Hallie, suis-moi à Poudlard ! PV

Mardi 28 juillet 2048
Aviemore, Écosse
@Hallie MacCruimein


Sigmund était super content. C'était la première fois qu'il se rendait dans une famille totalement moldue pour leur parler de sorcellerie et de la célèbre école Poudlard ! La Direction lui faisait finalement suffisamment confiance pour lui confier cette tâche capitale.

Soucieux de bien faire, il avait poussé ses recherches à l'extrême sur chacune des familles qu'il devait contacter. Concernant celle de la petite Hallie MacCruimein, il était particulièrement fier d'être même parvenu à croiser un de ses parents dans un lieu typiquement moldu qu'était un supermarché (celui-là s'appelait Tesco). Armé d'un caddie-métallique-sur-roues, le moustachu avait mis beaucoup d'efforts à suivre le moldu dans tous les rayons. Ça avait également été l'occasion de ressortir sa pipe en bois de détective qu'il avait portée fièrement autour de son cou, ainsi que l'inévitable béret gris qui assurait une discrétion parfaite. Seule la loupe avait été cachée dans un pli de sa poche, et n'avait dépassé que par le verre qui pointait timidement son reflet brillant.

Trois jours après et fier de ses recherches, le sorcier n'avait donc eu le moindre doute en toquant à la porte de la famille MacCruimein, dans un appartement à Aviemore. Il s'était particulièrement bien habillé pour l'occasion et avait paré sa moustache de couleurs pastel, assorties à son chapeau haut-de-forme qui rappelait une époque depuis longtemps révolue.

Sigmund était passionné par les moldus depuis l'enfance. Il savait tout d'eux : leurs goûts vestimentaires, leurs habitudes de vie et les meilleures marques de voiture. C'était qu'il en connaissait, des moldus. Il aimait bien ces gens-là : il avait plusieurs amis moldus et c'était des personnes très bien. Il n'avait aucun préjugé.

Il avait toqué depuis un moment mais personne ne répondait. Impatient de faire connaissance avec ses futurs amis, le sorcier insista encore une fois. Puis une troisième. Il en était sûr, il entendait de la musique en provenance de l'appartement... les moldus étaient forcément à l'intérieur ! Pourquoi ne répondaient-ils pas ? Fallait-il appuyer sur le gros bouton qui, selon ses souvenirs, s'appelait sonnette ?

Il tambourina la sonnette de toutes ses forces. « S'il vous plaît ! Laissez-moi entrer ! Je m'appelle Sigmund ! Je dois parler à Hallie ! Je veux rencontrer votre petite fille ! »

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Hallie, suis-moi à Poudlard ! PV
Hallie se prélassait tranquillement dans le canapé alors que la journée touchait à sa fin. Elle se sentait particulièrement colérique puisque sa moitié, Morven, n'avait pas honoré leur rendez-vous habituel, préférant s'adonner aux réseaux sociaux, ayant récemment découvert « Instagram ».
« J'peux pas ce soir ! J'tape la discu avec les mecs du skate ! », lui avait-elle répondu lors d'un appel téléphonique. Elle qui s'était précipitée au téléphone dès le seuil de la porte franchie, se retrouvait bien déçue, presque trahie. La mauvaise foi étant de mise chez Hallie, elle jalousa ces fameux « mecs » qui devaient probablement être en train de faire les beaux devant son amie. Qu'importe, elle ne sortirait pas à la réserve ce soir, et passerait la soirée devant la télé à remettre au propre ses cartes. Elle avait beaucoup de travail, et il était grand temps qu'elle s'y mette. C'était en tout cas ce qu'elle essayait de se dire. Qui essayait-elle de convaincre ?

Décidée, la petite se redressa et se dirigea vers l'étagère située près de l'entrée. Là, elle y farfouilla pour y trouver le casque de chantier que son père utilisait de temps à autre à l'usine. Selon son médecin de travail, il risquait de perdre l'audition s'il continuait à ne pas faire attention ! Seulement, borné comme Duncan était, il ne le portait pas souvent, considérant que l'homme fort qu'il était, pouvait aisément faire face à « un peu de bruit ».
Si elle voulait se mettre au travail, il lui fallait un peu de silence. Les bruits sonores qui émanaient de la chaine hi-fi bon marché de sa mère Lyubov, étaient insupportables. Selon elle, c'était un de ses moyens de se décontracter, et les supplications de sa fille n'y changèrent rien : le deal était que de 17 heures à 17 heures 45, la musique était branchée et battait à plein régime. De toute manière, Hallie était presque tous les jours dehors. Ainsi Lyubov avait la maison pour elle seule la majorité du temps.

Acculée, la rouquine décida quand même de pousser un gueulon.
« мама!!! (* 'man) Baisse ta musique là ! Ебать! (*juron) »
Voyant que ça n'avait comme d'habitude aucun effet, elle poussa un soupir et se dirigea vers sa chambre exiguë. Quelques jouets y trainaient par terre, mais mis à part cette exception, tout y était proprement rangé. Lyubov, maniaque du ménage, avait visiblement transmis ce gène invisible à sa fille.
Elle se saisit du gros classeur rouge dans lequel étaient soigneusement rangés tous ses brouillons de cartes, ainsi que ses notes d'observation. Le salon vide de sa population ne tarda pas à ré-accueillir la jeune fille qui s'installait alors sur la petite table proche du canapé.
« Bon, je vais essayer de faire la topographie de cette partie-là pour d'abord en faire un brouillon, avant d'essayer d'assembler les différentes parties au propre », déclara Hallie, essayant de se motiver à la tâche.

Plus facile à dire qu'à faire. La jeune fille regrettait visiblement de n'avoir pas pu se rendre à la réserve. Elle ne bernait personne, pas même elle-même. Son regard vagabonda dans la pièce pour se poser sur différents objets : tout d'abord le poste de télévision situé juste en face d'elle, pour ensuite regarder les bibelots situés sur la fausse cheminée du salon. Elle se demanda où sa mère avait bien pu les acheter... Après un court instant, elle regarda les quelques photos fièrement exposées dans les cadres en bois peints sur les murs. Sur elles, le mariage de Lyubov et Duncan en tenue sobre de marié-es y figurait. À cela, sur la gauche s'ajoutait une soirée festive avec leurs ami-es, l'entrée de leur fille en école maternelle, et une seule photo de famille arrachée par Ris, une amie de la famille.

Elle n'entendait pas, mais son regard attrapa quelque chose d'étrange. La porte d'entrée semblait... bouger étrangement. Intriguée, elle enleva le casque de sa frimousse pour y entendre un homme beugler comme une vache. De façon hystérique, il frappa à la porte frénétiquement et sans relâche. Du haut de ses 11 ans, elle était apeurée. Elle s'essaya à faire quelques pas vers la porte, telle une chatte incertaine de ce qu'il l'attendait, pour y entendre l'inconnu s'exprimer :
« Laissez-moi entrer ! Je m'appelle Sigmund ! Je dois parler à Hallie ! Je veux rencontrer votre petite fille ! ». Hallie grimaça un instant. Elle ne connaissait pas de personne sous ce nom, peut-être était-ce un ami ou un cousin éloigné de ses parents ? Cela n'avait pas beaucoup de sens. Elle se risqua à se rapprocher, puis teint timidement la main vers la poignée et déverrouilla la porte. Cette dernière clenchée et ouverte, elle y révéla un homme très grand, doté d'un style vestimentaire effroyable. Comment un homme pouvait-il encore porter un haut de forme au XXIe siècle ? combiné à... de pareils vêtements ? Quelle horreur.

Hallie resta figée sur place, les traits crispés et les yeux grands ouverts. L'inconfort ressenti par l'enfant était évident, et n'importe quel adulte l'aurait remarqué. Pourtant, « Sigmund » semblait au contraire réjouit de voir enfin quelqu'un répondre à ses appels de détresse. À peine eut-il le temps de prononcer un mot que la porte se referma violemment devant lui. Des bruits de pas lourds se fit entendre, faisant penser à une course effrénée. La jeune fille cria en direction de la chambre de sa mère :
« мама!!! мама!!! мама!!! » s'exclama Hallie dans une panique visible.
« Ecoute Hallie mon ange, je t'ai déjà dit de ne pas me déranger durant mon temps à moi.
- Mais !..
- D'ailleurs que fais-tu ici ? Tu n'es pas à la réserve ?
- Non je... мама!! Il y a un homme super chelou à la porte qui n'arrête pas de toquer et qui désire me voir alors que je ne le connais pas il porte un VRAI haut de forme et une moustache pastel c'est quoi ce délire, je fais quoi ?! Aide moi ! »
Le débit de sa parole était tel que Lyubov eut a peine pu comprendre ce que sa fille était en tran de lui dire. Elle se leva de son lit pour interrompre la musique, puis sorti de sa chambre pour se diriger vers le pas de la porte. Prudemment, il ouvrit lentement la porte pour tomber sur une figure de près de deux mètres de haut qui surplombait la pauvre femme d'un mètre 60. Sa réaction fut la même que celle de sa fille, excepté que sa mâchoire se décrocha. Elle regarda sa fille qui se tenait un mètre derrière elle, et lui lança un : « Ah. Okay. »
Dernière modification par Hallie MacCruimein le 14 sept. 2023, 19:59, modifié 1 fois.

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La sonnette fonctionnait ! Un tel objet, ça relevait presque de la magie pour Sigmund. Une minuscule petite fille vint lui ouvrir -très certainement la dénommée Hallie. Terriblement enthousiaste, son « BONJ- » fusa plus vite qu'un Éclair de Feu. Sa célérité fut rattrapée par celle de l'enfant qui claqua la porte tout aussi sec, emportant dans le bruit sourd la fin de sa joviale salutation.

Mince. Ah ! La petite n'était peut-être pas autorisée à ouvrir aux inconnus : ça faisait sens, et son adorable Nana avait les exactes mêmes consignes. Il allait attendre qu'un parent lui ouvre. D'après ses recherches, le papa était encore au travail mais la maman devait être présente. Il aurait préféré voir les deux en même temps, mais l'absence d'un représentant légal de l'enfant constituait un excellent prétexte pour repasser prendre le thé une seconde fois.

Curieux et désireux de bien faire, Sigmund sortit une paire d'oreilles à rallonge de son sac banane. Espionner était vraiment quelque chose de très vilain et répréhensible... mais quand il s'agissait de mener à bien la mission confiée par ses supérieurs, toutes les méthodes étaient acceptées. Il plaqua l'extrémité sur la porte et cala l'autre dans son oreille. Aussitôt, les mots lui parvinrent clairement : « super chelou [...] c'est quoi ce délire ? [...] aide moi ! » Ah ça pour être curieux, ça l'était ! Qu'est-ce qui était étrange ? Sigmund était très expérimenté dans l'art des moldus et avait passé de nombreuses années à les étudier et s'infiltrer parmi eux : il l'avait même déjà fait une année entière, faux piercing dans le nez et maquillage bariolé. Sa couverture était pourtant parfaite.

Heureusement, une adulte responsable vint lui ouvrir. C'était enfin l'heure du thé ! La femme n'était pas plus loquace que sa fille, mais ne pas lui avoir fermé la porte au nez constituait déjà un excellent point de départ.

« Bonjour, madame ! » lança Sigmund tout aussi joyeusement que la première fois. Sans attendre d'y être invité (il avait peur qu'on l'enferme encore une fois dehors), le sorcier entra dans la maison et prit soin de refermer la porte derrière lui pour ses hôtes. « Je m'appelle Sigmund Charleston ! Je suis professeur à l'école de sorcellerie Poudlard. On y apprend la magie. Ça vous parle ? Vous vous posez certainement beaucoup de questions ! Mais vous avez sans doute remarqué que votre fille était exceptionnelle, n'est-ce pas ? Pas comme les autres ? Vous avez vu des SIGNES ? C'est normal ! C'est une sorcière ! Alors, surprises ? » lâcha-t-il d'une traite en ponctuant ses propos de larges mouvements de bras enthousiastes. Il ne tenait pas en place : il devait tout dire, tout raconter. « Hallie, » dit-il en s'adressant cette fois uniquement à la petite fille, « tu veux ta lettre d'inscription, ma grande ? Tu as hâte d'aller à l'école de sorcellerie pour apprendre la magie ? »

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Lyubov n'en revenait pas. Cet inconnu se tenait dans sa maison sans même y avoir été invité. Peu après, il effectua une tirade avec très peu de pauses pour avoir le temps d'assimiler les informations. Qu'importe ce qu'il disait, rien n'avait d'importance, si ce n'est sa fille. Un inconnu du sobriquet de Sigmund, fripé comme au carnaval, mesurant près de 2 mètres les menaçait. La mère recula de quelques pas pour rejoindre sa fille, et étendit ses bras comme pour protéger tout ce qu'il lui restait.
Elle s'adressa à sa fille de manière ferme :
« Hallie, prend le téléphone et appelle Ken, déclara-t-elle avec une voix légèrement tremblante.
- Hein ? Mais c'est le-
- Fais ce que je te dis ! Maintenant ! »

La jeune fille se précipita vers le téléphone de la cuisine pour appeler 'Ken'. Alors qu'elle composait le numéro, elle entendit sa mère interjeter 'Sigmund'. Son assurance lui était revenue d'un coup, lorsque Hallie n'était plus dans les parages, et donc plus en danger.
Elle ne put s'empêcher d'écouter la conversation, qui commença par un 'écoutez mon bon monsieur'. Rapidement, la petite entendit un bruit sourd résonner dans les murs creux de l'appartement. Puis, un cri : « Dégagez de chez moi !!! Убирайся! »
Les yeux grands ouverts, Hallie fit quelques pas, et se pencha pour regarder dans l'interstice de la porte. Elle vit sa mère, forte, avec son poing contre le mur qui menaçait l'individu qui avait pénétré sans permission dans leur lieu de vie. Qu'avait-il raconté ? Quelle était la raison même de sa venue ? De la ma- quoi ? C'était forcément un cambrioleur, ou pire encore. Mais, comment est-ce qu'un cambrioleur connaissait son prénom. Hallie n'avait jamais vu cet homme de sa vie, elle en était convaincue. Le ton montait rapidement dans l'autre pièce. La rouquine contempla le téléphone dont un numéro avait été préalablement saisit, celui de 'Ken'. Elle devait le faire, sa mère lui en avait donné l'ordre, et elle semblait bien sûr d'elle. Le bouton vert appuyé, elle se cacha sous la table en attendant que quelqu'un décroche la ligne. Après des secondes qui lui parurent une éternité, une quarantenaire l'accueillit :
« 999, quel est l'urgence ?
- Bonjour ma maman m'a dit de vous appeler. En fait, un homme super bizarre a frappé à notre porte et s'est invité chez nous. Il a commencé à sortir des trucs bizarres et il a été assez violent parce qu'il voulait vraiment rentrer et-
- D'accord, où es-tu ?
- Dans la cuisine.
- D'accord, où ça ? Donne moi ton adresse.
- J'habite au 10 Corbett Pl, Aviemore.
- Est-ce que tu peux m'en dire plus su... homme... comment...
La connexion du téléphone se mit à se brouiller étrangement.
- Allô ? Allô ?! »
Sous le choc, elle revint voir sa mère pour lui annoncer que Ken n'avait pas répondu et qu'il y avait eu un problème. Elle trouva Lyubov dans l'entrée miteuse, agrippant Sigmund par sa chemise bien trop repassée lui demandant de bien vouloir répéter ce qu'il avait osé dire, s'il osait.

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La joyeuse rencontre avec cette authentique famille de moldus avait viré du tout au tout au drame. Déjà, la petite fille était partie pour passer un appel téléphonique et au ton employé, Sigmund avait rapidement compris qu'il ne s'agirait pas d'une simple conversation de prise de nouvelles. Il ne connaissait pas ce Ken, mais il y avait sans le moindre doute un lien avec sa propre présence en ces lieux.

Aussitôt la petite Hallie disparue de son champ de vision, Sigmund fut rattrapé par la violence dont fit preuve l'adulte qui lui faisait face. Le poing de Madame MacCruimein s'était écrasé sur le mur derrière lui, juste à côté de sa tête, comme une sombre menace de le frapper lui s'il lui en donnait la raison. Elle l'injuria de toutes ses forces et sous le poids de ses mots, les yeux de Sigmund se remplirent de larmes. Il se fit tout petit -du mieux qu'il pouvait du haut de ses un mètre quatre-vingt-douze, quand tout son être lui criait de disparaître. Plus qu'intimidé, il l'écouta sans piper mot. Discrètement, sa main rejoignit le pli de son pantalon qui contenait sa baguette magique, le long de sa hanche. Il se refusait à utiliser la magie : cette femme avait manifestement aussi peur de lui qu'il avait peur d'elle, et la mettre face à un acte qu'elle ne comprendrait pas ne ferait qu'empirer la situation.

Comme un pantin amorphe et soumis au bon vouloir de sa maîtresse, il se laissa faire quand elle l'agrippa. Il était un sorcier, elle ne pouvait pas lui faire de mal. Au moindre débordement, il reprendrait le contrôle, mais cette certitude ne suffisait pas à calmer le professeur de botanique qui était en proie à une panique totale.

« Ma... madame » reprit-il difficilement quand enfin elle lui permit de s'exprimer, « Je... je veux juste vous parler, s'il vous plaît. À... à vous et votre époux, quand il sera là... » Il déglutit. Cachés par les plis de son large pantalon, ses doigts s'enroulèrent autour du manche de sa baguette magique. Même s'il ne comptait pas l'utiliser, le contact de son catalyseur et la magie qui circulait déjà entre les deux était rassurante. « Je suis juste un enseignant, madame. J'ai été envoyé ici par la direction de l'école où j'enseigne, afin de vous informer de... de l'inscription de votre fille au sein de notre école. Dès la prochaine rentrée, en septembre. Est-.. est-ce qu'on peut discuter autour d'un thé... ? »

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Il... pleurait ? Mais que se passait-il donc ? Lyubov écoutait le professeur parler attentivement. L'école ? Mais de quelle école parlait-il donc ? A sa connaissance, toutes les tâches administratives liées à l'école de sa fille avaient déjà étaient remplies pour l'année qui suivait. Il ne leur manquait plus qu'à rembourser la cantine de ce mois-ci.
Voyant l'homme en pleurs, Lyubov relâcha sa prise légèrement, tout en restant méfiante à son égard, puis observa les gestes de son interlocuteur. Sa main tomba près de sa hanche, et ses sourcils se froncèrent. Jettant un oeil à sa fille, elle se risqua à lui répondre :
« Qu'est-ce que vous nous voulez ? Comment est-ce que je peux m'assurer que vous nous dîtes la vérité ? Un type aussi excentrique que vous, qui vous êtes invité dans notre appartement, sans même notre autorisation. J'suis désolée, mais j'ai un peu de mal à vous croire. Quand bien même, tout l'administratif pour l'école de ma p'tite a déjà été réglé il y a près d'une semaine. On ne vous doit plus rien. »
Ses bras étaient maintenant croisés ; bien que Lyubov avait relaché son emprise, elle n'en restait pas moins dubitative, et le montrait avec son corps, comme si elle le défiait sans dire mots. Le professeur semblait sous le choc après cette telle altercation. Hallie, qui était restée derrière sa mère, prit un intérêt soudain envers l'inconnu. Elle demanda timidement à sa mère :
« мама, pourquoi des gens de l'école viennent nous voir ? J'croyais que l'incident était réglé ?
- Oui, on se le demande, hein ?
- Il est chelou ce type. Il a pas l'air d'en avoir dans la caboche. Est-ce que tu crois qu'il fait ça chez tout le monde ?
- Maintenant que tu le mentionnes Hallie, c'est vrai qu'il n'a pas l'air fute-fute. J'sais pas s'il a la sale manie de s'introduire chez tous les gens comme ça, mais ça ne change rien au fait qu'il est plus que suspect. Tu as appelé Ken ?
- Oui, mais la ligne a coupé. Je ne suis pas sûre qu'il viendra... »
La mère tiqua. Le silence tomba pendant quelques secondes avant qu'elle ne puisse se résoudre à reprendre la parole.
« Non, je ne peux vous inviter à prendre une boisson quelconque pour le moment. Vous avez demandé à voir mon enfant sans même que je ne vous connaisse, vous êtes suspicieux comme jamais, et vous vous êtes introduit chez moi sans notre consentement. Vous allez devoir vous excuser, et vous expliquer illico presto, et il vaut mieux pour vous que cela soit convaincant. »

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Un peu secoué par cet échange, Sigmund avait conservé le silence pendant quelques minutes. Il lui fallait un peu de temps pour remettre de l'ordre dans ses idées, et établir une stratégie d'attaque afin de mener à bien sa mission. Elina serait capable de le métamorphoser en cochon grillé si elle apprenait que sa venue dans la famille d'une sorcière né-moldue avait causé des esclandres. Il écouta l'argumentaire de l'adulte, puis la conversation entre la mère et sa fille. Les deux écossaises tenaient un drôle de langage à son sujet alors qu'il se tenait juste là, à côté d'elles. Toujours en pleine analyse de la situation, il les laissa l'insulter sans tiquer et attendit qu'elles terminent. Malgré l'attitude défensive (et par Merlin, tout aussi offensive...) de madame MacCruimein, il lui sembla déceler une ouverture.

« Mesdames, vous me manquez de respect. » nota Sigmund en première réponse. Même s'il ne s'en formalisait pas vraiment, il trouvait ce comportement plutôt curieux mais surtout impoli. La virulence des échanges lui avait passé toute envie de s'excuser, mais Sigmund Charleston n'était pas un méchant bougre. « Je ne voulais pas vous effrayer, ça n'a jamais été mon intention. » Et c'était ce qui constituerait pour le moment ses seules excuses (il aurait totalement oublié l'affront qu'on lui avait fait cinq minutes plus tard -ainsi, il retrouverait rapidement son optimiste habituel).

« L'inscription dont je vous parle est... dans une autre école. Je ne doute pas que vous aviez déjà tout prévu pour sa prochaine rentrée mais malheureusement, une école moldue... je veux dire, l'école que vous lui avez choisi ne conviendra pas à Hallie. Votre fille a un don. Une énergie spéciale à l'intérieur d'elle, là depuis sa naissance mais qui aura pu se manifester autour de ses huit ou neuf ans. Il s'est certainement passé des choses qui auront pu... échapper à votre compréhension, ces derniers mois. Ça peut être n'importe quoi : un verre qui se brise sans raison. Un objet qui lévite. Ça arrive généralement quand l'enfant est en proie à une vive émotion. C'est forcément arrivé, sinon votre enfant n'aurait pas été inscrite à Poudlard. » expliqua-t-il lentement en sortant par la même occasion sa baguette magique. Le geste avait été doux, la main bien en évidence. Il ne voulait pas que la mère se braque.

« Par don, j'entends quelque chose à peu près comme ceci. » Et très simplement, il pointa sa baguette magique vers le premier objet qui attira son regard. C'était un porte-manteau, tout simple mais qui ferait certainement l'affaire. « Dragonifors. » Aussitôt, une petite lumière jaillit de son catalyseur et frappa directement comme un éclair le porte-manteau, juste à côté. Celui se métamorphosa instantanément en un minuscule dragon d'une trentaine de centimètres. La bête -qui ne serait là qu'un court laps de temps- avait les écailles de la couleur du bois de l'objet mais semblait parfaitement vivante, même si elle ne l'était pas réellement. Elle vola maladroitement dans la pièce et cracha quelques flammèches qui vinrent chatouiller gentiment un mur. Un « Ah, oups... » jaillit de la bouche du professeur de botanique qui mit aussitôt fin à son sortilège. Lui qui n'avait pas lancé un sort de neige parce qu'il lui paraissait parfaitement impoli de faire neiger chez autrui... bon, rien n'était brûlé, presque.

« Au début, c'est certainement moins impressionnant que ça,» (il espérait avoir été impressionnant, mais avec des moldues la barre devait être au sol... « mais avec un peu d'entraînement, votre fille sera capable de faire de même. Mais pour cela, elle doit effectuer sa scolarité auprès d'enfants comme elle, et avec un personnel éducatif qui saura lui apprendre à maîtriser sa magie. Malheureusement, si elle n'apprend pas à contrôler ses pouvoirs... elle se mettra en danger, elle-même et son entourage. J'entends par-là qu'il y aurait des risques pour sa santé, son bien-être et son intégrité. » Il était lui-même peiné de devoir expliquer tout ça : même pour lui qui était issu d'une famille de sorciers sur plusieurs générations, avoir envoyé sa propre fille à Poudlard avait été un déchirement. Il était toujours compliqué pour un parent de consentir à ce que son enfant aille en internat quand il est si doux de les avoir près de soi... « Je peux revenir, si vous le souhaitez. Vous laisser déjà digérer ces premières informations, et revenir plus tard par exemple, quand votre époux sera là. Peut-être seriez-vous plus rassurée ainsi ? »

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Lorsqu'elle entendit Sigmund prononcer ces mots, Lyubov fit de son mieux pour contenir la rage qu'elle éprouvait envers cet énergumène. Le manque de respect serait plutôt de faire le beau, en se faisant passer pour un professeur et de s'immiscer chez les gens. Elle sentit la présence rassurante de sa fille qui lui prit doucement la main. Hallie la serra affectueusement, comme si elle avait perçu la colère de sa mère. Les deux femmes étaient toutes deux d'un tempérament extrêmement colérique, et étaient à même de détecter lorsque l'une allait prononcer des choses qu'elle regretterait. Son attention se porta de nouveau sur le professeur, qui continuait impétueusement ses explications.

Hallie elle s'était à moitié cachée derrière sa mère, ayant du mal à faire face à l'homme qui la surplombait par sa taille. Elle ne savait que penser de lui. Il lui faisait peur. Il était beaucoup trop excentrique pour elle, comme les clowns qu'il y avait à la télévision. Les adultes les ont créés en les pensant drôles pour les enfants, mais ils étaient en réalité des figures cauchemardesques qui hantaient les rêves des petits. Sigmund était-il un clown ? Cachait-il quelque chose comme les clowns ? Une apparence drôle et attirante, mais en creusant la surface, on y découvrirait des intentions sordides ? Elle le contempla de la tête et pieds et ne put se résoudre à arriver à une conclusion qui la satisfasse. Au contraire de sa mère, Hallie n'éprouvait aucune colère et était ainsi plus apte à écouter l'argumentation du professeur fute-fute.

Les deux femmes, comme pour se rassurer, se rapprochèrent le plus possible l'une de l'autre au point où s'il avait été possible de fusionner, les deux entités n'auraient pas hésité une seule seconde. Elles écoutaient, essayaient de comprendre ce que l'inconnu en face d'elle leur racontait. La première réaction de Lyubov fut de nier les mystérieux pouvoirs de sa fille : cette dernière était spéciale, elle le savait, mais cela était dû à une précosité qui avait par la suite entrainé un harcèlement scolaire. Un don, c'était certain. Elle avait était capable de balbutier des phrases dès sa première année, ce qui lui avait valu les éloges du médecin mais aussi son incompréhension. Hallie s'était intéressée à l'écriture, et à la cartographie dès l'âge de quatre ans, lorsqu'elle a été capable de reconnaitre les formes géométriques, ainsi que les représentations des cartes. L'enfant avait commencé la première carte de son quartier en gribouillant des plaines, ainsi que des cercles qu'elle avait copié des cartes qui avaient été ouvertes sur la table. Les échelles étaient mauvaises, ainsi que les hauteurs, mais cela avait alerté ses parents qui avaient été choqué une fois de plus de voir les intérêts inhabituels de leur petite. Rien de tout ce que le professeur avait mentionné ne s'était produit à la maison.
Hallie de son côté, avait écouté avidement les propos de monsieur fute-fute. Elle s'était reconnu dans ce qu'il avait dit, et elle se sentait bien, reconnue, comme si quelqu'un l'avait enfin appelé par son prénom dans l'immensitude d'une mer pétrolée. Pour la première fois depuis longtemps, un bateau était venu secourir le cannot de sauvetage qui tanguait sur la mer d'incertitude.
Elle remarqua le geste discret de Sigmund qui semblait trifouiller dans sa poche à la recherche d'un objet particulier, quand soudain il y sortit une baguette en bois. Il prononça comme une espèce d'incantation, quand soudain, le porte-manteau se transforma en un petit dragon digne des bébés vélociraptors dans les films de Jurassic World.
« Aaaaahhhhh !!!, s'écria la jeune fille de tout ses poumons. Un dragon, un vrai !!! Mais qu'est-ce que c'est que ça ! мама, j'ai toujours rêvé de voir des dragons dans la réserve !!! »
Avant que Lyubov ne puisse répondre à l'enthousiasme de sa fille, la bête lançait un rayon de feu dévastateur à son échelle, qui endommagea une petite partie du papier peint.
« Ah, oups... » lâcha le professeur pitrement. Lyubov était acculée. Elle ne comprenait pas ce qui venait de se dérouler sous ses yeux. Elle n'était pas sotte, loin de là, mais elle se refusait de croire que l'énergumène en face d'elle venait de transformer sous ses yeux leur porte-manteau en une créature féérique. L'enseignant continua ses explications, sans laisser trop de temps à ses interlocutrices d'assimiler la situation qui venait de se produire. On lui demandait de se séparer de sa fille sous prétexte qu'elle avait un "don" ? De l'envoyer dans une école spécialisée ? La mère avait du mal à croire que sa fille était capable du même type de tour de magie. Jamais personne n'avait pratiqué ce genre de chose dans sa famille.
« M'sieur, m'sieur ! Est-ce que vous pouvez refaire un dragon ?! S'vous plaît, c'était tout bonnement incroyable ! Je veux le dessiner ! s'exclama Hallie sans crier gare. Je n'en avais jamais vu avant ! » La rouquine avait les yeux remplis d'étoiles et avait quitté les jupons de sa mère pour s'avancer sûrement vers le grand professeur. Elle semblait conquise. Un rien lui fallait, dès qu'il s'agissait d'animaux en lien avec la nature.
Sa mère la coupa gentillement, mais fermement :
« Хэлли, моя дочь (*Hallie, ma fille) retourne dans le salon avec tes cartes. Ce monsieur et moi allons devoir discuter.
- Mais мама !
- S'il te plaît, fais ce que je te dis. Tu sais que c'est important. »

A ces mots, la jeune fille se dirigea vers le salon, le pas lourd et lent comme pour manifester son mécontentement. Elle savait que le sujet la concernait, mais elle n'avait pas le droit d'assister à la discussion. Quelle injustice.
Elle s'installa dans le fauteuil et observa ses cartes, le regard vide. Elle voulait tant écouter aux portes, mais elle se retint suite à la demande de sa maman. Elle attendit ce qui lui semblait être une éternité, quand sa mère réapparut dans le salon, et lui fit face. Hallie ne put discerner quelle émotion sa mère ressentait. Une chose était sûre : parmi toutes ces émotions, Lyubov était triste.

Lorsque Sigmund expliqua les implications de posséder de tels pouvoirs, la mère palit sur place. Elle ne pouvait pas prendre de décisions seules concernant l'avenir de sa fille sans son mari. Elle accepta ainsi la proposition de l'enseignant, et lui demanda de repasser la semaine qui suivit lorsque conversation il y aurait eu, et lorsque la famille serait parvenue à une conclusion.
« J'espère que vous comprenez ma réaction, ainsi que ma demande. Je ne comprends pas grand-chose de ce que vous racontez. Je travaille au service des personnes âgées et des personnes handicapées. Je ne suis pas dupe, ni idiote. Pourtant, ce que vous me dites me semble irréel. J'ai besoin de discuter avec mon enfant, ainsi que mon mari concernant ce qui vient de se passer. Je vous demande s'il vous plaît de revenir un autre jour, afin que nous puissions en discuter tous et toutes ensemble.»

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Épaulard franc

Hallie, suis-moi à Poudlard ! PV
Un gigantesque sourire s'était dessiné sous la moustache du professeur quand la petite fille avait complimenté son dragon. Toute sa rancune s'était envolée d'un coup : l'insulte, l'attitude désinvolte, tout était déjà oublié. Hallie était une merveilleuse petite fille que Sigmund avait hâte d'avoir dans sa classe ! Alors qu'il imaginait tous les autres petits dragons qu'il pouvait faire apparaître pour plaire à l'enfant, il n'avait même pas remarqué que sa mère l'avait invitée à quitter la petite entrée de leur appartement (d'ailleurs, c'était rudement impoli de ne pas lui avoir servi de thé).

Alors que l'attitude offensive de madame MacCruimein avait laissé place à une méfiance plus modérée et propre à l'écoute, Sigmund s'était lui-même détendu et contemplait hébété les environs, soudainement très curieux d'en savoir un peu plus sur cette habitation typiquement moldue. Là, il y avait des prises électriques ! Fabuleux. Et dans leur salon, y avait-il des écrans plats ? Il lui avait fallu toute sa volonté pour ne pas décaler la dame qui se tenait entre lui et le reste de leur appartement, et tout autant d'efforts pour ne pas se détourner de la conversation.

« Bien sûr, madame MacCruimein. Je reviendrai plus tard dans la semaine alors, ce n'est pas un problème. En attendant, je vous donne ceci, si vous, votre mari et votre fille acceptez d'en prendre connaissance. C'est la lettre d'inscription de Hallie. » Il fit apparaître d'un mouvement de baguette une petite enveloppe beige, fermée par le sceau de l'école. Bien que remis en main propre, le courrier portait le nom et l'adresse de sa jeune destinatrice, Hallie MacCruimein. Et avant de prendre congé, il pointa une nouvelle fois son catalyseur vers le mur où se trouvait la tâche de brûlé. « Reparo. » Instantanément, le papier peint retrouva son aspect originel. « Par ailleurs madame, si je peux me le permettre, sachez que j'adore vos prises électriques, elles sont très élégantes. » dit-il galamment en remettant son chapeau haut-de-forme sur son crâne légèrement dégarni. Et après un au-revoir, et un clin d'oeil à Hallie s'il avait eu la chance de croiser son regard, l'homme quitta l'appartement de la petite famille écossaise.

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Vendredi 31 juillet 2048


Sigmund avait beaucoup réfléchi ces derniers jours. Il avait désormais une idée plutôt précise des dragons qu'il allait faire apparaître pour amuser la petite Hallie. Bien sûr, si cela lui plaisait, il lui montrerait d'autres tours de magie !

D'autres questions avaient torturé le pauvre homme. Allait-il cette fois pouvoir s'asseoir quelque part pour le thé ? Il avait été affreux de discuter dans l'entrée d'une habitation sans le moindre confort. Il lui paraissait également essentiel de savoir si la famille moldue disposait bien d'écrans plats et si oui, de connaître leur nombre. Bien sûr, ce n'était pas la seule question existentielle qu'il se posait. Par exemple, pourquoi les moldus ne déplaçaient-ils pas leurs prises électriques quand ils le faisaient pour leurs meubles ? N'était-ce pas plus simple que de multiplier les câbles, aussi merveilleux soient-ils ?

Il toqua poliment à la porte. Désireux d'être mieux reçu que la première fois, le sorcier tenait cette fois-ci dans ses mains un énorme gâteau recouvert d'un glaçage douteux. L'assurance de ne pas être laissé dans l'entrée ! « Bonjour ! C'est Sigmund Charleston ! Bon-jour !»

Code couleur : #783f04 - Autre personnage : Enid Wathen

Hallie, suis-moi à Poudlard ! PV
Le professeur Charleston tendit la lettre d'inscription à l'école de magie. Lyubov semblait hésitante : tout cela était beaucoup à encaisser d'une seule traite. Heureusement que l'homme avait accepté de prendre congès ! Elle regarda l'enveloppe, avec les petites inscriptions à destination de sa fille, puis s'en saisit d'un air résigné.
Le moustachu se mit à prononcer une incantation, et à la seconde où elle était terminée, le papier peint stylisé des années 90 se transforma pour retrouver sa jeunesse d'antan. Il était presque plus neuf que celui d'à côté ! Lorsqu'elle vit que son bien n'était plus endommagé, et que l'homme avait cessé d'agir bizarrement, Lyubov se détendit ne serait-ce que pour quelques secondes. Elle le fixa du regard, d'un oeil dorénavant non-méchant mais intrigué par l'énergumène qui se trouvait face à elle. Alors qu'il se mettait en route, Sigmund lâcha :
« Par ailleurs madame, si je peux me le permettre, sachez que j'adore vos prises électriques, elles sont très élégantes. »
Non. Elle s'empresa de tuer toutes pensées positives qui espéraient fleurir un jour dans son esprit sur cet individu. Il était beaucoup trop étrange, « chelou » dirait-elle, à son goût. Les prises de courant de la famille MacCruimein étaient comme n'importe lesquelles d'Ecosse, exceptées qu'elles avaient été jaunies par le temps : trois trou dont un gros. Qui s'extasiait devant des prises de courant ? Elle réussit tout de même à marmonner un faible au revoir, qui se fit à peine entendre avec la distance qui séparait maintenant les deux individus.

Lyubov resta immobile pendant quelques secondes alors que l'homme avait déjà pris congès, comme transcendée par cette rencontre inopportune. Elle ne savait comment réagir, ni quelle était la réaction appropriée à avoir concernant cette nouvelle. Après quelques minutes de concertation avec elle-même, elle choisit de rejoindre sa fille dans le salon, et de l'inviter à s'asseoir près d'elle. L'enfant se rapprocha rapidement de sa mère avec intérêt, et lui demanda :
« мама ! Il est parti l'excentrique ? De quoi vous avez parlé ?
- Il... m'a simplement donnée cette lettre qui t'est adressée. Qui écrit encore des lettres aujourd'hui en 2048 ? C'est une lettre d'inscription dans cette école un peu bizarre. Tiens, elle t'est adressée дорогой (*mon ange). »

Hallie se saisit de la lettre gentillement, mais avec empressement et se dépêcha de l'ouvrir. Son excitation se mua en déception lorsqu'elle vit qu'aucun mot ne lui était adressé personnellement. L'enveloppe qui abritait le courrier ne contenait qu'en réalité des lignes entières de données personnelles à saisir à la main. Ne sachant exactement comment réagir, elle chercha un regard d'encouragement de sa mère, mais à la place se heurta à la même expression de confusion qu'elle arborrait. Les deux femmes, assises sur le canapé, s'étaient tues. Aucune d'elles n'osait prendre la parole ne sachant que dire. Ayant l'impression qu'il fallait rompre ce silence, Hallie lança un timide :

« Hey, t'as vu ce p'tit dragon ? On aurait dit un dinosaure des films rétro "Jurassic Park". J'suis sûre qu'il est pas méchant. Dis, tu penses que je pourrais en avoir un comme animal de compagnie ? conclua-t-elle. Tu m'as toujours refusé un p'tit chien, les dragons ont l'air d'avoir besoin de moins d'entretien, pour sûr ! »
Lyubov failli s'étouffer de rire et d'incrédulité. Avait-elle bien entendu ? Elle lui donna un gentil coup de coude sur le bras, et lança un grand sourire à sa fille :
« Cours toujours gamine ! »
Elles rirent en symbiose, et parlèrent des événements qui venaient de leur arriver : le débarquement de l'inconnu chez elles, l'appel vers Ken (était-il d'ailleurs en chemin ?), l'agression par sa mère en colère, cette lettre mystérieuse, et bien sûr de la magie.
« On doit absolument en parler à папа Hallie. Cela dit, bourru et têtu comme il est, je pense qu'il sera plus que probable qu'il [TW: légère psychophobie] nous prennent pour des folles.
- Hm, comment on peut faire... J'ai une idée. Ecoute bien... Elle s'installa plus confortablement dans le canapé, le dos enfoui dans le dossier, et les mains posées sous sa tête. J'vais tout simplement lui raconter !!!
- Je m'attendais à quelque chose d'un peu moins spontané et de plus sophistiqué de ta part дорогой.
- Y'a pas que çaaaaa... J'vais lui raconter ce qu'il s'est passé, et toi, tu peux te positionner derrière moi et arriver quand le moment se présente pour ajouter de la crédibilité ! Si on raconte toutes les deux, ça serait p'tête bizarre.
- On peut tenter ça. Mais toi dans tout ça, qu'est-ce que tu en penses ? »

Son regard inquisiteur se portait sur les reflets des cheveux auburns-roux de sa jeune fille, puis vers ses yeux clairvoyants. Hallie semblait inquiète de par sa petite bouche, et ses sourcils froncés.

« Uhm. C'est très bizarre. J'adore l'idée, mais j'ai aussi très peur ? J'connais pas ce monsieur, et même s'il est enseignant dans une école, le voir débarquer comme ça ne m'enchante pas tout à fait. En plus, si je change d'école, ça veut dire que je ne reverrai plus Morven et Lucas ?
- C'est ... en effet une possibilité. On ne sait pas où exactement est cette école, et surtout quel mode de fonctionnement elle adopte.
- Pour l'instant c'est non. Il faut que j'y réfléchisse.
- Très bien, prend tout le temps qu'il te faut. Peu importe ce que tu choisis, je suis là pour toi Хэлли (*Hallie) »
Les minutes s'étaient transformées en heures, et Hallie avait trouvé refuge dans sa petite chambre. Allongée au bord du lit, elle s'amusait à balancer ses jambes d'avant en arrière. Le bras tendu vers le ciel, elle répétait encore et encore les critères qui étaient demandées pour l'inscription, comme si elle essayait toujours de son convaincre de la véracité de la chose. Si la rouquine avait allumé de la beat-box en arrière-plan, ses dires auraient presque pu se transformer en chanson. Elle laissa tomber son bras, et se retourna dans son lit.
« Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire ? » pensa-t-elle tristement.
Au même moment, elle entendit la porte d'entrée clencher. Son père Duncan était revenu de l'usine, enfin ! Elles allaient pouvoir manger, et lui parler. Déjà 20 heures passées. Elle se redressa, s'empressa de mettre ses pantoufles, et courut difficilement vers son père en criant « папа !!! (*papa) ». L'homme au visage fatigué se força de lui sourire, et la prit dans ses bras comme si elle avait encore huit ans. Duncan lui demanda comment s'était passée sa journée, ce à quoi elle répondit en racontant toutes les péripéties qui lui était arrivé à elle et sa mère. A demi-sourire, Duncan lui demanda de répéter afin d'être sûr qu'il avait bien tout entendu. Il avait du mal à croire sa fille qui ajoutait souvent quelques mensonges afin de rendre ses aventures plus palpitantes lorsqu'elle sortait. Puis, de la cuisine, sortit Lyubov avec un petit sourire. La grande rousse le salua, et l'embrassa. Puis, elle lui annonça doucement : « Il va falloir qu'on parle mon chéri. »


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Vendredi 31 juillet 2048


Le week-end. Qui disait week-end disait pas de cours l'après-midi. Cette fois-ci c'était la bonne. Contrairement à la semaine dernière, Morven était de partie ce soir ! Pas d'exploration au programme : les deux enfants s'étaient prévus une après-midi au soleil dans les plaines à papoter sur les récits croustillants de leurs aventures de collégiennes. Elle avait rendez-vous à 17h30 au pallier de Morven, pour que les deux compères puissent sortir et profiter de leur soirée ensemble. Ainsi, Hallie avait comencé à se préparer dès 15 heures ! Cette fois-ci, elle ne voulait râter cette rencontre pour rien au monde. Elle avait au préalable prévenu et demandé l'autorisation de sa mère pour aujourd'hui et avait filé s'habiller de sa tenue aventurière, de laquelle quelques plumes d'oiseaux ornaient le bustier. Elle était presque prête, bien avant l'heure. Il ne manquait plus que son sac à dos, dans lequel elle mettrait des biscuits choco de Tesco's, et quelques nécessaires d'urgence : lampe torche, serviette hygiénique, téléphone d'urgence, bousole, et carte. Hallie zippa la fermeture éclaire, et effila son sac à dos. Le sourire grand aux lèvres, elle jogga vers sa mère pour lui annoncer qu'elle allait partir un peu en avance, et qu'elle voulait flâner en ville un peu seule.
« D'accord, sois prudente comme d'habitude. Si tu as le moindre problème n'hésite pas à appeler la ligne fixe de la maison, ok ? »

Hallie acquiessa vivement, et commença sa course vers la porte d'entrée. A elle la liberté ! Au moment où elle clencha la porte, il lui semblait avoir entendu un bruit de sonnette. Elle se heurta violemment à un rocher de près de deux mètres, et tomba sur son derrière en jurant. A côté se trouvait un ... semblant de gâteau, retourné et écrasé. Lorsqu'elle s'apprêta à menacer et jurer la pierre qui la surplombait, elle découvrit avec stupeur qu'il s'agissait en vérité de Sigmund Charleston, l'enseignant de l'école cheloue.
Elle s'écria :
« VOUS ?! »

#6a1fe9 - La fiche réputation
Épaulard franc