Offrir la force à celui qui n'en a pas
Vendredi 14 février 2048
Dans les couloirs, 23h50.
Avec @Aelle Bristyle
Dans les couloirs, 23h50.
Avec @Aelle Bristyle
Pour la deuxième fois de cette année, je m'éclipsais après la fin de mon cours d'astronomie. Pour la deuxième fois, c'était pour - ou à cause - de mon père. Mon incapacité à raisonner aurait sidéré tout adulte, mais l’enfant de onze ans que j’étais ne voyait pas plus loin que sa mission du jour. Et ce soir, elle était de taille. Le livre de potions que j’avais pu emprunter ne m’impressionnait pas plus que cela. La difficulté pourtant élevée de la potion désirée semblait, au contraire, me persuadait que j’étais sur la bonne voie : la difficulté rimait avec efficacité ; plus elle demandait d’efforts, plus les résultats seraient à la hauteur de mes espérances.
Ma baguette à la main, j’éclairais le livre de cinquième année à la page cinquante-huit et relisais inlassablement les ingrédients nécessaires, de peur de les oublier ou de récolter les mauvais : sang de salamandre, jus de grenade, ongle de griffon, épinards, feuille de Ginseng… Je ne savais pas vraiment s’ils se trouvaient dans la réserve de Miss Xarinez, mais il fallait que j’essaie. Le faire en plein jour était évidemment exclu, et un vendredi soir, j’aimais à penser que les adultes seraient plus occupés à profiter de leur début de weeekend. Pour les ingrédients les plus simples, il me suffirait de demander à Krobley. Un peu de jus de grenade et des épinards, il ne se douterait de rien.
J’éteignais ma baguette lorsque les habitants des tableaux semblaient trop agressés par la lumière faiblarde que je renvoyais, et reprenais ma lecture lorsque je n’entendais plus de bruit. J’avais même pris la peine d’enlever mes chaussures pour ne provoquer aucun bruit de semelle sur la pierre froide, mais je commençais à avoir froid aux pieds, et à regretter cette idée idiote. Je fronçais les sourcils en lisant les étapes de la préparation qui était bien compliquée et auxquelles je ne comprenais rien, et poursuivais mon chemin vers la réserve. Je relevai parfois la tête pour m’éviter un mur et tourner lorsque c’était nécessaire. Après quelques pas, je tombai sur une information de taille : six jours. Six jours à laisser mijoter. En six jours, j’avais le temps de me faire prendre, ou pire, d’échouer à sa confection. Presque dix jours pour faire une potion de force. Cette information qui ne m’avait pas sauté aux yeux plus tôt me fit m’arrêter net. Je refermai le livre encore éclairé par ma baguette tremblante. Les larmes aux yeux, je prenais conscience que mon père n’aurait jamais cette potion. Il n’aurait jamais la force magique que j’avais. Il ne pourrait jamais être à mes côtés, apprendre des sortilèges et être un sorcier. Attendre ma cinquième année pour être certain de la réussir n’était clairement pas une option, il était évident que ma relation avec mon père n’existerait plus d’ici là. Cette potion de force était ma dernière chance. Je me laissai tomber sur la pierre froide, en plein milieu du couloir désert et d’un coup de baguette énonçai une formule qui me plongea dans le noir complet. Une formule qui, par son sentiment requis, accentuait davantage ma solitude : Nox!
Dernière modification par Lukas Sharp le 25 avr. 2023, 10:08, modifié 1 fois.
Fiche PR - 4e année RP
Offrir la force à celui qui n'en a pas
14 février 2048
Couloirs — Poudlard
7ème année
Quelques portes qui claquent, des bruits de pas feutrés dans le couloir, les chuchotements des enfants qui regagnent doucement leurs dortoirs respectifs. Vendredi soir. Les premières années rentrent de leur cours d'Astronomie. Comme toutes les semaines, on entend les gloussements et les rumeurs étouffées des voix excitées — ou affligées — de veiller aussi tard. Quelques minutes passent avant que le silence ne retombe tout à fait.
L'attente peut réellement commencer. Je soupire doucement, cachée dans mon alcôve. Zikomo trépigne d'impatience. Nyakane lit par dessus mon épaule le grimoire de Défense contre les forces du mal avancé que je tiens sur les genoux. L'ambiance est aux regards fiévreux et aux messes-basses échangés à mi-voix pour que Thompson et les autres habitantes du dortoir ne nous entendent pas. Tout le monde a du mal à contenir son impatience, même le si grand, le si vieux, le si sage Nyakane.
Cette soirée est prévue depuis plusieurs semaines. Depuis quand ne suis-je pas sortie de la Salle commune durant le couvre-feux ? Une éternité, me semble-t-il. À quoi bon enfreindre des règles inutilement ? L'an dernier l'accès à la Réserve, surtout à certains livres à vrai dire, m'était accordé de temps à autre ; et je ne ressentais guère le besoin de rendre visite à l'obscur tableau du troisième étage. Et cette année ? Je repousse mes pensées douloureuses en tournant une nouvelle page. Cette année, je n'ai eu la tête ni au tableau ni à la Réserve mais désormais, le temps est compté. Cinq mois. Dans cinq mois, je ne remettrai plus les pieds ici. Tout sorcier Britannique sait que la bibliothèque de Poudlard compte des grimoires d'une rareté étouffante — ce serait une bêtise que de ne pas profiter du trésor qui se cache entre ses murs, et pourquoi ? Pour un couvre-feu ! Merlin, le couvre-feu ne m'effraie pas. Je brûle d'envie d'effleurer du bout des doigts les ouvrages interdits.
Demander l'autorisation à un professeur ? Oui, on a bien vu ce que ça a donné la dernière fois. Et aujourd'hui, qui irais-je voir ?
Bonjour Miss Priddy, pourrais-je vous voir un instant ? Je me demandais s'il était possible que vous m'accordiez un accès à la Réserve. Pourquoi ? Oh vous savez, après avoir résisté tant bien que mal à l'envie de faire exploser votre bureau, et pendant un instant j'ai même voulu vous compter dans le lot, j'aimerais bien aller vérifier ce que la Réserve propose comme grimoire traitant de la magie noire ; vous êtes d'accord ? Plutôt crever que d'aller voir qui que ce soit, surtout celle devant laquelle j'ai... Non, je veux pas y penser.
De longues minutes s'enfuient tandis que je rumine mon impatience de parcourir les sombres couloirs de l'école. Les professeurs devraient être occupés à autre chose qu'à faire des rondes un soir de Saint Valentin, n'est-ce pas ? De toute manière, moi j'ai un esprit-oiseau — personne ne peut rien contre moi.
« C'est parti, » soufflé-je à mes compagnons d'aventure en refermant le grimoire de Défense.
Zikomo saute aussitôt sur ses quatre pattes, tremblant d'excitation, les oreilles frémissantes. J'abandonne l'idée d'enfiler une cape mais ajoute un pull par-dessus mon uniforme. Je n'ai qu'à échanger un regard avec Nykane pour qu'il comprenne : il prend son envol d'un coup d'ailes gracieux et disparaît en traversant les murs. Nous sommes rodés depuis plusieurs années.
Notre étrange ballet commence : Nyakane part devant, vérifie la route, puis revient vers nous. « La voie est libre, » dit-il simplement, toujours aussi avare en mots. Alors nous avançons. Morceau par morceau, nous cheminons vers notre objectif. Nous traversons ainsi les dortoirs. Le petit salon. L'entrée de la Salle commune. L'espace encombré de tonneaux et à l'odeur de renfermé du couloir des Poufsouffle.
Les murs sont immenses autour de nous, les armures renvoient des ombres effrayantes sous l'éclat faiblard de mon Lumos et le claquement de mes bottines sur le sol en pierre résonne si bien que je me force à marcher sur la pointe des pieds pour le diminuer. Oh, mon coeur bat si fort ! Des frissons d'excitation dévalent mes bras, mes doigts se crispent nerveusement autour de ma baguette magique. Je me sens euphorique, le sentiment est trop rare pour que je n'en profite pas. Zikomo et moi échangeons des paroles amusées, chuchotements épars que nous ne parvenons pas à réguler.
Nyakane nous abandonne à un carrefour pour mener à bien ses tâches d'éclaireur. Je me plaque contre un mur, baisse ma baguette et éteins mon sortilège le temps de son absence.
« Tu me chatouilles, chuchoté-je tout doucement à Zikomo, planqué dans mon cou, qui frotte ses moustaches contre ma peau.
— Pardon, murmure-t-il sans se douter que le mouvement de ses mâchoires accentue les picotements.
— Zik ! »
Un soudain bruissement d'ailes me force à ravaler mon gloussement. Je murmure le sortilège d'allumage de baguette et questionne Nyakane d'un regard ; l'oiseau serpentaire me survole lentement et se pose sur le casque d'une armure poussiéreuse.
« Le couloir est occupé, » articule-t-il si doucement qu'il me faut m'approcher pour l'entendre.
Mon regard est éloquent : qui, quoi, comment, pourquoi, dis-moi tout ! La bibliothèque n'est plus très loin. Ce couloir n'est pas exactement le seul chemin pour y parvenir mais c'est le plus direct et le plus discret. Et si un professeur ou un préfet traîne dans le coin... Mes muscles se tendent naturellement : je dois rebrousser chemin au plus vite ! C'est sans compter Nyakane qui m'explique à demi-mot ce qu'il a vu en survolant les lieux : un enfant, un livre, seuls dans le couloir. C'est quoi, ce délire ? Revient-il de la bibliothèque ? Un gamin ? Non, impossible.
Je réfléchis à toute allure, appuyée contre le mur, le coeur battant le rythme contre ma cage thoracique. Contourner, ne pas contourner ? Prendre un autre chemin me fera certes perdre du temps mais me forcera à passer par le hall, donc à m'exposer, et surtout augmentera le risque d'être surprise, Nyakane ou non. Par tous les mages ! Seule une pensée que ne peuvent avoir que les baroudeurs nocturnes me ramène à la raison : il n'a aucun intérêt à me dénoncer s'il ne veut pas que je le dénonce en retour. Par logique, notre rencontre ne peut se solder que par un regard appuyé et suspect avant que nos chemins se séparent de nouveau. Tout ira bien, cet obstacle n'en est pas un.
J'explique mon plan à mes compagnons. Quelques regards de connivence sont échangés puis Nyakane repart faire l'éclaireur. Il a donné sa parole : il surveille nos avants et nos arrières, il fait des allers-retours, il veille : il nous préviendra si quiconque approche.
Je compte dans ma tête. Un, deux, trois. J'avale une goulée d'air destinée à me donner du courage et me lance dans le couloir, baguette bien allumée et bien brandie histoire que le rôdeur nocturne ne hurle pas de peur en entendant le bruissement de mes vêtements.
Couloirs — Poudlard
7ème année
Quelques portes qui claquent, des bruits de pas feutrés dans le couloir, les chuchotements des enfants qui regagnent doucement leurs dortoirs respectifs. Vendredi soir. Les premières années rentrent de leur cours d'Astronomie. Comme toutes les semaines, on entend les gloussements et les rumeurs étouffées des voix excitées — ou affligées — de veiller aussi tard. Quelques minutes passent avant que le silence ne retombe tout à fait.
L'attente peut réellement commencer. Je soupire doucement, cachée dans mon alcôve. Zikomo trépigne d'impatience. Nyakane lit par dessus mon épaule le grimoire de Défense contre les forces du mal avancé que je tiens sur les genoux. L'ambiance est aux regards fiévreux et aux messes-basses échangés à mi-voix pour que Thompson et les autres habitantes du dortoir ne nous entendent pas. Tout le monde a du mal à contenir son impatience, même le si grand, le si vieux, le si sage Nyakane.
Cette soirée est prévue depuis plusieurs semaines. Depuis quand ne suis-je pas sortie de la Salle commune durant le couvre-feux ? Une éternité, me semble-t-il. À quoi bon enfreindre des règles inutilement ? L'an dernier l'accès à la Réserve, surtout à certains livres à vrai dire, m'était accordé de temps à autre ; et je ne ressentais guère le besoin de rendre visite à l'obscur tableau du troisième étage. Et cette année ? Je repousse mes pensées douloureuses en tournant une nouvelle page. Cette année, je n'ai eu la tête ni au tableau ni à la Réserve mais désormais, le temps est compté. Cinq mois. Dans cinq mois, je ne remettrai plus les pieds ici. Tout sorcier Britannique sait que la bibliothèque de Poudlard compte des grimoires d'une rareté étouffante — ce serait une bêtise que de ne pas profiter du trésor qui se cache entre ses murs, et pourquoi ? Pour un couvre-feu ! Merlin, le couvre-feu ne m'effraie pas. Je brûle d'envie d'effleurer du bout des doigts les ouvrages interdits.
Demander l'autorisation à un professeur ? Oui, on a bien vu ce que ça a donné la dernière fois. Et aujourd'hui, qui irais-je voir ?
Bonjour Miss Priddy, pourrais-je vous voir un instant ? Je me demandais s'il était possible que vous m'accordiez un accès à la Réserve. Pourquoi ? Oh vous savez, après avoir résisté tant bien que mal à l'envie de faire exploser votre bureau, et pendant un instant j'ai même voulu vous compter dans le lot, j'aimerais bien aller vérifier ce que la Réserve propose comme grimoire traitant de la magie noire ; vous êtes d'accord ? Plutôt crever que d'aller voir qui que ce soit, surtout celle devant laquelle j'ai... Non, je veux pas y penser.
De longues minutes s'enfuient tandis que je rumine mon impatience de parcourir les sombres couloirs de l'école. Les professeurs devraient être occupés à autre chose qu'à faire des rondes un soir de Saint Valentin, n'est-ce pas ? De toute manière, moi j'ai un esprit-oiseau — personne ne peut rien contre moi.
« C'est parti, » soufflé-je à mes compagnons d'aventure en refermant le grimoire de Défense.
Zikomo saute aussitôt sur ses quatre pattes, tremblant d'excitation, les oreilles frémissantes. J'abandonne l'idée d'enfiler une cape mais ajoute un pull par-dessus mon uniforme. Je n'ai qu'à échanger un regard avec Nykane pour qu'il comprenne : il prend son envol d'un coup d'ailes gracieux et disparaît en traversant les murs. Nous sommes rodés depuis plusieurs années.
Notre étrange ballet commence : Nyakane part devant, vérifie la route, puis revient vers nous. « La voie est libre, » dit-il simplement, toujours aussi avare en mots. Alors nous avançons. Morceau par morceau, nous cheminons vers notre objectif. Nous traversons ainsi les dortoirs. Le petit salon. L'entrée de la Salle commune. L'espace encombré de tonneaux et à l'odeur de renfermé du couloir des Poufsouffle.
Les murs sont immenses autour de nous, les armures renvoient des ombres effrayantes sous l'éclat faiblard de mon Lumos et le claquement de mes bottines sur le sol en pierre résonne si bien que je me force à marcher sur la pointe des pieds pour le diminuer. Oh, mon coeur bat si fort ! Des frissons d'excitation dévalent mes bras, mes doigts se crispent nerveusement autour de ma baguette magique. Je me sens euphorique, le sentiment est trop rare pour que je n'en profite pas. Zikomo et moi échangeons des paroles amusées, chuchotements épars que nous ne parvenons pas à réguler.
Nyakane nous abandonne à un carrefour pour mener à bien ses tâches d'éclaireur. Je me plaque contre un mur, baisse ma baguette et éteins mon sortilège le temps de son absence.
« Tu me chatouilles, chuchoté-je tout doucement à Zikomo, planqué dans mon cou, qui frotte ses moustaches contre ma peau.
— Pardon, murmure-t-il sans se douter que le mouvement de ses mâchoires accentue les picotements.
— Zik ! »
Un soudain bruissement d'ailes me force à ravaler mon gloussement. Je murmure le sortilège d'allumage de baguette et questionne Nyakane d'un regard ; l'oiseau serpentaire me survole lentement et se pose sur le casque d'une armure poussiéreuse.
« Le couloir est occupé, » articule-t-il si doucement qu'il me faut m'approcher pour l'entendre.
Mon regard est éloquent : qui, quoi, comment, pourquoi, dis-moi tout ! La bibliothèque n'est plus très loin. Ce couloir n'est pas exactement le seul chemin pour y parvenir mais c'est le plus direct et le plus discret. Et si un professeur ou un préfet traîne dans le coin... Mes muscles se tendent naturellement : je dois rebrousser chemin au plus vite ! C'est sans compter Nyakane qui m'explique à demi-mot ce qu'il a vu en survolant les lieux : un enfant, un livre, seuls dans le couloir. C'est quoi, ce délire ? Revient-il de la bibliothèque ? Un gamin ? Non, impossible.
Je réfléchis à toute allure, appuyée contre le mur, le coeur battant le rythme contre ma cage thoracique. Contourner, ne pas contourner ? Prendre un autre chemin me fera certes perdre du temps mais me forcera à passer par le hall, donc à m'exposer, et surtout augmentera le risque d'être surprise, Nyakane ou non. Par tous les mages ! Seule une pensée que ne peuvent avoir que les baroudeurs nocturnes me ramène à la raison : il n'a aucun intérêt à me dénoncer s'il ne veut pas que je le dénonce en retour. Par logique, notre rencontre ne peut se solder que par un regard appuyé et suspect avant que nos chemins se séparent de nouveau. Tout ira bien, cet obstacle n'en est pas un.
J'explique mon plan à mes compagnons. Quelques regards de connivence sont échangés puis Nyakane repart faire l'éclaireur. Il a donné sa parole : il surveille nos avants et nos arrières, il fait des allers-retours, il veille : il nous préviendra si quiconque approche.
Je compte dans ma tête. Un, deux, trois. J'avale une goulée d'air destinée à me donner du courage et me lance dans le couloir, baguette bien allumée et bien brandie histoire que le rôdeur nocturne ne hurle pas de peur en entendant le bruissement de mes vêtements.
Offrir la force à celui qui n'en a pas
Je n’aurais su dire le nombre de secondes ou de minutes qui avaient pu s’écouler depuis que je m’étais laissé glisser par terre. L’obscurité envahissait les couloirs et mes yeux restaient ouverts, s’habituant peu à peu à l’environnement. Je fixais ma baguette, sans être réellement sûr que c’était elle que je fixais. J’attendais, sans savoir combien de temps je resterais dans cette position. Mes pensées, comme toutes celles que j’avais depuis septembre, tournaient autour de mon père et de ma magie. Je m’interrogeais sur ce qu’il ferait, ce qu’il voudrait, ce que je ferais, ce que je voulais. En boucle. Une boucle infernale qui m’offrait la situation dans laquelle je me retrouvais maintenant, à tenir un livre de potions de cinquième année dans une main et une baguette dans l’autre, un vendredi soir. Le contrôle que je croyais détenir semblait s’effacer. Était-ce mon père qui avait ces idées ? Aurait-il ces idées ? En étais-je le propriétaire ? Il m’était impossible de raisonner, de penser, d’entendre un autre jugement. Et puis de toute façon, personne ne savait, ne comprendrait, ne m’écouterait.
L’énergie de ma baguette s’intensifiait, comme à chaque fois que ce flot d’émotions me submergeait. Le frêne en elle me savait borné. Il me fallait continuer. Elle m’aidait. Il était évident qu’elle me montrait ce que je devais faire : persévérer et fabriquer cette potion. J’étais silencieux dans ce long couloir, mais mon esprit hurlait. Mon corps était stoïque, mais je courrais déjà. Ainsi, lorsqu’un son, un vrai, interrompit le brouhaha interne de mon esprit, je ne pouvais que l’entendre. Toutefois pas assez fort pour que je daigne me lever, je restais attentif aux prochains. C’était un bruit discret qui n’avait pas duré plus de deux secondes, mais qui avait eu son effet. Ce n’était pas des pas, ils seraient déjà devant moi ; ce n’était pas des voix, elles se seraient intensifiées. On aurait dit… Le bruit d’un torchon qui claque dans l’air. Le son du vent. Mais je voyais mal un torchon voler dans ce couloir, ni dans aucun d’ailleurs. Le bruit avait toutefois disparu et je ne m’en inquiétais plus. De toute évidence, j’avais imaginé ce coup de vent et baissai les yeux vers ma baguette.
Bon, d’accord, j’y retourne, murmurai-je à ma baguette, comme s’il me fallait une coupable pour continuer, comme si j’avais encore besoin d’un prétexte. A peine venais-je de prendre cette décision que le bruit du vent revenait, mais aussi une lumière venant tout droit d’une baguette. Je fis un bond presque impressionnant pour me relever et mon livre me glissa des mains. Un autre bruit qui raisonnait dans ce couloir bien trop silencieux. Un coup dans le cœur et l’adrénaline courrait dans mes veines à deux-cents à l’heure. Je n’avais entendu aucune voix, ni aucun pas. Peut-être que mes murmures destinés à ma baguette m’avaient trahi et avaient masqué les pas de l’adulte qui se dirigeait vers moi, ne m’offrant aucune sortie de secours. Peut-être que l’adulte attendait un mouvement de ma part pour se manifester et me prendre sur le fait. Mes yeux s’étaient déjà tellement habitués à l’obscurité que la lumière était plus qu’agressive, elle m’éblouissait. Je rabattais mon bras et ma main vers moi, paume vers l’adulte pour cacher la lumière et y voir plus clair, en vain. Il m’était impossible de démasquer la personne en face de moi. Tout ce que j’espérais, c’est que ce ne serait pas Priddy. Je ne pouvais clairement pas courir de l’autre côté, m’enfuir ou prétendre être somnambule, je ne pouvais qu’attendre la remontrance, la question habituelle et évidente sur ce que je faisais ici, à une heure où je devrais être dans mon lit. Je soupirai.
614
L’énergie de ma baguette s’intensifiait, comme à chaque fois que ce flot d’émotions me submergeait. Le frêne en elle me savait borné. Il me fallait continuer. Elle m’aidait. Il était évident qu’elle me montrait ce que je devais faire : persévérer et fabriquer cette potion. J’étais silencieux dans ce long couloir, mais mon esprit hurlait. Mon corps était stoïque, mais je courrais déjà. Ainsi, lorsqu’un son, un vrai, interrompit le brouhaha interne de mon esprit, je ne pouvais que l’entendre. Toutefois pas assez fort pour que je daigne me lever, je restais attentif aux prochains. C’était un bruit discret qui n’avait pas duré plus de deux secondes, mais qui avait eu son effet. Ce n’était pas des pas, ils seraient déjà devant moi ; ce n’était pas des voix, elles se seraient intensifiées. On aurait dit… Le bruit d’un torchon qui claque dans l’air. Le son du vent. Mais je voyais mal un torchon voler dans ce couloir, ni dans aucun d’ailleurs. Le bruit avait toutefois disparu et je ne m’en inquiétais plus. De toute évidence, j’avais imaginé ce coup de vent et baissai les yeux vers ma baguette.
Bon, d’accord, j’y retourne, murmurai-je à ma baguette, comme s’il me fallait une coupable pour continuer, comme si j’avais encore besoin d’un prétexte. A peine venais-je de prendre cette décision que le bruit du vent revenait, mais aussi une lumière venant tout droit d’une baguette. Je fis un bond presque impressionnant pour me relever et mon livre me glissa des mains. Un autre bruit qui raisonnait dans ce couloir bien trop silencieux. Un coup dans le cœur et l’adrénaline courrait dans mes veines à deux-cents à l’heure. Je n’avais entendu aucune voix, ni aucun pas. Peut-être que mes murmures destinés à ma baguette m’avaient trahi et avaient masqué les pas de l’adulte qui se dirigeait vers moi, ne m’offrant aucune sortie de secours. Peut-être que l’adulte attendait un mouvement de ma part pour se manifester et me prendre sur le fait. Mes yeux s’étaient déjà tellement habitués à l’obscurité que la lumière était plus qu’agressive, elle m’éblouissait. Je rabattais mon bras et ma main vers moi, paume vers l’adulte pour cacher la lumière et y voir plus clair, en vain. Il m’était impossible de démasquer la personne en face de moi. Tout ce que j’espérais, c’est que ce ne serait pas Priddy. Je ne pouvais clairement pas courir de l’autre côté, m’enfuir ou prétendre être somnambule, je ne pouvais qu’attendre la remontrance, la question habituelle et évidente sur ce que je faisais ici, à une heure où je devrais être dans mon lit. Je soupirai.
614
Fiche PR - 4e année RP
Offrir la force à celui qui n'en a pas
Les battements de mon coeur s'accélèrent lorsque je bifurque dans le couloir qui cette nuit appartient à un autre. Les muscles de mon bras tremblent mais il faudrait être particulièrement avisé pour remarquer que la lumière blafarde que renvoie ma baguette sur les murs centenaires du château vacille au rythme de mes pas. Je sens les petites griffes de Zikomo s'enfoncer dans mon pull alors qu'il se penche vers l'avant pour mieux discerner dans le noir la silhouette du garçon que nous nous attendons tous deux à trouver. Mais la lumière est aveuglante et l'obscurité trop épaisse ; je ne discerne rien. J'avance à petits pas, le coeur tremblotant dans ma poitrine. Je n'ai pas peur, oh non. Je suis fébrile car pour une fois je sais exactement ce que je vais trouver devant moi et j'ai conscience que lui n'a pas la moindre idée de ce qui s'approche.
Un bruit brusque éparpille mes pensées exaltées. Quelque chose tombe sur le sol. Je sursaute et me fige, et cette fois si mon coeur dérape, c'est bel et bien à cause de la peur que j'ai eue. Je serre les dents en sentant les griffes de Zikomo traverser pull et uniforme pour crisser contre ma peau. J'écoute les bruits aux alentours. Aucun pas qui s'approche à toute allure, pas de Nyakane qui revient pour nous alerter... Mais des froissements de vêtement et un souffle léger devant moi.
Je baisse ma baguette et il se dévoile à moi. La pression retombe. Je soupire en diminuant d'une simple impulsion mentale la force de mon Lumos. C'est un enfant tout ce qu'il y a de plus normal, les bras levés devant lui pour se protéger de ma lumière — ou de moi ? Je fouille son visage. Il me dit quelque chose. Mes yeux dégringolent encore un peu et je remarque sa tenue scolaire et le blaireau qui se dresse fièrement sur sa poitrine. Un tout jeune Poufsouffle perdu qui n'a pas encore rejoint son dortoir.
Je soupire une nouvelle fois et m'accroupis pour récupérer le livre qu'il a laissé tomber à ses pieds.
« Fais attention, » soufflé-je dans un murmure plus léger que le vent.
J'attrape le grimoire par le dos et jette un coup d'œil à sa couverture en me relevant avec un souffle d'effort. Mes sourcils se dressent sur mon front. J'ai beau ne pas être une experte en potions, même si j'ai eu une période passionnée lors de ma première année, je peux deviner à sa couverture que son contenu n'a pas grand chose à faire dans les mains de cet enfant. À vue de nez, ce dernier ne doit pas avoir plus de douze ou treize ans — je donnerais ma main à couper qu'il fait partie de la fournée de premières années. Enfin, ce qu'il a à faire avec un ouvrage qui n'est pas de son niveau, je m'en contrefiche. Cela ne m'empêche pas d'ouvrir le grimoire et de feuilleter les premières pages jusqu'au sommaire après avoir coulé un regard circonspect vers son propriétaire du moment. Ma lecture me confirme ce que je savais déjà.
Je referme le livre, une moue amusée sur les lèvres, et le tends au garçon dans un mouvement impérieux.
« Soit t'es un génie, soit t'es impatient. »
Ma voix n'est guère plus qu'un murmure et mon ton, trop souvent soumis à mon ennui ou mes émotions noires, est incapable d'exprimer le sourire qui se cache pourtant derrière ces mots. J'aimerais croire que c'est un génie et que le programme de son année ne lui suffit pas, mais je suis persuadée que ce n'est qu'un impatient qui n'a aucune idée de son incapacité à comprendre ce que ce livre renferme.
Je ne compte pas attendre sa réponse. Je fais un pas sur le côté, marquant de ce fait mon envie de partir ; plus vite nous nous séparerons moins de risque nous aurons de nous faire prendre.
« Enfin c'est pas la question, je reprends dans un chuchotement. Dis pas que tu m'as vue et je ferai pareil pour toi. »
Pendant une fraction de seconde une scène toute autre se dessine dans mon imaginaire : le jour qui se déverse dans le couloir, les allées et les venues des élèves pressés et occupés par toutes sortes d'activités scolaires, les grands pas qui se hâtent, les bousculades, les frôlements, les regards qui ne font rien d'autre que se croiser. Lui et moi dans un couloir en plein jour, cela ne se serait jamais nommé rencontre. Pourtant de nuit, les silhouettes solitaires ne peuvent que se percuter ; aucun monde n'existe dans lequel nous aurions pu nous croiser à cette heure-là sans nous arrêter.
Qui sait ce qui peut roder dans un château endormi, ce qui traîne dans ses entrailles plongées dans l'obscurité ? Nous avons eu de la chance de tomber l'un sur l'autre. Ou plutôt : il a eu de la chance de tomber sur moi.
Un bruit brusque éparpille mes pensées exaltées. Quelque chose tombe sur le sol. Je sursaute et me fige, et cette fois si mon coeur dérape, c'est bel et bien à cause de la peur que j'ai eue. Je serre les dents en sentant les griffes de Zikomo traverser pull et uniforme pour crisser contre ma peau. J'écoute les bruits aux alentours. Aucun pas qui s'approche à toute allure, pas de Nyakane qui revient pour nous alerter... Mais des froissements de vêtement et un souffle léger devant moi.
Je baisse ma baguette et il se dévoile à moi. La pression retombe. Je soupire en diminuant d'une simple impulsion mentale la force de mon Lumos. C'est un enfant tout ce qu'il y a de plus normal, les bras levés devant lui pour se protéger de ma lumière — ou de moi ? Je fouille son visage. Il me dit quelque chose. Mes yeux dégringolent encore un peu et je remarque sa tenue scolaire et le blaireau qui se dresse fièrement sur sa poitrine. Un tout jeune Poufsouffle perdu qui n'a pas encore rejoint son dortoir.
Je soupire une nouvelle fois et m'accroupis pour récupérer le livre qu'il a laissé tomber à ses pieds.
« Fais attention, » soufflé-je dans un murmure plus léger que le vent.
J'attrape le grimoire par le dos et jette un coup d'œil à sa couverture en me relevant avec un souffle d'effort. Mes sourcils se dressent sur mon front. J'ai beau ne pas être une experte en potions, même si j'ai eu une période passionnée lors de ma première année, je peux deviner à sa couverture que son contenu n'a pas grand chose à faire dans les mains de cet enfant. À vue de nez, ce dernier ne doit pas avoir plus de douze ou treize ans — je donnerais ma main à couper qu'il fait partie de la fournée de premières années. Enfin, ce qu'il a à faire avec un ouvrage qui n'est pas de son niveau, je m'en contrefiche. Cela ne m'empêche pas d'ouvrir le grimoire et de feuilleter les premières pages jusqu'au sommaire après avoir coulé un regard circonspect vers son propriétaire du moment. Ma lecture me confirme ce que je savais déjà.
Je referme le livre, une moue amusée sur les lèvres, et le tends au garçon dans un mouvement impérieux.
« Soit t'es un génie, soit t'es impatient. »
Ma voix n'est guère plus qu'un murmure et mon ton, trop souvent soumis à mon ennui ou mes émotions noires, est incapable d'exprimer le sourire qui se cache pourtant derrière ces mots. J'aimerais croire que c'est un génie et que le programme de son année ne lui suffit pas, mais je suis persuadée que ce n'est qu'un impatient qui n'a aucune idée de son incapacité à comprendre ce que ce livre renferme.
Je ne compte pas attendre sa réponse. Je fais un pas sur le côté, marquant de ce fait mon envie de partir ; plus vite nous nous séparerons moins de risque nous aurons de nous faire prendre.
« Enfin c'est pas la question, je reprends dans un chuchotement. Dis pas que tu m'as vue et je ferai pareil pour toi. »
Pendant une fraction de seconde une scène toute autre se dessine dans mon imaginaire : le jour qui se déverse dans le couloir, les allées et les venues des élèves pressés et occupés par toutes sortes d'activités scolaires, les grands pas qui se hâtent, les bousculades, les frôlements, les regards qui ne font rien d'autre que se croiser. Lui et moi dans un couloir en plein jour, cela ne se serait jamais nommé rencontre. Pourtant de nuit, les silhouettes solitaires ne peuvent que se percuter ; aucun monde n'existe dans lequel nous aurions pu nous croiser à cette heure-là sans nous arrêter.
Qui sait ce qui peut roder dans un château endormi, ce qui traîne dans ses entrailles plongées dans l'obscurité ? Nous avons eu de la chance de tomber l'un sur l'autre. Ou plutôt : il a eu de la chance de tomber sur moi.
Offrir la force à celui qui n'en a pas
La lumière aveuglante s’abaissa et la silhouette derrière la baguette se fit plus visible. Deux silhouettes qui se découvraient, deux silhouettes qui ne devaient pas être ici. Mon bras, qui n’avait plus besoin de me protéger, imita le mouvement de la baguette et revint se poser le long de ma jambe. J'avais craint de tomber sur une adulte dans ce couloir désormais synonyme de mon échec, mais je découvrais une élève qui, de plus, était de ma maison. Mes épaules se relâchèrent légèrement, mais je restais sur mes gardes. Après tout, se moquer d'un première année qui se croit invincible, en bravant le couvre-feu, serait un classique auquel on ne déroge pas. Son visage, je le reconnaissais. C’était le même qui, lors de la soirée de Noël en salle commune, avait fixé Narcisse avant de lui tendre un chocolat ensorcelé. Toutefois, il m’était impossible de me souvenir de son prénom, même en fouillant au plus loin dans ma mémoire. L'adrénaline courait encore dans mes veines et m'empêchait de plonger dans mes pensées, m'obligeant à rester dans cette réalité. J'étais certes rassuré d'être tombé sur quelqu'un d'autre qu'un adulte, mais pas sur une septième année dont je ne connaissais rien.
Un petit mouvement de recul presque imperceptible, et je la suivais du regard, attendant le premier coup, la première brimade. Mais c'était une mise en garde que je reçus, et une mise en garde qui m'interrogea plus qu'elle ne m'aida. Pourquoi ne passait-elle tout simplement pas son chemin ? Je fronçai les sourcils, m'attendant à une suite qui ne vint pas. Je la regardais s'accroupir, toujours muet, vers le livre que j’avais laissé tomber dans la précipitation. Je profitais de son regard détourné pour essuyer la larme qui s’était décidée à couler, dans un revers de main des plus rapides. Elle ramassa mon manuel de potions, s’attarda sur le titre et un sentiment étrange en moi grignotait mon estomac. Elle venait de briser un secret, d'ouvrir une porte dans un monde que je tentais de garder caché. Désormais, elle savait. Elle ne parviendrait jamais à la conclusion finale, mais elle savait. Et comme si cela n'était pas assez douloureux, elle me fit l'affront de l'ouvrir, de s'assurer que oui, j'étais un menteur patenté, un première année qui n'avait rien à faire avec un livre de cinquième année. Le regard qu'elle me jeta m'agaça car je ne le comprenais pas. Je cherchais du jugement pour permettre au mien d'exister, mais n'en trouvais pas. Je voulais lui crier de me rendre mon livre, lui reprocher d’être si curieuse et d’interférer entre mon père et moi - car c’était le raccourcis que je faisais - mais déglutis lorsqu’elle finit par me le tendre. Aucun mot n’aurait pu sortir. Encore moins pour un reproche. L'obscurité du couloir, heureusement, cachait mes émotions, et j'encaissai la deuxième remarque qui suivit. Une remarque qui mit d'ailleurs fin à ce silence interminable et qui pourtant, avait sûrement dû nous entendre hurler de chaque côté. Je n'avais aucune idée de comment interpréter ce commentaire, mais il eut le don étrange d'éteindre ma colère. Un génie, clairement pas, impatient, sans doute. Lui offrir une justification n'aurait servi à rien, cela n'aurait fait qu'enclencher des moqueries. Je saisis le livre tendu et le collai d'instinct contre mon torse, sans relever. Il était avec moi et je n'allais plus le lâcher. Elle allait de toute façon continuer son chemin et moi le mien. Il me suffisait de me taire et d’attendre.
En récupérant l'ouvrage, j'avais pu souffler et mon champ de vision s'était à nouveau agrandi. Je n'étais plus concentré sur elle, son regard et ses gestes, mais sur tout ce qui l'entourait, et remarquai seulement maintenant la présence d'un animal sur ses épaules. Je fronçai les sourcils, cherchant à comprendre ce que c'était, ce qu'il faisait là avec elle dans ce couloir. Depuis le début, j'avais cru que nous étions seuls, mais ce renard que je découvrais enfin avait tout suivi. Impossible d'y prêter plus attention car elle rompit le silence pour s'éloigner. J'écoutais sagement son avertissement qui me ramena à ma situation. Je prenais à nouveau conscience de la solitude qui m'avait habité avant qu'elle n'arrive, et dans laquelle elle allait me laisser. Elle était entrée dans ce tourbillon d'émotions, m'en avait sorti en m'offrant une présence, et allait m'y laisser à nouveau. Je hochai la tête pour lui faire comprendre que j'acceptais ce marché, que je ne dirais rien, et la laissai partir.
Je jetai un regard au livre qui attendait que j'aille chercher mes ingrédients, puis relevai la tête vers la lumière de sa baguette qui allait bientôt s'éloigner et me rendre à nouveau aveugle. Une petite moue d'hésitation se dessina sur mon visage. Était-ce que je ne voulais pas la laisser partir ainsi avec mon secret, ou que j'avais trop peur de rester seul ici ? J'aurais pu utiliser ma baguette, retrouver un semblant de lumière, mais c'était la sienne que je voulais suivre.
- Attends !, m'exclamai-je tout en murmurant. Mon cœur battait à mille à l'heure, n'ayant aucune idée de quoi dire, quoi faire après son avertissement qui n'était clairement pas une invitation à entamer une balade dans les couloirs du château. Je restais muet quelques secondes, la fixant à la recherche d'un signe qui me crierait de repartir d'où je venais, mais la faible lumière ne me laissait rien voir. Ou peut-être n'avait-je rien envie de voir. J'allais par là aussi. Du moins, je croyais, car je n'avais plus aucune idée d'où se trouvait la réserve de potions. J'hésitais à lui en parler, j'hésitais à m'exposer davantage, et sans comprendre pourquoi, je le faisais. Tu vas vers la réserve ?
Pour moi, il n'y en avait qu'une, c'était celle qui m'intéressait. Je prenais conscience que son âge m'offrait l'expérience que je n'avais pas pour créer une potion de cinquième année. Je prenais conscience qu'il me fallait des alliés. En la regardant plus calmement, cela me revint. Celle qui marchait à mes côtés, c'était Aelle.
Un petit mouvement de recul presque imperceptible, et je la suivais du regard, attendant le premier coup, la première brimade. Mais c'était une mise en garde que je reçus, et une mise en garde qui m'interrogea plus qu'elle ne m'aida. Pourquoi ne passait-elle tout simplement pas son chemin ? Je fronçai les sourcils, m'attendant à une suite qui ne vint pas. Je la regardais s'accroupir, toujours muet, vers le livre que j’avais laissé tomber dans la précipitation. Je profitais de son regard détourné pour essuyer la larme qui s’était décidée à couler, dans un revers de main des plus rapides. Elle ramassa mon manuel de potions, s’attarda sur le titre et un sentiment étrange en moi grignotait mon estomac. Elle venait de briser un secret, d'ouvrir une porte dans un monde que je tentais de garder caché. Désormais, elle savait. Elle ne parviendrait jamais à la conclusion finale, mais elle savait. Et comme si cela n'était pas assez douloureux, elle me fit l'affront de l'ouvrir, de s'assurer que oui, j'étais un menteur patenté, un première année qui n'avait rien à faire avec un livre de cinquième année. Le regard qu'elle me jeta m'agaça car je ne le comprenais pas. Je cherchais du jugement pour permettre au mien d'exister, mais n'en trouvais pas. Je voulais lui crier de me rendre mon livre, lui reprocher d’être si curieuse et d’interférer entre mon père et moi - car c’était le raccourcis que je faisais - mais déglutis lorsqu’elle finit par me le tendre. Aucun mot n’aurait pu sortir. Encore moins pour un reproche. L'obscurité du couloir, heureusement, cachait mes émotions, et j'encaissai la deuxième remarque qui suivit. Une remarque qui mit d'ailleurs fin à ce silence interminable et qui pourtant, avait sûrement dû nous entendre hurler de chaque côté. Je n'avais aucune idée de comment interpréter ce commentaire, mais il eut le don étrange d'éteindre ma colère. Un génie, clairement pas, impatient, sans doute. Lui offrir une justification n'aurait servi à rien, cela n'aurait fait qu'enclencher des moqueries. Je saisis le livre tendu et le collai d'instinct contre mon torse, sans relever. Il était avec moi et je n'allais plus le lâcher. Elle allait de toute façon continuer son chemin et moi le mien. Il me suffisait de me taire et d’attendre.
En récupérant l'ouvrage, j'avais pu souffler et mon champ de vision s'était à nouveau agrandi. Je n'étais plus concentré sur elle, son regard et ses gestes, mais sur tout ce qui l'entourait, et remarquai seulement maintenant la présence d'un animal sur ses épaules. Je fronçai les sourcils, cherchant à comprendre ce que c'était, ce qu'il faisait là avec elle dans ce couloir. Depuis le début, j'avais cru que nous étions seuls, mais ce renard que je découvrais enfin avait tout suivi. Impossible d'y prêter plus attention car elle rompit le silence pour s'éloigner. J'écoutais sagement son avertissement qui me ramena à ma situation. Je prenais à nouveau conscience de la solitude qui m'avait habité avant qu'elle n'arrive, et dans laquelle elle allait me laisser. Elle était entrée dans ce tourbillon d'émotions, m'en avait sorti en m'offrant une présence, et allait m'y laisser à nouveau. Je hochai la tête pour lui faire comprendre que j'acceptais ce marché, que je ne dirais rien, et la laissai partir.
Je jetai un regard au livre qui attendait que j'aille chercher mes ingrédients, puis relevai la tête vers la lumière de sa baguette qui allait bientôt s'éloigner et me rendre à nouveau aveugle. Une petite moue d'hésitation se dessina sur mon visage. Était-ce que je ne voulais pas la laisser partir ainsi avec mon secret, ou que j'avais trop peur de rester seul ici ? J'aurais pu utiliser ma baguette, retrouver un semblant de lumière, mais c'était la sienne que je voulais suivre.
- Attends !, m'exclamai-je tout en murmurant. Mon cœur battait à mille à l'heure, n'ayant aucune idée de quoi dire, quoi faire après son avertissement qui n'était clairement pas une invitation à entamer une balade dans les couloirs du château. Je restais muet quelques secondes, la fixant à la recherche d'un signe qui me crierait de repartir d'où je venais, mais la faible lumière ne me laissait rien voir. Ou peut-être n'avait-je rien envie de voir. J'allais par là aussi. Du moins, je croyais, car je n'avais plus aucune idée d'où se trouvait la réserve de potions. J'hésitais à lui en parler, j'hésitais à m'exposer davantage, et sans comprendre pourquoi, je le faisais. Tu vas vers la réserve ?
Pour moi, il n'y en avait qu'une, c'était celle qui m'intéressait. Je prenais conscience que son âge m'offrait l'expérience que je n'avais pas pour créer une potion de cinquième année. Je prenais conscience qu'il me fallait des alliés. En la regardant plus calmement, cela me revint. Celle qui marchait à mes côtés, c'était Aelle.
Fiche PR - 4e année RP
Offrir la force à celui qui n'en a pas
Je fouille un instant de plus son regard. L'objectif est de déceler dans celui-ci une trace de vilenie quelle qu'elle soit — ira-t-il me dénoncer ? Il n'aurait guère de raison de le faire puisqu'il se trahira en même temps mais je ne fais pas suffisamment confiance aux gens pour me persuader qu'il saura faire preuve de discernement. Je fouille donc mais la seule chose que je remarque, et cela m'encourage à lever légèrement ma baguette pour mieux illuminer son visage, c'est que les deux yeux qui percent cette tête qui acquiesce sont d'un vert étonnant. Pas un vert qui attire, pas un vert qui bouleverse comme j'ai pu en voir dans ma vie et auquel je ne veux absolument pas songer, mais un vert que je trouve étrange de trouver là. Je ne m'y attendais pas. Des yeux verts, donc, sur une tronche de premier année, mais j'ai beau fouiller et fouiller, je ne décèle ni mensonge ni loyauté. Je me résous donc à me détourner sans avoir une autre assurance de son silence que son hochement de tête.
Bien. La rencontre, fugace et forcée, a été brève. Le message est passé. Le reste de la nuit n'attend que moi. Je n'oublie pas l'obscurité qui m'entoure et les bruits du château endormi. Ne surtout pas rester statique, à l'égard de Nyakane qui fait des allers et retours dans les couloirs qui nous entourent pour surveiller si la voie est libre. Si le jeune Poufsouffle veut rester ici, comme c'était le cas avant que je n'arrive, grand bien lui fasse. Moi, je m'en v—
Un chuchotement soudain. Sa voix. Mon coeur rate un battement. Je me tourne vers lui, ma baguette suit le mouvement. Mes sourcils sont froncés, c'est un regard sévère que je pose sur lui. Quoi, qu'y a-t-il qui puisse justifier qu'il m'interrompt aussi soudainement, dans la nuit, durant le couvre-feu qui plus est ? Nous nous affrontons dans notre silence, ses yeux parcourent mon visage, qu'attend-il ? Il allait par là ? Je jette inutilement un regard vers le couloir qui me mènera à mon objectif. Qu'est-ce qu'il veut, que je lui tienne la main ? Non, pire. La réponse tombe : la Réserve.
Mes sourcils se défroissent, mes traits se lissent. Je le toise silencieusement, je compte les secondes dans mon esprit tandis que je recherche la meilleure réponse à lui donner. J'ai peur de comprendre ce qu'il veut réellement. Il profite de l'occasion pour se faire escorter par une élève avec davantage d'expérience que lui. Il est futé. Après tout, c'est vrai que j'ai plus de chance que lui d'accéder à la Réserve et d'en ressortir sans que quiconque ne soit au courant. Dommage que je n'ai pas le coeur sur la main et que je n'ai pas la moindre intention de me faire accompagner d'un gosse dont la seule présence réduit de moitié mes chances de réussite.
Je ne sais pas ce qui me dérange le plus : le fait qu'il me questionne sur mes objectifs nocturnes ou le fait qu'il émette l'hypothèse de m'accompagner ? Et pourquoi ? Comment vois-tu la chose, au juste ? Nous deux dans les couloirs, deux sombres silhouettes qui se faufilent dans la Réserve, l'un des endroits les plus surveillés de l'école ? Pense-t-il que je vais le protéger ? Lui dire quand avancer, quand parler, quand se cacher ? Se pense-t-il le droit de m'utiliser de la sorte seulement parce qu'il m'a trouvée sur son chemin ?
Je dirige le faisceau de ma baguette vers son visage. Plus tôt, je voulais éviter de l'éblouir ; désormais mon objectif est tout autre. Je l'éclaire et me penche légèrement vers lui. Il ne faudrait pas qu'il se méprenne sur mes intentions.
« Il est bientôt minuit, entonné-je d'une voix parfaitement calme et basse, on est en plein couvre-feu. Que j'aille dans la Réserve ou dans le bureau de la directrice, on s'en tape. »
Je me redresse. Mes yeux prennent une teinte désabusée.
« Si je sors en pleine nuit c'est parce que ce que je veux faire ne concerne personne. Surtout pas toi. » Je fronce brièvement les sourcils. Sévère mais sans condamner. « Retourne à la Salle commune, le pressé-je. Évite de brailler et tu te feras pas choper. »
Je remercie Merlin de ne pas m'avoir fait croiser le chemin d'un professeur. Certes, je le remercie. Mais s'il pouvait éviter d'avoir fichu sur mon chemin un enfant trop collant qui se croit permis de m'accompagner dans ma petite aventure, je lui en serai gré.
Bien. La rencontre, fugace et forcée, a été brève. Le message est passé. Le reste de la nuit n'attend que moi. Je n'oublie pas l'obscurité qui m'entoure et les bruits du château endormi. Ne surtout pas rester statique, à l'égard de Nyakane qui fait des allers et retours dans les couloirs qui nous entourent pour surveiller si la voie est libre. Si le jeune Poufsouffle veut rester ici, comme c'était le cas avant que je n'arrive, grand bien lui fasse. Moi, je m'en v—
Un chuchotement soudain. Sa voix. Mon coeur rate un battement. Je me tourne vers lui, ma baguette suit le mouvement. Mes sourcils sont froncés, c'est un regard sévère que je pose sur lui. Quoi, qu'y a-t-il qui puisse justifier qu'il m'interrompt aussi soudainement, dans la nuit, durant le couvre-feu qui plus est ? Nous nous affrontons dans notre silence, ses yeux parcourent mon visage, qu'attend-il ? Il allait par là ? Je jette inutilement un regard vers le couloir qui me mènera à mon objectif. Qu'est-ce qu'il veut, que je lui tienne la main ? Non, pire. La réponse tombe : la Réserve.
Mes sourcils se défroissent, mes traits se lissent. Je le toise silencieusement, je compte les secondes dans mon esprit tandis que je recherche la meilleure réponse à lui donner. J'ai peur de comprendre ce qu'il veut réellement. Il profite de l'occasion pour se faire escorter par une élève avec davantage d'expérience que lui. Il est futé. Après tout, c'est vrai que j'ai plus de chance que lui d'accéder à la Réserve et d'en ressortir sans que quiconque ne soit au courant. Dommage que je n'ai pas le coeur sur la main et que je n'ai pas la moindre intention de me faire accompagner d'un gosse dont la seule présence réduit de moitié mes chances de réussite.
Je ne sais pas ce qui me dérange le plus : le fait qu'il me questionne sur mes objectifs nocturnes ou le fait qu'il émette l'hypothèse de m'accompagner ? Et pourquoi ? Comment vois-tu la chose, au juste ? Nous deux dans les couloirs, deux sombres silhouettes qui se faufilent dans la Réserve, l'un des endroits les plus surveillés de l'école ? Pense-t-il que je vais le protéger ? Lui dire quand avancer, quand parler, quand se cacher ? Se pense-t-il le droit de m'utiliser de la sorte seulement parce qu'il m'a trouvée sur son chemin ?
Je dirige le faisceau de ma baguette vers son visage. Plus tôt, je voulais éviter de l'éblouir ; désormais mon objectif est tout autre. Je l'éclaire et me penche légèrement vers lui. Il ne faudrait pas qu'il se méprenne sur mes intentions.
« Il est bientôt minuit, entonné-je d'une voix parfaitement calme et basse, on est en plein couvre-feu. Que j'aille dans la Réserve ou dans le bureau de la directrice, on s'en tape. »
Je me redresse. Mes yeux prennent une teinte désabusée.
« Si je sors en pleine nuit c'est parce que ce que je veux faire ne concerne personne. Surtout pas toi. » Je fronce brièvement les sourcils. Sévère mais sans condamner. « Retourne à la Salle commune, le pressé-je. Évite de brailler et tu te feras pas choper. »
Je remercie Merlin de ne pas m'avoir fait croiser le chemin d'un professeur. Certes, je le remercie. Mais s'il pouvait éviter d'avoir fichu sur mon chemin un enfant trop collant qui se croit permis de m'accompagner dans ma petite aventure, je lui en serai gré.
Offrir la force à celui qui n'en a pas
Le silence du couloir accueillait les pas d'Aelle depuis que je l'avais rejointe. Les miens étaient toujours aussi sourds et je ne pouvais que remarquer le son que les siens faisaient. Ils me montraient le rythme à suivre, et je le suivais. J'aurais pu rester silencieux et attendre d'arriver à la réserve, n'ayant que pour seul écho le son de ses chaussures sur la pierre froide, mais je l'avais interrogée. J'avais voulu savoir où elle se rendait, espérant que celle qu'on avait mise sur mon chemin m'aide, mais à ma question, c'était la lumière de sa baguette que j'avais reçue. Une lumière qui vint m'aveugler pour la deuxième fois de la soirée. Par réflexe, je détournai la tête en fronçant les sourcils, légèrement agacé par son manque de manière. Il m'était impossible de relever et de le lui reprocher, bien évidemment, mais je n'en pensais pas moins. J'espérais au moins qu'en m'éclairant de la sorte, elle avait pu le voir, à défaut de pouvoir accéder à ses expressions à elle.
En se penchant vers moi, elle accentuait l'écart de taille qu'il existait déjà entre nous. Je sentais que mes jambes auraient voulu que le sol devienne mouvant, qu'il m'engloutisse pour ne pas subir la remarque que j'allais recevoir. Il était minuit, me disait-elle. A la bonne heure. Si je n'avais pas été éclairé ainsi par sa baguette, lui offrant en gros plan la moindre de mes réactions, j'aurais souri à cette annonce. Et à la deuxième. Mais la fin de sa phrase ramena le sérieux à l'ambiance. Ce n'était clairement pas la réponse la plus ouverte que l'on pouvait envoyer à quelqu'un. Je l'écoutais, plus muet que le sol, l'observais se redresser avant qu'elle ne m'envoie un deuxième coup. Ce que je veux faire ne concerne personne. Surtout pas toi. Je ne sais pas pourquoi à cet instant je n'avais pas baissé le regard et avais choisi de soutenir le sien, mais j'y étais enchainé. Je me demandais ce qu'elle avait bien pu vouloir dire par moi. Surtout pas moi. Je fouillais dans ma mémoire à la recherche d'indices pouvant justifier qu'elle en ait après moi plus qu'un autre. Était-ce mon livre ? Mes questions ? Moi en entier ? Je ne comprenais pas, et me laissais être lu par le regard qu'elle me jetait. J'attendais que le flot sévère de paroles continue et il continua. Rentrer à la salle commune ? Hors de questions. Qu'elle y aille si cela ne lui plaisait pas, après tout je ne la retenais pas. C'était même elle qui mettait un frein à l'avancée. Elle poursuivit en me demandant de ne pas brailler. Brailler. Avait-elle déjà entendu ma voix brailler ? Je retenais le vocabulaire qu'elle employait, le décortiquais et me l'infligeais en me le répétant sans cesse.
Mes pensées fusaient à mille à l'heure, je ne quittais pas son regard mais le mien était intimidé. Ma main serrait ma baguette et je serrais le regard. C'était sûrement très naïf de ma part d'attendre une dernière parole, une proposition finale qui annulerait tout ce qui avait été dit, car après quelques secondes de silence, il était évident qu'il n'y aurait plus rien.
Le contact visuel fut rompu par l'arrivée d'un oiseau qui me fit sursauter. Je sursautai, mais elle... Non ? Pourquoi pas elle ? Aurais-je loupé un simple mouvement ? Je lui lançais un regard paniqué, cherchant dans le sien un minimum d'explications, avant de suivre à nouveau le volatile au-dessus de nos têtes. J’étais pourtant persuadé qu’elle n’était pas sourde, elle l’avait forcément entendu. J’observais, silencieux, l’oiseau aux longues pattes, craignant de poser une question idiote sur un élément connu de tous. J’analysais donc seul. Après quelques secondes à l’entendre battre des ailes, je reconnaissais le bruit entendu plus tôt que j’avais comparé aux torchons de ma mère. Je jetai un nouveau regard sérieux à celle qui me faisait face et qui attendait sûrement une réponse de ma part. Je fronçai les sourcils pour me forcer à comprendre plus vite. Si elle ne réagissait pas, était-ce parce que... Parce que cet oiseau était le sien ? Car comment expliquer autrement qu'une élève ne daigne pas s'inquiéter ou me crier de fuir à l'arrivée d'un tel oiseau ? Je repris mon calme, tentant au mieux de masquer ma peur, pour ne pas paraître plus enfant que je ne l'étais déjà, et la regardais différemment. J'étais vexé de ne pas avoir été averti. Elle ne voulait rien me dire ? D'accord, j'allais donc la devancer. Je replongeais mon regard dans le sien, lui offrant celui d'un défi que l'on tient. Tu t'es permis de le faire plus tôt, à mon tour. Je regardais, silencieux, les yeux de celle que j'imitais. Il était évident qu'elle pourrait y lire tout ce qu'elle voudrait, mais alors qu'avant je subissais, cette fois, j'agissais. Si tu ne me donnes rien, alors j'irai le chercher.
Je repris la marche, sans elle cette fois. Mon cœur battait à mille à l'heure, craignant qu'elle ne me crie d'arrêter de jouer au plus malin, je fuyais sa lumière. Je ne lui autorisais plus l'accès à rien. C'était trop facile.
« Pas envie de rentrer. J'ai besoin de sang de salamandre, d'ongle de griffon, et de feuille de Ginseng, lâchai-je en continuant ma marche sans regarder derrière moi. »
J'avais voulu envoyer un ton sûr, mais il ne l'était pas. J'avais voulu montrer que je n'avais pas besoin d'elle, mais j'en avais besoin. Un coup de bluff qui me faisait trembler. Je ne savais tellement pas à quoi je jouais qu'il m'était impossible d'allumer ma baguette. Je n'étais qu'un gamin qui, vexé, avançait en oubliant qu'il enfreignait des règles. Ma tête me repassait les mots entendus plus tôt et me convainquait d'avancer. Avancer pour qu'il n'y ait plus aucun bruit.
En se penchant vers moi, elle accentuait l'écart de taille qu'il existait déjà entre nous. Je sentais que mes jambes auraient voulu que le sol devienne mouvant, qu'il m'engloutisse pour ne pas subir la remarque que j'allais recevoir. Il était minuit, me disait-elle. A la bonne heure. Si je n'avais pas été éclairé ainsi par sa baguette, lui offrant en gros plan la moindre de mes réactions, j'aurais souri à cette annonce. Et à la deuxième. Mais la fin de sa phrase ramena le sérieux à l'ambiance. Ce n'était clairement pas la réponse la plus ouverte que l'on pouvait envoyer à quelqu'un. Je l'écoutais, plus muet que le sol, l'observais se redresser avant qu'elle ne m'envoie un deuxième coup. Ce que je veux faire ne concerne personne. Surtout pas toi. Je ne sais pas pourquoi à cet instant je n'avais pas baissé le regard et avais choisi de soutenir le sien, mais j'y étais enchainé. Je me demandais ce qu'elle avait bien pu vouloir dire par moi. Surtout pas moi. Je fouillais dans ma mémoire à la recherche d'indices pouvant justifier qu'elle en ait après moi plus qu'un autre. Était-ce mon livre ? Mes questions ? Moi en entier ? Je ne comprenais pas, et me laissais être lu par le regard qu'elle me jetait. J'attendais que le flot sévère de paroles continue et il continua. Rentrer à la salle commune ? Hors de questions. Qu'elle y aille si cela ne lui plaisait pas, après tout je ne la retenais pas. C'était même elle qui mettait un frein à l'avancée. Elle poursuivit en me demandant de ne pas brailler. Brailler. Avait-elle déjà entendu ma voix brailler ? Je retenais le vocabulaire qu'elle employait, le décortiquais et me l'infligeais en me le répétant sans cesse.
Mes pensées fusaient à mille à l'heure, je ne quittais pas son regard mais le mien était intimidé. Ma main serrait ma baguette et je serrais le regard. C'était sûrement très naïf de ma part d'attendre une dernière parole, une proposition finale qui annulerait tout ce qui avait été dit, car après quelques secondes de silence, il était évident qu'il n'y aurait plus rien.
Le contact visuel fut rompu par l'arrivée d'un oiseau qui me fit sursauter. Je sursautai, mais elle... Non ? Pourquoi pas elle ? Aurais-je loupé un simple mouvement ? Je lui lançais un regard paniqué, cherchant dans le sien un minimum d'explications, avant de suivre à nouveau le volatile au-dessus de nos têtes. J’étais pourtant persuadé qu’elle n’était pas sourde, elle l’avait forcément entendu. J’observais, silencieux, l’oiseau aux longues pattes, craignant de poser une question idiote sur un élément connu de tous. J’analysais donc seul. Après quelques secondes à l’entendre battre des ailes, je reconnaissais le bruit entendu plus tôt que j’avais comparé aux torchons de ma mère. Je jetai un nouveau regard sérieux à celle qui me faisait face et qui attendait sûrement une réponse de ma part. Je fronçai les sourcils pour me forcer à comprendre plus vite. Si elle ne réagissait pas, était-ce parce que... Parce que cet oiseau était le sien ? Car comment expliquer autrement qu'une élève ne daigne pas s'inquiéter ou me crier de fuir à l'arrivée d'un tel oiseau ? Je repris mon calme, tentant au mieux de masquer ma peur, pour ne pas paraître plus enfant que je ne l'étais déjà, et la regardais différemment. J'étais vexé de ne pas avoir été averti. Elle ne voulait rien me dire ? D'accord, j'allais donc la devancer. Je replongeais mon regard dans le sien, lui offrant celui d'un défi que l'on tient. Tu t'es permis de le faire plus tôt, à mon tour. Je regardais, silencieux, les yeux de celle que j'imitais. Il était évident qu'elle pourrait y lire tout ce qu'elle voudrait, mais alors qu'avant je subissais, cette fois, j'agissais. Si tu ne me donnes rien, alors j'irai le chercher.
Je repris la marche, sans elle cette fois. Mon cœur battait à mille à l'heure, craignant qu'elle ne me crie d'arrêter de jouer au plus malin, je fuyais sa lumière. Je ne lui autorisais plus l'accès à rien. C'était trop facile.
« Pas envie de rentrer. J'ai besoin de sang de salamandre, d'ongle de griffon, et de feuille de Ginseng, lâchai-je en continuant ma marche sans regarder derrière moi. »
J'avais voulu envoyer un ton sûr, mais il ne l'était pas. J'avais voulu montrer que je n'avais pas besoin d'elle, mais j'en avais besoin. Un coup de bluff qui me faisait trembler. Je ne savais tellement pas à quoi je jouais qu'il m'était impossible d'allumer ma baguette. Je n'étais qu'un gamin qui, vexé, avançait en oubliant qu'il enfreignait des règles. Ma tête me repassait les mots entendus plus tôt et me convainquait d'avancer. Avancer pour qu'il n'y ait plus aucun bruit.
Fiche PR - 4e année RP
Offrir la force à celui qui n'en a pas
Je ne détourne les yeux qu'une seconde, pour suivre la course de Nyakane au plafond. L'oiseau serpentaire plane au-dessus de nous et passe dans un discret bruissement d'ailes. Puis il repart dans les couloirs qui nous entourent — ma fidèle vigile. Je n'ai quitté du regard le visage du garçon qu'une seule seconde pourtant lorsque je l'observe de nouveau, il semble avoir changé. Évidemment qu'il a vu Nyakane passer au-dessus de nous, il a beau être minuscule il n'en est pas pour autant niais ; j'ai peur des questions qu'il risque de me poser. Les mêmes que tout un chacun : qu'est-il ? pourquoi est-il avec toi ? est-ce un esprit ? Mais aucune de ces questions ne franchit les lèvres de l'enfant. C'est quoi, ce regard ? Bien droit, bien fixe ; ses yeux verts comme un défi — qu'attend-il de moi ? Plus tôt, il avait l'air intimidé (Merlin, j'aime tant voir leurs yeux se voiler quand ils comprennent qu'il n'y a pas lieu de rire avec moi). Et maintenant ? Maintenant, ne reste plus aucune trace des infimes tremblements dans ses pupilles qui me prouvaient que mes paroles le déstabilisaient.
Je ne crains rien de lui. Il ne m'inspire pas le moindre danger, pas la moindre peur. Pour commencer, il est ridiculement jeune et puis cela se voit comme le nez au milieu de la figure que c'est un enfant... Dans le sens le plus strict du terme : naïf, innocent, peu profond. Ce que je crains ce n'est pas lui, c'est sa propension à la connerie. Et quelque chose me dit que, comme d'autres avant lui, il est capable de prendre des décisions déraisonnables et irréfléchies. Comme par exemple se mettre à me faire une scène au beau milieu du couloir et pour quoi ? Parce que j'ai refusé d'accéder à sa petite demande. Mais j'ai des choses à faire, moi, des choses d'importance. Tout un monde m'attend, un monde de savoir, des choses concrètes qui comptent réellement. Il n'a pas la moindre idée de qui il a en face de lui.
Il n'en sait rien. Et d'ailleurs, le voilà qui se met en marche. Il va rentrer ! Il abdique ! Un sourire suffisant grimpe sur mes lèvres... Avant de s'effondrer lorsque je prends conscience de la direction qu'il emprunte : la mauvaise, vraisemblablement. Celle de la bibliothèque. Merlin, mais... Une bouffée d'agacement m'envahie. Soit il est très limité, soit il se fout de ma gue—
Pas envie de... Il n'a pas envie de rentrer ? Je lui emboîte le pas sans y penser tandis qu'il me délivre le grand secret de son expédition nocturne : une liste d'ingrédients ! Je le rattrape rapidement, ma lumière l'inonde. Ne t'enfuis pas trop vite dans l'obscurité, tout petit Poufsouffle, je n'ai aucune envie de me coltiner un maladroit garçon durant mes lectures.
Pendant la fraction de seconde qui sépare ses paroles de ma vive réaction qui me pousse à lui emboîter le pas, j'analyse ce qu'il vient de me dire. Des ingrédients, un livre de potion. Jusque là, pas besoin d'avoir étudié à l'Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques pour comprendre qu'il a envie de réaliser je ne sais quelle mixture idiote et sans grande prétention. Mon esprit pragmatique analyse les ingrédients nommés. Ils me sont évidemment familiers, je connais leur effet à tous mais quant à connaître le nom de la potion dans laquelle ils sont utilisés... Pour cela, il me faudra plus de temps et surtout, l'envie d'y réfléchir. Pour le moment, je suis davantage intéressée par la drôle d'idée que se fait ce garçon de la Réserve de la bibliothèque : pense-t-il y trouver ses ingrédients ? un ouvrage qui indique où se les procurer ?
« Parce que tu crois que c'est entre les pages des livres que tu vas les trouver ? » chuchoté-je furieusement.
Je me faufile sans avoir l'air de le faire entre lui et son drôle d'objectif. Je garde ma baguette à mi hauteur, ce qui ne l'éblouit pas et me permet d'observer son visage. Je me fiche qu'il aille dans la bibliothèque, la Réserve ou je ne sais où. Le seul problème réside dans le fait que nous ne pouvons pas être tous les deux là-bas ce soir. Sa présence est un poids. Je ne peux pas l'emmener avec moi ! Je ne peux pas m'occuper de lui ! Merlin, mais qu'il s'en aille, je suis prioritaire. J'ai de grands projets, moi.
« On ne peut pas aller ensemble à la Réserve, insisté-je lentement pour être certaine qu'il comprenne ce que je lui dit. C'est trop de risque de se faire prendre. »
Je le jauge ; convaincre ou menacer ? Je plisse les yeux et passe la langue sur mes lèvres. L'expérience m'a prouvée que j'étais meilleure dans l'un de ces deux domaines.
Je ne crains rien de lui. Il ne m'inspire pas le moindre danger, pas la moindre peur. Pour commencer, il est ridiculement jeune et puis cela se voit comme le nez au milieu de la figure que c'est un enfant... Dans le sens le plus strict du terme : naïf, innocent, peu profond. Ce que je crains ce n'est pas lui, c'est sa propension à la connerie. Et quelque chose me dit que, comme d'autres avant lui, il est capable de prendre des décisions déraisonnables et irréfléchies. Comme par exemple se mettre à me faire une scène au beau milieu du couloir et pour quoi ? Parce que j'ai refusé d'accéder à sa petite demande. Mais j'ai des choses à faire, moi, des choses d'importance. Tout un monde m'attend, un monde de savoir, des choses concrètes qui comptent réellement. Il n'a pas la moindre idée de qui il a en face de lui.
Il n'en sait rien. Et d'ailleurs, le voilà qui se met en marche. Il va rentrer ! Il abdique ! Un sourire suffisant grimpe sur mes lèvres... Avant de s'effondrer lorsque je prends conscience de la direction qu'il emprunte : la mauvaise, vraisemblablement. Celle de la bibliothèque. Merlin, mais... Une bouffée d'agacement m'envahie. Soit il est très limité, soit il se fout de ma gue—
Pas envie de... Il n'a pas envie de rentrer ? Je lui emboîte le pas sans y penser tandis qu'il me délivre le grand secret de son expédition nocturne : une liste d'ingrédients ! Je le rattrape rapidement, ma lumière l'inonde. Ne t'enfuis pas trop vite dans l'obscurité, tout petit Poufsouffle, je n'ai aucune envie de me coltiner un maladroit garçon durant mes lectures.
Pendant la fraction de seconde qui sépare ses paroles de ma vive réaction qui me pousse à lui emboîter le pas, j'analyse ce qu'il vient de me dire. Des ingrédients, un livre de potion. Jusque là, pas besoin d'avoir étudié à l'Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques pour comprendre qu'il a envie de réaliser je ne sais quelle mixture idiote et sans grande prétention. Mon esprit pragmatique analyse les ingrédients nommés. Ils me sont évidemment familiers, je connais leur effet à tous mais quant à connaître le nom de la potion dans laquelle ils sont utilisés... Pour cela, il me faudra plus de temps et surtout, l'envie d'y réfléchir. Pour le moment, je suis davantage intéressée par la drôle d'idée que se fait ce garçon de la Réserve de la bibliothèque : pense-t-il y trouver ses ingrédients ? un ouvrage qui indique où se les procurer ?
« Parce que tu crois que c'est entre les pages des livres que tu vas les trouver ? » chuchoté-je furieusement.
Je me faufile sans avoir l'air de le faire entre lui et son drôle d'objectif. Je garde ma baguette à mi hauteur, ce qui ne l'éblouit pas et me permet d'observer son visage. Je me fiche qu'il aille dans la bibliothèque, la Réserve ou je ne sais où. Le seul problème réside dans le fait que nous ne pouvons pas être tous les deux là-bas ce soir. Sa présence est un poids. Je ne peux pas l'emmener avec moi ! Je ne peux pas m'occuper de lui ! Merlin, mais qu'il s'en aille, je suis prioritaire. J'ai de grands projets, moi.
« On ne peut pas aller ensemble à la Réserve, insisté-je lentement pour être certaine qu'il comprenne ce que je lui dit. C'est trop de risque de se faire prendre. »
Je le jauge ; convaincre ou menacer ? Je plisse les yeux et passe la langue sur mes lèvres. L'expérience m'a prouvée que j'étais meilleure dans l'un de ces deux domaines.
Offrir la force à celui qui n'en a pas
La tentation était forte, je voulais me retourner, vérifier que l’on ne m’ait pas abandonné, que l’on me suivra moi, au moins une fois. Ce fut aux premiers mots qu’elle me chuchota que je sus que ses pas allaient me rejoindre. Le ton n’était pas très rassurant, il avait même eu le don de me faire culpabiliser quelques secondes, mais elle était maintenant à mes côtés. Un Lumos entre nous, un Lumos qui n’éblouissait plus, mais qui ne faisait que ce pour quoi il était créé : nous éclairer. Un léger sourire avait voulu naître au coin de mes lèvres, avant de comprendre que son rapprochement n’était pas aussi nécessaire que le mien. Je levai la tête vers elle cherchant à analyser le degré de furiosité que je venais de créer en elle. Pourquoi est-ce que je lui créais autant d’agacement ? De plus, je ne comprenais pas sa question. Non, évidemment, je ne comptais pas trouver des ingrédients dans un livre. Devais-je réellement répondre à cette question ? Elle refusait de m’accompagner, refusait de traverser ces longs couloirs à côté de moi.
- Tu as l’air déjà bien accompagnée, pourtant, lançai-je en désignant les deux créatures d’un coup de menton. Je les regardais, cherchant à comprendre ce qu’elles étaient, ce qu’elles pouvaient apporter pour que leur présence ne l’inquiète pas autant que la mienne.
Je jetai un coup d’œil autour de nous, réfléchissant au plus vite à une solution, puis revins à mon livre. Il m’attendait. Mon père m’attendait, je ne pouvais pas encore le décevoir, et l’opportunité était là. Je pris une grande inspiration et tentai le tout pour le tout.
- Si tu ne veux pas qu’on y aille ensemble, d’accord, mais moi, j’ai vraiment besoin d’y aller. Il faut que j’ouvre cette porte, que je prenne ces ingrédients, expliquai-je en agitant mon livre sous son nez. Et après… Repenser à la complexité de la potion m’attristait, mais à cet instant, j’essayais de faire bonne figure. Après, j’aurai plus de dix jours pour la faire. Je ne pourrai pas sortir tous les jours… Ces énonciations résonnaient encore plus fortement que lorsqu’elles étaient dans ma tête. Elles semblaient plus lourdes, plus vraies. Je les lui lançais sans me rendre compte qu’elles m’étaient destinées. Tout me montrait qu’il me fallait abandonner. Aelle n’était pas là pour m’aider, et clairement je la dérangeais. Je n’avais aucun levier à activer pour qu’elle accepte quoi que ce soit. Visiblement, seul sa tranquillité l’intéressait. Un bon d’échange qu’elle ne pouvait sûrement pas refuser. Tu peux juste m’indiquer où c’est ? Je te laisse tranquille après, promis. Mon ton était soudain plus faible.
Je guettais le moindre de ses mouvements, le moindre agacement, le moindre lever de baguette. Aelle représentait la force que je cherchais à distiller en une potion miracle. Et cette force semblait m’échapper, encore.
- Tu as l’air déjà bien accompagnée, pourtant, lançai-je en désignant les deux créatures d’un coup de menton. Je les regardais, cherchant à comprendre ce qu’elles étaient, ce qu’elles pouvaient apporter pour que leur présence ne l’inquiète pas autant que la mienne.
Je jetai un coup d’œil autour de nous, réfléchissant au plus vite à une solution, puis revins à mon livre. Il m’attendait. Mon père m’attendait, je ne pouvais pas encore le décevoir, et l’opportunité était là. Je pris une grande inspiration et tentai le tout pour le tout.
- Si tu ne veux pas qu’on y aille ensemble, d’accord, mais moi, j’ai vraiment besoin d’y aller. Il faut que j’ouvre cette porte, que je prenne ces ingrédients, expliquai-je en agitant mon livre sous son nez. Et après… Repenser à la complexité de la potion m’attristait, mais à cet instant, j’essayais de faire bonne figure. Après, j’aurai plus de dix jours pour la faire. Je ne pourrai pas sortir tous les jours… Ces énonciations résonnaient encore plus fortement que lorsqu’elles étaient dans ma tête. Elles semblaient plus lourdes, plus vraies. Je les lui lançais sans me rendre compte qu’elles m’étaient destinées. Tout me montrait qu’il me fallait abandonner. Aelle n’était pas là pour m’aider, et clairement je la dérangeais. Je n’avais aucun levier à activer pour qu’elle accepte quoi que ce soit. Visiblement, seul sa tranquillité l’intéressait. Un bon d’échange qu’elle ne pouvait sûrement pas refuser. Tu peux juste m’indiquer où c’est ? Je te laisse tranquille après, promis. Mon ton était soudain plus faible.
Je guettais le moindre de ses mouvements, le moindre agacement, le moindre lever de baguette. Aelle représentait la force que je cherchais à distiller en une potion miracle. Et cette force semblait m’échapper, encore.
Fiche PR - 4e année RP
Offrir la force à celui qui n'en a pas
Peut-être aurais-je dû le menacer, me dis-je lorsqu'au lieu de reculer, l'air penaud, pour repartir en direction de la Salle Commune, il me parle de mes deux drôles de compagnons. Je sens Zikomo s'agiter sur mon épaule, comme en réponse au coup de menton du garçon lancé dans sa direction. Je baisse légèrement la garde, la lumière dégringolant de son buste à son ventre. Oui, je suis bien accompagnée, songé-je en faisant une petite moue perplexe, raison de plus pour ne pas que tu m'accompagnes aussi, non ? Le garçon ne sait rien de ce qu'il se passe dans ma tête, il observe son livre comme si c'était la chose la plus importante au monde et je sais, je devine avant même qu'il n'ouvre la bouche qu'il va refuser de rentrer bien sagement dans son dortoir.
Je mets un certain temps avant de comprendre ce qu'il me dit. De mes yeux sombres je fouille son visage, essayant d'y déceler une once de malice ou quelque chose du même goût. Mais non, ce garçon a beau être un peu buté, il n'en est pas pour autant malicieux. Aucune raison qu'il mente, donc, quand il évoque ces ingrédients et sa potion — la faire, cela veut dire réaliser une mixture. La suite est facile à deviner et ma méprise me saute aux yeux. Mes épaules se relâchent sous mon soulagement : ce n'est pas dans la Réserve de la bibliothèque qu'il veut aller mais dans celle de potions ! Doux Merlin ! Il veut aller voler des ingrédients de potion, lui, ce tout petit garçon, voler dans la réserve de Magdaléna Xarinez ! Et pour quoi ? Réaliser une potion de cinquième année, si l'on croit l'ouvrage qu'il tient entre les mains. Merlin, mais est-il complètement inconscient ? Plutôt désespéré, si l'on croit le ton avec lequel il me fait sa promesse.
Je lui adresse un regard accablé, prêtant à peine attention à sa dernière question.
« Tu veux aller voler des ingrédients..., » murmuré-je en secouant la tête et en haussant les sourcils.
Puis soudainement, je me rappelle que je ne le connais pas et que je me fiche bien de ce qu'il peut faire. Un sourire moqueur m'étire malgré tout les lèvres — il croit réellement en être capable !
« T'as aucune chance de réussir, m'enfin c'est pas moi qui vais t'empêcher de faire tes petites expériences, hein. »
Oh non, surtout pas. Qu'il se fasse prendre en pleine effraction de la Réserve ou parce qu'il est dehors durant le couvre-feu, ou qu'il se fasse exploser la tête en voulant réaliser une potion trop complexe pour lui, je m'en fiche totalement. J'aurais détesté que l'on tente de m'entraver durant ma première année alors je ne risque pas de lui faire la leçon.
Je me redresse, le menton bien droit, le regard baissé pour l'observer dans la pénombre du couloir. Il n'a rien de bien intéressant au premier abord, ce garçon qui n'a d'étonnant que son regard vert et les plis déterminés que prennent ses lèvres. Mais je dois avouer que son objectif, bien que totalement idiot et irréalisable, force le respect. Enfin... Il le forcera s'il le réalise, évidemment. En attendant je sais déjà que je surveillerai son arrivée à la table des Poufsouffle demain pour voir se dessiner sur son visage la couleur de sa déconvenue.
Je soupire et lance un regard vers le long couloir qui s'enfonce dans l'obscurité devant moi avant d'en revenir à lui. Le château croule sous un silence de plomb mais je reste méfiante et crains d'entendre à chaque instant un bruit qui annoncera l'arrivée prochaine d'un professeur, d'un préfet ou du concierge.
« La Réserve de potions se trouve, je sais c'est très étonnant, pas loin de la salle de Potions. Par là-bas, donc, » indiqué-je d'une voix pressée en désignant le couloir dans son dos.
Je ne suis pas bien habituée à servir de guide pour les élèves perdus, surtout ceux qui crapahutent dans les couloirs en pleine nuit, mais je suis si soulagée qu'il n'ait pas l'intention de me suivre que je veux bien faire un effort.
« Tu tournes à gauche, puis tu suis le couloir, tu tournes à droite. Tu passes les escaliers qui mènent vers la Salle commune puis oh, magie ! tu tombes dans le grand hall. Là, tu te débrouilleras, » conclus-je.
Malgré moi, et malgré tout ce que je dis à propos du fait que ce qu'il fait ne me passionne pas, je retourne dans tous les sens la liste d'ingrédients dont il m'a parlé. J'élimine les potions qui ne contiennent que un ou deux de ces ingrédients et essaie tant bien que mal de retrouver à l'aide de ma seule mémoire celle qu'il veut réaliser.
Je mets un certain temps avant de comprendre ce qu'il me dit. De mes yeux sombres je fouille son visage, essayant d'y déceler une once de malice ou quelque chose du même goût. Mais non, ce garçon a beau être un peu buté, il n'en est pas pour autant malicieux. Aucune raison qu'il mente, donc, quand il évoque ces ingrédients et sa potion — la faire, cela veut dire réaliser une mixture. La suite est facile à deviner et ma méprise me saute aux yeux. Mes épaules se relâchent sous mon soulagement : ce n'est pas dans la Réserve de la bibliothèque qu'il veut aller mais dans celle de potions ! Doux Merlin ! Il veut aller voler des ingrédients de potion, lui, ce tout petit garçon, voler dans la réserve de Magdaléna Xarinez ! Et pour quoi ? Réaliser une potion de cinquième année, si l'on croit l'ouvrage qu'il tient entre les mains. Merlin, mais est-il complètement inconscient ? Plutôt désespéré, si l'on croit le ton avec lequel il me fait sa promesse.
Je lui adresse un regard accablé, prêtant à peine attention à sa dernière question.
« Tu veux aller voler des ingrédients..., » murmuré-je en secouant la tête et en haussant les sourcils.
Puis soudainement, je me rappelle que je ne le connais pas et que je me fiche bien de ce qu'il peut faire. Un sourire moqueur m'étire malgré tout les lèvres — il croit réellement en être capable !
« T'as aucune chance de réussir, m'enfin c'est pas moi qui vais t'empêcher de faire tes petites expériences, hein. »
Oh non, surtout pas. Qu'il se fasse prendre en pleine effraction de la Réserve ou parce qu'il est dehors durant le couvre-feu, ou qu'il se fasse exploser la tête en voulant réaliser une potion trop complexe pour lui, je m'en fiche totalement. J'aurais détesté que l'on tente de m'entraver durant ma première année alors je ne risque pas de lui faire la leçon.
Je me redresse, le menton bien droit, le regard baissé pour l'observer dans la pénombre du couloir. Il n'a rien de bien intéressant au premier abord, ce garçon qui n'a d'étonnant que son regard vert et les plis déterminés que prennent ses lèvres. Mais je dois avouer que son objectif, bien que totalement idiot et irréalisable, force le respect. Enfin... Il le forcera s'il le réalise, évidemment. En attendant je sais déjà que je surveillerai son arrivée à la table des Poufsouffle demain pour voir se dessiner sur son visage la couleur de sa déconvenue.
Je soupire et lance un regard vers le long couloir qui s'enfonce dans l'obscurité devant moi avant d'en revenir à lui. Le château croule sous un silence de plomb mais je reste méfiante et crains d'entendre à chaque instant un bruit qui annoncera l'arrivée prochaine d'un professeur, d'un préfet ou du concierge.
« La Réserve de potions se trouve, je sais c'est très étonnant, pas loin de la salle de Potions. Par là-bas, donc, » indiqué-je d'une voix pressée en désignant le couloir dans son dos.
Je ne suis pas bien habituée à servir de guide pour les élèves perdus, surtout ceux qui crapahutent dans les couloirs en pleine nuit, mais je suis si soulagée qu'il n'ait pas l'intention de me suivre que je veux bien faire un effort.
« Tu tournes à gauche, puis tu suis le couloir, tu tournes à droite. Tu passes les escaliers qui mènent vers la Salle commune puis oh, magie ! tu tombes dans le grand hall. Là, tu te débrouilleras, » conclus-je.
Malgré moi, et malgré tout ce que je dis à propos du fait que ce qu'il fait ne me passionne pas, je retourne dans tous les sens la liste d'ingrédients dont il m'a parlé. J'élimine les potions qui ne contiennent que un ou deux de ces ingrédients et essaie tant bien que mal de retrouver à l'aide de ma seule mémoire celle qu'il veut réaliser.