Expression du jour : envenimer la situation
Mercredi 8 février 2051,
20 minutes avant d'aller déjeuner,
Forêt devant l'école
20 minutes avant d'aller déjeuner,
Forêt devant l'école
Pour un mois de février, il fait quand même drôlement chaud. Je me suis habillée comme si je partais aux sports d'hiver, et il se trouve qu'un simple gilet aurait largement suffit à me couvrir - dehors trône un soleil de plomb, brûlant, presque étouffant si tôt dans l'année. M'man me parle souvent du dérèglement climatique, et, même si franchement ces discussions m'intéressent assez peu, j'arrive à en retenir l'essentiel : il fait chaud en février, il fait bouillant en août. Je n'ai pas encore compris comment les sorciers n'ont pas encore fabriqué un glaçon géant qui engloberait le Royaume-Uni et permettrait de rendre les températures plus supportables aux habitants bouillonnants de la Grande Bretagne, mais je ne compte pas creuser le sujet. Comme je l'ai dit, ça ne m'intéresse vraiment pas. Ou alors, peut-être que je ne suis juste pas capable de comprendre un thème aussi... complexe. Mais jamais cette pensée ne me traversera l'esprit. Moi et mon cerveau exceptionnel avons trop chaud, et c'est bien tout ce qui importe en cet instant.
J'ai rendez-vous avec Sildnir devant son campus à douze heures trente, après sa matinée d'étude habituelle à la bibliothèque, pour manger un bout dans un petit pub pas trop loin. Habituellement, le midi, elle se déplace pour venir me rendre visite à l'échoppe de Mr. Fletcher, mais aujourd'hui elle n'en a malheureusement pas eu la possibilité. Une de ses professeurs leur a donné un gros devoir à faire en très peu de temps, et, si Sildnir estime que de ma compagnie lui ferait du bien et l'aiderait à être plus concentrée à l'heure de travailler après avoir pu un peu relâcher son esprit à mes côtés, elle m'a quand même fait comprendre assez durement qu'elle ne pouvait se permettre le déplacement. Alors, non sans avoir grommelé d'être contrainte de traîner mes pattes jusqu'à son campus, j'ai accepté son ordre et ai prévenu Mr. Fletcher que j'arriverai sans doute en retard l'après-midi du mercredi huit. Pour changer, tiens... Lui, tellement habitué à ne jamais me voir arriver à l'heure, n'a même pas sourcillé.
Dernière modification par Elowen Livingstone le 29 mai 2026, 22:39, modifié 3 fois.
Expression du jour : envenimer la situation
Donc. En ce mercredi, je prends la route de l'académie d'enchantements, bien décidée à prouver à Sildnir qu'elle m'importe énormément et que je ferais tout pour elle. Récemment, elle m'a fait part de sa peine, et de l'impression qu'elle avait de toujours être celle qui doit faire des efforts, comme si, au fond, elle ne m'importait pas vraiment. Et, cher monsieur, chère madame, il est absolument hors de question que cette idée saugrenue s'imprègne de la tête de Sildnir ! Aussi, je prévois d'arriver bien en avance devant les portes de l'école, avec des fleurs blanches trouvées au bord des chemins sur le trajet. J'ai enfilé un joli pull violet bariolé de rayures roses pâles (et malheureusement je porte par dessus de quoi protéger du froid quatre ours polaires), j'ai fait des recherches sur les cours qu'elle suit, retenu les derniers potins en date de ses camarades de promotion, j'ai même lu un des nombreux livres qu'elle m'a conseillé de lire, bref, je suis culturée, bien vêtue, en avance, l'amie idéale en fait. Ca me ronge de savoir que j'ai pu lui donner l'impression qu'elle ne comptait pas pour moi... Je donnerais tout pour elle !
Nous avons rendez-vous à douze heures trente précises, heure à laquelle elle sortira de la bibliothèque et viendra me retrouver dans devant le grand portail de l'université, face auquel je serai d'ici deux petites minutes, vingt minutes plus tôt que prévu.
Je marche en sautillant, traversant le bois qui me sépare de ma meilleure amie, j'ai les jambes qui volent au dessus des brins d'herbe, et mes épaisses boucles rousses clairsemées de violet se balancent au même rythme. Une fois n'est pas coutume, j'ai accroché dans mes cheveux des fils violets pour donner l'impression de jolis reflets mauves et aubergines brillants au soleil. Je commence à trouver le temps long, c'est que je n'aime vraiment pas marcher pour un gallion, alors, pour m'occuper, j'entreprends d'observer les gens autour de moi, ceux qui sont affairés dans le bosquet, dans l'espoir de reconnaître une personne familière, avec qui je pourrais aller discuter. Je connais déjà plusieurs personnes de l'école, Sildnir s'y est fait une bande de deux autres copines, Jade et Selma, et parfois nous sortons toutes les quatre nous promener, prendre des coups au Pitiponk, observer les animaux au Nocturnia lorsque Gwenaël arrive à m'avoir des entrées gratuites, ou tout simplement nous nous posons au soleil et nous rôtissons la pilule. Malheureusement, cette fois-ci, je ne remarque aucune des deux filles.
Nous avons rendez-vous à douze heures trente précises, heure à laquelle elle sortira de la bibliothèque et viendra me retrouver dans devant le grand portail de l'université, face auquel je serai d'ici deux petites minutes, vingt minutes plus tôt que prévu.
Je marche en sautillant, traversant le bois qui me sépare de ma meilleure amie, j'ai les jambes qui volent au dessus des brins d'herbe, et mes épaisses boucles rousses clairsemées de violet se balancent au même rythme. Une fois n'est pas coutume, j'ai accroché dans mes cheveux des fils violets pour donner l'impression de jolis reflets mauves et aubergines brillants au soleil. Je commence à trouver le temps long, c'est que je n'aime vraiment pas marcher pour un gallion, alors, pour m'occuper, j'entreprends d'observer les gens autour de moi, ceux qui sont affairés dans le bosquet, dans l'espoir de reconnaître une personne familière, avec qui je pourrais aller discuter. Je connais déjà plusieurs personnes de l'école, Sildnir s'y est fait une bande de deux autres copines, Jade et Selma, et parfois nous sortons toutes les quatre nous promener, prendre des coups au Pitiponk, observer les animaux au Nocturnia lorsque Gwenaël arrive à m'avoir des entrées gratuites, ou tout simplement nous nous posons au soleil et nous rôtissons la pilule. Malheureusement, cette fois-ci, je ne remarque aucune des deux filles.
Dernière modification par Elowen Livingstone le 29 mai 2026, 22:28, modifié 3 fois.
Expression du jour : envenimer la situation
Un groupe de garçons stupides et probablement hérétiques se donne des faux coups de poing à ma droite. Pfeuh, très peu d'intérêt. Alors, je regarde à gauche... et mon coeur se serre. Oh par tous les druides, pas toi ! Pas toi, Aelle !
Je te vois parfois de très loin, lorsque j'accompagne Sildnir sur le campus, mais je m'assure toujours de ne jamais croiser ta route de trop près. Tu es la raison pour laquelle pénétrer l'enceinte de cet établissement me terrifie autant... Je t'en veux toujours, je te déteste, je te méprise, tu me dégoutes, je te veux du mal, tu me rends mauvaise, et d'ailleurs tu es toi-même mauvaise, tu m'as détruite et je trouve que ça fait déjà pas mal de mots méchants pour qualifier une bique comme toi. Tes cheveux sont de plus en plus foncés, comme ton âme. Tes sourcils me paraissent encore moins sympathiques que d'ordinaire, ils finiront bien un jour par te creuser une ride énorme entre les deux yeux. Je ne sais pas ce que tu toises, mais ce que ton regard touche n'a qu'à bien se tenir, il ne s'en sort jamais indemne, à l'instar de Médusa, tout ce que tu observes finit changé en pierre. Et, mousse sur la biéraubeurre, Aelle, tu es adossée à un arbre et tu as un bout de papier roulé entre les doigts, et ce papier roulé laisse s'échapper une fumée noire. Immonde ! A mieux y réfléchir, il est vrai que ça pue l'excrément de bousier, dans la forêt ! Non mais quelle idée, vraiment, alors que croquer une marguerite est tellement plus savoureux et remplit drôlement plus d'allégresse.
Mon sang a le temps de ne faire qu'un tour dans mes veines, que déjà, je bondis avec la discrétion d'une autruche (je vous laisse estimer si une autruche est discrète, à vos yeux, ou pas du tout) et prends la poudre d'escampette pour disparaître derrière un arbre. Très malin... Maintenant je suis obligée de rester planquée là le temps que tu partes pour ne pas être remarquée...
Je me recroqueville sur moi-même et réfléchis à la suite du plan. Il ne faut SURTOUT pas que tu me repères. Et en même temps... Il serait fort plaisant de te tourmenter un chouïa. Une idée fort lumineuse me traverse immédiatement le cerveau. Litchi ! La voilà la solution ! Je n'ai qu'à envoyer Litchi te mordre un coup ! Et hop, tu resteras paralysée quelques minutes, et moi, je jubilerai de savoir que j'ai pu t'enquiquiner, et en plus, tu ne sauras jamais au grand jamais pourquoi un serpent se trouvait à côté de toi, ni pourquoi il a décidé de te mordre, et encore moins que c'est moi qui l'ai fait ! Non, vraiment, aucun risque. Si jamais tu viens à m'apercevoir devant le campus, plus tard dans la journée, tu ne pourras croire qu'à une stupide coïncidence, et rien de plus. Alors, je trace ᚼ sur le sol, à l'aide de mon catalyseur runique, et salue la petite créature écaillée blanche qui apparaît alors en lui gratouillant ce qui, si elle avait été humaine, se serait apparenté à son menton. Je laisse le serpent croquer une des fleurs blanches de mon maigre bouquet en espérant que Sildnir ne s'apercevra pas du trou surprenant en plein milieu de son cadeau. Puis, je lui indique la cible et lui demande de ramper dans ta direction, très discrètement.
@Aelle Bristyle
Je te vois parfois de très loin, lorsque j'accompagne Sildnir sur le campus, mais je m'assure toujours de ne jamais croiser ta route de trop près. Tu es la raison pour laquelle pénétrer l'enceinte de cet établissement me terrifie autant... Je t'en veux toujours, je te déteste, je te méprise, tu me dégoutes, je te veux du mal, tu me rends mauvaise, et d'ailleurs tu es toi-même mauvaise, tu m'as détruite et je trouve que ça fait déjà pas mal de mots méchants pour qualifier une bique comme toi. Tes cheveux sont de plus en plus foncés, comme ton âme. Tes sourcils me paraissent encore moins sympathiques que d'ordinaire, ils finiront bien un jour par te creuser une ride énorme entre les deux yeux. Je ne sais pas ce que tu toises, mais ce que ton regard touche n'a qu'à bien se tenir, il ne s'en sort jamais indemne, à l'instar de Médusa, tout ce que tu observes finit changé en pierre. Et, mousse sur la biéraubeurre, Aelle, tu es adossée à un arbre et tu as un bout de papier roulé entre les doigts, et ce papier roulé laisse s'échapper une fumée noire. Immonde ! A mieux y réfléchir, il est vrai que ça pue l'excrément de bousier, dans la forêt ! Non mais quelle idée, vraiment, alors que croquer une marguerite est tellement plus savoureux et remplit drôlement plus d'allégresse.
Mon sang a le temps de ne faire qu'un tour dans mes veines, que déjà, je bondis avec la discrétion d'une autruche (je vous laisse estimer si une autruche est discrète, à vos yeux, ou pas du tout) et prends la poudre d'escampette pour disparaître derrière un arbre. Très malin... Maintenant je suis obligée de rester planquée là le temps que tu partes pour ne pas être remarquée...
Je me recroqueville sur moi-même et réfléchis à la suite du plan. Il ne faut SURTOUT pas que tu me repères. Et en même temps... Il serait fort plaisant de te tourmenter un chouïa. Une idée fort lumineuse me traverse immédiatement le cerveau. Litchi ! La voilà la solution ! Je n'ai qu'à envoyer Litchi te mordre un coup ! Et hop, tu resteras paralysée quelques minutes, et moi, je jubilerai de savoir que j'ai pu t'enquiquiner, et en plus, tu ne sauras jamais au grand jamais pourquoi un serpent se trouvait à côté de toi, ni pourquoi il a décidé de te mordre, et encore moins que c'est moi qui l'ai fait ! Non, vraiment, aucun risque. Si jamais tu viens à m'apercevoir devant le campus, plus tard dans la journée, tu ne pourras croire qu'à une stupide coïncidence, et rien de plus. Alors, je trace ᚼ sur le sol, à l'aide de mon catalyseur runique, et salue la petite créature écaillée blanche qui apparaît alors en lui gratouillant ce qui, si elle avait été humaine, se serait apparenté à son menton. Je laisse le serpent croquer une des fleurs blanches de mon maigre bouquet en espérant que Sildnir ne s'apercevra pas du trou surprenant en plein milieu de son cadeau. Puis, je lui indique la cible et lui demande de ramper dans ta direction, très discrètement.
@Aelle Bristyle
Expression du jour : envenimer la situation
Pour la sixième fois depuis que je suis arrivée devant le portail, je jette un regard noir au groupe de garç... Non, d'abrutis qui ne trouvent rien de mieux à faire pour s'amuser que de s'envoyer des coups de poing. Ça les fait rire, apparemment, puisqu'ils n'ont pas plus de discrétion dans leurs éclats que dans leur « attends, je vais faire encore plus fort cette fois, tu vas douiller ! ». Le mépris que je ressens est égal à ma fureur. Et c'est ça, le futur de notre pays ? Parfois, lorsque l'idiotie crasse et profonde de mes pairs devient impossible à ignorer, je me rappelle de cette conversation que j'ai eue il y a une éternité d'éternités avec Alice, lorsque nous étions encore toutes deux élèves à Poudlard : nous pensions au fait qu'il serait bien plus pratique et logique, normal, de séparer les élèves non pas selon leur caractère ou leur nationalité mais selon leur niveau d'intelligence pure. Le seul problème de cette solution ? Je me serais retrouvée quasiment seule dans l'école. Mais ce n'est pas tant un problème que cela, n'est-ce pas ?
Le soupir que je pousse n'arrange rien de la situation : les abrutis sont toujours là, ils sont bruyants et moi-même je n'avais pas prévu de m'en aller avant de terminer ma cigarette. Cigarette dont je recrache la fumée vers le ciel en fermant les yeux pour me forcer à rester concentrée. Je profite comme souvent de ma pause du midi pour aller m'entraîner au fond de la forêt. J'aurais pu y transplaner directement mais j'aime profiter de ce moment de pause et du chemin jusqu'à ma clairière pour répéter mes cours du matin dans ma tête et préparer mentalement mes fiches de révision. J'aime aussi fumer cette chose, c'est vrai, même si je ne sais pas très bien pourquoi je le fais. Heureusement, le bout incandescent touchera bientôt le filtre, je pourrais le faire disparaître et m'en aller dans la forêt. Pour une fois, cette pause bienheureuse devant le portail ne me fait pas le moindre bien et je rejette toute la faute sur tous ceux qui m'entourent sans exception.
Un bruissement dans l'herbe fatiguée qui pousse difficilement au pied des arbres attire mon regard. D'abord persuadée qu'il ne s'agit que d'une bestiole des forêts, j'observe sans trop chercher à savoir : je me dis seulement qu'il faudra que je prévienne Zikomo qu'il peut recommencer à chasser plus près du portail, que ce terrain de chasse qu'il a délaissé car les petits animaux ont commencé à le craindre commence à se remplir de nouveau. Je m'éloigne du tronc en faisant disparaître mon mégot d'un coup de baguette. J'espère que ce sera un mulot. Zikomo adore les mulots, surtout s'ils sont gras. Il dit que que c'est un plaisir d'enfoncer ses crocs dans—
La pensée s'enraille et déraille jusqu'à ne laisser dans mon esprit qu'un vide blanc. Entre deux touffes d'herbe apparaît la tête d'un serpent tout blanc qui me menace de sa langue rose. Je sais qu'il me menace car... Mon premier réflexe est de m'accrocher à ma baguette magique et de me reculer d'un pas, le cœur battant à vive allure ; personne n'a envie de se retrouver face à un serpent, personne. Mais moins d'une seconde après, ma mémoire se met en marche. Mon cœur s'arrache de son socle et tombe tout au fond de moi. De là, il se met à battre si douloureusement que mon souffle se coupe. Les yeux écarquillés, j'observe le serpent avancer vers moi.
Ce serpent, je le connais. Ce n'est pas même un serpent. C'est une invocation. Une invocation runique. Et si je le sais, c'est parce que j'ai vu et revu, encore et encore, ce serpent sortir du stylet runique d'Elowen il y a une putain d'éternité. Ma gorge se noue en même temps que mes entrailles se serrent au point de me faire mal. Mes doigts se crispent sur le manche de ma baguette. Les mâchoires serrées, je regarde le serpent avancer. J'ai du mal à réfléchir. J'ai du mal à comprendre ce que cette chose fait ici. J'ai du mal à savoir ce que je ressens, tout simplement. Tout va très vite dans ma tête. Au lieu d'invoquer Elowen, mon esprit invoque son insupportable amie, celle dont le profil me donne aujourd'hui encore des envies de violence que j'ai parfois du mal à contrôler quand je la vois apparaître au bout d'un couloir, celle pour laquelle j'éprouve une haine féroce même des années après. Sildnir. Mais penser à Sildnir, qui est étudiante dans la même école que moi et que je fais tout pour éviter — et j'y arrive avec brio —, me force à penser à celle que je parviens encore plus facilement à oublier : Elowen.
Mes pensées s'emballent, une dizaine de souvenirs défilent dans ma tête, une colère s'éveille comme une flammèche au creux de mon cœur mais pendant ce temps-là cet idiot de serpent au nom bête continue d'avancer et je sais ce dont il est capable. Je le sais car à l'époque, j'ai demandé à Elowen d'effectuer tout un tas d'expériences pour m'aider à comprendre son stylet runique. Quelque part dans ma chambre j'ai un carnet rempli de mes observations. Mais pour l'instant, j'ai un serpent qui s'approche de moi.
J'ai beau reculer, il approche encore. Je pourrais évidemment éliminer la source mais un regard aux alentours suffit à me faire comprendre que je ne la trouverai pas de sitôt : je n'aperçois rien autour de moi. Alors si je ne peux pas viser la source, je dois viser la créature. Ce que je fais en brandissant ma baguette, le visage déchiré par une grimace de colère.
« Confringo, » articulé-je d'une voix calme après m'être assurée être seule dans les parages proche.
Une explosion détruit le silence de la forêt. Mes tympans se mettent à siffler, la puissante déflagration m'oblige à me retourner pour éviter des dégâts. Des morceaux de terre et des touffes d'herbe sont arrachés au sol et volent dans les airs. Lorsqu'ils retombent par terre et que le silence retombe, je prends conscience que je suis victime des regards des étudiants qui passaient par là. Mais je me fiche d'eux. De mes yeux noirs et sérieux sous mes sourcils froncés, je scanne les environs à la recherche de la coupable.
Le soupir que je pousse n'arrange rien de la situation : les abrutis sont toujours là, ils sont bruyants et moi-même je n'avais pas prévu de m'en aller avant de terminer ma cigarette. Cigarette dont je recrache la fumée vers le ciel en fermant les yeux pour me forcer à rester concentrée. Je profite comme souvent de ma pause du midi pour aller m'entraîner au fond de la forêt. J'aurais pu y transplaner directement mais j'aime profiter de ce moment de pause et du chemin jusqu'à ma clairière pour répéter mes cours du matin dans ma tête et préparer mentalement mes fiches de révision. J'aime aussi fumer cette chose, c'est vrai, même si je ne sais pas très bien pourquoi je le fais. Heureusement, le bout incandescent touchera bientôt le filtre, je pourrais le faire disparaître et m'en aller dans la forêt. Pour une fois, cette pause bienheureuse devant le portail ne me fait pas le moindre bien et je rejette toute la faute sur tous ceux qui m'entourent sans exception.
Un bruissement dans l'herbe fatiguée qui pousse difficilement au pied des arbres attire mon regard. D'abord persuadée qu'il ne s'agit que d'une bestiole des forêts, j'observe sans trop chercher à savoir : je me dis seulement qu'il faudra que je prévienne Zikomo qu'il peut recommencer à chasser plus près du portail, que ce terrain de chasse qu'il a délaissé car les petits animaux ont commencé à le craindre commence à se remplir de nouveau. Je m'éloigne du tronc en faisant disparaître mon mégot d'un coup de baguette. J'espère que ce sera un mulot. Zikomo adore les mulots, surtout s'ils sont gras. Il dit que que c'est un plaisir d'enfoncer ses crocs dans—
La pensée s'enraille et déraille jusqu'à ne laisser dans mon esprit qu'un vide blanc. Entre deux touffes d'herbe apparaît la tête d'un serpent tout blanc qui me menace de sa langue rose. Je sais qu'il me menace car... Mon premier réflexe est de m'accrocher à ma baguette magique et de me reculer d'un pas, le cœur battant à vive allure ; personne n'a envie de se retrouver face à un serpent, personne. Mais moins d'une seconde après, ma mémoire se met en marche. Mon cœur s'arrache de son socle et tombe tout au fond de moi. De là, il se met à battre si douloureusement que mon souffle se coupe. Les yeux écarquillés, j'observe le serpent avancer vers moi.
Ce serpent, je le connais. Ce n'est pas même un serpent. C'est une invocation. Une invocation runique. Et si je le sais, c'est parce que j'ai vu et revu, encore et encore, ce serpent sortir du stylet runique d'Elowen il y a une putain d'éternité. Ma gorge se noue en même temps que mes entrailles se serrent au point de me faire mal. Mes doigts se crispent sur le manche de ma baguette. Les mâchoires serrées, je regarde le serpent avancer. J'ai du mal à réfléchir. J'ai du mal à comprendre ce que cette chose fait ici. J'ai du mal à savoir ce que je ressens, tout simplement. Tout va très vite dans ma tête. Au lieu d'invoquer Elowen, mon esprit invoque son insupportable amie, celle dont le profil me donne aujourd'hui encore des envies de violence que j'ai parfois du mal à contrôler quand je la vois apparaître au bout d'un couloir, celle pour laquelle j'éprouve une haine féroce même des années après. Sildnir. Mais penser à Sildnir, qui est étudiante dans la même école que moi et que je fais tout pour éviter — et j'y arrive avec brio —, me force à penser à celle que je parviens encore plus facilement à oublier : Elowen.
Mes pensées s'emballent, une dizaine de souvenirs défilent dans ma tête, une colère s'éveille comme une flammèche au creux de mon cœur mais pendant ce temps-là cet idiot de serpent au nom bête continue d'avancer et je sais ce dont il est capable. Je le sais car à l'époque, j'ai demandé à Elowen d'effectuer tout un tas d'expériences pour m'aider à comprendre son stylet runique. Quelque part dans ma chambre j'ai un carnet rempli de mes observations. Mais pour l'instant, j'ai un serpent qui s'approche de moi.
J'ai beau reculer, il approche encore. Je pourrais évidemment éliminer la source mais un regard aux alentours suffit à me faire comprendre que je ne la trouverai pas de sitôt : je n'aperçois rien autour de moi. Alors si je ne peux pas viser la source, je dois viser la créature. Ce que je fais en brandissant ma baguette, le visage déchiré par une grimace de colère.
« Confringo, » articulé-je d'une voix calme après m'être assurée être seule dans les parages proche.
Une explosion détruit le silence de la forêt. Mes tympans se mettent à siffler, la puissante déflagration m'oblige à me retourner pour éviter des dégâts. Des morceaux de terre et des touffes d'herbe sont arrachés au sol et volent dans les airs. Lorsqu'ils retombent par terre et que le silence retombe, je prends conscience que je suis victime des regards des étudiants qui passaient par là. Mais je me fiche d'eux. De mes yeux noirs et sérieux sous mes sourcils froncés, je scanne les environs à la recherche de la coupable.
Expression du jour : envenimer la situation
Je t'observe. A la dérobée, certes, mais une chose est sûre, je ne rate pas une miette de ce spectacle. Etrangement accroupie derrière mon arbre, je retiens ma respiration pour tenter de tenir cette position et ne pas me casser la margoulette. Ce serait le comble de l'horreur, si ça arrivait. Tu me repérerais immédiatement, et alors, seul Merlin pourrait me sauver. Si une crampe commence à prendre place au niveau du haut de ma cuisse droite, je fais mine de ne pas la sentir et reste concentrée sur mon objectif premier : te faire chier.
Litchi s'avance d'un... pas d'un pas, non, plutôt d'un glissement furtif, il esquive les branches, se tapit sous les feuilles, slalome entre les brins d'herbes hautes, niveau discrétion, ma créature merveilleuse gère comme un chef ! Il faudra que je pense à lui dire à quel point il me rend fière et me fait me sentir en sécurité, je crois que je ne lui ai pas dit assez ces derniers temps, il ne faudrait pas qu'il commence à penser lui aussi que je l'utilise ! Je disais donc. Bien focalisé sur toi, le petit serpent blanc ne perd pas une minute et glisse à toute vitesse en direction de ton être, sorcière malveillante et mal lunée qui, jadis, a été ma petite amie. Je n'arrive plus vraiment à me rappeler exactement de ce qui s'est passé entre nous, de pourquoi nous en sommes où nous en sommes aujourd'hui, c'était il y a si longtemps et je n'ai jamais été admirée pour ma mémoire, mais je sais simplement que je te hais. Tu m'as fait du mal, m'as mal traitée, et il a fallu que je te frappe au visage pour me libérer de ton emprise, ou quelque chose du style. Voilà tout ce dont je me souviens. Oh, et tu m'as utilisée pour me voler mes connaissances runiques, car au fond, tu te moquais sûrement de moi et ne passais de temps avec moi que par intérêt personnel.
Je me souviens les longues heures que j'ai passées à t'expliquer comment fonctionne mon stylet, à te partager l'effet euphorique de certains symboles (Alegrio gravé à même la peau est une dose hautement élevée d'endorphine, mais tristement hautement addictive aussi), à te détailler chaque micro souvenir de mes entretiens avec les professeurs de runes qui m'ont entraînée pour le Dominion, à te décrire le labyrinthe qu'est justement ce fameux Dominion, à te présenter mon super copain Litchi et ses pouvoirs paralysants...
A te présenter Litchi ? Sapristi ! Mes yeux s'écarquillent et mon regard se jette sur le petit corps de mon serpent en le suppliant mentalement de faire demi-tour. A vouloir me venger j'en ai oublié que tu connais ma créature, et qu'elle va me faire griller si tu la repères ! Mon plan tomberait immédiatement à l'eau. Malheureusement, il est trop tard, et, le temps que mon serpent comprenne le changement de directive, tu t'es déjà chargée de le réduire en chaire à pâtée. Je vois le corps minuscule du reptile se tordre de douleur un instant avant d'exploser en des tas et des tas de morceaux d'écailles et de sang, qui volent en tous sens sous l'effet de ton sortilège assassin. Je m'élance aussitôt hors de ma cachette pour essayer de récupérer le plus de bouts possibles du petit corps de mon serpent, en panique absolue.
« Non ! »
Au même moment, une douleur éclatante me perfore la poitrine et je tombe en avant. Mon corps lourd s'écrase au beau milieu du sentier, des larmes de douleur jaillissent de mes yeux, mes articulations se retournent, mes membres se tordent, j'halète, incapable de faire le moindre mouvement, incapable d'émettre le moindre mot. J'ai tellement mal au cœur que je crois que je pourrais en mourir. Avant de fermer les yeux pour essayer de convaincre mon cerveau que je ne suis plus là, que cela n'existe pas, qu'il n'y a aucune raison de me faire souffrir autant, j'ai le temps d'apercevoir deux choses, aussi surprenantes l'une que l'autre.
Premièrement, les fragments de Litchi se font aspirer par un courant d'air puissant qui, en à peine une seconde, les renvoie tous à l'intérieur du stylet runique.
Deuxièmement, toi. Je te vois, et si je n'avais pas si mal un sourire naitrait sur mon visage. Tu sembles être dans un état similaire au mien, tu souffres terriblement, cela ne fait aucun doute. Merci, Aelle, tu viens de me permettre de découvrir que, lorsqu'on s'en prend à mon reptile, une version atténuée du sort que l'on vient de lancer atteint aussi bien la créature, que moi, sa maîtresse, que le lanceur ou la lanceuse du sortilège.
Litchi s'avance d'un... pas d'un pas, non, plutôt d'un glissement furtif, il esquive les branches, se tapit sous les feuilles, slalome entre les brins d'herbes hautes, niveau discrétion, ma créature merveilleuse gère comme un chef ! Il faudra que je pense à lui dire à quel point il me rend fière et me fait me sentir en sécurité, je crois que je ne lui ai pas dit assez ces derniers temps, il ne faudrait pas qu'il commence à penser lui aussi que je l'utilise ! Je disais donc. Bien focalisé sur toi, le petit serpent blanc ne perd pas une minute et glisse à toute vitesse en direction de ton être, sorcière malveillante et mal lunée qui, jadis, a été ma petite amie. Je n'arrive plus vraiment à me rappeler exactement de ce qui s'est passé entre nous, de pourquoi nous en sommes où nous en sommes aujourd'hui, c'était il y a si longtemps et je n'ai jamais été admirée pour ma mémoire, mais je sais simplement que je te hais. Tu m'as fait du mal, m'as mal traitée, et il a fallu que je te frappe au visage pour me libérer de ton emprise, ou quelque chose du style. Voilà tout ce dont je me souviens. Oh, et tu m'as utilisée pour me voler mes connaissances runiques, car au fond, tu te moquais sûrement de moi et ne passais de temps avec moi que par intérêt personnel.
Je me souviens les longues heures que j'ai passées à t'expliquer comment fonctionne mon stylet, à te partager l'effet euphorique de certains symboles (Alegrio gravé à même la peau est une dose hautement élevée d'endorphine, mais tristement hautement addictive aussi), à te détailler chaque micro souvenir de mes entretiens avec les professeurs de runes qui m'ont entraînée pour le Dominion, à te décrire le labyrinthe qu'est justement ce fameux Dominion, à te présenter mon super copain Litchi et ses pouvoirs paralysants...
A te présenter Litchi ? Sapristi ! Mes yeux s'écarquillent et mon regard se jette sur le petit corps de mon serpent en le suppliant mentalement de faire demi-tour. A vouloir me venger j'en ai oublié que tu connais ma créature, et qu'elle va me faire griller si tu la repères ! Mon plan tomberait immédiatement à l'eau. Malheureusement, il est trop tard, et, le temps que mon serpent comprenne le changement de directive, tu t'es déjà chargée de le réduire en chaire à pâtée. Je vois le corps minuscule du reptile se tordre de douleur un instant avant d'exploser en des tas et des tas de morceaux d'écailles et de sang, qui volent en tous sens sous l'effet de ton sortilège assassin. Je m'élance aussitôt hors de ma cachette pour essayer de récupérer le plus de bouts possibles du petit corps de mon serpent, en panique absolue.
« Non ! »
Au même moment, une douleur éclatante me perfore la poitrine et je tombe en avant. Mon corps lourd s'écrase au beau milieu du sentier, des larmes de douleur jaillissent de mes yeux, mes articulations se retournent, mes membres se tordent, j'halète, incapable de faire le moindre mouvement, incapable d'émettre le moindre mot. J'ai tellement mal au cœur que je crois que je pourrais en mourir. Avant de fermer les yeux pour essayer de convaincre mon cerveau que je ne suis plus là, que cela n'existe pas, qu'il n'y a aucune raison de me faire souffrir autant, j'ai le temps d'apercevoir deux choses, aussi surprenantes l'une que l'autre.
Premièrement, les fragments de Litchi se font aspirer par un courant d'air puissant qui, en à peine une seconde, les renvoie tous à l'intérieur du stylet runique.
Deuxièmement, toi. Je te vois, et si je n'avais pas si mal un sourire naitrait sur mon visage. Tu sembles être dans un état similaire au mien, tu souffres terriblement, cela ne fait aucun doute. Merci, Aelle, tu viens de me permettre de découvrir que, lorsqu'on s'en prend à mon reptile, une version atténuée du sort que l'on vient de lancer atteint aussi bien la créature, que moi, sa maîtresse, que le lanceur ou la lanceuse du sortilège.
Expression du jour : envenimer la situation
Elowen s'étale au milieu du chemin, ses cheveux roux comme une auréole autour de sa tête. Mon visage se tord en une grimace de haine. Tout se mélange si bien dans mon esprit que je ne sais plus si c'est le fait qu'elle m'ait envoyé son serpent qui me met hors de moi ou si seulement le fait de la voir. Depuis Poudlard, je l'ai rarement vue. Depuis le début de l'année, parfois je l'aperçois de loin près du campus. Pas difficile de la reconnaître, déjà parce qu'elle a un style particulier, également parce que je crois que l'on reconnait toujours plus facilement les gens qu'on a pu aimer et ensuite parce qu'une masse de cheveux roux à côté de la silhouette familière de Sildnir ne fait aucun mystère quant à l'identité de ladite masse.
Au moment même où j'amorce un pas pour la rejoindre, la douleur explose dans ma poitrine. Je retiens avec peine un gémissement de douleur en serrant les lèvres. La douleur part de mon torse et s'infiltre dans mes membres comme un poison, un poison glacial et brûlant en même temps. Avec un hoquet de douleur, je me retiens à l'arbre contre lequel j'étais appuyée, les yeux écarquillés pour essayer de comprendre ce qui m'arrive et qui m'attaque. Elle ? Elle n'est même pas capable de lancer un Lumos convenable. Je respire fort, la bouche ouverte, pour essayer d'endiguer la douleur, le regard flou et perdu, les doigts crispés sur l'écorce de l'arbre.
Je fais comme quand je m'entraîne à la magie noire et que je dessine des entailles dans ma peau, comme quand je me lance des sortilèges douloureux pour les tester, comme quand la magie m'arrache la peau parce que c'est le prix à payer : respirer par la bouche, le regard sur un point fixe. « Contrôler la douleur », disait un ouvrage. « Apprendre à l'accepter pour la maîtriser ». Grâce à ça, j'arrive au moins à choisir le point fixe de mon regard : Elowen. Elle n'est qu'une silhouette floue plus loin sur le chemin, je ne vois que la couleur de ses vêtement et de ses cheveux.
J'ai vaguement conscience des gens autour de moi. Je comprends au bout d'un moment à respirer fort pour lutter contre la douleur, au milieu des gémissements que j'ai du mal à retenir, qu'il s'agit des étudiants qui traînaient devant le portail et qui ont assisté à la scène. Sans doute me parlent-il. Je n'écoute rien, je ne comprends rien. Mon regard reste fixé sur Elowen. Mes pensées sont une masse compacte sur laquelle je n'arrive pas à me concentrer. Je choisis une pensée, une seule, et m'y fixe comme j'ai fixé mon regard sur la jeune femme : qu'est-ce qui est arrivé ? Qu'est-ce qui est arrivé ? Ma vision se fait de moins en moins fou, j'arrive désormais à voir les traits de son visage. Qu'est-ce qui est arrivé ? C'est très certainement en lien avec le serpent et donc le stylet runique, car Elowen est incapable de lancer un sortilège aussi puissant et encore moins un sortilège de douleur. Qu'est-ce qui est arrivé ? J'arrive à me redresser de moitié et à respirer par le nez. La douleur n'est plus qu'une information dans mes quatre membres et une douleur plus lourde au niveau de la poitrine, mais ses résidus m'ont laissé tremblante. Qu'est-ce qui est arrivé ?
J'entends de nouveau les sons autour de moi, pas parce que mes oreilles se débouchent par un miracle quelconque, mais parce que j'arrive de nouveau à me concentrer dessus. Quelques étudiants m'entourent. Certains me paraissent vaguement familiers.
« Tu vas bien ? »
Je tourne à peine les yeux vers le grand mec qui me parle.
« C'était dingue ce sortilège, pourquoi tu l'as lancé ici, c'était super dangereux ! »
Je ne me préoccupe pas de la fille qui essaie de capter mon regard. Je me frotte les mains pour débarrasser mes paumes des morceaux d'écorce qui s'y sont collés. La douleur reflue doucement. J'arrive à respirer normalement.
« Il s'est passé quoi, là ? Eh, réponds ! Ça va ? »
Je bouscule le garçon qui m'a dit ça pour m'approcher à grands pas d'Elowen autour de laquelle s'agglutine également quelques étudiants. Peut-être ont-ils conscience de mon regard noir et de mon visage figé dans une grimace haineuse et que c'est pour ça qu'ils me regardent comme ça ?
« Dégagez ! » j'ordonne d'une voix sèche avec un geste du bras brusque pour les chasser.
Certains obéissent, d'autres non. Je ne me gêne pas pour me glisser entre eux et les bousculer. À court d'idées pour me débarrasser d'eux, je tourne un regard lourd de ressentiment dans leur direction. Entre mes mâchoires serrées, je m'efforce de garder un ton calme pour ne pas les inquiéter.
« Je m'occupe d'elle, c'est bon. »
Dans ma tête, ça sonne plutôt comme : j'ai besoin d'être seule pour lui arracher ses vérités avant de lui faire payer au centuple ce qui vient d'arriver. Elle, c'est Elowen. Je la désigne d'un geste du menton. Elowen, que mon regard surplombe avec colère, ma bouche tordue par la rage. J'aurais voulu ne jamais la revoir. J'aurais voulu ne jamais lui parler de nouveau. J'aurais voulu ne jamais poser encore mes yeux sur elle. La voir me ravive des souvenirs oubliés et des sensations que je ne comprends pas. C'est une masse informe dans ma tête et mon cœur, quelque chose qui ne devrait pas être là ni exister, des réminiscences de ce qui ne sera plus jamais. Des choses d'une Aelle qui n'existe plus et qui est morte à la fin de sa sixième année.
« C'était quoi, ça ? » je balance avec hargne, les poings serrés.
Au moment même où j'amorce un pas pour la rejoindre, la douleur explose dans ma poitrine. Je retiens avec peine un gémissement de douleur en serrant les lèvres. La douleur part de mon torse et s'infiltre dans mes membres comme un poison, un poison glacial et brûlant en même temps. Avec un hoquet de douleur, je me retiens à l'arbre contre lequel j'étais appuyée, les yeux écarquillés pour essayer de comprendre ce qui m'arrive et qui m'attaque. Elle ? Elle n'est même pas capable de lancer un Lumos convenable. Je respire fort, la bouche ouverte, pour essayer d'endiguer la douleur, le regard flou et perdu, les doigts crispés sur l'écorce de l'arbre.
Je fais comme quand je m'entraîne à la magie noire et que je dessine des entailles dans ma peau, comme quand je me lance des sortilèges douloureux pour les tester, comme quand la magie m'arrache la peau parce que c'est le prix à payer : respirer par la bouche, le regard sur un point fixe. « Contrôler la douleur », disait un ouvrage. « Apprendre à l'accepter pour la maîtriser ». Grâce à ça, j'arrive au moins à choisir le point fixe de mon regard : Elowen. Elle n'est qu'une silhouette floue plus loin sur le chemin, je ne vois que la couleur de ses vêtement et de ses cheveux.
J'ai vaguement conscience des gens autour de moi. Je comprends au bout d'un moment à respirer fort pour lutter contre la douleur, au milieu des gémissements que j'ai du mal à retenir, qu'il s'agit des étudiants qui traînaient devant le portail et qui ont assisté à la scène. Sans doute me parlent-il. Je n'écoute rien, je ne comprends rien. Mon regard reste fixé sur Elowen. Mes pensées sont une masse compacte sur laquelle je n'arrive pas à me concentrer. Je choisis une pensée, une seule, et m'y fixe comme j'ai fixé mon regard sur la jeune femme : qu'est-ce qui est arrivé ? Qu'est-ce qui est arrivé ? Ma vision se fait de moins en moins fou, j'arrive désormais à voir les traits de son visage. Qu'est-ce qui est arrivé ? C'est très certainement en lien avec le serpent et donc le stylet runique, car Elowen est incapable de lancer un sortilège aussi puissant et encore moins un sortilège de douleur. Qu'est-ce qui est arrivé ? J'arrive à me redresser de moitié et à respirer par le nez. La douleur n'est plus qu'une information dans mes quatre membres et une douleur plus lourde au niveau de la poitrine, mais ses résidus m'ont laissé tremblante. Qu'est-ce qui est arrivé ?
J'entends de nouveau les sons autour de moi, pas parce que mes oreilles se débouchent par un miracle quelconque, mais parce que j'arrive de nouveau à me concentrer dessus. Quelques étudiants m'entourent. Certains me paraissent vaguement familiers.
« Tu vas bien ? »
Je tourne à peine les yeux vers le grand mec qui me parle.
« C'était dingue ce sortilège, pourquoi tu l'as lancé ici, c'était super dangereux ! »
Je ne me préoccupe pas de la fille qui essaie de capter mon regard. Je me frotte les mains pour débarrasser mes paumes des morceaux d'écorce qui s'y sont collés. La douleur reflue doucement. J'arrive à respirer normalement.
« Il s'est passé quoi, là ? Eh, réponds ! Ça va ? »
Je bouscule le garçon qui m'a dit ça pour m'approcher à grands pas d'Elowen autour de laquelle s'agglutine également quelques étudiants. Peut-être ont-ils conscience de mon regard noir et de mon visage figé dans une grimace haineuse et que c'est pour ça qu'ils me regardent comme ça ?
« Dégagez ! » j'ordonne d'une voix sèche avec un geste du bras brusque pour les chasser.
Certains obéissent, d'autres non. Je ne me gêne pas pour me glisser entre eux et les bousculer. À court d'idées pour me débarrasser d'eux, je tourne un regard lourd de ressentiment dans leur direction. Entre mes mâchoires serrées, je m'efforce de garder un ton calme pour ne pas les inquiéter.
« Je m'occupe d'elle, c'est bon. »
Dans ma tête, ça sonne plutôt comme : j'ai besoin d'être seule pour lui arracher ses vérités avant de lui faire payer au centuple ce qui vient d'arriver. Elle, c'est Elowen. Je la désigne d'un geste du menton. Elowen, que mon regard surplombe avec colère, ma bouche tordue par la rage. J'aurais voulu ne jamais la revoir. J'aurais voulu ne jamais lui parler de nouveau. J'aurais voulu ne jamais poser encore mes yeux sur elle. La voir me ravive des souvenirs oubliés et des sensations que je ne comprends pas. C'est une masse informe dans ma tête et mon cœur, quelque chose qui ne devrait pas être là ni exister, des réminiscences de ce qui ne sera plus jamais. Des choses d'une Aelle qui n'existe plus et qui est morte à la fin de sa sixième année.
« C'était quoi, ça ? » je balance avec hargne, les poings serrés.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 2 juin 2026, 09:33, modifié 1 fois.
Expression du jour : envenimer la situation
Moi, à cet instant, je ne comprends plus rien. Je n'ai aucune idée de qui je suis, je ne sais plus où je suis, j'ai à peine conscience du monde qui m'entoure, du bruit qui se rapproche, des questions paniquées du groupe de jeunes qui trainait dans la forêt quelques minutes plus tôt, je ne sais pas que je touche le sol, que mon corps est pris de spasme, je ne sais rien de tout ça. J'en ai même oublié ta présence, c'est dire à quel point la douleur que je ressens me terrasse. Incapable de regarder quoi que ce soit autour de moi, je ne peux me raccrocher qu'à une chose : serrer mon stylet runique aussi fort que possible en espérant qu'il m'apporte du réconfort.
Tout est douloureux. Mes muscles sont meurtris, mes tendons tendus, mes yeux coulent à flots, mes os prêts à se briser au moindre souffle de vent, mon cerveau ne réfléchit plus, et mon cœur, mon cœur est pris de soubresauts, les hauts le cœur se saisissent de moi et là, étalée dans l'allée, je me vomis dessus pendant que mon corps continue à convulser. C'est un bien piètre spectacle que j'offre-là, mais j'ai si mal que je suis bien incapable de réfléchir à l'image que je renvoie.
Les secondes passent et, au milieu de mes halètements je me surprends à être capable d'une action et d'une seule : je m'entaille la peau. TW Ma main munie du stylet se rapproche de mon bras gauche et me transperce la chair, faisant gicler le sang autour de moi. Je crois percevoir des hurlements de dégoût, mais suis trop faible pour m'arrêter dessus. Trait après trait, je dessine Uruz, ᚢ, instinctivement, comme si toutes les heures de pratique de la magie runique avaient fini par payer, comme si tracer ces symboles était pour moi une seconde nature, comme si, à présent, j'étais capable de les dessiner alors même que mon cerveau ne parvient pas à prendre de décision. Ces runes font partie de moi et ce stylet est une extension de mon bras.
Tout à coup, la magie prend possession de mon corps et je sens ma force vitale me revenir peu à peu. La douleur est maîtrisée, les convulsions s'arrêtent, je reprends peu à peu mes esprits. Je commence par me redresser, puis prends conscience que tu me parles, enfin, que tu me hurles presque dessus, mais pour l'heure je suis bien incapable de comprendre ce que tu me baragouines dans les tympans. J'analyse mon environnement, avant toute chose. Des résidus alimentaires maronnâtres recouvrent mon visage et mes cheveux. Je suis couverte de terre. Mes yeux me piquent d'avoir tant pleuré. Mais au moins, mon cœur, lui est en paix. Je relève alors la tête et te fais face.
« C'était quoi, ça ? »
Tu me parles mal, très mal, comme si tu avais envie de me zigouiller sur place, de me faire rôtir et de me jeter aux harpies. Je coince mon regard dans le tien, t'empêchant de détourner les yeux si tu essayais, et je me mets debout, pour être à ta hauteur - ou presque, car ma taille de minimoys n'a malheureusement pas évolué, malgré toutes mes tentatives de ces derniers mois.
« C'est d'ta faute ! C'est toi qui m'as fait ça ! J'sais que t'aimes bien me faire du mal mais là quand même c'était horrible, j'ai cru que j'allais mourir ! Avoue, t'as envie que je crève ? Non, pire, t'as envie de me tuer toi-même ? »
J'en oublie presque que toi aussi, tu as souffert.
Ce disant, je trace sans plus y réfléchir Laguz, ᛚ, dans la paume de ma main, mais sans appuyer, pour que la pluie qui nous tombe dessus soit très légère, juste assez dense pour me rincer le visage et les cheveux.
Tout est douloureux. Mes muscles sont meurtris, mes tendons tendus, mes yeux coulent à flots, mes os prêts à se briser au moindre souffle de vent, mon cerveau ne réfléchit plus, et mon cœur, mon cœur est pris de soubresauts, les hauts le cœur se saisissent de moi et là, étalée dans l'allée, je me vomis dessus pendant que mon corps continue à convulser. C'est un bien piètre spectacle que j'offre-là, mais j'ai si mal que je suis bien incapable de réfléchir à l'image que je renvoie.
Les secondes passent et, au milieu de mes halètements je me surprends à être capable d'une action et d'une seule : je m'entaille la peau. TW Ma main munie du stylet se rapproche de mon bras gauche et me transperce la chair, faisant gicler le sang autour de moi. Je crois percevoir des hurlements de dégoût, mais suis trop faible pour m'arrêter dessus. Trait après trait, je dessine Uruz, ᚢ, instinctivement, comme si toutes les heures de pratique de la magie runique avaient fini par payer, comme si tracer ces symboles était pour moi une seconde nature, comme si, à présent, j'étais capable de les dessiner alors même que mon cerveau ne parvient pas à prendre de décision. Ces runes font partie de moi et ce stylet est une extension de mon bras.
Tout à coup, la magie prend possession de mon corps et je sens ma force vitale me revenir peu à peu. La douleur est maîtrisée, les convulsions s'arrêtent, je reprends peu à peu mes esprits. Je commence par me redresser, puis prends conscience que tu me parles, enfin, que tu me hurles presque dessus, mais pour l'heure je suis bien incapable de comprendre ce que tu me baragouines dans les tympans. J'analyse mon environnement, avant toute chose. Des résidus alimentaires maronnâtres recouvrent mon visage et mes cheveux. Je suis couverte de terre. Mes yeux me piquent d'avoir tant pleuré. Mais au moins, mon cœur, lui est en paix. Je relève alors la tête et te fais face.
« C'était quoi, ça ? »
Tu me parles mal, très mal, comme si tu avais envie de me zigouiller sur place, de me faire rôtir et de me jeter aux harpies. Je coince mon regard dans le tien, t'empêchant de détourner les yeux si tu essayais, et je me mets debout, pour être à ta hauteur - ou presque, car ma taille de minimoys n'a malheureusement pas évolué, malgré toutes mes tentatives de ces derniers mois.
« C'est d'ta faute ! C'est toi qui m'as fait ça ! J'sais que t'aimes bien me faire du mal mais là quand même c'était horrible, j'ai cru que j'allais mourir ! Avoue, t'as envie que je crève ? Non, pire, t'as envie de me tuer toi-même ? »
J'en oublie presque que toi aussi, tu as souffert.
Ce disant, je trace sans plus y réfléchir Laguz, ᛚ, dans la paume de ma main, mais sans appuyer, pour que la pluie qui nous tombe dessus soit très légère, juste assez dense pour me rincer le visage et les cheveux.
Expression du jour : envenimer la situation
Au moment même où les mots quittent ma bouche, je remarque le stylet qu'elle tient dans la main et la rune qu'elle vient de tracer sur sa peau. Je dois faire l'effort de fouiller dans ma mémoire pour me rappeler de signification. Elle sert à raviver la vitalité ou quelque chose dans ce goût-là. À l'époque, j'ai demandé à Elowen de tester toutes ses runes sur moi. Mais je n'ai jamais fait l'expérience de ce qui vient d'arriver, de cette douleur qui m'a perforée, qui a grimpé en moi avant de s'amenuiser. J'en sens encore la trace dans mes nerfs, mes doigts se crispent sans mon accord, des pics de douleur jaillissent régulièrement au creux de ma poitrine. Mais je tiens bon, poings serrés et la colère ancrée au corps, car c'est ma manière à moi de réagir à l'événement surprenant qui vient de se produire.
Elowen parvient à se redresser. Elle bloque son regard dans le mien et je comprends qu'elle ne va pas être gentille, qu'elle va dire des mots qui ne me plairont pas comme elle a pu le faire par le passé. Je serre les mâchoires. Elle bouge et une odeur monte d'elle ; je fronce le nez, remarque le vomis sur ses vêtements. La douleur était-elle donc si forte pour elle ? Ou est-ce moi qui l'ai mieux supporter ? Je me recule d'un demi pas, les sourcils froncés. J'ai beau être criblée de colère, mon esprit cherche encore une explication à tout cela, je questionne la magie, mes connaissances, je prends des notes mentales et quand je termine, Elowen est dressée devant moi et j'ai encore plus envie de disparaître. Ou de lui donner un grand coup dans le visage, je ne sais pas.
Les premiers mots qui sortent de sa bouche m'arrachent un rictus enragé. Sa voix me rappelle des souvenirs, elle aussi. Cette façon qu'elle a de me regarder, le son de ses mots, sa façon de s'exprimer, aussi. Tout me rappelle une vie à laquelle je n'appartiens plus. Evidemment, elle me fait le reproche de ce qui vient d'arriver. J'expire un sourire moqueur par le nez, pas suffisamment fort pour qu'il remplace la colère qui s'inscrit sur mes traits. C'est toujours ça avec elle, si je fais un truc qui ne lui convient pas, c'est de ma faute, c'est évident ! Et elle a cru qu'elle allait mourir. Dramatique, c'est le mot pour la décrire. Elle était déjà comme ça à l'époque mais il me semble que cela ne me dérangeait pas. Je ne parviens pas à me souvenir pourquoi, parce qu'aujourd'hui ça m'inspire un mépris qui n'a de comparable que ma colère.
Mes yeux tombent sur son stylet qu'elle dégaine. Mes doigts se resserrent sur ma baguette magique, je me tends, prête à crier un sortilège qui la repoussera en arrière. Mais avant que je puisse faire quoi que ce soit, une pluie nous tombe dessus. Je cligne plusieurs fois des paupières pour dégager mes yeux des gouttes qui glissent dessus et lève bêtement la tête au-dessus de moi. Est-ce qu'elle fait ça pour m'emmerder ? Ou alors espère-t-elle que ça la nettoiera de son vomi ? L'agacement plisse ma bouche : c'est évident que ça ne fonctionnera pas ! C'est une sorcière, putain, n'est-elle même pas capable de lancer un Tergeo ?!
Je baisse les yeux sur elle. Un rire sans joie traverse mes lèvres. Je bats l'air dans un mouvement colérique du bras.
« Si je voulais te tuer, Livingstone, craché-je méchamment, tu le saurais, t'inquiète pas. Tu te questionnerai pas, tu le sentirai direct. »
Ce que ses inepties me prouvent, c'est au moins qu'elle n'a pas plus d'explication que moi à propos de ce qu'il s'est passé. J'essuie d'un mouvement rageur mon visage sur lequel coule la pluie. Cette pluie idiote m'agace !
« J'ai fait que me défendre de ton putain de serpent ! j'éructe tout à coup d'une voix forte, une voix qui frappe, qui condamne. Pourquoi tu l'as envoyé, hein ?! »
Et contrairement à elle, bien que j'ai le ton haut des colères vives, je ne pars pas dans toute une scène ridicule en imaginant qu'elle me l'a envoyé pour me blesser ou quelque chose dans ce goût-là. Même si je le pense. Et cette fichue pluie ! Soudain, je lève ma baguette magique et dessine furieusement un symbole devant moi. Je crache plus la formule que je ne la prononce.
« Meteorribilis recanto ! »
Les nuages s'éloignent sous mon ordre magique. La pluie cesse. Je soupire de soulagement. Ne reste après cela que la colère qui me tient encore au corps et qui m'empêche, Merlin merci, de pleinement réaliser que j'ai aimé la personne qui se trouve devant moi et que j'ai un jour eu tellement besoin d'elle que j'en garde un souvenir vivace mais particulièrement honteux et désagréable.
Elowen parvient à se redresser. Elle bloque son regard dans le mien et je comprends qu'elle ne va pas être gentille, qu'elle va dire des mots qui ne me plairont pas comme elle a pu le faire par le passé. Je serre les mâchoires. Elle bouge et une odeur monte d'elle ; je fronce le nez, remarque le vomis sur ses vêtements. La douleur était-elle donc si forte pour elle ? Ou est-ce moi qui l'ai mieux supporter ? Je me recule d'un demi pas, les sourcils froncés. J'ai beau être criblée de colère, mon esprit cherche encore une explication à tout cela, je questionne la magie, mes connaissances, je prends des notes mentales et quand je termine, Elowen est dressée devant moi et j'ai encore plus envie de disparaître. Ou de lui donner un grand coup dans le visage, je ne sais pas.
Les premiers mots qui sortent de sa bouche m'arrachent un rictus enragé. Sa voix me rappelle des souvenirs, elle aussi. Cette façon qu'elle a de me regarder, le son de ses mots, sa façon de s'exprimer, aussi. Tout me rappelle une vie à laquelle je n'appartiens plus. Evidemment, elle me fait le reproche de ce qui vient d'arriver. J'expire un sourire moqueur par le nez, pas suffisamment fort pour qu'il remplace la colère qui s'inscrit sur mes traits. C'est toujours ça avec elle, si je fais un truc qui ne lui convient pas, c'est de ma faute, c'est évident ! Et elle a cru qu'elle allait mourir. Dramatique, c'est le mot pour la décrire. Elle était déjà comme ça à l'époque mais il me semble que cela ne me dérangeait pas. Je ne parviens pas à me souvenir pourquoi, parce qu'aujourd'hui ça m'inspire un mépris qui n'a de comparable que ma colère.
Mes yeux tombent sur son stylet qu'elle dégaine. Mes doigts se resserrent sur ma baguette magique, je me tends, prête à crier un sortilège qui la repoussera en arrière. Mais avant que je puisse faire quoi que ce soit, une pluie nous tombe dessus. Je cligne plusieurs fois des paupières pour dégager mes yeux des gouttes qui glissent dessus et lève bêtement la tête au-dessus de moi. Est-ce qu'elle fait ça pour m'emmerder ? Ou alors espère-t-elle que ça la nettoiera de son vomi ? L'agacement plisse ma bouche : c'est évident que ça ne fonctionnera pas ! C'est une sorcière, putain, n'est-elle même pas capable de lancer un Tergeo ?!
Je baisse les yeux sur elle. Un rire sans joie traverse mes lèvres. Je bats l'air dans un mouvement colérique du bras.
« Si je voulais te tuer, Livingstone, craché-je méchamment, tu le saurais, t'inquiète pas. Tu te questionnerai pas, tu le sentirai direct. »
Ce que ses inepties me prouvent, c'est au moins qu'elle n'a pas plus d'explication que moi à propos de ce qu'il s'est passé. J'essuie d'un mouvement rageur mon visage sur lequel coule la pluie. Cette pluie idiote m'agace !
« J'ai fait que me défendre de ton putain de serpent ! j'éructe tout à coup d'une voix forte, une voix qui frappe, qui condamne. Pourquoi tu l'as envoyé, hein ?! »
Et contrairement à elle, bien que j'ai le ton haut des colères vives, je ne pars pas dans toute une scène ridicule en imaginant qu'elle me l'a envoyé pour me blesser ou quelque chose dans ce goût-là. Même si je le pense. Et cette fichue pluie ! Soudain, je lève ma baguette magique et dessine furieusement un symbole devant moi. Je crache plus la formule que je ne la prononce.
« Meteorribilis recanto ! »
Les nuages s'éloignent sous mon ordre magique. La pluie cesse. Je soupire de soulagement. Ne reste après cela que la colère qui me tient encore au corps et qui m'empêche, Merlin merci, de pleinement réaliser que j'ai aimé la personne qui se trouve devant moi et que j'ai un jour eu tellement besoin d'elle que j'en garde un souvenir vivace mais particulièrement honteux et désagréable.
Expression du jour : envenimer la situation
A t'entendre m'appeler Livingstone, mon air se renfrogne et mon visage se ferme encore plus qu'il ne l'est déjà. Ainsi donc tu me vois vraiment comme un lointain souvenir, une chose à des milliers d'années de toi, un être qui t'indiffère au plus haut point... Pour toi, je suis comme les autres. Une mécréante sans la moindre importance, un grain de poussière que tu balaies sur ton passage. T'entendre m'appeler Livingstone comme ça, ça me fout un coup dans les entrailles. J'aurais dû m'en douter, pourtant. Simplement, je te pensais, à tort sans doute, plus humaine que cela... De mon côté, j'ai beau te haïr énormément, jamais je ne remettrai en question notre histoire, et je sais qu'au fond de moi ma colère cache surtout ma douleur. Pas tant la douleur de t'avoir à jamais perdue, non, car ma vie est tellement plus joyeuse sans toi... Mais la douleur du mal qu'on s'est fait, des regrets, la douleur de tous les efforts fournis pour rien du tout, la douleur de n'être plus que des inconnues que la vie fait parfois se recroiser, l'une se souvenant de l'autre uniquement avec amertume, jalousie, dégoût, et bien évidemment plus un soupçon d'amour ne fait partie de l'équation. De la nostalgie, à la rigueur, de l'affection bien camouflée, si l'on veut, mais ça ne va pas au delà, il va sans dire. Quand tu m'appelles Livingstone, c'est pour moi comme si tu me giflais en me disant que nous n'avons aucune valeur à tes yeux, que nous n'en avons même jamais eu, que je n'existe pas pour toi, que tu n'éprouves même pas une once de sympathie à mon égard. Et ça pique, diablement même.
Je t'ai toujours estimée énormément, malgré les apparences. Et j'espérais naïvement que tu en faisais de même. Oh comme j'ai été bête... Croire que moi, Elowen, vaux mieux que n'importe quelle autre personne qui se dresse sur ton chemin, et que, en conséquence, tu éprouves un peu de respect pour moi. Comme j'ai été bête.
Livingstone
J'en suis réduite à ça. Enfin, si je devais reformuler, je dirais sans doute qu'en ce moment, je suis Deadstone. Une pierre, esseulée, morte, immobile au cœur givré.
J'essaie de ne pas lire entre les lignes. Quand tu dis que si tu avais voulu me tuer je le saurais déjà, mon esprit simplet comprend "je te veux du bien", mais je m'efforce de chasser ces pensées commandées uniquement par un maigre espoir de réconciliation et m'en tiens aux faits. Tu veux ma mort, quoi que tu en dises. Tu me le prouves encore aujourd'hui.
« Alors déjà, insulte pas Litchi. Ensuite, j'ai envoyé mon serpent car... J'avais peur de croiser ta route. Et je me suis dit que, si tu étais immobilisée, je pourrais respirer, j'aurais pas à avoir peur que tu m'attaques. C'est peut-être stupide, hein. Mais j'ai juste eu peur. J'avais envie aussi de te voir mais que toi tu puisses pas me voir, comme ça je risquais rien, et moi, j'pouvais t'observer autant que je voulais. Litchi t'aurait pas fait de mal et tu le sais... Son effet est temporaire et sans séquelle. »
Je fronce les sourcils lorsque tu chasses mon joli nuage.
« Bah c'est malin ça, maintenant j'ai plus rien pour me rincer ! Pour la peine, utilise ta magie et débarbouille-moi. »
Je t'ai toujours estimée énormément, malgré les apparences. Et j'espérais naïvement que tu en faisais de même. Oh comme j'ai été bête... Croire que moi, Elowen, vaux mieux que n'importe quelle autre personne qui se dresse sur ton chemin, et que, en conséquence, tu éprouves un peu de respect pour moi. Comme j'ai été bête.
Livingstone
J'en suis réduite à ça. Enfin, si je devais reformuler, je dirais sans doute qu'en ce moment, je suis Deadstone. Une pierre, esseulée, morte, immobile au cœur givré.
J'essaie de ne pas lire entre les lignes. Quand tu dis que si tu avais voulu me tuer je le saurais déjà, mon esprit simplet comprend "je te veux du bien", mais je m'efforce de chasser ces pensées commandées uniquement par un maigre espoir de réconciliation et m'en tiens aux faits. Tu veux ma mort, quoi que tu en dises. Tu me le prouves encore aujourd'hui.
« Alors déjà, insulte pas Litchi. Ensuite, j'ai envoyé mon serpent car... J'avais peur de croiser ta route. Et je me suis dit que, si tu étais immobilisée, je pourrais respirer, j'aurais pas à avoir peur que tu m'attaques. C'est peut-être stupide, hein. Mais j'ai juste eu peur. J'avais envie aussi de te voir mais que toi tu puisses pas me voir, comme ça je risquais rien, et moi, j'pouvais t'observer autant que je voulais. Litchi t'aurait pas fait de mal et tu le sais... Son effet est temporaire et sans séquelle. »
Je fronce les sourcils lorsque tu chasses mon joli nuage.
« Bah c'est malin ça, maintenant j'ai plus rien pour me rincer ! Pour la peine, utilise ta magie et débarbouille-moi. »
Expression du jour : envenimer la situation
Le soleil n'est pas assez fort pour sécher les gouttes de pluie qui roulent sur mon visage et qui refroidissent mon corps. Du plat de la main, j'essuie mon menton mouillé, agacée de sentir l'eau froide s'étaler sur ma peau. Mon regard colérique ne quitte pas celui d'Elowen. J'ai les mâchoires serrées pour m'empêcher de lui hurler tout ce que je souhaite lui hurler — aucun de ces mots ne seraient agréables à entendre mais ils me feraient du bien à moi après ce que je viens de vivre, la surprise de voir son serpent, de le reconnaître, puis la douleur qui a suivi.
J'aurais bien voulu qu'elle la ferme. J'aurais bien voulu qu'elle s'en aille en pleurant, qu'elle me laisse en paix. Mais non, car ce n'est pas Elowen, n'est-ce pas ? Elowen ne lâche rien, Elowen bloque sur des sujets débiles, comme par exemple son putain de serpent qui n'en est pas un. C'est un sortilège ! j'ai envie de lui hurler. C'est une création de la magie ! Il n'est pas vivant, il n'est rien, mets-toi ça dans le crâne et arrête de t'attacher à des choses insignifiantes ! Je me contente de fulminer en silence, les lèvres pincées et le regard flamboyant pendant que sa logorrhée continue. Du moins, jusqu'à ce qu'elle commence à vouloir m'expliquer la raison pour laquelle elle a envoyé son serpent sur moi. Là, la surprise passe sur mon visage puis mes sourcils se froncent méchamment. Elle voulait m'immobiliser ? Elle a peur de moi ? De me croiser ? De me voir ? Il y a une telle incohérence dans son propos qu'un rire s'échappe par mon nez et que je n'ai même pas les mots pour lui dire à quel point son comportement est idiot. Idiot, complètement idiot. Je ne peux pas nuancer mes pensées car je suis trop en colère contre elle. Il ne m'aurait pas fait de mal ?! Et elle me le dit en me regardant droit dans les yeux ?
La suite est fait exprès pour me mettre hors de moi.
Il n'y a pas d'autres explications.
Mes yeux tombent le long de son corps, sur les traces de vomis qui la salissent.
« Que je te..., je bafouille avant de reprendre, la colère donnant de l'impact à mes mots : tu te fous de moi ! »
Ma voix s'élève de nouveau vers le ciel. Ce n'est pas de ma faute. Je ne peux pas la retenir. Tout se mélange dans ma tête, ne reste qu'une colère vive qui met le feu à mon sang. Elle est familière, je l'aime cette colère, je sais quoi en faire, alors je l'embrasse sans me poser la moindre question.
« Je vais pas gaspiller ma magie pour toi ! je crache en serrant les poings. Débrouille-toi ! »
Ses mots tournent dans ma tête. La raison pour laquelle elle m'a envoyé son serpent, les débilités qu'elle a dite. Quoi, je devrais les accepter sans un mot ? Dire d'accord, t'as voulu m'immobiliser avec du venin de serpent, c'est totalement normal ? Hausser les épaules, m'en aller avec un ce n'est pas grave ? Non. Non, je ne vais pas faire ça. Elle a de la chance que je ne dégaine pas ma baguette pour lui faire subir ce qu'elle voulait me faire subir.
« T'es complètement... T'es... »
Un rire m'empêche de dire : complètement folle. Cela l'aurait blessé, je le sais. Je passe une main sur mon visage pour retrouver une contenance. Quand je ramène mes yeux sur elle, tout semble plus clair dans mon esprit.
« C'est pas stupide, je siffle, c'est complètement con. Si tu voulais me voir sans être vue, fallait rester derrière ton putain d'arbre et continuer de m'espionner comme tu le faisais ! » Je désigne l'arbre avec un geste brusque du bras. « Et puis de quel droit tu m'espionnes ? ajouté-je, le ton plus bas et plus bien froid, mon regard noir plongé dans le sien. Et de quel droit tu m'attaques ? »
Tout à coup, l'horreur de ce qui vient d'arriver me frappe. Elle a voulu m'attaquer. Elle l'a fait. Elle l'a fait sans la moindre hésitation. Un grand froid m'envahit. De la colère violente qui me secouait ne reste qu'une rage blanche, silencieuse, et bien plus dangereuse. Je me penche vers Elowen pour prononcer les mots qui s'accumulent derrière mes lèvres. Ma voix a la douceur d'une lame assassine.
« Ne m'attaque plus jamais, Elowen, dis-je à mi-voix. Ne m'attaque plus jamais ou je te jure que tu le regretteras. »
J'aurais bien voulu qu'elle la ferme. J'aurais bien voulu qu'elle s'en aille en pleurant, qu'elle me laisse en paix. Mais non, car ce n'est pas Elowen, n'est-ce pas ? Elowen ne lâche rien, Elowen bloque sur des sujets débiles, comme par exemple son putain de serpent qui n'en est pas un. C'est un sortilège ! j'ai envie de lui hurler. C'est une création de la magie ! Il n'est pas vivant, il n'est rien, mets-toi ça dans le crâne et arrête de t'attacher à des choses insignifiantes ! Je me contente de fulminer en silence, les lèvres pincées et le regard flamboyant pendant que sa logorrhée continue. Du moins, jusqu'à ce qu'elle commence à vouloir m'expliquer la raison pour laquelle elle a envoyé son serpent sur moi. Là, la surprise passe sur mon visage puis mes sourcils se froncent méchamment. Elle voulait m'immobiliser ? Elle a peur de moi ? De me croiser ? De me voir ? Il y a une telle incohérence dans son propos qu'un rire s'échappe par mon nez et que je n'ai même pas les mots pour lui dire à quel point son comportement est idiot. Idiot, complètement idiot. Je ne peux pas nuancer mes pensées car je suis trop en colère contre elle. Il ne m'aurait pas fait de mal ?! Et elle me le dit en me regardant droit dans les yeux ?
La suite est fait exprès pour me mettre hors de moi.
Il n'y a pas d'autres explications.
Mes yeux tombent le long de son corps, sur les traces de vomis qui la salissent.
« Que je te..., je bafouille avant de reprendre, la colère donnant de l'impact à mes mots : tu te fous de moi ! »
Ma voix s'élève de nouveau vers le ciel. Ce n'est pas de ma faute. Je ne peux pas la retenir. Tout se mélange dans ma tête, ne reste qu'une colère vive qui met le feu à mon sang. Elle est familière, je l'aime cette colère, je sais quoi en faire, alors je l'embrasse sans me poser la moindre question.
« Je vais pas gaspiller ma magie pour toi ! je crache en serrant les poings. Débrouille-toi ! »
Ses mots tournent dans ma tête. La raison pour laquelle elle m'a envoyé son serpent, les débilités qu'elle a dite. Quoi, je devrais les accepter sans un mot ? Dire d'accord, t'as voulu m'immobiliser avec du venin de serpent, c'est totalement normal ? Hausser les épaules, m'en aller avec un ce n'est pas grave ? Non. Non, je ne vais pas faire ça. Elle a de la chance que je ne dégaine pas ma baguette pour lui faire subir ce qu'elle voulait me faire subir.
« T'es complètement... T'es... »
Un rire m'empêche de dire : complètement folle. Cela l'aurait blessé, je le sais. Je passe une main sur mon visage pour retrouver une contenance. Quand je ramène mes yeux sur elle, tout semble plus clair dans mon esprit.
« C'est pas stupide, je siffle, c'est complètement con. Si tu voulais me voir sans être vue, fallait rester derrière ton putain d'arbre et continuer de m'espionner comme tu le faisais ! » Je désigne l'arbre avec un geste brusque du bras. « Et puis de quel droit tu m'espionnes ? ajouté-je, le ton plus bas et plus bien froid, mon regard noir plongé dans le sien. Et de quel droit tu m'attaques ? »
Tout à coup, l'horreur de ce qui vient d'arriver me frappe. Elle a voulu m'attaquer. Elle l'a fait. Elle l'a fait sans la moindre hésitation. Un grand froid m'envahit. De la colère violente qui me secouait ne reste qu'une rage blanche, silencieuse, et bien plus dangereuse. Je me penche vers Elowen pour prononcer les mots qui s'accumulent derrière mes lèvres. Ma voix a la douceur d'une lame assassine.
« Ne m'attaque plus jamais, Elowen, dis-je à mi-voix. Ne m'attaque plus jamais ou je te jure que tu le regretteras. »