Une bien grande ombre
Mon coeur se met à battre bien trop rapidement. Est-ce le souvenir de mes propres paroles qui le fait s'affoler ou le regard avec lequel la directrice me sonde ? Ses mots tombent comme des matraques et imposent le silence dans mon crâne. Il n'y a plus de questionnement, plus de regret, plus de déni. Seulement ses mots et tout ce qu'il se passe entre ce regard et le mien. Je dois me faire violence pour ne pas baisser les yeux. Ne pas me soustraire au jugement de cette statut de marbre, si haute, si puisante, qui me défie de parler.
Je n'ai rien lâché, c'est vrai. Ces derniers mois, j'étais trop en colère pour ne serait-ce que penser à cette chose, ce savoir qui me rappelle Loewy. Mais avant, avant Chu-Jung, j'ai cherché ce qu'il vaudrait mieux ignorer. Sans le trouver, bien sûr. Je n'ai pas encore découvert quelle limite pouvait bien m'intéresser ; mais il faut dire que le concept même de limite m'alpague assez pour que je souhaite l'abolir.
Il règne sur les mots de Loewy une ombre qui ne me plait pas. Elle a la forme d'un adulte. Elle veut me faire comprendre que je ne suis qu'une enfant qui ne sait pas grand chose à la vie et qui devrait se contenter de ce qu'on lui apprend. C'est exactement ce que Loewy m'a dit, la dernière fois. De rester sage, en somme.
Malgré moi, mes poings se serrent. Sans trop de raison. Peut-être pour me raccrocher à quelque chose, pour ne serait-ce qu'avoir une once de la puissance de la femme qui se dresse face à moi.
« Non, » je réponds les dents serrés. Bien sûr que j'ai eu vent des rumeurs. Comment faire autrement dans ce lieu où chaque information est mâchée, mastiquée, puis recrachée sans respect ? Mais je me fous de ce qu'elles peuvent bien raconter. Je les entends sans les écouter.
« J'ai pas lâché l'affaire, non. » Et ce coeur qui bat trop rapidement. Je déglutis pour me donner du courage. « Y'a rien qui vaux mieux d'être ignoré, ça j'en suis sûre. Sinon, on les aurait jamais créé un jour, ces choses-là. Si elles existent, c'est pour qu'on les découvre. »
Zikomo, ces derniers mois, m'a appris tant de choses qui me sont encore inaccessibles. Et ce n'est rien, absolument rien comparé à ce que je ne sais pas encore. Le monde est si vaste, la magie est si grande. Et l'on voudrait me faire croire qu'avec ma baguette je ne peux que réciter les incantations que l'on m'a apprise ? Je ne sais pas comment la discussion a pu vriller ainsi, mais elle l'a faite. Et actuellement, plus rien d'autre n'a d'importance que le savoir, ce savoir qui m'a toujours aidé à surmonter ce qui n'allait pas.
« J'vous rappelle qui ? Quelqu'un qu'a su dépasser les frontières, malgré l'prix ? »
Même moi je devine l'impertinence de mes paroles. Pourtant, elles sont sincèrement curieuses.
Je n'ai rien lâché, c'est vrai. Ces derniers mois, j'étais trop en colère pour ne serait-ce que penser à cette chose, ce savoir qui me rappelle Loewy. Mais avant, avant Chu-Jung, j'ai cherché ce qu'il vaudrait mieux ignorer. Sans le trouver, bien sûr. Je n'ai pas encore découvert quelle limite pouvait bien m'intéresser ; mais il faut dire que le concept même de limite m'alpague assez pour que je souhaite l'abolir.
Il règne sur les mots de Loewy une ombre qui ne me plait pas. Elle a la forme d'un adulte. Elle veut me faire comprendre que je ne suis qu'une enfant qui ne sait pas grand chose à la vie et qui devrait se contenter de ce qu'on lui apprend. C'est exactement ce que Loewy m'a dit, la dernière fois. De rester sage, en somme.
Malgré moi, mes poings se serrent. Sans trop de raison. Peut-être pour me raccrocher à quelque chose, pour ne serait-ce qu'avoir une once de la puissance de la femme qui se dresse face à moi.
« Non, » je réponds les dents serrés. Bien sûr que j'ai eu vent des rumeurs. Comment faire autrement dans ce lieu où chaque information est mâchée, mastiquée, puis recrachée sans respect ? Mais je me fous de ce qu'elles peuvent bien raconter. Je les entends sans les écouter.
« J'ai pas lâché l'affaire, non. » Et ce coeur qui bat trop rapidement. Je déglutis pour me donner du courage. « Y'a rien qui vaux mieux d'être ignoré, ça j'en suis sûre. Sinon, on les aurait jamais créé un jour, ces choses-là. Si elles existent, c'est pour qu'on les découvre. »
Zikomo, ces derniers mois, m'a appris tant de choses qui me sont encore inaccessibles. Et ce n'est rien, absolument rien comparé à ce que je ne sais pas encore. Le monde est si vaste, la magie est si grande. Et l'on voudrait me faire croire qu'avec ma baguette je ne peux que réciter les incantations que l'on m'a apprise ? Je ne sais pas comment la discussion a pu vriller ainsi, mais elle l'a faite. Et actuellement, plus rien d'autre n'a d'importance que le savoir, ce savoir qui m'a toujours aidé à surmonter ce qui n'allait pas.
« J'vous rappelle qui ? Quelqu'un qu'a su dépasser les frontières, malgré l'prix ? »
Même moi je devine l'impertinence de mes paroles. Pourtant, elles sont sincèrement curieuses.
Une bien grande ombre
Son regard pesa encore un instant sur l'enfant avant de se tourner vers le vide. Peine perdue, peut-être.
« Derrière chaque frontière s'en trouve une autre, et le prix à payer est toujours plus fort. »
Les mains dans les poches, Kristen leva la tête vers le plafond, ferma brièvement les yeux en trouvant dans l'air inspiré le courage de se dévoiler à mi-mots ; mais il n'y avait pas besoin d'être un grand détective pour comprendre de qui elle parlait quand elle dit dans un souffle :
« C'était une enfant étrange. Déraisonnable, excessive, intransigeante et égocentrique. »
C'était du moins ainsi qu'on la qualifiait, sans doute à raison. Un bref sourire tendit les lèvres de Kristen et disparut aussitôt.
« Elle estimait que rien n'était à sa hauteur, les autres pour commencer étaient indignes de son intérêt, mais aussi les cours dispensés à Poudlard, dans lesquels elle avait pourtant placé beaucoup d'espoirs. Alors, après avoir étudié bien sagement pendant ses premières années à l'école, elle voulut prendre les devants. Si on refusait de lui enseigner les secrets de la Magie, elle irait les percer elle-même. Et c'est ce qu'elle commença à faire. »
Elle rabaissa sa tête et fixa un point loin devant elle, derrière L'Ombre de la Mort, et derrière les murs de Poudlard, un point imaginaire le plus éloigné possible.
« Un jour, alors qu'elle était occupée à percer un nouveau secret, on lui exposa le prix de ses découvertes. Mais sa dette était impossible à payer, et aujourd'hui encore, elle doit s'en acquitter. Mais ce n'est pas le pire. Le pire, Aelle, c'est qu'au moment-même où je te raconte son histoire, et même connaissant le prix à payer pour percer les secrets de la Magie, elle ne peut toujours pas s'empêcher de chercher toujours plus de Savoir. »
Elle osa se tourner vers l'enfant. Kristen espérait que son regard apparaisse glacé, indéchiffrable, mais pour un œil avisé, il paraissait clairement triste.
« Parce qu'elle ne peut pas résister à l'envie de détruire toutes les frontières qui se présentent à elle, même en sachant qu'elle ne pourra jamais s'acquitter de sa dette, même en sachant que ce savoir peut tout détruire, et même en ayant conscience qu'elle ne saura jamais tout ce qu'elle veut savoir. »
De nouveau, ses yeux bleus plongèrent dans l'univers de l'Ombre.
« C'est un bel exemple de vanité. »
« Derrière chaque frontière s'en trouve une autre, et le prix à payer est toujours plus fort. »
Les mains dans les poches, Kristen leva la tête vers le plafond, ferma brièvement les yeux en trouvant dans l'air inspiré le courage de se dévoiler à mi-mots ; mais il n'y avait pas besoin d'être un grand détective pour comprendre de qui elle parlait quand elle dit dans un souffle :
« C'était une enfant étrange. Déraisonnable, excessive, intransigeante et égocentrique. »
C'était du moins ainsi qu'on la qualifiait, sans doute à raison. Un bref sourire tendit les lèvres de Kristen et disparut aussitôt.
« Elle estimait que rien n'était à sa hauteur, les autres pour commencer étaient indignes de son intérêt, mais aussi les cours dispensés à Poudlard, dans lesquels elle avait pourtant placé beaucoup d'espoirs. Alors, après avoir étudié bien sagement pendant ses premières années à l'école, elle voulut prendre les devants. Si on refusait de lui enseigner les secrets de la Magie, elle irait les percer elle-même. Et c'est ce qu'elle commença à faire. »
Elle rabaissa sa tête et fixa un point loin devant elle, derrière L'Ombre de la Mort, et derrière les murs de Poudlard, un point imaginaire le plus éloigné possible.
« Un jour, alors qu'elle était occupée à percer un nouveau secret, on lui exposa le prix de ses découvertes. Mais sa dette était impossible à payer, et aujourd'hui encore, elle doit s'en acquitter. Mais ce n'est pas le pire. Le pire, Aelle, c'est qu'au moment-même où je te raconte son histoire, et même connaissant le prix à payer pour percer les secrets de la Magie, elle ne peut toujours pas s'empêcher de chercher toujours plus de Savoir. »
Elle osa se tourner vers l'enfant. Kristen espérait que son regard apparaisse glacé, indéchiffrable, mais pour un œil avisé, il paraissait clairement triste.
« Parce qu'elle ne peut pas résister à l'envie de détruire toutes les frontières qui se présentent à elle, même en sachant qu'elle ne pourra jamais s'acquitter de sa dette, même en sachant que ce savoir peut tout détruire, et même en ayant conscience qu'elle ne saura jamais tout ce qu'elle veut savoir. »
De nouveau, ses yeux bleus plongèrent dans l'univers de l'Ombre.
« C'est un bel exemple de vanité. »
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Mère du dragon - Justice funèbre - Grande Prêtresse Noire - DJ Kraken | ▶
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Une bien grande ombre
Il y a quelque chose dans les mots de Loewy qui me dérange. Un détail qui devrait me sauter aux yeux, une chose que je devrais comprendre. Mais cette impression s'envole dès lors que je me trouve subjuguée par ses paroles. Il n'y a qu'une chose qui s'inscrit alors sur mes traits ; un froncement de sourcil. Déjà, quand elle énumère les qualités de ladite enfant — suis-je étrange à ses yeux ? ; puis quant elle conclut, les yeux dans le vague et l'air ailleurs. Je me déplace pour apercevoir son regard.
« C'est quoi la dette dont vous parlez ? Si elle continue à vouloir savoir plus malgré cette dette, l'enfant, c'est sûrement qu'elle sait qu'le résultat en vaux le coup. Qu'elle sait que c'qu'elle découvrira sera plus gros que ce qu'elle subit. Qu'est-ce qui peut se passer après tout ? La douleur ? »
Je hausse les épaules, comme si ça m'était égal. Je me penche un peu pour avoir une meilleure vue sur la femme.
« C'est ça que vous voulez dire ? Vous savez, je suis quand même un peu renseigné. Le prix dépend de ce qu'on cherche. » Je garde ma position quelques secondes avant de relâcher mon attention, le coeur battant. « Elle... Je lui ressemble beaucoup. A cette enfant. »
Je lance un regard en coin à ma directrice.
« Mais je pense pas qu'elle est... qu'elle soit un exemple de vanité. Non. C'est pas de la vanité, ça, Miss. C'est du courage. Si personne se penche sur c'qui a un prix trop élevé beaucoup d'choses seraient encore inconnues. »
Les sourcils froncés, je songe. Je pense à l'enfant. Et aux frissons que les mots de Loewy ont fait grimper le long de mon dos ; à l'exaltation de comprendre que la Magie est tellement plus que ce que l'on croit. Je prends une respiration profonde avant de me tourner vers l'Ombre de la mort. Je crois que je me sens un peu moins misérable qu'au début de notre conversation.
« Je suis peut-être étrange. Et déraisonnable. Et... excessive. Mais je suis aussi sérieuse et déterminée. Plus que jamais. Je veux pas... Je veux pas passer à coté de ce que je pourrais savoir, ça non ! Même si je dois en payer le prix. Tous les Autres... Ils se contentent de ça, c'est pour ça qu'ils sont effrayés. Je cro... Je sais que j'suis capable de contrôler c'que j'apprends. C'est ça qui fait toute la différence. D'avoir assez d'jugeote pour savoir quand on est prêt à... » Je me tourne vers Miss Loewy. « ... utiliser les forces qui sont derrière les barrières. »
« C'est quoi la dette dont vous parlez ? Si elle continue à vouloir savoir plus malgré cette dette, l'enfant, c'est sûrement qu'elle sait qu'le résultat en vaux le coup. Qu'elle sait que c'qu'elle découvrira sera plus gros que ce qu'elle subit. Qu'est-ce qui peut se passer après tout ? La douleur ? »
Je hausse les épaules, comme si ça m'était égal. Je me penche un peu pour avoir une meilleure vue sur la femme.
« C'est ça que vous voulez dire ? Vous savez, je suis quand même un peu renseigné. Le prix dépend de ce qu'on cherche. » Je garde ma position quelques secondes avant de relâcher mon attention, le coeur battant. « Elle... Je lui ressemble beaucoup. A cette enfant. »
Je lance un regard en coin à ma directrice.
« Mais je pense pas qu'elle est... qu'elle soit un exemple de vanité. Non. C'est pas de la vanité, ça, Miss. C'est du courage. Si personne se penche sur c'qui a un prix trop élevé beaucoup d'choses seraient encore inconnues. »
Les sourcils froncés, je songe. Je pense à l'enfant. Et aux frissons que les mots de Loewy ont fait grimper le long de mon dos ; à l'exaltation de comprendre que la Magie est tellement plus que ce que l'on croit. Je prends une respiration profonde avant de me tourner vers l'Ombre de la mort. Je crois que je me sens un peu moins misérable qu'au début de notre conversation.
« Je suis peut-être étrange. Et déraisonnable. Et... excessive. Mais je suis aussi sérieuse et déterminée. Plus que jamais. Je veux pas... Je veux pas passer à coté de ce que je pourrais savoir, ça non ! Même si je dois en payer le prix. Tous les Autres... Ils se contentent de ça, c'est pour ça qu'ils sont effrayés. Je cro... Je sais que j'suis capable de contrôler c'que j'apprends. C'est ça qui fait toute la différence. D'avoir assez d'jugeote pour savoir quand on est prêt à... » Je me tourne vers Miss Loewy. « ... utiliser les forces qui sont derrière les barrières. »
Une bien grande ombre
Assez étonnée par la réponse d'Aelle, Kristen se tourna vers elle. L'enfant avait-elle compris sa confession et faisait-elle comme si ce détail sur l'enfant lui avait échappé, ou bien continuait-elle le jeu de Kristen par délicatesse ? Peu importait, au final, l'identité de cette enfant : la leçon n'avait pas grand-chose à voir avec qui elle était - qui Kristen en particulier était. La sorcière n'avait jamais perçu ses actions comme un signe de courage, toute Gryffondor qu'elle était. Elle pensait plutôt que c'était de l'avidité qui se passait bien de toutes considérations morales. En tout cas, Aelle Bristyle ne semblait pas manquer de courage, elle, ni de détermination, comme elle l'affirmait. Kristen lui adressa un sourire un peu désolé.
« La vraie douleur ne vient pas du mal que l'on s'inflige, mais du mal que l'on inflige à ceux qui nous sont chers. Quoique les deux soient liés. Sa dette, c'était la solitude, et la crainte permanente de faire du mal à ceux auxquels elle pourrait s'attacher. »
Encore aujourd'hui, Kristen craignait de blesser Aude, par exemple. Elle avait peur d'elle-même, de ce qu'elle pourrait faire ; car elle savait qu'elle abritait un certain nombre de pulsions incontrôlables et qu'elle pourrait à tout moment les relâcher et tout détruire sur son passage. Elle avait d'ailleurs fait part de ses craintes à Aude : « si un jour je m’apercevais que j’ai une mauvaise influence sur toi, je ne le supporterais pas et je préférerais te laisser », ce qui lui avait valu une belle claque. Sur le coup, cela l'avait calmée, mais que ferait-elle si cela devait vraiment arriver ?
« Je vous souhaite de toujours garder le contrôle, quoi que vous puissiez découvrir dans votre avenir de chercheuse. Je me réjouis déjà d'avoir pu offrir aux élèves de cette école l'occasion d'en apprendre plus sur les magies venues d'ailleurs, même si vous n'êtes pas celle qui en a le plus profité... »
« La vraie douleur ne vient pas du mal que l'on s'inflige, mais du mal que l'on inflige à ceux qui nous sont chers. Quoique les deux soient liés. Sa dette, c'était la solitude, et la crainte permanente de faire du mal à ceux auxquels elle pourrait s'attacher. »
Encore aujourd'hui, Kristen craignait de blesser Aude, par exemple. Elle avait peur d'elle-même, de ce qu'elle pourrait faire ; car elle savait qu'elle abritait un certain nombre de pulsions incontrôlables et qu'elle pourrait à tout moment les relâcher et tout détruire sur son passage. Elle avait d'ailleurs fait part de ses craintes à Aude : « si un jour je m’apercevais que j’ai une mauvaise influence sur toi, je ne le supporterais pas et je préférerais te laisser », ce qui lui avait valu une belle claque. Sur le coup, cela l'avait calmée, mais que ferait-elle si cela devait vraiment arriver ?
« Je vous souhaite de toujours garder le contrôle, quoi que vous puissiez découvrir dans votre avenir de chercheuse. Je me réjouis déjà d'avoir pu offrir aux élèves de cette école l'occasion d'en apprendre plus sur les magies venues d'ailleurs, même si vous n'êtes pas celle qui en a le plus profité... »
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Une bien grande ombre
En me taisant, je me fais une réflexion qui m’est fort désagréable : ne suis-je pas en train de chercher l’assentiment de Loewy pour cette passion que personne d’autre n’approuve ? Cette idée me fait grimacer et je la rejette avec un peu trop d’empressement. Comme toutes les autres de son genre, elle finira par disparaître dans les limbes de mon esprit ; c’est mieux ainsi.
Le sourire de ma directrice m’arrache à mes pensées. C’est le genre de sourire qui ne me plait pas, sans que je sache réellement pourquoi. Pourtant je ne dis rien, les sourcils un peu froncés je me contente de l’écouter, consciente que la femme que j’ai en face de moi n’est pas totalement l’Adulte que j'exècre. Quelque part au fond de moi, je me dis qu’elle connait un peu trop bien cette enfant qu’elle me décrit. Mais je n’ai pas le temps de me pencher sur cette réflexion.
Les mots de Loewy m’atteignent bien plus profondément que les précédents. Mon coeur se serre et je dois empêcher le venin qui grimpe le long de ma gorge de sortir de ma bouche ; il est né de la révolte qu’amènent ses paroles : jamais je ne ferais de mal à Zik, jamais je ne ferais de mal à Papa et Maman ou à mes frères, jamais je ne ferais de mal à Thalia ! Qu’est-ce qu’elle raconte ? Comment une magie que je suis la seule à exercer pourrait faire du mal à ceux qui m’entourent ? C’est débile. Et Effrayant.
Je suis heureuse, quoi que j’en pense, de savoir que Loewy n’entravera pas mes recherches (c’est ce que je comprends de ses mots) et cette impression aurait persisté si seulement elle n’avait pas terminé sa phrase. Si seulement elle s’était tue. Le brusque rappel de la situation dans laquelle j’étais l’année dernière à la même période me glace d’effroi. Quand je ramène mon regard sur la femme, ce n’est plus Loewy que je vois, cette femme pleine de contradictions et d’envies, mais la Directrice Kristen Loewy ; ma directrice. Celle qui, il y a un an tout juste, m’a réduit en un être misérable. J’essaie de retrouver ma colère d’enfant face à cette entité, mais j’ai un peu de mal.
« J’aurai pu en profiter…, » dis-je entre mes dents serrés avant de me taire. Si Chu-Jung n’avait pas fait une crise, continué-je dans ma tête, jalouse malgré moi. Mais ces mots resteront cachés dans le carcan de mon esprit : j’ai bien trop conscience du caractère mensonger qu’ils renferment.
Je prends une inspiration profonde qui soulève mes épaules, plantant mon regard quelque part sur le mur. Je dois ressembler à une enfant. Je préférerais que l’on retourne à notre discussion d’antan.
« Ça m’a pas empêché d’apprendre et d’exercer, réussis-je à dire. Sur les magies d’ailleurs et la magie tout court. Ce que j’aurais pas pu faire ici. Toute possibilité est bonne pour apprendre… » Je jette un regard en coin à la femme. « Même si j’ai passé six mois loin du château. »
Ma colère s’éveille lentement, comme atrophiée par le bien-être que je ressentais tantôt. Elle provient du plus profond de mon être et à la saveur d’un vieux souvenir qui veut s’installer dans ma tête. Elle ne me fait pas plaisir. Je ne ressens aucune joie à me rappeler que cette femme-là est celle qui m’a humilié. Un sourire un peu ironique vient étirer mes lèvres :
« Et j’ai appris à m’contrôler, ces derniers mois, » articulé-je pour ne pas dire vous m’avez appris à me contrôler. J’ai appris seule, de toute manière. Grâce à Nyakane et sa magie des Golems, grâce à mes longues heures d’étude solitaires. Grâce à l’obligation de rester cloitrée à la maison alors que tous les autres élèves étaient au château.
Agacée par mes pensées parasites, je fixe mon regard sur l’Ombre de la mort.
Le sourire de ma directrice m’arrache à mes pensées. C’est le genre de sourire qui ne me plait pas, sans que je sache réellement pourquoi. Pourtant je ne dis rien, les sourcils un peu froncés je me contente de l’écouter, consciente que la femme que j’ai en face de moi n’est pas totalement l’Adulte que j'exècre. Quelque part au fond de moi, je me dis qu’elle connait un peu trop bien cette enfant qu’elle me décrit. Mais je n’ai pas le temps de me pencher sur cette réflexion.
Les mots de Loewy m’atteignent bien plus profondément que les précédents. Mon coeur se serre et je dois empêcher le venin qui grimpe le long de ma gorge de sortir de ma bouche ; il est né de la révolte qu’amènent ses paroles : jamais je ne ferais de mal à Zik, jamais je ne ferais de mal à Papa et Maman ou à mes frères, jamais je ne ferais de mal à Thalia ! Qu’est-ce qu’elle raconte ? Comment une magie que je suis la seule à exercer pourrait faire du mal à ceux qui m’entourent ? C’est débile. Et Effrayant.
Je suis heureuse, quoi que j’en pense, de savoir que Loewy n’entravera pas mes recherches (c’est ce que je comprends de ses mots) et cette impression aurait persisté si seulement elle n’avait pas terminé sa phrase. Si seulement elle s’était tue. Le brusque rappel de la situation dans laquelle j’étais l’année dernière à la même période me glace d’effroi. Quand je ramène mon regard sur la femme, ce n’est plus Loewy que je vois, cette femme pleine de contradictions et d’envies, mais la Directrice Kristen Loewy ; ma directrice. Celle qui, il y a un an tout juste, m’a réduit en un être misérable. J’essaie de retrouver ma colère d’enfant face à cette entité, mais j’ai un peu de mal.
« J’aurai pu en profiter…, » dis-je entre mes dents serrés avant de me taire. Si Chu-Jung n’avait pas fait une crise, continué-je dans ma tête, jalouse malgré moi. Mais ces mots resteront cachés dans le carcan de mon esprit : j’ai bien trop conscience du caractère mensonger qu’ils renferment.
Je prends une inspiration profonde qui soulève mes épaules, plantant mon regard quelque part sur le mur. Je dois ressembler à une enfant. Je préférerais que l’on retourne à notre discussion d’antan.
« Ça m’a pas empêché d’apprendre et d’exercer, réussis-je à dire. Sur les magies d’ailleurs et la magie tout court. Ce que j’aurais pas pu faire ici. Toute possibilité est bonne pour apprendre… » Je jette un regard en coin à la femme. « Même si j’ai passé six mois loin du château. »
Ma colère s’éveille lentement, comme atrophiée par le bien-être que je ressentais tantôt. Elle provient du plus profond de mon être et à la saveur d’un vieux souvenir qui veut s’installer dans ma tête. Elle ne me fait pas plaisir. Je ne ressens aucune joie à me rappeler que cette femme-là est celle qui m’a humilié. Un sourire un peu ironique vient étirer mes lèvres :
« Et j’ai appris à m’contrôler, ces derniers mois, » articulé-je pour ne pas dire vous m’avez appris à me contrôler. J’ai appris seule, de toute manière. Grâce à Nyakane et sa magie des Golems, grâce à mes longues heures d’étude solitaires. Grâce à l’obligation de rester cloitrée à la maison alors que tous les autres élèves étaient au château.
Agacée par mes pensées parasites, je fixe mon regard sur l’Ombre de la mort.
Une bien grande ombre
Kristen hocha lentement la tête à la réponse de l'enfant.
« Tant mieux. Vous m'en voyez ravie. »
Et elle était sincère. Le contrôle était quelque chose qui pouvait lui manquer, à elle-même, et il était pourtant primordial dans toute entreprise. La difficulté était de savoir se contrôler sans pour autant se brider, de bien doser la chose pour ne pas sombrer et ne pas stagner. L'impulsivité était chose dangereuse pour soi comme pour les autres.
Kristen prit une grande inspiration et observa le fond du couloir. Il lui restait toujours à régler son histoire de fantôme, et elle ne pouvait pas s'attarder plus longtemps ici, même si la compagnie d'Aelle Bristyle ne lui déplaisait pas.
« Continuez donc de vous exercer. Je suivrai vos progrès avec la plus grande attention. »
Sur ce, elle tourna les talons et fit quelques pas pour s'éloigner.
« C'était un plaisir, Aelle. »
Encore une fois, elle se montrait sincère. Kristen entreprit de s'éloigner pour de bon, prête à assumer son rôle de directrice de Poudlard qui devait s'occuper de choses et d'autres dans ce grand château plein de mystères. La prochaine fois qu'elle croiserait Aelle Bristyle, devant ce tableau ou ailleurs, les deux sorcières auraient peut-être toutes deux fait de grands progrès en matière de magie, peut-être seraient-elles parvenues à repousser quelques limites, pour la connaissance ou pour le pouvoir...
« Tant mieux. Vous m'en voyez ravie. »
Et elle était sincère. Le contrôle était quelque chose qui pouvait lui manquer, à elle-même, et il était pourtant primordial dans toute entreprise. La difficulté était de savoir se contrôler sans pour autant se brider, de bien doser la chose pour ne pas sombrer et ne pas stagner. L'impulsivité était chose dangereuse pour soi comme pour les autres.
Kristen prit une grande inspiration et observa le fond du couloir. Il lui restait toujours à régler son histoire de fantôme, et elle ne pouvait pas s'attarder plus longtemps ici, même si la compagnie d'Aelle Bristyle ne lui déplaisait pas.
« Continuez donc de vous exercer. Je suivrai vos progrès avec la plus grande attention. »
Sur ce, elle tourna les talons et fit quelques pas pour s'éloigner.
« C'était un plaisir, Aelle. »
Encore une fois, elle se montrait sincère. Kristen entreprit de s'éloigner pour de bon, prête à assumer son rôle de directrice de Poudlard qui devait s'occuper de choses et d'autres dans ce grand château plein de mystères. La prochaine fois qu'elle croiserait Aelle Bristyle, devant ce tableau ou ailleurs, les deux sorcières auraient peut-être toutes deux fait de grands progrès en matière de magie, peut-être seraient-elles parvenues à repousser quelques limites, pour la connaissance ou pour le pouvoir...
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Une bien grande ombre
Le hochement de tête de Kristen Loewy est étrange. Il me prouve, encore une fois, que devant moi ne se trouve pas une seule femme mais deux. J’ai du mal à l’accepter. Pourtant, je ne peux m’empêcher de le voir ; c’est cela qui me trouble tant : il y a la femme, la sorcière noire, celle qui est pleine de savoir et il y a la Directrice, celle qui hurle, celle qui juge. Je n’arrive pas à lier les deux. J’aimerais que les choses soient plus simples. Mais mon coeur, en beau reflet de l’être qui se tient devant lui, est aussi double que lui : il y a l’enfant qui apprécie et il y a l’enfant qui hait. Et face à ce hochement de tête, moi je ne sais pas qui être.
Je comprends rapidement qu’elle prend congé. Je me surprends à vouloir qu’elle reste. J’aimerais continuer cette conversation, exister encore un peu sous son regard. Mais comme ce sont des envies idiotes, je ne les laisse pas exister. Je hausse les épaules pour la forme et offre mon regard à Loewy qui est en train de s’en aller, emportant avec elle une partie de moi ; je ne sais pas encore laquelle.
« A bientôt, » dis-je avant de me fustiger : à bientôt ? Quelle idée ! Ce n’est pas comme si j’espérais la rencontrer à chaque croisement de couloirs, n’est-ce pas ?
Elle a dit qu’elle suivrait mes progrès, mais je doute qu’elle le fasse réellement. Cette femme a autre chose à faire pour ne serait-ce que penser à observer la gamine irrespectueuse que je suis. Mais quand elle disparaît à l’autre bout du couloir et que je me retourne vers l’Ombre de la mort, je surprends un sourire sur mes lèvres. Je le perds aussitôt : il ne manquerait plus que j’excuse tout à cette femme !
Je lance un regard peu amène au tableau, témoin de ma perte, et prends la direction opposée à celle de Loewy. Plus tard sera assez tôt pour songer. Pour le moment, je préfère me concentrer sur la conversation que nous avons eu. La magie, le savoir… Voilà des sujets qui méritent que je me torture pour eux.
Je comprends rapidement qu’elle prend congé. Je me surprends à vouloir qu’elle reste. J’aimerais continuer cette conversation, exister encore un peu sous son regard. Mais comme ce sont des envies idiotes, je ne les laisse pas exister. Je hausse les épaules pour la forme et offre mon regard à Loewy qui est en train de s’en aller, emportant avec elle une partie de moi ; je ne sais pas encore laquelle.
« A bientôt, » dis-je avant de me fustiger : à bientôt ? Quelle idée ! Ce n’est pas comme si j’espérais la rencontrer à chaque croisement de couloirs, n’est-ce pas ?
Elle a dit qu’elle suivrait mes progrès, mais je doute qu’elle le fasse réellement. Cette femme a autre chose à faire pour ne serait-ce que penser à observer la gamine irrespectueuse que je suis. Mais quand elle disparaît à l’autre bout du couloir et que je me retourne vers l’Ombre de la mort, je surprends un sourire sur mes lèvres. Je le perds aussitôt : il ne manquerait plus que j’excuse tout à cette femme !
Je lance un regard peu amène au tableau, témoin de ma perte, et prends la direction opposée à celle de Loewy. Plus tard sera assez tôt pour songer. Pour le moment, je préfère me concentrer sur la conversation que nous avons eu. La magie, le savoir… Voilà des sujets qui méritent que je me torture pour eux.
- Fin -