2 juin 2026, 23:19
Lonely Day  C.H 
Vendredi 02 Juin 2051
LONDRES
51 New Cavendish Street
Appartement de Christopher Hangoover


Son poing restait suspendu dans les airs, son poignet attrapé par la main glaciale de l’hésitation.
Devant elle, une porte. Tout autour d’elle, l’obscurité d’un couloir. A ses pieds, son sac de voyage. Celui là-même qui l’avait suivi en Pologne… puis ailleurs, et encore ailleurs.
Et le voilà encore avec elle devant la porte de l’appartement de Christopher.

Alice n’avait pas réfléchi. Lorsqu’il avait fallu choisir une destination à rejoindre cette nuit, ses lèvres avaient formulés son adresse. 51 New Cavendish Street, Londres. Elles auraient dû donner celle de l’appartement qu’elle partageait avec Aliosus. Ou encore celle de son frère. Elle n’avait pas réfléchi. Alice n’avait plus envie de réfléchir. Elle voulait se reposer. Oublier. Seulement oublier. Et elle n’avait plus rien sur elle pour y parvenir.

Être ici n’était pas raisonnable.
Rien de ce qu’elle avait fait depuis des semaines n’était raisonnable.
Marcher, marcher encore. Frapper pour ne pas hurler. Hurler pour ne pas vomir. Vomir pour ne pas s’évanouir. Maudire, maudire encore, maudire toujours. Eux, elle, lui, tous ! Mais elle, surtout. Elle qui ne savait plus quoi faire de tout cela.
C’était devenu trop lourd à porter. Ou bien l’était-ce déjà depuis le début ? Ressentait-elle désormais le poids réel de … ça ?
Alice ferma les yeux, fort, si fort qu’elle en vit des étoiles. Ses lèvres s’entrouvrirent pour avaler une grande goulée d’air. Elle déglutit. Un gémissement rauque s’échappa de sa gorge. Cela n’allait pas. Cela n’allait pas. Pas du tout. Elle n’avait rien à faire ici. Il ne fallait pas être ici. Il fallait être en Pologne. Il fallait y retourner, présenter ses excuses, implorer si il le fallait et…
Non.
Non.
Alice n’implorerait pas. Alice ne demanderait pas pardon. Elle n’avait rien à se reprocher. Rien ! Rien du tout. C’était de sa faute à lui ! Pas à elle ! Alice n’avait fait que se défendre face à des semaines de silence ! Qu’aurait-elle dû faire ? Courber l’échine ? Se laisser reléguer au rang de pauvrette écervelée en recherche de sensation forte pour oublier sa cage dorée ? Qu’il aille au Diable. Qu’ils aillent tous au Diable !

Alice claqua les dents dans le vide, arrachant la tête d’un nouveau gémissement pitoyable. Son poing heurta mollement la porte, bientôt rejoint par son front.
Non. Cela n’allait pas. Son cœur battait trop vite. Elle ne devrait pas être ici. Après la Pologne, elle aurait dû rentrer chez elle. Retrouver Aliosus.
Pour faire quoi, Alice ? Lui dire que tu es incapable de porter un poids que tu t’aies mis toute seule sur les épaules ? Que tu ne sais plus que faire de cette douleur, de cette fatigue, de cette rage ? Que tu finiras par lui planter un couteau dans le dos ? Ta famille n’est plus un refuge, Alice. Les tiens t’ont trahi, et toi tu as trahis Aliosus. Oh, que cette cicatrice te va bien au teint, tu ne trouves pas ?

Alice ouvrit grand les yeux sur le bois de la porte. Elle se découvrit haletante, ses yeux larmoyants, sa cicatrice léchée par un courant d'air. Oh non. Cela n’allait pas du tout. Il fallait qu’elle se repose. Là. Maintenant. Il fallait…

Son poing frappa.
Une fois.
Deux fois.
Trois fois.
A la quatrième, Alice eut enfin le courage de s’éloigner de la porte. Naturellement, sa main vint chercher à replacer ses longues boucles blanches.

Jusqu’à ce que la brutalité de sa main attrapant le vide lui rappelle que, de ses soyeuses boucles blanches, il n’en restait qu’un souvenir.

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@Christopher Hangoover, on dirait bien que c'est parti.

Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050

3 juin 2026, 10:07
Lonely Day  C.H 
Ce n'était peut-être une bonne idée de sortir encore ce soir sur son seul jour de congé alors qu'il enchaîne le lendemain avec le service du samedi soir. Mais Christopher aime les mauvaises idées, c'est indéniable. En rentrant chez lui tout à l'heure, il a ôté ses chaussures et a pris le temps de les ranger même si la pièce tanguait. Il s'est contorsionné pour se débarrasser de son pantalon qu'il a fait léviter jusqu'à la corbeille à linge sale. N'ayant pas la force d'en faire de même avec sa veste, il s'est contenté d'ouvrir les boutons. Après ? La fatigue l'a rattrapé et il s'est affalé dans son canapé. Le voici donc désormais, ses grandes jambes nues étalées sur le table basse, la cravate toujours attachée à son cou ; et sur son ventre, un paquet énorme de bonbons dans lequel il pioche à un rythme un peu trop rapide. À quiconque dirait que c'est un manque de style que de mettre une cravate autour de son cou sans avoir de chemise, tout en portant une simple veste bien taillée et rien dessous, il dirait qu'il ne sait pas ce qu'est la mode. Et puis ce soir, ce type, là, a aimé son style. C'était comment, son prénom ? Marco ? Fred ? Quentin ?

Le son d'une guitare électrique résonne dans le salon. Les yeux fermés, les mains en l'air dont l'une tient un long bonbon enduit de sucre, Christopher se fait chef s'orchestre pour suivre le rythme. Son cœur s'envole et se serre en fonction de la musique qu'il vit pleinement.

C'est au moment précis où il ouvre la bouche pour arracher un morceau de sa sucrerie que sa magie le prévient qu'on frappe à la porte. Les gestes de Christopher se suspendent, il ouvre les yeux, à l'affût. D'un coup de baguette, il baisse la musique. Il est une heure du matin. Serait-ce ses insupportables voisins ? Non, impossible : il a mis un sortilège de silence pour écouter la musique à fond ce soir, ce qu'il fait seulement quand il n'a pas envie de les emmerder. Alors peut-être Thomas ? Non, même si sa traque est terminée, il est toujours en charge de la gamine là, sa stagiaire, celle qui a il ne sait plus quel lien avec Lloyd. Avant qu'il ait pu se questionner plus longuement, on frappe encore à la porte. Une fois, deux fois, trois fois. Avant la troisième fois, Christopher s'est levé dans un soupir d'effort. Il sent au dernier moment le paquet de sucreries glisser de son ventre. Il ne peut que le regarder tomber au sol et voir les bonbons s'éparpiller autour et sous la table basse. Christopher jure entre ses dents et jette un regard de dépit à la porte, puis aux bonbons, avant de filer vers l'entrée, pressé par son mystérieux invité surprise.

En pénétrant dans le couloir, Christopher pile net devant le miroir. Ce n'est pas sa veste ouverte sur son torse nu qui le dérange ni même la cravate qui pend autour de son cou ou encore ses jambes nues. Non. C'est son caleçon. Noir. Avec sur ses fesses la trace de deux mains bien familières aux doigts se terminant par de longs ongles, de couleur rouge. Pourquoi fallait-il qu'il porte le caleçons que lui a offert Jude pour ses trente ans juste aujourd'hui ? Christopher grimace, hésite et finit par hausser les épaules. Il est chez lui après tout. Il n'a pas à enfiler un froc juste parce qu'on le dérange en pleine nuit.

Sans attendre, il file jusqu'à la porte. En attrapant la poignée, il se rend compte qu'il a encore ce long bonbon dans la main. Celui qui fait comme une ficelle. Mais il a déjà enclenché la poignée. Et la porte s'ouvre.

Pendant un bref instant, il ne la reconnaît pas. Christopher reste figé dans l'entrée, la tête penchée sur le côté, un peu gêné d'être dans cette tenue devant une jeune fille. La seconde d'après, son cœur s'emballe furieusement. Alice ?. L'étincelle de colère qui fait briller son regard meurt au moment même où il s'aperçoit de son état. Ses larmes dans ses yeux. Ses cheveux court et mal coiffés. La détresse dans son regard. La fragilité de ses traits.

Dès qu'il l'a reconnu, Christopher a croisé les bras devant son bassin dans une vaine tentative de se cacher, tentative aussi vaine qu'inutile. Car le fait d'être presque nu devant elle passe au second plan, au troisième et même au quatrième quand il prend réellement conscience qu'elle est bien là devant lui, elle, sa fiancée qui ne lui a pas donné de nouvelles ou presque depuis un mois alors qu'il avant tant besoin de la voir pour se rassurer ou quelque chose dans son goût là. Elle est là et elle a l'air d'une petite fille désœuvrée avec ses grands yeux mouillés de larmes et son gros sac de voyage à ses pieds. L'inquiétude prend le pas sur tout le reste. Christopher ne réfléchit même pas une seule seconde.

« Alice ? » souffle-t-il en la dévisageant.

L'instant d'après, il ouvre la porte en grand et s'avance d'un pas vers elle. Il interrompt juste à temps son geste, avortant le mouvement avant que sa main termine en coupe autour de sa joue. Pas avec elle. Son bras retombe le long de ses hanches. Son visage exprime toute son inquiétude. Sa bouche s'ouvre sur une question silencieuse. Il n'exprime rien. Il referme la bouche et se penche pour attraper le sac d'Alice par les anses. Quand il se redresse, il s'efface de l'entrée et désigne son salon, au bout du couloir.

« Venez, dit-il à mi-voix. Venez à l'intérieur. »

Le regard vide, elle avance simplement à l'intérieur. Christopher la suit des yeux, peinant à réellement croire en ce qu'il voit. Son cœur est tombé tout au fond de lui et de là il ne sait plus très bien comment battre. Il n'a aucune idée de ce qui se passe. Mais il a compris qu'Alice ne serait jamais venue jusqu'à lui si elle n'avait pas besoin de son aide. Pas après tout ce qui s'est passé entre eux.

Christopher ferme la porte derrière lui et emboîte le pas d'Alice jusqu'au salon.

____
On dirait surtout que tu m'as brisé le coeur, ouais.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

3 juin 2026, 13:59
Lonely Day  C.H 
La porte s’ouvrit sous le regard vide d’Alice. Ses pupilles se dilatèrent sous l’assaut lumineux. Bref rappel du corps à l’esprit : je suis encore en vie.
A moins qu’il ne s’agisse d’un spasme de moribonde ?
Alice se sentait vide, dépouillée de tout ce qui avait pu la faire ressentir un jour. La rage ? La peur ? La honte ? Tout était là, pourtant.

Christopher était là, devant elle. Alice voyait sa silhouette. Alice ne le regardait pas vraiment. Son regard s’était accroché à sa mâchoire, sa vision brouillée par des larmes accumulées. Ses cils en récupèrent quelques une dans un battement. Elle l’entendait s’étonner. Elle vit s’avancer. Elle le sentit s’étonner. Ses lèvres s’entrouvrirent sans que ce soit pour sourire. Son corps se pencha pour récupérer son sac. Alice n’avait toujours pas bougé.
Christopher était là, devant elle, et l’invitait à entrer. Il s’écarta pour la laisser passer. Machinalement, ses jambes se mirent en marche. Le regard restait fixe. Il ne voyait pas tout à fait l’appartement. Il n’était qu’un lieu plus accueillant que les précédents dans lequel se reposer avant…
Avant quoi ?

Alice s’arrêta dans le salon. Dans son dos, Christopher venait de refermer la porte. Elle battit des cils. Une longue inspiration gonfla sa poitrine tendue par le cuir de son armure. Je la porte encore. Elle baissa les yeux sur son plastron, à peine visible sous sa cape. Ce n’est pas polie.
Une main se leva pour la décrocher le drapé noir. Ses doigts se posèrent sur son épaule. J’ai encore mal. Ils s’enroulèrent autour de son os. Il lui semblait encore ressentir la poigne de l’homme. Vous voulez apprendre ? Très bien, miss Sangblanc ! Première leçon : vous respecterez vos aînés et apprendrez à la fermer lorsqu’ils vous le demanderont !

Alice avait essayé. Elle avait sincèrement essayé. Elle aurait dû réussir. Encaisser. Encaisser encore. Et encore. Et encore, par Circée. Alice était forte. Alice avait les épaules solides, elle le savait. Elle pouvait supporter beaucoup.
Mais c’est peut-être trop, désormais.

Son corps restait figé dans le salon. C’était un joli salon. Mais ce n’était pas le sien. Alice ne devrait pas être ici. Alice devrait être chez elle. Avec Aliosus. Pas ici.
Non.
Elle aurait dû être en Pologne, dans cette petite chambre. A attendre que monsieur Atterbury consente à lui prodiguer ses enseignements. C’était ce qu’il avait dit qu’il ferait. Ce n’était pas ce qu’il avait fait.

« Je.. »

Sa voix était pitoyable. Rauque. Étranglée. Alice leva une main tremblante jusqu’à sa gorge. Elle déglutit, pressa ses doigts contre sa peau pour sentir le mouvement de son corps. A moins qu’elle ne cherche son pouls. Rapide. Pas le battement d’une louve. Celui d’une biche. Profitez, ma fille ! Voyez cette expédition comme votre enterrement de vie de jeune fille !.

Sa main remonta jusqu’à ses lèvres. Ses doigts se pressèrent contre ses lèvres. Ses yeux se refermèrent. Les larmes se mirent à couler. L’une d’entre elles vint se ficher dans un arrondi de sa balafre. Alors c’est vrai ? Merlin, c’est vraiment dommage qu’une aussi jolie fille que vous se retrouve avec ça sur le visage. Votre fiancé, il est au courant ? Bah, ce n’est pas comme si il pouvait se permettre d’être trop regardant.

Un gémissement douloureux parvint à franchir la barrière de ses doigts. Alice les pressa plus fort contre ses lèvres. Non. Non. Non. Alice avait tenu. Alice tiendrait encore. Non. Pas de larme. Surtout pas de larme. Pas de larme. Force. Dignité. Force. Dignité. Elle pressa encore, encore, encore. Ses ongles griffèrent sa joue, rencontrèrent les lettres gravées dans sa peau, ils remontèrent pour la cacher. Il fallait la cacher ! Elle, les gémissements, les larmes ! Les mains sur le visage, voilà ! Tout écraser, tout arracher. Les yeux, la bouche, la cicatrice, tout, tout, tout. Un gémissement, encore. Alice écrasa ses poignets contre ses lèvres. Fort. Encore plus fort. Elle avança. Elle avança dans le salon. Non, reculer. Reculer ! Son buste bascula en avant. La gorge grognait. Elle grognait pour ne pas gémir. Sa voix enraillée explosa contre sa peau. Alice pressa encore. Ses ongles accrochèrent ses cheveux, misérables mèches coupés par l’orgueil. Ils tiraient, tiraient encore. Faible petite chose, tiens ! Tiens toi correctement ! Ne cède pas ! La rage, accroche toi s’y, allez ! Elle fit un pas sur le côté. Puis se replaça.
Puis céda.
Ses genoux frappèrent durement le sol. Le choc résonna dans tout son corps. Son buste bascula encore en avant, jusqu’à ce que les mains serrées sur son visage rencontrent le plancher.

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3 juin 2026, 16:17
Lonely Day  C.H 
Elle s'éloigne vers le salon comme une silhouette désincarnée. Christopher ferme la porte sans la quitter du regard, les yeux écarquillés et le cœur battant un peu trop fort dans sa poitrine. Alice l'a habitué à agir de façon tellement différente, surtout les dernières fois qu'ils se sont vus, qu'il n'arrive pas à se remettre du choc de la voir dans cet état. Sans arrêt ses yeux remontent vers sa chevelure courte. Trop courte. Était-ce un choix ? Il la suit sans en avoir guère conscience, avec son sac dans une main et sa friandise à moitié entamée dans l'autre. Pourquoi ne dit-elle rien ? Elle doit avoir besoin de temps, c'est tout. Christopher avance lentement pour ne pas la brusquer. Arrivé dans le salon, il se penche pour déposer le sac devant la porte entrouverte de la chambre. Il jette un coup d’œil vers le lit. Si elle veut dormir ici, il faudra changer les draps. Pourquoi est-ce qu'il pense à ça maintenant ?

Christopher reste là où il est, à quelques pas derrière elle. Il ne pense plus à ses jambes nues, à son caleçon, à sa cravate. Il la regarde comme s'il la découvrait. Ses gestes, sa façon de se tenir. Le cœur de Christopher se serre violemment. Quoi qu'elle lui ait fait ces derniers temps, peu importe la colère que son silence lui a inspiré, peu importe qu'il ait réveillé des peurs viscérales en lui, jamais Christopher ne voudrait la voir réellement souffrir. Et il la connait suffisamment maintenant pour voir dans chacun de ses mouvements une douleur qu'il ne peut pas comprendre. Ce n'est pas une douleur physique. C'est bien plus que cela, n'est-ce pas ?

Inspiré par un courage certain, Christopher enjambe le sac pour s'avancer dans le salon. Il se débarrasse en passant à côté du bar qui sépare la cuisine du séjour du bonbon qui commençait à devenir poisseux entre ses doigts. La sensation est désagréable dans sa main mais il n'a pas le temps de faire quelque chose pour ça. Il contourne Alice silencieusement dans l'intention de lui proposer de s'asseoir sur la canapé. Si elle est immobile, c'est peut-être parce qu'elle n'ose pas le faire d'elle-même ? Elle a la politesse inculquée par sa famille ancrée au corps, cela ne l'étonnerait pas.

Christopher s'avance sur la droite d'Alice, le regard soucieux. Son maigre courage s'effondre brusquement quand il aperçoit la cicatrice. Il se fige, son cœur dégringole à l'intérieur de lui. Elle est si parfaitement visible qu'elle est à elle seule une violence qui ne se décrit pas. À sa plus grande honte, son souffle se coupe dans sa gorge. C'est la première fois qu'il la voit. Aussitôt vu, il s'en détourne, sachant parfaitement bien qu'Alice ne voudrait pas qu'il la regarde avec insistance mais... Elle n'a rien remarqué. Elle reste figée au milieu du salon. Et plantée à quelques pas d'elle, Christopher reste figé aussi à la regarder, désireux de lui laisser l'espace de s'exprimer mais aussi tellement perdu qu'il ne sait pas quoi dire ou faire. Un soupçon d'espoir brille fugacement en lui quand elle ouvre la bouche mais il meurt dès qu'il entend sa voix et devine qu'elle n'arrivera jamais à parler.

Le visage de Christopher se défait quand les premières larmes se mettent à couler. La chaleur grimpe soudainement dans son corps, recouvre sa nuque ; le malaise de voir pleurer une personne qu'il ne sait pas comment réconforter, la douleur de voir cette femme qui a toujours été une emmerdeuse mais une emmerdeuse particulièrement forte s'écrouler devant lui. Sa main qui monte à son visage, qui essaient d'endiguer les pleurs, les râles qui sortent de sa gorge, ses épaules qui se soulèvent, ses doigts qui griffent sa peau, qui recouvrent la cicatrice, le visage, tout, et ce mouvement qu'il lui a déjà vu, ce mouvement pour tirer ses cheveux trop courts à présent pour se faire mal.

Elle ne verra jamais le geste que Christopher fait vers elle pour la retenir au moment où ses ongles s'enfoncent dans sa peau.
Elle n'entendra jamais son murmure, comme une supplique ou un effort vain de lui apporter un soutien.

« Alice... »

Elle ne le verra jamais passer une main dans sa nuque ni ses doigts se crisper sur les muscles de son cou ou son corps tendu par un malaise né non pas de la situation en elle-même mais de son incapacité à lui de savoir comment la réconforter elle.
Elle ne verra jamais le pas vers l'avant qu'il fait quand son corps se met à tanguer. Le bras qui l'entoure à plusieurs centimètres de distance sans jamais la toucher, la peur qui s'inscrit sur le visage de Christopher de la voir tomber.
Elle ne verra jamais le choc sur ses traits quand elle tombe au sol devant lui, juste devant lui.
Elle ne verra jamais l'hésitation brève qui traverse son visage.
Elle ne verra jamais son nez qui se plisse comme à chaque fois qu'il va se mettre à pleurer.

Elle ne verra rien de tout cela. Mais Christopher, lui, ressent et vit toutes ces choses. Et ça lui est insupportable de la voir pleurer, ça lui est insupportable de la voir s'effondrer devant lui, ça lui est insupportable cette douleur brute qu'elle dégage.

Christopher s'accroupit jusqu'à tomber à genoux sur le parquet. Pour la troisième fois de la soirée, il lève le bras et s'immobilise à quelques centimètres de la jeune fille recroquevillée au sol. Cette hésitation lui parait d'une violence extrême. Tout à coup, il prend conscience qu'il n'aurait jamais hésité avec une autre personne. Jamais de la vie. Jamais devant quiconque se serait mis à pleurer comme ça devant lui. Son hésitation lui donne l'impression d'être un monstre. Le monstre qu'est sa mère qui le regardait pleurer quand il était petit sans venir le réconforter. Le monstre qu'est son père quand il le bousculait au lieu de le prendre dans ses bras. Le monstre qu'est Donovan quand il frappe Clinton pour effacer ses larmes. Il se déteste pour ça. Pour son incapacité à l'enlacer, pour le blocage de son corps, pour cette chose viscérale qui renâcle en lui quand il s'imagine s'approcher d'Alice. Il se déteste tellement, tellement, que pendant une fraction de seconde, ça prend absolument toute la place en lui, ça déborde, ça bousille tout, ça le frappe de plein fouet.

« Putain, » craché-t-il dans un murmure qu'il entend à peine.

La seconde d'après, il se penche vers Alice. Sois pas un connard, Chris. Il agrippe son épaule d'un bras, pose son autre main sur sa tête et il la ramène vivement contre lui, sans lui laisser le choix d'un refus, ce qu'il se reprochera plus tard. Il la serre fort, le visage levé vers le plafond plutôt qu'avoir le menton collé contre elle comme il l'aurait avec d'autres. Il ne supporte pas de voir sa tristesse. Il préfère la coller contre lui que de la regarder, que de l'affronter. Serrer la tristesse pour l'avaler, pour l'effacer.

« C'est bon, » affirme-t-il à mi-voix, la gorge entravée par des larmes qu'il ne cherche pas à cacher.

Il ne sait pas pourquoi il dit ça. Non, ce n'est pas bon. Mais il le dit. Et il la serre contre lui, malgré son corps tout entier qui ne désire qu'une chose : s'éloigner le plus rapidement possible, comme si ses cellules comprenaient qu'il n'avait pas le droit de lui apporter ce réconfort là.

« Pleurez, » murmure-t-il encore.

Mais c'est lui qui pleure, le visage levé vers le plafond, parce qu'il n'a jamais su affronter les larmes des autres sans crever de douleur.

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3 juin 2026, 22:13
Lonely Day  C.H 
Lève toi ! Lève toi ! Retiens ses larmes ! Une Sangblanc ne pleure pas, ne t’en souviens-tu pas ? Ne te l’a pas assez dit ? Lève toi, par pitié. Parviendras-tu seulement à revenir sur tes pieds ?

"Quoi ? C’est tout ? Où est donc passé la peste qui me tenait tête, hein ? Vous abandonnez ? Oh… voilà ! Reprenez votre baguette, la leçon n’est pas terminée, ma fille ! Miss Sangblanc ! Allez !"

La douleur de ses ongles pénétrant sa peau ne parvenait pas à dissimuler celle qui pulsait dans tout son corps. Alice ahanait contre ses poignets. Elle respirait mal, les yeux grands ouverts sur les lattes du plancher. Ses cheveux. Elle ne voyait plus ses cheveux. Ils auraient dû retomber tout autour d’elle. Encadrer son visage. Lui offrir une cachette. Personne n’oserait toucher ses cheveux pour tenter d’apercevoir son visage. Face misérable. Abominable petit être de chair. Carcasse tremblante.

Son cœur battait bien trop vite dans sa poitrine. Bien trop fort. Le calmer. Il fallait le calmer. Il allait éclater.
Qu’il éclate.
Les larmes dévalaient la courbe de son nez. Elles tombèrent sur le parquet. Alice les voyait. Alice serra les mâchoires. Sourcils froncés. Dents exhibées. Mords, oui ! La rage ! Déteste ces larmes ! Une Sangblanc ne pleure pas ! Une Sangblanc…
"Alice Hangoover… je déteste. Avouez le : Alice Atterbury sonne bien mieux. Oh, ne faîtes pas cette tête. Je plaisantais. Vous êtes vraiment vilaine lorsque vous faites votre mauvaise tête. "
Une Sangblanc…
"Entre nous, miss Sangblanc… vous avez un peu cherché ce qui s’est passé, hein ?"

Non. Non. Non. Alice n’avait rien cherché du tout. Elle n’avait fait que jouer à un jeu idiot.
Ce n’était qu’un jeu.
Tout n’aurait dû rester qu’un jeu.

"Entre nous, miss Sangblanc…"

Alice ne parvenait plus à s’arrêter. Elle pleurait en silence, grognait pour cacher ses sanglots d’une manière pitoyable. Pitoyable. Pitoyable "Vous êtes pitoyable, ma pauvre fille."
Non. Non, elle ne l’était pas ! Alors debout ! Debout. Il suffisait de… se lever. Avaler ces pitoyables sanglots ! Ces pitoyables larmes ! Et ce cœur ? L’arracher ! A quoi bon le garder si il ne servaient qu’à lui rappeler que son corps lui faisait mal ? Si mal, par Circée. Une longue expiration lui déchira la gorge et s’écrasa contre ses poignets. Une saleté de gémissement. Je veux que ça s’arrête, par pitié.
Mais rien ne s’arrêtait. Rien ne s’arrêterait jamais. Tout n’était que douleur. Corps. Esprit. Pensés. Passé. Présent. Futur. Alice ne serait jamais assez pour supporter tout cela. Ni le mariage. Ni ses vœux de révolution. Ni sa famille. Ni ses proches.
Des proches ? Quels proches ? Que dit-on dans, déjà ? Ah, oui : les amis ne sont que des bijoux dont l’on se serti pour se mettre en valeur.
Aelle ? Léonie ? Orphéa ?
Des bijoux, et pas de bien grandes qualités. A la hauteur de celle qui les possède.
Aucun ami. Un père lâche. Un frère menteur. Un autre manipulateur. Une famille qui avait consenti à la fiancer à un homme plus âgé qu’elle pour se débarrasser de ses caprices. Une balafrée. Laide. Idiote. Faible.
Pitoyable

Le contact d’une main sur son épaule lui fit brutalement fermer les yeux. Debout, allez ! Son corps fut arraché du sol pour percuter un autre. Alice ferma plus fort les yeux. Une chaleur l’enveloppa soudain. Fort. Si fort. Lâchez moi, pitié, lâchez moi.
Son corps ne répondait plus. Plus rien ne répondait. Quelque chose avait cessé de fonctionner en elle.
Cela fait quelques temps déjà.
Ses doigts ne savaient plus quoi cacher. Elle n’arrivait plus à bouger. L’étreinte était trop forte. Bien trop forte. Les bras l’écrasaient. Chauds. Si chauds. Trop chaud. Sa tempe pulsait contre la peau nue.
La peau nue de Christopher.

C’est bon, disait-il.

Pleurez, dit-il encore.

Une Sangblanc ne pleure pas.
Et une Hangoover ?

Ses ongles griffèrent ses joues jusqu’à se planter dans ses tempes.
"Dîtes-moi, miss Sangblanc : vous croyez que vos enfants auront les yeux bridés ? Oh, ne me regardez pas comme ça, c'était une simple question ! Merlin, j’espère qu’ils n’hériteront pas de votre sale caractère."
Non. Non. Non.

Ses yeux s’ouvrirent en grand sur le bras tatoué de Christopher. Elle ahanait contre lui. Elle n’arrivait pas à se calmer. Son coeur, il allait imploser. Ses poumons allaient se percer. Sa gorge l’étranglerait.
Pitoyable.
Les larmes roulaient sans interruption. Ses lèvres entrouvertes cherchaient de l’air. Elles ne reçurent que l’odeur de Christopher. Familière.
Celle de son manteau à Paris alors qu’elle se tenait à son bras pour ne pas glisser sur les dalles gelées.
Celle de son épaule à Godric’s Hollow après qu’elle ai jeté deux verres au visage d’Armand Malfoy.
Celle de sa cigarette lorsqu’il cracha sa fumée au-dessus de leur tête pour évacuer les tentions accumulées face aux deux harpies.
Une odeur familière.

Alice se laissa aller contre lui alors que les gémissements se transformaient en véritables sanglots.

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4 juin 2026, 10:23
Lonely Day  C.H 
Le plafond est de plus en plus flou. Ses yeux se remplissent de larmes qu'il ne cherche pas à ravaler. Les muscles de ses bras sont tendus ; son étreinte ne se desserre pas. Alice tremble contre lui. Les bruits qu'elle fait pour retenir ses pleurs vibrent dans sa poitrine. Il se souvient en avoir eu des semblables à l'époque, il y a un éternité, quand il ne savait pas encore qu'il avait le droit tout simplement de pleurer selon ses désirs.

Le souffle d'Alice est brûlant quand il rencontre sa peau. Christopher a l'impression que chacun de ses muscles lui hurlent de la lâcher. Il n'a pas le droit de la tenir comme ça, pas elle, pas les gens comme elle, ce n'est pas normal pour eux de faire ça. Il a envie de l'éloigner, de sécher ses larmes à l'aide de mots. Mais ce n'est pas comme ça qu'il réconforte, Christopher. Elle n'a rien fait pour se libérer de son étreinte alors il continue de la serrer, le cœur déchiré de voir cette femme dont il n'aurait jamais dû partager la vie s'effondrer devant lui.

Pourquoi ? Qui ? Que s'est-il passé ? Christopher ravale un souffle tremblant et déglutit. Ses bras se resserrent encore un peu autour d'elle. Elle est partie en stage en Pologne. Il n'a rencontré qu'une fois l'homme qui a été son maître de stage et qu'elle a suivi dans ses duels. Un homme de la trempe de Donovan. « Quoi, tu t'inquiètes pour ta jeune fiancée ? a rit son frère quand Christopher l'a questionné sur Atterbury. Arch' est homme de bonne famille, Christie. Un homme comme il faut qui a tout ce qu'il faut où il faut ». Il a eu un sourire de serpent. Christopher a eu envie de lui sauter dessus comme il le faisait quand il était enfant. À la place, il en a voulu à Alice d'être partie sans un mot, le forçant à rendre visite à son frère pour en savoir plus sur le stage qu'il l'a aidé à décrocher. Elle a passé un mois avec Atterbury. Son stage était censé durer plus longtemps. Christopher ne l'attendait pas avant juillet, ce qui d'ailleurs lui inspirait des bouffés de frustration car Alice refusait de répondre à ses lettres. Il voulait seulement lui parler. Qu'ils parlent. Ne vont-ils pas se marier, après tout ? Est-ce Atterbury qui est responsable de son état ou s'est-il passé autre chose ? Et si ça n'avait rien à voir ? Et si elle avait appris une mauvaise nouvelle ? Cela pourrait-il concerner Jacob ? Cela fait un mois que Chris n'a plus aucune nouvelle, Thomas étant lui aussi parti de son côté.

Pourquoi, pourquoi, pourquoi... Il se questionne mais ne trouvera aucune réponse dans son esprit qui tourne en rond. Ce n'est qu'une façon de s'éloigner de la sensation d'Alice contre lui. Son poids pèse sur son dos et une douleur s'éveille déjà dans ses reins, pourtant il ne songe pas un instant à la lâcher. Même s'il n'arrive pas entièrement à se détendre. Il ne cesse de comparer cette étreinte avec les autres qu'il aurait pu avoir avec d'autres personne avec qui il aurait été davantage lui-même, plus détendu, plus à l'aise. Il n'arrive pas à ne pas y penser. C'est là, comme une mauvaise chanson qui reste en tête.

Il sent l'exact moment où Alice cesse de retenir ses pleurs pour sangloter franchement. C'est comme si une barrière était tombée, comme si la digue s'était brisée. Ses râles douloureux se transforment en pleurs. Elle s'affaisse contre lui, son corps comme une poupée de chiffon. Le visage de Christopher se crispe. Il a le malheur de cligner des yeux. Les larmes dévalent ses joues au moment même où sa main glisse sur la tête d'Alice pour la rapprocher encore de lui dans un mouvement désespéré pour retenir ses pleurs déchirants. Calmez vous, a-t-il envie de murmurer, tout va ira bien, je vous promets que tout ira bien. C'est comme ça la vie, tout finit par aller mieux. Voilà, pleurez, comme ça. Il ne dit rien. Ce ne sont que des mots creux, tout ça. Ce ne sont que des mots qui ne l'atteindront pas, qui seraient plus pour lui que pour elle. Lui qui a l'impression que son cœur s'effondre. Il a mal de la voir comme ça. Personne ne devrait pleurer comme ça, personne ne devrait avoir mal de cette façon, personne ne devrait avoir à s'effondrer de la sorte. Personne, pas même cette femme qu'il aurait préféré ne jamais rencontrer.

Des dizaines de paroles passent par l'esprit de Christopher. Des mots qu'il aurait pu dire à d'autres. Je suis là, mon cœur, pour Jude. Je vais pas te lâcher Tommy, je te jure que je te lâcherai pas, je suis là. Pour Lloyd, quand il était au plus bas : c'est bon mec, tu peux tout lâcher. Des mots idiots qu'aucun d'eux n'a sûrement entendu. Mais c'était sa voix, c'était sa voix comme quelque chose pour apaiser leur peine. Christopher a besoin de parler, il a besoin de dire quelque chose, c'est plus fort que lui, il ne peut pas se contenter de la serrer. Pourtant, rien ne vient. Car Alice n'est pas le genre de personne à vouloir des mots creux. Rien ne vient, alors Christopher commence à se balancer d'avant en arrière. Doucement, lentement, inconsciemment.

Ses yeux humides balaient son salon sans savoir que regarder. Sur ses joues, la trace de ses larmes le chatouille. Son regard s'arrête sur son gramophone installé dans un coin. Il se rappelle de cette fois-là dans la chambre au sous-sol de la Fausse Danse ; ses larmes, les bras de Jude et la musique. Une idée germe dans son esprit. Si seulement... Mais Hypnotize se trouve dans l'armoire de son bureau au Pitiponk. Et l'autre... Qu'a-t-elle dit, déjà ? « Celui que je cherche est entièrement noir. Avec un dessin de serpent en bas à droite, comme celui de Serpentard ». Les yeux de Christopher se posent sur le rebord noir d'une pochette de vinyle, vers le milieu de son meuble. Il l'a acheté quelques mois après s'être procuré l'exemplaire qu'il lui a offert à Noël. L'album est juste là, mais... Christopher baisse les yeux sur Alice. Il sent la morsure de ses larmes et de son souffle humide sur sa peau. Il ne peut pas desserrer les bras pour attraper sa baguette. C'est comme une certitude ancrée au fond de lui : s'il le fait, elle se braquera, elle condamnera ses larmes. Alors peut-être que... Il pourrait éventuellement...

Christopher ferme les yeux. Il n'hésite pas une seule seconde. Du fond de sa gorge s'élèvent quelques notes. Ses lèvres sont closes. L'introduction de Nothing Else Matters ne se chante pas. Il ne se souvient pas de toutes les notes, mais suffisamment pour qu'on reconnaisse la mélodie. Le son est si étouffé dans sa gorge qu'Alice ne l'entend sûrement même pas. Qu'importe ? Christopher se concentre sur les vibrations dans sa poitrine, sans cesser de se balancer avec Alice dans ses bras. Quand il se met à chanter, c'est dans un murmure grave et intime.

« So close, no matter how far. Couldn't be much more from the heart. »

Il chante doucement, concentré sur la mélodie mais sans trop en faire, n'ayant pas la force de suivre toutes les nuances de la musique ou de calquer sa voix sur celle de James Hetfield. Il garde la sienne, de voix, basse, profonde, juste un murmure.

« Forever trusting who we are. And nothing else matters. »

La main dans les cheveux d'Alice et l'autre sur son épaule, il continue de chanter les paroles d'une musique qu'il connait par cœur, comme beaucoup d'autres. Une musique qu'il sait compter pour elle. Parce qu'il sait qu'ils ont au moins ce langage en commun, celui de la musique. Même quand ils n'arrivent pas à se parler, même quand ils n'arrivent pas à se comprendre. Et même quand plus aucun mot n'a le moindre sens.

Christopher n'a pas conscience d'avoir baissé la tête. Il n'a pas conscience de chanter désormais ces paroles contre les cheveux d'Alice. Il n'a pas conscience que tout s'est effacé autour de lui. Il n'a pas conscience que même son esprit s'est tu. Il se contente de chanter. Pas aussi bien que lorqu'il a chanté Lonely Day, mais ça ne compte pas. Rien d'autre n'a d'importance que cette musique. Ce n'est peut-être pas la meilleure pour leur situation quand on connait les paroles mais certaines d'entre elles résonnent malgré tout.

« Never cared for what they say. Never cared for games they play. Never cared for what they do. Never cared for what they know. »

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

5 juin 2026, 09:48
Lonely Day  C.H 
Elle ne pouvait pas s’arrêter. Elle n’y arriverait jamais. Elle s’étranglerait dans ses larmes. Voilà tout ce qu’elle méritait. Pleurer jusqu’à en crever. Pleurer comme une abrutie incapable de se retenir. Jamais. Jamais. Incapable. Une incapable. Pleurer. Grogner. Hurler. Frapper. Maudire. Rien qu’une carcasse irradiant une rage dont elle ne savait plus que faire sinon la jeter au visage de ceux qui ne devait surtout pas voir quel monstre vivait en elle.
Aucun monstre ne vit en toi.
Non, bien sûr.
C’était elle.
Dans la forêt avec Aelle, c’était elle qui avait été odieuse.
Sur la place de Godric’s Hollow, c’était elle qui avait jeté ses verres sur la statue.
Partout.
Tout le temps.
C’était elle.
Il n’y avait pas de monstre que les autres nourrissaient. Elle était le monstre osseux et pitoyables qui rôtissaient dans les flammes qu’il générait pourtant.
Il n’y avait qu’Alice, et c’était déjà bien trop pour qu’elle puisse le supporter.

Que Christopher l’écrase, par pitié. Qu’il l’étouffe, elle et ses sanglots, mais surtout elle. Pitié, qu’il fasse taire ces horreurs devenues trop bruyantes. Que cela cesse. Les pleurs. La douleur. Les souvenirs. Qu’il sert, encore ! Alice n’avait plus la force de pleurer. Elle en avait assez. Assez d’être jamais assez. Assez d’être trop pour elle même.

Alice se nicha tout contre Christopher en sentant qu’il s’agitait. Ne me lâchez pas. Ne me lâchez pas. Si vous me lâchez, je m’effondre. Je ne veux plus m’effondrer. Pitié. Ne me…
Il ne la lâchait pas.
Il la gardait tout contre lui, une main sur sa tête, ses doigts dans ses mèches blanches mal coupées.
Alice récupéra l’air que la panique lui avait arraché, sa bouche grande ouverte. Pitoyable. Elle ne s’arrêterait plus jamais. Elle n’y arriverait plus jamais. Il y avait trop à pleurer. Des années de retenue. Des mois de douleurs. Des semaines de contrôle. D’autres semaines encore de perdition. Ne me lâchez pas.

Oh non, VOUS avez provoqué tout cela, Alice ! Comme une grande fille ! Ne vous étonnez pas de vous brûler si vous êtes assez bête pour jouer avec le feu !

Le feu.
Toujours lui.
Alice ne jouait pas avec lui. Alice vivait avec lui en elle depuis des années. Un guide dans l’obscurité. Un bouclier entre elle et le monde. Un carburant pour son corps. Une arme pour sa main. “Je vous conseille de ne pas jouer à ça avec moi, ma fille.” Un bûcher personnel en devenir.
Brûler seule, c’est au moins avoir la certitude que quelque chose brûlera.

« So close, no - »

Ses yeux s’ouvrirent maladroitement sur la peau de Christopher. Sa voix résonnait dans sa poitrine. Alice la sentait comme si c’était la sienne.
Alice reconnu la chanson dés la première note.
Nothing Else Matters.
Sa chanson.

Alice sentit tout son corps se figé.
Christopher chantait.
Il lui chantait sa chanson. La sienne. Celle qu’Imogen et elle avait écouté un soir où tout était trop sombre.
Celle qu’elle avait écoutée, seule, pour mettre des mots sur ses peines.
Celle qu’elle avait cherché à retrouver pour l’écouter ne serait-ce qu’une seule fois, sans jamais y parvenir.
Celle qu’elle avait sincèrement pensé pouvoir retrouver au Pitiponk.
Celle que Christopher lui avait offert pour son anniversaire.
Cette chanson, il lui chantait. Comme il lui avait chanté Lonely Day.

Elle écoutait, ses paupières lourdes, sa gorge douloureuse. Elle écoutait la voix de Christopher comme si il n’y avait que cela.
Il n’y a que cela.
Alice reniflait, et se maudissait de rater la moindre note. Elle ne voulait rien perdre. Elle devait tout entendre. Le clapotement de ses lèvres à chaque mot formulé. Sa gorge se dépliant pour inspirer avant une nouvelle parole. Et surtout, elle voulait ressentir autre chose que sa douleur. Le déploiement de ses poumons. Les battement de son cœur. La chaleur de sa peau. La pression de ses bras.
Ressentir tout ce qui n’était pas elle. Ressentir ce que cela faisait d’être choyée. Ressentir. Seulement ressentir

Alice se surprit à sentir ses lèvres suivre les paroles qu’elles connaissaient par cœur. Sans voix. Chaque mouvement calqué à la perfection sur les mots que chantait Christopher. Parfois, une inspiration tremblante lui faisait perdre la note. Alice la récupérait bien vite.
Ses yeux se refermèrent. Ses lèvres suivaient encore les paroles que Christopher lui chantait.
Parfois, un hoquet douloureux se heurtaient contre ses lèvres, laissant un maudit son pitoyable s’extraire d’entre elle. Alice fermait alors les yeux plus fort encore. Elle ne devait pas rater la moindre parole. Surtout pas. Elle en avait besoin. Elle ne savait pour quelle raison exactement, elle n’était pas même sûre, mais ce corps qui la faisait tant souffrir, cette âme qui voulait s’éteindre, ce cœur qui cherchait à s’arracher à sa poitrine, tous réclamaient une chanson éternelle.

And nothing else matters.
Et rien d’autre n’a d’importance.

Ses ongles s’arrachèrent a leur prise de chair. Ils restaient suspendus au dessus des larmes de sang qui naissaient sur sa peau pâle, tremblant.
Pour la première fois depuis des mois, Alice se sentait vide. Dépouillée de ce trop plein qui menaçait d’exploser. Circée, elle ne ressentait plus rien, sinon sa chanson, portée par un homme contre lequel elle n’aurait jamais dû se lover.

And nothing else matters.
Et rien d’autre n’a d’importance.

Les larmes coulaient en silence, dévalant un visage rougies par les griffures d’une bête acculée. Alice ne cherchait plus à les cacher.

And nothing else matters.
Et rien d’autre n’a d’importance.

Son corps tremblait, épuisé, effrayé, meurtri. Alice ne le ressentait plus tout à fait.

And nothing else matters.
Et rien d’autre n’a d’importance.

Ses lèvres ne suivaient plus les paroles de Christopher. Entrouvertes, elle laissait filtrer quelques expirations et expirations lentes, parfois chevrotantes lorsque ses poumons se déployaient trop fort.
Et, lentement, Alice abandonna car, pour la première fois depuis des mois, sinon des années, elle n’avait plus envie de se battre. Plus la force.
Elle voulait seulement mourir un peu dans des bras chauds qui s’étaient refermés sur elle sans poser de question.
Alice s’était endormie contre Christopher. Et plus rien d’autre n’avait soudain d’importance.

Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050

5 juin 2026, 12:08
Lonely Day  C.H 
Sa gorge lui fait mal mais Christopher ne s'arrête pas. So close, no matter how far. Il se concentre sur les paroles, sur la mélodie et le reste s'éloigne un peu. Il ne sent plus les mouvements infimes qu'il fait d'avant en arrière pour bercer Alice. Couldn't be much more from the heart. Il ne sent plus les muscles douloureux de ses bras à force de la serrer fort. Il ne sent plus la morsure des larmes sur son torse. Il n'entend plus le son de ses pleurs. Forever trusting who we are. Il ne sent plus la douleur dans ses reins et celle qui brûle dans ses genoux pliés. Il n'entend que la musique, imagine les instruments qui l'accompagnent de loin, se concentre sur sa propre voix. No, nothing else matters.

« No, nothing else matters... »

Sa voix s'éteint sur les dernières paroles. Christopher garde les yeux fermés, la tête penchée contre celle d'Alice. Seul le silence lui répond. Alice ne sanglote plus, le bruit de ses pleurs s'est tu. Cela le rassure ; la chanson a fonctionné. Il réapprend à écouter ce qu'il y a autour de lui, à faire attention à où il est, ce qu'il fait, qui il est. Doucement, comme s'il s'éveillait d'un long somme, Christopher bat des paupières. Il aperçoit la tête blanche d'Alice sous lui, son corps replié contre le sien. Pendant un long moment, il ne fait rien. Il reste là, il s'efforce de garder les bras serrés malgré la fatigue, tant physique que mentale. Il n'a pas conscience du fait qu'il n'a plus aucun mal à la tenir, à la bercer. Il n'y pense pas. Il se contente d'attendre car elle finira par dire quelque chose et se redresser mais il préfère lui laisser le temps dont elle a besoin.

Un long moment passe. Sans doute trop long. C'est le temps qu'il faut à Christopher pour comprendre qu'Alice ne se redressera pas et qu'elle ne parlera pas. Il déglutit péniblement pour ravaler la douleur dans sa gorge et relève la tête. Son cœur lui fait toujours mal mais c'est moins dur maintenant qu'elle ne pleure plus. Il se redresse tout doucement, il fait attention. Ses bras se desserrent avec douceur mais ne s'éloignent pas. La tête baissée vers elle, il attend qu'elle s'éloigne. Et commence à s'inquiéter quand il comprend subitement qu'elle n'a pas bougé depuis trop longtemps maintenant.

Christopher grimace quand il éloigne son torse d'elle pour essayer de la regarder. Mais il se fige quand il la sent partir avec lui, contre lui. Comme si... Elle s'est endormie, réalise-t-il tout à coup, avec un coup au cœur. Il n'ose plus bouger, c'est à peine s'il prend la peine de respirer. Maintenant qu'il le sait, il sent effectivement le poids d'un corps que plus rien ne retient : sa tête blanche a glissé tout doucement sur son torse quand il a bougé. Christopher se remet en place pour ne pas qu'elle soit dans une mauvaise position. Elle s'est vraiment endormie ! Son cœur se met à battre rapidement car il ne sait pas quoi faire. Il craint même qu'elle soit réveillée par ses à-coups furieux : elle a après tout la tête sur son torse.

Christopher hésite et réfléchit un moment. Et s'il la réveille en bougeant ? Et si elle a besoin de dormir ? Il se trouve con, de rester dans cette position, mais il n'a aucune idée de quoi faire. Ses pensées se mélangent, s'embrouillent, il s'imagine la réveiller mais oublie aussitôt cette idée idiote. Il réfléchit encore et encore jusqu'à ce que la seule solution possible s'impose à lui. Alors lentement, il enlève la main qui était posée sur sa tête et passe le bras autour d'Alice pour la basculer en arrière. Il est effrayé à l'idée qu'elle se réveille brusquement et le repousse avec violence. Mais cela n'arrive pas. Alice s'affaisse dans ses bras et ne bouge pas même quand il déplie ses jambes pour se redresser.

Christopher la surveillait avec attention, alors lorsque ses yeux passent sur son visage pour avoir la preuve qu'elle s'est belle et bien endormie, il ne peut pas manquer les plaies rougeâtres et le sang qui perle sur sa peau. Son souffle se bloque dans sa gorge dans un hoquet bruyant. Elle s'est blessée... Avec ses ongles ? Il aurait dû la retenir, il savait pourtant qu'elle avait tendance à... Christopher jure entre ses lèvres et n'hésite plus : il se soulève juste assez pour pouvoir glisser son bras sous les jambes d'Alice et il se relève avec elle dans les bras.

Elle devrait peser plus lourd, s'inquiète-t-il alors même que l'effort tire sur ses muscles. Il fait quelques pas maladroits jusqu'au canapé. Ses yeux reviennent sans cesse à Alice. Il s'attend à chaque instant qu'elle ouvre les yeux sur lui. Il le craint jusqu'à ce qu'il se baisse pour la déposer délicatement sur les coussins. Il enlève ses bras, s'assure que ceux d'Alice ne sont pas coincés ou mal placés, lui étend les jambes. Il hésite à lui ôter ses chaussures mais décide finalement de ne rien en faire : elle détesterait certainement. Il ne se permet que deux choses : glisser un coussin sous sa tête et placer une couverture récupérée dans le placard de sa chambre sur son corps.

Elle parait si fragile, étendue sur son canapé. Ses courts cheveux blancs s'étalent autour de sa tête. Ce n'est pas bien difficile de voir qu'ils sont mal coupés. Aucune mèche n'a la même taille. Le visage d'Alice n'a jamais été aussi paisible. Christopher a l'impression de regarder une autre personne. Une enfant. Elle est beaucoup trop jeune pour vivre tout ce qu'elle vit. Son cœur se serre horriblement dans son torse. Elle est beaucoup trop jeune pour être fiancé à lui.

Effrayé par ses pensées, Christopher déglutit péniblement et se tourne dans tous les sens pour trouver trouver sa baguette. Là, sur la table basse. Il l'attrape. Son pied écrase quelque chose de désagréable : les bonbons étalés par terre. Une grimace dégoûtée sur le visage, il envoie tout ça dans l'évier de la cuisine d'un sortilège avant de se concentrer de nouveau sur Alice. C'est que ses plaies l'inquiètent... Elles perlent sur son visage et se détachent sur sa peau blanche. Il ne peut pas les laisser comme cela, n'est-ce pas ? Mal à l'aise, il se penche sur Alice et lance un premier sortilège. La fatigue doit lui peser car il ne se passe rien. Christopher fait l'effort de rassembler ses pensées et de se concentrer. Doucement, il va y arriver. Il essaie une seconde fois. Rien ne se passe. Pendant un instant, il se demande ce qui déconne chez lui, il s'en veut de ne pas être assez puissant, de ne pas... Et tout à coup, il se souvient. Ses épaules s'affaissent, il baisse sa baguette. Thomas le lui a déjà dit, ils en ont longuement discuté car Christopher ne comprenait pas : les Sangblanc sont insensibles aux sorts de soin.

« Merde, » murmure-t-il.

Il ne peut pas la soigner. Désespéré, il se passe la main sur le visage et reste ainsi un moment, le regard caché derrière ses doigts. Nettoyer les plaies à la moldue ? Il baisse la main pour regarder Alice. Lancer un sortilège, c'est un fait. Nettoyer ses plaies à la main ? Il l'aurait fait sans hésitation s'il n'était pas persuadé qu'elle le vivrait mal, très mal. Alors même si ça ne lui plait pas, Christopher accepte qu'il ne peut rien faire de plus. Mais l'émotion qui s'agglutine dans sa gorge et qui pèse sur sa poitrine lui prouve qu'il n'a rien accepté du tout et qu'il n'agit que par dépit.

Là, debout devant le canapé, la solitude frappe Christopher de plein fouet. Le silence hurle dans le salon. Il se passe la main sur le visage, les traits fatigués. Une grande chape de tristesse lui tombe sur les épaules. Pendant un instant, il ne sait plus du tout quoi faire. Quoi faire de tout ça, du poids dans son cœur et de l'inquiétude qui le déchire.

Ses pas le mènent jusqu'au gramophone. Il attrape l'album Metallica du groupe du même nom et l'insère sur l'appareil. Il baisse le son au minimum : il ne veut pas réveiller Alice mais il se dit qu'un fond musical pourrait l'apaiser dans son sommeil. Et lui aussi il en a besoin. De musique, de faire taire le silence. Les premières notes d'Enter Sandman résonnent doucement dans l'appartement. Les épaules de Christopher se détendent. Maintenant, il sait quoi faire.

Déjà, se changer. Morgane, il l'a serrée dans ses bras alors qu'il n'avait ni pantalon ni tee-shirt ! Elle a pleuré sur son torse, elle a respiré contre sa peau. Demain, ils auront tous les deux honte. Christopher brûle d'envie de prendre une douche. Il n'ose pas. Il revient toutes les deux minutes dans le salon vérifier le sommeil d'Alice. Il n'a pas le temps d'une douche. Il devra faire sans. Il se change en vitesse, enfile un large pull et un pantalon confortable. Il attrape son drap sur son lit défait, son coussin et s'en drape pour retourner dans le salon. Christopher aurait sans doute pu se coucher dans son lit et s'endormir là-bas mais l'idée ne lui traverse même pas l'esprit. Il ne peut pas la laisser seule, pas après tout ça. Alors il s'assied au pied du canapé, sur un coussin, le dos appuyé contre le meuble. Il serre ses jambes contre lui, croise les bras sur ses genoux et pose sa tête dessus.

Le visage tourné vers Alice, il regarde longuement ses traits juvéniles. D'infimes mouvements secouent son corps. Des mouvements hachés qui déplacent la couverture sur son corps. Christopher la remet en place à chaque fois. Parfois, il somnole, plonge dans des gouffres profonds desquels les marmonnements d'Alice l'arrachent. Il se redresse alors dans un sursaut et la regarde, la surveille. Il replace la couverture sur elle. Somnole encore. Sursaute quand elle fait un bruit et bouge. Replace la couverture. Puis il recommence. Encore et encore et encore.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

6 juin 2026, 13:42
Lonely Day  C.H 
Alice ouvrit péniblement les yeux. Elle ne voyait pas tout à fait, ou bien de vagues formes et points de lumière. Ses paupières étaient lourdes. Ses membres refusaient de se mouvoir.
My friend of Misery retentissait tendrement, quelque part. Alice referma les yeux pour profiter de la voix puissante du chanteur, véritable caresse pour ses sens. You, you’re smothered in tragedy : you’re out out to save the world.

Une inspiration tremblante déplia ses poumons. Une main se leva pour rejoindre son front. Une douleur pulsait dans sa tête. Ses yeux s’ouvrirent à nouveau. Sa vue demeurait brouillée. Elle fixait un plafond qu’elle ne connaissait pas. Alice n’en éprouva ni panique, ni inconfort, ni inquiétude. James Hetflied chantait encore. La basse s’épanouissait encore paresseusement. La guitare crachotait encore des éclats entêtants. La batterie cognait encore comme un cœur au repos.

Alice ferma encore les yeux. You still stood there screaming. No one caring about these words you tell. Ses doigts s’agitèrent sur son matelas - ou pas tout a fait - pour suivre le rythme. Elle le connaissait, comme elle connaissait celui de chaque chanson de cet album. Dans ses insomnies, Alice s’était entraînée à suivre les accords avec son violon, parfois jusqu’au petit matin. Un exercice qui lui avait toujours fait un bien fou.

A nouveau, Alice ouvrit les yeux. Sa vue ne s’était pas arrangée. Où étaient ses lunettes ? Alice tendit une main vers sa table de chevet. Elle s’étonna de ne trouver que le vide.
Bien sûr.
Elle n’était pas chez elle.

Son bras dans le vide, Alice gardait son regard fixe sur les silhouettes qui s’offraient à sa vue défaillante. Misery. There’s much more to life than what you see. My friend of misery. Une table basse. Un salon. Et elle… sur un canapé. Alice battit des sourcils avec lenteur. My Friend of Misery touchait à sa fin. The Struggle Within serait la suivante. Une véritable épreuve à jouer au violon, celle ci. De ce fait, Alice avait passé des heures à s’y essayer.

Une nouvelle inspiration fit trembler ses lèvres. Elle les roula en refermant les yeux. Alice se sentait vidée. Pas d’énergie. Pas de rage. Pas de peine. Pas de joie. Elle ne ressentait que la guitare mourant dans une dernière note, puis la batterie revenir dans le début de cette nouvelle chanson. Ses doigts sur son front se déplièrent pour masser la base de son cuir chevelu. Une vilaine grimace tira ses traits. C’était douloureux. Et ce n’était pas propre. Alice gratta un peu, les dents serrées. Elle ouvrit les yeux pour observer ses ongles marbrés de vieux sang. Sous eux, de petits fragments de croûtes sèches. Une vague gelée s’abattit sur sa poitrine.

Et, soudain, le souvenir de la veille lui explosa en plein visage.

Reaching out for something you've got to feel, chantait encore James Hetflied. While clutching to what you had thought was real.

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6 juin 2026, 16:53
Lonely Day  C.H 
Christopher finit par se lever. La nuit n'a été qu'une longue série de réveils en sursaut accompagnés de douleurs dans le cou, le dos et les jambes. Dormir sur le sol, ce n'est pas l'idée la plus lumineuse qu'il ait eue. Il ne regrette pourtant rien car il a ainsi pu veiller sur le sommeil d'Alice mais lorsqu'il se lève la première fois, il ne peut retenir un gémissement de douleur : quelque chose dans son cou est bloqué, ça descend jusque dans son omoplate. Les quelques mouvements qu'il fait pour se détendre n'y font rien. La douche qu'il prend ? Elle n'arrange rien non plus : trop courte. Il n'a pas osé rester de longues minutes sous le filet d'eau brûlante de peur de trouver le canapé vide en revenant dans le salon. Après ça, il a bien fallu s'occuper malgré les douleurs, l'ennui et ce malaise ancré au corps, celui d'avoir Alice Sangblanc endormie sur son canapé.

L'album de Metallica résonne dans l'appartement. Les musiques s'enchaînent encore et encore. Cela ne dérange pas Christopher qui a besoin d'avoir un fond musical peu importe ce qu'il fait. Il aimerait mettre le son plus fort, faire résonner la guitare entre les murs pour étouffer un peu ses pensées. Il ne touche évidemment pas au son. Tous ses déplacements dans l'appartement ne réveillent pas Alice mais peut-être qu'une musique plus forte le ferait. Son regard revient souvent à elle. Quand il est dans la cuisine et qu'il se sert un verre d'eau, il la regarde par-dessus le comptoir, vérifie de loin que la couverture qu'il a posé sur elle est toujours en place. Quand il est perché sur l'un des tabourets hauts devant le comptoir et qu'il feuillette un magazine, la joue appuyée sur la paume de sa main, il se tourne régulièrement pour l'observer. Son air juvénile ne la quitte pas, même quand elle bouge ou que des marmonnements lui échappent. Christopher l'a tant et si bien regardée depuis qu'elle est allongée là qu'il a l'impression de ne plus se souvenir de la vraie Alice, celle qui le regarde de haut, qui dresse le menton et qui lui donne envie de s'arracher les cheveux dès qu'elle ouvre la bouche.

Il ressasse ce qu'il s'est passé hier soir. Son arrivée, ses cheveux, sa lutte contre les larmes puis son effondrement soudain. Il pense encore et encore à leurs étreintes, à leurs larmes, celles d'Alice et les siennes. Il se questionne encore et encore sur la raison de tout cela. Une dizaine de scénarios lui passent à l'esprit, allant du pire au plus absurde. Il les rejette un à un. Il verra bien lorsqu'elle se réveillera. L'ennui ne l'aide pas à rester calme. L'abattement qu'il a pu ressentir ces dernières semaines lorsque tout cela devenait trop s'éveille tout doucement en lui, de façon insidieuse, discrète, désagréable. Ça commence avec l'impression que le silence hurle dans ses oreilles alors même que Metallica résonne dans l'appartement. Ça se poursuit avec l'impression de tourner en rond et de ne pas savoir que faire. Christopher se surprend à rester devant la fenêtre un long moment à regarder les voitures passer sans ne rien faire d'autre que de s'enfoncer dans le marasme de ses pensées. Lorsqu'il s'en rend compte, il se secoue, sort une liasse de parchemins et s'installe à la table basse, dos à Alice.

Il ramène toujours du travail du Pitiponk. Cela le détourne de ses pensées de s'occuper des comptes, organiser ses prochaines commandes, préparer le bilan de fin de mois. Jambes croisées, il s'appuie sur la table basse et se penche sur les parchemins étalés devant lui. Il noircit des pages, compte, fait des listes, chantonne doucement pour ne pas réveiller Alice. Le temps passe, un peu.

Il commençait à somnoler lorsqu'un mouvement soudain sur sa droite l'arrache à ses pensées. Christopher sursaute bêtement ; son regard vole en direction d'Alice. Son cœur rate un battement quand il tombe sur ses yeux ouverts. Son bras pend dans le vide. L'autre, elle s'en est servi pour gratter ses plaies, il le remarque parce que celles-ci recommencent à perler sur sa peau. Vermeille sur blanc, ça ne peut que se remarquer. Christopher lâche aussitôt sa plume, il ne prends pas même la peine de la mettre sur son support ou d'essuyer la pointe.

« Attendez..., » dit-il tout doucement, sans élever la voix.

Il s'appuie sur la table pour se redresser à genoux. Il essaie de ne pas avoir l'air trop effrayant mais il ne sait pas comment faire ça. Alors il se contente de sourire, parce que c'est naturel pour lui, de sourire.

« Ne touchez pas, lui conseille-t-il à mi-voix, vous êtes blessée. »

Sa propre main vole jusqu'à ses tempes, comme pour dire : juste là, vous voyez ? Il n'ajoute rien de plus. Elle dort depuis si longtemps. Il a eu le temps durant ces longues heures d'appréhender son réveil autant qu'il l'attendait avec impatience. Il la connait suffisamment maintenant pour savoir qu'elle pourrait tout aussi bien réagir vivement que faire quelque chose qui l'étonnerait complètement. Il craint qu'elle veuille s'enfuir rapidement. Il ne l'empêcherait pas, bien sûr, mais il a besoin de réponse, besoin de pouvoir mettre des mots sur ce qui est arrivé hier soir. Et aussi, besoin de comprendre pour apaiser l'inquiétude qui ne veut pas s'en aller. Il aimerait ne pas la ressentir mais elle est bien là. Une inquiétude vive et profonde qui ressemble un peu trop à celle qu'il pourrait avoir si l'un de ses proches allait mal. Depuis quand considère-t-il Alice comme une proche ? Peut-être depuis le jour où il lui a dit à demi-mot, les mâchoires furieusement bloquées que oui, ils allaient le faire. Ils allaient le faire, se marier.

La regarder dans les yeux, c'est comme regarder en face ce qui est arrivé hier soir, l'étreinte et leurs pleurs, sa chanson, la tendresse qu'il a essayé de lui apporter. Christopher ressent un vif sentiment d'inconfort. Son sourire se transforme en un rictus. Ses lèvres bougent toutes seules, sans son accord. Il a besoin de dire quelque chose, de ne pas prendre le risque de voir le silence perdurer.

« Je vous jure que vous n'avez pas ronflé. »

Même lui se sent idiot entendant ses mots.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER