29 mars 2026, 17:54
Personne n'y peut rien  PV Alyona Farrow 
Un hibou stylé, du genre « Service prestigieux, livraison garantie dans les 12 heures » vient de parvenir à Alyona. L’écriture est un peu plus nerveuse qu’à l’habitude. Il n’est pas non plus affublé des délicates attentions qui y sont portées habituellement par Ivanovna. Ni subtil parfum de Jasmin, ni autre signe de sa part. Il dit juste…


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C’est un peu sec. Il faut dire que le temps est compté. Le hibou d’Alyona lui est arrivé en fin de journée, Mercredi. Il fallait répondre vite, dans une semaine déjà bousculée alors que la reprise n’a pas encore eu lieu… Et puis… et puis l’excitation, et une certaine angoisse. Elle n’avait pas pensé provoquer une telle réaction de la part d’Aly. Les premiers mots qu’elle avait envoyés étaient un peu tristes, très en dessous de la réalité mais ce n’est pas son genre de s’épandre alors…
Pour une fois, son anniversaire tombe opportunément, bien qu’en pleine semaine. La soirée de Mercredi passe à la vitesse d’un transplanage tant elle doit travailler, ranger, s’apprêter. Elle n’a pas le temps de cuisiner quoique ce soit, ni même de confectionner un petit présent. Elle dira merci d’une autre manière. Déjà, les larmes coulent à flot en fin de soirée, excessivement tard. Tristesse, épuisement, désarroi, réconfort…
Oui le mot était expéditif mais elle n’a pas vraiment eu le choix. Parfois, il faut savoir tout dire en très peu.

********************


La trop courte nuit n’a pas permis de restaurer un moral chancelant. Fatiguée, elle a passé sa matinée avec Gordon à avancer dans leur prochaine présentation. La réglementation, une horreur à leurs yeux. Non qu’ils soient contre, au contraire. Mais c’est une matière essentiellement fondée sur de l’abstrait, du blabla, un enfer de jargon juridique dont le premier but leur semble tenir en une idée : contraindre les uns comme les autres à se perdre dans une législation absconse qui incite chacun à devenir malgré lui un… délinquant. Il leur faut beaucoup de rigueur pour transformer les actes techniques en possibilités légales. C’est une discipline, une raideur sans doute excessive à leurs yeux. A moins que les deux étudiants n’aient la même forme d’esprit, freinant du coup leur compréhension des enjeux. Ils ne sont peut-être pas aussi complémentaires qu’ils le croient. Mais en l’état ils ne s’en rendent pas compte. Il fallait bien qu’un UV leur résiste, ils le découvrent : « Dangers des potions et réglementations », sous-unité de l’UE « Fondamentaux en laboratoire ».

Aurélia attend Gordon à la sortie de la bibliothèque, qu’il est facile pour elle d’être très présente, qui ne poursuit pas d’études, du moins pas à la manière britannique. Gordon et Ivanovna se sont donc quittés, les deux femmes, comme souvent, se saluant de loin sans échanger de bise ou de hug. Mais il ne faut pas y voir une antipathie naissante. Au contraire, la soirée chez les Colville, durant laquelle Ivanovna a contribué à sauver les apparences, la sœur d’Aurélia était en pleine ébriété, les a rapprochées. Mais ce jour les tourtereaux sont pressés. Et d’une certaine manière, Ivanovna n’a pas envie qu’Alyona croise Gordon. Son coeur est partagé. D’un côté la joie de pouvoir passer du temps avec Aly, c’est tellement important. De l’autre… quoi lui dire, c’est si intime. Et elle ne sait pas du tout que penser de tout cela. Confesser des sentiments n’ayant plus de raison d’être peut s’avérer une faiblesse. Feindre l’indifférence reviendrait à avoir pris Alyona pour une gourde avec les mots du premier hibou. Elle n’ a pas le coeur à mentir de toute façon. Mais elle estime mal la réalité de ses sentiments. Il faut bien le dire comme cela est, Ivanovna est perdue, parvenant juste à ne rien montrer au jeune homme et c’est déjà bien. Et puis… Alyona… elle qui ne dit jamais rien… elle doit bien avoir des angoisses, des soucis… Ne se pourrait-il pas, pour une fois, qu’Ivanovna soit elle aussi utile à sa sœur ? Ce serait bien. Mais comment faire ? Tenter d’être un peu joyeuse malgré tout est une base de travail…
Vana scrute le ciel, et tous les alentours dans l’attente fébrile d’Aly.



@Alyona Farrow


Reducio
Post édité pour modifications stylistiques.

14 avr. 2026, 19:31
Personne n'y peut rien  PV Alyona Farrow 
5 JANVIER 2051, VERS MIDI,
FACE À L'INSTITUT, IMSM,

Alyona, 21 ans,


Voyager, du magic'port de Dublin à celui de Londres, puis transplaner jusque l'Institut, retrouver là, si vite, cette étonnante habitude qui n'est pas encore tout à fait perdue, qu'on ressaisie avec une forme d'évidence, et qui nous fait renouer avec nos traces de pas effacées depuis des mois dans les herbes hautes, et que pourtant l'on croirait presque reconnaître. Et les paysages d'Irlande se dissolvent dans ceux de l'Angleterre. Mes paupières papillotent, frissonnantes. Les souvenirs sont projetés sur l'horizon, naviguant à quelques mètres de moi. Comment puis-je avoir aussi bien la sensation de redécouvrir les lieux que celle d'être venue ici hier ? Les grilles, les pierres, les plantes, et même les couleurs et les formes des branches me sont évocatrices, tirant des abysses de ma poitrine des images ou des sensations, quelquefois des paroles ou des gestes. Je goûte de nouveau aux saveurs de cette école à laquelle je me suis attachée, de laquelle je suis partie, dans laquelle j'ai grandi. Revenir, même un instant, me trouble. Je pourrais presque rentrer derrière ses murs et retrouver le chemin vers ma chambre comme si je ne l'avais jamais quittée et qu'Abby et Ondine m'y attendaient toujours. Une étrange pensée me traverse même, murmurant qu'elles ont peut-être laissé une place à côté d'elles à l'heure du repas pour que je puisse les y rejoindre. Mais je n'irai pas, elles n'y sont pas, je suis là pour Vana.

Telle la surface d'eau qui ondule après avoir été effleurée, je me remets doucement, du voyage et de l'arrivée, tournant le regard dans tous les sens, girouette aux mains tendues dans le vent, à la recherche de mon amie. Sa lettre, courte, m'est parvenu tardivement hier soir, mais j'étais déjà prête à venir, elle n'a permis que de confirmer que je serai attendue, réajustant un sourire apaisé sur mes lèvres. Cette fois, pas de spectacle, de bal, de grandes robes ou de public ; ce ne seront que Vana, moi, et les paysages de l'Institut. J'ai amené de quoi déjeuner, et d'autres choses qui attendront leur heure pour se révéler. J'apprends doucement à profiter de la liberté d'une pause, et de la présence d'une sœur. Peut-être serai-je au début quelques fois maladroite, je tâtonne encore, mais je me sens avoir un instinct fort et convainquant, bientôt je glisserai sur cette nouvelle vie qui se dévoile avec une aisance insoupçonnée.

Je marche, observe, pars en quête d'un visage. Est-il heureux ? Est-il inquiet ? Est-il impatient ? Je tente de deviner, me l'imaginant jusqu'à ce qu'il se révèle dans toute sa familiarité. Et là, les quelques pas qui m'en séparent sont rapidement oubliés.

« Vana ! » m'écrié-je, la lumière dans la voix, sortant de derrière un nuage.

Je cours jusqu'à pouvoir passer les bras autour des épaules de mon amie, nous reliant d'un geste. Cette nouvelle salutation, apaisante et spontanée, s'annonce devenir naturelle à mesure que le temps passe, devenant rituel auquel il est impossible d'échapper, comme si les premiers mots appelaient à ce geste.

« Joyeux anniversaire ! »

Un bisou rapide sur la joue, bonheur qui déborde, puis les iris qui s'attardent une seconde sur le visage, savourent les retrouvailles avec ces yeux-là, tentent de lire au travers des sensations, pistant les impressions, devinant les inquiétudes. Non, ne cherche pas les ombres, Alyona, tu ne peux pas commencer à soigner des plaies invisibles avant d'en finir avec les salutations. Les pensées sont parfois de dangereuses pessimistes qui partent en quête du mal sans s'assurer qu'elles ne l'inventent pas. Laisse d'abord ton cœur parler, lui est plus léger.

« Je suis contente de pouvoir te retrouver ici aujourd'hui ! Comment tu vas ? La matinée ne t'a pas paru trop longue ? J'ai pris de quoi pique-niquer pour qu'on puisse s'installer tranquillement quelque part. »

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet

15 avr. 2026, 13:45
Personne n'y peut rien  PV Alyona Farrow 
Vana prend la main d’Aly et dit :

- Allons dans notre repaire habituel.

Les étudiants ont pour habitude, lorsque le temps est clément, de manger sur le pouce le midi ; ils raffolent des contreforts de la plage. L’endroit ressemble par certains côtés à ce qu’elle connaît à Wick, en moins venteux. Et puis la magie permet de se prémunir des caprices météorologiques. On peut s’isoler via un simple bol protecteur. Dans ces conditions c’est le sable qui constitue l’ennemi principal, elles savent faire. Le temps est sec, le soleil est là, froid mais pour le reste les conditions sont les meilleures que janvier puisse offrir ici.
La main d’Ivanovna est comme toujours protégée par un gant. Cette fois, il a d’abord fonction d’antigel mais son allure est comme à l’habitude, impeccable. La distance est relativement courte, elles marchent en silence. Du moins Ivanovna ne fait pas grand chose pour le rompre. Non qu’elle n’ait rien à dire, au contraire. Elle choisit de savourer ces instants. Ils sont plus forts que durant la soirée du 31 ; les sorcières sont chez elles, plus encore qu’à Wick car l’Institut est leur maison, du moins est-ce ainsi qu’Ivanovna le ressent. Quand la famille se retrouve, le moment est toujours empli d’une solennité heureuse. C’est un bonheur qui s’effacera dès les premières paroles, même les plus affectueuses. Ivanovna veut se voir en train de vivre ce passage, une passerelle avant… Une part d’elle regrette presque d’avoir appelé au secours. N’ayant pas pensé à son anniversaire, qui le lui a souhaité ces dernières années ?… elle a laissé la possibilité de faire d’une pierre deux coups. Alyona, à raison, a converti l’occasion. Mais désormais, il va falloir dire. Et là est le problème. Car elle ne sait comment expliquer une peine qui doit s’accommoder du strict droit du garçon de vivre sa vie. Elle n’est ni résolue à admettre son amour, qu’elle ne nomme pas encore ainsi ni à en accepter les conséquences possibles. Se battre ? Pour lui ? Mais à tous points de vue il est trop tard…
Une fois les « ombrelles magiques » plantées comme il faut, elle s’assied et finit par dire.

- Vingt et un ans… dire que dans certaines civilisations, c’est définitivement l’âge adulte… Ben j’en suis loin. Une chose est sûre, ta venue est le plus beau cadeau d’anniversaire qui me soit arrivé depuis des centaines d’années !

Elle prend Alyona dans ses bras, la serre comme on tient le mât d’un navire en plein ouragan. Puis reprend.

- Aly… Tu savais que Gordon est en couple avec quelqu’un ?

Les mots sont posés sur la table comme on jette un hibou dont on ne voudrait pas vraiment. Sans haine, sans violence, geste d'une sécheresse clinique. Il arrive qu’Ivanovna ait ce genre d’attitude. C’est de sa part le signe d’un dépit, toujours. Et si la sorcière a parfois des comportements aux limites de l’acceptable, elle n’en vient jamais à agresser l’autre. D’ailleurs, il n’y a aucune brutalité envers Alyona, aucune accusation. Dans sa bouche, elle dit cela pour lancer le sujet sans en dire plus tout en en disant beaucoup déjà. Car elle n’a parlé de lui qu’en termes négatifs jusque-là. Il est tout ce qu’elle dit détester, l’arrogance, la superficialité, une insouciance envers la vie et les autres… non vraiment, si Alyona est sensée, ce qu’elle est, elle ne peut qu’être estomaquée d’entendre cela dans la bouche de son amie. Que peut-il donc lui arriver si ce n’est une curiosité malsaine, éloignée de sa nature profonde ?
Elle aimerait tenir Alyona dans les bras, serrée, dans une posture sans fin, deux êtres reliés, emboîtés, imbriqués. Le vent serait alors l’unique manifestation du monde extérieur, il ferait de leurs cheveux un feuillage indistinct, roux blond. Les visages disparaîtraient et les vêtements ne seraient plus qu’un bandage, un cordon unissant deux coeurs pour n’en faire plus qu’un. Partager sa peine, ne même pas avoir à la convertir en mots. De simples impulsions de magie passant de l’une à l’autre et puis non, parcourant ce tout, cet unique.

Mais la vie n’est jamais aussi simple.


17 avr. 2026, 23:00
Personne n'y peut rien  PV Alyona Farrow 
Rapidement, je sens grandir chez mon amie une préoccupation que je ne comprends d'abord pas, et qui me déroute. Elle ne prononce pas même une phrase tandis que nous marchons vers cet endroit que nous connaissons bien, comme elle n'a rien exprimé de particulier devant l'Institut, à croire que les mots qui roulent dans son crâne ont besoin de la voir s'éloigner pour oser sortir. Cela m'étonne et m'inquiète ; cette retenue est chez-elle inhabituelle. Ne m'avait-elle pas aussi avoué souffrir dans sa lettre ? Mes sourcils manquent de se froncer, mon regard se fait plus inquisiteur. Qu'y a-t-il, Vana ? Qu'est-ce qui te hante ? Serait-ce à propos de Gordon ? Je ne m'attendais pas à trouver son nom dans la lettre reçue, et pourtant j'ai la sensation que je n'ai pas fini de l'entendre, qu'il est central dans ce tableau qui se dessine, et qu'il n'est pas irresponsable du malheur ressenti par l'étudiante. Je guette sur le visage d'Ivanovna et dans son attitude des signes, et je comprends doucement que lors de cette soirée de nouvelle année, nous aurions dû aborder des sujets qui sont restés trop longtemps dans l'ombre de son cœur. Laissons la porte s'ouvrir doucement, ou poussons-la avec fracas.

J'installe le déjeuner, sereine et patiente mais les pensées roulant comme des machines, creusant le sol dans l'espoir d'en tirer des idées. Que se passe-t-il ? Est-ce que tout est pire que je ne l'imaginais ? C'est à peine si mon amie mentionne son anniversaire, comme s'il n'était pas à l'ordre du jour, comme s'il était secondaire. Dois-je le considérer comme tel, moi aussi ? Pourtant, c'est en partie pour cette occasion que je suis venue.

En accord avec mes pressentiments, le nom de Gordon surgit de nouveau, mais de manière bien surprenante, d'une façon que je n'attendais pas. Il est en couple avec quelqu'un ? Qu'est-ce que cela a d'important, en quoi est-ce sensé nous préoccuper ? Est-ce une information comme une autre que mon amie me partage, ou un point qui la chiffonne, lui froisse le cœur tel un papier usé ? Comment dois-je réagir ? Qu'attend-elle de moi ? Je connais Gordon de loin, vaguement, pas assez pour m'intéresser à ses histoires d'amour, si toutefois on peut dire que cela m'intéresse. Ou plutôt : cela m'intéresse car cela intéresse Vana. Mais pourquoi ? Ne le déteste-t-elle pas ?

Surprise, je réponds à la légère, cherchant par ces questions à mieux cerner le point de vue de mon amie. Pourquoi ce fait retient-il son attention ?

« Ah oui ? Avec qui ? Quelqu'un de l'Institut ? »

Le « qui » est-il vraiment important ? Je tâtonne, les doigts soupesant les idées, les cherchant dans le noir. Tout demeure assez indistinct. Est-ce une histoire de jalousie, d'envie ? J'ai du mal à imaginer Ivanovna comme cela, mais je sais que ce sont des sentiments naturels, qu'on ne maîtrise pas toujours, et qu'on ne désire pas, et qu'en cela elle est dans son droit de les ressentir. Comment lire en elle sans trop de violence, sans poser de questions directes qui pourraient la troubler ou la blesser ? Comment la comprendre alors que nous nous voyons à peine depuis la rentrée ? Je dois faire appel à mon intuition, et elle me murmure que la douleur ne vient pas d'avec qui Gordon peut être, mais de cette situation dans son ensemble, du fait qu'il ne soit plus seul. Mais pourquoi cela lui fait-il quelque chose ?

« Et tu... Tu lui envies cette situation ? » tenté-je de l'interroger avec incertitude, regrettant presque déjà mes paroles à peine quelques secondes après les avoir prononcées.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet

21 avr. 2026, 18:20
Personne n'y peut rien  PV Alyona Farrow 
La croisée des chemins. Du moins sur le plan intime.
Il faudrait pouvoir dire les choses. Mais déjà les ressentir comme telles. D’une certaine manière, Ivanovna n’a donné qu’à un moment. Le reste est une élégance maquillée par des moitiés de confessions. Alyona, bien trop intelligente pour qu’on lui balance des craques, comprendra... Et puis elle ne veut pas lui mentir. Elle ne sait agir ainsi dans le cercle retreint des gens qui comptent, autrement dit Aly et… Aly. Alors, où en est-elle au juste ?
La nouvelle de l’amour entre Aurélia et Gordon a été pour elle un vrai choc. Mais elle n’a pas encore compris le fondement réel de ce dernier. Elle l’aime, profondément, viscéralement mais ne le savait pas. En d’autres circonstances on parlerait d’amnésie, de… sidération… mais là, tout est fait pour nous surprendre. Elle l’a repoussé, presque même humilié, lui qui a poursuivi ses études en Hybride pour elle, après deux années en Botanique ! Qu’espérait-elle raisonnablement ? Qu’il lui laisse le temps de se comprendre, même s’il devait patienter dix ans ? En fait, elle ne réfléchissait pas à tout ça, la question lui passait très loin au-dessus de la tête. Et c’est encore le cas. Elle l’aime mais elle ne le sait pas ! Et n’a pas compris, reste engoncée dans une noble attitude de respect d’une situation contre laquelle elle ne veut rien faire. Car elle n’est ni une voleuse ni une envieuse. Donc elle souffre abominablement. Et ce d’autant que c’est son premier amour, qui n’a donné aucun fruit, n’en donnera pas et qu’il faut déjà arracher l’arbre du verger. C’est terrible. Dans cet océan de sentiments froissés elle doit puiser pour expliquer la situation à Alyona. Comment peut-elle s’y prendre ? Ivanovna choisit la seule version dont elle est capable d’expliquer les tenants et aboutissants pour le moment.

- Aurélia Colville. Une fille très sympathique, il est bien tombé…

A ce moment de l’hiver, elle n’a pas encore eu cette conversation avec Siwan Rees qui lui fera monter le doute… pour l’heure, elle poursuit en toute innocence.

- Envier sa situation ? Je ne sais pas… C’est une fille un peu mondaine. Peut-être cela lui plaît-il remarque bien... Je leur souhaite tout le bonheur possible. Je le lui ai dit d’ailleurs ! Tu sais, nous demeurons lui et moi un excellent binôme. Je suis bien comme ça.

C’est en partie vrai. Elle ne ment à aucun moment. Mais ses sentiments les plus intimes sont autres. Il est clair qu’elle n’en dirait rien puisqu’elle ne le comprend pas ainsi. Vana le nierait avec force au besoin. Là est toute la complexité, d’autant qu’il faut tout faire pour ne jamais donner à quiconque la possibilité de se jouer de nos fragilités. C’est inextricable.

- … mais parlons d’autre chose.

Elle prend Alyona par le bras et tout en la rapprochant d’elle, lui assène :

- Dis-moi où tu en es à Draíocht. J’ai l’impression qu’il s’y passe des choses inquiétantes, tu n’en dis jamais rien ?!

Habile manière de détourner le sujet. C’est un jour vraiment particulier, Vana est très heureuse de partager un moment avec Aly. Elle le lui fait comprendre en se pelotonant contre elle, comme deux sœurs en plein vent.

- Je suis bien, là…. À rêvasser.

Et c’est tout à fait juste. Elle se sent mieux d’un coup, comme comprise par le simple fait de ne plus être seule. Mieux vaut ne pas penser à l’après, on ferait des caprices, au moindre gâcherait-on la fête. Cette fois, elle se blottit vraiment contre Alyona, ce qui n’est pas son genre, du moins dans la dimension affective du geste. Ivanovna a besoin d’un réconfort dont seule Alyona est porteuse. Et l’effet est manifeste. Si les larmes coulent, ce n’est pas du fait d’une douleur pourtant présente. Elle pleure de sentir que dans les bras de son amie, elle ne ressent que du bonheur. Alors elle en profite. Ce ne sont pas des sanglots bruyants. Juste un ruisseau, muet.

5 mai 2026, 22:52
Personne n'y peut rien  PV Alyona Farrow 
Non, son nom n'est pas important, pas plus que ces informations qui ne signifient rien pour moi. Elle pourrait être désagréable et solitaire, cela ne m'intéresse pas, et je crois bien que ces données s'effaceront de ma mémoire avant la fin de la journée, transformant cette Aurélia inconnue en le simple souvenir d'une fille associée à Gordon. Tout ce qui compte, c'est la place de mon amie dans cette histoire. Bien que ma question se soit révélée maladroite, Vana n'en nie pas la supposition, et elle parvient tout juste à rappeler que le sorcier et elle continuent à former un bon duo. C'est donc ce qui est important ? Craint-elle que leur relation ne pâtisse de l'arrivée de cette Aurélia, qu'elle se fragilise et s'érode ? Mais cela ne semble pas être le cas, n'est-ce pas ? Alors pourquoi le sujet est-il douloureux ? Est-ce le simple fait que Gordon appartienne à un autre duo qui est douloureux ? Mon amie se sent-elle trahie ? Pourtant, il m'a semblé un moment que de cette association elle ne voulait pas, qu'elle repoussait le jeune homme et lui préférait la solitude. La situation a-t-elle tant évolué depuis mon départ de l'Institut ? Je commence à connaître le cœur de mon amie, et ce que j'ai l'impression d'y lire me surprend. Après avoir désiré éloigner Gordon, voilà qu'elle le veut près d'elle, qu'elle s'y est attachée. Peut-être même plus ? Que c'est étrange ! Cela me trouble et m'embarrasse, je ne m'y attendais pas et je doute de pouvoir l'aider à améliorer la situation. Pourtant, j'ai à cœur d'essayer.

Mieux vaut ne pas rebondir sur Aurélia et ce premier duo, hocher la tête pour traduire l'enregistrement de ces informations et se concentrer sur la deuxième partie, sur Ivanovna et Gordon, ce qu'ils sont, puisque c'est là l'essentiel. Alors, je réfléchis, secoue mes pensées et mes idées pour en extraire des paroles justes et précises, mais le temps file, me rendant ridicule, et les mots qui manquent approchent lentement, d'un pas lourd et chaloupé qui les rend presque hésitants. Ils sortent de ma bouche dans une rangée imparfaite.

« Si votre binôme n'est pas changé par cette nouvelle et reste solide, c'est bien, cela veut dire que tu n'es pas moins importante pour Gordon. Et si jamais votre relation en pâtit, tu devrais peut-être en parler avec lui... ? » tenté-je avec incertitude.

Je le sais, je fais une piètre conseillère en histoire de cœur. Comment puis-je même oser donner des conseils alors que toutes mes histoires et tous mes sentiments ont toujours été confus et écrasés, gardés enterrés sous une terre d'angoisse et de peur ? Je ne suis peut-être pas la bonne personne à qui s'adresser, mais je connais Vana, et Gordon ne m'est pas non plus étranger ; si mon amie a besoin de moi, je l'aiderais, je viendrais, je ferais ce que je peux. Même si c'est imparfait. Deux paires d'yeux voient mieux qu'une.

Pourtant le sujet est repoussé, et mes paroles ne m'apparaissent pas avoir été très utiles ou réconfortantes. Tant pis, il est des choses qu'on ne peut pas toujours bien saisir, et si Ivanovna préfère tenir Gordon à l'écart, je n'en dirai rien. Cela m'étonne tout de même un peu, et j'ai du mal à savoir quoi en penser, ou comment me positionner, mais quelque chose me dit que nous en reparlerons, qu'il faut simplement laisser à Vana un peu de temps pour mettre au clair ses impressions et ses sentiments. Et cependant, si elle ne m'a pas fait venir pour que je puisse l'aider, alors pourquoi ? Juste pour se promener et parler ? Pour être ensemble, toutes les deux ? Étrangement, c'est une explication qui me plaît et me fait sourire ; je suis toujours heureuse avec Vana, et passer du temps ensemble nous fait du bien.

Je pouffe doucement en entendant la question de l'étudiante. Des choses inquiétantes, au Jardin ? Qu'a-t-elle en tête ? C'est bien le dernier endroit où j'imagine qu'il pourrait se cacher des dangers et des menaces ! Mr. McClure est un gérant très organisé et minutieux, rien ne lui échappe, et tout chez lui est carré, à sa place, ordonné. Si des secrets devaient se cacher chez-lui, ce serait sûrement parce qu'il les y a fait entrer. Mais des choses inquiétantes dans son entreprise ? Merlin non ! Rien de suspect ne touche aux plantes et aux projets des assistants du Jardin.

Un sourire me traverse le visage.

« Il n'y a pas grand-chose à en dire... C'est calme et agréable, on forme une petite équipe efficace et soudée. Pas de menaces à l'horizon, si ce n'est celle de quelques pucerons, mais celle-ci nous la maîtrisons comme il se doit ! En ce moment je m'occupe de la partie disons la plus "sauvage" des serres, cela change et il faut intervenir mais seulement par petites touches, et c'est une autre ambiance. On prépare aussi une petite activité pour samedi, comme chaque mois. Pour l'instant je ne fais partie que de l'organisation, mais peut-être que la prochaine fois je pourrai y participer. »

Je jette un œil rapide vers mon amie, curieuse de connaître sa réaction. Ai-je bien fait de la laisser m'éloigner de notre sujet principal ?

« Mais je m'y plais bien, et c'est le principal », conclus-je en haussant les épaules.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet

8 mai 2026, 16:54
Personne n'y peut rien  PV Alyona Farrow 
Ivanovna écoute et le ruisseau de mots coule tranquillement. C’est reposant. Plus de pression d’examens, et semble-t-il aucune raison de vouloir davantage que ce que la nature leur donne. Enfin, la magie surtout… S’il existait une potion pour se comprendre, ce serait plus simple. Plus ennuyeux sans doute aussi, allez savoir. Vana s’inquiète, et si le passé l’empêchait de vivre sans la crainte du lendemain ? Quelles peuvent être les pièces manquantes dans sa… construction d’adulte ? L’est-elle vraiment d’ailleurs ?
Avoir réussi ce parcours est aux yeux de beaucoup un exploit, elle ne s’en rend pas compte. Et envie la réussite d’Aly, ce qu’elle n’a pas su faire à Wick. Oui, seule elle ne pouvait pas. C’est bien la leçon qu’il faut en tirer.

- J’ai reçu un hibou de Madame Tokélau. Elle veut me parler…

Ivanovna hésite. Entre Draíocht et son nombril, c’est mal de revenir à soi.

- Je ne sais pas pourquoi elle s’adresse toujours à moi. Gordon pourrait tout aussi bien faire l’affaire. C’est comme ça.

En un instant elle comprend, du moins trouve-t-elle une hypothèse suffisamment séduisante pour être verbalisée.

- Peut-être veut-elle aider celle qui en a le plus besoin ? Tu vois, c’est injuste parce que tu mériterais autant que moi sa considération mais elle ne m’a jamais parlé de tes travaux alors que je sais qu’elle suit de près l’IMSM… Je ne suis pas pressée de lui parler. A chaque fois je me sens disséquée. Au moins avec toi, c’est la méthode douce ! Botanique sans douleur !!

Ivanovna éclate de rire, ce qui lui fait le plus grand bien. Elle parle sans arrêt, comme pour remplir un sceau de bonheur qu’elle n’arrive pas à combler.

- Ils te laissent créer des choses ou tu es obligée de suivre leurs recommandations ?

La liberté. Voilà bien le mot le plus porteur de magie aux yeux de Vana. Cela n’a rien d’une question anodine. C’est même la clé de toute cette conversation. Liberté vis à vis des jugements de la sorcière maorie, liberté vis à vis de ses choix professionnels… liberté dans sa vie de femme. Son coeur prisonnier des sentiments la retient dans une situation détestable. Alyona, dans ce marais, constitue un îlot où l’on peut respirer un air pur.
En fait, Ivanonva voudrait savoir si sa sœur est elle aussi contrainte dans l’existence. Elle dégage toujours une sorte de calme, un étang, millénaire. Une tourbière. Oui, les cheveux roux, c’est cela, Alyona est peut-être descendante de ces hommes des tourbières, elle dégage un fluide mystérieux que Vana aimerait percer. Tout cela est… dans le secret d’un cerveau enfermant les pensées dans un subconscient chaotique.

Cette soif de liberté, de qui la tient-elle ? N’est-ce pas au fond ce dont elle a peur avec Gordon ? Nous voilà bien loin de Draíocht. Et pourtant si proche.

7 juin 2026, 00:01
Personne n'y peut rien  PV Alyona Farrow 
Vana a-t-elle besoin de me poser des questions sur moi pour se sentir légitime de parler d'elle ? Mon sourire s'étire à cette idée. C'est bienveillant, doux et généreux, mais si elle a besoin de parler de ses problèmes, de ce qui la préoccupe, qu'elle ne se sente pas obligée de m'interroger avant pour prendre de mes nouvelles. Certes, c'est appréciable, et une petite voix en moi murmure que si elle ne l'avait pas fait, je me serais sentie un peu oubliée. Mais je suis là pour elle ! Ma vie à moi n'est pas très intéressante, il ne s'y passe pas grand-chose. Certes, je cache aussi un cœur curieux qui s'étonne de se découvrir, qui tâtonne en se risquant aux songes, et mes obligations et soucis familiaux occupent aussi souvent mes pensées, mêlant du tragique à mon quotidien léger, mais il est dur de s'y pencher, de les sortir de moi pour les imposer à d'autres. Et si ma sœur a besoin de moi, comment pourrais-je ne pas l'écouter et ne lui présenter que mes tracas qui s'ajouteront alors aux siens ? Je ne saurais pas encore comment m'y prendre, il me faudrait un autre contexte. Comment pourrai-je lui avouer mes angoisses pour son anniversaire ? Ce serait un présent de piètre qualité. En dehors de cela, de toute manière, ma vie n'a rien de trépidant, et mes inquiétudes peuvent attendre dans la chaleur de ma poitrine, tant qu'on ne les secoue pas avec des choix hâtifs à prendre.

Soit, donc, alternons ! De moi à elle, d'elle à moi. Ne sommes-nous pas comme jumelles ? Si je parle de moi, ne parlé-je pas d'elle ? Et si elle parle d'elle, ne parle-t-elle pas de moi ? Cela en revient au même.

Je glisse mon bras sous celui de mon amie pour me rapprocher d'elle, un sourire immense sur les lèvres.

« Ou peut-être que Madame Tokélau s'adresse à toi parce que tu n'es pas comme Gordon, qu'elle sent ton potentiel, et qu'elle veut t'aider, te guider pour que tu réussisses. Parce qu'elle sent que tu peux aller loin. »

Pourquoi serait-il question de besoin, de nécessité ? Tu n'es pas incompétente, Vana, au contraire ! Si tu savais comme je crois en toi, en ta réussite, si tu savais comme tu m'impressionnes. Tu seras une grande experte, j'en suis persuadée ! Et peut-être que Madame Tokélau le voit aussi bien que moi, et qu'elle souhaite t'accompagner dans cette voie, t'aider à prendre confiance en toi. Ne te questionne pas trop. Prends ce qu'elle donne, même si ce n'est pas toujours évident ; si elle vient vers toi c'est parce qu'elle te sait méritante, digne de l'héritage de ses savoirs. Oh, comme je me réjouis pour toi ma sœur ! Lis-tu l'enthousiasme qui me brûle le fond des yeux ? Rions, rions ! Nous sommes si rarement ensemble ces temps-ci, et pourtant c'est tellement merveilleux.

Cependant Gordon a refait surface dans les paroles de Vana, comme s'il marchait avec nous, qu'il n'était jamais tout à fait absent. J'ai la sensation qu'il y a à son sujet beaucoup à penser et à réfléchir. La manière dont mon amie le considère a changé. Lui laisserait-elle la place qu'elle occupe près de Madame Tokélau si elle l'en sentait plus digne ? Croit-elle que parler avec lui ne serait pas bien différent que parler avec elle ? J'affermis ma prise sur son bras, assurée et heureuse. Gordon, Gordon, Gordon... Je devrais peut-être essayer de me renseigner à son sujet. Mais pour l'instant, ce n'est pas important, seule Vana compte.

« Je suis libre en dehors de mes heures de travail pour créer ou rechercher. C'est une occupation à laquelle j'ai droit indépendamment de mon emploi, et sur laquelle ils n'ont pas droit de regard. Et si j'ai besoin de quelque chose du Jardin pour travailler, je pense qu'ils l'accepteraient, mais pour l'instant je ne crée pas vraiment. Je lis et effectue des tests, des recherches plus qu'autre chose. » Je hausse les épaules avec un sourire contrit. « Tu sais, malgré mon appartenance à Serdaigle, je n'ai jamais été très créative... Mais de manière générale, tant que j'effectue mon travail au Jardin, je suis libre à côté. »

Un nœud me serre le cœur. Libre dans mes recherches... Il n'y a bien que professionnellement que je suis libre. Pour le reste, pour mon avenir familial, j'ai abandonné tout espoir de liberté. Ivanovna m'en voudrait-il si elle l'apprenait ? Me jugerait-elle lâche ? Je ne veux pas lui en parler, pas aujourd'hui pour son anniversaire. Décidons d'être heureuses... Nous en avons convenu. Alors, je repousse de toutes mes forces la lassitude qui tentait de voiler mon sourire. Si on accepte que les nuages se glissent devant le soleil... Je veux profiter de cette journée.

« Peut-être que Madame Tokélau veut t'aider à être plus libre en ne s'adressant qu'à toi, et non à toi et Gordon », réfléchis-je à voix haute, revenant sur le sentier de ma sœur.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet

14 juin 2026, 11:00
Personne n'y peut rien  PV Alyona Farrow 
Il se passe quelque chose. La chaleur dont Alyona fait preuve touche le coeur d’Ivanovna au plus profond. En ces instants, l’étudiante est submergée par un élan de pureté apaisant. Une purge est en cours dans son esprit, comme s’il fallait évacuer l’amertume accumulée depuis des semaines. Et qu’il était temps de le faire avant d’exploser. Une forme de libération, la délivrance. Elle n’a pas l’âge et pourtant elle sent bien un poids en moins.
Se sentir aimée, la chose est simple. Il est vrai qu’elle n’a pas souvent reçu de signes de cet ordre durant des années. Et les efforts passés d’Alyona n’avaient pas suffi. Il est ingrat d’être l’amie d’Ivanovna, l’écossaise est dure comme la pierre, exigeante mais dénuée d’un certain sens de l’analyse. En ces instants, Aly a mis le doigt sur l’épicentre de la douleur, la fusion imaginaire qu’un esprit fragile a construit. Car Gordon n’est pas elle, et même s’ils travaillent merveilleusement ensemble, ils ne sont pas une même cellule. La magie a ses limites, et s’il n’a pas suffi d’Aurélia pour le faire comprendre à Vana, les mots d’Aly permettent cette rupture. Gordon est un autre, le garçon doit sortir de son esprit car il n’est pas à elle. Et plus les choses resteront en l’état, moins elle sera en capacité de réfléchir en toute sérénité. Alyona a mille fois raison, quelle formidable amie. Une chaleur traverse ce corps Gunnray, la reconnaissance éternelle. Étrangement, rien n’est modifié mais tout se lit d’un œil… repositionné. La liberté… C’est le plus beau des sentiments, non pas le fait de pouvoir aller où l’on veut, cela la Sibérie a largement donné à Vana la possibilité d’en goûter le sel. Il est question de savoir qu’on a le choix, exactement ce qu’Alyona décrit de sa vie à Draíocht. Ivanovna intègre le droit qu’elle a de décider non pas seulement au nom de contingences extérieures. Les données organisationnelles ne comptent pas pour elle. Le coeur doit parler, ses envies. Tout comme elle sent ce besoin de la maternité, la volonté de sauver des vies… elle perçoit un élan, exister par elle-même.

- Vous avez raison je crois…

Ce qui ne résout rien. Gordon serait sans doute incapable de prendre une telle décision de toute manière. Cela, madame Tokélau l’anticipe. Mais… les peurs d’Ivanovna ? Elle n’a pas confiance en elle, c’est la seule réalité tangible. Vana n’en dira rien, trop de fois déjà elle a fait peser sur Alyona le poids de son passé. Elle s’en sort merveilleusement si l’on réfléchit alors que demander encore ? A l’instar de cette danse avec Aliosus lors du bal de Noël, la présence d’Alyona est un cadeau de la vie dont elle veut profiter. Etre née un 5 janvier, ce n’est pas inopportun finalement.
Reste que… Ivanovna est un bourreau de travail, elle partage cela avec Gordon. Ils sont tellement unis dans leurs études, c’est un miracle permanent que même sa « trahison » sentimentale n’érode pas. Elle devrait s’en féliciter ! Raiatéa ou ailleurs, le stage de fin de deuxième année, ils le feront ensemble c’est une évidence à ses yeux. Mais on n’en est pas là. Et puis… il faut admettre que ce genre de sujets, les… garçons, les deux sœurs l’ont très rarement abordé jusque-là, à vrai dire jamais ! Vana demanderait bien à Aly ce qu’il en est mais non… Ce serait mal. Alyona est une personne très réservée quant à sa vie intime, elle quitte déjà ses habitudes avec ses mots sur Draíocht. Ivanovna attendra, persuadée que l’heureux élu aura une chance immense. En outre, Alyona est d’une nature sereine, Vana est certaine qu’elle saurait affronter les tourments des coeurs avec beaucoup de sagesse. C’est leur différence, Ivanovna est une montagne d’angoisses affectives quand Aly est un roc.

- Tu es bien plus que ma sœur tu le sais ça ? Comment ferais-je si tu n’étais pas dans ma vie…

Alyona lui manque, c’est terrible. Elles se sont vues quelques jours plus tôt, une éternité aux yeux de Vana. L’enfant aurait besoin de ce lien en permanence, une présence perpétuelle, impossible cela va sans dire alors que faire sinon au moins savourer ces instants. Un jour la douleur sera une habitude mais d’ici là, elle est peine. Et puis… Alyona elle aussi doit avoir une place pour quelqu’un dans son coeur. Cette idée lui tourne dans la tête. Puisque nous sommes identiques, nous devons l’être aussi à ce sujet… Il faudrait qu’il soit gentil. Surtout gentil, tendre. Attentionné. Ce serait mieux si Vana s’entendait avec lui, parfait même. L’inverse est-il concevable ? Elle sait que bien des amitiés ne résistent pas aux tierces personnes scellées à l’autre par l’amour. Gordon apprécie Alyona, il lui a souvent dit même s’il la craint, Vana ne sait pourquoi… Quel désastre que son inflexion vers Aurélia… En fait, il n’a pas su patienter. Ivanovna aurait fini par accepter une fois installée dans sa vie de travail. C’est l’avance, la chance d’Alyona. Elle peut désormais décider, vivre comme elle l’entend sur ce plan là aussi.

Marcher aide Ivanovna à trouver un chemin intime. Jusqu‘ici elle prétendait vouloir son bonheur à lui, c’était une fuite en avant, le vernis que l’on sert pour préserver les apparences après la catastrophe. En fait, dire les choses ainsi constituait une brûlure intense. Mais nécessaire tant l’urgence était à la survie. Les mots de son amie permettent à Vana de se sortir du piège de la rumination. Et même si l’effet se dissipe dès son départ pour Draíocht, au moins Vana aura-t-elle su ouvrir une voie. Petite brèche dans ce mur impénétrable. Elle peut aussi s’évader de cette prison-là.

- Alyona… je te dois tout.

Le silence est la marque des gens qui vivent ensemble depuis longtemps, la marche côte à côte aide à les charpenter. Plus je serai proche de toi, plus ton départ m’affectera, je reste à très légère distance pour ne pas étouffer la flamme. Mais ne crois pas que je sois ailleurs qu’à l’intérieur de toi.

1 juil. 2026, 14:27
Personne n'y peut rien  PV Alyona Farrow 
Les mots d'Ivanovna sont tendres et réconfortants, et pourtant je sais, d'une certaine manière, qu'ils ne font qu'effleurer la force du lien qui nous unit. Ils demeurent insuffisants mais ils sont tout à fait essentiels ; ils me font du bien, m'apaisent, m'accordent le droit de vivre aussi pour moi. Au départ, ses phrases me faisaient rougir, j'avais la sensation de ne pas en être digne, de ne pas les mériter ; une évolution s'est faite, peut-être parce que désormais je partage aussi ses sensations, et que tous les mots qu'elle prononce, je pourrais les lui rendre. Qu'on se sent mieux quand on est deux face au monde ! Tout paraît surmontable et la solitude se disloque à la moindre pensée. Parfois, les grandes mains de l'isolement se posent sur mes épaules et les serrent douloureusement, avides de tracer leurs marques sur mon corps ; puis, l'image de Vana surgit, sa silhouette se dessine à mes côtés, et le monde paraît alors moins obscur.
Moi non plus, je ne sais pas ce que je ferais sans toi, ma sœur.

Sous l'émotion, ma gorge est un peu nouée, et ma bouche vide de mots. Je savoure, sirotant les secondes, la présence de mon amie. Qu'il était doux, le temps où nous nous voyions tous les jours, où nous mangions ensemble... Une bouffée de nostalgie manque de glisser dans mes poumons avant de s'échapper. Ce que nous écrivons maintenant est tout aussi merveilleux ; il ne s'agit pas d'en manquer la richesse.

Et pourtant, insidieusement, des idées se faufilent jusqu'à moi, déterminées à jeter leur ombre sur mes pensées. Vana se confie, Vana est sincère, Vana me laisse l'aider... Et moi ? Je lui cache ce qui me pèse comme si elle ne pouvait de toute manière rien y faire. N'est-ce pas là un acte de trahison ? Dans le serment muet que nous nous sommes fait, il y a peut-être un devoir de confiance. Or, comment peut-elle avoir confiance en moi si je ne lui dis rien ? Quelle amie dissimule son cœur à l'autre sans un remords ? Est-ce la tromper que d'agir ainsi ? Est-ce un comportement détestable ? Je ne sais pas, peut-être pas, mais soudain cela m'écrase, me fait me sentir contrite et honteuse. Ma gorge s'assèche, mon corps se tend, ma poigne se fait plus incertaine.

« Je te dois tout » ... Et pourtant j'en garde beaucoup. Le devines-tu ? M'en veux-tu ?

Je suis tentée par l'idée de me dévoiler et de lui ouvrir mon cœur. Comme une porte je commence par retirer le verrou, les mains hésitantes, tâtonnantes. Que dire ? Que laisser échapper ? Est-ce une bonne idée ? J'en ai envie, c'est comme si les mots étaient déjà au bord de mes lèvres, prêts, formulés, n'attendant que le gong pour sortir. Je sais qu'ils le feront un jour, si ce n'est pas aujourd'hui, que de toute façon ils trouveront la sortie, s'échapperont, et me soulageront. Et pourtant je demeure prudente, je prends mon temps, garde le silence, peut-être jusqu'à provoquer l'inquiétude ou l'incertitude, jusqu'à ce que les sourcils se froncent et que les yeux cherchent une réponse dans ceux de l'autre. Mais mon visage ne trahit rien, mon visage est souriant, presque apaisé. Seul mon corps parle avant l'aube.
La porte grince. J'en ai besoin, tenté-je de me convaincre, de me résoudre. Mais comment mon amie réagira-t-elle ? Comprendra-t-elle ? M'en voudra-t-elle ? Je n'avouerai pas tout, je garderai dissimulées les douleurs, ne laisserai s'échapper que les peurs, les craintes, les doutes. Ce qui relève de la famille doit rester dans la famille. Mais Vana n'est-elle pas ma sœur ? Si je devais construire mon avenir, je le préférerais bâti non loin du sien que de celui de ma mère. Mais quelle enfant peut affirmer cela ?! Merlin ! J'ai en moi un monstre. Et Ivanovna, elle, n'a plus que moi... Il lui est impossible de désirer rester près de sa mère ou de sa famille...
« Je te dois tout » ... Et il est peut-être temps que je te rende une partie de ce que tu m'offres.

Mes phrases sont pâteuses et lourdes. Je les choisis avec soin en me blottissant près de ma sœur.

« Est-ce que... Hmmm... »

Non, je ne commencerai pas par une question, ce n'est pas ce que j'avais choisi. J'attraperai directement le sujet, le porterai à bras-le-corps. Je n'ai pas peur, pas avec Vana.
Recommençons.

« Ta famille est inscrite au registre des Sang-Pur. Donc tu... Tu adhères à tout cela ? » Merlin comme c'est maladroit ! « À l'exigence d'avoir deux enfants de sang pur », précisé-je.

Mon regard cherche celui de mon amie. Il y a de la sérénité en son sein. J'ai troqué mon angoisse contre un apaisement garanti. J'ai confiance en Vana.
Dernière modification par Alyona Farrow le 10 juil. 2026, 18:40, modifié 1 fois.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet