L'encre de nos émotions
Du 1er au 31 octobre - en heure de colle après les cours.
J'étais installée depuis déjà quelques minutes dans la salle d'étude, un carnet ouvert devant moi et ma plume coincée entre les doigts. Et vu le nombre d'heures que j'allais passer ici pendant les prochains mois, il allait sérieusement falloir que je trouve de quoi m'occuper.
Trois mois de colle.
Toutes mes après-midi après les cours.
Rien que d'y penser, j'avais encore envie de râler, mais puisque je n'avais visiblement aucun moyen d'y échapper, autant essayer d'en tirer quelque chose d'un peu plus intéressant que de compter les pierres sur les murs. C'était justement comme ça que j'avais décidé de profiter de ce mois d'octobre pour me lancer dans un défi que j'avais découvert quelques jours plus tôt : Inktober.
Normalement, le principe était assez simple. Un mot par jour pendant tout le mois d'octobre et il fallait s'en inspirer pour dessiner quelque chose. Sauf que dessiner trente-et-un trucs ne me tentait pas vraiment. Écrire, par contre… ça, c'était déjà beaucoup plus intéressant.
Alors j'avais décidé de changer un peu les règles.
Chaque jour, pendant mes merveilleuses heures de colle, j'allais prendre le mot proposé et écrire ce qu'il m'inspirait dans ce carnet. Pas forcément quelque chose qui m'était arrivé. Ça pouvait être une émotion que je connaissais, une situation que j'imaginais, quelque chose qui me mettait en colère, qui me faisait peur, rire ou réfléchir. Peut-être même certaines choses que je n'arriverais jamais à dire à voix haute mais qui seraient beaucoup plus faciles à confier à quelques feuilles de papier.
Au fond, ça allait devenir une sorte de journal intime un peu bizarre. Trente-et-un mots qui n'avaient parfois absolument rien à voir entre eux, mais trente-et-une occasions de fouiller un peu dans tout ce qu'on pouvait ressentir.
Et puis, pour une fois, mes heures de colle serviraient peut-être à quelque chose.
J'attrapai ma plume, tournai la première page et écrivis la liste des mots qui allaient m'accompagner pendant tout le mois.
1 — Pomme
2 — Relique
3 — Miniature
4 — Cactus
5 — Gifle
6 — Ogre
7 — Panique
8 — Puant
9 — Bélier
10 — Mystique
11 — Sauvetage
12 — Lancer
13 — Fragile
14 — Dame
15 — Hourra
16 — Dégingandé
17 — Machine
18 — Sans aile
19 — Confus
20 — Salon
21 — Héros
22 — Balise
23 — Élégant
24 — Cuire
25 — Fracture
26 — Fermeture éclair
27 — Stupide
28 — Trophée
29 — Défense d'animal
30 — Biscuit
31 — Montrer ses muscles
Je regardai ma liste quelques secondes. Certains mots m'inspiraient déjà. Pour d'autres, j'avais absolument aucune idée de ce que j'allais pouvoir raconter.
Mais j'avais trente-et-une après-midi de colle pour trouver.
Finalement, Pinehead venait peut-être de m'offrir mon mois d'octobre.
Enfin… fallait quand même pas lui dire merci non plus.
469 mots
Désolé du leger retard j'essayerai de poster tout les jours sinon je ferai des regroupements
Dernière modification par Sheryl Zaun le 16 oct. 2026, 08:16, modifié 13 fois.
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«Les bonnes idées changent le monde. Les mauvaises écrivent les légendes.»
L'encre de nos émotions
1 — Pomme
Avant qu'il ne soit trop tard
Je crois que je remets beaucoup trop de choses à plus tard.
Pas seulement mes devoirs, même si là, je reconnais que je suis plutôt douée. Je parle surtout de toutes ces choses qu'on a envie de faire ou de dire et qu'on garde pour demain parce qu'on se dit qu'on aura bien le temps. Aller voir quelqu'un, lui dire qu'il nous manque, s'excuser après une dispute, avouer quelque chose qu'on garde dans un coin de sa tête ou simplement proposer une idée en ayant peur qu'on nous réponde non. On attend le bon moment.
Sauf que c'est quoi, exactement, le bon moment ? Parce que si j'attends de ne plus avoir peur, de savoir exactement quoi dire et d'être certaine que tout va se passer comme je veux, je risque d'attendre très longtemps.
Et puis les choses changent beaucoup plus vite qu'on ne le pense. Des amis peuvent s'éloigner, quelqu'un avec qui on passait toutes ses journées peut soudain être beaucoup moins présent et des moments qu'on trouvait complètement normaux peuvent finir par nous manquer. C'est peut-être ça qui me fait le plus réfléchir : on ne sait jamais vraiment qu'on est en train de vivre un souvenir avant qu'il en devienne un.
Ça me fait penser à une pomme qu'on laisserait de côté parce qu'on attend qu'elle soit parfaitement mûre. On la regarde chaque jour en se disant qu'on la mangera demain, parce qu'elle sera sûrement encore meilleure. Et puis, à force d'attendre le moment parfait, on finit par la retrouver toute abîmée.
Alors je crois que je préfère essayer les choses tant que j'en ai encore l'occasion. Dire ce que j'ai envie de dire, même si je m'embrouille dans mes mots. Faire le premier pas, même si ça me fait un peu peur. Et arrêter de croire que demain sera forcément un meilleur moment qu'aujourd'hui.
Au pire, je me tromperai. Je me prendrai peut-être un non, j'aurai honte pendant cinq minutes ou je regretterai d'avoir essayé.
Mais au moins, je saurai.
Je préfère encore croquer dedans et découvrir qu'elle n'était pas aussi bonne que je l'imaginais plutôt que de passer le reste de ma vie à me demander quel goût elle aurait pu avoir.
376 mots
Dernière modification par Sheryl Zaun le 4 oct. 2026, 10:56, modifié 1 fois.
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2 — Relique
Ce qu'il reste de nous
Je crois que je suis incapable de jeter certaines choses.
Pas les trucs vraiment utiles, évidemment. Ceux-là, bizarrement, j'arrive très bien à les perdre. Mais donnez-moi un vieux bout de parchemin avec trois mots écrits dessus, un bracelet un peu abîmé, un petit cadeau ou n'importe quel objet qui me rappelle quelqu'un et là, tout de suite, ça devient beaucoup plus compliqué.
Parce que pour les autres, ça ressemble sûrement à du bazar. Mais moi, quand je regarde ces objets, je ne vois pas seulement ce qu'ils sont.
Je revois la personne qui me les a donnés. Je me rappelle où j'étais, ce qu'on faisait et parfois même une phrase complètement idiote qu'on avait dite à ce moment-là. C'est assez bizarre d'ailleurs qu'un tout petit objet puisse garder autant de choses à l'intérieur alors qu'il ne sait même pas parler.
J'en ai déjà quelques-uns comme ça dans mes affaires. Des souvenirs de vacances, des cadeaux de mes amis, des petits trucs récupérés pendant des journées que je n'avais surtout pas envie d'oublier. Je pourrais probablement raconter une histoire pour presque chacun d'entre eux. Enfin, sauf pour certains machins qui traînent au fond de ma malle et dont j'ai absolument aucune idée de la provenance. Mais ceux-là, je les garde quand même, au cas où.
Peut-être que dans dix ou vingt ans, je retrouverai ce carnet, ces objets et toutes les petites choses que j'aurai accumulées entre-temps. J'espère que je rirai en me rappelant les bêtises qu'on faisait, les gens que j'aimais et tout ce qui me paraissait tellement important à douze ans.
Les objets finiront sûrement par s'abîmer. Les parchemins jauniront, les bracelets casseront et certaines choses disparaîtront probablement au fond d'une malle.
Ça, ce n'est pas vraiment ce qui me fait peur.
Ce qui me ferait le plus peur, ce serait de retrouver un jour un objet que j'avais autrefois aimé plus que tout, sans même me souvenir de la personne qui me l'avait donné.
334 mots
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3 — Miniature
Ces petits riens qui changent tout
Je crois qu'on attend souvent qu'il se passe quelque chose d'énorme pour décider qu'on a passé une bonne journée. Gagner plein de points pour sa maison, réussir parfaitement un sort, recevoir une super nouvelle ou vivre une aventure qu'on pourra raconter pendant des semaines.
Sauf qu'en y réfléchissant, mes journées préférées ne sont pas forcément celles où il s'est passé quelque chose d'extraordinaire.
Parfois, il suffit qu'une amie me garde une place à côté d'elle à table, que quelqu'un partage ses Chocogrenouilles avec moi ou qu'on me fasse rire alors que j'étais de mauvaise humeur cinq minutes plus tôt.
Ça peut être un compliment lancé comme ça dans un couloir, un petit mot laissé sur un bout de parchemin ou quelqu'un qui remarque qu'on ne va pas très bien sans qu'on ait besoin de lui expliquer pendant trois heures pourquoi.
Ce sont des trucs minuscules. Tellement petits qu'on les oublie parfois presque aussitôt.
Et pourtant, je trouve ça assez dingue de penser qu'on peut changer la journée de quelqu'un sans même s'en rendre compte. Peut-être qu'un sourire qu'on a donné ce matin était exactement ce dont cette personne avait besoin. Peut-être qu'un "viens avec nous" a empêché quelqu'un de passer son repas tout seul. Peut-être même qu'une blague complètement nulle a réussi à faire rire quelqu'un qui n'en avait vraiment pas envie.
Ça veut dire qu'on n'a pas forcément besoin d'accomplir quelque chose d'incroyable pour faire du bien autour de nous. Et ça, j'aime beaucoup comme idée.
Alors je crois que je vais essayer de faire un peu plus attention à tous ces petits riens. Dire les compliments que je pense au lieu de les garder dans ma tête, proposer une place à quelqu'un qui est seul, partager mes bonbons… Bon, peut-être pas tous mes bonbons, faut pas exagérer non plus.
Mais au moins essayer.
Et si aujourd'hui, on n'a pas réussi à changer le monde, on a peut-être quand même réussi à rendre celui de quelqu'un un tout petit peu plus beau.
342 mots
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4 — Cactus
Ceux qui ont appris à se protéger
Je crois qu'il y a des gens qui ressemblent un peu à des cactus.
Dit comme ça, ce n'est probablement pas le compliment du siècle, mais dans ma tête ça en est un. Parce qu'un cactus, ça ne pique pas juste pour embêter les gens qui passent à côté. Ses épines sont là pour le protéger. Et je crois que certaines personnes font exactement pareil.
Il y a ceux qui répondent sèchement quand on essaie de leur parler, ceux qui préfèrent se moquer avant qu'on puisse se moquer d'eux ou qui font comme s'ils n'avaient besoin de personne. Au début, c'est facile de se dire qu'ils ne sont juste pas très sympas et d'aller voir ailleurs. Mais parfois, quand on prend le temps de rester un peu, on découvre qu'il y a autre chose derrière.
Peut-être qu'ils ont déjà fait confiance à quelqu'un qui les a déçus. Peut-être qu'on s'est déjà moqué d'eux quand ils ont essayé d'être eux-mêmes, ou qu'ils ont simplement appris qu'il valait mieux ne pas trop s'attacher pour éviter d'avoir mal après.
Je ne pense pas qu'on puisse arriver devant quelqu'un comme ça et lui demander d'enlever toutes ses épines juste parce qu'on a décidé qu'on était gentil. La confiance, ça ne marche pas comme un sort. On ne peut pas agiter sa baguette, prononcer une formule et décider que maintenant, tout va bien.
Par contre, on peut rester.
On peut arrêter d'essayer de forcer les choses, respecter les moments où la personne n'a pas envie de parler et lui montrer petit à petit qu'on ne compte pas disparaître à la première difficulté. Et peut-être qu'un jour, sans même qu'on s'en rende compte, elle nous laissera approcher un peu plus près.
Bon, ça ne veut pas dire que je vais commencer à faire des câlins aux cactus. Je tiens quand même beaucoup à mes doigts.
Mais pour les gens, je veux bien essayer.
Et parfois, le plus beau cadeau qu'on puisse faire à quelqu'un, ce n'est pas de lui demander d'enlever ses épines, mais de lui montrer qu'on est capable de rester à ses côtés sans lui faire regretter de nous avoir laissé approcher.
368 mots
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5 — Gifle
Tout ce que j'aurais dû te dire
Je ne t'en veux pas d'avoir dit non.
Je crois que c'est important de commencer par ça, parce qu'on a toujours le droit de refuser quelque chose qu'on ne veut pas. Même si la personne en face espérait très fort entendre autre chose, même si elle a mis tout son courage dans une question toute simple et même si, pendant quelques secondes, elle avait imaginé que la réponse pourrait être oui.
Alors non, ce n'est pas ton refus qui m'a fait le plus mal.
C'est tout ce qu'il a réveillé derrière.
Parce qu'avant de parler, j'avais déjà peur. Pas seulement peur que tu me repousses, mais peur que ce que je ressentais soit bizarre, que tu ne me regardes plus pareil après ou que quelque chose change entre nous simplement parce que j'avais laissé sortir une chose que j'aurais peut-être dû garder bien cachée dans ma tête.
Et pendant un instant, j'ai cru voir exactement ce que je redoutais dans tes yeux.
Peut-être que je me suis trompée. J'espère même que je me suis trompée. Mais ça n'a pas vraiment empêché la gifle d'arriver, parce qu'une fois partie, cette peur s'est mise à grandir toute seule. Je me suis demandé si j'aurais mieux fait de me taire, si les autres réagiraient pareil s'ils savaient certaines choses sur moi et s'il existait des morceaux de nous qu'il valait mieux cacher pour continuer à être regardé normalement.
C'est horrible comme un seul moment peut réussir à faire naître autant de questions.
Depuis, je crois que ce qui me fait peur n'est même plus vraiment d'entendre non. Un refus fait mal, évidemment, mais on finit par s'en remettre. Ce qui me terrifie beaucoup plus, c'est de montrer sincèrement une partie de moi à quelqu'un et de découvrir dans son regard que cette partie-là lui donne envie de reculer.
Pourtant, je n'ai pas envie d'apprendre à me cacher.
Je n'ai pas envie de passer mon temps à surveiller ce que je dis, ce que je ressens ou les personnes vers qui mon cœur décide d'aller simplement pour être certaine que personne ne me jugera. Je ne sais même pas encore exactement qui je serai plus tard, alors ce serait quand même terriblement triste de commencer déjà à enlever des morceaux de moi pour devenir quelqu'un de plus facile à accepter.
Peut-être qu'un jour, j'aurai encore peur en disant quelque chose d'important. Peut-être que je me prendrai encore des refus, que certains regards me feront mal et que j'irai pleurer quelque part où personne ne pourra me voir.
Mais j'espère qu'ils ne réussiront jamais à m'apprendre à avoir honte.
Parce qu'un refus peut faire mal quelques jours, mais la vraie gifle serait de passer des années à croire qu'une partie de moi doit rester cachée pour mériter d'être aimée.
474 mots
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6 — Ogre
La faim de toujours plus
Je me demande parfois pourquoi on a toujours envie d'avoir plus que ce qu'on possède déjà.
Quand on est petit, on veut un nouveau jouet, puis un autre, et encore un autre. À Poudlard, ce n'est finalement pas très différent. On veut réussir ses sorts du premier coup, obtenir les meilleures notes, gagner des points pour sa maison, être choisi pour une équipe ou simplement entendre quelqu'un nous dire qu'on a fait quelque chose de formidable. Et quand on y arrive, on est heureux, évidemment, mais parfois ça ne dure pas très longtemps avant qu'on commence à vouloir autre chose.
C'est un peu comme si on avait un ogre installé quelque part dans notre ventre, qui réclamait toujours davantage sans jamais être vraiment rassasié.
Le problème, ce n'est pas d'avoir envie de réussir ou de rêver de grandes choses. Moi aussi, j'ai plein d'idées en tête, et certaines sont probablement beaucoup trop ambitieuses pour mon propre bien. Mais je me demande à partir de quel moment l'envie d'avancer se transforme en une course où l'on ne prend même plus le temps de regarder ce qu'on a déjà accompli.
Parce qu'à force de vouloir être la meilleure partout, on finit peut-être par ne plus apprécier les choses qu'on sait faire. Une bonne note devient décevante parce qu'on aurait pu avoir mieux, une victoire paraît moins belle parce que quelqu'un d'autre a fait davantage et un compliment ne suffit plus parce qu'on espérait en recevoir dix.
Et pendant qu'on court après tout ça, il y a des choses beaucoup plus importantes qui risquent de nous passer sous le nez.
Un repas où l'on aurait pu rire avec ses amis, une promenade qu'on a refusée parce qu'on avait autre chose à faire ou une personne qu'on n'a même pas écoutée parce qu'on était trop occupé à penser à notre prochaine réussite. Le pire, c'est qu'on ne se rend pas forcément compte de ce qu'on est en train de perdre, puisqu'on est persuadé qu'on sera enfin heureux quand on aura obtenu ce qui nous manque.
Sauf qu'une fois qu'on l'obtient, l'ogre réclame déjà son prochain repas.
Je crois que j'aimerais apprendre à lui dire de se taire de temps en temps. Pas abandonner mes rêves ni arrêter de vouloir progresser, mais simplement profiter un peu plus de ce que j'ai sous les yeux. Être fière d'une réussite sans immédiatement chercher comment faire mieux, accepter qu'une journée ordinaire puisse être une très belle journée et surtout ne pas oublier les gens avec qui j'ai envie de partager tout ça.
Parce que si je devais choisir entre avoir tous les trophées de Poudlard et passer une soirée à rire avec les personnes que j'aime, je crois que je préférerais largement la deuxième solution. Même si, bon, quelques trophées en décoration dans ma chambre, je ne dirais pas non non plus.
Finalement, le plus difficile n'est peut-être pas d'obtenir tout ce qu'on désire, mais de reconnaître le moment où l'on possède déjà assez pour être heureux.
507 mots
désolé du retard
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7 — Panique
Et si tout s'arrêtait demain ?
Je crois que notre imagination peut parfois devenir notre pire ennemie, surtout lorsqu'il s'agit des personnes auxquelles on tient.
Il suffit parfois de presque rien. Une amie qui ne vient plus s'asseoir à côté de nous dans la Grande Salle, un hibou qui reste sans réponse ou quelqu'un qu'on avait l'habitude de retrouver tous les jours et qui semble soudain nous éviter. Au début, on essaie de ne pas trop y penser, parce qu'il existe sûrement des dizaines d'explications parfaitement normales.
Sauf que notre tête, elle, préfère souvent imaginer les pires.
Et si j'avais fait quelque chose de mal ? Si elle ne voulait plus me parler ? Si elle avait trouvé des amis plus intéressants que moi ? Alors on repense à nos dernières conversations, on cherche une phrase qu'on aurait pu dire de travers et on finit par avoir cette horrible boule dans le ventre, simplement parce qu'on a peur que quelque chose soit en train de changer.
Je trouve ça terrible, cette façon qu'a la panique de nous faire souffrir pour des choses qui ne sont peut-être même pas arrivées.
À Poudlard, on ne risque heureusement pas de mourir à chaque coin de couloir, même si certains escaliers semblent parfois vouloir nous faire croire le contraire. Mais on peut perdre quelqu'un autrement. Une amitié peut s'effacer, deux personnes qui se racontaient absolument tout peuvent finir par ne plus savoir quoi se dire et quelqu'un qui occupait une place énorme dans notre vie peut devenir presque un inconnu.
Et je crois que c'est encore plus effrayant quand on ne comprend pas pourquoi.
On aimerait pouvoir garder certaines personnes auprès de nous pour toujours, mais les gens changent, grandissent et prennent parfois des chemins différents. On ne peut pas les obliger à rester, pas plus qu'on ne peut lancer un sort pour empêcher une amitié de s'abîmer.
Alors peut-être qu'au lieu de passer mon temps à avoir peur de perdre ceux que j'aime, je devrais profiter davantage des moments où ils sont encore là, leur dire combien ils comptent pour moi et arrêter de croire que demain ressemblera forcément à aujourd'hui.
Parce que le plus triste, finalement, ce n'est peut-être pas de voir quelqu'un s'éloigner de notre vie, mais de réaliser qu'à force d'avoir peur de le perdre, on a oublié de profiter du temps où il était encore là.
400 mots
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8 — Puant
Ça sent l'hypocrisie
Je crois qu'il existe des choses qui sentent beaucoup plus mauvais qu'une Bombabouse oubliée au fond d'un sac.
Et pourtant, croyez-moi, ce n'est pas facile à battre.
Je parle de ces personnes qui vous sourient, vous demandent comment vous allez et font semblant d'être vos amis, mais qui n'attendent qu'une occasion pour raconter des horreurs sur vous dès que vous avez le dos tourné. À Poudlard, les rumeurs voyagent parfois plus vite que les hiboux, et il suffit d'une petite histoire déformée pour que tout un couloir se mette à chuchoter sur quelqu'un.
Ce qui me dérange le plus, ce n'est même pas que les gens puissent avoir une mauvaise opinion de moi. Après tout, je sais très bien que je ne peux pas plaire à tout le monde, et avec toutes les bêtises que je fais, certains ont sûrement de bonnes raisons de lever les yeux au ciel en me voyant arriver. Mais je préfère encore quelqu'un qui me dit franchement ce qu'il pense plutôt qu'une personne qui me fait croire qu'elle m'apprécie pour mieux se moquer de moi ensuite.
Parce que lorsqu'on découvre qu'une personne en qui on avait confiance parlait de nous derrière notre dos, ce ne sont pas seulement ses paroles qui font mal. On commence aussi à repenser à tous les moments passés ensemble, aux secrets qu'on lui a confiés et aux sourires qu'on croyait sincères, en se demandant combien de fois elle s'est moquée de nous sans qu'on s'en aperçoive.
Et je trouve ça vraiment triste de devoir se méfier de quelqu'un avec qui on pensait pouvoir être soi-même.
Je ne dis pas qu'il faut toujours être d'accord avec ses amis ou ne jamais se disputer. Au contraire, je crois qu'une véritable amitié doit aussi permettre de se dire les choses qui dérangent, même quand elles ne font pas plaisir à entendre. Mais il y a une énorme différence entre être honnête avec quelqu'un et utiliser ce qu'on sait de lui pour le blesser.
Alors les gens peuvent bien se donner des airs gentils, distribuer des compliments et sourire à tout le château, ça ne changera pas ce qu'ils font lorsqu'ils pensent que personne ne les regarde.
Parce qu'on peut essayer de cacher la méchanceté sous les plus beaux sourires du monde, il y a des choses qu'aucun parfum ne réussira jamais à faire sentir bon.
398 mots
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9 — Bélier
Et alors, si je tombe ?
Je crois que si j'étais un animal, je serais probablement un bélier. Pas forcément pour les cornes, même si ça pourrait être pratique dans certaines situations, mais surtout parce que j'ai une fâcheuse tendance à foncer tête baissée avant de réfléchir à ce qui pourrait m'arriver. D'ailleurs, à en croire certains adultes, réfléchir avant d'agir serait une excellente idée que je devrais essayer un peu plus souvent.
Bon, ils n'ont peut-être pas complètement tort, mais quand même !
Je me demande pourquoi on passe parfois autant de temps à imaginer tout ce qui pourrait mal tourner au lieu de simplement essayer. On a peur de tomber, de se faire mal, de passer pour un idiot devant tout le monde ou de découvrir qu'on n'est finalement pas aussi doué qu'on l'espérait. Alors on attend le bon moment, on se promet qu'on essaiera plus tard et on regarde les autres se lancer à notre place.
Sauf que moi, je trouve ça encore plus effrayant.
Parce que tomber d'un balai, ça fait mal, c'est sûr. On se retrouve avec les fesses dans l'herbe, quelques bleus et probablement des copains qui se moqueront de nous pendant une bonne semaine. Mais au moins, on peut se relever, recommencer et peut-être réussir au prochain essai. Alors que si on reste tranquillement au sol parce qu'on a trop peur de tomber, on ne saura jamais jusqu'où on aurait pu voler.
Et je crois que c'est pareil pour beaucoup de choses.
J'aimerais intégrer l'équipe de Quidditch de Gryffondor, découvrir des endroits que personne n'a encore explorés et vivre des aventures dont je pourrai me souvenir pendant des années. Je sais bien que je ne réussirai pas tout, que certaines de mes idées finiront probablement en catastrophe et que je risque de me retrouver dans des situations complètement impossibles. Mais franchement, est-ce que ce ne serait pas un peu triste de renoncer à tout ça simplement parce qu'on a peur que les choses tournent mal ?
Parce qu'un échec, même quand il fait mal, finit souvent par devenir un souvenir qu'on peut raconter en rigolant. On se rappelle qu'on s'est vautré, qu'on a eu honte ou qu'on a dû recommencer dix fois avant d'y arriver, mais au moins, on a une histoire à raconter. Tandis que les choses qu'on n'a jamais osé faire, elles, restent dans un coin de notre tête avec cette horrible petite question : Et si j'avais essayé ?
Alors oui, je continuerai sûrement à foncer un peu trop vite, à me prendre quelques murs et à découvrir que certaines idées étaient beaucoup moins brillantes que prévu. J'espère simplement apprendre à distinguer les obstacles qu'il faut contourner de ceux qu'on peut franchir en prenant un peu d'élan.
Et si je tombe, tant pis. Je me relèverai, je râlerai probablement un bon coup et je recommencerai, parce que je préfère mille fois avoir quelques bleus et des souvenirs plein la tête plutôt que des regrets qui ne me quitteront jamais.
Parce qu'au fond, ce qui me ferait le plus peur, ce n'est pas de tomber en essayant d'atteindre mes rêves, mais de découvrir un jour que je les ai abandonnés simplement parce que je n'avais pas osé faire le premier pas.
543 mots
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