31 mai 2020, 12:23
À Elle, l’Hugodomoïdal
Comme attiré, mon regard retourne se déposer sur le Garçon-de-fer. Assis au milieu des morceaux éparpillés de l’armure, il me paraît si fragile que ç’en est presque gênant. Quelque chose dans son regard, quelque chose dans ses yeux, dans son attitude, son comportement me dérange. Fait battre mon coeur un peu plus rapidement. Je ne saurais dire ce que c’est. La force de son œillade, peut-être ? A moins que ce ne soit cette colère qui semble le traverser. Son corps se contracte. Si je le remarque, c’est parce que *encore une fois* il me ressemble beaucoup. Ce gars me ressemble quand il chiale comme un gamin et quand il se crispe de colère. C’est perturbant. J’ai l’impression de le comprendre. Et quand son regard frôle le mien, j’ai l’impression que lui aussi me comprend. Comme si les quelques minutes que nous avons passé ensemble avait créé entre nous un lien particulier. Une Histoire dans laquelle l'Autre debout n’a rien avoir.

Je n’aime pas ressentir ce genre de choses. Je me sens en danger. Je me sens fragile. Comme si à accorder ma confiance trop rapidement à une personne, celle-ci pouvait la piétiner comme elle le souhaitait. C’est d’ailleurs ce qu’elle fera à la première occasion — ce garçon me trahira dès que je ne m’y attendrait pas, c’est obligé ; c’est un Autre. Je dois arrêter d’écouter mes pensées qui veulent me faire croire que l’on a quelque chose, une Histoire, un passé, une ressemblance. Il n’y a rien du tout. Seulement moi, seulement lui, seulement une rencontre très étrange dans un couloir de Poudlard.

La voix du Malvenu me ramène à la réalité. Je le regarde, les sourcils légèrement froncés. Je n’aime pas sa voix. Elle est bizarre, aiguë. Elle ne va pas avec son corps. Il n’a pas l’air dans sa meilleure forme, lui non plus. Et ses mots, comme tout à l’heure, me sont complètement abscons. Je ne sais pas pourquoi certaines personnes parlent aussi mal, aussi difficilement. Il a peut-être des problèmes de réflexion, cela expliquerait pourquoi je capte que dalle à ce qu’il baragouine. A l’écouter, on pourrait croire qu’il s’est perdu dans ce couloir pour les mêmes raisons que le Garçon-de-fer : pour chialer sa peine. *Fait chier*. Je n’ai pas envie de subir les larmes de tous les attristés du château. A ma plus grande surprise cependant, mon coeur se serre. Ces mots, je les reconnais. « Je te déteste » ; « Je la déteste » — ne m’a-t-on pas déjà offert plusieurs fois dans le passé des cris de haine qui m’ont bouleversé ? Merlin, pourquoi dois-je également me reconnaître dans ce garçon-là ? Je mets cela sur la situation actuelle ; complètement folle, il ne peut donc arriver que des choses folles, sans queue ni tête, sans explication ni raison, sans logique. Rien dont je ne dois m’inquiéter, donc.

« On a jamais dit te détester, soupiré-je, agacée de devoir prendre la parole alors que je n’ai aucune envie de le faire. Mais si toi tu t’détestes, c’est ton problème. »

Je jette un regard au garçon au sol. Comme pour dire : tu sais ce que je vais dire, tu es d’accord avec moi ? Sauf qu’il ne sait pas ce que je vais dire et que je m’en fous qu’il soit d’accord ou non. Je ramène mes yeux las sur l’Autre, droit comme la Justice. Il a vraiment une sale tête. Le genre de celui qui ne va pas bien du tout. Raison de plus pour dire ce que je vais dire.

« Laisse-nous, ok ? On a des trucs à faire, » dis-je d’une voix traînante, sans colère — peut-être seulement un vague agacement.

En fait, nous n’avons rien du tout à faire. Et d’ailleurs, je crois même que je vais bientôt m’éloigner de ce couloir. Il s’y déroule des choses trop étranges pour moi. Mon coeur palpite encore de ma discussion avec le Garçon-de-fer. Merlin, ce que je n’aime pas me sentir si… Vulnérable — et Lui me rend vulnérable. Pourtant, mon regard ne cesse de revenir vers lui. Sans raison. Est-il en colère parce que l’Autre le dérange ? Parce qu’il aimerait n’être qu’avec moi, lui aussi ? *Trop con comme pensée* ; ouais, c’est idiot de croire à cela.

D’un petit pas, je m’approche du Garçon-de-fer. Je le sonde quelques secondes, songeuse, et prends finalement une décision. Je sors ma baguette de ma poche et désigne le garçon du bout du menton.

« Enlève-le, demandé-je d’une voix calme. Le plastron. »

Je crois que je vais réparer cette armure. Je ne sais même pas pourquoi. Peut-être pour effacer tout ce qu’il s’est passé ici. Peut-être pour aider le Garçon-de-fer. Peut-être pour… Je n’en ai aucune idée. J’ai seulement envie de le faire. Je peux le faire, c’est peut-être la seule raison valable.

3 juin 2020, 11:15
À Elle, l’Hugodomoïdal
« Ceux qui étaient normaux voulaient juste être différents.
Et ceux qui étaient différents voulaient juste être normaux. »


Roman Blackbirds
IH


Tic Tac. Tic Tac. Le temps s’écoule. Je les regarde à nouveau. L’atmosphère est si étrange en cet instant précis. Un mélange de choses pourtant incongrues. Nous trois n’avions quasiment en commun, j’en étais persuadé. Le garçon était un joyeux, un gars avec plein d’amis, une célébrité parmi les célébrités. La fille était une solitaire, une qui fuyait les autres. Et moi c’est les autres qui me fuyaient.

Je ramène mes deux mains sur mon visage, pour cacher ma tête, mes yeux. Je ne pleure jamais et je ne commencerai pas aujourd’hui. Je souffle un grand coup. Mes mains retournent se loger le long de mon corps. Tic Tac. Tic Tac. Le temps s’écoule. La fille parle. On dirait que c’est gentil. On dirait que... mais non. Non. Personne n’est gentil, à part Papa et Maman. Personne. Je remets mon masque, *le numéro 48, Perçant*. Je ne sais même pas si les masques fonctionnent. Ils sont comment dire en phase de test. C’est le glaçage du gâteau. La fausse émotion sur mon visage.

Malgré l’apparence qui orne mon visage, je réfléchis. Je ne me déteste pas. Même si un jour je me suis regardé dans un miroir et j’ai pu enfin éprouver toute la haine possible contre ce reflet amorphe que j’étais.
La fille dit qu’ils veulent être seuls. C’est faux. Totalement faux. Que feraient-ils seuls ? A part se regarder dans les yeux. Poser des questions auxquelles personne n’a de réponse. Mais qu’importe. Moi, moi je n’ai pas décidé.


Je ne pleure jamais.
La douleur fait mal, mais je me suis promis de ne jamais pleurer.


Est-ce un défi ? Est-ce que je m’adresse au tas de chiffon qui est dans l’armure ou bien à l’autre fille ?
*Masque numéro 12, Malice*. Cela ne va pas leur plaire. Je m’assieds contre le mur. Ferme les yeux.

Écouter. Sans voir. Sans être vraiment là. En un sens, j’ai fais ce qu’elle a dit non ? Je les laisse tranquille. Sans pour autant partir.

Juste Écouter.
Encore une fois Benjamin Clémentine...

FSCM - 19 ans - Fille de papier.

22 juin 2020, 21:45
À Elle, l’Hugodomoïdal
« Je suis désolé, je n’ai pas les questions à tes réponses. »

Hugo Rolanbri
IH


Sa réponse est si infantile que je réprime un éclat de rire. Je ne pleure jamais. Mon cul. Tout le monde pleure. Et vu sa tête, il pleure souvent. Pour qui nous prend-t-il ? Je pleure, tu pleures, il pleure, nous pleurons tous. Que ce soit visible ou non. Son visage trop parfait est répugnant. On dirait qu’il se joue de nous. Mais moi je ne suis pas un abruti. Bien au contraire.

Son expression change tout à coup. Je vois quelque chose. Puis rien. Mon regard s’est tourné vers Aelle. On l’a dirait pensive. Pourquoi veut-elle que nous soyons seuls. Je ne comprends qu’une chose. L’aure est de trop, c’est sûr. Mais qu’avons nous à faire ? Oui, qu’avons nous à faire...

Puis elle le dit. Retirer ce métal collant. Il avait disparu de mon esprit. Oublié. Mais pourtant présent. Mon expression se radoucit.
Sauf que j’hésite.
La retirer me rendra comme tous les autres. Le fameux retour à la normale. Finies les vacances. Mais moi j’aime les vacances. J’aime ces vacances. Ce cocon informe me sied.
Alors.
Non.

Je le garde.

Et ça ne va pas lui plaire. Je vais lui dire.
Maintenant.

Or, j’avais oublié le Malotru. Il bouge. C’est bien. Pour une fois qu’il écoute ce qu’on lui dit. Qu’il rejoigne son dortoir. Il aura vite caché dans sa mémoire ce moment inutile.
Je me retourne vers Aelle. L’autre n’a plus d’importance maintenant qu’il n’est plus là.

Ce qui est con. C’est que pour être différents, tous les autres auraient fait comme moi. Décider de ne pas retirer ce métal. Parce que cela signifierait que tu ne partirais pas.
Aux premiers abords.
Car tu n’es pas comme les autres. Si quelque chose ne te plaît pas...


La phrase reste en suspend. De toute façon. Elle aura compris. Je veux rester cet hybride. Juste encore un peu. Profiter de ce moment avec Aelle, avec elle.

En soi, je ne suis pas comme les autres. Je suis les autres, à leur paroxysme. Et c’est parce que j’ai caché mon passé que je suis devenu qui je suis...
Je lui ai si bien échappé...

Et tout bon passé se doit bien de revenir dans la gueule de son propriétaire tel un bon boomerang...


Ce fameux passé. Si seulement... si seulement on m’avait expliqué.

Je la regarde mais moi je ne fais pas semblant. C’est ce regard qui semble sans émotions. Et pourtant. Je mets quelque chose dedans. Quelque chose qu’elle comprendra, j’en suis sûr. Je m’y mets moi. Ce que je n’ai jamais fais. Ô grand jamais...

Que fais-je ici...
Racontant ma vie de douleurs par les yeux...
Inspiration musicale : Lonely Feelings | Love Suprême (en boucle d’or•ties)

FSCM - 19 ans - Fille de papier.

23 juin 2020, 12:29
À Elle, l’Hugodomoïdal
Je l’avais oublié, l’Autre dans mon dos. Je me suis perdue dans l’étrange regard de cet étrange garçon assis au sol et j’ai oublié qu’un Autre vivait près de moi. Ses paroles le rappellent à moi et cela m’agace ; j’étais concentrée, j’étais en train de vivre quelque chose avec le Garçon-de-Fer qui allait ôter son plastron et l’Autre nous dérange, comme depuis qu’il a mis son foutu pied dans ce couloir. Ai-je parlé de larmes ? Ai-je parlé de pleurs ? De faiblesse ? De douleurs ? Non, je n’ai jamais évoqué ces mots, alors pourquoi me parle-t-il de ça ? Je n’en ai aucune foutue idée. Et comme tout à l’heure, ses paroles me restent complètement abscontes, complètement obscures. Mais je m'en contrefous. Il ne m'intéresse pas ce gars qui parle pour ne rien dire et qui dit des choses que je ne comprends pas. Peut-être que si je l'ignore, il finira par s'en aller.

Retenant le soupir qui veut dégringoler le long de mon visage, je suis le Malvenu du regard. Pendant un instant, je crois très fort qu’il va effectivement s’en aller. Si fort que lorsque je le vois s’asseoir en face de nous, mon coeur s’écrase sur la lande de ma déception. *Merde !* souffle mon esprit *mais qu’est-ce qu’il fout ?*. Il ferme les yeux et ne bouge plus. Je partage un regard d’incompréhension avec le Garçon-de-Fer toujours au sol, mais j’ai comme l’impression qu’il ne comprend pas plus que moi ce qu’il se passe. Je hausse les épaules et décide d’oublier l’Autre.

Le plastron.
Nous en étions au plastron.
Mon regard se baisse sur ce dernier, toujours bien en place sur le torse du gars. Je fronce les sourcils. Bah quoi ? ai-je l’air de dire, pourquoi tu l’enlèves pas, ce plastron ? Je vais pour ouvrir la bouche, pour poser ma question (je n’ai vraiment plus envie de m’éterniser ici), mais le Garçon-de-fer m’interrompt. Je me tais pour l’écouter.

Je ne l’ai jamais autant entendu parler. Sa voix est comme un filet d’eau, elle coule, elle coule et s’écoule. Et c’est agréable à écouter. En premier lieu, je ne le comprends pas plus que j'ai compris l’Autre. Mais une phrase particulière retient mon attention. *Parce que cela signifierait... que tu ne partirais pas ? Que je ne partirais pas... *. Il me faut tourner la phrase dans mon esprit et la tourner encore afin de comprendre ce qu’il veut dire exactement ; mon coeur se soulève si fort lorsque la compréhension me frappe que ma respiration se coupe.
*’veut pas qu’j’m'en aille ?*.
Il bat si vite mon coeur qu’il veut certainement se détacher pour fuir toute la folie de ce couloir.
Folie est un euphémisme. C’est complètement fou que ce garçon veuille me voir rester. Complètement fou, surtout, que je le crois sans problème, sans remettre en question sa parole. Le fait est qu’il y a quelque chose dans sa voix ou dans son regard peut-être ou dans ce que nous partageons que me chuchote de lui faire confiance, qui m’assure qu’il me dit la vérité, qu'il ne veut pas me voir partir et qu'il ose même me refuser d'enlever ce plastron pour me faire rester.

Je perds légèrement le fil quand il parle de son passé, mais si peu. Je comprends très rapidement qu’il parle de sa tristesse, de ses larmes, de sa douleur. Il change de sujet, il ne parle plus de nous, mais de lui. Il parle, il parle et il n’enlève pas le plastron. Ce fait m'intéresse bien plus que ses paroles qui sont de toute façon fausses et illogiques. Et il n’a pas l’air de vouloir l’enlever. Pour que je reste. Cela marche bien trop à mon goût. Je fais rouler ma baguette entre mes doigts, ne sachant comment réagir à tout ce qui se déroule sous mes yeux.

Je jette un regard à l’Autre. Je fais quelques pas pour l’avoir sous les yeux et en reviens au Garçon-de-fer qui a l’air aussi paumé dans son plastron que dans la vie. Le regard qu’il me lance me perfore le coeur ; à moins que ce ne soit l’âme. Il me perturbe, ce regard. Alors, le coeur un peu tremblant, je l’évite et regarde le fond du couloir.

« C’est pas l’passé ici, mais l’présent, » dis-je à mi-voix, peut-être dans l’espoir que l’Autre ne m’entende pas — mais le silence est tel qu’il ne peut que m’entendre.

Je n’aime pas du tout que le Garçon-de-fer parle du passé. Moi, je ne veux pas que le passé revienne, je me le suis promis. Promis d’oublier. Il n’existe plus, le passé. Il n’existe plus. *Elle n’existe plus*.

« C’est pas un truc qu’on subit, l’passé, mais un truc qu’on contrôle. J’sais d’quoi j’parle, » annoncé-je d’une voix froide.

Je hausse les épaules, comme pour dire : on s’en fout, alors que ne s’en fout pas du tout. Pour oublier mes pensées, je reviens déposer mes yeux dans le regard du Garçon-de-fer. Je le côtoie en silence quelques secondes avant de dire :

« Moi, j’aime pas les Autres. Alors t’en es pas un. » Je m’approche d’un pas, jette un regard à l’Autre à terre. « Pourquoi tu l’enlèves pas, c’plastron ? J’veux juste réparer l’armure. »

Il ne signifie rien, ce plastron, ai-je envie de dire. Il ne veut rien dire. On s’invente notre propre langage, alors n’écoute pas celui des Autres. Je répare cette armure et je t’emmène loin. C’est débile, de penser cela ? Débile de vouloir traverser les couloirs en la compagnie de ce garçon ? de faire quelques pas avec lui ? partager quelques mots, quelques phrases, quelques instants de mon temps ? Je me sens débile en voulant tout cela, parce que je ne comprends pas pourquoi je le veux. Alors je ne dis rien, je garde tout ça pour moi, enfermé à double tour dans le secret de mon coeur. Cachés, les secrets n’ont aucun pouvoir.

14 oct. 2020, 04:18
À Elle, l’Hugodomoïdal
Deep in the ocean, dead and cast away
Where innocence is burned, in flammes
A million mile from home, I’m walking ahead
I’m frozen to the bones, I am

Hugo Rolanbri
IH


Mais dis-moi...


On dirait une question. J’aime pas les questions. Pourtant c’est la première chose que j’ai fait en m’adressant à elle. J’aime pas les questions parce que j’en ai trop dans ma tête. Trop qui tournent en boucle et à force de les suivrez je perd le fil, j’ai plus de nord, ma boussole s’est déréglée et je sombre doucement. Voilà pourquoi j’aime pas les question. Donc j’veux pas lui poser de questions. Juste un truc simple.

Mais dis-moi... Comment peut-on contrôler un passé que l’on ne connaît même pas. J’aimerai bien moi me réveiller sans questions, sans avoir vécu des choses...


Ma voix ne tremblote pas. Ma voix ne tremblote pas. Ma voix ne tremblote pas...
Ce n’est pas en me répétant ça que ma voix ira mieux. C’est triste. Mais c’est comme ça.
Arrête de penser chuchote mon esprit, parle avec ton cœur. Sauf que ça c’est des conneries.
Je la regarde à nouveau.

Je rigole, légèrement :
“C’est pas l’passé ici, mais l’présent,“ a-t-elle dit. Mais elle veut pour autant réparer ce passé que j’ai abîmé. En soi, tout est lié, notre passé influe notre présent, et le présent est notre futur. Le passé est notre futur. Logique.

Cette fois-ci, je dévoile mes dents. C’est un sourire franc. Non pas que veuille charmer. Au contraire, si nous sommes lié un jour ou l’autre dans notre futur présent autre chose. Un peu spécial. Je sais pas.
Je sais pas, comme d’habitude...


Je reviens au vrai présent. J’ai peur d’avoir loupé le coche. D’être trop en retard sur. Ses pensées, sur le moment. Peur de devoir intentionnellement choisir ce que je ferai. Peur de ne plus laisser place à l’impromptu, l’inattendu qui faisait presque à lui seul l’essence même de cette rencontre.

Je cligne des yeux rapidement, je la regarde. Je regarde le sol, m’imprègne du lieu, de l’instant. Et je reviens à la réalité.

Je l’espère,


Vu que lentement je glisse sur mes côtes mes mains devenues froides pour faire tomber en grand fracas ce morceau de métal qui compressait ma poitrine.



Tu es débile dit mon cœur.
Inspiration musicale : Woodkid | Iron

FSCM - 19 ans - Fille de papier.

16 oct. 2020, 15:55
À Elle, l’Hugodomoïdal
Pensées
Inutiles

Roman Blackbirds
IH


Première constatation : le mur est froid. Il est froid et je le sens m’engourdir peu à peu. Mon dos prend en plein fouet la chose, puis vient mon postérieur. C’est gênant oui. Sauf que je ne veux pas bouger. Je ne peux pas bouger. Bouger c’est casser l’air ambiant. Donc je garde ce froid et j’essaie de le transformer en force. Hésiter entre résister et accepter.

Résister parce que c’est une force, résister pour aller encore plus loin, repousser mes limites. Ne rien montrer.

Accepter parce que c’est une résignation. Une résignation qui permet d’oublier la chose, le froid. C’est surpasser le combat. Une sorte de paix entre soi-même et le château. Un cessez le feu qui brûlait d’une flamme de pierre gelée.

Et parce que j’aurai perdu aussi.
Accepter c’est mieux.

Deuxième constatation : je suis invisible.
Encore une fois invisible face aux autres. Elle et lui en fait. Ils ne m’adressent plus un regard. Seuls compte leur relation.
Quelle relation d’ailleurs ? Que se passe-t-il entre eux deux ? Se connaissaient-ils avant ?
Trop de questions tiens.
En soit j’en ai rien à faire. Je les connais pas. Donc je m’en fous.


Oh.

J’avais oublié le froid.
Mais c’est bête, j’aurai du continuer de penser.
En fait, il y avait une troisième solution : oublier.
Oublier en réfléchissant. C’est un peu comme accepter sauf qu’on y pense pas.
Oublier c’est une bonne chose oui.

Je referme mes paupières que j’avais ouvertes pour ces quelques pensées inutiles.
Inspiration musicale : French 79 | Joshua (album)

FSCM - 19 ans - Fille de papier.

23 oct. 2020, 23:52
À Elle, l’Hugodomoïdal
Il est complètement fracassé, ce garçon. Cela me touche. Sa détresse est flagrante, elle est tellement palpable. Je la sens comme je l’entends, comme je la vois ; tout chez lui me hurle qu’il va mal. L’Hybride qui croyait se voiler la face en se cacher derrière une armure. Un Garçon-de-fer qui n’est pas aussi fort que je le croyais. Il pleure avec autant de sincérité qu’il exprime sa détresse et à chaque fois que je pose mes yeux sur lui, je ne peux m’empêcher d’avoir l’impression de me voir moi-même ; c'est bouleversant.

Et ce sourire qu’il m’offre. Qu’est-il ? Un sourire qui dévoile ses dents et qui fait sursauter mon coeur. Son petit rire ne me blesse pas. Je comprends que ces grimaces sont semblables aux miennes, elles servent à cacher ce que l'on ressent tout au fond de nous. Parfois, je ricane parce que j’ai peur, d’autres fois je souris parce que je suis en colère et d’autres fois encore je fronce les sourcils alors que je suis heureuse. Des grimaces qui servent à cacher, des masques, des mensonges que je n'ai la plupart du temps pas conscience d’utiliser. Mais en regardant ce garçon, je vois la vérité. Je sais bien que son sourire ne veut rien dire et que son rire est un mensonge. Je le sais parce que son regard est la seule chose qui dit la vérité sur son visage ; il dit qu’il a mal. Et moi, je peine à comprendre pourquoi. Je crois cependant que cela n’a guère d’importance. Je ne suis rien pour ce gars et il n’est rien pour moi. Je ne peux pas l’aider. Pourtant… Pourtant, lui et moi sommes *quoi ?*. Semblable ? des reflets ? des *camarades* ? Qu’en sais-je ? Je n’ai pas envie de savoir. Je sais seulement qu’à l’intérieur de mon corps vibre une corde douloureuse que ce garçon manipule à l'aide de son seul regard.

Le plastron tombe sur le sol dans un fracas qui me rappelle à l’ordre. Je cligne des yeux. *L’Autre* me susurre une voix intérieure. Je l’avais oublié. Je me tourne vers lui, abandonné sur son sol — sa position est semblable à celle du Garçon-de-Fer mais il ne lui ressemble pas du tout. Cet Autre est un Autre dans toute sa splendeur. Quand je le regarde, je ne vois rien et ne ressens rien. Mon regard repasse sur l’Hybride ; quand je le regarde lui, mon coeur vibre, même si je ne le connais pas. Et je les regarde un à un ; l’Autre et l’Hybride ; l’Hybride et l'Autre. Finalement, mes yeux s’arrêtent sur le premier.

Je dégaine ma baguette, ferme les yeux et inspire profondément par le nez. Lentement, doucement je visualise les morceaux de ferraille se retrouver pour former l’armure que l’Hybride a cassé.

« Reparo, » prononcé-je distinctement en agitant ma baguette magique.

Et les morceaux se soulèvent, se rassemblent dans un bruit résonnant jusqu’à former une armure parfaitement normale. Banale. Ennuyante. Je soupire doucement en la regardant, les bras ballant. Quelque chose ne va pas chez cette armure. Et chez l’Hybride non plus, quelque chose ne va pas. Ce gars a l’air si vide. Fracassé. Quand il avait le plastron sur lui, il avait déjà l’air plus imposant — plus capable.
Je ne sais pourquoi je pense cela.
Je ne le connais pas.
Je ne sais rien de lui.
Et pourtant…

… pourtant je m’avance vers l’armure d’un pas décidé et, priant pour qu’elle ne s’effondre pas, j’arrache le plastron d’un coup sec. La grande de fer frissonne, grince, mais ne s’écroule pas. Elle reste la même, un vide au milieu du corps, incapable de se défendre de ce que je viens de lui faire. C’est à peine si je lui jette un regard. Je m’avance en direction du Garçon-qui-n’est-plus-de-fer. Je ne m’accroupie pas, cette fois. Je reste debout, grande et faussement fière, cachant aisément que mon coeur tremble.

« Tiens, dis-je en lui tendant le plastron. Garde-le. T’es le Garçon-de-Fer. »

Je secoue le morceau de fer, insistant pour qu’il l’attrape et le garde. Je me fiche de ce qu’il en fera, je veux seulement qu’il le garde pour lui.

« On s’barre ? » demandé-je dans la foulée.

Quand à savoir pourquoi je lui propose de m’accompagner alors que je pourrais me barrer toute seule, je préfère ne pas me poser la question. Je jette un regard en coin à l’Autre qui hante toujours notre couloir, les yeux fermés. Je sais seulement que j’ai envie de partir d’ici, d’avancer, de bouger, de me dépêtrer de ce que je ressens — loin de lui, si possible, et proche de l’Hybride.

25 oct. 2020, 01:53
À Elle, l’Hugodomoïdal
Jusqu’ici tout va bien

Roman Blackbirds
IH


Oh.

Oh parce que l’armure voltige d’elle-même. Enfin pas vraiment mais je préfère me dire dire ça. Ma version, mon rêve éveillé est mieux que de réaliser que c’est l’autre, la fille qui a ensorcelé les bouts de métal pour les réorganiser...
Parce que mes rêves sont mieux que la réalité.
Et tant que je reste dans le rêve tout va bien.

Des mots sont échangés, je suis pas tout. Tout simplement parce que la fille m’a regardé avec insistance. J’ai vu son regard se trimballer de l’Abjure à moi. L’Abjure c’est lui, le deuxième autre. J’allais dire l’intrus. Mais l’intrus c’est moi. Encore une fois...

Puis les mots. Ceux que j’ai évoqués à l’instant. Je crois qu’elle l’appelle bizarrement, je sais pas trop.
L’air est électrique. Non, pas électrique. Je doute sur le bon mot, il est sur ma langue sans même toucher le bout. Vient et disparaît instantanément. Et ce mot que je veux pour décrire l’atmosphère m’échappe indéniablement. Où est-il, où se cache t-il ? J’attends la chute, le moment où je trouverai enfin. Mais ça ne vient pas, je tombe inexorablement dans l’absence de connaissance. Et je me flagelle face à ma propre impuissance, tombant encore et encore. Et là mon rêve se transforme en cauchemar où il me serait préférable de retrouver la réalité.

Mes poings se serrent
Des points couleur serre
Tâchent ma main qui
Se délâchera que demain


Mes yeux papillonnent et les deux autres disparaissent de mon esprit. Et mon corps prend le dessus pour l’une des terribles premières fois.

Mes lèvres tremblent, mon front se lisse
Ma mâchoire se crispe où mes yeux se plissent
Et dans ce que mon esprit appelle abysse
Mes rêves me dévoilent tous leurs horribles vices


Jusqu’à ce que je retombe dans la réalité.
Car dans la réalité il n’y a pas de poèmes.
Il n’y a pas ces pensées étranges.
Dans la réalité je crois qu’il n’y a pas moi.
Il n’y a pas moi gigotant à moitié sur un sol glacial face à deux autres gens et tout ceci à cause d’un mot que je n’ai pas réussi à trouver. Juste un mot.

Dans la réalité je crois qu’il n’y a pas moi.

Donc je veux rester dans le rêve car jusqu’ici tout va bien ; j’existe encore.

C'est l'histoire d'un homme qui tombe d'un immeuble de 50 étages. Le mec, au fur et à mesure de sa chute, il se répète sans cesse pour se rassurer :
" Jusqu'ici tout va bien... Jusqu'ici tout va bien...
Jusqu'ici tout va bien. "
Mais l'important, c'est pas la chute. C'est l'atterrissage.

Matthieu Kassovitz • La Haine


Sofiane Pamart • PLANET (album)

FSCM - 19 ans - Fille de papier.

25 nov. 2020, 18:37
À Elle, l’Hugodomoïdal
Depuis que mes amis me mentent
Qu’ils disent que je suis comme les autres

Hugo Rolanbri
IH


Elle me juge. Elle voit ce que je vois en moi depuis le début. Ce regard qu’elle me porte n’est pas dégoûté, il est analytique, placide.

Puis aussi étrangement elle inverse presque totalement son action précédente. Elle vient détruire l’intégralité de cette armure pour lui arracher la partie la plus imposante. Puis viennent ses mots qui semblent doux. Je devine que j’ai déjà une place dans son esprit. Pourquoi m’aurait-elle choisit un second nom sinon ?

D’un geste souple je tend mon bras pour attraper ce bout de métal. C’est peine perdue. Il est tellement lourd que ma seconde main vient saisir de justesse ce plastron.

Puis elle dit qu’elle veut partir. Partir où ? Je pense qu’elle même ne le sait pas. Partir loin d’ici. Avec moi. Elle ne veut pas s’en aller seule. Ou en tout, elle le ferai de préférence en ma compagnie. Je vais lui dire oui. Je crois que je l’apprécie bien. Elle me comprend, du moins en grande partie.

Je me lève, la chose en fer toujours dans la main. Prêt à partir.

Sauf que je ne le fais pas.
Un mouvement retient mon attention. Le garçon allongé au sol tremble. Ses muscles sont crispés. Trop fortement. Je regarde Aelle d’un air qui lui signifie que je ne trouve pas ça normal, qui aurait trouvé ça normal ? Ce garçon est en détresse. Faut-il l’aider ?

Il faut l’aider.


Ma voix semble à mi-chemin entre l’interrogation et l’affirmation. Ça s’adresse à moi... et à Aelle. Je sais qu’elle ne l’aime pas. Je sais que je l’aime pas. Ce garçon nous répugne tout les deux. Mais là... il est faible.

Faut-il l’aider...
Pomme • les failles cachées

Excuse moi pour ce second et long retard...

FSCM - 19 ans - Fille de papier.

1 déc. 2020, 16:10
À Elle, l’Hugodomoïdal
Il faut l’aider.
C’est facile comme une simple phrase peut nous fracasser le coeur, n’est-ce pas ? Au moment même où je quitte le Garçon-de-fer des yeux pour regarder l’Autre, mon coeur se scinde en deux oppositions : il y a cette partie de moi qui remarque la détresse du garçon au sol et qui sait clairement que je suis censée, moi aussi, vouloir l’aider ; et il y a cette autre part qui le déteste, ce garçon, le déteste de m’arracher le Garçon-de-fer en allant mal, en s’agitant, en tremblant ! Ne pouvais-tu pas attendre quelques minutes avant de te sentir mal ? Attendre que l’on s’enfuit par les couloirs, que l’on disparaisse de ton regard ? Non, il ne pouvait pas. C’est trop tard, désormais. Il tremble, il souffre, il s’agite ; il va mal et le Garçon-de-fer refuse d’aller avec moi. C’est réellement comme cela que je le prends : un refus. Et comme tout refus, il me fait mal. Il me donne envie de me rebeller, de geindre, de crier : « non, viens avec moi, pas avec lui ! », de faire l’enfant, de faire ma crise.

Je reste silencieuse. Pourtant dans mon coeur grandit ma rancoeur. Alors ainsi, tu le préfères à moi, hein ? Je ,e me sens plus du tout importante, tout à coup. Je me rappelle que ce garçon qui a accepté mon plastron est censé être un Autre et comme tous les Autres, surtout ces derniers temps, il est censé me détester, me mépriser pour ce que j’ai fait l’an dernier. C’est peut-être le cas, d’ailleurs, peut-être que tout ce qu’il vient de se passer n’était qu’un mensonge, qu’une mise en scène.

Mes sourcils se froncent, je me détourne de l’Hybride-qui-n’en-est-plus-un pour regarder le malade, le blessé, le misérable ; le Voleur. Je n’ai pas la force de m'appesantir sur mes sentiments. À vrai dire, entre Gil'Sayan, Fleurdelys, les Autres, *elle*, je me suis trop fait battre par mes propres émotions ces derniers temps pour accepter de me faire de nouveau malmener par elles. J’ai au fond de la gorge un goût dégueulasse ; la déception ? la rancoeur ? la colère ? Bah ! qu’importe… il a fait son choix, et son choix n’est pas moi, mais lui.

« Fais c’que tu veux. »

Et si ma voix est traînante, brouillonne, c’est parce que je n’ai pas la force de dire : fais ce que je veux. Je n’ai pas la force de te demander de me suivre, Garçon-de-fer, et nulle envie de te supplier.

« Pas b’soin d’être deux pour l’aider. »

Un regard en direction du garçon au sol. Avec une once de culpabilité, je me rappelle que ma mère est guérisseuse et que je sais parfaitement que ne rien faire est condamnable. Un regard en direction du Garçon-de-fer et de son corps de brindille : en soupirant, je prends conscience que seul il ne sera capable de rien.

« P’tain ! » juré-je entre mes dents. Puis, en lançant un regard sombre à l’Hybride : « On l’emmène à l’infirmerie. »

Je me sens mal. Je suis en colère, je suis déçue, je suis triste, également. J’ai l’impression que la magie qui a teintée ma rencontre avec le garçon a disparu soudainement. J’étais bien et je ne suis plus bien ; il était intéressant et il n’est désormais plus qu’un Autre. Ce n’est qu’à moitié vrai, malheureusement, il n’est pas totalement un Autre — c’est peut-être pour cela que je me sens si mal et si déchirée.

Les sourcils froncés, la bouche scellée, l’air froissé, je m’approche du Voleur et m’accroupis près de lui. Je l’observe avec attention avant de soupirer, légèrement angoissée : je ne sais vraiment pas quoi faire, ce n’est pas normal qu’il tremblote ainsi et je n’ai même pas envie de l’aider. Mais je n’ai pas le choix alors, les mâchoires bloquées, je me penche sur lui pour apparaître dans son champs de vision ; peut-être sortira-t-il de sa transe s’il m’aperçoit ?