L'Abri
Qu’il était bon, de ne plus lutter. Mon rire résonnait sous le kiosque. A moins que ce ne soit dans ma tête ? Le rire m’empêchait de respirer calmement. J’avais beau essayer de prendre de grandes inspirations, mes éclats de rire expulsaient tout l’air que je souhaitais faire rentrer. Alors, dans un cercle infernal, je recommençais. Je manquais d’air, mais je ne cessais pas. Qu’il était bon de rire. Qu’il était bon de pleurer. Paradoxalement, mon corps me faisait souffrir sous la force de ce bouleversement. Mais que cela était-il, comparé au bien être que m’apportaient les rires et les larmes ?
Je me sentis glisser lentement, mon corps ne pouvant plus se porter. Alors le plancher abîmé accueillis mon rire avec dureté. A travers mes yeux plissés, je pouvais apercevoir deux silhouettes. Peut-être que j’avais su à qui elles appartenaient, mais cela ne m’intéressait plus. Plus je les voyais bouger, plus je riais. Et plus je riais, plus je pleurais. Les silhouettes n’étaient rien face à mes fantômes, de cela elles n’avaient pas conscience. Et je riais, je riais car l’incohérence de la situation me frappait. Incohérence ? J’avais oublié laquelle m’avait fait réagir ainsi, mais qu’importe ?
Le cri qui s’échappa d’une des deux silhouettes me glaça le cœur. Soudainement, j’arrêtais de rire, laissant l’éclat fondre au fond de ma gorge. Je respirais laborieusement, j’essayais de déglutir mais cela eu le seul effet de me faire tousser. J’avais mal à la gorge, et sentir ma salive descendre le long de celle-ci me donna la sensation d’une brûlure. Les larmes perlant au coin de mes yeux, les joues humides, je me redressais lentement en grimaçant quand mon corps me cria sa douleur. Avec un soupir tremblant, je m’adossais une nouvelle fois contre la parois du kiosque, essayant de percevoir l’origine de ce cri au travers mon regard trouble.
Ici, adossée contre la colonne de bois, à l’opposé de moi, une frêle silhouette rousse. Là, au beau milieu de notre abris, une forme noir. Cette même forme que j’avais tenté de percuter. Les informations me revenaient lentement. Je reconnu rapidement Aronov et Ame, mes deux incohérences. Le constat était là, mais le rire m’avait quitté. Il n’y avait jamais rien eu de drôle, en y pensant. Il n’y avait rien de drôle à se faire poursuivre par ces gens, par Poudlard.
Je me frottais les yeux avec mes poings, comme un bambin, pour éclaircir mon regard. Lorsque la silhouette d’Aronov devint limpide, je compris soudainement la raison pour laquelle son cri m’avait fait cesser de rire. Sa baguette pendait actuellement inutilement au bout de son bras, mais quelques secondes auparavant… Oui, cette baguette m’avait désignée, et comme la Justice Suprême, Aronov avait crié deux mots. “Petrificus Totalum”;
La signification de ce geste atteignait soudainement mon esprit et la colère déferla dans cœur. Elle m’avait attaqué ! Elle avait osé… Je pris une grande respiration qui se coinça dans ma gorge, me faisant suffoquer. Je sentis mon visage se tordre dans une grimace de haine, tandis que posant ma main la plus valide à terre, je tentais de gravir la distance me séparant de la position debout. Inconsciemment, je me rattrapais brusquement à la barrière boisée pour ne pas chuter en avant. Je fermais les yeux, prise de vertiges.
Dans l’obscurité de mon crâne, le vertige me saisissant était moins puissant, mais toujours présent. Je sentais le monde tourner autour de moi, et je dû me cramponner avec mes deux mains pour ne pas m’effondrer sur mes jambes tremblantes. Le contrecoup de mon éclat de folie m’effraya, mais alors que j’aurais dû cesser toute cette mascarade pour me poser, je crispais plus fort encore mes doigts sur la rambarde, forçant sur mon énergie pour me redresser. Mon dos me tira douloureusement, chacun de mes bleus agissant comme une alarme que j’ignorais. J’avais l’impression que mes doigts cassés m’étaient arrachés, j’ouvrais les yeux pour les fixer sur cette main brisée et j’attendis quelques secondes que se stabilise mon regard.
Je tournais légèrement la tête pour regarder derrière moi. Ame parlait à Aronov. Je leur tournais le dos, soudainement je me rendais compte que ce n’était pas prudent. Mais je ne me sentais pas capable de me retourner sans m’effondrer. Les mots que la jeune japonaise dit me furent incompréhensibles. J’entendais sa voix, mais celle-ci était grave et lente, comme si le monde tournait au ralenti. L’effort que me coûta ce mouvement simple me retourna l’estomac. Sans pouvoir me contrôler, j’accusais la douleur en me pliant vers l’avant, fermant les yeux en sentant la bile remonter le long de ma gorge. Je vomis sur le sol du kiosque, luttant pour ne pas m’écrouler. *Merlin, ça fait mal…*, je n’avais rien à vomir, mais c’était douloureux. Lorsque mes crampes se calmèrent, je crachais une dernière fois et me relevais, essuyant ma bouche de ma manche.
Lorsque je levais les yeux, je les posais sur Aronov. Je la verrouillai de mon regard charbon, les sentant briller sous la colère que je ressentais. J’entendis sans la voir Ame me parler de sa voix ralentie, maintenant près de moi. Je l’ignorais. Il n’y avait qu’Aronov qui comptait. Cette fille qui m’avait attaqué à plusieurs reprises, avec ses mots et sa magie, même si elle avait échoué. Je ne pouvais la laisser m’atteindre à nouveau, derrière la colère et la fatigue, j’étais transi de peur. Je me sentais seule, dans ce grand parc. Je me sentais acculée de tous les côtés, avec ces deux filles. Je me sentais attaqué par les souvenirs que la Gryffondor et la rousse me ramenaient à l’esprit
Ame libérant l’espace devant moi, j’étais libre d’attaquer, de laisser ces émotions sortir de mon corps. En trébuchant, je traversais le kiosque, manquant de m’affaler sur le plancher à chaque pas. Mon regard ne quittait pas Aronov. Étonnement, c’était mon ancrage. Si je me détournais de lui, le monde tournerait à nouveau et je ne pourrais plus avancer. Le visage toujours tordu par la colère, je m’approchais de la jeune fille en fusillant du regard ses yeux gris. Brutalement, je la saisi par les pans de sa cape. J’approchais le corps près de moi, la décollant de la paroi de bois, basculant légèrement sous son poids et avec violence, je la plaquais contre le kiosque. Le choc de coup se répercutait dans le moindre de mes os, mais je ne dis rien. Je recommença le geste : tirer Aronov vers moi, la plaquer violemment, appuyer tout mon poids sur elle. Je sentais que la jeune fille pourrait sans effort se dégager de moi, mais ma colère me donnait des forces que je n’avais pas. Respirant rapidement, j’ouvrais la bouche pour croisser difficilement :
-Ne-m’attaque-plus-jamais… Aronov. Je me rapprochais d’elle, mes mains appuyant sur le haut de son torse. Je te jure que…
Les mots ne voulaient plus sortir. Je regardais la jeune fille dans ses yeux gris dans lesquels j’aurais juré voir passer un éclair de peur. Mon cœur battait vite dans ma poitrine, je fus moi-même effrayé par ma propre colère, par mes propres gestes. Je laissais les larmes couler sur mes joues, épuisée, sans lâcher pour autant l’autre fille. Je n’apprendrais jamais de mes erreurs. Encore une fois, j’étais cette jeune fille qui prenait plaisir à libérer sa colère sur une autre personne. Cette violence était douce, presqu’agréable, et c’est cela qui était effrayant. Je ne me sentais jamais aussi libre que lorsque je sentais une partie de mon corps frapper violemment la personne, lorsque ma colère se libérait telle un oiseau qui s’envolait dans le ciel. C’était bon, et paradoxalement, j’étais effrayé. Je n’étais plus moi. Ou peut-être avais-je peur de me rendre compte que j’étais cette Aelle-là, et non celle que ses parents pensaient douce et réservée avant ces vacances. Maintenant ils savaient, et je les avais perdu eux-aussi, tout comme Elle…
Je restais immobile, les mains crispées sur la cape d’Aronov. Je ne pouvais pas bouger, je ne le voulais pas. Si je m’éloignais, cela voudrait dire que j’avais malmené la fille, qu’encore une fois j’avais libéré le monstre qui gravissait en moi. Je n’y arrivais plus…
Alors que j’hésitais entre plaquer à nouveau Aronov contre la colonne en bois ou la lâcher pour ne pas nourrir mon monstre, un hululement aiguë résonna soudainement sous la voûte du kiosque. Effrayé, revenant à la réalité, je lâchais la jeune fille pour m’éloigner en vitesse. Je me tournais pour me précipiter vers les marches du kiosque. Au loin, à quelques mètres de nous Ame nous tournait le dos, sa valise en main elle semblait partir je ne sais où. Je la regardais d’un regard interdit, avant de lever les yeux vers le ciel, ignorant ma tête qui tournait à nouveau.
Le ciel était d’un bleu magnifique. Les nuages doux de l’hiver planaient doucement sur la toile turquoise, flânant au gré du vent. Alors que mon regard se perdait dans les nuées blanches, un point noir se détacha du ciel pour plonger vers notre kiosque. Un sentiment d’angoisse accélérant les battements de mon cœur, je reculais pour retrouver l’abris en bois. Lorsque le hibou, car c’était un hibou, se posa sur une des rambardes, je tombais en arrière, trébuchant sur mon sac que j’avais abandonné quelques minutes auparavant. Je regardais avec de grands yeux la créature. Celle-ci avait posé ses yeux jaunes sur moi. Son pelage était brun, et je savais pour l’avoir déjà caressé qu’il était aussi doux qu’une peluche.
-Fehu…, constatais-je dans un souffle.
Le hibou avait une lettre accrochée à la patte, et cette constatation me paniqua plus encore. Sans réfléchir, je me retournais précipitamment et rassemblais mes affaires. J’enfila la bandoulière de mon sac derrière mon cou, j’attrapais le balais et mes capes de ma main valide, et me relevais sur mes jambes tremblantes. *Oh non, Merllin non…*, paniquais-je intérieurement. Je devais partir, si le hibou m’avait retrouvé, cela signifiait que ma famille pourrait aussi le faire. Je devais partir le plus loin possible, ne jamais rester au même endroit, ne pas les laisser me… Je me dirigeais à grand pas vers les arbres enneigés lorsque le hibou piailla une nouvelle fois. Je me tournais vers lui. Il me regardait encore. Je me mordais la lèvre, que faire ? Je ne voulais pas que mes parents me retrouvent mais… Mais Fehu était le hibou de Narym… Perdue, je regardais nerveusement Aronov, mon geste maintenant oublié. Nar’ me haïssait sûrement, pourquoi voulait-il me retrouver ? *Parce qu’il t’aime*, me chuchota insidieusement une voix. Non, il ne m’aimera plus quand il aura comprit, il ne pourra plus m’aimer… Je ne savais que faire. Une partie de moi voulait que mon grand-frère me retrouve, elle voulait se blottir contre lui pour l’empêcher de me haïr. Mais mon autre partie souhaitait éviter autant que possible cette famille qu’elle avait blessée, elle ne voulait pas voir son frère, comme ‘Naël, la regarder avec déception et dégoût.
Me sentant dépassé par les événements, je laissais tomber mes affaires au sol. Je fis un pas hésitant vers le hibou qui s’ébouriffa joyeusement en me voyant approcher. Peut-être que je pourrais envoyer une lettre en disant que je ne souhaitais pas les voir ? Un autre pas hésitant me mena près de la créature. Je jetais encore un petit regard à Aronov, cette fois-ci plus pour la surveiller que pour avoir son avis. Je levais ma main valide et d’un geste tremblant, je posais doucement ma main sur la tête du hibou, fermant les yeux en retrouvant cette sensation douce que je connaissais par cœur. Fehu se frotta délicatement contre moi, comme s’il avait compris qu’être trop virulent me ferait fuir. Je connaissais ce hibou depuis toujours, il ne me ferait jamais de mal, mais j’étais effrayé par ce qu’il signifiait. Lentement, je détacha la lettre de sa patte. Le parchemin était froissé, il avait été attaché là sans enveloppe et sans indication. Qu’est-ce que cela signifiait ? Ne faisais-je pas une erreur en perdant du temps à lire cette lettre ? Ignorant ma peur lancinante, j’ouvrais le parchemin avec l’impression que mon cœur allait sortir de ma poitrine.
Les mots prenaient sens sous mes yeux. Des mots emplit de trahison, selon-moi, des mots que j’avais redouté. A l’encre bleu, couleur caractéristique des plumes moldues de Narym, étaient jeté sur le parchemin quelques mots simples mais comportant tant de sens que je froissais la lettre dans ma main douloureuse :
Je crispais mon poing sur le parchemin, ignorant ma douleur. Il m’avait trahis ! Il m’avait appâté avec son hibou, sachant que je ne saurais le fuir. Je fermais les yeux, épuisée. Si je me dépêchais, je pourrais fuir. Narym tomberait sur Aronov mais cette dernière ne saurait rien lui dire. Mon esprit échafaudait un plan à toute vitesse, quand soudainement bang ! le bruit caractéristique d’un transplanage éclata dans mon dos.
Comme au ralenti, je levais mon regard sur Aronov, la suppliant du regard de… Mon regard suppliant voulait que ce bruit ne soit qu’un rêve, qu’il n’y ait personne derrière moi. Peut-être que si je le pensais suffisamment fort, il disparaîtrait, peut-être que lorsque je me retournerais, il n’y aurait personne, peut-être que c’était un coup foireux d’Aronov pour se v…
-Aelle ? Petite soeur…
Je levais ma main gauche vers ma bouche, comme pour retenir un cri qui ne vint jamais. La voix de Narym était grave et douce en même temps, un sublime mélange qui avait toujours su m’attendrir. Aujourd’hui, pour la première fois, cette voix m’effraya plus qu’autre chose. Je me tournais lentement, préférant dorénavant montrer le dos à Aronov qu’à mon frère qui se trouvait être la dernière personne que je souhaitais voir.
Il était là, à quelques mètres de moi. Un homme de grande taille, habillé d’un long manteau moldu noir qui cachait son éternel pantalon bleu, moldu lui aussi. Ses cheveux bruns étaient attachés en catogan, comme souvent. Le plus dur fût de lever les yeux vers son visage. Lorsque j’atteignis son regard couleur miel qui semblait torturé, je reculais lentement jusqu’à percuter la barrière de bois. Je me retrouvais une nouvelle fois près d’Aronov, cette fois-ci à ses côtés. Elle n’était plus ma cible. Je n’en avais plus, dorénavant j’étais la proie, et l’attaquant était cet homme à la voix si douce, ce frère que j’aimais tant mais que je n’avais jamais voulu décevoir. Je cachais ma main blessée derrière mon dos, cachant les vestiges de ma violence à Narym qui serait apeuré de voir les blessures. Cependant, sa peur ne serait pas celle d’un grand-frère découvrant que sa sœur était blessée, non, ce serait celle d’un homme comprenant que celle qu’il considérait comme sa soeur n’était pas une jeune fille douce et aimante. Non, elle était un monstre violent qui avait montré sa véritable apparence de la plus horrible façon qui soit.
Je me sentis glisser lentement, mon corps ne pouvant plus se porter. Alors le plancher abîmé accueillis mon rire avec dureté. A travers mes yeux plissés, je pouvais apercevoir deux silhouettes. Peut-être que j’avais su à qui elles appartenaient, mais cela ne m’intéressait plus. Plus je les voyais bouger, plus je riais. Et plus je riais, plus je pleurais. Les silhouettes n’étaient rien face à mes fantômes, de cela elles n’avaient pas conscience. Et je riais, je riais car l’incohérence de la situation me frappait. Incohérence ? J’avais oublié laquelle m’avait fait réagir ainsi, mais qu’importe ?
Le cri qui s’échappa d’une des deux silhouettes me glaça le cœur. Soudainement, j’arrêtais de rire, laissant l’éclat fondre au fond de ma gorge. Je respirais laborieusement, j’essayais de déglutir mais cela eu le seul effet de me faire tousser. J’avais mal à la gorge, et sentir ma salive descendre le long de celle-ci me donna la sensation d’une brûlure. Les larmes perlant au coin de mes yeux, les joues humides, je me redressais lentement en grimaçant quand mon corps me cria sa douleur. Avec un soupir tremblant, je m’adossais une nouvelle fois contre la parois du kiosque, essayant de percevoir l’origine de ce cri au travers mon regard trouble.
Ici, adossée contre la colonne de bois, à l’opposé de moi, une frêle silhouette rousse. Là, au beau milieu de notre abris, une forme noir. Cette même forme que j’avais tenté de percuter. Les informations me revenaient lentement. Je reconnu rapidement Aronov et Ame, mes deux incohérences. Le constat était là, mais le rire m’avait quitté. Il n’y avait jamais rien eu de drôle, en y pensant. Il n’y avait rien de drôle à se faire poursuivre par ces gens, par Poudlard.
Je me frottais les yeux avec mes poings, comme un bambin, pour éclaircir mon regard. Lorsque la silhouette d’Aronov devint limpide, je compris soudainement la raison pour laquelle son cri m’avait fait cesser de rire. Sa baguette pendait actuellement inutilement au bout de son bras, mais quelques secondes auparavant… Oui, cette baguette m’avait désignée, et comme la Justice Suprême, Aronov avait crié deux mots. “Petrificus Totalum”;
La signification de ce geste atteignait soudainement mon esprit et la colère déferla dans cœur. Elle m’avait attaqué ! Elle avait osé… Je pris une grande respiration qui se coinça dans ma gorge, me faisant suffoquer. Je sentis mon visage se tordre dans une grimace de haine, tandis que posant ma main la plus valide à terre, je tentais de gravir la distance me séparant de la position debout. Inconsciemment, je me rattrapais brusquement à la barrière boisée pour ne pas chuter en avant. Je fermais les yeux, prise de vertiges.
Dans l’obscurité de mon crâne, le vertige me saisissant était moins puissant, mais toujours présent. Je sentais le monde tourner autour de moi, et je dû me cramponner avec mes deux mains pour ne pas m’effondrer sur mes jambes tremblantes. Le contrecoup de mon éclat de folie m’effraya, mais alors que j’aurais dû cesser toute cette mascarade pour me poser, je crispais plus fort encore mes doigts sur la rambarde, forçant sur mon énergie pour me redresser. Mon dos me tira douloureusement, chacun de mes bleus agissant comme une alarme que j’ignorais. J’avais l’impression que mes doigts cassés m’étaient arrachés, j’ouvrais les yeux pour les fixer sur cette main brisée et j’attendis quelques secondes que se stabilise mon regard.
Je tournais légèrement la tête pour regarder derrière moi. Ame parlait à Aronov. Je leur tournais le dos, soudainement je me rendais compte que ce n’était pas prudent. Mais je ne me sentais pas capable de me retourner sans m’effondrer. Les mots que la jeune japonaise dit me furent incompréhensibles. J’entendais sa voix, mais celle-ci était grave et lente, comme si le monde tournait au ralenti. L’effort que me coûta ce mouvement simple me retourna l’estomac. Sans pouvoir me contrôler, j’accusais la douleur en me pliant vers l’avant, fermant les yeux en sentant la bile remonter le long de ma gorge. Je vomis sur le sol du kiosque, luttant pour ne pas m’écrouler. *Merlin, ça fait mal…*, je n’avais rien à vomir, mais c’était douloureux. Lorsque mes crampes se calmèrent, je crachais une dernière fois et me relevais, essuyant ma bouche de ma manche.
Lorsque je levais les yeux, je les posais sur Aronov. Je la verrouillai de mon regard charbon, les sentant briller sous la colère que je ressentais. J’entendis sans la voir Ame me parler de sa voix ralentie, maintenant près de moi. Je l’ignorais. Il n’y avait qu’Aronov qui comptait. Cette fille qui m’avait attaqué à plusieurs reprises, avec ses mots et sa magie, même si elle avait échoué. Je ne pouvais la laisser m’atteindre à nouveau, derrière la colère et la fatigue, j’étais transi de peur. Je me sentais seule, dans ce grand parc. Je me sentais acculée de tous les côtés, avec ces deux filles. Je me sentais attaqué par les souvenirs que la Gryffondor et la rousse me ramenaient à l’esprit
Ame libérant l’espace devant moi, j’étais libre d’attaquer, de laisser ces émotions sortir de mon corps. En trébuchant, je traversais le kiosque, manquant de m’affaler sur le plancher à chaque pas. Mon regard ne quittait pas Aronov. Étonnement, c’était mon ancrage. Si je me détournais de lui, le monde tournerait à nouveau et je ne pourrais plus avancer. Le visage toujours tordu par la colère, je m’approchais de la jeune fille en fusillant du regard ses yeux gris. Brutalement, je la saisi par les pans de sa cape. J’approchais le corps près de moi, la décollant de la paroi de bois, basculant légèrement sous son poids et avec violence, je la plaquais contre le kiosque. Le choc de coup se répercutait dans le moindre de mes os, mais je ne dis rien. Je recommença le geste : tirer Aronov vers moi, la plaquer violemment, appuyer tout mon poids sur elle. Je sentais que la jeune fille pourrait sans effort se dégager de moi, mais ma colère me donnait des forces que je n’avais pas. Respirant rapidement, j’ouvrais la bouche pour croisser difficilement :
-Ne-m’attaque-plus-jamais… Aronov. Je me rapprochais d’elle, mes mains appuyant sur le haut de son torse. Je te jure que…
Les mots ne voulaient plus sortir. Je regardais la jeune fille dans ses yeux gris dans lesquels j’aurais juré voir passer un éclair de peur. Mon cœur battait vite dans ma poitrine, je fus moi-même effrayé par ma propre colère, par mes propres gestes. Je laissais les larmes couler sur mes joues, épuisée, sans lâcher pour autant l’autre fille. Je n’apprendrais jamais de mes erreurs. Encore une fois, j’étais cette jeune fille qui prenait plaisir à libérer sa colère sur une autre personne. Cette violence était douce, presqu’agréable, et c’est cela qui était effrayant. Je ne me sentais jamais aussi libre que lorsque je sentais une partie de mon corps frapper violemment la personne, lorsque ma colère se libérait telle un oiseau qui s’envolait dans le ciel. C’était bon, et paradoxalement, j’étais effrayé. Je n’étais plus moi. Ou peut-être avais-je peur de me rendre compte que j’étais cette Aelle-là, et non celle que ses parents pensaient douce et réservée avant ces vacances. Maintenant ils savaient, et je les avais perdu eux-aussi, tout comme Elle…
Je restais immobile, les mains crispées sur la cape d’Aronov. Je ne pouvais pas bouger, je ne le voulais pas. Si je m’éloignais, cela voudrait dire que j’avais malmené la fille, qu’encore une fois j’avais libéré le monstre qui gravissait en moi. Je n’y arrivais plus…
Alors que j’hésitais entre plaquer à nouveau Aronov contre la colonne en bois ou la lâcher pour ne pas nourrir mon monstre, un hululement aiguë résonna soudainement sous la voûte du kiosque. Effrayé, revenant à la réalité, je lâchais la jeune fille pour m’éloigner en vitesse. Je me tournais pour me précipiter vers les marches du kiosque. Au loin, à quelques mètres de nous Ame nous tournait le dos, sa valise en main elle semblait partir je ne sais où. Je la regardais d’un regard interdit, avant de lever les yeux vers le ciel, ignorant ma tête qui tournait à nouveau.
Le ciel était d’un bleu magnifique. Les nuages doux de l’hiver planaient doucement sur la toile turquoise, flânant au gré du vent. Alors que mon regard se perdait dans les nuées blanches, un point noir se détacha du ciel pour plonger vers notre kiosque. Un sentiment d’angoisse accélérant les battements de mon cœur, je reculais pour retrouver l’abris en bois. Lorsque le hibou, car c’était un hibou, se posa sur une des rambardes, je tombais en arrière, trébuchant sur mon sac que j’avais abandonné quelques minutes auparavant. Je regardais avec de grands yeux la créature. Celle-ci avait posé ses yeux jaunes sur moi. Son pelage était brun, et je savais pour l’avoir déjà caressé qu’il était aussi doux qu’une peluche.
-Fehu…, constatais-je dans un souffle.
Le hibou avait une lettre accrochée à la patte, et cette constatation me paniqua plus encore. Sans réfléchir, je me retournais précipitamment et rassemblais mes affaires. J’enfila la bandoulière de mon sac derrière mon cou, j’attrapais le balais et mes capes de ma main valide, et me relevais sur mes jambes tremblantes. *Oh non, Merllin non…*, paniquais-je intérieurement. Je devais partir, si le hibou m’avait retrouvé, cela signifiait que ma famille pourrait aussi le faire. Je devais partir le plus loin possible, ne jamais rester au même endroit, ne pas les laisser me… Je me dirigeais à grand pas vers les arbres enneigés lorsque le hibou piailla une nouvelle fois. Je me tournais vers lui. Il me regardait encore. Je me mordais la lèvre, que faire ? Je ne voulais pas que mes parents me retrouvent mais… Mais Fehu était le hibou de Narym… Perdue, je regardais nerveusement Aronov, mon geste maintenant oublié. Nar’ me haïssait sûrement, pourquoi voulait-il me retrouver ? *Parce qu’il t’aime*, me chuchota insidieusement une voix. Non, il ne m’aimera plus quand il aura comprit, il ne pourra plus m’aimer… Je ne savais que faire. Une partie de moi voulait que mon grand-frère me retrouve, elle voulait se blottir contre lui pour l’empêcher de me haïr. Mais mon autre partie souhaitait éviter autant que possible cette famille qu’elle avait blessée, elle ne voulait pas voir son frère, comme ‘Naël, la regarder avec déception et dégoût.
Me sentant dépassé par les événements, je laissais tomber mes affaires au sol. Je fis un pas hésitant vers le hibou qui s’ébouriffa joyeusement en me voyant approcher. Peut-être que je pourrais envoyer une lettre en disant que je ne souhaitais pas les voir ? Un autre pas hésitant me mena près de la créature. Je jetais encore un petit regard à Aronov, cette fois-ci plus pour la surveiller que pour avoir son avis. Je levais ma main valide et d’un geste tremblant, je posais doucement ma main sur la tête du hibou, fermant les yeux en retrouvant cette sensation douce que je connaissais par cœur. Fehu se frotta délicatement contre moi, comme s’il avait compris qu’être trop virulent me ferait fuir. Je connaissais ce hibou depuis toujours, il ne me ferait jamais de mal, mais j’étais effrayé par ce qu’il signifiait. Lentement, je détacha la lettre de sa patte. Le parchemin était froissé, il avait été attaché là sans enveloppe et sans indication. Qu’est-ce que cela signifiait ? Ne faisais-je pas une erreur en perdant du temps à lire cette lettre ? Ignorant ma peur lancinante, j’ouvrais le parchemin avec l’impression que mon cœur allait sortir de ma poitrine.
Les mots prenaient sens sous mes yeux. Des mots emplit de trahison, selon-moi, des mots que j’avais redouté. A l’encre bleu, couleur caractéristique des plumes moldues de Narym, étaient jeté sur le parchemin quelques mots simples mais comportant tant de sens que je froissais la lettre dans ma main douloureuse :
Aelle, ne m’en veut pas. J’ai lancé un sort de traçage sur le parchemin. Je viens te chercher. Ne crains rien, je ne te ramène pas à la maison. S’il te plait, ne me fuis pas.
Narym
Je crispais mon poing sur le parchemin, ignorant ma douleur. Il m’avait trahis ! Il m’avait appâté avec son hibou, sachant que je ne saurais le fuir. Je fermais les yeux, épuisée. Si je me dépêchais, je pourrais fuir. Narym tomberait sur Aronov mais cette dernière ne saurait rien lui dire. Mon esprit échafaudait un plan à toute vitesse, quand soudainement bang ! le bruit caractéristique d’un transplanage éclata dans mon dos.
Comme au ralenti, je levais mon regard sur Aronov, la suppliant du regard de… Mon regard suppliant voulait que ce bruit ne soit qu’un rêve, qu’il n’y ait personne derrière moi. Peut-être que si je le pensais suffisamment fort, il disparaîtrait, peut-être que lorsque je me retournerais, il n’y aurait personne, peut-être que c’était un coup foireux d’Aronov pour se v…
-Aelle ? Petite soeur…
Je levais ma main gauche vers ma bouche, comme pour retenir un cri qui ne vint jamais. La voix de Narym était grave et douce en même temps, un sublime mélange qui avait toujours su m’attendrir. Aujourd’hui, pour la première fois, cette voix m’effraya plus qu’autre chose. Je me tournais lentement, préférant dorénavant montrer le dos à Aronov qu’à mon frère qui se trouvait être la dernière personne que je souhaitais voir.
Il était là, à quelques mètres de moi. Un homme de grande taille, habillé d’un long manteau moldu noir qui cachait son éternel pantalon bleu, moldu lui aussi. Ses cheveux bruns étaient attachés en catogan, comme souvent. Le plus dur fût de lever les yeux vers son visage. Lorsque j’atteignis son regard couleur miel qui semblait torturé, je reculais lentement jusqu’à percuter la barrière de bois. Je me retrouvais une nouvelle fois près d’Aronov, cette fois-ci à ses côtés. Elle n’était plus ma cible. Je n’en avais plus, dorénavant j’étais la proie, et l’attaquant était cet homme à la voix si douce, ce frère que j’aimais tant mais que je n’avais jamais voulu décevoir. Je cachais ma main blessée derrière mon dos, cachant les vestiges de ma violence à Narym qui serait apeuré de voir les blessures. Cependant, sa peur ne serait pas celle d’un grand-frère découvrant que sa sœur était blessée, non, ce serait celle d’un homme comprenant que celle qu’il considérait comme sa soeur n’était pas une jeune fille douce et aimante. Non, elle était un monstre violent qui avait montré sa véritable apparence de la plus horrible façon qui soit.
L'Abri
Perdue dans ses sombres pensées, dans cet entortillement noir et mélancolique qui traçait des fils collants et baveux dans son esprit pour l'y piéger, l'y enfermer, elle ne savait plus où elle était. Athéna avait l'impression de tourner, de tomber, de danser, d'être assise et debout, d'entendre un cri muet. Elle était perdue. Une main blanche aux doigts fins qui se posait sur son épaule avec douceur la tira dans un sursaut libérateur de son pathétique apitoiement sur elle-même. Remontant le long du bras recouvert d'un fin tissu, elle reconnu la japonaise qui lui offrait un sourire contrit bien qu'un peu forcé. Elle avais plongée si loin dans son abattement qu'elle avait du mal à s'en sortir, d'ailleurs elle entendit juste la voix calme et atone, relevant simplement le ton un tout petit peu plus doux qu'habituellement sans comprendre les paroles et les mots qui lui étaient adressés, la rouquine en était impressionnée et cela la touchait beaucoup cet effort visible que faisais la jeune fille pour la rassurer était tout ce dont elle avait besoin. Retrouvant un peu son sourire, bien qu'un peu tremblant, elle en fit un cadeau plein d'espoir à Yuzu. Cette dernière se tourna, avec toujours cette expression mal assurée sur le visage, vers la Poufsouffle et s'approcha d'elle sans que la Gryffonne puisse entendre ou même comprendre ce qu'elle disait. D'ailleurs elle n'en faisait même pas l'effort, l'esprit bien trop pris par ses propres pensées qu'elle essayait d'ignorer. Jamais elle n'avait connu un tel sentiment , qui nous coupait du monde de la pire des manières, et elle ne voulait surtout pas retenter l'expérience.
Grimaçant, elle fini par se relever en se promettant de ne plus jamais se laisser happer de la sorte par ses idées noires et ses problèmes. Retrouvant son optimisme et son assurance, la jeune fille fut néanmoins rattrapée par les évenements et le faible sourire qu'elle avait fini par arriver à afficher se fana en trouvant Aelle pliée en deux de l'autre côté du kiosque, vomissant tripes et boyaux, c'était le cas de le dire car seuls des hauts-le-coeur secouant son corps frêle et produisant des bruits horrible étaient perceptibles, rien ne se faisait éjecter de son estomac par ces contractions. Lorsque la brunette releva la tête, Athéna découvrit un visage sale et humide de larmes, des lèvres tremblotantes comme sous un effort surhumain et puis surtout, au-dessus du bras qui était passé pour essuyer la bouche salie de bile, un regard où perçait une légère nausée mais surtout un mépris et une colère qui frappèrent la rouquine en plein coeur.
L'ombre de sourire qui avait encore pu persister sur ses lèvres s'évanouit totalement, et elle eut tout juste le temps de voir sa compagne de maison les quitter, la tête basse et traînant avec lassitude sa valise derrière elle avant que, confirmant à la première année la colère et la violence qu'elle avait cru déceler dans les yeux noirs de sa vis-a-vis l'instant d'avant, la brunette ne s'avance vers elle d'un pas trébuchant qui détourna son attention de la tristesse manifeste de Yuzu. Athéna ne savait pas si elle devait se précipiter pour aider la jeune sorcière, où qu'elle veuille aller, ou la laisser faire, devinant que la fierté de l'autre fille ne la laisserait pas l'aider. Puis, quand elle croisa son regard haineux elle comprit que si elle s'avançait vers elle ce n'était pas pour accepter son aide ou l'amitié que la rousse serait prête à lui donner si seulement elle lui demandait. Acceptant son juste châtiment après son geste, la jeune fille baissa la tête et laissa retomber ses épaules, se promettant quand même de ne pas faire de mal à la Poufsouffle en face et d'essayer de se protéger quand même. Elle fut surprise par le geste de la brunette qui vint se saisir sans douceur des pans de sa cape avant de la tirer vers elle et de la replaquer contre le poteau de bois avec violence. L'onde de choc qui la traversa pour venir secouer jusqu'à ses os fut d'autant plus violente qu'ellen'était pas prévue et n'avait donc pas pu être supporter efficacement. La rouquine aurait facilement pu se dégager de l'emprise de la jeune fille mais elle ne le voulait pas, la pitié ? la compassion ? ou peut-être son instinct qui lui disait que cette enfant aussi perdue qu'elle semblait assurée ne pourrait lui faire du mal la retint ? Elle ne savait pas et s'en fichait un peu, seul son corps malmené et les coups qui la plaquait contre le poteau de bois du kiosque en lui coupant le souffle importait et elle prenait vraiment sur elle pour ne pas envoyer valser cette maigrichonne. Elle ne voulait vraiment pas lui faire de mal et une certaine stupeur aussi l'empêchait de retrouver totalement ses esprits pour ne plus se laisser importuner et malmener de la sorte. Son regard loin d'être amène, du moins encore moins que les précédentes minutes, heures, Athéna ne savait plus, Aelle finit par venir lui souffler au visage, des mots aussi vénimeux que son haleine était fétide.
" - Ne-m’attaque-plus-jamais… Aronov. Son souffle était hâché, comme si ces mots lui coûtait énormément d'efforts et bien que son attitude soit menaçante, la Gryffonne en eut mal au coeur face à ces lèvres tremblotantes.
Elle n'eut même pas le temps de répondre que déjà elle se sentait tirée vers l'avant. Se préparant au choc qui n'allait pas manqué de la percuter, la jeune fille serra les dents et fronca le nez en contractant ses muscles mais rien ne vint. Au contraire, on la laissa aller contre le poteau avec douceur. Rouvrant les yeux pour les baisser au niveau de la brunette, elle l'y découvrit en larmes avec dans les yeux, un désespoir indicible et un profond dégoût de soi-même qui acheva de boulverser la rouquine qui du retenir tant bien que mal ses larmes. C'est alors qu'Athéna entendit un battement d'aile puissant et lent qui s'acheva par un hullulement aigüe sous la voûte de bois à la peinture écaillée du kiosque. A ce bruit, Aelle decrispa enfin ses doigts qui étaient restés accrochés à sa cape et se retourna vers le hibou, s'approchant doucement de lui. C'est alors qu'elle fut comme prise d'un coup de folie. Ignorant superbement le hibou qui avait gardé ses grands yeux dorés fixés sur elle, la première année se mit à rassembler frénétiquement ses affaires, comme prise d'une soudaine crise de panique. La rouquine était définitivement perdue. La jeune sorcière qu'elle venait de rencontrer avait de sérieux problèmes psychologique, c'était certain ! Se promettant de prendre garde à cette jeune fille plus qu'inquiétante, elle s'avoua quand même qu'elle était curieuse de savoir la suite de cette aventure plus qu'intriguante. Puis, comme si la réflexion lui avait apportée une réponse, elle se stoppa et, s'avançant craintivement vers le hibou, elle prit une profonde inspiration avant de détacher le message à sa patte et de le lire.
A sa lecture, elle blanchit encore plus si c'était possible, vira carrément au livide et porta sa main à sa bouche alors que son autre main lâchait le bout de parchemin. *Quelle terrible nouvelle peut donc l'affoler à ce point ?* Se questionna la rouquine, perplexe. Aelle se tourna vers elle avec une peur lancinante au fond de ses yeux bruns. Elle la questionna du regard lorsque retentit un boum qui fit sursauter la jeune fille et rendre la seconde tellement mal à l'aise et apeurée qu'Athéna cru un instant qu'elle allait s'évanouir. Les émotions violentes qui parcouraient le corps frêle qui lui faisait face et les sentiments puissants qui paraissaient la torturer était vraiment difficile à cerner et à supporter pour la première année qui souffrait de ne rien pouvoir faire pour venir en aide à la brunette. Lorsqu'elle se retourna en tremblotant pour lui présenter son dos, la jeune sorcière leva les yeux vers l'origine de ce bruit qui avait retentit dans toute la clairière. Un homme se tenait là, bien droit dans ses vêtements moldus, jetant sur la bipolaire un regard soucieux et aimant qui réchauffa le coeur pourtant serré de la rouquine. Quelqu'un au moins paraissait aimer cet oiseau perdu. Mais pourquoi semblait-elle si effrayée avant de se retourner ? Cet homme paraissait être quelqu'un qu'elle connaissait non ? En plus il pratiquait la magie, oui Athéna était persuadée que ce sorcier habillé en moldu ne voulait vraiment pas de mal à Aelle. Plongée dans ses pensées et ses questionemments, elle ne remit pied sur Terre que lorsque l'homme murmura, avec une infinie douceur qui finit de rasséréner la rouquine :
- Petite soeur..."
Cet homme était donc le frère de la petite brunette qui paraissait totalement affolée quelques secondes auparavant ! Mais quelle soeur pourrait être affolée par l'arrivée, même impromptue, de son fère ? Et puis que pouvais bien contenir ce billet qu'elle avait reçu la seconde précédente et qui l'avait affolée à ce point ? Cette sorcière était un concentré de mystère qui s'amusait à changer d'humeur aussi souvent qu'un ivrogne vidait une bouteille et qui commençait à donner mal à la tête à la petite déesse qui, à force de réfléchir, n'en était que plus perdue. Fronçant les sourcils, elle finit par hausser les épaules et à décider de laisser les choses se passer avant de se questionner plus avant. Peut-être que les événements suivants allaient lui permettre de mieux comprendre ce qui se passait dans la tête et dans la vie de la petite brunette ? Petite brunette qui reculait tout doucement, comme face à un criminel dangereux (c'était son frère !) pour venir se placer à ses côtés, paraissant oublier la colère qu'elle avait ressentie contre la rouquine quelques instants auparavant. Ce qui permit à cette dernière de se rasséréner un tant sois peu, en gardant la jeune fille près d'elle peut-être qu'elle pourrait la protéger mieux qu'elle ne l'avait fait jusqu'à maintenant ?
"le bonheur est un choix, pas un résultat !"
Mon code couleur :#DC143C
Grimaçant, elle fini par se relever en se promettant de ne plus jamais se laisser happer de la sorte par ses idées noires et ses problèmes. Retrouvant son optimisme et son assurance, la jeune fille fut néanmoins rattrapée par les évenements et le faible sourire qu'elle avait fini par arriver à afficher se fana en trouvant Aelle pliée en deux de l'autre côté du kiosque, vomissant tripes et boyaux, c'était le cas de le dire car seuls des hauts-le-coeur secouant son corps frêle et produisant des bruits horrible étaient perceptibles, rien ne se faisait éjecter de son estomac par ces contractions. Lorsque la brunette releva la tête, Athéna découvrit un visage sale et humide de larmes, des lèvres tremblotantes comme sous un effort surhumain et puis surtout, au-dessus du bras qui était passé pour essuyer la bouche salie de bile, un regard où perçait une légère nausée mais surtout un mépris et une colère qui frappèrent la rouquine en plein coeur.
L'ombre de sourire qui avait encore pu persister sur ses lèvres s'évanouit totalement, et elle eut tout juste le temps de voir sa compagne de maison les quitter, la tête basse et traînant avec lassitude sa valise derrière elle avant que, confirmant à la première année la colère et la violence qu'elle avait cru déceler dans les yeux noirs de sa vis-a-vis l'instant d'avant, la brunette ne s'avance vers elle d'un pas trébuchant qui détourna son attention de la tristesse manifeste de Yuzu. Athéna ne savait pas si elle devait se précipiter pour aider la jeune sorcière, où qu'elle veuille aller, ou la laisser faire, devinant que la fierté de l'autre fille ne la laisserait pas l'aider. Puis, quand elle croisa son regard haineux elle comprit que si elle s'avançait vers elle ce n'était pas pour accepter son aide ou l'amitié que la rousse serait prête à lui donner si seulement elle lui demandait. Acceptant son juste châtiment après son geste, la jeune fille baissa la tête et laissa retomber ses épaules, se promettant quand même de ne pas faire de mal à la Poufsouffle en face et d'essayer de se protéger quand même. Elle fut surprise par le geste de la brunette qui vint se saisir sans douceur des pans de sa cape avant de la tirer vers elle et de la replaquer contre le poteau de bois avec violence. L'onde de choc qui la traversa pour venir secouer jusqu'à ses os fut d'autant plus violente qu'ellen'était pas prévue et n'avait donc pas pu être supporter efficacement. La rouquine aurait facilement pu se dégager de l'emprise de la jeune fille mais elle ne le voulait pas, la pitié ? la compassion ? ou peut-être son instinct qui lui disait que cette enfant aussi perdue qu'elle semblait assurée ne pourrait lui faire du mal la retint ? Elle ne savait pas et s'en fichait un peu, seul son corps malmené et les coups qui la plaquait contre le poteau de bois du kiosque en lui coupant le souffle importait et elle prenait vraiment sur elle pour ne pas envoyer valser cette maigrichonne. Elle ne voulait vraiment pas lui faire de mal et une certaine stupeur aussi l'empêchait de retrouver totalement ses esprits pour ne plus se laisser importuner et malmener de la sorte. Son regard loin d'être amène, du moins encore moins que les précédentes minutes, heures, Athéna ne savait plus, Aelle finit par venir lui souffler au visage, des mots aussi vénimeux que son haleine était fétide.
" - Ne-m’attaque-plus-jamais… Aronov. Son souffle était hâché, comme si ces mots lui coûtait énormément d'efforts et bien que son attitude soit menaçante, la Gryffonne en eut mal au coeur face à ces lèvres tremblotantes.
Elle n'eut même pas le temps de répondre que déjà elle se sentait tirée vers l'avant. Se préparant au choc qui n'allait pas manqué de la percuter, la jeune fille serra les dents et fronca le nez en contractant ses muscles mais rien ne vint. Au contraire, on la laissa aller contre le poteau avec douceur. Rouvrant les yeux pour les baisser au niveau de la brunette, elle l'y découvrit en larmes avec dans les yeux, un désespoir indicible et un profond dégoût de soi-même qui acheva de boulverser la rouquine qui du retenir tant bien que mal ses larmes. C'est alors qu'Athéna entendit un battement d'aile puissant et lent qui s'acheva par un hullulement aigüe sous la voûte de bois à la peinture écaillée du kiosque. A ce bruit, Aelle decrispa enfin ses doigts qui étaient restés accrochés à sa cape et se retourna vers le hibou, s'approchant doucement de lui. C'est alors qu'elle fut comme prise d'un coup de folie. Ignorant superbement le hibou qui avait gardé ses grands yeux dorés fixés sur elle, la première année se mit à rassembler frénétiquement ses affaires, comme prise d'une soudaine crise de panique. La rouquine était définitivement perdue. La jeune sorcière qu'elle venait de rencontrer avait de sérieux problèmes psychologique, c'était certain ! Se promettant de prendre garde à cette jeune fille plus qu'inquiétante, elle s'avoua quand même qu'elle était curieuse de savoir la suite de cette aventure plus qu'intriguante. Puis, comme si la réflexion lui avait apportée une réponse, elle se stoppa et, s'avançant craintivement vers le hibou, elle prit une profonde inspiration avant de détacher le message à sa patte et de le lire.
A sa lecture, elle blanchit encore plus si c'était possible, vira carrément au livide et porta sa main à sa bouche alors que son autre main lâchait le bout de parchemin. *Quelle terrible nouvelle peut donc l'affoler à ce point ?* Se questionna la rouquine, perplexe. Aelle se tourna vers elle avec une peur lancinante au fond de ses yeux bruns. Elle la questionna du regard lorsque retentit un boum qui fit sursauter la jeune fille et rendre la seconde tellement mal à l'aise et apeurée qu'Athéna cru un instant qu'elle allait s'évanouir. Les émotions violentes qui parcouraient le corps frêle qui lui faisait face et les sentiments puissants qui paraissaient la torturer était vraiment difficile à cerner et à supporter pour la première année qui souffrait de ne rien pouvoir faire pour venir en aide à la brunette. Lorsqu'elle se retourna en tremblotant pour lui présenter son dos, la jeune sorcière leva les yeux vers l'origine de ce bruit qui avait retentit dans toute la clairière. Un homme se tenait là, bien droit dans ses vêtements moldus, jetant sur la bipolaire un regard soucieux et aimant qui réchauffa le coeur pourtant serré de la rouquine. Quelqu'un au moins paraissait aimer cet oiseau perdu. Mais pourquoi semblait-elle si effrayée avant de se retourner ? Cet homme paraissait être quelqu'un qu'elle connaissait non ? En plus il pratiquait la magie, oui Athéna était persuadée que ce sorcier habillé en moldu ne voulait vraiment pas de mal à Aelle. Plongée dans ses pensées et ses questionemments, elle ne remit pied sur Terre que lorsque l'homme murmura, avec une infinie douceur qui finit de rasséréner la rouquine :
- Petite soeur..."
Cet homme était donc le frère de la petite brunette qui paraissait totalement affolée quelques secondes auparavant ! Mais quelle soeur pourrait être affolée par l'arrivée, même impromptue, de son fère ? Et puis que pouvais bien contenir ce billet qu'elle avait reçu la seconde précédente et qui l'avait affolée à ce point ? Cette sorcière était un concentré de mystère qui s'amusait à changer d'humeur aussi souvent qu'un ivrogne vidait une bouteille et qui commençait à donner mal à la tête à la petite déesse qui, à force de réfléchir, n'en était que plus perdue. Fronçant les sourcils, elle finit par hausser les épaules et à décider de laisser les choses se passer avant de se questionner plus avant. Peut-être que les événements suivants allaient lui permettre de mieux comprendre ce qui se passait dans la tête et dans la vie de la petite brunette ? Petite brunette qui reculait tout doucement, comme face à un criminel dangereux (c'était son frère !) pour venir se placer à ses côtés, paraissant oublier la colère qu'elle avait ressentie contre la rouquine quelques instants auparavant. Ce qui permit à cette dernière de se rasséréner un tant sois peu, en gardant la jeune fille près d'elle peut-être qu'elle pourrait la protéger mieux qu'elle ne l'avait fait jusqu'à maintenant ?
"le bonheur est un choix, pas un résultat !"
Mon code couleur :#DC143C
L'Abri
Narym Bristyle
*Qui es-tu ?*. Le souffle court, je tentais de me calmer, de garder une attitude rassurante. Un haut-le-cœur m’ébranla mais je restais droit. Je me dégoutais. Pourquoi m’avait-ils envoyés ? *QUI ES-TU ?*. Je ne reconnaissais pas l’enfant qui me faisait face, avait-elle toujours été ainsi ou avait-elle changée ? Je rentrais mes mains dans mes poches, espérant en cacher le tremblement. La famille venait de vivre son plus grand chamboulement ; j’avais peur de ne pas être capable de l’aimer sans jugement.
Je leur faisais face, à ces deux enfants perdus au coeur de Londres, sans ne rien faire d’autre que les regarder. J’étais tout aussi troublé qu’elles semblaient l’être, mais étant l’adulte, je me devais de mettre de côté mes émotions pour me montrer responsable.
Plus e m’avançais vers le kiosque enneigé, plus mon assurance faiblissait. Je n’avais jamais fait face à une telle situation. Moi-même, je n’avais jamais fugué, lorsque j’étais enfant. J’avais eu la perspicacité d’attendre d’être en mesure de subvenir à mes besoins.
Difficilement, je m’arrachais au regard de ma sœur qui brillait d’une émotion que je ne voulais pas reconnaître. A ses côtés, la jeune fille qui l’accompagnait. Étaient-elles amies ? Elle ne semblait pas bien âgée. Je lui souris tendrement, laissant mon regard de miel la rassurer. Le cœur serré, je remarquais ses yeux rouges, signe de tourments. Que s’était-il donc passé ? Sans pouvoir m’en empêcher, je détournais les yeux pour les poser une nouvelle fois sur Aelle. La même douleur emplit mon cœur ; je respirais longuement, pour ne pas laisser paraître mon désarrois. Une part de moi avait envie d’hurler, de courir la rassurer, la ramener à la maison. Mais une pensée, plus dévastatrice, se battait avec celle-ci : cracher mon venin sur ce pâle reflet de ma sœur et la secouer pour comprendre ce qui avait changé.
Je m’arrachais à mes pensées au moment même où je la vis bouger pour s’éloigner de moi. Non, elle ne s’éloignait pas : elle me fuyait. Un souffle m’échappa, et la buée me brouilla un instant la vision. Son geste était limpide, elle était effrayée. Je me réveillais brutalement. Comment avais-je seulement pu penser que je la détestais ? Il n’y avait personne que je n’aimais plus qu’elle. Forçant ma peine et ma colère à disparaître, je l’observais presque timidement. Elle semblait frigorifiée et apeurée. *Pourquoi a-t-elle peur de moi ?*. Elle devrait savoir que je la protégerais toujours. C’était le cas, quoi que je puisse penser de son geste.
Désormais maître de moi, je m’avançais encore, refusant de me laisser abattre par mes propres émotions alors que ma petite soeur était au plus mal. Lorsque je la vis se crisper, me regardant toujours de ce regard effrayé, je me rendis soudainement compte qu’elle n’agissait pas seulement comme une enfant à l’orgueil blessé ; une chose n’allait pas. Fronçant les sourcils, je me concentrais sur son apparence. Ses belles mèches châtains pendaient lamentablement sur le côté de son visage, plus désordonnées encore qu’habituellement. Sa peau était blanche, ses lèvres tremblantes, et ses yeux… *Par Morgane, Aelle…*. Ses pupilles étaient couleur charbon, chose qui ne présageait rien de bon, et ses yeux félins étaient soulignés par de grandes cernes noires qui lui mangeaient les joues. Cela ne suffisait pas à cacher l’effrayant bleu qui recouvrait sa pommette gauche. Bien que je m’attendais à la trouver ainsi, elle m’effraya. Elle n’avait plus rien de la petite fille rêveuse que je connaissais. Elle était épuisée… Ses yeux vides me regardaient et je me demandais où est-ce qu’elle trouvait la force de paraître effrayé. Une enfant ne devrait jamais présenter un tel visage. Constater son état me rendait plus déterminé encore. Peu m’importait ses actes, je la ramènerais chez moi et ne la laisserais pas retourner au Domaine. Je ne voulais plus jamais la voir ainsi, cela m’était insupportable.
- Ely, chuchotais-je d’une voix douce et calme, C’est Narym. Tu ne peux pas rester ici. Nous rentrons à l’appartement. D’accord ?
Elle me regardait, mais ne me répondait pas. Etait-elle seulement consciente de ma présence ? Je la fixais, incertain quant à la réaction à adopter. J’ouvrais la bouche mais elle réagit enfin, me laissant plus désemparé encore ; elle secoua la tête de gauche à droite avant de regarder autour d’elle, paniquée. Inquiet, je m’approchais. Qu’avais-je dit pour l’effrayer ? Elle planta alors son regard dans le mien, ses yeux noirs m’auraient fait reculer si je n’étais pas si inquiet.
- Vas-t’en ! me cria-t-elle d’une voix rogue, s’étouffant du même coup sous l’effet de la peur.
Je restais béa, la regardant avec surprise. Elle n’avait jamais haussé la voix, ni contre moi, ni contre une autre personne. *Est-ce la fatigue qui la rend si différente ?*. Je l’espérais de tout mon cœur. Cette enfant palote et hargneuse n’était pas ma petite sœur. Le cœur tambourinant, j’essayais de passer outre ma tristesse. Croyait-elle réellement que j’allais la laisser seule ? Comprenant que je ne pourrais rien faire tant qu’elle serait dans cet état, je m’accroupis près d’elle. Je tentais d’ignorer l’ignoble grimace de colère qui déformait son visage.
- Tu sais que je resterais, Ely. Je souriais, tentant d’accrocher son regard. Je ne suis pas là pour t’aider à rentrer, juste pour te ramener avec moi, chez moi, précisais-je une nouvelle fois, la voix toujours aussi douce. Il fait froid ici…
La famille avait toujours eu du mal à la comprendre. Moi non. Je savais qu’elle haïrait se trouver en position de faiblesse devant moi. Je devais lui montrer que ce n’était pas le cas, même si c’était faux. Sa bouche se tordit en un rictus amusé ; mon cœur sombra dans ma poitrine à cette vision.
- Tu trembles, tu es frigorifiée et épuisée. On rentre, dis-je d’une voix plus ferme -cela ne pouvait durer, j’étais responsable d’elle-. Tu ne verras pas la famille, si tu ne le souhaites pas.
Je me relevais, m’appuyant sur mes genoux douloureux. Fehu, d’un coup d’aile gracieux, venait de se poser sur l’épaule d’Aelle. Je souris faiblement, connaissant le réconfort que l’animal saurait apporter à ma petite sœur. Feignant de les ignorer, je me tournais vers la jeune inconnue. Ses cheveux roux encadraient son visage, lui donnant un air poupin. Je me forçais à lui sourire gentiment.
- Es-tu seule ? lui demandais-je en plongeant mes yeux dans son regard d’acier. Où sont tes parents ?
Je surveillais les environs, prés à voir un couple surgir pour venir récupérer leur fille. Je ne savais pas ce qu’elle faisait avec ma sœur, mais je n’allais pas laisser la laisser seule. Je devais m’occuper d’elle pour être disponible pour Aelle. Un coup d’oeil vers cette dernière me convaincu de l’urgence : l’oeil hagard, toute colère semblant l’avoir abandonnée, elle regardait Fehu comme si elle venait de le remarquer. Son comportement m’inquiétait plus que ce que je ne laissais paraître.
- Tu vas bien ? chuchotais-je en regardant la petite rousse, soucieux de son état malgré mes préoccupations.
L'Abri
[reducio]Cela faisant plusieurs mois que je n'ai pas de nouvelles d'Athéna, je continue ce Rp. Pour moi, il prend fin.[/reducio]
Cet instant avait le goût de l’interminable. Interminable. Tout semblait se rejoindre pour me faire quitter ce monde, tout en laissant ma masse corporelle bien présente ; mon cerveau brumeux, la douleur dans le fond de mes rétines, le hurlement de mes muscles et de chacun de mes membres. J’aurai pu être éteinte. Je ne l’étais pas.
J’étais bien réveillé, et je ressentais chaque seconde de souffrance. Tant mentale, que physique. Il m’avait semblé, ces dernières vingt-quatre heures, me perdre dans une mélasse si profonde de merde, que je ne pourrais plus jamais m’en sortir. Je regrettais sans regretter, je pleurais sans vraiment pleurer. Je ne voyais même plus la surface.
Et il était arrivé. Nar’. Narym. Je l’aimais tellement, que j’ignorais la plupart du temps cette émotion que je ne saurais comprendre. Je les aimais tous, au point d’avoir battu mon propre frère.
*Narym, pourquoi t’es là ?*.
Je n’avais pu contrôler mon dégoût et ma colère, je n’avais eu qu’une seule envie en le voyant s’approcher, c’était de le renvoyer là d’où il venait avec son volatile. Pourquoi n’avait-il pas fui ? Pourquoi ne partait-il pas ? J’avais crié et j’avais refusé. *Pourquoi t’es là, pourquoi ?*.
Parfois, je me disais que personne ne comprenait cette simple envie : foutez-moi la paix.
J’étais en colère et je ne l’étais pas. Merlin, la fatigue était harassante, épuisante.
Collée à ma rambarde, je le regardai s’approcher et parler à l’autre fille. Comment s’appelait-elle déjà ? Il lui disait des mots, ils sortaient de sa bouche pour voleter jusqu’à elle. Je les entendais. Tuvasbien. Je ne comprenais pas, mais je ne comprenais pas que je ne comprenais pas;
Vas-t’en ! Vas-t’en ! *Pourquoi tu m’écoutes pas ?*.
Dans la brume de mon esprit, une douleur me tirailla l’oreille. Je me tournai pour apercevoir Fehu, qui se trouvait sur mon épaule. Depuis quand était-il là ? Je le regardai d’un air troublé, peinant à le distinguer tant ma vision était floue.
C’était une sensation intemporelle. Celle qui faisait que le monde tournait au ralenti. J’entendais ma respiration ; elle s’échappait douloureusement de ma gorge, un souffle d’air brûlant qui semblait s’écouler en un filet si mince que j’en venais à me demander comment je pouvais encore vivre. Il me maintenait pourtant à bien des niveaux. Il était la mélodie que j’écoutais, là où les mots de Narym ne parvenaient pas à se faire un passage vers ma compréhension, là où le vent d’hiver qui soufflait ne pouvait chuchoter à mes oreilles. Je n’entendais que cela, ce souffle brûlant et erratique. Je n’entendais que cela.
Je baissai les yeux. L’homme était devant moi. *Narym ?*.
Le monde tanguait étrangement. Il ne tournait pas, il se contentait de se balancer. De droite à gauche. De gauche à droite. Cela faisait mal à la tête.
« Pour toi aussi, i’ tangue le monde, Nar’ ? » baragouinai-je.
Comme si j’étais en retard sur tous les autres, une myriades de secondes s’écoula avant que je ne lève la main pour la poser sur ma bouche, retenant des mots qui s’étaient échappés depuis longtemps déjà.
Je dû faire un effort incroyable pour me concentrer sur la bouche de mon frère qui s’exprimait. Je sentai mes sourcils se froncer, ma tête hurler de douleur. Je papillonnai des yeux pour les obliger à rester ouverts.
*T’endors pas, sinon il va t’emmener*. J’essayais. J’essayais.
«... faut, Aelle. » disait Narym. Je l’entendai « N’ai crainte, tu jeteras des queues de rats avec moi. »
*Quoi ?*.
J’essayai de dépasser le brouillard de ma fatigue pour comprendre.
« Tu jeteras… moi des queues de rats. Le calmar, Ely. »
Il me regardait de ses grands yeux miel. Je me demandai si je pouvais me noyer dedans. Je reculai, pour être sûre de ne pas tomber. Ses cheveux encadraient son visage blanc, très blanc, si blanc qu’il se confondait avec la neige que je voyais derrière lui. La neige. Elle allait bien avec ses yeux miel. Jaune. Et blanc. Ouais.
« Tu entends ? Je ne t’en veux pas, » s’exprima la voix de Narym au travers le trouble de mes pensées. *Quoi ?*, me souffla une nouvelle fois ma conscience.
Je secouai la tête pour réintégrer le premier champs de ma vision. Narym. Et ses yeux jaunes. Non, seulement Narym. Pourquoi me regardait-il comme ça, comme s’il y avait un tête effrayante dans mon dos. Peut-être que ? Je me retournai. Il n’y avait rien.
Je regardai Narym et ses grands yeux effrayés et inquiet.
Et j’avais beau essayer de comprendre ce qui lui arrivait, j’avais beau entendre une partie de moi qui tentait d’attirer mon attention, je regardai Narym et sa tronche inquiète et j’en ressentis soudainement l’envie d’éclater de rire.
Une envie si forte, que je me penchai en avant, ma bouche s’ouvrant en grand pour laisser passer mon rire qui résonna de mille feux dans mon esprit brouillé et douloureux. Mon hilarité était si grande que je me sentai tomber vers l’avant. Tomber tomber. Mais je riais, encore et encore, parce que sa tronche froncée ne parvenait pas à quitter mon esprit. Et elle tournait dans mon esprit, elle tournait pour se changer en une chose plus drôle encore. La face écrabouillée de Aodren. J’en ris encore plus fort, m’étranglant dans ma salive et dans mes larmes.
Un étau se resserrait autour de moi. Puissant, mais pas douloureux. Je bougeai pour m’en dégager, l’éclat de mon rire toujours présent dans mon grand sourire. Mais plus je bougeai, plus l’étau de fer m’emprisonnait.
J’arrêtai de rire. J’avais mal aux bras, et à l’estomac. Mon ventre était douloureux, ma tête était douloureuse. Et mes yeux, mon regard, ma vision. Elle était noire. Je paniquai de plus belle avant de comprendre qu’li me suffisait d’ouvrir les yeux.
Je les ouvris. Toujours cette tête froncée. Mais elle ne me faisait plus rire. Parce que la bouche de cette tronche criait, elle criait et j’entendis soudainement ce qu’elle me disait :
« Calmes-toi, Aelle ! Calmes-toi, je t’en pris ! »
C’était mon frère, Narym. Pourquoi criait-il ? Pourquoi criait-il ?
Je le regardai un instant, les yeux écarquillés, plus lucide que je ne l’avais été cette dernière heure. Puis sans prévenir, un flot de larmes s’échappa de mes yeux piquant et je m’étranglai dans un sanglot douloureux. L’étau se resserrait autour de moi. Mais il ne me faisait pas mal, il était agréable et chaud, tellement chaud.
J’enfoui mon visage contre le torse de Narym, je sentai le tissu doux de son manteau et son odeur si réconfortante, si particulière. Une odeur chaude qui sentait le cuir et ce tabac qu’il fumait. Étrangement, elle fit sombrer mon cœur dans ma poitrine, et je me blottissai plus encore contre lui en sentant les larmes dévaler mes joues.
A un moment, j’arrêtai de pleurer. Aussi soudainement que j’avais commencé. Mais je ne bougeai pas, car j’étais bien. Je ne bougeai pas car je n’en avais pas la force. Il pouvait m'emmener où il le souhaitait, je n’en pouvais plus.
Des images défilaient sans fin dans mon esprit, sans m’atteindre.
Aodren.
Charlie. La bombabouse.
Charlie.
Et je ne pouvais pas les laisser m’atteindre, alors je me plongeai dans ma fatigue, et je ne bougeai plus.
« Je vais transplaner, » me dit Narym, peut-être une heure plus tard. A moins que ce ne soit une vie entière plus tard ?
Je levai la tête vers lui. Je n’étais plus dans ses bras, il était debout et tenait mes affaires. Je le vis se baisser pour me porter, mais comme un rappel fulgurant de tout ce que je fuyais, je laissai s’échapper de ma gorge un grognement et me levai tant bien que mal. Il m’aida, ou peut-être me porta-t-il pour me mettre sur mes jambes. J’aurai souhaité qu’il me lâche mais je m’affalai contre lui en sentant mes jambes trembler.
« La fille, » je marmonnai sans m’en rendre compte « Où ? Vient pas, hein ? »
« Ne t’en occupe pas, Aelle, tout est réglé. Je transplane, prépare-toi. »
Je me laissai aller dans ses bras, ne pouvant plus lutter contre la fatigue qui m’harassait tant le corps que l’esprit. Une partie de moi comprenait que Narym était le frère de celui que j’avais pris plaisir à tabasser, elle comprenait que je devrais avoir honte, que les choses allaient s’aggraver. Elle comprenait que tout ce qui m’arrivait était le résultat de cette seule soirée de novembre, de ce seul regard si profond que j’avais échangé avec Elle. Elle comprenait mais ne voulait pas voir.
Alors je ne voyais pas, et je me laissai alpaguer dans le transplanage de Narym.
Cet instant avait le goût de l’interminable. Interminable. Tout semblait se rejoindre pour me faire quitter ce monde, tout en laissant ma masse corporelle bien présente ; mon cerveau brumeux, la douleur dans le fond de mes rétines, le hurlement de mes muscles et de chacun de mes membres. J’aurai pu être éteinte. Je ne l’étais pas.
J’étais bien réveillé, et je ressentais chaque seconde de souffrance. Tant mentale, que physique. Il m’avait semblé, ces dernières vingt-quatre heures, me perdre dans une mélasse si profonde de merde, que je ne pourrais plus jamais m’en sortir. Je regrettais sans regretter, je pleurais sans vraiment pleurer. Je ne voyais même plus la surface.
Et il était arrivé. Nar’. Narym. Je l’aimais tellement, que j’ignorais la plupart du temps cette émotion que je ne saurais comprendre. Je les aimais tous, au point d’avoir battu mon propre frère.
*Narym, pourquoi t’es là ?*.
Je n’avais pu contrôler mon dégoût et ma colère, je n’avais eu qu’une seule envie en le voyant s’approcher, c’était de le renvoyer là d’où il venait avec son volatile. Pourquoi n’avait-il pas fui ? Pourquoi ne partait-il pas ? J’avais crié et j’avais refusé. *Pourquoi t’es là, pourquoi ?*.
Parfois, je me disais que personne ne comprenait cette simple envie : foutez-moi la paix.
J’étais en colère et je ne l’étais pas. Merlin, la fatigue était harassante, épuisante.
Collée à ma rambarde, je le regardai s’approcher et parler à l’autre fille. Comment s’appelait-elle déjà ? Il lui disait des mots, ils sortaient de sa bouche pour voleter jusqu’à elle. Je les entendais. Tuvasbien. Je ne comprenais pas, mais je ne comprenais pas que je ne comprenais pas;
Vas-t’en ! Vas-t’en ! *Pourquoi tu m’écoutes pas ?*.
Dans la brume de mon esprit, une douleur me tirailla l’oreille. Je me tournai pour apercevoir Fehu, qui se trouvait sur mon épaule. Depuis quand était-il là ? Je le regardai d’un air troublé, peinant à le distinguer tant ma vision était floue.
C’était une sensation intemporelle. Celle qui faisait que le monde tournait au ralenti. J’entendais ma respiration ; elle s’échappait douloureusement de ma gorge, un souffle d’air brûlant qui semblait s’écouler en un filet si mince que j’en venais à me demander comment je pouvais encore vivre. Il me maintenait pourtant à bien des niveaux. Il était la mélodie que j’écoutais, là où les mots de Narym ne parvenaient pas à se faire un passage vers ma compréhension, là où le vent d’hiver qui soufflait ne pouvait chuchoter à mes oreilles. Je n’entendais que cela, ce souffle brûlant et erratique. Je n’entendais que cela.
Je baissai les yeux. L’homme était devant moi. *Narym ?*.
Le monde tanguait étrangement. Il ne tournait pas, il se contentait de se balancer. De droite à gauche. De gauche à droite. Cela faisait mal à la tête.
« Pour toi aussi, i’ tangue le monde, Nar’ ? » baragouinai-je.
Comme si j’étais en retard sur tous les autres, une myriades de secondes s’écoula avant que je ne lève la main pour la poser sur ma bouche, retenant des mots qui s’étaient échappés depuis longtemps déjà.
Je dû faire un effort incroyable pour me concentrer sur la bouche de mon frère qui s’exprimait. Je sentai mes sourcils se froncer, ma tête hurler de douleur. Je papillonnai des yeux pour les obliger à rester ouverts.
*T’endors pas, sinon il va t’emmener*. J’essayais. J’essayais.
«... faut, Aelle. » disait Narym. Je l’entendai « N’ai crainte, tu jeteras des queues de rats avec moi. »
*Quoi ?*.
J’essayai de dépasser le brouillard de ma fatigue pour comprendre.
« Tu jeteras… moi des queues de rats. Le calmar, Ely. »
Il me regardait de ses grands yeux miel. Je me demandai si je pouvais me noyer dedans. Je reculai, pour être sûre de ne pas tomber. Ses cheveux encadraient son visage blanc, très blanc, si blanc qu’il se confondait avec la neige que je voyais derrière lui. La neige. Elle allait bien avec ses yeux miel. Jaune. Et blanc. Ouais.
« Tu entends ? Je ne t’en veux pas, » s’exprima la voix de Narym au travers le trouble de mes pensées. *Quoi ?*, me souffla une nouvelle fois ma conscience.
Je secouai la tête pour réintégrer le premier champs de ma vision. Narym. Et ses yeux jaunes. Non, seulement Narym. Pourquoi me regardait-il comme ça, comme s’il y avait un tête effrayante dans mon dos. Peut-être que ? Je me retournai. Il n’y avait rien.
Je regardai Narym et ses grands yeux effrayés et inquiet.
Et j’avais beau essayer de comprendre ce qui lui arrivait, j’avais beau entendre une partie de moi qui tentait d’attirer mon attention, je regardai Narym et sa tronche inquiète et j’en ressentis soudainement l’envie d’éclater de rire.
Une envie si forte, que je me penchai en avant, ma bouche s’ouvrant en grand pour laisser passer mon rire qui résonna de mille feux dans mon esprit brouillé et douloureux. Mon hilarité était si grande que je me sentai tomber vers l’avant. Tomber tomber. Mais je riais, encore et encore, parce que sa tronche froncée ne parvenait pas à quitter mon esprit. Et elle tournait dans mon esprit, elle tournait pour se changer en une chose plus drôle encore. La face écrabouillée de Aodren. J’en ris encore plus fort, m’étranglant dans ma salive et dans mes larmes.
Un étau se resserrait autour de moi. Puissant, mais pas douloureux. Je bougeai pour m’en dégager, l’éclat de mon rire toujours présent dans mon grand sourire. Mais plus je bougeai, plus l’étau de fer m’emprisonnait.
J’arrêtai de rire. J’avais mal aux bras, et à l’estomac. Mon ventre était douloureux, ma tête était douloureuse. Et mes yeux, mon regard, ma vision. Elle était noire. Je paniquai de plus belle avant de comprendre qu’li me suffisait d’ouvrir les yeux.
Je les ouvris. Toujours cette tête froncée. Mais elle ne me faisait plus rire. Parce que la bouche de cette tronche criait, elle criait et j’entendis soudainement ce qu’elle me disait :
« Calmes-toi, Aelle ! Calmes-toi, je t’en pris ! »
C’était mon frère, Narym. Pourquoi criait-il ? Pourquoi criait-il ?
Je le regardai un instant, les yeux écarquillés, plus lucide que je ne l’avais été cette dernière heure. Puis sans prévenir, un flot de larmes s’échappa de mes yeux piquant et je m’étranglai dans un sanglot douloureux. L’étau se resserrait autour de moi. Mais il ne me faisait pas mal, il était agréable et chaud, tellement chaud.
J’enfoui mon visage contre le torse de Narym, je sentai le tissu doux de son manteau et son odeur si réconfortante, si particulière. Une odeur chaude qui sentait le cuir et ce tabac qu’il fumait. Étrangement, elle fit sombrer mon cœur dans ma poitrine, et je me blottissai plus encore contre lui en sentant les larmes dévaler mes joues.
A un moment, j’arrêtai de pleurer. Aussi soudainement que j’avais commencé. Mais je ne bougeai pas, car j’étais bien. Je ne bougeai pas car je n’en avais pas la force. Il pouvait m'emmener où il le souhaitait, je n’en pouvais plus.
Des images défilaient sans fin dans mon esprit, sans m’atteindre.
Aodren.
Charlie. La bombabouse.
Charlie.
Et je ne pouvais pas les laisser m’atteindre, alors je me plongeai dans ma fatigue, et je ne bougeai plus.
« Je vais transplaner, » me dit Narym, peut-être une heure plus tard. A moins que ce ne soit une vie entière plus tard ?
Je levai la tête vers lui. Je n’étais plus dans ses bras, il était debout et tenait mes affaires. Je le vis se baisser pour me porter, mais comme un rappel fulgurant de tout ce que je fuyais, je laissai s’échapper de ma gorge un grognement et me levai tant bien que mal. Il m’aida, ou peut-être me porta-t-il pour me mettre sur mes jambes. J’aurai souhaité qu’il me lâche mais je m’affalai contre lui en sentant mes jambes trembler.
« La fille, » je marmonnai sans m’en rendre compte « Où ? Vient pas, hein ? »
« Ne t’en occupe pas, Aelle, tout est réglé. Je transplane, prépare-toi. »
Je me laissai aller dans ses bras, ne pouvant plus lutter contre la fatigue qui m’harassait tant le corps que l’esprit. Une partie de moi comprenait que Narym était le frère de celui que j’avais pris plaisir à tabasser, elle comprenait que je devrais avoir honte, que les choses allaient s’aggraver. Elle comprenait que tout ce qui m’arrivait était le résultat de cette seule soirée de novembre, de ce seul regard si profond que j’avais échangé avec Elle. Elle comprenait mais ne voulait pas voir.
Alors je ne voyais pas, et je me laissai alpaguer dans le transplanage de Narym.