Froissements et chuchotements
À sa surprise (et soulagement), Matthew avait ri. Toutes ses questions parfois audacieuses n'avaient nullement rencontré la vexation chez lui. Il ne paraissait même pas ennuyé. À voix basse, il expliqua qu'un jour, ce genre des révisons l'avait amené à un pari avec le professeur Holloway. Kyra n'en conclut que pour ce garçon, travailler un programme supérieur à son année était un événement aussi quotidien que... "le brossage des dents par exemple".
Si elle même relevait tous les défis lancés par les profs, elle n'en finirait jamais.
Kyra demeurait encore sceptique. Elle ne savait ce dont Matthew était capable, mais ça ne l'empêchait pas d'être sûr d'emporter la victoire.
Il s'arrêta dans ses explications, sortit de son sac une bouteille d'un liquide mystérieux qu'il précisa être "de la limonade", l'invita à se servir (elle secoua alors la tête) et continua:
— ... C'est tout à fait probable que je connaisse des choses qui nous prendrait des années pour qu'on nous les enseigne. C'est l'avantage quand on lit tous les livres sans distinction... Ça, et le fait d'avoir une soeur qui a fini sa scolarité et gardé tous ses cours à la maison. Donc pour ce qui est des savoirs interdits... Eh bien... C'est une possibilité.
Il fit une pause, et une lumière malicieuse éclaira son regard. Matthew disait tout et en même temps il disait peu, laissant Kyra à sa faim et à ses suppositions. Pourtant, il était totalement normal de ne pas obtenir de réponse concrète de quelqu'un que l'on connaissait seulement depuis quelques heures. Kyra le savait, mais la vraie souche de son tempérament calme et actif, complètement contradictoire ressortissait. Elle ne pouvait changer ce qu'elle était.
Matthew se servit, buvant au goulot même. À ce moment, pensa Kyra, il paraissait être un jeune mousse buvant du rhum, débitant des racontars de ses voyages et qui voulait paraître plus haut que son grade et son âge. Cette scène l'avait frappée d'un sentiment de "déjà-vu".
"Ce personnage était dans un livre connu, moldu... mais si... Quel est son nom déjà?"
Toutefois, il poursuivit. Kyra buvait ses paroles. De cette manière, elle avait appris qu'il n'était pas enfant unique; il y avait aussi sa soeur qui était un peu celle à qui il devait sa curiosité et son génie, et sa famille... Au moment où il révéla son statut "dit "Pur"", Kyra fit un léger mouvement de recul. Elle se rattrapa en faisant semblant de s'installer mieux sur sa chaise. Elle ne savait si Matthew l'avait remarqué, dans tous les cas il n'en montra rien.
"Sang pur?" Kyra se doutait, mais se heurter à la vérité était différent. Elle avait toujours connu de nombreux conflits entre les sang purs et "les autres": ceux qui n'étaient que des imposteurs et ceux qui ont osé souiller leur race. Kyra était le fruit de l'union du dernier cas.
Malgré sa conscience qui lui disait qu'il existait des exceptions, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir une idée assez généralisée (et parfois erronée) de ce cas des sorciers. Pourtant, Matthew ne semblait pas quelqu'un de mauvais. Plutôt quelqu'un d'ouvert.
- J'aime la lecture. Et collectionner les cartes de Chocogrenouilles. Et les énigmes... Et les échecs. La version des Moldus, parce qu'elle est beaucoup moins barbare. Et... C'est déjà beaucoup, quand j'y pense... Tu as d'autres questions ?
Non, effectivement, Matthew ÉTAIT quelqu'un de ouvert. C'était un garçon aux passions de son âge. Kyra souffla en son for intérieur et se réprimanda même d'avoir eu une mauvaise pensée.
— Non, elle sourit, tu réponds déjà à mes nombreuses questions, même si elle en avait, elle préférait les garder pour une prochaine fois, si elle arrivait.
—Par ailleurs, j'aime beaucoup la lecture! Mais je connais peu d'auteurs sorciers. Plutôt...hum...moldus.
Par prudence, elle guetta sa réaction, mais bien sûr il ne s'en était en aucun cas offusqué.
Elle ajouta doucement:
— Moi je trouve plus sympa les échecs magiques. Ça bouge et c'est sympa... et voilà.
À son embarras, elle n'arrivait pas à mettre de mot pour décrire pourquoi elle les préférait comme ci et pas comme ça. "Et c'est pour ça que je ne suis pas à Serdaigle", se fit-elle amèrement
Pour cacher cette remarque sans un sens, elle débita:
— Mais continue. Je crois que tu n'as pas fini!
Il sourit encore, comme toujours, et avança sur sa chaise.
- Tu as mentionné ton père dans une anecdote pour illustrer ton propos sur les services... Présenté de cette façon, c'est assez poétique, quand on y réfléchit. C'est une belle histoire, en tout cas. Je suppose que ces souvenirs concernant ton père sont une source de... Motivation, si j'ose dire. Merci d'avoir partagé cette douce et touchante anecdote avec moi. Et dans ce cas, tu peux considérer que je t'accorde un voeu. Le jour où tu auras besoin d'aide dans un cours, quel qu'il soit, tu pourras me demander et je ferai mon possible pour réaliser ton voeu ! À une condition. Que tu me parles de toi. D'où est-ce que tu viens ? Quelle est ta matière préférée ?
Tu as des passions ? Tu t'es teint ta tresse toi-même ? Comment est-ce que tu t'es fait ta cicatrice ? Ah, et aussi... Tu aimes quoi comme confiseries ? J'en ai plein dans mon sac...
Pendant qu'il fouillait dans son sac en sortant des sucreries, transformant lentement la bibliothèque en un lieu de goûter, Kyra pensa discerner une claire envie de la part de Matthew de lui rendre la pareille: faire exactement la même attaque de questions.
Elle s'avança sur sa chaise, posa ses coudes sur la table et prit appui dessus pour se relever légèrement, en ruminant des éventuelles réponses. C'était à elle de parler de soi, si elle désirait ce voeu. Une condition étrange, quoique juste. Matthew était donc un génie. Mais pas dans une lampe. Elle rit intérieurement à cette idée.
Kyra essaya d'être aussi sincère que lui l'était, mais ne donnant que le strict minimum de détails. Elle ne savait si c'était suffisant.
—Je.. je suis née ici, en Angleterre. Et puis nous sommes partis en France. Mais on est revenus quand j'avais six ans. D'origine, je suis française et russe... d'où ce nom...
—Et les matières... Pour l'instant j'aime bien la botanique. Je finirai bientôt un des devoirs.
"C'est utile de dire ça?" Kyra ne le savait pas.
— Sinon j'aime bien la lecture, comme je l'avais dit et puis... heu... le dessin, j'espère m'améliorer un jour! Parfois je joue un peu d'ukulélé... C'est une petite guitare moldue à quatre cordes. Voilà, après je ne suis qu'une débutante.
—J'aime bien me promener aussi! Il y a une toute petite forêt près de chez moi. Impossible de se perdre! J'y allais souvent, parfois en cachette...
Kyra tira légèrement sa tresse au niveau de ses yeux. Sa tresse? Elle avait bataillé pour l'avoir. Mais pour une enfant de onze ans c'était une victoire. Elle la lâcha
— Heuu, oui. Enfin. Ma mère m'a aidé aussi, machinalement elle passa son index droit sur la marque de son visage. Au début elle en était très fière. L'enfant de huit ans qu'elle avait été, répétait à qui voulait l'entendre: "Et j'ai même pas eu mal!". Alors les enfants s'agglutinaient devant elle pour voir cette blessure exquise, le souvenir de son courage.
Mais plus les années passaient, plus elle en était embarrassée.
—C'est rien, lança-t-elle brièvement, je suis juste tombée quand j'étais petite.
Elle se permit de prendre un bonbon d'un des sacs que Matthew posa sur la table. En le mâchant, elle comprit que celui-là, n'était pas magique.
Il écoutait patiemment; Kyra ne savait dire s'il était intéressé ou pas. Pour ne pas l'ennuyer, elle changea de sujet:
— Et toi... tu ne viens que dans la bibliothèque? C'est un endroit où tu te sens si à l'aise on dirait...
Si elle même relevait tous les défis lancés par les profs, elle n'en finirait jamais.
Kyra demeurait encore sceptique. Elle ne savait ce dont Matthew était capable, mais ça ne l'empêchait pas d'être sûr d'emporter la victoire.
Il s'arrêta dans ses explications, sortit de son sac une bouteille d'un liquide mystérieux qu'il précisa être "de la limonade", l'invita à se servir (elle secoua alors la tête) et continua:
— ... C'est tout à fait probable que je connaisse des choses qui nous prendrait des années pour qu'on nous les enseigne. C'est l'avantage quand on lit tous les livres sans distinction... Ça, et le fait d'avoir une soeur qui a fini sa scolarité et gardé tous ses cours à la maison. Donc pour ce qui est des savoirs interdits... Eh bien... C'est une possibilité.
Il fit une pause, et une lumière malicieuse éclaira son regard. Matthew disait tout et en même temps il disait peu, laissant Kyra à sa faim et à ses suppositions. Pourtant, il était totalement normal de ne pas obtenir de réponse concrète de quelqu'un que l'on connaissait seulement depuis quelques heures. Kyra le savait, mais la vraie souche de son tempérament calme et actif, complètement contradictoire ressortissait. Elle ne pouvait changer ce qu'elle était.
Matthew se servit, buvant au goulot même. À ce moment, pensa Kyra, il paraissait être un jeune mousse buvant du rhum, débitant des racontars de ses voyages et qui voulait paraître plus haut que son grade et son âge. Cette scène l'avait frappée d'un sentiment de "déjà-vu".
"Ce personnage était dans un livre connu, moldu... mais si... Quel est son nom déjà?"
Toutefois, il poursuivit. Kyra buvait ses paroles. De cette manière, elle avait appris qu'il n'était pas enfant unique; il y avait aussi sa soeur qui était un peu celle à qui il devait sa curiosité et son génie, et sa famille... Au moment où il révéla son statut "dit "Pur"", Kyra fit un léger mouvement de recul. Elle se rattrapa en faisant semblant de s'installer mieux sur sa chaise. Elle ne savait si Matthew l'avait remarqué, dans tous les cas il n'en montra rien.
"Sang pur?" Kyra se doutait, mais se heurter à la vérité était différent. Elle avait toujours connu de nombreux conflits entre les sang purs et "les autres": ceux qui n'étaient que des imposteurs et ceux qui ont osé souiller leur race. Kyra était le fruit de l'union du dernier cas.
Malgré sa conscience qui lui disait qu'il existait des exceptions, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir une idée assez généralisée (et parfois erronée) de ce cas des sorciers. Pourtant, Matthew ne semblait pas quelqu'un de mauvais. Plutôt quelqu'un d'ouvert.
- J'aime la lecture. Et collectionner les cartes de Chocogrenouilles. Et les énigmes... Et les échecs. La version des Moldus, parce qu'elle est beaucoup moins barbare. Et... C'est déjà beaucoup, quand j'y pense... Tu as d'autres questions ?
Non, effectivement, Matthew ÉTAIT quelqu'un de ouvert. C'était un garçon aux passions de son âge. Kyra souffla en son for intérieur et se réprimanda même d'avoir eu une mauvaise pensée.
— Non, elle sourit, tu réponds déjà à mes nombreuses questions, même si elle en avait, elle préférait les garder pour une prochaine fois, si elle arrivait.
—Par ailleurs, j'aime beaucoup la lecture! Mais je connais peu d'auteurs sorciers. Plutôt...hum...moldus.
Par prudence, elle guetta sa réaction, mais bien sûr il ne s'en était en aucun cas offusqué.
Elle ajouta doucement:
— Moi je trouve plus sympa les échecs magiques. Ça bouge et c'est sympa... et voilà.
À son embarras, elle n'arrivait pas à mettre de mot pour décrire pourquoi elle les préférait comme ci et pas comme ça. "Et c'est pour ça que je ne suis pas à Serdaigle", se fit-elle amèrement
Pour cacher cette remarque sans un sens, elle débita:
— Mais continue. Je crois que tu n'as pas fini!
Il sourit encore, comme toujours, et avança sur sa chaise.
- Tu as mentionné ton père dans une anecdote pour illustrer ton propos sur les services... Présenté de cette façon, c'est assez poétique, quand on y réfléchit. C'est une belle histoire, en tout cas. Je suppose que ces souvenirs concernant ton père sont une source de... Motivation, si j'ose dire. Merci d'avoir partagé cette douce et touchante anecdote avec moi. Et dans ce cas, tu peux considérer que je t'accorde un voeu. Le jour où tu auras besoin d'aide dans un cours, quel qu'il soit, tu pourras me demander et je ferai mon possible pour réaliser ton voeu ! À une condition. Que tu me parles de toi. D'où est-ce que tu viens ? Quelle est ta matière préférée ?
Tu as des passions ? Tu t'es teint ta tresse toi-même ? Comment est-ce que tu t'es fait ta cicatrice ? Ah, et aussi... Tu aimes quoi comme confiseries ? J'en ai plein dans mon sac...
Pendant qu'il fouillait dans son sac en sortant des sucreries, transformant lentement la bibliothèque en un lieu de goûter, Kyra pensa discerner une claire envie de la part de Matthew de lui rendre la pareille: faire exactement la même attaque de questions.
Elle s'avança sur sa chaise, posa ses coudes sur la table et prit appui dessus pour se relever légèrement, en ruminant des éventuelles réponses. C'était à elle de parler de soi, si elle désirait ce voeu. Une condition étrange, quoique juste. Matthew était donc un génie. Mais pas dans une lampe. Elle rit intérieurement à cette idée.
Kyra essaya d'être aussi sincère que lui l'était, mais ne donnant que le strict minimum de détails. Elle ne savait si c'était suffisant.
—Je.. je suis née ici, en Angleterre. Et puis nous sommes partis en France. Mais on est revenus quand j'avais six ans. D'origine, je suis française et russe... d'où ce nom...
—Et les matières... Pour l'instant j'aime bien la botanique. Je finirai bientôt un des devoirs.
"C'est utile de dire ça?" Kyra ne le savait pas.
— Sinon j'aime bien la lecture, comme je l'avais dit et puis... heu... le dessin, j'espère m'améliorer un jour! Parfois je joue un peu d'ukulélé... C'est une petite guitare moldue à quatre cordes. Voilà, après je ne suis qu'une débutante.
—J'aime bien me promener aussi! Il y a une toute petite forêt près de chez moi. Impossible de se perdre! J'y allais souvent, parfois en cachette...
Kyra tira légèrement sa tresse au niveau de ses yeux. Sa tresse? Elle avait bataillé pour l'avoir. Mais pour une enfant de onze ans c'était une victoire. Elle la lâcha
— Heuu, oui. Enfin. Ma mère m'a aidé aussi, machinalement elle passa son index droit sur la marque de son visage. Au début elle en était très fière. L'enfant de huit ans qu'elle avait été, répétait à qui voulait l'entendre: "Et j'ai même pas eu mal!". Alors les enfants s'agglutinaient devant elle pour voir cette blessure exquise, le souvenir de son courage.
Mais plus les années passaient, plus elle en était embarrassée.
—C'est rien, lança-t-elle brièvement, je suis juste tombée quand j'étais petite.
Elle se permit de prendre un bonbon d'un des sacs que Matthew posa sur la table. En le mâchant, elle comprit que celui-là, n'était pas magique.
Il écoutait patiemment; Kyra ne savait dire s'il était intéressé ou pas. Pour ne pas l'ennuyer, elle changea de sujet:
— Et toi... tu ne viens que dans la bibliothèque? C'est un endroit où tu te sens si à l'aise on dirait...