmettent aux oreilles qui écoutent le son d’une machinerie en marche vers la guerre. Mais il n’est rien de pire que ce coeur impossible à réguler. Je tremble presque, sans avoir intégré ces pensées divagantes. Oui, mon amour, je suis perdue de toi, éperdue sans toi, figée dans une mort qui ressemble à la vie. Et toi aussi sans doute. Tu ne le diras pas, et même tu t’enfuiras. Ne le nie pas, toi et moi le savons, tu as peur. Comme moi tu as peur. Que je reste, quand j’ai peur que tu partes. Que je t’aime, quand tu refuses d’y croire. Il est une chose qui nous unit, le trouble, ignorance des effets du sentiment d’amour. Venir à toi ce soir est s’approcher du feu. Que me laisses-tu comme possibilité ? Ne pas mettre ma main ? Ou brûler avec toi ? Seule, dans cette maison vide, à qui puis-je parler ? Tac, tac, tac. Il est bientôt là, ce lieu de mise à mort. Combien de mois veux-tu ? Je te les offre, toute et tous. Et si tu oses douter de mon élan pour toi, déjà morte, je m’enfuis, comme ces serres incendiées par le mépris des hommes. Aime-moi comme je suis, sans apprêts ni détours. Mais ne me trahis pas.
J'entre.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Que croit-il le vieil homme ? Que je serais stupide au point de ne savoir quoi faire de mon aimé ? Si ma vie est d’aimer au point de supporter toutes les humiliations, qu’il en soit ainsi. S’il souffre, je souffrirai, s’il va ailleurs, mes yeux regarderont ailleurs, s’il me quitte, j’attendrai. Et s’il n’a rien compris, alors il comprendra. Au dernier jour il comprendra. Trop tard il comprendra. Mais il comprendra. Je ne suis qu’une gamine, un amour de passage. Ou pire encore, un rien que le vent soufflera, la chandelle vacillante de ces mois de nos vies. Trop jeune. Trop jeune pour savoir aimer, trop jeune pour ouvrir son coeur sans laisser exploser la fureur qu’il contient. Egarée, bouillonnante de ce mépris discret. Je gêne. Oh oui, je gêne, tout au plus faire valoir d’une autre histoire que moi. Ligne de basse. Avant d’y retourner, mes yeux sont attirés par ce qu’ils voient dehors. Il fait nuit, ou presque, je ne sais, on me reprochera de ne pas pouvoir dire l’exacte situation, aurore ou crépuscule, soir ou nuit commençante. J’aurais tort, par nature j’aurai tort. Car je suis femme, jeune, ignorante, engoncée dans ses livres qui ne disent que le droit. Et même mes lectures ne sont que vanité, poudre aux yeux larmoyantes, surchargées d’adjectifs. Insipides. A bien se demander ma raison d’être ici. Faire front.
C’est la nuit, tôt ici elle déploie ses manifestations. Des souris chauves traversent le ciel noir, donnez-moi à voir et j’ouvrirai les yeux. Eteignez le soleil, mon âme s’évanouira. Je ne suis pas factice, pas plus superficielle. Mes mots ne sont pas gros, mes envies je les use au service du destin que la vie m’a fixé. Il n’est pas loin et bientôt je verrai mon promis, à nouveau. Tous ces jours je me suis demandée s’il fallait l’embrasser, poser lèvres sur lèvres, ou tendre l’autre joue. La réponse est écrite, se tenir à distance. Ce qui éloignera tout sens interdit par la loi, du corps ou des manières. Ils se ressemblent tous, les garçons, cheveux à peine coiffés, tenue de voyou calme. Des airs de brute épaisse laissant à la surface un coeur qu’ils prétendent dur. Depuis l’enfance j’aime décaler les sons, délasser les esprits, un thérémine. Que croit-il le vieil homme ? Que je vais me laisser emporter par ses mains ? Il ne me touchera pas, pas avant d’avoir dit les mots qu’on dit ainsi, quand l’amour est si grand qu’on engage sa conscience, toute sa vie et pas un jour ou deux. S’il veut vraiment de moi, il devra l’énoncer, le prouver, et trancher dans sa vie quelle qu’elle soit. Il sera temps un jour qu’il fasse ce que j’ai fait, se donner tout entier, sans calcul ni remords. Accepter. Non. Aimer.
Mon corps entier redoute les temps qui viennent, je le savais. Pourtant je suis venue, et sans hésitation. Je sors de la chambre, délaissant les erreurs repérées et vais enfin vers lui, le séjour, la passion des chrétiens. J’ai finalement gardé mes chaussures d’extérieur. Revêtir d’autres bogues eut été signifier que je prenais racine. Les deux choix me seront reprochables, autant agir selon nos rituels familiaux. Ma canne est ma compagne, la baguette est rentrée dans un repli de robe, la blanche immaculée. Je l'ai voulue indemne des souillures de pigments. Pas même un ton cassé, le coton naturel. Un col remonté haut, qui enserre ce membre porteur de mon esprit, de mes yeux, de mes lèvres, de ce qui me fait moi. Et les bras eux aussi sont engoncés en bas, aux deux extrémités, le tout accompli par de la dentelle pâle. Je suis une vieille poupée, aux cheveux très coiffés, serrés, chignon sur le côté, plaquant tout au dessus un pan entier du front sous l’embrasure construite d’un rideau de ces fils. Je ne suis pas belle, il faudrait être bête pour penser le contraire. Ils ne me trouveront aucune qualité, je le sais. Mante religieuse venue prendre son dû, la voleuse, russe comme souvent. L’étrangère. De sang pur et encore, à quoi bon, pour quoi faire.
Tu ne me considères pas, je suis ton faire valoir, un bijou sur la table, à peine mieux qu’un trinket. Mais voilà, j’ai lancé à ton encontre un sort des plus puissants qui soit. Et tu me veux pour reine, ou à défaut esclave. C’est égal puisque de toute façon nous ne servons qu’à cela, incarner la superbe puissance qui est en vous, les hommes. Un jour je serai vieille et tu me délaisseras, peut-être même ce soir, là, tu me renieras. Mais il se trouve qu’ici, j’ai posé mes valises, créature impassible, rose sans la moindre épine. Je suis à toi. Je me donne. Toute entière.
Tac, tac… Chaussures et canne transmettent aux oreilles qui écoutent le son d’une machinerie en marche vers la guerre. Mais il n’est rien de pire que ce coeur impossible à réguler. Je tremble presque, sans avoir intégré ces pensées divagantes. Oui, mon amour, je suis perdue de toi, éperdue sans toi, figée dans une mort qui ressemble à la vie. Et toi aussi sans doute. Tu ne le diras pas, et même tu t’enfuiras. Ne le nie pas, toi et moi le savons, tu as peur. Comme moi tu as peur. Que je reste, quand j’ai peur que tu partes. Que je t’aime, quand tu refuses d’y croire. Il est une chose qui nous unit, le trouble, ignorance des effets du sentiment d’amour. Venir à toi ce soir est s’approcher du feu. Que me laisses-tu comme possibilité ? Ne pas mettre ma main ? Ou brûler avec toi ? Seule, dans cette maison vide, à qui puis-je parler ? Tac, tac, tac. Il est bientôt là, ce lieu de mise à mort. Combien de mois veux-tu ? Je te les offre, toute et tous. Et si tu oses douter de mon élan pour toi, déjà morte, je m’enfuis, comme ces serres incendiées par le mépris des hommes. Aime-moi comme je suis, sans apprêts ni détours. Mais ne me trahis pas.
J'entre.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
5 avr. 2021, 21:37
Gigue Pendulaire II
Elle arrive, et quoi ? Il n’a plus rien, toute l’architecture temporelle déployée autour de son Noyau essentiel s’était délitée. Les jours qui se présentent à eux ne sont plus que des grains ordinaires, les seuls qui lui auraient été brillants lui ont été volés, gâchés en des lieux qui n’avaient rien pour les sublimer. Des moments précieux, irrécupérables, irremplaçables ; il était déjà dépossédé de deux chaînons, un par année prise. Ils l’avaient laissé dépérir et mourir. Chaque Cycle est incomparable. Une occasion manquée ne se rattrape pas, ne se substitue pas. Quelques semaines plus tôt il était encore enclin à partager, à la guider vers des portes insoupçonnées de son univers qui ne se dévoilaient que s’il en montrait l’accès ; mais tout s’était fracassé sur les falaises destructrices de l’inattendu. Il ne restait qu’à… rien. Aucune solution magique ne se profilait à l’horizon. Elle ne saura pas, elle ne verra pas. Elle demeurera aveugle du Monde qu’il voit. L’on n’attend pas d’aurore boréale depuis l’hémisphère sud ni d’aurore australe depuis l’hémisphère nord. L’on n’attend pas les flocons en été sans avoir pris la moindre altitude. L’on n’attend pas une éclipse chaque soir. L’on n’attend pas l’éclair d’un ciel pur et clair. L’on n’attend pas la pluie sans nuage. C’était tout le concept de la Conjonction des Astres, le moment se devait d’être saisi au risque d’être irrémédiablement perdu, de filer entre les doigts. Le mélange de ces pensées, pas nécessairement en cet ordre ni en cet état de condensation avait travaillé le jeune homme depuis ces derniers jours, les rares moments où son esprit était parvenu à s’échapper du musèlement auto-imposé. À chaque fois, aucune idée salvatrice n’avait su renverser sa morosité et son pessimisme toujours entier pour lui permettre de voir de nouvelles possibilités. Encore trop accroché à celles d’origine. Certaines sensations d’un temps devenu trop lointain lui manquaient terriblement et la conscience qu’il n’y aurait toujours pas le droit pour au moins une année supplémentaires écartelait le vide ressenti encore plus fort.
À présent, tailladé de l’intérieur, les ultimes fils de suspension coupés, l’effondrement ayant accompli son œuvre redoutable ; se relever exigerait de lui un effort immense. Il laissa sa tête retomber contre ses genoux, ses bras pliés appuyant des deux côtés de son crâne, ses mains inertes en une posture indéfinissable entre la paume ouverte et le poing fermé en suspension au-dessus de ses épaules. Son Opa était toujours en face de lui et s’il avait eu besoin de son contact au point de bascule, s’en était abreuvé à l’ivresse d’un appui puissant et désespéré ; le jeune homme avait désormais mis en lien différentes parties de son corps, serré contre et en soi-même. Il ne voyait plus rien, percevait seulement les secousses de ses membres intenables. Ces balancements, puisqu’étaient les siens, ne le dérangeaient pas. Sa tentative de retrait fut malheureusement rapidement avortée par les bruits impromptus qui résonnaient à lui déglinguer l’ouïe alors que ses Sens l’informaient selon des intensités tout à fait aléatoires. Relevant un peu les avant-bras il les réajusta de sorte à en recouvrir ses oreilles et appuya fortement à en ressentir des élancements dans la tête. Même derrière cette protection, les sons étaient à peine étouffés. Il détestait les claquements de talons, l’apanage des adultes et donc surtout des professeurs à Poudlard qui annoncent ainsi leur entrée en classe, faisant hurler les pierres de leur présence. Pas besoin de s’annoncer aussi violemment. Les sons crissaient et étaient perçus comme des coups de scie qui perforaient son crâne. Que le supplice cesse ! Pourquoi le pas ne pouvait-il pas être souple, discret ? Le visage tordu en une grimace que seul le sol pouvait voir en raison de sa posture, il se contracta puissamment en serrant avec plus de force de partout. Peine perdu, il ne parvenait qu’à accentuer les tremblements par les muscles éprouvés. Il ne pouvait pas rester comme ça, sujet aux grincements externes, à la chaleur printanière qui réchauffait trop les espaces intérieurs. Une indication en allemand, la langue de l’instinct, se jeta entre ses dents serrées, la tête toujours baissée, mais certainement compréhensible du vieil homme qui connaissait les repères habituels de son Enkel.
« Der Brunnen. »
Puis, d’un coup, sa Silhouette se délia et il se trouva debout, ayant toujours gardé les bras autour de la tête en guise d’étrange bouclier. Sans un regard pour quiconque, il quitta la pièce d’une démarche peu équilibrée mais qui se voulait rapide, rejoignit la porte d’entrée, la traversa, et se perdit dans les rues de Galway qui commençaient à peine à s’assombrir, filant droit vers une destination connue de deux êtres seulement. Le second, demeuré assis dans le séjour en présence de l’étudiante qui avait à peine pénétré les lieux, se fit le traducteur.
« La fontaine. Elle n’est pas loin, l’un de ses refuges. »
Fronçant les sourcils, il se demandait s’il était bien prudent de la laisser suivre le même chemin. L’adolescent pourrait bien avoir besoin de solitude dans les premiers temps. Mais son invitée était une adulte, il n’avait pas tellement le contrôle sur ses agissements.
« Si vous voudriez le suivre…. surtout, ne l’approchez pas avant qu’il ne vous l’ait explicitement permis. »
Il ne s’inquiétait pas pour son jeune protégé, ce dernier savait exactement quelles routes emprunter et il avait été fier de la maîtrise qu’il avait acquise au fil des années. Enfant, il aurait sombré sans chercher à émerger. Par sa fontaine il agissait. Il s’en sortirait seul. Accompagné d’une nouvelle présence ? Il n’était pas en mesure de jauger.
À présent, tailladé de l’intérieur, les ultimes fils de suspension coupés, l’effondrement ayant accompli son œuvre redoutable ; se relever exigerait de lui un effort immense. Il laissa sa tête retomber contre ses genoux, ses bras pliés appuyant des deux côtés de son crâne, ses mains inertes en une posture indéfinissable entre la paume ouverte et le poing fermé en suspension au-dessus de ses épaules. Son Opa était toujours en face de lui et s’il avait eu besoin de son contact au point de bascule, s’en était abreuvé à l’ivresse d’un appui puissant et désespéré ; le jeune homme avait désormais mis en lien différentes parties de son corps, serré contre et en soi-même. Il ne voyait plus rien, percevait seulement les secousses de ses membres intenables. Ces balancements, puisqu’étaient les siens, ne le dérangeaient pas. Sa tentative de retrait fut malheureusement rapidement avortée par les bruits impromptus qui résonnaient à lui déglinguer l’ouïe alors que ses Sens l’informaient selon des intensités tout à fait aléatoires. Relevant un peu les avant-bras il les réajusta de sorte à en recouvrir ses oreilles et appuya fortement à en ressentir des élancements dans la tête. Même derrière cette protection, les sons étaient à peine étouffés. Il détestait les claquements de talons, l’apanage des adultes et donc surtout des professeurs à Poudlard qui annoncent ainsi leur entrée en classe, faisant hurler les pierres de leur présence. Pas besoin de s’annoncer aussi violemment. Les sons crissaient et étaient perçus comme des coups de scie qui perforaient son crâne. Que le supplice cesse ! Pourquoi le pas ne pouvait-il pas être souple, discret ? Le visage tordu en une grimace que seul le sol pouvait voir en raison de sa posture, il se contracta puissamment en serrant avec plus de force de partout. Peine perdu, il ne parvenait qu’à accentuer les tremblements par les muscles éprouvés. Il ne pouvait pas rester comme ça, sujet aux grincements externes, à la chaleur printanière qui réchauffait trop les espaces intérieurs. Une indication en allemand, la langue de l’instinct, se jeta entre ses dents serrées, la tête toujours baissée, mais certainement compréhensible du vieil homme qui connaissait les repères habituels de son Enkel.
« Der Brunnen. »
Puis, d’un coup, sa Silhouette se délia et il se trouva debout, ayant toujours gardé les bras autour de la tête en guise d’étrange bouclier. Sans un regard pour quiconque, il quitta la pièce d’une démarche peu équilibrée mais qui se voulait rapide, rejoignit la porte d’entrée, la traversa, et se perdit dans les rues de Galway qui commençaient à peine à s’assombrir, filant droit vers une destination connue de deux êtres seulement. Le second, demeuré assis dans le séjour en présence de l’étudiante qui avait à peine pénétré les lieux, se fit le traducteur.
« La fontaine. Elle n’est pas loin, l’un de ses refuges. »
Fronçant les sourcils, il se demandait s’il était bien prudent de la laisser suivre le même chemin. L’adolescent pourrait bien avoir besoin de solitude dans les premiers temps. Mais son invitée était une adulte, il n’avait pas tellement le contrôle sur ses agissements.
« Si vous voudriez le suivre…. surtout, ne l’approchez pas avant qu’il ne vous l’ait explicitement permis. »
Il ne s’inquiétait pas pour son jeune protégé, ce dernier savait exactement quelles routes emprunter et il avait été fier de la maîtrise qu’il avait acquise au fil des années. Enfant, il aurait sombré sans chercher à émerger. Par sa fontaine il agissait. Il s’en sortirait seul. Accompagné d’une nouvelle présence ? Il n’était pas en mesure de jauger.
7 avr. 2021, 16:36
Gigue Pendulaire II
La scène se déroule instinctivement, sans que je n’aie le temps de le voir réellement. Il s’en va. Et j’entends le vieil homme. Quelque chose le chasse d’ici pour le moment. Si j’étais faible, je penserais qu’il s’agit de moi, ou de l’image qu’il s’en fait. Je crois que c’est plus compliqué. Mais rien ne me permet de trancher. Il part. Et si l’objet de ce mouvement est une femme, si petite soit elle, tenter de s’approcher de lui ne fera que le repousser plus loin encore. Porteurs d’un même aimant, nous ne pouvons nous toucher, pas de cette façon-là j’en suis certaine.
Mon esprit ne fanfaronne pas, si je suis dans cette pièce, c’est à son initiative, je m'en souviens. Paradoxe de l’existence, sur le point de réaliser son vœu l’homme se dérobe. J’avais déjà constaté maintes fois la différence entre nous, les garçons jouent les hâbleurs, prompts en dires, légers en faire. Une fois de plus l’expérience se révèle à notre avantage. Nous, les femmes, nous assumons. C’est douloureux, mon coeur me pique intensément. Mais je sais faire avec, et surtout ne pas montrer. Il doit s’en douter, le grand-père. Qui cela peut-il être d’autre ? Oui, la peine est grande mais je vais de l’avant.
- Aidez-moi… que je sache le soigner…
Et m’approche de l’homme resté là, à me regarder. Son visage ne m’indique pas le chemin. Comme si les mots sonnaient creux. Il m’autorise à le suivre, en me prévenant. Lui aussi est un gentilhomme. Mais il ne me désigne pas le chemin pour m’y encourager. Et de toute manière je ne lui courrais pas après. Même si la fuite avait d’autres raisons, même s’il ne m’aimait pas et que dans un élan suicidaire, je mourrais d’envie de lui courir après, je ne le ferais pas. Parce que c’est inutile. Préférable est le choix de laisser reposer la houle ; que la mer infestée de sédiments les laisse couler à pic. Redevienne transparente. Il doit trouver le repos. C’était donc ça, son sommeil, l’autre fois…
- Je l’ai veillé une nuit entière. Hjúki ne dormait pas, il soufflait n’est-ce pas ?
Je suis proche de lui mais pas au point de le forcer à lever la tête pour me regarder. Opa, c’est donc lui. Il me faut obtenir les moyens d'aider Hjúki. Si je dois m’engager auprès de mon aimé, il me faut maîtriser, au moins sur le principe, les bases de son traitement. D’un seul coup, ce lieu donne l’impression d’être une cage élégante, un territoire reclus, isolé du monde. Comme si l’on voulait l’éloigner des risques de maladresses. Est-il violent ? Au point de provoquer la mort ? « Sans intention de la donner » ? Est-ce lui le menacé ? S’il existe un soignant apte à me renseigner, mon instinct me dit qu’il se tient devant moi.
- Je ne suis pas venue vous le prendre… je veux aider.
D’un soignant à un autre. Nous nous dévisageons, mes yeux sans intention autre que de donner le vrai. Cela je viens de l’apprendre, dans un bureau à Edimbourg ; dire le vrai, en toute honnêteté, sans fausser le calcul. Inspirer confiance. Pour cela, je dois donner d’abord, sans doute par mon âge, ma position, et cette fragilité que mes jambes amplifient. Je n’ai pas d’autre choix, c’est à lui de trancher, moi, je m’offre. En pâture ou en aide. Je peux être son infirmière, puisque le serment dit : « respect, fidélité, secours et assistance ».
Mais pour bien l’assister, il me faut accéder aux protocoles que seul lui a appris, au fil des ans sans doute. Parce qu’on ne fuit pas l’être que l’on a désiré. D’une façon ou d’une autre, je suis en lui, qu’il le veuille ou le refuse. En fait, nous sommes déjà unis, je le comprends ici. Même si je devais perdre, lui resterait en moi. Et plus il s’en éloigne, plus il est proche de moi. Il va s’en rendre compte. La fontaine chantera, aplanira les doutes. Et il reviendra. Dans un jour ou un an. Je ne tremble pas, ce serait un comble. Et pas de larmes non plus, dans ce genre de circonstances, les adultes savent agir sereinement. J’en suis une. Sans forfanterie. Une personne responsable. De nous.
...J’attends, il est possible qu’il soit abasourdi par tant d’audace ou d’inconscience. Serai-je laminée une autre fois ? Est-ce leur manière ou juste une situation intenable pour tous ? Que va-t-il faire, son Dieda ? Me repousser ? Ne suis-je finalement qu’un faire-valoir ?
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Mon esprit ne fanfaronne pas, si je suis dans cette pièce, c’est à son initiative, je m'en souviens. Paradoxe de l’existence, sur le point de réaliser son vœu l’homme se dérobe. J’avais déjà constaté maintes fois la différence entre nous, les garçons jouent les hâbleurs, prompts en dires, légers en faire. Une fois de plus l’expérience se révèle à notre avantage. Nous, les femmes, nous assumons. C’est douloureux, mon coeur me pique intensément. Mais je sais faire avec, et surtout ne pas montrer. Il doit s’en douter, le grand-père. Qui cela peut-il être d’autre ? Oui, la peine est grande mais je vais de l’avant.
- Aidez-moi… que je sache le soigner…
Et m’approche de l’homme resté là, à me regarder. Son visage ne m’indique pas le chemin. Comme si les mots sonnaient creux. Il m’autorise à le suivre, en me prévenant. Lui aussi est un gentilhomme. Mais il ne me désigne pas le chemin pour m’y encourager. Et de toute manière je ne lui courrais pas après. Même si la fuite avait d’autres raisons, même s’il ne m’aimait pas et que dans un élan suicidaire, je mourrais d’envie de lui courir après, je ne le ferais pas. Parce que c’est inutile. Préférable est le choix de laisser reposer la houle ; que la mer infestée de sédiments les laisse couler à pic. Redevienne transparente. Il doit trouver le repos. C’était donc ça, son sommeil, l’autre fois…
- Je l’ai veillé une nuit entière. Hjúki ne dormait pas, il soufflait n’est-ce pas ?
Je suis proche de lui mais pas au point de le forcer à lever la tête pour me regarder. Opa, c’est donc lui. Il me faut obtenir les moyens d'aider Hjúki. Si je dois m’engager auprès de mon aimé, il me faut maîtriser, au moins sur le principe, les bases de son traitement. D’un seul coup, ce lieu donne l’impression d’être une cage élégante, un territoire reclus, isolé du monde. Comme si l’on voulait l’éloigner des risques de maladresses. Est-il violent ? Au point de provoquer la mort ? « Sans intention de la donner » ? Est-ce lui le menacé ? S’il existe un soignant apte à me renseigner, mon instinct me dit qu’il se tient devant moi.
- Je ne suis pas venue vous le prendre… je veux aider.
D’un soignant à un autre. Nous nous dévisageons, mes yeux sans intention autre que de donner le vrai. Cela je viens de l’apprendre, dans un bureau à Edimbourg ; dire le vrai, en toute honnêteté, sans fausser le calcul. Inspirer confiance. Pour cela, je dois donner d’abord, sans doute par mon âge, ma position, et cette fragilité que mes jambes amplifient. Je n’ai pas d’autre choix, c’est à lui de trancher, moi, je m’offre. En pâture ou en aide. Je peux être son infirmière, puisque le serment dit : « respect, fidélité, secours et assistance ».
Mais pour bien l’assister, il me faut accéder aux protocoles que seul lui a appris, au fil des ans sans doute. Parce qu’on ne fuit pas l’être que l’on a désiré. D’une façon ou d’une autre, je suis en lui, qu’il le veuille ou le refuse. En fait, nous sommes déjà unis, je le comprends ici. Même si je devais perdre, lui resterait en moi. Et plus il s’en éloigne, plus il est proche de moi. Il va s’en rendre compte. La fontaine chantera, aplanira les doutes. Et il reviendra. Dans un jour ou un an. Je ne tremble pas, ce serait un comble. Et pas de larmes non plus, dans ce genre de circonstances, les adultes savent agir sereinement. J’en suis une. Sans forfanterie. Une personne responsable. De nous.
...J’attends, il est possible qu’il soit abasourdi par tant d’audace ou d’inconscience. Serai-je laminée une autre fois ? Est-ce leur manière ou juste une situation intenable pour tous ? Que va-t-il faire, son Dieda ? Me repousser ? Ne suis-je finalement qu’un faire-valoir ?
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
8 avr. 2021, 01:19
Gigue Pendulaire II
Au fil de ses enjambées, ses bras perdent progressivement en hauteur et finissent par se faire le soutien de la course en rejoignant le niveau du buste. L’air glisse singulièrement sur sa peau craquelée des coulures qui ont terni son visage. Ces mouvements rapides l’assouplissent, délient ses membres au supplice depuis des heures par un trajet que ne leur a que peu permis, enfin il peut atteindre un nouveau lieu par la marche, s’y replonger. Quand il s’arrête en vue de la structure déversant de l’eau, sa tête est encore appesantie des sifflements du vent qui lui a fait résistance et des dernières réverbérations internes des pas immondes qui avaient heurté les parois de son crâne. Avançant jusqu’à se retrouver tout proche, il se posa sur la margelle et replia les jambes en tailleur de sorte à lui faire face. Une première main se présenta sous un jet, accueillant les déferlantes se diffractant sur les côtés de sa paume ; alors que les doigts de la seconde les trempèrent dans la minuscule vasque humaine créée. Ils se dirigèrent ensuite sur les joues de l’adolescent ; et l’eau pure réhumidifia sa peau qui put se détendre à nouveau après avoir été figée par les sillons séchés. Son bras fit de nombreux aller-retours, toutefois composés selon des gestes dénués de toute précipitation, lents et mesurés ; pour faire glisser l’eau limpide sur les rugosités qu’il sentait à la surface de son derme, retraçant des lignes et spirales humides sur sa face salie de ses pleurs. L’atmosphère de début de soirée apportait un brin de fraîcheur à la surface de sa peau mouillée qui retrouvait un peu de sa souplesse alors qu’il tentait de la départir de son masque de larmes.
Une fois que sa main ne rencontra plus d’aspérités, estimant avoir accompli l’essentiel, le jeune homme parvint à pivoter son buste d’une petite impulsion pour s’orienter désormais dos à la fontaine, sans pour autant quitter son rebord, les mains en coupe. Juste avant, il les avait en effet rejointes pour recueillir une petite quantité de liquide. Tout en contemplant le vague reflet que permettait la luminosité environnante, il observait le niveau descendre inexorablement, bien que doucement, par l’impossibilité de coller parfaitement ses deux mains l’une contre l’autre. Deux entités chirales qui ne parviennent à se lier sans brèches. La chute paraissant sur sa fin, il écarta ses paumes maintenues en creux au sein desquelles demeuraient encore, piégées entre les plis, les dernières gouttes qui pourraient s’échapper en l’infiltrant. Relevant le menton sur la place, sa moue était maussade mais le risque d’un second effondrement ne semblait pas immédiat. Ça aurait été la Veillée pascale… Il était sûr qu’elle ne connaissait pas, que sans lui jamais elle n’aurait l’idée de s’initier à certains mystères…
Son attention ne s’attarde pas si longuement sur les dernières émanations que son Enkel a laissées après son départ, la constatation de l’instant suivant suffit à comprendre que la jeune femme n’est en somme pas résolue à le suivre. Il n’est toutefois pas dupe et a conscience de l’existence de deux sources, et il est l’une d’elle. Le réceptacle d’une partie de celui qui lui est parfois encore un enfant. Une source d’informations pour elle, comme il est d’usage de les glaner dans le dos de quelqu'un par ses proches. La requête qu’il voit cependant franchir ses lèvres est tout à fait inattendue. Son protégé s’était-il vraiment laissé intéresser par quelqu'un qui le considérait ainsi ? S’était-elle déjà adressé à lui en de tels termes ? Son choix de mot semble chirurgicalement pensé pour faire mal à l’exacte localisation de la faille. Il ne peut pas laisser son Enkel sous une telle emprise, elle serait capable de tout détruire : toutes ses paroles rassurantes, tout le travail pour le raffermir et le convaincre de sa valeur. Tout, envolé, si elle a vraiment tel regard sur son Enkel. Lui offrant le bénéfice du doute, il lui permet de poursuivre, ne se relevant que lorsqu’il perçoit son tour venu.
« Parce que vous croyez qu’il a besoin d’être réparé ? »
Il se souvient des lettres échangées il y a déjà quelques années, dans lesquelles l’enfant lui avait fait part de cette étrange analogie à l’univers hofmannien.
« Croyez-vous qu’après s’être cru un Casse-Noisette, une Coppélia, un jouet ou une poupée à la mécanique facilement défectueuse ne bénéficiant de la souplesse ou de la flexibilité humaine ; il ait vraiment besoin d’un regard tel que le vôtre lui disant que ses rouages sont bel et bien cassés, qu’il manque bel et bien d’humanité ? »
Cette fille avait le pouvoir de briser d’une pichenette toute l’estime durement construite de Hjúki, en refusant de le voir entier et sain. Elle le voit malade. Ou pire : elle le veut malade. Elle prétend l’avoir veillé. S’imagine-t-elle vraiment qu’accueillir les perceptions à la saturation ou à la surcharge se soigne ?
« Il vit, pense, perçoit, sent avec intensité. Cela a son coût dans certaines conditions d’accumulation ; mais voudriez-vous lui ôter sa nature ? Le couper de tout ? »
Inoculatrice potentielle d’un venin destructeur si elle ne comprend pas, si elle s’apprêtait réellement à l’approcher en ces termes. Elle veut aider ?
« Si vous voulez l’aider, saurez-vous changer le Monde plutôt que lui ? »
*Ne l’anéantissez pas, ne l’asphyxiez pas.*
Une fois que sa main ne rencontra plus d’aspérités, estimant avoir accompli l’essentiel, le jeune homme parvint à pivoter son buste d’une petite impulsion pour s’orienter désormais dos à la fontaine, sans pour autant quitter son rebord, les mains en coupe. Juste avant, il les avait en effet rejointes pour recueillir une petite quantité de liquide. Tout en contemplant le vague reflet que permettait la luminosité environnante, il observait le niveau descendre inexorablement, bien que doucement, par l’impossibilité de coller parfaitement ses deux mains l’une contre l’autre. Deux entités chirales qui ne parviennent à se lier sans brèches. La chute paraissant sur sa fin, il écarta ses paumes maintenues en creux au sein desquelles demeuraient encore, piégées entre les plis, les dernières gouttes qui pourraient s’échapper en l’infiltrant. Relevant le menton sur la place, sa moue était maussade mais le risque d’un second effondrement ne semblait pas immédiat. Ça aurait été la Veillée pascale… Il était sûr qu’elle ne connaissait pas, que sans lui jamais elle n’aurait l’idée de s’initier à certains mystères…
ú_ú
Son attention ne s’attarde pas si longuement sur les dernières émanations que son Enkel a laissées après son départ, la constatation de l’instant suivant suffit à comprendre que la jeune femme n’est en somme pas résolue à le suivre. Il n’est toutefois pas dupe et a conscience de l’existence de deux sources, et il est l’une d’elle. Le réceptacle d’une partie de celui qui lui est parfois encore un enfant. Une source d’informations pour elle, comme il est d’usage de les glaner dans le dos de quelqu'un par ses proches. La requête qu’il voit cependant franchir ses lèvres est tout à fait inattendue. Son protégé s’était-il vraiment laissé intéresser par quelqu'un qui le considérait ainsi ? S’était-elle déjà adressé à lui en de tels termes ? Son choix de mot semble chirurgicalement pensé pour faire mal à l’exacte localisation de la faille. Il ne peut pas laisser son Enkel sous une telle emprise, elle serait capable de tout détruire : toutes ses paroles rassurantes, tout le travail pour le raffermir et le convaincre de sa valeur. Tout, envolé, si elle a vraiment tel regard sur son Enkel. Lui offrant le bénéfice du doute, il lui permet de poursuivre, ne se relevant que lorsqu’il perçoit son tour venu.
« Parce que vous croyez qu’il a besoin d’être réparé ? »
Il se souvient des lettres échangées il y a déjà quelques années, dans lesquelles l’enfant lui avait fait part de cette étrange analogie à l’univers hofmannien.
« Croyez-vous qu’après s’être cru un Casse-Noisette, une Coppélia, un jouet ou une poupée à la mécanique facilement défectueuse ne bénéficiant de la souplesse ou de la flexibilité humaine ; il ait vraiment besoin d’un regard tel que le vôtre lui disant que ses rouages sont bel et bien cassés, qu’il manque bel et bien d’humanité ? »
Cette fille avait le pouvoir de briser d’une pichenette toute l’estime durement construite de Hjúki, en refusant de le voir entier et sain. Elle le voit malade. Ou pire : elle le veut malade. Elle prétend l’avoir veillé. S’imagine-t-elle vraiment qu’accueillir les perceptions à la saturation ou à la surcharge se soigne ?
« Il vit, pense, perçoit, sent avec intensité. Cela a son coût dans certaines conditions d’accumulation ; mais voudriez-vous lui ôter sa nature ? Le couper de tout ? »
Inoculatrice potentielle d’un venin destructeur si elle ne comprend pas, si elle s’apprêtait réellement à l’approcher en ces termes. Elle veut aider ?
« Si vous voulez l’aider, saurez-vous changer le Monde plutôt que lui ? »
*Ne l’anéantissez pas, ne l’asphyxiez pas.*
10 avr. 2021, 18:31
Gigue Pendulaire II
Je ne suis pas faite pour ce monde-là. Défiance, agression, mensonge, jalousie… calomnie, violence, perpétuelle recherche de l’humiliation. Non, je ne suis pas venue pour cela. Il me méprise, ne me donnant aucune des clés de lecture de son petit fils, présupposant le mal dans chacun de mes mots, l’ignorance, la bêtise…. c’est si facile de juger, condamner, vilipender dans sa propre demeure. En fait, cet homme a peur que je lui vole sa raison de vivre depuis des années. Dans le monde civilisé, on accueille l’invitée, on la chérit. D’une manière ou d’une autre elle devient par sa simple présence le centre des attentions ou simples politesses. Il voulait que je le suive pour mieux me faire rejeter, par un enfant incapable de m’accepter en l’instant.
Sans doute aurait-il préféré ce scénario-là mais je suis restée avec lui et le vieil homme doit faire le sale boulot à la place d’un homme à naître. Seulement... les contractions n’ont pas encore commencé. Et la seule à souffrir consciemment est la femme, éternellement. Parler… mais pour dire quoi ? Puisque, d’évidence, mes propos seront une fois encore systématiquement torturés pour y trouver le mal. Faites en sorte que je ne sache rien pour ensuite pouvoir sans efforts me le reprocher. Ne jamais voir au-delà, s’en tenir à l’odeur du sang, le même qui coule de nous, sorcières depuis la nuit des temps. La pécheresse, l’infâme, celle par qui le plaisir arrive et qui pourtant n’y a pas droit. Voilà, le pacte avec le diable une fois encore scellé. Droit au néant, absolument. Négation de l’être, et je ne suis plus rien quand bien même je crains n’avoir jamais été plus que débris magique. A ne pouvoir trouver les mots pour envoyer croupir ce vieux dans les geôles de l’enfer je me déteste. J’espérais qu’il puisse m’aider, en fait il est la mort. C’est fini et je dois vite sortir de ce guêpier. Mais comment ? Au bout de cinq minutes je suis déjà en place publique, attachée au bûcher. C’est donc ainsi qu’on traite les sorcières sur le continent ? Quelle déchéance.
Le fixant du regard, sans répondre ni baisser les yeux, je demeure vierge, sans bouger, plantée sur ma canne. Un point fixe, pour une fois qu’elle me sert, j’en viens presque à la remercier. Et quand enfin je décide de m’en retourner à ma chambre, je le fais avec toute la gestuelle que l’on m’a enseignée, sans fioriture, juste le port naturel des gens qui ont cela en eux. Tu peux me tuer, jamais je ne plierai. Plus je souffre et plus tu me grandis. En franchissant la porte marquant la sortie du séjour, j’esquisse un sourire. Dessiner son visage comme il doit le pincer représente ma première victoire. Et qu’importe la vérité, s’il croit m’avoir chassée, tant mieux.
Une fois dans ma chambre, une nausée volcanique m’assaille de ses élans. La chute de la pression, ou quelque chose comme ça. Ecoeurée, non pas souffrante en fait, la douleur est ailleurs, polymorphe mais non pas douloureuse. Non pas… j’ai décidé, l’expulsion effectuée, on se sent libérée même si l’on est vidée. Il est juste un retard dans mes préparatifs. Un liquide se répand, cela faisait longtemps. Et les deux tiges ensemble témoignent d’un même tourment. Ce doit être un trop plein d’émotion, un choc exagéré. Ou alors la magie exprime son désaccord face à la situation pour le moins démentielle. Mes souliers sont souillés, je me dois d’agir vite. Fermer à clé la porte, déballer mes affaires, trouver les cataplasmes prévus à cet effet. Ils me l’ont pourtant dit, je suis fragilisée et mes vaisseaux du bas ne peuvent pas supporter des abus répétés. Cela a-t-il suffi ? Je me soigne, des sorts appris par eux, tant pis pour les quotas. Et encore quelques autres pour ranger ma tanière. Surtout ne rien laisser qui soit un dérangement. J’en aurai fait assez.
Sur mon lit un paquet, celui que j’avais fait, des thés entourés d’un ruban. Noir et blanc. Sur un carré de parchemin, j’écris ces quelques mots
Il viendra car il m’aime. Dans un mois, dans un an. Il reviendra, ces choses ne s’oublient pas. On peut prétendre avoir tout effacé, on le prétend seulement, pour mieux se rassurer. Mais je ne ferai pas le geste, le premier.
Je n’oublie rien, le manteau je le laisse, ce n’est que du tissu. Mon sac et son bijou précieux. Je les prends, tout en fermant les yeux. De partout je vais piquer dans les instants qui viennent, c’est écrit le bonheur est l’affaire d’un instant.
« Crac ».
J’ai transplané.
Finite rpgiem.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
Sans doute aurait-il préféré ce scénario-là mais je suis restée avec lui et le vieil homme doit faire le sale boulot à la place d’un homme à naître. Seulement... les contractions n’ont pas encore commencé. Et la seule à souffrir consciemment est la femme, éternellement. Parler… mais pour dire quoi ? Puisque, d’évidence, mes propos seront une fois encore systématiquement torturés pour y trouver le mal. Faites en sorte que je ne sache rien pour ensuite pouvoir sans efforts me le reprocher. Ne jamais voir au-delà, s’en tenir à l’odeur du sang, le même qui coule de nous, sorcières depuis la nuit des temps. La pécheresse, l’infâme, celle par qui le plaisir arrive et qui pourtant n’y a pas droit. Voilà, le pacte avec le diable une fois encore scellé. Droit au néant, absolument. Négation de l’être, et je ne suis plus rien quand bien même je crains n’avoir jamais été plus que débris magique. A ne pouvoir trouver les mots pour envoyer croupir ce vieux dans les geôles de l’enfer je me déteste. J’espérais qu’il puisse m’aider, en fait il est la mort. C’est fini et je dois vite sortir de ce guêpier. Mais comment ? Au bout de cinq minutes je suis déjà en place publique, attachée au bûcher. C’est donc ainsi qu’on traite les sorcières sur le continent ? Quelle déchéance.
Le fixant du regard, sans répondre ni baisser les yeux, je demeure vierge, sans bouger, plantée sur ma canne. Un point fixe, pour une fois qu’elle me sert, j’en viens presque à la remercier. Et quand enfin je décide de m’en retourner à ma chambre, je le fais avec toute la gestuelle que l’on m’a enseignée, sans fioriture, juste le port naturel des gens qui ont cela en eux. Tu peux me tuer, jamais je ne plierai. Plus je souffre et plus tu me grandis. En franchissant la porte marquant la sortie du séjour, j’esquisse un sourire. Dessiner son visage comme il doit le pincer représente ma première victoire. Et qu’importe la vérité, s’il croit m’avoir chassée, tant mieux.
Une fois dans ma chambre, une nausée volcanique m’assaille de ses élans. La chute de la pression, ou quelque chose comme ça. Ecoeurée, non pas souffrante en fait, la douleur est ailleurs, polymorphe mais non pas douloureuse. Non pas… j’ai décidé, l’expulsion effectuée, on se sent libérée même si l’on est vidée. Il est juste un retard dans mes préparatifs. Un liquide se répand, cela faisait longtemps. Et les deux tiges ensemble témoignent d’un même tourment. Ce doit être un trop plein d’émotion, un choc exagéré. Ou alors la magie exprime son désaccord face à la situation pour le moins démentielle. Mes souliers sont souillés, je me dois d’agir vite. Fermer à clé la porte, déballer mes affaires, trouver les cataplasmes prévus à cet effet. Ils me l’ont pourtant dit, je suis fragilisée et mes vaisseaux du bas ne peuvent pas supporter des abus répétés. Cela a-t-il suffi ? Je me soigne, des sorts appris par eux, tant pis pour les quotas. Et encore quelques autres pour ranger ma tanière. Surtout ne rien laisser qui soit un dérangement. J’en aurai fait assez.
Sur mon lit un paquet, celui que j’avais fait, des thés entourés d’un ruban. Noir et blanc. Sur un carré de parchemin, j’écris ces quelques mots
Il viendra car il m’aime. Dans un mois, dans un an. Il reviendra, ces choses ne s’oublient pas. On peut prétendre avoir tout effacé, on le prétend seulement, pour mieux se rassurer. Mais je ne ferai pas le geste, le premier.
Je n’oublie rien, le manteau je le laisse, ce n’est que du tissu. Mon sac et son bijou précieux. Je les prends, tout en fermant les yeux. De partout je vais piquer dans les instants qui viennent, c’est écrit le bonheur est l’affaire d’un instant.
« Crac ».
J’ai transplané.
Finite rpgiem.
Diplômée de l’ISDM => naturellement charismatique.
Vivre sans faire de mal à personne qu'à moi-même...
