25 déc. 2025, 03:56
Vos désirs font désordre
début décembre 2050
feat. @Alden Wells

Affalée sur le comptoir, la joue droite collée au panneau de bois et les cheveux étalés tout autour de ma tête, j'attends. Mon regard fait des aller-retour entre les clients, les employés du bar, et la mèche noire sauvage qui a glissé devant mon visage quand je me suis dramatiquement laissée glisser sur la surface en bois. Elle obstrue ma vue, mais seulement un peu. Suffisamment pour m'agacer mais pas assez pour que je me redresse et la chasse du travers de ma face. Je souffle mollement dessus dans une tentative pathétique de faire bouger mes cheveux pour retrouver une vision complète, mais c'est un échec cuisant et je me contente de pouffer nerveusement tant je trouve la situation ridicule. On est vendredi soir, je devrais être chez moi entrain de dîner avec des amis, de boire un peu trop et de rire un peu trop fort, et à la place je suis toute seule dans ce bar bondé, rempli d'inconnus, et au lieu de partir d'ici, je souffle sur mes cheveux.

C'que c'est con, je pense en fermant les yeux, un sourire moqueur sur les lèvres. Et c'est vrai après tout ; c'est con des cheveux. On en prend soin toute sa vie, on les entretient et on les coupe, tout ça pour qu'un soir ils viennent t'emmerder à réduire ton champ de vision. Qu'est-ce que c'est con, je pense de nouveau en bougeant un peu. Mon front vient se poser sur le comptoir et je soupire d'aise au contact de la surface fraiche. Qui sait, peut-être que ça va éclaircir mes idées ? Et puis au moins, je n'ai plus cette fichue mèche devant mes yeux. Je ricane doucement, consciente que je dois avoir l'air d'une folle. Pourquoi est-ce que cette mèche de cheveux est si importante soudain ? C'est con. C'est con parce que maintenant, je me suis mise à penser.

Je pense à mon frère que je n'ai pas vu depuis longtemps, je pense à Kai et Mel qui me manquent, je pense à Al et je me demande ce qu'il fait. Je pense à ces quelques rares personnes dans ma vie auxquelles j'accorde ma confiance, et je me dis que si j'étais plus courageuse, je pourrais simplement transplaner chez eux. Pas de mot, pas d'avertissement, rien. Juste moi devant leur porte, sans explications ni sourire. Cette pensée m'amuse sans que je comprenne vraiment pourquoi, et j'en viens à me demander quelle tête ferait mon frère s'il me découvrait devant son appartement à cette heure, grelottante dans le froid et aucunes excuses pour justifier ma présence. J'imagine son regard étonné et inquiet, le pli d'inquiétude entre ses sourcils, son nez légèrement retroussé et ses yeux plissés, comme pour essayer de lire à travers moi.
Il fait ça depuis qu'on est gamins ; essayer de me lire et de me comprendre ; et si un jour il y parvient faudra que je lui demande l'astuce parce que ça fait trente-sept ans que j'essaye de faire la même chose sans arriver à rien. Mais p't'être qu'on n'est pas faits pour se comprendre, je me dis en redressant péniblement la tête, le front soudain douloureux et l'esprit embrouillé.

Un regard à mon shot vide abandonné près de moi me rappelle que je devrais commander autre chose si je ne veux pas me faire sortir. Alors, d'une voix lasse, je demande une bièreaubeurre avant de m'étirer rapidement, histoire de me réveiller. C'est bon ça, les bièreaubeurres. Je peux pas me tromper avec ça — et en plus y a pas d'alcool, j'en connais un qui serait fier de moi.

Ma commande arrive, je remercie l'employé d'une voix neutre et n'attends pas plus pour prendre une longue gorgée. La boisson est chaude, réconfortante, et comme toujours elle me ramène plus de vingt ans en arrière, lors de ma première virée à Pré-au-Lard. Nouvelle gorgée, un sourire tranquille vient s'installer discrètement sur mes lèvres. Ouais, peut-être que finalement j'avais juste besoin de retrouver un peu d'avant, un peu de chaleur. Je ferme les yeux et porte de nouveau la chope à ma bouche, me foutant royalement des regards posés sur moi. Peut-être que je devrais profiter plus de cette boisson, peut-être que je devrais modérer ma consommation d'alcool. Mais en même temps, je pourrais être tellement pire que je me moque des critiques. Ma bièreaubeurre descend vite, et mes pensées coulent au même rythme.

#193b02 — Miya le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

25 déc. 2025, 15:46
Vos désirs font désordre
Début décembre 2050
Avec @Miya Ryuū


Le Pitiponk. Établissement phare de tous les étudiants de Grande-Bretagne et plus loin encore, j'ai du mal à savoir combien de fois j'ai mis les pieds ici depuis ma vingtaine. Le chemin à travers SoHo est familier, mes muscles travaillant pour moi alors que je fourre mes mains dans mon manteau. C'est un vieux truc, long et un peu bousillé au bas, là où il traîne toujours dans la boue et la neige, mais je n'ai pas le cœur de tenter un sortilège de réparation.

Ça ne fait que quelques semaines que j'ai commencé à la Réserve. C'est un véritable bonheur, je ne peux pas me convaincre d'autre chose que cette vérité si pure, mais le travail y est dur et long et important et ce soir, j'ai besoin de lâcher prise. Seul. J'ai bien conscience que le Pitiponk n'est peut-être pas le lieu le plus approprié, les rumeurs dansant à travers les tables plus rapidement qu'un cognard, mais la nostalgie m'y appelle. Je me revois brièvement, jeune et avec des joues encore rondes et remplies, un verre à la main, le bras de Lloyd autour de mes épaules, puant la sueur et l'alcool et tout ce qui annonce la fin d'une très bonne soirée.

C'est avec un soupir que j'entre dans le sas. Je tapote le bout de mes bottes sur la plinthe, histoire de laisser les saletés de Londres là plutôt que de les trimballer à l'intérieur, et je passe ensuite la deuxième porte. C'est peu occupé ce soir, ce qui m'arrange peu, parce que quand c'est peu occupé, on entend trop ce que les gens se racontent. Je laisse un autre soupir m'échapper et je me dirige vers une table libre. Je repère quelqu'un assis non loin, qui me dit fortement quelque chose, et j'ai l'impression que l'univers entier veut me voir puni de mes indécences et de mes incapacités à maintenir des amitiés quand j'observe cette femme d'un peu plus près.

Comment ne pas la reconnaître ? Malgré ma fatigue, je m'approche d'elle et je tapote le bois à côté de sa main, un sourcil arqué sur mon visage. Qu'est-ce qu'elle fout là, avec une bièraubeurre, yeux fermés comme si elle était en pleine prière ? Je devrais peut-être m'éloigner et espérer qu'elle m'ignore, qu'elle ne me voit pas, mais cette sale nostalgie qui me prend de plus en plus ces derniers temps revient comme une vague et j'ai envie de lui parler. Après quoi, plusieurs mois ? Années ? Je ne sais plus, je ne fais plus attention à mes inattentions. J'ai l'impression d'être un ingrat à ne jamais parler à mes amis, mais l'année qui vient de s'écouler, car elle est presque finie, déjà, était rude et lourde, et celle d'avant encore pire.

Miya me connaît assez pour savoir que ce n'était pas volontaire. Pas complètement.

La dernière fois que je l'ai vue, elle était plus jeune, plus vivante. Je m'assois à ses côtés sans demander et je pose mon menton sur ma paume, le coude enfoncé dans le bois de la table. Je ne sais pas si elle me reconnaît, ce qui m'amuse—j'ai changé, je le sais, mais je n'arrive pas à me placer si elle m'a vu assez récemment pour se rappeler de moi. Je ne suis plus le gamin rondouillet de Poudlard, ni le mec ringuard de la fac, mais je ne m'imagine pas avoir tant changé que ça, en tout cas pas assez pour être un parfait inconnu à ses yeux.

Après, c'est Miya.

Ça fait du bien de la voir. Je m'en rends compte quand j'observe ses traits fins et sa sale expression. Elle m'avait manqué. Pourquoi je passe mon temps à être loin de ceux que j'aime ? Je m'épuise.

« Tu t'es convertie, c'est ça ? Ça te va mal, la prière. Je ne te conseille pas non plus un couvent, tu les traumatiserais, Miya, » Je lui dis avec un sourire en coin, sans faire attention à mon ton. Je serais ravi de retrouver cette fausse nouvelle dans les rumeurs circulaires du Pitiponk, dans quelques jours. Je ne doute pas que Miya est une habituée. « Bièraubeurre ? T'as douze ans ? » J'ajoute, mes yeux glissant à la choppe qu'elle tient. « C'est sûr que t'as pas grandi depuis. Tu sais, je me disais, peut-être que j'allais te revoir un jour et t'aurais enfin passé la puberté, mais j'avais tort…je t'en ai laissé du temps pour grandir, dis donc. T'aurais pu faire un effort. » Une excuse dissimulée, un petit quelque chose pour lui montrer que j'ai conscience que je suis un con absolu.

Vétérinomage aux Hébrides (12.50) | #6b5884

26 déc. 2025, 00:03
Vos désirs font désordre
Yo ho ho-ho et une bouteille de rhum, je chantonne dans ma tête, ignorant royalement le reste du monde. D'ailleurs elle vient d'où cette chanson ? Elle est drôle — et ridicule, c'est à dire de quoi faire mon bonheur. Le contenu de ma chope descend et les syllabes de cette comptine continuent de défiler dans ma tête. D'où elle vient déjà ? Et pendant que je fais mine de me creuser la tête pour retrouver cette musique que je suis sure de connaitre, mes pensées s'orientent automatiquement vers mes amis.

S'ils étaient avec moi, je serais pas affalée toute seule dans ce bar qui a mon âge. Je serais chez l'un deux entrain de rire, ou alors on serait dehors entrain de se cailler mais simplement heureux d'être ensembles. Comme quand on était jeunes. Inconsciemment, je grimace un peu. "Quand on était jeunes", elle est complètement naze cette formule. J'ai à peine la quarantaine alors la vieillesse c'est dans longtemps. En plus je suis une des plus jeunes de mes amis — à part mon frère, la plupart des gens de mon entourage sont plus âgés que moi —, alors si y en a une qui doit s'inquiéter de vieillir, c'est pas moi. Ho ho ho-ho, je fredonne en silence. Quand je repense à avant et que je me revois à vingt ans, je me dis que le temps est quand même passé sacrément vite. J'ai l'impression que c'était hier que...que...ben, que tout en fait.

Tap-tap. Un bruit sec retentit à côté de moi et me sort de mes pensées sans prévenir. Sourcils froncés, je rouvre les yeux prête à gueuler qu'on me foute la paix, que non je ne suis pas ivre morte et que je suis parfaitement capable de prendre soin de moi — non —, pourtant quand mon regard se pose sur un homme aux traits familiers et à l'expression que je saurais reconnaitre n'importe où, ma voix s'éteint dans ma gorge. Alden ? Mais qu'est-ce qu'il fou là ? Il m'avait bien dit qu'il était rentré — d'ailleurs au fond je ne devrais pas être aussi surprise de le croiser — mais ça doit faire une éternité que je l'ai pas vu. Et il y a une différence entre savoir qu'il est rentré et le voir en face de moi, en chair et en os, le seul et l'unique.

Physiquement il me parait sacrément différent du Alden que je connais, mais dès qu'il me sourit en me vannant, je retrouve aussitôt et sans difficulté mon ami. Putain c'est vraiment lui, je réalise, ébahie. « Hein ? La prière ? », je répète, perdue. Mais de quoi il parle. Qu'importe, je suis juste heureuse de le retrouver. « T'es con », je réponds en souriant. Mes yeux scannent rapidement les visages autour de nous et je lui file un coup de coude dans les côtes, avec une moue faussement vexée, feignant d'être offensée. « Dis donc c'est comme ça qu'tu t'excuses ? En me collant une sale réputation ? » je me plains en haussant un sourcil. Qu'est-ce que ça fait du bien de le retrouver, je songe en observant discrètement ses traits tandis qu'il déblatère ses âneries — il abuse en plus, j'ai un peu grandi depuis la dernière fois. Enfin, surement. Peut-être. Possiblement. D'un coup d'oeil j'avise son corps replié pour être à ma hauteur, et je laisse tomber. Ouais nan, j'ai surement pas grandi en fait.

« Primo, la bièreaubeurre c'est excellent », je proteste en levant mon index. « Deuxio, j'te rappelle que c'est pas la taille qui compte », j'ajoute avec un rictus en levant mon majeur. « Et tertio c'est Kai qui veut pas que je boive », je termine avec une grimace en dressant mon annulaire dans un geste moqueur, comme pour conclure un discours épique. Et soudain, je me souviens de la raison de l'absence de mon ami et je me sens bête. Merde. Oh la bourde.

Mal à l'aise, je termine ma bièreaubeurre d'une gorgée et repose la chope avec plus de force que nécessaire. « Allez, je t'offre à boire », je dis en glissant un regard vers lui, la voix adoucie et le regard aussi. J'ai aucune foutue idée de ce qu'il fait pendant ces périodes où il disparait sans prévenir, pas de mot ni de lettre, rien, mais je vois bien qu'à chaque fois qu'il réapparait il semble un peu plus fatigué. C'est comme si, parfois, la vie le rongeait de l'intérieur. Ou peut-être que j'ai trop bu et que je divague — ce qui n'est pas non plus impossible, honnêtement.

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26 déc. 2025, 02:56
Vos désirs font désordre
Début décembre 2050
Avec @Miya Ryuū


Toujours pareille. Je ne suis pas étonné—les gens n'ont pas tendance à changer, pas tant que ça, et Miya a toujours été sacrément et singulièrement elle depuis des années que ce n'est pas un choc. Non, c'est presque rassurant de me dire qu'on peut reprendre comme ça, comme si de rien était, comme si mon absence ne voulait rien dire. Je peux difficilement m'en convaincre, mais ça fait du bien d'y penser quelques secondes et d'imaginer une vie dans laquelle je n'étais pas si stupide. De me dire que je suis capable de poser des racines quelque part sans avoir l'envie de les arracher quelques mois plus tard.

Je souris. Un grand sourire, un peu bête et béant, et j'accepte le coup de coude sans rechigner. Je le mérite. À peine retrouvés que je l'embête, comme toujours, mais c'est si facile avec elle que j'ai à peine à y penser avant que les mots ne sortent. Les yeux pétillants, je l'écoute, cette voix si familière et si douce à mes oreilles.

Elle m'a manqué. Jamais j'avoue ça, mais ça se voit, j'en suis sûr. Dans mon regard, dans la tendresse de mon sourire, dans ma posture.

Puis, tout se tend d'un coup, et je regarde sa main qu'elle met en avant avec les sourcils légèrement froncés. Un lapsus, quelques secondes seulement avant que je reprenne contrôle de mon visage et que j'y affiche une moue purement désintéressée. La réaction de Miya est mignonne et ça apaise quelque peu le brouillard en moi, donc je ne dis rien et j'accepte la tournée. « Tu me rembourseras, » Je murmure, attrapant un verre et glissant quelques pièces dans son creux avant de poliment commander un cocktail. Quelque chose de sucré et doux, qui glissera tout seul et qui me rendra agréablement agréable quelques moments. Le verre part rejoindre les autres et je prie pour qu'il revienne vers moi sain et sauf avant de me tourner vers mon amie.

Je glisse une mèche rebelle derrière son oreille d'un mouvement absent. C'est si facile de retomber dans des routines, même si elles n'ont pas été exploitées depuis des années, que je ne me demande même pas si ça la dérange. « Tu sais, tu peux parler de lui, » Je lui dit avec un petit sourire amusé. « On travaille ensemble, maintenant. Il te l'a dit ? Ou tu apprends la nouvelle à l'instant ? C'est récent, t'inquiètes, » J'ajoute. « Tu as l'immense honneur de côtoyer le nouveau véto des Hébrides. » J'imagine qu'il l'a prévenue, quand même un peu, mais quelque part il aurait pu oublier. Ce ne serait pas étonnant, vu la tonne de travail qu'il a en ce moment.

Mon verre arrive et je regarde les couleurs vives du liquide avec un air amusé avant de prendre une gorgée. Ça fait du bien, c'est revigorant comme le froid, et je me redresse un peu pour appuyer mes avants bras sur la table. Une à une, je retire mes bagues et je les laisse giser sur le bois. Une seule reste entre mes doigts et je la fait tourner encore et encore. « Quoi de neuf ? » Je demande. Je devrais m'excuser, peut-être, donc j'enroule un bras autour de ses épaules et je la serre contre moi un peu trop fort, plus pour l'embêter qu'autre chose. « Tu te fais frêle, tu manges au moins ? Tu dois absolument rentrer avec moi, je vais te cuisiner un truc. Je suis à Pré au Lard maintenant. » Je suis de retour. Je m'implique. Je suis là pour rester. Désolé.

Je la relâche avec un petit rire. « Qu'est-ce que tu fais là, toute seule, à dévorer ta bièreaubeurre comme si c'était la meilleure chose que t'as vu dans ta vie ? » Ce n'est pas étonnant mais j'aurais imaginé qu'elle serait un peu plus entourée. Quoique, avec son caractère, j'imagine qu'elle colle pas avec tout le monde. C'est pour ça que je l'aime bien. Puis c'est aussi une histoire d'habitude, mais ça n'empêche pas que je l'adore cette petite. C'est fou ça, tous ces gens que j'ai retrouvés en un an.

Vétérinomage aux Hébrides (12.50) | #6b5884

26 déc. 2025, 20:06
Vos désirs font désordre
Il sourit — son vrai sourire que je connais depuis Poudlard — et aussitôt je sais que je l'ai retrouvé. Son regard qui s'éclaire, son corps qui se détend... Je ne sais pas si c'est moi ou si c'est parce qu'il a enfin l'impression de se reposer, mais son expression change doucement jusqu'à se faire plus attendrie. Au fond je me doute qu'il continue de me voir comme la petite de 18 ans au caractère trempé, qui passait son temps avec lui et Kieran à s'attirer des ennuis et à s'infiltrer aux soirées étudiantes, mais au fond ça ne me dérange pas. C'est Alden, je le connais depuis trop longtemps pour m'inquiéter de l'image que je lui renvoie.

Il accepte ma proposition, et pendant qu'il se commande quelque chose je sors de quoi le rembourser, soulagée qu'il ne revienne pas sur ma bourde. De toute façon c'est comme ça avec lui ; pas d'excuses, en tout cas jamais à voix haute, mais des gestes et une présence qui veulent tout dire. Qu'est-ce qui s'passe dans ta tête ? je m'interroge en le regardant, les yeux légèrement plissés et le visage pensif. Je suis sure que ça va tout le temps à toute allure dans sa tête, et je suis également sure qu'il pense trop, qu'il s'inquiète trop. Mais ça, je ne saurais l'affirmer. Al' est trop compliqué à essayer de décrypter, et j'ai appris avec le temps qu'il vaut mieux le laisser trouver ses mots plutôt que lui poser des questions. S'il a quelque chose à dire, il me le dira. Et s'il ne veut pas parler, et ben on peut boire en silence — et fumer, pour moi.

A cette pensée, mes mains trouvent automatiquement le briquet que je garde toujours sur moi. Je joue avec pensivement, laissant mon pouce glisser sur la molette, je le fais tourner entre mes doigts. C'est Mel qui me l'a offert et depuis il ne m'a plus quittée. D'ailleurs il n'a pas changé. De temps en temps je passe chez les Moldus pour acheter une recharge de gaz, mais c'est tout.

Al' remet une mèche derrière mon oreille, je n'y fais même pas attention. L'objet continue de tourner dans mes mains tandis que j'écoute mon ami parler. Un sourire discret vient étirer mes lèvres quand il mentionne avec fierté son nouveau travail aux Hébrides. « Ouais il m'a dit, félicitation », je réponds avec une bourrade affectueuse. « Alors m'sieur le véto, j'dois t'appeler Doc' maintenant ? », j'ajoute, taquine. Je me fais la réflexion que ça a l'air d'aller, mais avec lui je ne peux être certaine de rien. J'imagine qu'il a vu Kieran et j'imagine qu'ils ont discuté, mais même si je me demande comment ça s'est passé je ne dis rien. Je saurais en temps voulus.

Sa commande arrive, et je ne peux m'empêcher de le comparer à ce cocktail. Un mélange de plein de choses diverses qui donne un tout inattendu, aussi beau que bon, doux et subtile. Il en prend une gorgée, je range mon briquet et m'étire en le contemplant, silencieuse. Ce qui est drôle, parce que finalement j'ai rarement été silencieuse avec lui. Toujours une anecdote à raconter, une blague pourrie à faire ou une vanne à lancer. On ne dirait pas quand on me voit, mais j'ai toujours tout un tas de trucs à dire, des idées folles à balancer ou des conneries à proposer. Quand je repense à quand on était plus jeunes, je me dis que j'ai de la chance que Al' m’ait supportée assez pour se rendre compte que je pouvais aussi être une bonne amie.

Il a changé, je songe. Et il n’est pas le seul, moi aussi j’ai changé. Peut-être pas autant que lui — je reste la Miya qu’il a connu —, mais j’ai appris à me taire. Et ce soir, je me tais. J’attends qu’Alden prenne la parole, j’attends de savoir s’il a besoin de son amie ou juste d’une camarade de beuverie.

Il reprend la parole, demande de mes nouvelles. Je réfléchis un instant, le regard perdu dans le vide. Son étreinte me sauve, et je me perds dedans pour m’éviter de réfléchir. Il me serre fort contre lui, et même si je proteste pour la forme je suis heureuse qu’il soit là. « Les céréales au p’tit-dej ça compte comme un repas ? », je demande, moqueuse, connaissant pertinemment la réponse. Il se moque un peu, gentiment, et parce que je sais que c’est sa manière à lui de me faire comprendre ce qu’il ne dira pas à voix haute, je hausse un sourcil amusé. « Et comment que je veux, je crève la dalle ! Enfin, toi à Pré-au-Lard j’ai maintenant une adresse pour manger », j’ajoute. Mes talents douteux de cuisinière ne sont pas un secret pour lui.

Il rit, me relâche et m’interroge. Je hausse les épaules. Honnêtement je ne sais pas non plus ce que je fais ici, ça s’est juste imposé à moi. J’avais besoin de bouger et de réfléchir un peu, loin de Pré-au-Lard, loin des sorciers et loin de mes amis. Le Pitiponk m’est venu à l’esprit parce que je le fréquente pas mal et que je voulais me faire discrète dans la foule — malheureusement pour moi ce soir ce n’est pas l’affluence habituelle. « Oh tu sais, je cherchais un con ou deux pour lancer une bagarre, histoire de me défouler », je réponds en ironisant un peu. Seulement à moitié en fait, parce que c’est vrai qu’un bon duel m’aurait sûrement fait du bien. « Et qu’est-ce que t’as contre les bièreaubeurres ce soir ? », j’ajoute dans un rire plat.

Merde alors, est-ce que j’ai vraiment pas le moral ? Nerveusement, mes doigts vont de nouveau chercher le briquet. Si j’étais seule j’aurais fumé, mais par respect pour Al’ je résiste à la tentation et me contente de tendre la main vers son cocktail pour en prendre une gorgée. C’est doux et sucré, ça fait du bien. Je le regarde et je souris. Ça fait du bien aussi je le voir.

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26 déc. 2025, 23:55
Vos désirs font désordre
Début décembre 2050
Avec @Miya Ryuū


Je nous revois il y a trop d'années pour compter, assis dans ma petite chambre que j'avais dû commencer à partager avec Alicia une fois qu'elle avait été déposée à notre porte, un soir de vacances. Il faisait chaud, je m'en rappelle, et on était agglutinés devant la petite télévision que je m'étais acheté quand j'avais quatorze ans. Je ne sais plus ce qu'on regardait mais mes bras étaient autour de ma soeur, si petite à l'époque, et mes jambes allongées sur celles de Miya sans aucune gêne.

Ça me manque d'un coup. De ne pas trop penser, de pas devoir se lever tous les matins pour bosser, de vivre au grès de nos envies.

J'observe Miya tout comme elle m'observe et mon sourire devient taquin, amusé, mais toute blague que je lui réserve reste coincée dans ma gorge. Elle a l'air d'être aussi heureuse que moi en cette soirée. Heureuse de me retrouver, mais grise pour quelconque raison, et je lui pince la joue doucement, comme si elle avait encore douze ans et je la revois alors qu'elle me regarde du bas avec un air déterminé, son uniforme mal fichu, ses petits points serrés. C'est dur de l'imaginer aussi adulte d'un coup, tout comme c'est dur d'imaginer Alicia adulte.

Je la regarde avec un petit air ennuyé. « Ça doit faire dix ans que je suis véto, Miya, » Je lui dit. « T'abuses. » C'est amusé, cette petite pique. Je m'en fiche qu'elle ait oublié, ou qu'elle n'ait jamais su. « Oui, s'il te plaît, appelle moi Docteur, ça fait super cool. Tu devrais me voir en blouse. Je suis vraiment super sexy. » Je rajoute en bougeant les sourcils comme un con avant de reprendre une gorgée de mon cocktail.

Il va pas me durer longtemps, ce cocktail. Je me demande si je vais finir le bras autour de Miya à tituber dans la rue jusqu'à chez nous, ou si elle va me laisser pourrir au Pitiponk. Ou si on finira à deux, à pourrir. La dernière option me semble la plus probable et j'esquisse un petit sourire.

« On se fera des bolos et on ira voler une bouteille de vin chez Kieran. Je suis son voisin, » Je murmure avec un soupir cette fois, laissant ma main glisser sur le bois. Quelle idée j'ai eu de m'installer à côté de chez lui. Après, j'avais pas grand choix, et c'était le seul appartement qui me semblait assez correct pour le prix proposé. Puis c'est pratique de pouvoir lui quémander du café et des biscuits tous les weekends. De pouvoir toquer à sa porte quand je me sens trop seul. Puis ça facilite tout, d'un coup. Je nous imagine déjà tous les trois chez Kieran à manger n'importe quoi et à parler de tout et de rien comme avant, comme à la fac, et alors l'idée de rester pour de bon m'a l'air moins lourde.

Un de mes sourcils se lève et je la regarde avec une pointe d'inquiétude. « Une bagarre ? T'as besoin de te défouler ? Raconte moi tout, ma Mimi. » Je ne dis rien quand elle me vole une gorgée de cocktail, ça ne me dérange pas, encore moins quand c'est elle qui a payé. Je me sens un peu bête parce que je ne me rappelle pas de grand chose sur sa vie. Surtout sa vie récente, et du coup j'approche ma chaise de la sienne et je regarde le briquet qu'elle tient. « C'est très bien les bièreaubeurres, mais pas ici enfin. Garde ça pour le Chaudron, enfin. » Je taquine. Puis, je passe une main sur la sienne et je serre ses doigts entre les mains le temps d'un battement de coeur avant de les relâcher.

Elle va pas mal, mais elle a pas l'air d'aller super bien non plus. Comme d'habitude, on se retrouve dans nos sentiments. Je lui rends son sourire. « Si Kieran nous voyait, il se fouterait de nos gueules. Regarde nous, comme des vieux au Pitiponk. C'est terrible. Jamais il nous laisserait oublier ça. On garde ce soir pour nous, okay ? »

Vétérinomage aux Hébrides (12.50) | #6b5884

2 janv. 2026, 00:47
Vos désirs font désordre
C'est bizarre. Je me sens bizarre, un peu comme si j'avais un trop-plein de souvenirs et qu'ils essayaient tous de sortir en même temps. Alors c'est ça, être nostalgique ? En tout cas, et peu importe ce que c'est, je n'aime pas. Pas du tout même. Ça me donne l'impression que je vais éclater en sanglot d'un moment à l'autre et pourtant j'ai plein de choses joyeuses en tête. Al et Kiks, les vacances à la ferme, Poudlard, les sorties beuveries,... Je glisse un regard méfiant à ma chope vide — après tout peut-être qu'il y avait bel et bien de l'alcool dedans ? — et j'essaye de comprendre pourquoi je cède soudain au flot de souvenirs qui vient déferler sur moi.

Merde alors, c'est sa faute, je pense, bougonnant un peu, en relevant le regard vers Alden. Avec lui je me laisse trop facilement aller à penser, et faut croire que ça ne me réussit pas. Une petite voix insistante — et bien trop gentille — dans ma tête me rappelle que s'il m'a suffit de ces quelques minutes pour m'absorber dans mes réminiscences, ça doit être bien plus intense dans sa tête à lui. Pff, je me ramollis avec lui. Avec Alden, peu importe mon âge je redeviens une gamine de onze, treize, quinze ou dix-sept ans qui découvre les appareils électroniques chez ses parents, s'émerveille devant une vache et se comporte comme une sale gosse. Malgré moi, je souris, attendrie par l'image qui s'impose à mon esprit. On était un sacré trio quand même, lui, Kieran et moi. Et j'avais beau être la plus jeune, j'étais bien loin d'être la moins terrible — au contraire même. Ah ça, j'en ai faites des conneries quand même avec le temps. Et étonnamment, j'ai presque toujours réussi à attirer mes deux acolytes avec moi.

Il me pince la joue et je n'ai pas envie de le repousser — je sais bien que c'est un geste affectueux. « Eh j'ai plus de 35 ans », je proteste, pour la forme, en secouant gentiment la tête. Et en même temps ça craint, sérieux. J'suis plus proche de la quarantaine que de la trentaine, le temps passe trop vite, je songe, un peu nostalgique. Un peu beaucoup nostalgique d'ailleurs.

Son expression me fait rire, et je ne me retiens pas pour ricaner un peu. « Déjà dix ans ? Tu t'fais vieux Docteur », je rétorque en plissant les yeux, amusée. Déjà dix ans. Evidemment que je sais qu'il est véto — je ne suis peut-être pas exemplaire comme amie mais je sais au moins ça — mais je n'avais pas réalisé à quel point ça faisait longtemps. « J'en doute pas, j'ai toujours su que la blouse t'irait à ravir Doc, mais si t'es si sexy qu'ça peut-être que je passerais plus souvent à la Réserve dorénavant », j'ajoute en haussant un sourcil taquin. C'est vrai que je n'y vais pas tant que ça — en tout cas pas autant que ce que je voudrais. Mes meilleurs amis y bossent et j'y vais quasi jamais, il est grand temps que j'y remédie — blouse sexy ou non, évidemment.

Alden imagine un menu, et je dois avouer que l'idée est tentante — quoi de mieux qu'un plat de pâtes avec un bon verre de vin ? — mais la fin de sa phrase me fait tiquer, et j'en oublie aussitôt mon estomac. « Son voisin ? » je répète, étonnée. Pas sure que ça soit l'idée du siècle. « Et....ça marche ? » je demande, prudente. Par les chaussettes de Morgane mais qu'est-ce qui lui est passé par la tête ? « Tu sais t'aurais pu crécher chez moi le temps de trouver un autre appart' hein », je propose avec douceur en déposant un bref instant ma joue sur son bras. « Tu veux un double des clefs ? » je propose soudain en me redressant, pas peu fière de mon idée. J'en ai fais un pour mon frère mais il ne l'a jamais utilisé, alors autant le lui reprendre et le filer à Alden — même si, comme Kai, je sais qu'il a le chic pour éviter ses proches lorsqu'il souffre. La technique de l'autruche, toujours la technique de l'autruche, je maugrée en silence, retenant un soupir.

Je sens son regard sur moi et je sens son inquiétude. Une part de moi voudrait le rassurer et balayer ses questions d'une blague stupide, mais l'autre me rappelle à l'ordre. C'est mon ami — et pas n'importe quel ami, c'est Al. Al que je connais depuis plus de deux décennies et qui m'a connue en pyjama, en gueule de bois, transpirante sous le soleil et sous tous mes autres jours. Je survivrais bien à un aveu, surtout si c'est pour dire la vérité. Qu'elle soit belle ou non, la vérité est toujours mieux qu'un mensonge — surtout si c'est pour mentir à son meilleur ami.

« Besoin de me défouler peut-être, besoin de gueuler un bon coup c'est clair », je réponds alors d'une voix un peu lasse. Besoin de fumer aussi, mais ça je le garde pour moi. En plus, je me suis promis que j'essaierais de moins fumer. Mes doigts glissent distraitement sur le briquet et mes pensées volent vers Mel. « Ouais peut-être.... D'ailleurs ça fait un bail que j'y suis pas allé, au Chaudron », je reprends en essayant de me concentrer. C'est pas le moment de penser à lui et de me distraire. « On pourrait y faire un tour un de ces quatre », je propose. Lui, Kiks, moi. Comme au bon vieux temps, comme avant, cette merveilleuse période de avant, quand la vie était facile.

Ses doigts trouvent les miens, il me communique son affection par une brève pression puis me relâche. Voilà, c'est facile avec Alden. Pas besoin de s'épuiser à trop parler, il comprend vite.

Un rire fait vibrer mon corps tandis que j'acquiesce vivement à ses propos. « Il nous en reparlerait jusqu'à la fin des temps », je renchérit. Et en même temps, je suis certaine qu'il serait content d'être là, avec nous, à rire comme des cons et à boire jusqu'à la fermeture. « Il n'en saura rien », j'approuve dans un rire en m'étirant un peu, chiffonnée par un truc. Même si je trouve ça super que Al puisse vivre à côté de chez Kieran sans problèmes, me parler de lui et blaguer un peu, un petit morceau de moi s'inquiète. A quoi a-t-il réfléchi pendant son absence ? A quelles conclusions est-il arrivé ? Est-ce qu'il va bien ? Et puis surtout, que se passera-t-il le jour où toute cette histoire explosera ? Je pense que cette question me fait plus peur que je ne veux me l'admettre, et peut-être bien aussi que c'est pour ça que je suis si tendue. Parce que c'est un gros secret, et je crains qu'il finisse par peser un peu trop sur les épaules de mon ami.

« Tu viens m'trouver si ça va pas, hein ? » je lâche doucement. « Ou...la prochaine fois que tu disparais tu me donnes une adresse ? » j'ajoute d'une petite voix, presque timidement. « Parce que... » Parce que j'ai encore besoin de toi. Parce qu'avec Kieran vous êtes mes meilleurs amis et que la vie sans toi est un peu moins colorée, un peu moins bien. « ....parce que....parce que tu m'as manqué, crétin ! » je termine, m'exclamant un peu, avec une moue faussement contrariée.

#193b02 — Miya le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

2 janv. 2026, 13:49
Vos désirs font désordre
Début décembre 2050
Avec @Miya Ryuū


Plus de 35 ans. C'est pas tant un choc ni une réalisation soudaine, mais ça fait bizarre de l'entendre. On est vieux. Enfin, pas si vieux que ça, mais ça fait quand même une belle paire d'années qu'on est sur cette terre et c'est fou qu'on ait passé des décennies ensemble, à nous coltiner l'un et l'autre. C'est ça l'amour, du coup ? Je pense que oui. C'est se rappeler ce que les gens aiment manger, c'est pouvoir être là quand ils vont mal, c'est être un pilier immobile dans leurs vies. C'est connaître leurs couleurs préférées et savoir pourquoi ils sont ronchons les matins. C'est subir les colères et savoir qu'elles sont rarement vraiment des attaques, et c'est rester même quand tout devient trop dur.

Je lève les yeux au ciel à sa remarque. Mon ennui est vite remplacé par de l'amusement, parce que ça me rend heureux de savoir qu'elle passera nous voir à la Réserve, même si je serai sûrement trop occupé pour la recevoir, et Kieran aussi. Ça bosse, mine de rien, dans ce trou, et j'adorerai ça. J'ai pas à penser trop dur et la majorité du temps, je peux le passer loin de mon meilleur ami, proche des bêtes.

Un petit rire gêné m'échappe à sa question. Elle a raison, c'était peut-être pas la meilleure des décisions, mais je suis pas connu pour mes choix très rationnels. Je hausse les épaules comme si je savais pas trop avant de rassembler mes mains autour de mon cocktail qui se fait dangereusement vide. Sans même l'avoir fini, je glisse quelques pièces dans un verre vide et je demande un autre cocktail, quelque chose de fruité avec des tons d'été. Doucement, je lui donne un petit coup d'épaule. « C'est gentil, » je lui murmure avec un sourire attendri. « Écoute, pour l'instant, ça marche. C'est bien. Je m'habitue à le revoir, je fais le deuil de ce qui aurait pu être, j'avance. Enfin, en théorie. A voir comment ça se déroule, mais le plus je vieillis, le plus je me dis que c'est con d'être attaché comme ça. » Mes yeux glissent le long de son visage quand elle me propose un double des clés. C'est une invitation. Deux bras ouverts. Mon sourire se fait doux et je penche la tête légèrement. « Je te donne le mien en échange. Tu passes quand tu veux, sans prévenir. »

J'acquiesce doucement à la mention du Chaudron. Je nous y revois déjà, à peine majeurs, bras verrouillés ensemble, titubant hors de l'endroit avec des rires parsemés de hoquets. Ça me semble si lointain, d'un coup, et je finis d'un coup sec mon verre avant de glisser le nouveau cocktail tout jaune vers moi. Je me tourne sur ma chaise, cuisses écartées autour du dossier et les coudes appuyées sur la table. Mon regard fait le tour du pub, puis se situe sur le plafond, qui semble plus intéressant que tout d'un coup.

Je ne sais pas ce qu'elle a vécu en un an. Beaucoup de choses peuvent se passer en si peu de temps et c'était égoïste de me tirer aussi loin que ça. Plus jamais, je me dis, ma tête se faisant lourde. Je la laisse se pencher jusqu'à ce que mon oreille soit contre mon épaule et je regarde Miya avec probablement trop d'amour pour une soirée du genre. « On peut aller jeter des boules de neige sur le balcon de Kieran, si tu veux, » je propose. « Ça va te défouler ça. Sinon, on trouve une allée sombre et tu peux me lancer tous tes meilleurs sorts offensifs. » C'est une vraie proposition. Rien de méchant, je sais qu'elle me bat à tous les coups en duel, mais je suis prêt à me retrouver avec quelques bleus si ça veut dire qu'elle se sent mieux. Elle parle pas, donc autant trouver des trucs qui fonctionnent pour elle.

Je sens son inquiétude, qui monte d'un coup. Doucement, je glisse mon bras autour d'elle, la main posée à l'arrière de sa tête et je la tire contre moi, pour qu'elle soit posée contre mon épaule. J'embrasse le haut de sa tête. « Je repars plus, promis, » je lui dis avec trop de conviction. « Et si un jour j'ai une urgence, j'envoie un patronus ou un hibou. T'auras l'adresse et toutes les informations qu'il faut. » Je laisse mes doigts glisser le long de ses cheveux, appréciant leur douceur. J'ai pas envie de la lâcher, pas encore, et puis Miya, c'est comme un chat têtu. Faut la forcer à accepter un peu d'affection de temps en temps et ça fait trop longtemps que je l'ai laissée tomber, en pensant qu'à moi, et je m'en veux. « Promis, ça va aller. Si on est chanceux, mon secret ne sortira jamais et on finira par le tenir jusqu'à nos tombes, et tout ira bien. Pis si ça explose, c'est pas grave, c'est dans le passé tout ça, » j'ajoute d'un souffle. « Tu m'as manqué aussi. Je suis là pour rester, malheureusement pour toi, et cette fois-ci j'avance. »

Avec un petit rire, je tapote le haut de sa tête. « Tu te rappelles quand t'as vu une vraie vache pour la première fois ? Et quand ma mère a sorti l'appareil à pancakes et que vous êtes devenus fous ? J'ai cru que j'étais tombé sur le duo le plus idiot de Poudlard, » je murmure. « J'y repense souvent en ce moment. C'était plus facile avant, hein ? Avant tous les sentiments compliqués et tout les trucs qui font qu'on se sent lourd et con. » Je soupire. « Tout ça pour dire que…je suis là pour toi, promis, et je suis…désolé de ne pas avoir été présent comme j'aurais dû l'être. » C'est l'alcool qui me permet de dire tout ça, je pense, ou c'est peut-être la peur de les perdre à jamais qui me motive à m'ouvrir un peu plus à ma meilleure amie, je suis pas trop sûr. Tout ce que je sais c'est qu'elle m'a manqué, que j'aimerais bien qu'on aille manger chez mes parents tous ensemble bientôt, parce que ma mère se fait vieille, et que je suis content d'être tombé sur elle ce soir. Mais c'est encore plus dur de dire tout ça alors je la lâche et je prends une longue gorgée de mon cocktail, comme s'il allait me donner la force d'être encore plus candide avec la seule personne qui sait absolument tout de moi.

Vétérinomage aux Hébrides (12.50) | #6b5884

5 janv. 2026, 01:41
Vos désirs font désordre
Les lèvres pincées, je me mors machinalement l'intérieur de la joue pour m'empêcher de laisser quelques larmes couler. Merde, je sais même pas pourquoi j'ai envie de pleurer. Peut-être est-ce mon aveu, peut-être est-ce l'émotion de le retrouver après tant de temps séparés qui me gagne enfin complètement, j'en ai aucune foutue idée. Et après tout, c'est vrai ce que je viens de dire. Il m'a tellement manqué que j'avais mal au coeur, mais je refuse d'admettre que, égoïstement, j'avais besoin de lui. Parce que si je lui dis ça, il va s'en vouloir et s'excuser — alors que s'il a disparu c'est pour une raison précise et je ne veux surtout pas qu'il s'en veuille. On a tous nos choix à faire à un moment, et s'il a senti bon de disparaitre c'est qu'il avait ses raisons.

Moi-même je n'ai pas expliqué grand chose lorsque j'ai fui au Japon il y a huit ans. J'ai juste....disparue. Un matin je me suis levée et il fallait que je m'évapore, que je quitte la Grande-Bretagne pour une période à l'époque indéterminée. Je me souviens comme si c'était hier des lettres que j'ai glissées sous la porte de mes deux meilleurs amis avec le coeur serré. Quelques mots écrits trop vite dans lesquels je m'excusais de partir à défaut de trouver le courage de les voir pour leur expliquer. Ce sont les seuls à avoir eu une note de ma part, puis je suis partie.

Al, lui, il ne laisse jamais rien derrière. Un matin on se réveille et sans le savoir il est déjà loin, hors de portée de nos mots ou de nos sourires. La première fois qu'il nous a fait le coup je lui en ai voulu, je croyais qu'il m'avait abandonnée, qu'il ne reviendrait pas et qu'il avait balayé toutes nos années d'amitié d'un vague haussement d'épaule. Comme si elles ne comptaient pas.

Maintenant je sais pourquoi il fait ça, pourquoi il pose rarement ses bagages bien longtemps au même endroit et pourquoi il ne prévient pas quand il part. Et je comprends, j'accepte sans poser de questions, j'ai appris avec le temps qu'il finit par revenir. Néanmoins il y a toujours une petite part de moi qui craint de me rendre chez lui et de découvrir l'endroit vide. Pas de Alden, pas de meubles, pas de chaleur. Rien, à peine une note sur la porte. Juste des pièces vides empreintes de souvenirs, de l'écho de nos rires. Et c'est tout. Je crois bien que c'est pour ça que je suis si heureuse de l'avoir croisé par hasard ce soir, ça veut dire que la prochaine fois que j'irais toquer chez lui j'aurais une réponse. Je pourrais ouvrir la porte sans craindre qu'elle ne soit verrouillée et me résiste, j'aurais la certitude qu'il sera là et que je ne me retrouverais pas seule devant cette porte fermée, démunie. Il est là, il est rentré, je pense avec un sourire.

Je me redresse un peu, le briquet retrouve mes doigts. Pour m'occuper les mains je commande un whisky — visiblement cette soirée sobre est foutue pour foutue, alors autant accompagner Al dans sa beuverie. A cette vitesse on va s'retrouver à tituber dans les rues, je me dis en retenant un rire. A Londres en plus, quelle idée de merde. Hors de question de transplaner bourrés alors j'imagine qu'on devra trouver un endroit où dessouler pour pouvoir rentrer chez nous. Putain j'suis entrain de me demander comment on va rentrer si on est bourrés, je réalise. C'est à ce moment que je me rends compte que j'ai vraiment vieilli. Sérieux ça craint.

Le petit coup d'épaule de mon ami me tire hors de mes pensées. « C'est pas con du tout », je le corrige en secouant la tête. « T'imagines un peu depuis combien de temps on se connait ? J'trouve ça normal que tu sois aussi attaché à lui », j'ajoute d'une voix douce. Cette voix que je lui réserve, celle qui guérit et qui se veut protectrice, réconfortante. Elle est bien loin de la voix rauque et cassante qui profère des insultes, repousse les autres et me sert de défense.

Je ferme les yeux deux secondes et me laisse aller à sourire lorsqu'il mentionne son appartement. Il est rentré, il va rester. Cette simple pensée vainc ma volonté et une unique larme s'échappe de mon oeil. Mes pleurs. Encore une chose qui lui est réservée — à lui et à quelques uns. Personne n'aime voir quelqu'un pleurer, j'en conviens, pourtant à mes yeux c'est une preuve de confiance sans limites. Pleurer devant quelqu'un c'est reconnaitre que cette personne est une personne de confiance — et puis surtout ça veut dire qu'on se sent bien. Je ne pleure que très rarement, mais quand c'est le cas c'est uniquement seule ou en présence de quelques personnes proches. Je crois bien que Kenji lui-même ne m'a jamais vue pleurer.

Le silence s'étire entre nous. Pas un silence embarrassé, juste un silence qui fait du bien et qui se charge de parler pour nous, un silence uniquement interrompu lorsqu'on me sert mon whisky. Je hume la boisson puis en prend une longue gorgée qui me brûle la gorge.

La proposition d'Alden rompt le silence et me fait rire. Je nous imagine tous les deux au pied de l'appartement de Kieran entrain de l'agresser à coups de boule de neige. La proposition est tentante. « Ouais je dis pas non », je réponds avec un rire dans la voix. Il mentionne l'idée de se faire un petit duel et, sans que je contrôle, je relève un peu la tête. « Un duel c'est une bonne idée », je réfléchis avec un regard joueur. « Maintenant qu't'es à Pré-au-Lard on devrait pouvoir s'affronter plus souvent, nan ? » je demande en m'appuyant contre lui, les yeux mi-clos. Il a raison, les duels c'est bien. Ça défoule, ça permet de se perfectionner et ça demande pas de réfléchir constamment. Au moins quand je me bats je ne me pose aucunes questions, je laisse mon corps prendre les décisions à ma place, je suis guidée par mon instinct. C'est reposant.

« En fait c'est même carrément une bonne idée », je constate. « Mais n'essaye pas de te défiler toi, j'te botte les fesses si je veux ! » je reprends en lui jetant un regard en biais déterminé. Dans les faits je le connais assez pour savoir qu'il n'est pas du genre à me fuir — c'est plutôt lui-même qu'il semble fuir en fait — mais de toute manière ce n'est qu'une taquinerie.

Je reprends une longue gorgée de whisky tandis qu'il m'étreint avec douceur, et distraitement je me fais la remarque que les pensées qui tourbillonnaient dans ma tête avant qu'il n'arrive se sont toutes dissipées. L'effet Alden, probablement. Je n'ai même plus envie de fumer maintenant, tant et si bien que le briquet finit par quitter mes mains pour retrouver sagement sa place dans ma poche. Collée à mon meilleur ami, l'esprit un peu embrouillé par l'alcool et le coeur recollé au sparadrap, sa promesse de rester me parait soudain être la plus belle chose que j'ai entendue depuis un bout de temps, si bien que — irrémédiablement — une deuxième larme glisse de mon oeil et vient s'échouer sur son vêtement. « Tu sais la vie elle est un peu moins bien sans toi », je marmonne, profitant d'être pelotonnée contre lui le visage dissimulé pour faire cet aveu. « En tout cas si jamais en voyage t'as besoin d'une coéquipière de 1m62, carrément canon, trop badass et super talentueuse, j'ai p't'être un contact », j'ajoute précipitamment en essuyant ma joue, un nœud dans la gorge et contrariée contre moi-même.

Bordel pourquoi c'est si dur de regarder mes sentiments en face ? « C'est Kiks et son déni qui déteignent sur moi », je grommelle à voix basse en portant de nouveau le verre à mes lèvres. La boisson me réchauffe de l'intérieur et éteint les petites pensées parasites qui font surface. Je suis consciente que je me descends le verre bien trop vite par rapport à la quantité d'alcool présente dedans, mais je pourrais pas m'en moquer plus. Je tiens bien l'alcool, je suis avec une personne à qui je confierais ma vie et j'ai envie de profiter de cette soirée ; fin du débat.

Toute menue que je suis, je me sens bien frêle entre les bras d'Alden. Sa main passe dans mes cheveux, et ce geste aussi familier que rassurant me détend. Il me parle de son secret, de ce que ça implique et du passé, et moi je retiens uniquement sa promesse. « Promis ça va aller. » Mais non, ça ne va pas aller. Je pense juste qu'il cherche à se convaincre lui-même en me faisant cette promesse. « Hrmf, j'veux pas de tes promesses si elles sont pas sincères, compris ? Et j'veux pas que tu me rassures, j'veux que tu sentes que j'suis là pour toi », j'insiste en relevant les yeux vers lui. « Y'a longtemps que j'suis plus une enfant à protéger, Al', et je veux aider », j'ajoute, très sérieuse. "Promis ça va aller" de mes fesses oui, je pense, ronchon. Il serait en feu qu'il continuerait de me répéter que tout va bien et qu'il n'a pas besoin d'aide, c'est terrible ça !

Enfin bon, maintenant qu'il est rentré je vais pouvoir garder un oeil sur lui. M'assurer qu'il ne fait pas trop de bêtises et passer tout mon temps à squatter chez lui. Quand il commence à radoter sur des souvenirs de notre enfance, je souris tendrement. Un rire franc m'échappe à la mention de ce satané appareil à pancakes. « Pour ma défense sache que cet engin du démon était très effrayant à première vue », je rétorque. « Et c'est vrai que la découverte des vaches a été....marquante. » Et pour cause ; j'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'un genre Hypogriffe difforme. « J'ai bien cru que ton père allait se mettre à pleurer quand je lui ai demandé pourquoi ses Hypogriffes n'avaient pas d'ailes ! » je ris, perdue dans le souvenir. Bon c'est vrai qu'avec Kieran nous n'étions pas les boursouflets les plus poilus, mais on était jeunes et un rien nous faisait rire ou attisait notre curiosité. En y repensant, je me dis que les parents de Al' ont été sacrément patients avec nous — on partait de zéro et ils nous ont absolument tout expliqué.

« C'était plus facile avant. » Je ne suis pas complètement sure de ça. Après tout, beaucoup de choses ont changées et si certaines s'avèrent plus compliquées que prévu, d'autres se sont révélées légères. J'suppose que c'est une question d'perception, je me dis, pensive.

« J'sais pas si c'était plus facile avant », je réponds en faisant tourner mon verre entre mes mains. « Enfin, j'suppose qu'on avait des problèmes différents de ceux qu'on a aujourd'hui donc forcément certaines choses de l'époque nous paraissent futiles alors qu'à nos yeux c'était extraordinaire.... » Peut-être. Surement. Je pense que je m'en tape un peu, parce que maintenant ce qui compte c'est le présent et il est trop tard pour se désespérer sur le passé.

#193b02 — Miya le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

8 janv. 2026, 12:17
Vos désirs font désordre
Début décembre 2050
Avec @Miya Ryuū


C'est trop facile de se concentrer sur la douleur lancinante qui commence à pousser dans ma poitrine. Cette douleur qui me quitte jamais les premiers jours d'un voyage. Cette même douleur qui est présente au bout de mes doigts quand j'enlace ma mère qui vieillit bien plus vite que moi, bien plus vite que son mari et que ses enfants. Cette douleur qui me prend quand je repense à tous nos animaux de compagnie partis trop tôt. C'est trop facile.

Je la serre un peu plus fort contre moi, l'enlaçant de mon deuxième bras, pour un véritable câlin qui dure une minute, deux minutes, je ne sais pas trop. Ses mots se veulent doux et confortants, mais ça fait des années que je n'arrive pas à me détacher de cette pensée si terrible qui me dit que je suis pathétique. Pathétique d'aimer un homme qui ne m'aimera jamais comme ça. Je devrais être satisfait de ce que j'ai pu avoir, de ce que j'aurais à vie, et c'est pour ça que j'ai bien décidé d'avancer, mais c'est dur. C'est comme déchirer mon cœur en petits morceaux et espérer qu'il trouve une nouvelle obsession, un nouvel amour, une nouvelle âme sur laquelle s'afixer quelques instants.

« Très bien. On sait où on va finir la soirée, alors. On va le réveiller, et demain on va finir sur son paillason », je rigole doucement dans ses cheveux avant de me retirer quelque peu. Cet endroit tourne aux rumeurs, et j'aurais dû y penser avant d'enlacer ma meilleure amie ainsi. Je me mords l'intérieur de la joue pour retenir un sourire. J'hôche la tête une fois puis deux fois, acquiescant sans gêne, parce que oui elle me botte les fesses quand elle veut, et je peux rien y faire. Son domaine, c'est le duel. Le mien, c'est de guérir, de soigner. On ne pourrait pas être plus différents, et pourtant, depuis bien des décennies, on s'entend plus que bien. Marrant.

Elle marmonne un truc qui me fait fondre et là, je peux pas ignorer mon sourire qui tire mes lèvres de toute part, et je me tourne vers elle. « Miya ? Ma Miya qui exprime ses sentiments ? J'y crois pas », je taquine en pinçant sa joue à nouveau. Elle a beau dire qu'elle est plus une gamine, que j'ai pas à la protéger, ça m'est impossible de l'imaginer autrement, je pense. C'est comme avec ma soeur—jamais je pourrais ignorer cette voix enfantine qui me dit que je suis plus grand et plus fort et qu'elles sont sous ma tutelle. Il fut un temps où je pouvais leur dire quoi faire, où elles m'écoutaient, mais il est révolu depuis bien des années, je le sais. « Tu m'aides très bien, là », je lui dis avec un énorme sourire.

C'est vrai. Ma soirée est moins merdique, je m'amuse à être nostaligue pour aucune raison et on parle. J'aurais pas pu rêver de mieux, je crois. Tout ça, c'est un nouveau début, et je me décide déjà à reprendre la cuisine plutôt que de manger de pauvres plats tout prêts, si ce n'est que pour pouvoir lui en amener toutes les semaines. Je peux aussi aller la tirer de son lit les jeudis ou les mercredis quand je cours tôt le matin, et la forcer à m'accompagner, l'amadouer avec du café et des viennoiseries. Et ma mère sera ravie de savoir qu'elle pourra cuisiner un peu plus pour que je partage avec elle et Kieran, et la vie reprend, et les oiseaux chantent, et je pense que je peux à nouveau être heureux.

Mon rire est fort quand elle parle de notre enfance. « Je me rappellerai toujours sa tête. Il avait l'air si dépité, je crois que je l'avais jamais vu froncer les sourcils si fort. » Mon père n'a jamais été très visiblement affectif, mais il les adore autant qu'il aime ses enfants biologiques. Au début, il a eu du mal, je pense, mais comment ne pas adorer ces deux petits rascals ? « Ça fait longtemps que t'es pas allée les voir. Ma mère a vu Kieran maintes fois, mais toi…elle va t'engueuler quand tu vas y retourner. Juste un peu. Faudrait y aller, un de ces jours. Tous ensemble. »

Mes épaules se soulèvent en un haussement peu sûr. « J'oublie que vous avez eu une enfance terrible », je murmure. « En tout cas, pour moi, c'était bien plus simple. Tous ces trucs de cœur pesaient bien moins lourd, et j'avais moins l'impression d'avoir trois sacs de farine sur le dos à tout moment », j'exprime, avant de marquer une pause et de siroter mon cocktail. J'ai pas pour habitude de partager ça. Mon ancienne psychologue parlait de dépression, mais je pense que c'était plus autour des lignes d'une grosse peine amoureuse, quoique j'essaie de ne pas trop y penser. J'accepte mal l'idée d'aller mal, donc lui donner un nom, à cette lourdeur, ça tue. Je la regarde curieusement, pour voir si elle me voit, si elle voit tout ça, tout ce que je refuse de nommer, et j'arrive pas à savoir si c'est rassurant ou non.

Dans tous les cas, ça n'a aucune importance. Je vais aller mieux un jour, et tout ça ce sera juste un vilain souvenir, quelque chose que je pourrais raconter aux enfants d'Alicia quand je serai vieux et tout frippé. Mon humeur fluctue dangereusement sous les effets de l'acool donc je me décide à ne rien commander de plus quand il ne reste que quelques glaçons dans mon verre. Je le repose sur la table et je pousse un doigt dans les côtes de Miya pour la faire sursauter. « Niveau amour, toi, ça va comment ? J'en ai un peu marre de me noyer tout seul dans mes peines. Parle-moi de tout ça, de tous ceux que je ne connais pas. Me parle pas de ce Lloyd, par contre. » Une grimace éffleure mon visage pendant quelques instants, puis je repose mon menton sur ma paume, le coude appuyé contre le bois, et je la fixe intensément. Elle ne va pas y échapper, à celle-là. Ma curiosité me brûle de l'intérieur.

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