Le mois d'août SOLO

Ceci est un recueil de textes écrit au mois d'octobre à l'occasion de l'Inktober. L'action se déroule sur le mois d'août 2048, et principalement à Godric's Hollow.
Dernière modification par Adaline Macbeth le 1 oct. 2023, 12:53, modifié 2 fois.

Animagus renard polaire
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Le mois d'août SOLO
Le samedi 1 août 2048,


Tout est sombre autour de moi. Bien que ce soit moins sombre que ma chambre lorsque la lune a disparu du ciel, la ruelle dans laquelle je me promène est foutrement sombre. Je me mets un moment avant de réaliser, les yeux collés, que c'est bien dans une ruelle que je me trouve.

Soudain, l'envie urgente, le besoin absolu, de me mettre à courir naît dans mon esprit. Alors c'est ce que je fais. Je me mets à courir de toutes mes forces, les poings fermés engageant ma course de part et d'autre de mon corps. Je cours à en perdre l'haleine, à déchirer mes poumons, à arracher mes jambes du reste de mon corps. Je ne peux pas faire autrement que continuer à courir car au fond de moi je sais que c'est ce que je dois faire.

Quand je réalise que la ruelle dans laquelle je cours, sans pouvoir distinguer les pavés au sol, n'a pas bougé d'un poil autour de moi. Je continue pourtant de courir aussi vite que je le peux mais je ne peux pas avancer, les murs qui je distingue et les fenêtres aux rideaux opaques ne changent pas. C'est toujours les mêmes, et j'ai beau courir le paysage refuse d'avancer.

Dans mon dos, un souffle froid me pousse en avant.

Je me retourne pour regarder derrière moi et le visage de mon oncle, sombre lui aussi, apparaît clairement. Sa tête est grosse, elle occupe toute la ruelle, bientôt il n'y a plus que lui et je ne peux que le regarder. Il parle, parce que ses lèvres bougent, mais je n'entends pas ce qu'il me dit.

***

Et puis, comme si on me tirait violemment en avant, je me réveille dans mon lit.

Le soleil est déjà entré dans ma chambre, alors je peux l'observer avec attention. Je regarde chaque meuble, chaque couverture sur la bibliothèque en face de mon lit, je regarde le petit bureau en bois clair et la chaise du même bois qui est glissée en dessous, je regarde le tapis à côté du lit et l'encadrement de la fenêtre, et puis mes yeux tombent dans ceux de mon chat. Lune est redressée sur ses pattes, à côté de moi, et me regarde d'un air inquiet.

Je caresse sa tête et cela semble suffire à l'apaiser.

Aujourd'hui, je pars passer quelques semaines à la Citadelle, et j'ai un mauvais pressentiment.

Rêve

Animagus renard polaire
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Le mois d'août SOLO
Le dimanche 2 août 2048,
La Citadelle,



La chambre dans laquelle je m'éveille ce matin est bien moins accueillante. Les draps sont noirs, le parquet au sol est d'un brun sombre, les rideaux sont d'une couleur rouge sanguinaire et la fenêtre donne sur un mur en briques noires. C'est ça de vivre à la ville, dirait ma grand-mère. Je n'aime pas ça, lui aurais je répondu sans même réfléchir une seule seconde.

Cette chambre n'est pas vraiment la mienne. J'ai beau retrouver mon chat lové dans ces draps, ce ne seront jamais les miens. Il paraît que personne d'autre que moi n'a jamais dormi dans cette chambre, mais ce n'est pas la mienne pour autant. Ma mère a voulu accrocher un écriteau avec mon nom sur la porte, ça n'en aurait pas fait ma chambre. Ce n'est qu'une pièce dans laquelle je dois dormir quand je viens passer du temps ici, dans laquelle je ne passe même pas de bonnes nuits.

En balançant mes pieds hors de mon lit pour me retrouver debout, en train de refaire le lit pour effacer toute trace de mon passage, je songe qu'il y a bien longtemps que je n'avais pas dormi ici. Un an, en fait, me sépare de ma dernière visite à la Citadelle.

En tout temps, hier, maintenant, demain, ce ne sera jamais chez moi.

C'est pour cela que je peine à sortir de mon lit ce matin, non de ma chambre. Je me tiens bien droite à côté de ce lit qui m'est tout simplement étranger et je scrute la pièce. Elle est vide, sombre et seule. Quelque chose passe dans mon esprit, comme une image que je n'ai pas le temps de voir, qui me laisse un sentiment étrange dans le cœur et dans l'âme. Ma mère. Cette chambre est exactement comme ma mère. Vide, sombre et seule. Et ça me frappe d'abord doucement puis très fort, comme un coup dans la poitrine, et je réalise à quel point je suis triste pour ma mère. Non, ce n'est pas tout à fait pour ma mère que je suis triste.

En ouvrant la porte pour laisser passer le félin qui m'accompagne, dont le pelage blanc dénote avec toute la noirceur qui s'étend dans cette chambre et dans tout cet appartement, je jette un dernier regard à la chambre que je laisse derrière moi.

L'atmosphère est trop lourde pour que les araignées s'installent. Il n'y a pas une seule dentelle arachnide dans aucun coin d'aucune des pièces. Et je trouve ça encore plus triste que d'être prise dans cette toile qu'est la Citadelle.

Araignées

Animagus renard polaire
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Le mois d'août SOLO
Le lundi 3 août 2048,
La Citadelle,



Après avoir passé la journée à flâner dans les rues de la ville sorcière, sous la chaleur écrasante du mois d'août, je prends enfin le chemin de la maison. En prenant cette décision, je sens mon coeur se serrer tout de suite. J'ai pensé que cette sensation commencerait en voyant puis en franchissant les remparts de la ville, mais il ne sont pas encore dans mon champ de vision que ma poitrine s'alourdit déjà. Je n'aime pas cet endroit, me répété-je en boucle, mais je ne sais pas si c'est à cause des gens qui se trouvent dedans.

Mes pieds commencent à brûler et ma robe de sorcier dégouline de sueur, mais je ne m'arrête pas. Je continue de marcher droit vers l'immeuble dans lequel habite toute ma famille, ou presque. Et même si je n'ai pas envie d'y retourner, je sais que je n'ai nul part où aller, mais que j'ai des bouquins dans lesquels me plonger et une pièce sombre dans laquelle méditer. Car s'il y a bien une chose que j'apprécie dans ma chambre, c'est que mes parents ne viennent jamais me déranger. C'est cette idée qui me fait accélérer le pas, et ce nouveau bouquin sur les métamorphoses animales, pour rentrer chez moi un peu plus vite.

En arrivant devant l'immeuble, je me dirige tout droit vers l'escalier au fond du couloir. J'emprunte l'escalier et, plus je grimpe, plu j'ai un mauvais pressentiment. Probablement à cause de l'odeur que je renifle, un peu plus forte à chaque marche, l'odeur du musc. Je plisse le nez en continuant de monter, avant de m'arrêter net devant la porte de l'appartement.

« Je n'aime pas le chemin que prend cette gamine. »

La voix de mon oncle transperce la porte.

Et même mes pensées se figent. Mon oncle, cet homme que je n'apprécie pas et n'apprécierait jamais, est en train de parler de moi. C'est certain. C'est une si grand ecertitude que pas un instant je n'imagine qu'il puisse parler d'une de mes cousines.

Ce qui me fait le plus mal, c'est qu'après toutes ses années, je suis encore derrière la porte en train de surprendre des adultes en train de parler de moi - et ça me donne l'impression d'être un enfant à nouveau. La voix de ma mère est trop étouffée pour que je puisse l'entendre répondre, mais je sais qu'elle est avec lui et qu'elle l'écoute. Il m'a fallu du temps pour le comprendre, mais je sais maintenant que ma mère écoute trop attentivement les conseils de mon oncle. Malheureusement pour eux, ma grand-mère a trop d'influence pour qu'ils réusissent à me faire emménager ici.

Je pousse la porte et j'entre.

Mon oncle, ma mère et mon père sont attablés près de l'entrée. Ils m'adressent un vague bonjour et je ne m'éternise pas : je file dans ma chambre aussi vite que la politesse me le permet.

En fermant la porte de ma chambre, j'ai l'impression que mon coeur va exploser dans ma poitrine, alors je fais tous les efforts du monde pour la fermer sans bruit. Puis je me jette sur mon lit comme si ça pouvait empêcher mon coeur de jaillir de son orbite.

De quel chemin il parle ? Sa vicieuse de fille a du lui raconter des cracs. Non ? Sinon pourquoi est-ce qu'il dirait ça ? Il essaie encore de convaincre mes parents que ma grand-mère est une harpie qui veut me garder pour elle ? Il veut que mes parents me rejette comme il l'a toujours fait ? Est-ce qu'il pense encore que je m'oppose au Conseil ? Jane aurait pu lui raconter que je suis de l'autre bord politique, même si je ne le lui ai jamais, c'est facile à deviner. Qu'est-ce qu'il me reproche alors que j'ai obtenu mes BUSEs avec une moyenne de O ? Que je suis une formation prestigieuse ? C'est parce que je ne veux pas vivre dans cette foutue Citadelle avec eux ?

Toutes ces pensées fusent dans ma tête sans que je n'arrive à les en empêcher.

Chemin

Animagus renard polaire
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Le mois d'août SOLO
Le mardi 4 août 2048,
La Citadelle,



Mon quotidien à la Citadelle commence doucement à se mettre en place. Je me lève le matin et prends du temps pour respirer et méditer un peu. Je sors de ma chambre pour petit-déjeuner, jusqu'à maintenant toute seule, avant de passer la matinée à lire. C'est sur les coups de midi que je descends jusqu'à l'appartement de tante Alice pour manger avec elle et mes cousins, une fois Jane et son air hautain se sont joints à nous. L'après-midi, je la passe indéniablement dehors. J'ai aimé me promener, mais je sais que je vais devoir m'occuper de mon cousin Owen qui ne demande qu'à passer du temps avec moi, pour que je lui explique tout sur ma formation et surtout sur les animaux que j'ai étudié. Et toi, tu seras quoi quand tu te transformeras ? Il n'a de cesse de me demander. Je ne sais pas encore ! Je lui répète toujours un peu plus agacée.

Prendre habitudes me rassure et je déteste un peu moins les vacances que je suis en train de passer.

Mais ce midi, j'ai envie de chambouler - déjà - les quelques habitudes que j'ai fraîchement mises en place. Je me mets mes chaussures et je descends chez tante Alice, mais pas pour manger, pour lui dire de déjeuner sans moi. D'un air guilleret, je lui annonce que je vais manger avec mes parents à la boutique et je promets à Owen, qui proteste déjà, de le retrouver après. Le regard de Nils sur moi est étrange, mais je crois qu'il me remercie d'occuper son bavard de frère et de lui offrir ainsi de la tranquillité dans la chambre qu'ils partagent.

Alors c'est l'air guai que je sors de l'appartement de tante Alice, pour continuer de dévaler les escaliers jusqu'en bas. Je sors dehors, et même le ciel de plomb ne parvient pas à enlever le sourire qui est gravé sur mon visage.

Bien plus heureuse que je ne l'ai été ces derniers jours, je déambule dans les rues de la ville en me prenant même à apprécier l'architecture de certains immeubles ou la devanture de certains commerces. Jusqu'à ce que j'arrive devant la Droguerie Macbeth.

C'est toujours bizarre de voir mon nom de famille écrit là, mais aujourd'hui la devanture m'arrache un sourire. Je pousse la porte dans le tintement caractéristique et je trouve tante Elizabeth derrière le comptoir. En traversant la boutique, en me faufilant entre les stands, je prépare mon discours.

« Aimée est là ? »

Je lui demande.

Avec un sourire faussement affable, qui ne suffit pas à me miner le moral, elle me répond mièvreusement que ma mère est dans l'arrière-boutique et que je peux passer derrière le comptoir pour aller la retrouver.

Sans lui prêter plus d'attention, je m'exécute et ouvre bientôt la porte de l'arrière boutique.

Ma mère, que je n'arrive pas à appeler maman, est accoudée contre le plan de travail de tante Harriet. La sorcière aux cheveux roux se tient d'ailleurs assise en face d'elle et semble l'entretenir de quelque sujet de la plus haute importance. Mais pas de potions, visiblement, puisque la conversation est coupée net lorsqu'elles me voient entrer.

« Tu veux qu'on aille manger quelque part ? »

Demandé-je à ma mère sans plus de cérémonie.

Elle se redresse, et m'adresse un sourire désolé. Je sais déjà que c'est non, avant même qu'elle ne me le dise. Alors elle se lance dans un discours sur l'ingrédient qu'elle doit partir chercher cet après-midi pour la potion qui doit être prête demain, pour Miss Flint qui l'a commandée. Ma tante Harriet acquiesce mais je décèle du mensonge sur son visage. Je ne crois pas un seul instant que cet ingrédient qu'elle doit aller chercher, dont elle a évité de dire le nom, l'empêche de manger avec moi.

Je hoche la tête pour signifier que j'ai compris et ne prends même pas la peine de répondre. J'ai compris, veut dire tout mon corps quand je me retourne et pousse la porte pour sortir de là.

Je suis encore une gamine, et ma mère n'arrêtera jamais de m'esquiver.

Esquive
Dernière modification par Adaline Macbeth le 30 janv. 2024, 14:00, modifié 2 fois.

Animagus renard polaire
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Le mois d'août SOLO
Le mercredi 5 août 2048,
La Citadelle,



Je suis assise aussi loin que possible dans ma chaise.

La table à laquelle je suis assise est longue, large, assez grande pour qu'une vingtaine de sorciers s'y asseyent. Nous sommes précisément vingt-sept assis autour de cette table magiquement agrandie dans cette pièce elle aussi magiquement agrandie pour que l'on puisse tous s'asseoir. Toute ma famille sans exception est rassemblée autour de la table.

Tante Alisée a daigné faire le déplacement depuis Londres, et malgré sa mine renfrognée, je suis contente de la voir. Apparemment, elle a encore perdu son job de serveuse. Elle commence à chercher du côté des moldus, m'a-t-elle soufflé en secret. Je sais que rares sont les membres de ma famille qui approuveraient ça. Elle n'arrête pas de boire, et de faire des allers-retours vacillants entre sa chaise et l'une ou l'autre personne assise autour de la table.

Tante Anabeth et oncle Olive sont plus gais que jamais, en revanche. Ils racontent à cœur joie leur nouvelle vie dans les highlands écossais et leurs business qui se passent pour le mieux. Tante Anabeth ne manque pas d'ailleurs de faire l'inventaire des plantes magiques dont elle s'occupe. C'est elle que j'écoute avec le plus de plaisir.

Tante Alice est égale à elle-même. Elle me fait des sourires, qui sont de plus en plus nombreux à chaque année qui passe, et elle discute tranquillement avec le reste de la famille, engueule parfois Owen parce qu'il se tient mal ou attrape des aliments avec les doigts et dit à tante Alisée d'arrêter de boire autant.

Oncle Duncan est, quant à lui, assis non loin de moi, et il discute des bois qu'il a trouvé récemment avec oncle Thomas. Lui qui ne sourit jamais a malgré tout l'air content d'entendre le rapport de Duncan. Il semble que parler de travail en dehors du travail ne le dérange pas du tout. C'est probablement plus agréable pour lui que de s'occuper de ses trois enfants qui ne cessent de se chamailler.

Tante Harriet, elle en revanche, doit s'en occuper. Elle est assise de l'autre côté de la table, et se lève souvent pour attraper un poignet ou faire une remarque dans l'oreille d'un de ces enfants indisciplinés. Elle ne me jette pas un seul regard, comme si elle évitait à tout prix de me regarder, alors que je ne me gêne pas de le faire. Qu'est-ce que ça doit être chiant d'être parent, je pense en la voyant faire.

Tante Elizabeth se tient bien droite, à l'autre bout de la table, à côté de sa fille. Leurs deux chevelures blondes rayonnent dans toute la pièce et attirent trop souvent mon regard. J'échange des regards placides avec ma cousine, en détournant le regard parfois un peu trop vite. Elles se tiennent bien, échangent des mots en secret et mangent avec un air guindé.

Oncle Neville, à côté d'elles, ne manque pas de m'adresser des regards noirs. Les siens, je les évite soigneusement. Il prend parfois la parole, tout haut, pour parler de son travail au Conseil des Sorciers et raconte quelques anecdotes sur les arrestations du mois passé avec une fierté non dissimulée. Certaines de ses anecdotes sont aussi déplacées que sa fierté.

Mes parents eux ne disent rien. Ils ne se parlent même pas. Je jette parfois des regards à ma mère qui, j'en suis certaine, les ignore volontairement. Depuis qu'elle a refusé de manger avec moi hier, mon ressentiment ne passe pas. Je pense qu'il faudra un moment avant qu'il ne s'efface.

Ma grand-mère et mon grand-père sont assis chacun à un bout de la table. C'est mon grand-père qui est le plus près de moi, on échange parfois des regards souriants, il discute surtout avec ma cousine Millie et mon cousin Louis, qui sont les plus jeunes de la tablée à venir directement de sa lignée. Il n'ose pas dire quoi que ce soit aux enfants de tante Harriet, parce qu'il n'est pas leur grand-père. Mais il rit avec les deux autres de bon cœur, bien loin des discussions des adultes. C'est quelque chose que j'aime chez lui. Ma grand-mère ne dit rien, en revanche, mais son air sage me rassure et j'ai hâte que le repas soit terminé pour sortir de table et passer du temps avec elle, avant qu'elle ne retourne au hameau sans moi.

Et pour finir, tante Amanda et oncle Pierre sont venus avec leurs deux filles, et cousin Louis. Les deux pestes ne font que babiller entre elles, alors que tante Amanda fait étalage de sa nouvelle vie en France. Oncle Pierre est celui qui prend le plus de place et, au dessert, il nous sort le grand jeu. D'un coup de baguette, il fait de la place sur la table et nous invite à nous rapprocher. C'est une carte gigantesque qu'il déroule l'instant d'après, en nous expliquant le moindre relief et le moindre détail. Il est cartographe pour le Ministère de la Magie Français, nous a-t-il rappelé plusieurs fois pendant le repas.

Je me suis levée pour regarder la carte, une belle carte il faut le dire, qui dépeint les alentours d'une ville magique de France dont j'ai oublié le nom.

Carte
Dernière modification par Adaline Macbeth le 30 janv. 2024, 14:12, modifié 1 fois.

Animagus renard polaire
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Le mois d'août SOLO
Le jeudi 6 août 2048,
Chemin de traverse



En me levant ce matin, après avoir respiré et pris un moment pour méditer, j'ai eu la mauvaise surprise de voir débarquer tante Alice avec son air grave. Il faut que tu viennes, m'a-t-elle dit après avoir exposé son plan. Et, si je rechignais encore à faire quelque chose avec ma famille, tout le monde commencerait à se poser des questions. Comme je n'ai pas envie d'attirer l'attention sur moi, de quelque façon que ce soit au sein de cette fichue famille, j'ai hoché la tête et enfilé ma plus belle robe de sorcier sur ses conseils.

Je l'ai remercié avec un regard plein de sens, de m'avoir obligé à m'habiller le plus élégamment possible, en retrouvant la bande de dames avec qui je dois passer la journée.

Tante Amanda, qui a toujours été coquette, semble avoir brisé un plafond de verre. La moindre parcelle de son corps est décorée par un bijou ou une étoffe noble. De la dentelle noire dépasse des pans de sa robe de velours violet et des colliers, bracelets et bagues dorés donnent à sa tenue un luxe presque trop extravagant. En laissant mon regard dériver vers mes cousines, je note qu'elles portent des tenues bien trop raffinées pour leur âge (qui est aussi le mien) et même ma robe de sorcier verte satinée paraît terne.

Nous passerons la journée au Chemin de traverse, entre filles.

Bientôt, nous flânons dans la rue principale.

C'est difficile de décrire comment je me sens à cet instant présent. Mal à l'aise, à cause du soleil qui tape sur ma tête nue, de mes cheveux qui me tiennent chaud, de la sueur qui dégouline dans cette robe à la matière désagréable. Frustrée, parce que je n'ai aucune envie d'être là et que je dois m'efforcer de le cacher, que le groupe avance trop lentement et que je déteste faire les magasins, sauf s'il s'agit d'aller se cacher dans un librairie - et je doute fort que ce soit au programme. Dérangée, par cet étalage de richesse que font mes cousines françaises, par les bijoux dorés qui m'éblouissent parfois et qui doivent éblouir d'autres passants.

Ah, si seulement j'avais pu rester à la Citadelle.

J'entre derrière les dames, je les appelle comme ça parce que je n'ai pas l'impression de les reconnaître dans ces habits chics, dans la boutique de Madame Guipure. Après un salut collectif, elles se dirigent à l'arrière de la boutique en faisant des commentaires sur tous les vêtements qu'elles croisent. Elles touchent les robes, caressent les tissus, font des suggestions pour styliser la pièce.

Et je m'ennuie terriblement, en retrait, faisant des pas d'un côté puis de l'autre. Je passe derrière ma cousine Jane, et j'entends sa conversation.

« Je ne porte que des bijoux en or, moi aussi... ça met en valeur mes yeux bleus tu ne trouves pas ? »

Je ne peux réprimer un éclat de rire, qui sort de ma bouche dans un fracas tel que tout le monde se retourne presque d'un bon. Toutes mes cousines me fixent, tante Amanda a un air sombre et tante Alice un air grave.

La réaction que j'ai à cet instant précis me causera probablement des ennuis, mais je leur offre à toutes un sourire exagérément grand. Je ne peux pas faire autrement, il n'y a aucune autre réaction qui me vient à l'esprit, aucune autre réaction plus logique que ce sourire. Le genre de sourire qui montre à quel point je me moque d'elles et de leurs robes, leurs bijoux et leur foutu fric.

Doré

Animagus renard polaire
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Le mois d'août SOLO
Le vendredi 7 août,
La Citadelle



Il doit être tard, probablement deux heures du matin. Cela fait plusieurs heures que je suis assise sur le rebord de ma fenêtre. Vous savez, celle qui donne sur l’immeuble d’en face.

Il pleut, et depuis que je suis assise là, le tonnerre ne cesse de gronder. Le ciel est illuminé par un éclair toutes les cinq minutes un peu près, éclairant le mur sur lequel donne ma fenêtre. La pluie ruisselle jusqu’à l’intérieur, sur mon pantalon de pyjama et mes pieds nus. Mais ça ne me dérange pas, la pluie m’apaise et calme mes pensées agitées.

Ce dernier repas avec ma famille française n’a pas été agréable. C’est même tout l’inverse. J’ai écopé de regards noirs quand mes cousines ont raconté notre après-midi shopping. Ma tante Alice m’a même prise à part pour me faire la morale. Apparemment, ça ne se fait pas de se moquer de la coquetterie de mes cousines, et puis elles pourraient m’apporter beaucoup si je daignais m’y intéresser.

C’est vrai qu’ils enseignent l’alchimie à Beauxbâtons. Mais je n’ai pas besoin de me rapprocher de mes cousines diaboliques et insupportablement coquettes pour avoir accès à ses connaissances. Aliosus Nerrah me servira d’intermédiaire avec sa cousine à lui, qui est bien moins diabolique et insupportable. Tiens, d’ailleurs il faudra que je lui écrives, pense-je par-dessus le fracas de la pluie.

Je me lève pour attraper de quoi écrire, en faisant attention au chat qui s’est lové au pied de le fenêtre. Mes mouvements la réveille et lève la tête pour me regarder, avant de se rendormir.

Je m’installe au bureau et allume la lumière. Dans le noir, la pièce avait l’air plus grande, pensé-je avant de me pencher sur ma lettre. Que j’enverrai demain à la première heure.

Cher Aliosus Nerrah,

J’espère que tes vacances se passent bien. Je suis à la Citadelle pour plusieurs semaines, peut-être aurons-nous l’occasion de nous retrouver au café Rosier.

Je t’écris pour ne pas oublier de te le demander à la rentrée.

Je m’intéresse à l’Alchimie, ce que tu n’ignores pas ! Peux-tu alors demander des détails sur la façon dont on l’enseigne à Beauxbâtons la prochaine fois que tu écriras à Alice ? Je suis curieuse de lire ses notes, si elle veut bien en envoyer quelques unes.

Je te remercie pour ce service.

Bien à toi,
Adaline Macbeth
Goutte

Animagus renard polaire
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Le mois d'août SOLO
Le samedi 8 août,
La Citadelle



Après l'orage de la nuit dernière, le soleil est revenu plus brillant que jamais. Depuis ce matin, il s'est affairé à sécher les sols mouillés de la ville et les par terre en herbe que l'on trouve ça et là. C'est sur l'un d'eux que je suis assise, en ce milieu d'après-midi, en face à face avec mon cousin Owen.

Il est revenu ce matin du Chemin de Traverse avec un petit terrarium contenant un drôle d'animal. J'ai déjà des crapauds, bien sûr, mais le sien a une tête bizarre.

Il est dans l'herbe et il ne bouge pas. Et ce depuis plusieurs minutes maintenant. Owen a beau me dire à quel point il est mignon et qu'il l'aime plus que tout, j'ai du mal à décrocher des deux gros yeux qui me fixent. C'est un peu perturbant de se tenir face à un batracien comme celui là.

Owen l'attrape pour le retourner face à lui avant de lui caresser la tête. Bien que ce ne soit pas à proprement parlé une caresse, puisque l'animal est tout visqueux. Ernest qu'il s'appelle. J'ai grimacé en entendant son prénom, parce que ce n'est pas un prénom qu'on donne à un crapaud - ou à un animal tout court. Je lui ai aussi demandé comment il comptait s'en occuper et sa réponse était drôlement vaseuse, j'ai été rassurée quand il a sorti de sa poche un papier un peu froissé sur lequel le vendeur lui a donné des instructions.

Pendant un moment, je songe à ma formation Animagus et à la forme animal que je pourrais prendre. Eh bien, j'espère de tout cœur que ce ne sera pas un crapaud.

Crapaud

Animagus renard polaire
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Le mois d'août SOLO
Le dimanche 9 août,
La Citadelle



Le dimanche c'est synonyme d'ennui. Au hameau, j'ai toujours aimé les dimanches, parce que je peux les passer avec ma grand-mère, assise au pied d'un fauteuil ou au bord de l'âtre avec un livre dans la main. Le dimanche, je le passe dans le silence et c'est ce que j'aime le plus dans les vacances que je passe chez moi, enfin chez ma grand-mère. Je réalise que je n'ai pas véritablement de chez moi, mon chez moi n'existe plus depuis que la maison dans laquelle j'ai dormi si longtemps a disparu. Aujourd'hui, je dors dans une chambre qui est certes à moi mais qui n'est pas chez moi. Et ça ne le sera jamais. C'est probablement pour cela que je me sens si mal à l'aise ici, parce que chez ma grand-mère, c'est quand même une sorte de chez moi.

Mais ici, et je crois que j'avais oublié, le dimanche n'est ni synonyme d'ennui ni de repos. Du moins par pour Owen et sa troupe de trois enfants roux qui le suivent un peu partout comme des canetons. Les enfants de tante Harriet ne sont pas méchants, mais je sais qu'ils peuvent être insupportables. Pourtant, Owen et son crapaud Ernest ont réussi à me convaincre de passer l'après-midi avec lui et sa joyeuse troupe.

Au début, je me suis dis que je n'aurais qu'à me mettre dans un coin, suivre en restant en retrait, mais il s'est avéré que ça n'a pas été si simple.

Owen est un garçon foutrement sociable et drôlement doué pour rassembler les gens. Certes, il ne se tient pas bien à table, mais il peut déclamer un discours devant une tablée d'adulte et réussir à les faire rire. Je l'admire assez pour ça, parce que moi je ne sais pas faire rire, je ne suis pas drôle. Lui, il n'a que douze ans, mais il a déjà ce truc qui fait que les gens l'écoute et l'apprécie.

C'est probablement comme ça qu'il a convaincu sa mère d'organiser une boom, comme il appelle ça, et d'inviter tous les adultes pour que nous puissions faire la fête tous ensemble. Dans l'appartement de tante Alice, le salon a été magiquement agrandi et les meubles ont été poussés dans les coins de la pièce. Une petite table dans un de ces coins sert de buffet pour des petits gâteaux, je crois qu'ils viennent du Café Rosier, et des verres de jus de citrouille.

La musique, une sorte de rock, bat son plein et je suis effarée de constater que la plupart se prennent au jeu. Il manque quelques visages à l'appel, mais je ne m'en plains pas : oncle Neville n'est pas là. Quant à moi, j'aurai préféré être partout ailleurs.

Je me tiens dans un coin de la pièce, essayant de rester invisible aux yeux de tous et particulièrement à ceux d'Owen. Ce qui m'étonne toujours avec lui, c'est que malgré toute l'attention que tout le monde lui porte, il ne cesse de diriger toute son attention sur moi. Et ça, je dois bien l'avouer, ça flatte beaucoup mon ego. Mais aujourd'hui, à cette foutue boom qu'il a organisé, je croise vraiment les doigts pour qu'il m'ait oublié.

Ce serait trop beau s'il pouvait s'amuser dans son coin, en attrapant ses cousines rouquines par les mains pour les faire sauter au rythme de la musique. Je le vois me chercher du regard, probablement est-ce narcissique mais je sais parfaitement que c'est moi qu'il cherche avec ses yeux là. Finalement, parce que la pièce n'a pas de porte dérobée dans laquelle me glisser pour disparaître, il finit par me venir m'attraper. Il me prend les poignets pour m'inviter à danser et à sauter.

Mais j'en suis incapable.

Je me sens toute serrée dans mon corps, et je suis incapable de me laisser aller à sautiller bêtement. C'est probablement à cause de tous ces adultes qui peuvent me juger ou parce que mon plus dur juge c'est moi-même. Je suis figée et je n'arrive pas à sauter. Pour donner le change, je balance mes bras et plie et déplie mes genoux, mais mes pieds ne veulent pas décoller. Autour de moi, je vois mes cousines sauter dans tous les sens, même mes tantes se secouent et dansent en agitant les bras et la tête. Et je me prends à les envier.

Je les envie parce qu'ils peuvent se lâcher, alors que mon corps refuse de se mettre à danser, à détendre mes bras, mes jambes. Il reste prostré, renfermé sur lui-même. Owen finit même par me lâcher. Et je me retrouve seule et immobile au milieu d'une bande dansante.

C'est avec les larmes aux yeux que je quitte la boom.

Rebond
Dernière modification par Adaline Macbeth le 30 janv. 2024, 14:18, modifié 1 fois.

Animagus renard polaire
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