Émanations Chaotiques
J’ai beau vouloir me couper du monde et ignorer tout ce qu’il se passe autour de moi, mes vœux ne s’exaucent pas. La voix de Zikomo résonne dans mes oreilles ; il parle à la fille. Comme si mon coeur ne subissait pas déjà assez d’assaut, il se tord violemment. La jalousie me coupe le souffle. Ce n’est pas seulement elle. Elle est accompagnée d’une vilaine chose : la frustration. La jalousie est l’une des émotions la plus à même de réveiller ma colère. Si tout allait bien, je sais exactement ce que j’aurais fait en ressentant cette chose : je me serais levée, j’aurais lancé un sale regard à l’Autre victime de l’attention de Zik et j’aurais tout fait pour la faire fuir. Zikomo m’en aurait certainement voulu, après, mais cela n’aurait pas duré. Et puis de toute façon, pourquoi parle-t-il à cette fille ? Il n’a rien à lui dire. Moi, je vais mal, je suis triste, percluse de douleur. C’est à moi qu’il doit accorder son attention, c’est moi qui aie besoin de lui.
Une seconde plus tard, je me souviens que c’est moi qui lui ai demandé de s’éloigner.
Je n’ose pas relever la tête. A vrai dire, je n’ose pas faire grand chose. Mon corps est une tempête et j’ai mal peu importe ce que je fais ; à la tête et au coeur désormais. Je suis fatiguée de tout cela, fatiguée de moi-même, fatiguée de ce qui arrive, fatiguée de penser à Maman. Fatiguée. Et j’ai encore envie de pleurer. Je prends une grande inspiration tremblante, ouvrant des yeux humides dans ma cachette improvisée ; *tout ira bien* — foutu mensonge.
La voix de la fille m’arrache à mes larmes. Je tends l’oreille sans pour autant bouger. Elle bégaye *elle aussi ?* mais finalement parvient à jeter quelques mots qui s’entendent à peine dans le couloir. Elle parle de son chat. Cela me rassure. S’ils ne font que parler du chat, je ne rate pas grand chose. J’imagine bien Zikomo bouger les oreilles en entendant cette question et tordre ses babines dans un simulacre de sourire qui n’en est pas un. Zikomo, s’il avait été seul, se serait levé sur ses pattes pour s’approcher de l’Autre, mais je suis persuadée qu’il ne le fera pas. Je ne sais pas pourquoi, je le sens, je sais qu’il reste près de moi — pour cela, je l’aime. Zikomo, je l’imagine regarder le chat, puis la fille de son regard intelligent. Il prendra le temps de trouver une réponse adéquate, sans se presser. Zikomo est peut-être farceur et parfois insupportablement moqueur, il n’en reste pas moins sage, quoi que j’en dise.
J'ai toujours eu du mal à accepter que les Autres parlent avec Zikomo. Pourtant, je comprends leur besoin de curiosité. Si moi-même faisais face à une créature telle que Zikomo, jamais, Ô grand jamais, j'aurais pu me retenir de lui poser tout un tas de questions, de vouloir en savoir toujours plus. Mais c'est plus fort que moi : je ne peux pas accepter que les Autres le fassent. Zikomo est mon ami, je n'ai pas envie qu'il parle à d'autres personnes ou qu'il copine avec d'autres gens que moi. Déjà qu'il est très proche de Thalia. Et si jamais il se rend compte que les Autres sont plus intéressants que moi, qu'ils sont moins agaçants, moins lunatiques ? Et s'il m'abandonne ?
Zikomo m'arrache à mes sombres pensées inquiètes. Sa voix s’élève soudainement dans le couloir, faisant sursauter mon coeur. Encore une fois, je résiste à l’envie de lever la tête. Si je le fais, mon crâne protestera. Autant rester ainsi. Si je fais croire que je n’entends rien, que je ne suis pas là, alors personne ne s’attendra à ce que je parle et je serais tranquille. C’est mieux pour moi — mieux pour tout le monde.
« Aussi sage qu’un jeune chat peut l’être. »
Simple et efficace. C’est tout Zikomo, ça. Mais on peut entendre derrière ces sages paroles une petite once de légèreté. Je me demande si la fille la devinera. Me concentrer sur eux me fait du bien, je crois. Je porte moins attention à mes douleurs. C’est presque agréable — presque.
Tout ce qu'imagine Aelle a propos de Zik est vrai : pour t'aider à visualiser le comportement du Mngwi qu'Aelle ne peut pas voir.
Une seconde plus tard, je me souviens que c’est moi qui lui ai demandé de s’éloigner.
Je n’ose pas relever la tête. A vrai dire, je n’ose pas faire grand chose. Mon corps est une tempête et j’ai mal peu importe ce que je fais ; à la tête et au coeur désormais. Je suis fatiguée de tout cela, fatiguée de moi-même, fatiguée de ce qui arrive, fatiguée de penser à Maman. Fatiguée. Et j’ai encore envie de pleurer. Je prends une grande inspiration tremblante, ouvrant des yeux humides dans ma cachette improvisée ; *tout ira bien* — foutu mensonge.
La voix de la fille m’arrache à mes larmes. Je tends l’oreille sans pour autant bouger. Elle bégaye *elle aussi ?* mais finalement parvient à jeter quelques mots qui s’entendent à peine dans le couloir. Elle parle de son chat. Cela me rassure. S’ils ne font que parler du chat, je ne rate pas grand chose. J’imagine bien Zikomo bouger les oreilles en entendant cette question et tordre ses babines dans un simulacre de sourire qui n’en est pas un. Zikomo, s’il avait été seul, se serait levé sur ses pattes pour s’approcher de l’Autre, mais je suis persuadée qu’il ne le fera pas. Je ne sais pas pourquoi, je le sens, je sais qu’il reste près de moi — pour cela, je l’aime. Zikomo, je l’imagine regarder le chat, puis la fille de son regard intelligent. Il prendra le temps de trouver une réponse adéquate, sans se presser. Zikomo est peut-être farceur et parfois insupportablement moqueur, il n’en reste pas moins sage, quoi que j’en dise.
J'ai toujours eu du mal à accepter que les Autres parlent avec Zikomo. Pourtant, je comprends leur besoin de curiosité. Si moi-même faisais face à une créature telle que Zikomo, jamais, Ô grand jamais, j'aurais pu me retenir de lui poser tout un tas de questions, de vouloir en savoir toujours plus. Mais c'est plus fort que moi : je ne peux pas accepter que les Autres le fassent. Zikomo est mon ami, je n'ai pas envie qu'il parle à d'autres personnes ou qu'il copine avec d'autres gens que moi. Déjà qu'il est très proche de Thalia. Et si jamais il se rend compte que les Autres sont plus intéressants que moi, qu'ils sont moins agaçants, moins lunatiques ? Et s'il m'abandonne ?
Zikomo m'arrache à mes sombres pensées inquiètes. Sa voix s’élève soudainement dans le couloir, faisant sursauter mon coeur. Encore une fois, je résiste à l’envie de lever la tête. Si je le fais, mon crâne protestera. Autant rester ainsi. Si je fais croire que je n’entends rien, que je ne suis pas là, alors personne ne s’attendra à ce que je parle et je serais tranquille. C’est mieux pour moi — mieux pour tout le monde.
« Aussi sage qu’un jeune chat peut l’être. »
Simple et efficace. C’est tout Zikomo, ça. Mais on peut entendre derrière ces sages paroles une petite once de légèreté. Je me demande si la fille la devinera. Me concentrer sur eux me fait du bien, je crois. Je porte moins attention à mes douleurs. C’est presque agréable — presque.
Tout ce qu'imagine Aelle a propos de Zik est vrai : pour t'aider à visualiser le comportement du Mngwi qu'Aelle ne peut pas voir.
Émanations Chaotiques
Le temps que le silence jeté par mes derniers mots dure est agréable. En tout cas, il l'est beaucoup pour moi qui gratte toujours la tête de Lune frénétiquement. Parfois, mes doigts grattent moins vite, parfois ils accélèrent et bientôt, en quelques instants de plus, un ronronnement émane d'elle. J'aime penser qu'il émane d'elle et qu'il ne sort pas simplement de sa bouche, j'aime me dire que c'est un vrombissement profond et intérieur qui s'échappe depuis le fin fond de son être. Quand elle ronronne, je pose souvent ma main contre son ventre pour le sentir vibrer, même si souvent elle me jette ce regard pour m'ordonner : Caresse ! Je le fais en riant la plupart du temps.
En y pensant, la main toujours affairée à gratter ses oreilles crème, mon sourire se fait plus large et plus attendri encore.
Si le silence ne me dérange pas, et me paraît tout à fait normal, je jette un œil à mon interlocuteur à poils bleus pour vérifier – je ne sais quoi.
Je penche la tête, comme le fait souvent Lune – c'est une habitude qui me prend de plus en plus souvent, que je dois au félin qui m'accompagne. Ou que j'accompagne ? – en voyant une sorte de sourire étirer les babines de l'animal. En fait, je ne saurais dire si c'est un sourire. Parfois, je vois ce genre d'expression secouer le museau de Lune, de ses babines à ses moustaches, et j'aime imaginer qu'elle sourit. En général, je lui rends le même genre de sourire tordu mais rempli de mon cœur. Ici, cependant, ce n'est pas Lune. Je ne me permettrais pas d'émettre une supposition et d'y croire dur comme fer alors que cet animal peut exprimer par la parole ses intentions.
Au final, je ne présente pas au renard bleu un sourire tordu comme je l'aurais fait pour Lune et je me contente de caresser son pelage étonnant du regard un instant avant de retourner à Lune, qui jouit toujours de grattouilles qu'elle semble continuer d'apprécier tant son ronronnement se fait profond.
Quand sa voix se fait entendre à nouveau, mes yeux se lèvent assez instinctivement sur lui. Je ne sais toujours pas si c'est il ou elle. *Argh* pensé-je : je n'ai eu aucun indice. Mais ce n'est pas une véritable plainte, pas une plainte comme les autres.
D'entre mes lèvres s'échappe un petit rire, étouffé par mon sens des convenances et le sourire qui y est toujours inscrit.
Et comme l'animal l'a fait, je laisse couler le temps pour choisir une réponse. En fait, je sens que je n'ai même pas besoin d'ajouter quelque chose parce que c'est déjà bien comme ça. Mais ma curiosité crie en arrière-plan depuis trop longtemps et mon envie de faire bonne impression mêlée à un sens excessif et mal-maîtrisé de la politesse se heurtent l'une à l'autre. Dans ma tête défilent toutes les questions que j'aimerais poser à cette créature magique qui me fascine profondément. Et par là, je suis certaine de regretter et d'entendre mes pensées tourner si je ne pose pas les questions qui me taraudent à son propos. Il y en a beaucoup, mais certaines reviennent plus fort et plus souvent à mon esprit.
Ce sont elles que je vais poser.
Et si mon regard dérive dans le flou, je fais bientôt le focus sur l'animal. Derrière lui est toujours assise Aelle – mon esprit met désormais un nom sur elle, elle qui n'est pourtant qu'un vague souvenir – mais mes yeux ne la regardent pas, ils y font attention comme si elle était dangereuse alors même qu'ils n'en savent rien.
Les deux coins de ma bouche sont retombés, sans rancune ni tristesse mais à force de silence – un silence qui n'en est même pas vraiment un tant les ronronnements du chaton, qui agite la tête d'un sens et de l'autre pour accueillir les grattouilles, sont forts. Ma bouche s'entrouvre pour parler, pour laisser les questions si présentes dans ma tête sortir.
« Comment tu t'appelles ? Je commence, tout bas, pour ne pas interrompre les ronronnements du chat. Vous ? »
En y pensant, la main toujours affairée à gratter ses oreilles crème, mon sourire se fait plus large et plus attendri encore.
Si le silence ne me dérange pas, et me paraît tout à fait normal, je jette un œil à mon interlocuteur à poils bleus pour vérifier – je ne sais quoi.
Je penche la tête, comme le fait souvent Lune – c'est une habitude qui me prend de plus en plus souvent, que je dois au félin qui m'accompagne. Ou que j'accompagne ? – en voyant une sorte de sourire étirer les babines de l'animal. En fait, je ne saurais dire si c'est un sourire. Parfois, je vois ce genre d'expression secouer le museau de Lune, de ses babines à ses moustaches, et j'aime imaginer qu'elle sourit. En général, je lui rends le même genre de sourire tordu mais rempli de mon cœur. Ici, cependant, ce n'est pas Lune. Je ne me permettrais pas d'émettre une supposition et d'y croire dur comme fer alors que cet animal peut exprimer par la parole ses intentions.
Au final, je ne présente pas au renard bleu un sourire tordu comme je l'aurais fait pour Lune et je me contente de caresser son pelage étonnant du regard un instant avant de retourner à Lune, qui jouit toujours de grattouilles qu'elle semble continuer d'apprécier tant son ronronnement se fait profond.
Quand sa voix se fait entendre à nouveau, mes yeux se lèvent assez instinctivement sur lui. Je ne sais toujours pas si c'est il ou elle. *Argh* pensé-je : je n'ai eu aucun indice. Mais ce n'est pas une véritable plainte, pas une plainte comme les autres.
D'entre mes lèvres s'échappe un petit rire, étouffé par mon sens des convenances et le sourire qui y est toujours inscrit.
Et comme l'animal l'a fait, je laisse couler le temps pour choisir une réponse. En fait, je sens que je n'ai même pas besoin d'ajouter quelque chose parce que c'est déjà bien comme ça. Mais ma curiosité crie en arrière-plan depuis trop longtemps et mon envie de faire bonne impression mêlée à un sens excessif et mal-maîtrisé de la politesse se heurtent l'une à l'autre. Dans ma tête défilent toutes les questions que j'aimerais poser à cette créature magique qui me fascine profondément. Et par là, je suis certaine de regretter et d'entendre mes pensées tourner si je ne pose pas les questions qui me taraudent à son propos. Il y en a beaucoup, mais certaines reviennent plus fort et plus souvent à mon esprit.
Ce sont elles que je vais poser.
Et si mon regard dérive dans le flou, je fais bientôt le focus sur l'animal. Derrière lui est toujours assise Aelle – mon esprit met désormais un nom sur elle, elle qui n'est pourtant qu'un vague souvenir – mais mes yeux ne la regardent pas, ils y font attention comme si elle était dangereuse alors même qu'ils n'en savent rien.
Les deux coins de ma bouche sont retombés, sans rancune ni tristesse mais à force de silence – un silence qui n'en est même pas vraiment un tant les ronronnements du chaton, qui agite la tête d'un sens et de l'autre pour accueillir les grattouilles, sont forts. Ma bouche s'entrouvre pour parler, pour laisser les questions si présentes dans ma tête sortir.
« Comment tu t'appelles ? Je commence, tout bas, pour ne pas interrompre les ronronnements du chat. Vous ? »
Animagus renard polaire
Post ASPIC
Post ASPIC
Émanations Chaotiques
Après quelques secondes de silence, je me rends compte que mes oreilles se concentrent sur un bruit que je ne percevais pas auparavant. Un bruit ténu, presque imperceptible, mais bien présent en arrière-fond. Puisque la fille et Zikomo ne parlent plus, je peux l’entendre. Parfois, le bruit se fait plus fort et d'autres fois il diminue tellement que je dois me concentrer pour l’entendre. Il est étrange, ce son. Je ne comprends pas d’où il vient. C’est différent du bruit sourd que font les rumeurs lointaines du château ; ce n’est pas une inspiration non plus, c’est trop profond pour l’être ; non, c’est quelque chose de lourd, de doux, de naturel. Je n’arrive pas à comprendre ce que c’est. Le bruit ne m’est pas étranger, pourtant. Je suis persuadée de l’avoir déjà entendu.
Et cela me frustre beaucoup de ne pas me rappeler.
Mais je suis habituée, hein ? Depuis quelques jours, c’est la même chose. Parfois, un mot ou alors un souvenir m’échappe. J’ai beau tendre mon esprit pour essayer de le rattraper, cela est inutile. Il me faut penser à autre chose et alors peut-être, peut-être le souvenir me reviendra-t-il. Aujourd’hui, c’est la même chose. Si je me concentre trop, je ne parviendrais pas à trouver l’origine du bruit. Il faut que je laisse l’explication venir d’elle-même — et tant pis si cela me frustre et me donne envie de pleurer, tant pis si ce n’est pas moi d’attendre, de patienter, de ne pas creuser pour trouver. Tant pis.
Enfin, la fille parle. Caché dans le secret de mon corps, mon coeur sursaute. Je dois me faire violence pour ne pas lever la tête pour la regarder. Et ce n’est pas l’envie qui me manque ! Les Autres posent toujours les mêmes questions à Zikomo. « Qu’est-ce que tu es ? » revient souvent, c’est d’ailleurs une question qui m’agace beaucoup, comme si Zikomo n’était qu’une chose ; « Comment tu t’appelles ? » est plus rare, mais je l’ai déjà entendu plusieurs fois. Celle-ci me laisse perplexe. Demander à quelqu’un comment il s’appelle (en plus d’être foncièrement indiscret quand la question m’est destiné), c’est reconnaître l’existence de cette personne. Cela prouve qu’on ne considère pas l’autre comme un vulgaire objet ou un vulgaire animal de compagnie — contrairement à ceux qui me demandent à moi : « comment s’appelle-t-il ? » comme si, à l’image de ce chat là-bas, Zikomo n’était pas capable de—
*Le chat !*.
La pensée arrive violemment dans mon esprit et réveille la douleur de mon crâne. J’étouffe un gémissement, les yeux fermés. *Fait mal, bordel*. Je lutte pour ne pas oublier ce dont je viens de me souvenir. Le chat. Le chat… Mais oui, le ronronnement ! La réponse est tellement évidente que je me trouve idiote de ne pas y avoir pensé plus tôt. Le bruit étrange qui résonne dans le couloir, ce bruit sourd et profond, il s’agit d’un ronronnement. Maintenant que je le sais, c’est évident. C’est une bruit assez caractéristique que l’on ne peut que reconnaître, c’est un bruit universel, même — il n’y a que moi pour ne pas l’avoir reconnu, débile comme je suis devenue.
« Tu, c’est bien ! Je suis à peine plus vieux que toi, dit Zikomo, taquin. Je m’appelle Zikomo. »
Oh.
Il a répondu.
Sans même y songer, je lève lentement la tête. Avare de mouvements, je me contente de tourner le visage en direction de mon ami, de poser la tête sur mes genoux et de rester ainsi, le visage à demi-caché par mes cheveux en vrac, les yeux plissés pour me protéger de la lumière, le regard braqué sur le Mngwi bleu qui, en me voyant bouger, s’est tourné vers moi. Je supporte quelques secondes durant son regard et répond à sa question silencieuse (« Tu vas bien ? ») en battant une fois des paupières. Qu’aurais-je pu répondre d’autre, de toute façon ? Rien de ce que je veux dire ne peut s’exprimer dans le monde. « Non je ne vais pas bien, Zikomo. J’ai mal partout, je n’arrive pas à parler, j’ai peur d’être comme ça pour toujours, de continuer à être débile et ralentie, je ne veux pas vivre comme ça, Zikomo. Et je ne veux pas que tu parles avec cette fille, je veux que tu sois tout à moi, rien qu’à moi. » Mais à quoi bon, hein ? La seule chose que j’arriverais à baragouiner sera une bouillie de mots trop incompréhensibles pour être nommée “phrase”. Alors je ne fais rien, je ne dis rien et au bout d’un instant mon regard se déporte légèrement pour se poser sur la fille un peu plus loin et sur son chat qu’elle caresse avec une tendresse palpable.
Zikomo se détourne également, mais sans ne jamais me montrer son dos. Je sais qu’il me surveille. Je compte les secondes dans ma tête *un, deux* ; je sais que Zikomo va poser une question à la fille — *trois*.
« Et toi, comment tu t’appelles ? Et elle ? »
Pendant un instant, je me demande de qui il parle avant de me souvenir du chat. Comment sait-il que c’est une femelle, je n’en ai aucune idée, mais je lui fais confiance. S’il le dit, c’est que c’est vrai.
« Que fais-tu dans ce couloir ? » rajoute-il sur un ton timide et curieux.
Je grimace, lance un regard accablé à Zikomo — ne pouvait-il pas se contenter d’une seule question ? L’Autre va croire que l’on veut qu’elle reste ! Et puis je m’en fous de ce qu’elle fait dans ce couloir, moi, je ne veux pas parler de ce couloir, je ne sais même pas ce que je fais dans ce foutu couloir. Trop de mauvais souvenirs, ici. En un flash, plusieurs images dévalent devant mes yeux, toutes teintées de douleur. Je prends une grande inspiration tremblante ; *barrez-vous les souvenirs*. Je ne veux plus jamais repenser à cette soirée d’Halloween.
Et cela me frustre beaucoup de ne pas me rappeler.
Mais je suis habituée, hein ? Depuis quelques jours, c’est la même chose. Parfois, un mot ou alors un souvenir m’échappe. J’ai beau tendre mon esprit pour essayer de le rattraper, cela est inutile. Il me faut penser à autre chose et alors peut-être, peut-être le souvenir me reviendra-t-il. Aujourd’hui, c’est la même chose. Si je me concentre trop, je ne parviendrais pas à trouver l’origine du bruit. Il faut que je laisse l’explication venir d’elle-même — et tant pis si cela me frustre et me donne envie de pleurer, tant pis si ce n’est pas moi d’attendre, de patienter, de ne pas creuser pour trouver. Tant pis.
Enfin, la fille parle. Caché dans le secret de mon corps, mon coeur sursaute. Je dois me faire violence pour ne pas lever la tête pour la regarder. Et ce n’est pas l’envie qui me manque ! Les Autres posent toujours les mêmes questions à Zikomo. « Qu’est-ce que tu es ? » revient souvent, c’est d’ailleurs une question qui m’agace beaucoup, comme si Zikomo n’était qu’une chose ; « Comment tu t’appelles ? » est plus rare, mais je l’ai déjà entendu plusieurs fois. Celle-ci me laisse perplexe. Demander à quelqu’un comment il s’appelle (en plus d’être foncièrement indiscret quand la question m’est destiné), c’est reconnaître l’existence de cette personne. Cela prouve qu’on ne considère pas l’autre comme un vulgaire objet ou un vulgaire animal de compagnie — contrairement à ceux qui me demandent à moi : « comment s’appelle-t-il ? » comme si, à l’image de ce chat là-bas, Zikomo n’était pas capable de—
*Le chat !*.
La pensée arrive violemment dans mon esprit et réveille la douleur de mon crâne. J’étouffe un gémissement, les yeux fermés. *Fait mal, bordel*. Je lutte pour ne pas oublier ce dont je viens de me souvenir. Le chat. Le chat… Mais oui, le ronronnement ! La réponse est tellement évidente que je me trouve idiote de ne pas y avoir pensé plus tôt. Le bruit étrange qui résonne dans le couloir, ce bruit sourd et profond, il s’agit d’un ronronnement. Maintenant que je le sais, c’est évident. C’est une bruit assez caractéristique que l’on ne peut que reconnaître, c’est un bruit universel, même — il n’y a que moi pour ne pas l’avoir reconnu, débile comme je suis devenue.
« Tu, c’est bien ! Je suis à peine plus vieux que toi, dit Zikomo, taquin. Je m’appelle Zikomo. »
Oh.
Il a répondu.
Sans même y songer, je lève lentement la tête. Avare de mouvements, je me contente de tourner le visage en direction de mon ami, de poser la tête sur mes genoux et de rester ainsi, le visage à demi-caché par mes cheveux en vrac, les yeux plissés pour me protéger de la lumière, le regard braqué sur le Mngwi bleu qui, en me voyant bouger, s’est tourné vers moi. Je supporte quelques secondes durant son regard et répond à sa question silencieuse (« Tu vas bien ? ») en battant une fois des paupières. Qu’aurais-je pu répondre d’autre, de toute façon ? Rien de ce que je veux dire ne peut s’exprimer dans le monde. « Non je ne vais pas bien, Zikomo. J’ai mal partout, je n’arrive pas à parler, j’ai peur d’être comme ça pour toujours, de continuer à être débile et ralentie, je ne veux pas vivre comme ça, Zikomo. Et je ne veux pas que tu parles avec cette fille, je veux que tu sois tout à moi, rien qu’à moi. » Mais à quoi bon, hein ? La seule chose que j’arriverais à baragouiner sera une bouillie de mots trop incompréhensibles pour être nommée “phrase”. Alors je ne fais rien, je ne dis rien et au bout d’un instant mon regard se déporte légèrement pour se poser sur la fille un peu plus loin et sur son chat qu’elle caresse avec une tendresse palpable.
Zikomo se détourne également, mais sans ne jamais me montrer son dos. Je sais qu’il me surveille. Je compte les secondes dans ma tête *un, deux* ; je sais que Zikomo va poser une question à la fille — *trois*.
« Et toi, comment tu t’appelles ? Et elle ? »
Pendant un instant, je me demande de qui il parle avant de me souvenir du chat. Comment sait-il que c’est une femelle, je n’en ai aucune idée, mais je lui fais confiance. S’il le dit, c’est que c’est vrai.
« Que fais-tu dans ce couloir ? » rajoute-il sur un ton timide et curieux.
Je grimace, lance un regard accablé à Zikomo — ne pouvait-il pas se contenter d’une seule question ? L’Autre va croire que l’on veut qu’elle reste ! Et puis je m’en fous de ce qu’elle fait dans ce couloir, moi, je ne veux pas parler de ce couloir, je ne sais même pas ce que je fais dans ce foutu couloir. Trop de mauvais souvenirs, ici. En un flash, plusieurs images dévalent devant mes yeux, toutes teintées de douleur. Je prends une grande inspiration tremblante ; *barrez-vous les souvenirs*. Je ne veux plus jamais repenser à cette soirée d’Halloween.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 24 oct. 2020, 16:18, modifié 1 fois.
Émanations Chaotiques
D'abord, je ris doucement. Si c'est étrange de parler avec un animal, j'ai déjà le sentiment de m'y être habituée. C'est peut-être parce que je ne considère pas Zikomo comme un animal, mais plutôt comme une personne. Maintenant que j'ai son prénom, il est bien plus facile pour moi de me tenir là. Ce n'était pas dur : mais c'était inhabituel. J'ai l'impression de ce seul prénom donne à notre conversation un autre ton et cela me plaît. Le rire provoqué par un léger trait d'humour se mue en un sourire patient.
Lune ne cesse de ronronner et ma main ne cesse de la caresser.
En voyant le museau de Zikomo se tourner vers Aelle, que je me plais à appeler par son prénom à l'intérieur de ma tête, je réalise que ce n'est pas le moment de répondre. Et puis, je réalise aussi que s'il s'éloigne : cela signifie qu'il ne faudra rien ajouter. Je ne connais rien d'eux alors un sens étonnant et détonnant des convenances qui me vient de je ne sais où – même si je sais qu'il vient de mes lectures des vieilles coutumes anglaises – me souffle de ne surtout pas essayer de m'imposer. Et je crois que je n'en aurais même pas envie.
Je reste silencieuse et je ne cherche même pas à regarder là où Zikomo jette un œil : sur elle. À la place, mon regard dérive du pelage foutrement bleu à celui bien plus doux de Lune. Doux par sa couleur crémeuse. C'est à ce moment-là que je réalise qu'il n'est pas fréquent que le chaton reste assis comme ça quand je le caresse : en général, elle finit toujours par faiblir et ses jambes abandonnent, elle roule sur le sol pour accueillir plus de caresses. Alors, les sourcils froncés, je me demande ce qui peut bien tenir Lune dans cette position alors que son ronronnement ne fait que s'intensifier. Quelque part, ce bruit est un remède au silence et une cachette pour chacun. Il offre l'intimité à des micro-bruits, qui autrement résonneraient contre les murs du couloir.
Je n'ai pas le temps de me le demander plus longtemps, puisque mon attention retourne toute entière à Zikomo quand il tourne le regard sur nous.
J'accueille sa question sans sourire plus : parce que ce serait indécent. Mais mon cœur accélère.
Je suis plus étonnée encore par sa deuxième question.
« Elle s'appelle Lune... Je réponds d'abord, un peu surprise qu'il connaisse le sexe du chaton. Mais quelque part, ce n'est rien d'étonnant. Et moi Adaline. »
Désormais, il me faut répondre à sa deuxième question. Je ne sais pas trop quoi lui dire parce que je n'ai pas vraiment cherché à me trouver là : c'est arrivé et en voyant la scène – Lune parmi eux – j'ai eu l'impression d'être coincée. Je n'aurais pas pu faire demi-tour sans Lune, que j'ai du mal à quitter en ce moment, et je n'aurais pas non plus pu les déranger pour demander et encore moins exiger de Lune qu'elle revienne à mes pieds : c'est un chat, après tout. Même si son affection et sa manie de me suivre parfois au pied me le fait oublier.
Et puis, il y a toutes les questions que j'aimerais poser à Zikomo, plein d'une magie qui doit être fascinante, qui me viennent bien mieux qu'une réponse à cette question : qu'est-ce que je fais là.
Alors, pour toute réponse, j'hausse les épaules en changeant mon sourire attendri en un sourire presque désolé.
« Je sais pas trop... » soufflé-je.
Au moment où je dis ces mots, c'est comme si mon subconscient me chuchotait quelque chose, sauf que ce sont des images. De la salle de bal et de tout ce qui s'est effondré avec elle. Et il y en a beaucoup, des choses qui se sont écroulées cette nuit. Trop pour que je ne puisse bien saisir toute leur portée.
Mon regard divague, mais je me reprends quand Lune interrompt ses ronronnements. Ses oreilles se dressent sur sa tête ; il ne se passe rien de plus.
« Est-ce que tu veux qu'on parte ? »
Je le demande à voix basse, comme la tension que le silence révèle pèse sur tout le couloir. C'est cette même tension qui m'a fait bégayer tout à l'heure et les mots que j'ai envie de lâcher maintenant ont l'air tremblants eux aussi.
« Ma-mais, j'aimerais te demander autre chose avant, si je peux. »
Mes yeux sont probablement suppliants : pourtant je n'ai pas l'impression de devoir supplier Zikomo, lui que je peux sentir rayonner de sa sagesse. Je pense qu'il m'accordera cette dernière question même s'il faut que je parte. D'ailleurs, je jette un coup d'œil à Lune et, comme si elle a senti mes billes brunes se poser sur son dos, elle tord sa tête pour me regarder et miauler.
Lune ne cesse de ronronner et ma main ne cesse de la caresser.
En voyant le museau de Zikomo se tourner vers Aelle, que je me plais à appeler par son prénom à l'intérieur de ma tête, je réalise que ce n'est pas le moment de répondre. Et puis, je réalise aussi que s'il s'éloigne : cela signifie qu'il ne faudra rien ajouter. Je ne connais rien d'eux alors un sens étonnant et détonnant des convenances qui me vient de je ne sais où – même si je sais qu'il vient de mes lectures des vieilles coutumes anglaises – me souffle de ne surtout pas essayer de m'imposer. Et je crois que je n'en aurais même pas envie.
Je reste silencieuse et je ne cherche même pas à regarder là où Zikomo jette un œil : sur elle. À la place, mon regard dérive du pelage foutrement bleu à celui bien plus doux de Lune. Doux par sa couleur crémeuse. C'est à ce moment-là que je réalise qu'il n'est pas fréquent que le chaton reste assis comme ça quand je le caresse : en général, elle finit toujours par faiblir et ses jambes abandonnent, elle roule sur le sol pour accueillir plus de caresses. Alors, les sourcils froncés, je me demande ce qui peut bien tenir Lune dans cette position alors que son ronronnement ne fait que s'intensifier. Quelque part, ce bruit est un remède au silence et une cachette pour chacun. Il offre l'intimité à des micro-bruits, qui autrement résonneraient contre les murs du couloir.
Je n'ai pas le temps de me le demander plus longtemps, puisque mon attention retourne toute entière à Zikomo quand il tourne le regard sur nous.
J'accueille sa question sans sourire plus : parce que ce serait indécent. Mais mon cœur accélère.
Je suis plus étonnée encore par sa deuxième question.
« Elle s'appelle Lune... Je réponds d'abord, un peu surprise qu'il connaisse le sexe du chaton. Mais quelque part, ce n'est rien d'étonnant. Et moi Adaline. »
Désormais, il me faut répondre à sa deuxième question. Je ne sais pas trop quoi lui dire parce que je n'ai pas vraiment cherché à me trouver là : c'est arrivé et en voyant la scène – Lune parmi eux – j'ai eu l'impression d'être coincée. Je n'aurais pas pu faire demi-tour sans Lune, que j'ai du mal à quitter en ce moment, et je n'aurais pas non plus pu les déranger pour demander et encore moins exiger de Lune qu'elle revienne à mes pieds : c'est un chat, après tout. Même si son affection et sa manie de me suivre parfois au pied me le fait oublier.
Et puis, il y a toutes les questions que j'aimerais poser à Zikomo, plein d'une magie qui doit être fascinante, qui me viennent bien mieux qu'une réponse à cette question : qu'est-ce que je fais là.
Alors, pour toute réponse, j'hausse les épaules en changeant mon sourire attendri en un sourire presque désolé.
« Je sais pas trop... » soufflé-je.
Au moment où je dis ces mots, c'est comme si mon subconscient me chuchotait quelque chose, sauf que ce sont des images. De la salle de bal et de tout ce qui s'est effondré avec elle. Et il y en a beaucoup, des choses qui se sont écroulées cette nuit. Trop pour que je ne puisse bien saisir toute leur portée.
Mon regard divague, mais je me reprends quand Lune interrompt ses ronronnements. Ses oreilles se dressent sur sa tête ; il ne se passe rien de plus.
« Est-ce que tu veux qu'on parte ? »
Je le demande à voix basse, comme la tension que le silence révèle pèse sur tout le couloir. C'est cette même tension qui m'a fait bégayer tout à l'heure et les mots que j'ai envie de lâcher maintenant ont l'air tremblants eux aussi.
« Ma-mais, j'aimerais te demander autre chose avant, si je peux. »
Mes yeux sont probablement suppliants : pourtant je n'ai pas l'impression de devoir supplier Zikomo, lui que je peux sentir rayonner de sa sagesse. Je pense qu'il m'accordera cette dernière question même s'il faut que je parte. D'ailleurs, je jette un coup d'œil à Lune et, comme si elle a senti mes billes brunes se poser sur son dos, elle tord sa tête pour me regarder et miauler.
Animagus renard polaire
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Émanations Chaotiques
Mon regard se fait indiscret. Il caresse ses cheveux, ses joues, le bout de son nez, la forme de ses lèvres. Il coule le long de son cou, de son bras, pour se poser sur cette main qui caresse le pelage du chat. Il se pose sur ses genoux, ses vêtements, le bout de ses chaussures. Puis il remonte, fait le chemin inverse, grimpe doucement, lentement, jusqu’à se poser sur ce visage aux couleurs pâles, ce visage aux traits qui me sont familiers, et tombe dans ce regard trop lointain pour que j’en devine la couleur. Et il reste ainsi à regarder, à observer, à analyser, à décrypter. Et une pensée se dépose dans mon esprit, une pensée qui a la couleur de l’évidence : *j’l’ai déjà vu*. Cette pensée n’a rien de bien incroyable ni de bien particulier. Poudlard est certes une école qui accueille des centaines d’étudiants, je passe mes journées dans ses couloirs, dans ses salles de classe, et me rends trois fois par jour dans la Grande Salle pour y prendre mes repas. Cela n’a rien d’étonnant que cette fille me rappelle quelque chose. Et pourtant… Pourtant mon regard refuse de s’en détourner, tout simplement parce que ce n’est pas qu’un vague sentiment de familiarité qui me m’intrigue, mais un véritable souvenir qui veut toquer à la porte de ma conscience sans savoir comment faire. Une chose est certaine : j’ai déjà parlé à cette fille. Je le sais. Mais je suis incapable, foutrement incapable, Merlin, de me rappeler de quand et d’où cela s’est produit. Peut-être hier, peut-être avant-hier pour ce que j’en sais ; peut-être même aujourd’hui, ce matin — comment pourrais-je le savoir ? Mes souvenirs jouent avec ma patience ces derniers temps, tout se mélange dans ma tête, absolument tout.
« Elle s'appelle Lune... » Mes yeux tombent sur les lointaines lèvres qui prononcent cette phrase. « Et moi Adaline. »
Lune et Adaline.
*Lune et Adaline*.
J’essaie d’associer ce prénom à ce visage. J’essaie — une seconde seulement. Ma tête est de toute façon trop douloureuse pour que je force sur mes pensées ou sur quoi que ce soit, même ce souvenir qui essaie de se rappeler à moi. Je préfère me laisser couler dans le temps qui passe, regardant d’un oeil morne et lointain ce qu’il se passe, le regard accroché au visage de cette fille qui laisse passer des émotions et des expressions que je ne cherche pas à comprendre. Maintenant que mes yeux sont installés sur elle, j’ai du mal à m’en détourner. Ce serait un trop grand effort que d’arracher mon regard pour le poser ailleurs — sur Zikomo, par exemple.
Alors je la regarde, elle. Elle qui caresse son chat, qui lui parle même, mais qui regarde beaucoup Zikomo également. Elle ne le regarde pas comme elle regarde son chat. Elle ne le regarde pas comme elle me regarde moi — *elle me regarde même pas d’toute façon*. Elle le regarde comme si elle attendait quelque chose de lui. Et effectivement, elle attend quelque chose : une réponse. *Tu peux*, réponds-je dans ma tête à la question sous-entendue dans ses mots, *demande pas si tu peux, pose-la ta question*. Eh, si j’étais capable de parler, je n’aurais jamais dit cela. J’aurais plutôt rétorqué : « Zik est pas plus une encyclopédie qu’moi, si tu veux des réponses va les chercher par toi-même ! ». Mais je ne peux pas parler.
Ma gorge se noue. Je renifle sans discrétion. Je sens que mes yeux sont humides, mais je sais qu’aucune larme ne coulera — pour le moment.
La voix de Zikomo ma parvient.
« Tu peux. »
Je l’aperçois dans ma vision périphérique, petite tâche bleue qui se meut. Ses oreilles se dressent sur sa tête — il est intrigué et moi je suis fatiguée mais je n’ai rien d’autre à faire que de rester là et regarder. Toujours regarder cette fille, là-bas. Et je dois avouer que derrière mes yeux humides, ma gorge nouée, mon coeur gros et ma tête douloureuse, moi aussi je suis intriguée par ce qu'elle veut demander. Je ne m’attends cependant pas à être surprise. Que pourrait-elle lui demander, après tout ? Ce qu’il est ? Ce qu’il fait ici ? Pourquoi est-il avec moi ? Pourquoi est-ce qu’il parle ? D’où vient-il ? Toutes ces questions lui ont déjà été posé tant de fois et les Autres continuent à les lui poser — cette Autre n’est pas bien différente.
« Elle s'appelle Lune... » Mes yeux tombent sur les lointaines lèvres qui prononcent cette phrase. « Et moi Adaline. »
Lune et Adaline.
*Lune et Adaline*.
J’essaie d’associer ce prénom à ce visage. J’essaie — une seconde seulement. Ma tête est de toute façon trop douloureuse pour que je force sur mes pensées ou sur quoi que ce soit, même ce souvenir qui essaie de se rappeler à moi. Je préfère me laisser couler dans le temps qui passe, regardant d’un oeil morne et lointain ce qu’il se passe, le regard accroché au visage de cette fille qui laisse passer des émotions et des expressions que je ne cherche pas à comprendre. Maintenant que mes yeux sont installés sur elle, j’ai du mal à m’en détourner. Ce serait un trop grand effort que d’arracher mon regard pour le poser ailleurs — sur Zikomo, par exemple.
Alors je la regarde, elle. Elle qui caresse son chat, qui lui parle même, mais qui regarde beaucoup Zikomo également. Elle ne le regarde pas comme elle regarde son chat. Elle ne le regarde pas comme elle me regarde moi — *elle me regarde même pas d’toute façon*. Elle le regarde comme si elle attendait quelque chose de lui. Et effectivement, elle attend quelque chose : une réponse. *Tu peux*, réponds-je dans ma tête à la question sous-entendue dans ses mots, *demande pas si tu peux, pose-la ta question*. Eh, si j’étais capable de parler, je n’aurais jamais dit cela. J’aurais plutôt rétorqué : « Zik est pas plus une encyclopédie qu’moi, si tu veux des réponses va les chercher par toi-même ! ». Mais je ne peux pas parler.
Ma gorge se noue. Je renifle sans discrétion. Je sens que mes yeux sont humides, mais je sais qu’aucune larme ne coulera — pour le moment.
La voix de Zikomo ma parvient.
« Tu peux. »
Je l’aperçois dans ma vision périphérique, petite tâche bleue qui se meut. Ses oreilles se dressent sur sa tête — il est intrigué et moi je suis fatiguée mais je n’ai rien d’autre à faire que de rester là et regarder. Toujours regarder cette fille, là-bas. Et je dois avouer que derrière mes yeux humides, ma gorge nouée, mon coeur gros et ma tête douloureuse, moi aussi je suis intriguée par ce qu'elle veut demander. Je ne m’attends cependant pas à être surprise. Que pourrait-elle lui demander, après tout ? Ce qu’il est ? Ce qu’il fait ici ? Pourquoi est-il avec moi ? Pourquoi est-ce qu’il parle ? D’où vient-il ? Toutes ces questions lui ont déjà été posé tant de fois et les Autres continuent à les lui poser — cette Autre n’est pas bien différente.
Émanations Chaotiques
D'abord, je souris. Ce n'est pas le genre de sourire qui fait mal aux joues, c'est plutôt l'un de ceux qui restent sur le visage et ont du mal à le quitter. J'imagine que ce sourire restera sur ma face pendant un moment si bien que j'ai le sentiment de ne plus me souvenir de ce que c'était de ne pas l'avoir. Et sourire comme ça me fait du bien. Plus que détendre les joues, il détend le cœur.
La réponse de Zikomo – dans ma tête, je n'utilise que son prénom pour penser à lui parce que je me refuse de le qualifier d'animal – me met le rouge aux joues. Je ne sais pas très bien pourquoi mais la chaleur montre à mon visage. Mes doigts deviennent moites, alors que je les passe toujours sur la tête de Lune en grattouillant la base de ses oreilles jusqu'à son cou. Mais mis à part la rougeur qui décore mon visage, le sourire qui y est planté est intact. Toujours aussi doux sur mes lèvres. Mes yeux plongent dans les nuances de la fourrure de Lune, les tons crémeux sont pleins de contrastes tantôt foncés tantôt blancs. Plus ou moins.
Je lève pourtant la tête assez vite pour constater que les oreilles de Zikomo sont dressées sur sa tête. J'imagine que son apparence animale lui confère des caractéristiques similaires : comme Lune lorsque ses oreilles sont droites, il doit être intéressé par la question que je m'apprête à poser. J'imagine aussi qu'il doit se nourrir de rongeur, comme je soupçonne d'ailleurs le chat qui m'accompagne de le faire parfois – je jette un regard furtif en sa direction. Il doit aussi faire sa toilette un peu à la manière des chats, et je pense à comment Lune fait la sienne – elle lèche sa patte et la passe derrière l'oreille par exemple.
Mais il me faut poser ma question. Et s'il y en a beaucoup dans ma tête, les pensées se rassemblent en mots.
« Est-ce que tu peux parler avec Lune ? »
Je demande. Dans ma voix, on peut probablement saisir un éclat de curiosité.
Parmi toutes les autres questions que j'ai envie de poser, c'est celle que je sens bon de poser en premier. Je ne saurais dire pourquoi, et peut-être qu'elle est débile cette question. J'hausse les épaules quand cette pensée traverse mon esprit, mais je me concentre à nouveau rapidement sur Zikomo pour guetter sa réaction et tendre l'oreille à sa réponse.
Je me dis que j'ai tout autant envie de savoir quel genre de créature magique il est, et aussi pourquoi il se trouve à Poudlard : il est avec elle, Aelle, à qui je jette un très bref coup d'œil. Je réalise qu'elle regarde dans ma direction, mais mes joues déjà rouges ne chauffent pas plus. Étrangement, je ne fais pas très attention à son regard et ne suis même pas déstabilisée par lui. C'est certainement à cause de – grâce à – mon intérêt pour Zikomo et tout ce qu'il représente, toute la magie qui doit émaner de lui. Je suis fascinée mais le respect qu'il m'inspire prévaut et étouffe un peu ma curiosité.
En attendant la réponse de Zikomo, Lune se redresse. Jusque-là assise, la voilà sur ses pattes. Mes caresses sur sa tête s'arrêtent quand ma main se lève pour la laisser agir à sa guise. Elle s'étire un instant avant de se rasseoir pour lécher sa patte. Et je pense que c'est ce pousse Zikomo à se taire encore un peu. Puis, une fois que sa toilette est terminée, le chat lève d'abord la tête puis les fesses pour se rapprocher du renard bleu. Je la regarde faire, aussi intriguée par la réponse que j'attends que par les pas furetés que fait le chat pour avancer. Mais finalement, Lune se contente de s'asseoir un peu plus loin de moi et plus près de la créature magique.
Le couloir revêt un silence, mais qui n'est pas pesant. Il est là, pour occuper l'espace le temps que Zikomo me réponde.
La réponse de Zikomo – dans ma tête, je n'utilise que son prénom pour penser à lui parce que je me refuse de le qualifier d'animal – me met le rouge aux joues. Je ne sais pas très bien pourquoi mais la chaleur montre à mon visage. Mes doigts deviennent moites, alors que je les passe toujours sur la tête de Lune en grattouillant la base de ses oreilles jusqu'à son cou. Mais mis à part la rougeur qui décore mon visage, le sourire qui y est planté est intact. Toujours aussi doux sur mes lèvres. Mes yeux plongent dans les nuances de la fourrure de Lune, les tons crémeux sont pleins de contrastes tantôt foncés tantôt blancs. Plus ou moins.
Je lève pourtant la tête assez vite pour constater que les oreilles de Zikomo sont dressées sur sa tête. J'imagine que son apparence animale lui confère des caractéristiques similaires : comme Lune lorsque ses oreilles sont droites, il doit être intéressé par la question que je m'apprête à poser. J'imagine aussi qu'il doit se nourrir de rongeur, comme je soupçonne d'ailleurs le chat qui m'accompagne de le faire parfois – je jette un regard furtif en sa direction. Il doit aussi faire sa toilette un peu à la manière des chats, et je pense à comment Lune fait la sienne – elle lèche sa patte et la passe derrière l'oreille par exemple.
Mais il me faut poser ma question. Et s'il y en a beaucoup dans ma tête, les pensées se rassemblent en mots.
« Est-ce que tu peux parler avec Lune ? »
Je demande. Dans ma voix, on peut probablement saisir un éclat de curiosité.
Parmi toutes les autres questions que j'ai envie de poser, c'est celle que je sens bon de poser en premier. Je ne saurais dire pourquoi, et peut-être qu'elle est débile cette question. J'hausse les épaules quand cette pensée traverse mon esprit, mais je me concentre à nouveau rapidement sur Zikomo pour guetter sa réaction et tendre l'oreille à sa réponse.
Je me dis que j'ai tout autant envie de savoir quel genre de créature magique il est, et aussi pourquoi il se trouve à Poudlard : il est avec elle, Aelle, à qui je jette un très bref coup d'œil. Je réalise qu'elle regarde dans ma direction, mais mes joues déjà rouges ne chauffent pas plus. Étrangement, je ne fais pas très attention à son regard et ne suis même pas déstabilisée par lui. C'est certainement à cause de – grâce à – mon intérêt pour Zikomo et tout ce qu'il représente, toute la magie qui doit émaner de lui. Je suis fascinée mais le respect qu'il m'inspire prévaut et étouffe un peu ma curiosité.
En attendant la réponse de Zikomo, Lune se redresse. Jusque-là assise, la voilà sur ses pattes. Mes caresses sur sa tête s'arrêtent quand ma main se lève pour la laisser agir à sa guise. Elle s'étire un instant avant de se rasseoir pour lécher sa patte. Et je pense que c'est ce pousse Zikomo à se taire encore un peu. Puis, une fois que sa toilette est terminée, le chat lève d'abord la tête puis les fesses pour se rapprocher du renard bleu. Je la regarde faire, aussi intriguée par la réponse que j'attends que par les pas furetés que fait le chat pour avancer. Mais finalement, Lune se contente de s'asseoir un peu plus loin de moi et plus près de la créature magique.
Le couloir revêt un silence, mais qui n'est pas pesant. Il est là, pour occuper l'espace le temps que Zikomo me réponde.
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Émanations Chaotiques
Ma surprise est telle que pendant quelques instants j’en oublie totalement tout ce qu’il s’est passé ces derniers jours. Le bal, le coup à la tête, l’infirmerie, Maman, l'omission d’Aodren concernant l’attaque à Sainte-Mangouste, Thalia, le mot de Gabryel, tout, tout s’efface pour ne laisser que l’instant présent. C’est véritablement la première fois que je parviens à me concentrer toute entière sur ce qui est en train de se passer, que j’arrive à ne plus être torturée par des pensées parasites ou des douleurs inopinées. Tout cela grâce à cette fille là-bas qui réussit à me faire légèrement lever la tête malgré ma fatigue. Si je la regardais avec une certaine discrétion, induite par ma position, désormais ce n’est plus le cas. Il n’y a plus mes cheveux pour me cacher ; mon visage est tourné vers elle, mes yeux sont plongés (j’imagine) dans les siens et je n’efface même pas la surprise qui m’a fait ouvrir la bouche et écarquiller les yeux.
*S’il peut parler à Lune ?*.
De toutes les questions qu’ont déjà posé les Autres à Zikomo, personne ne lui a jamais demandé ça. D’ailleurs, même si j’avais tenté de deviner ce que cette fille pouvait bien vouloir à Zikomo je crois que mon esprit n’aurait jamais pu inventer une telle chose. Et dans mon esprit, la question tourne en boucle *s’il peut parler à Lune ?* ; comme une vieille chanson que l’on ne parvient pas à oublier *s’il peut parler à Lune ?* ; et cette vieille mélodie me parait si folle, si invraisemblable, si ridicule et extravagante… que je ne peux empêcher un rire — le premier depuis le bal — de s’échapper de mes lèvres, ces traîtresses.
Le son résonne dans le couloir. Ce n’est pas un éclat, ce n’est pas un rire à proprement parler, ce n’est pas même un ricanement. Il s’agit d’un petit son discret mais qui, lorsqu’on l’associe à mes yeux plissés et mes lèvres étirées, ne peut qu’être une preuve de mon amusement. Zikomo se tourne instantanément vers moi, mais je comprends à son regard qu’il ne veut pas me rappeler à l’ordre pour ma moquerie ; dans son joli regard règne, au contraire, un plaisir semblable au mien. Il est amusé. Amusé, et surtout heureux, je le comprends sans savoir comment, de me voir sourire. Et moi, gênée par ce regard, je détourne les yeux et même le visage pour le présenter au mur devant moi. La douleur arrive sans prévenir. Elle ne dévaste pas tout sur son passage, non. Elle se contente de cogner contre mon crâne et de me faire grogner, d’un grognement sans discrétion. J’en perds aussitôt mon sourire et mon envie de rire pour fermer les yeux et essayer de contrer les vagues qui m’assaillent.
« Ça va ? »
La voix inquiète résonne dans le couloir. Il n’est même plus temps de se cacher, de faire semblant, de garder mon intimité pour nous. Zikomo ne s’est même pas approché, la question a dû lui échapper je n’en doute pas une seule seconde. Tant bien que mal, je rouvre les yeux et me tourne vers lui. La tête me tourne. Mon répit a été de courte durée. J’aurais mieux fait de ne pas bouger, de me contenter de regarder la fille sans ne rien faire, comme si le monde ne me touchait pas ; c’est ce que je suis désormais, hein ? Une statue qui ne peut plus réagir avec le monde. Je dois me contenter de voir sans chercher à comprendre, sans ne rien faire. En déposant mes yeux dans ceux de Zikomo je les sens se remplir de larmes.
« Mh, » fais-je pour qu’il se détourne ; j’aurais aimé hocher la tête mais j’en suis incapable.
S’il-te-plaît, détourne-toi, Zik. J’ai honte de mon regard larmoyant, j’ai honte de la pâleur de mes traits, j’ai honte d’avoir envie de vomir et surtout, j’ai honte de sentir l’Autre me regarder. Je suis certaine qu’elle me regarde, j’en suis persuadée. Elle va se moquer de moi, c’est certain. Alors je supplie Zikomo de mon regard : « Détourne-la de moi, j’en prie » et le Mngwi, comme toujours, me comprend sans que j’ai besoin de parler. Je sais qu’il aurait aimé me rejoindre, je le comprends à son regard attristé et à ses oreilles qui se couchent sur sa tête. Pourtant, cela ne l’empêche pas de se détourner et de rejoindre à petits pas le chat *Lune* qui s’est rapproché de lui comme s’il avait compris que la discussion entre sa maîtresse et Zikomo le concernait.
Doucement, lentement, je repose ma tête sur mes genoux, le regard posé sur Zik, bien décidée à ne plus rien faire. Dans ma tête s’agitent les vagues. Elles se fracassent contre mon crâne. *Inspire et expire*, me répété-je en boucle, soucieuse à l’idée de vomir au beau milieu du couloir. J’essaie de m’imaginer les vagues de douleur refluer, comme la marée ; peu à peu, elles finiront bien par repartir d’où elles viennent, non ?
Zikomo reste silencieux quelques temps face à Lune, assis en face d’elle comme un étrange reflet. Son regard, au bout d’un instant, se décale pour se poser sur Adaline.
« Pas parler comme tu l’entends, répond-il enfin. Il n’y a pas que la parole qui nous permette d’échanger. Je pense que tu parles bien plus facilement avec elle que moi ! Et que tu la comprends mieux. Après tout, n’est-elle pas ton amie ? »
*S’il peut parler à Lune ?*.
De toutes les questions qu’ont déjà posé les Autres à Zikomo, personne ne lui a jamais demandé ça. D’ailleurs, même si j’avais tenté de deviner ce que cette fille pouvait bien vouloir à Zikomo je crois que mon esprit n’aurait jamais pu inventer une telle chose. Et dans mon esprit, la question tourne en boucle *s’il peut parler à Lune ?* ; comme une vieille chanson que l’on ne parvient pas à oublier *s’il peut parler à Lune ?* ; et cette vieille mélodie me parait si folle, si invraisemblable, si ridicule et extravagante… que je ne peux empêcher un rire — le premier depuis le bal — de s’échapper de mes lèvres, ces traîtresses.
Le son résonne dans le couloir. Ce n’est pas un éclat, ce n’est pas un rire à proprement parler, ce n’est pas même un ricanement. Il s’agit d’un petit son discret mais qui, lorsqu’on l’associe à mes yeux plissés et mes lèvres étirées, ne peut qu’être une preuve de mon amusement. Zikomo se tourne instantanément vers moi, mais je comprends à son regard qu’il ne veut pas me rappeler à l’ordre pour ma moquerie ; dans son joli regard règne, au contraire, un plaisir semblable au mien. Il est amusé. Amusé, et surtout heureux, je le comprends sans savoir comment, de me voir sourire. Et moi, gênée par ce regard, je détourne les yeux et même le visage pour le présenter au mur devant moi. La douleur arrive sans prévenir. Elle ne dévaste pas tout sur son passage, non. Elle se contente de cogner contre mon crâne et de me faire grogner, d’un grognement sans discrétion. J’en perds aussitôt mon sourire et mon envie de rire pour fermer les yeux et essayer de contrer les vagues qui m’assaillent.
« Ça va ? »
La voix inquiète résonne dans le couloir. Il n’est même plus temps de se cacher, de faire semblant, de garder mon intimité pour nous. Zikomo ne s’est même pas approché, la question a dû lui échapper je n’en doute pas une seule seconde. Tant bien que mal, je rouvre les yeux et me tourne vers lui. La tête me tourne. Mon répit a été de courte durée. J’aurais mieux fait de ne pas bouger, de me contenter de regarder la fille sans ne rien faire, comme si le monde ne me touchait pas ; c’est ce que je suis désormais, hein ? Une statue qui ne peut plus réagir avec le monde. Je dois me contenter de voir sans chercher à comprendre, sans ne rien faire. En déposant mes yeux dans ceux de Zikomo je les sens se remplir de larmes.
« Mh, » fais-je pour qu’il se détourne ; j’aurais aimé hocher la tête mais j’en suis incapable.
S’il-te-plaît, détourne-toi, Zik. J’ai honte de mon regard larmoyant, j’ai honte de la pâleur de mes traits, j’ai honte d’avoir envie de vomir et surtout, j’ai honte de sentir l’Autre me regarder. Je suis certaine qu’elle me regarde, j’en suis persuadée. Elle va se moquer de moi, c’est certain. Alors je supplie Zikomo de mon regard : « Détourne-la de moi, j’en prie » et le Mngwi, comme toujours, me comprend sans que j’ai besoin de parler. Je sais qu’il aurait aimé me rejoindre, je le comprends à son regard attristé et à ses oreilles qui se couchent sur sa tête. Pourtant, cela ne l’empêche pas de se détourner et de rejoindre à petits pas le chat *Lune* qui s’est rapproché de lui comme s’il avait compris que la discussion entre sa maîtresse et Zikomo le concernait.
Doucement, lentement, je repose ma tête sur mes genoux, le regard posé sur Zik, bien décidée à ne plus rien faire. Dans ma tête s’agitent les vagues. Elles se fracassent contre mon crâne. *Inspire et expire*, me répété-je en boucle, soucieuse à l’idée de vomir au beau milieu du couloir. J’essaie de m’imaginer les vagues de douleur refluer, comme la marée ; peu à peu, elles finiront bien par repartir d’où elles viennent, non ?
*
Zikomo reste silencieux quelques temps face à Lune, assis en face d’elle comme un étrange reflet. Son regard, au bout d’un instant, se décale pour se poser sur Adaline.
« Pas parler comme tu l’entends, répond-il enfin. Il n’y a pas que la parole qui nous permette d’échanger. Je pense que tu parles bien plus facilement avec elle que moi ! Et que tu la comprends mieux. Après tout, n’est-elle pas ton amie ? »
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Forcément, ma poitrine se lève et se soulève dans cette attente inquiétante, mais son rythme accélère quand Zikomo tourne brusquement la tête vers Aelle. Ce sont ces mots qui résonnent jusque dans cette dernière – ma poitrine presque affolée – et même si c'est le couloir et ses hauts murs qui l'absorbent, je sens l'inquiétude dans sa voix. Mais je n'en suis pas sûre, en vérité. J'en ai l'impression mais quelque part : je ne fais pas assez confiance à cet espèce d'instinct, pour ne l'avoir pas assez essayé et vérifié.
Pourtant, c'est tout juste si je parviens à me retenir de sursauter, parce que je ne m'attendais pas à ce que les prochains mots de Zikomo lui soient destinés, à elle, alors qu'ils lui sont probablement tous destinés.
Mes lèvres se tordent pour effacer le sourire que je présentais, parce qu'il commence à devenir lourd. Et mon regard suit celui de Zikomo pour aller se poser sur cette fille qui n'a cessé d'être là. Elle était assise contre ce mur avant moi, depuis je-ne-sais-combien-de-temps, et la lueur du couloir toujours aussi vive et dansante l'abrite. Mais il ne la protège pas de mon regard indiscret qui ne s'empêche pas de jeter un coup d'œil, le temps d'une seconde ou deux.
Mes sourcils se froncent légèrement en une micro-expression inquiète. Je ne lui ai pas parlé, pas que je m'en souvienne – à cette pensée des souvenirs tentent de surgir sans y parvenir vraiment – mais je ne peux pas retenir l'inquiétude qui grimpe sur mon visage. Et c'est surtout quand mes billes brunes tombent dans un regard larmoyant que mon cœur est bizarrement serré.
Je me détourne presque instantanément en réalisant à quel point c'est et malpoli et déstabilisant. J'imagine que ça l'est.
Si je n'étais jusque-là pas dérangée par la présence d'Aelle dans le fond du tableau, le théâtre au beau milieu duquel je suis assise prend d'autres couleurs et mes sentiments un autre sens. Je suis excitée de me tenir près d'une créature magique comme Zikomo, mais effrayée à la fois par tout ce que je ne sais pas et que je n'ose pas demander ici.
Quand j'entends la réponse de Zikomo, je retourne à lui en essayant de ne pas trop incliner ma tête vers eux. Sur mon visage, mon sourire est vague et à peine perceptible. Il ne tient qu'en souvenir de celui qui était là avant lui. J'ai été bête d'imaginer qu'il resterait toujours. Moi qui pensais être bien plus jugement, c'est un seul sentiment qui a suffit à faire vaciller ce sourire qui avait pourtant l'air immuable.
Je souffle, lentement, comme pour dégonfler des joues qui ne le sont pas : c'est en réalité ma poitrine bien trop levée qui s'abaisse grâce à l'air que j'expulse.
« Oh je vois... dis-je tout bas. J'hoche la tête pour répondre et mes yeux se réfugient sur Lune. C'est ma plus chère amie. »
Elle miaule, ma chère amie. Et ça insuffle en moi un peu de l'énergie que je sentais s'échapper.
Lune qui ne regarde même plus derrière et qui ne prête qu'un œil à Zikomo, a le regard fixé sur Aelle et son visage depuis que les yeux du renard bleu en ont fait autant. Et comme on le dit parfois, les chats peuvent sentir lorsqu'on est triste : Lune ne décroche pas parce qu'elle a senti les larmes d'Aelle avant même qu'elles ne soient visibles. Les oreilles du chat frémissent lorsqu'une sorte de grognement émane de cette fille. La tête penchée, son fessier se soulève et sa patte avant semble hésiter. Avancer ou reculer ?
Mais il semble qu'autre chose attire l'attention du chat, ses oreilles pivotent vers l'arrière : un autre son l'attire. Peut-être fait elle semblant ? Peut-être comprend-elle à quel point ces deux-là – Zikomo et Aelle – sont bien ensemble ? Peut-être éloigne-t-elle Adaline parce qu'elle sent que c'est autant de la tristesse que de l'angoisse dans le cœur battant d'Aelle ?
C'est un chat après tout, et si elle se lève presque dédaigneusement dans un autre miaulement (qui salue probablement Zikomo) et qu'elle se dirige déjà pour prendre le couloir par là où elle est arrivée : c'est simplement parce qu'elle en a envie.
Mon air devient interrogatif quand les babines de Lune se tournent vers moi, et j'étouffe ma surprise quand elle escalade mes jambes tendues pour retourner d'où elle est venue. Avec la flegme qui la caractérise, déjà sa queue se balance dans son dos et menace de disparaître dans le virage que fait le couloir.
Je n'ai pas très envie de rester ici sans elle et quelque chose me chuchote que Zikomo n'est pas que de passage dans le château (probablement parce que Lune l'a déjà rencontré et c'était sûrement en juin). Et puis, je sais déjà que je vais fouiller les livres de la bibliothèque pour découvrir ce qu'il est et d'où il vient, je me rassure en me confortant dans l'idée qu'il gravitera dans le château et que les questions auxquelles je n'aurais pas eu de réponse pourront en trouver aurpès de lui.
Alors même si ma curiosité est toujours attirée par le renard au pelage bleu, je n'ai pas envie de laisser Lune partir sans moi. Si c'est une bonne idée, si cela soulage Aelle et ses larmes, si cela permets à Zikomo de retourner près de son amie : je ne fais pas exprès de choisir ce moment pour partir.
« Je ne vais pas la laisser partir toute seule... lui expliqué-je en retournant à lui – ma tête a suivi le mouvement de la queue de Lune qui disparaît dans le couloir. Heureuse de t'avoir rencontré. »
À mes derniers mots, je me redresse en prenant appui sur le mur pour me redresser. Mon regard caresse une dernière fois Zikomo du bout de son nez à sa queue touffue. Et un sourire large prends place sur mon visage, un sourire large parce que soulagé, un sourire large parce qu'il doit exprimer ma gratitude envers cet être magique, un sourire large parce que c'est le dernier pour le moment.
« À plus tard ! »
Je m'exclame doucement, tout un paradoxe. Doucement dans la voix mais gaiement. Autant que l'on peux l'être dans l'enceinte de ce château (au milieu de ce Monde qui s'effondre).
En quelques instants, à peine, j'adresse à Zikomo un signe de la main un peu faiblard mais très sincère, et je fais volte-face. J'attends d'être hors de la vue de tous les deux, pour me mettre à courir presque : près de l'escalier un peu plus loin la queue de Lune remue. Alors je file la rejoindre pour continuer notre promenade dans le château. La tête lourde de pensées.
Pour Adaline, c'est ici qu'elle quitte Zik' et Aelle. Merci.
Pourtant, c'est tout juste si je parviens à me retenir de sursauter, parce que je ne m'attendais pas à ce que les prochains mots de Zikomo lui soient destinés, à elle, alors qu'ils lui sont probablement tous destinés.
Mes lèvres se tordent pour effacer le sourire que je présentais, parce qu'il commence à devenir lourd. Et mon regard suit celui de Zikomo pour aller se poser sur cette fille qui n'a cessé d'être là. Elle était assise contre ce mur avant moi, depuis je-ne-sais-combien-de-temps, et la lueur du couloir toujours aussi vive et dansante l'abrite. Mais il ne la protège pas de mon regard indiscret qui ne s'empêche pas de jeter un coup d'œil, le temps d'une seconde ou deux.
Mes sourcils se froncent légèrement en une micro-expression inquiète. Je ne lui ai pas parlé, pas que je m'en souvienne – à cette pensée des souvenirs tentent de surgir sans y parvenir vraiment – mais je ne peux pas retenir l'inquiétude qui grimpe sur mon visage. Et c'est surtout quand mes billes brunes tombent dans un regard larmoyant que mon cœur est bizarrement serré.
Je me détourne presque instantanément en réalisant à quel point c'est et malpoli et déstabilisant. J'imagine que ça l'est.
Si je n'étais jusque-là pas dérangée par la présence d'Aelle dans le fond du tableau, le théâtre au beau milieu duquel je suis assise prend d'autres couleurs et mes sentiments un autre sens. Je suis excitée de me tenir près d'une créature magique comme Zikomo, mais effrayée à la fois par tout ce que je ne sais pas et que je n'ose pas demander ici.
Quand j'entends la réponse de Zikomo, je retourne à lui en essayant de ne pas trop incliner ma tête vers eux. Sur mon visage, mon sourire est vague et à peine perceptible. Il ne tient qu'en souvenir de celui qui était là avant lui. J'ai été bête d'imaginer qu'il resterait toujours. Moi qui pensais être bien plus jugement, c'est un seul sentiment qui a suffit à faire vaciller ce sourire qui avait pourtant l'air immuable.
Je souffle, lentement, comme pour dégonfler des joues qui ne le sont pas : c'est en réalité ma poitrine bien trop levée qui s'abaisse grâce à l'air que j'expulse.
« Oh je vois... dis-je tout bas. J'hoche la tête pour répondre et mes yeux se réfugient sur Lune. C'est ma plus chère amie. »
Elle miaule, ma chère amie. Et ça insuffle en moi un peu de l'énergie que je sentais s'échapper.
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Lune qui ne regarde même plus derrière et qui ne prête qu'un œil à Zikomo, a le regard fixé sur Aelle et son visage depuis que les yeux du renard bleu en ont fait autant. Et comme on le dit parfois, les chats peuvent sentir lorsqu'on est triste : Lune ne décroche pas parce qu'elle a senti les larmes d'Aelle avant même qu'elles ne soient visibles. Les oreilles du chat frémissent lorsqu'une sorte de grognement émane de cette fille. La tête penchée, son fessier se soulève et sa patte avant semble hésiter. Avancer ou reculer ?
Mais il semble qu'autre chose attire l'attention du chat, ses oreilles pivotent vers l'arrière : un autre son l'attire. Peut-être fait elle semblant ? Peut-être comprend-elle à quel point ces deux-là – Zikomo et Aelle – sont bien ensemble ? Peut-être éloigne-t-elle Adaline parce qu'elle sent que c'est autant de la tristesse que de l'angoisse dans le cœur battant d'Aelle ?
C'est un chat après tout, et si elle se lève presque dédaigneusement dans un autre miaulement (qui salue probablement Zikomo) et qu'elle se dirige déjà pour prendre le couloir par là où elle est arrivée : c'est simplement parce qu'elle en a envie.
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Mon air devient interrogatif quand les babines de Lune se tournent vers moi, et j'étouffe ma surprise quand elle escalade mes jambes tendues pour retourner d'où elle est venue. Avec la flegme qui la caractérise, déjà sa queue se balance dans son dos et menace de disparaître dans le virage que fait le couloir.
Je n'ai pas très envie de rester ici sans elle et quelque chose me chuchote que Zikomo n'est pas que de passage dans le château (probablement parce que Lune l'a déjà rencontré et c'était sûrement en juin). Et puis, je sais déjà que je vais fouiller les livres de la bibliothèque pour découvrir ce qu'il est et d'où il vient, je me rassure en me confortant dans l'idée qu'il gravitera dans le château et que les questions auxquelles je n'aurais pas eu de réponse pourront en trouver aurpès de lui.
Alors même si ma curiosité est toujours attirée par le renard au pelage bleu, je n'ai pas envie de laisser Lune partir sans moi. Si c'est une bonne idée, si cela soulage Aelle et ses larmes, si cela permets à Zikomo de retourner près de son amie : je ne fais pas exprès de choisir ce moment pour partir.
« Je ne vais pas la laisser partir toute seule... lui expliqué-je en retournant à lui – ma tête a suivi le mouvement de la queue de Lune qui disparaît dans le couloir. Heureuse de t'avoir rencontré. »
À mes derniers mots, je me redresse en prenant appui sur le mur pour me redresser. Mon regard caresse une dernière fois Zikomo du bout de son nez à sa queue touffue. Et un sourire large prends place sur mon visage, un sourire large parce que soulagé, un sourire large parce qu'il doit exprimer ma gratitude envers cet être magique, un sourire large parce que c'est le dernier pour le moment.
« À plus tard ! »
Je m'exclame doucement, tout un paradoxe. Doucement dans la voix mais gaiement. Autant que l'on peux l'être dans l'enceinte de ce château (au milieu de ce Monde qui s'effondre).
En quelques instants, à peine, j'adresse à Zikomo un signe de la main un peu faiblard mais très sincère, et je fais volte-face. J'attends d'être hors de la vue de tous les deux, pour me mettre à courir presque : près de l'escalier un peu plus loin la queue de Lune remue. Alors je file la rejoindre pour continuer notre promenade dans le château. La tête lourde de pensées.
Fin
Pour Adaline, c'est ici qu'elle quitte Zik' et Aelle. Merci.
Animagus renard polaire
Post ASPIC
Post ASPIC
Émanations Chaotiques
Les vagues ne sont pas reparties d’où elles venaient ; peut-être resteront-elles ici pour toujours. Dans ma tête, les vagues vont et viennent, métaphores de ma douleur. Elle se baladent, se balancent sans savoir qu’à chaque mouvement qu’elles font mon coeur se soulève et mes membres se crispent. Avant le bal, je n’avais pas une conscience très éclairée de la douleur. Je savais que se coincer le doigt dans une porte était douloureux, que tomber dans les escaliers faisait mal, que se prendre le coin d’un meuble dans le genou était aussi douloureux qu’agaçant. Mais je ne savais pas que la douleur pouvait être aussi handicapante. Je ne savais pas qu’il était possible d’avoir mal tout le temps, toute la journée, à chaque instant. Et je ne savais pas non plus que le plus infime des mouvements — comme tourner les yeux pour regarder cette fille au bout du couloir — pouvait aggraver la douleur qui sourde dans ma tête. J’ai bien conscience que n’importe quel coup au crâne n’amène pas cette douleur, je sais qu’un *traumatisme crânien* est plus grave qu’un simple coup, mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi la douleur est si constante.
Cela fait peu de temps que je suis sortie de l’infirmerie mais je ne trouve pas le chemin de la guérison. Pourtant, si j’ai pu sortir c’est que je vais bien, non ? Je mourrais, mourrais pour être auprès de Maman en ce moment. Je serais capable du pire pour cela. Arya Bristyle est la meilleure Guérisseuse de Grande-Bretagne… Non, du monde entier ! Personne ne lui arrive à la cheville. S’il y a bien une personne capable de faire disparaître la douleur et de me faire parler correctement, c’est elle. Mais Maman n’est pas là. Je ne sais même pas si Maman va bien parce que nous n’avons aucune nouvelle de la Maison — seulement les mots terrifiants du journal qui parlent d’attaque, de mort, mais qui ne disent sur ma maman. Quand je pense à elle, un gouffre immense s’ouvre dans mon coeur et j’ai peur de tomber à l’intérieur, de tomber, tomber et de ne plus être capable de me relever. Qu’est-ce que je deviendrais si Maman n’était plus là ? Qu’est-ce que Papa deviendrait ? L’un peut-il exister sans l’autre ? *Non* ; ils sont indissociables, alors ce n’est pas possible que Maman disparaisse parce que si elle disparaissait Papa devrait aussi s’en aller et ça, ce n’est pas possible.
*Elle va bien*, me chuchoté-je comme souvent.
Mais les pensées pleines d’espoir n’ont que peu de poids face à la force de la peur.
Ça bouge, là-bas. Si la fille *Adaline* a répondu à Zikomo, je ne l’ai pas entendu. Je suis persuadée cependant qu’elle s’est levée et que cela signifie certainement qu’elle va s’en aller — enfin. Zikomo va pouvoir revenir vers moi. Je garde les yeux fermés, me fichant que l’Autre voit mes paupières closes et se fiche de moi. J’attends qu’elle s’en aille, pour le moment je n’ai pas la force de faire quoi que ce soit. Mes membres sont douloureux, ma tête est lourde, les vagues sont puissantes et puis je me sens triste, tellement triste que je tangue au bord de mon gouffre.
« Elle est partie. »
*Ouvre les yeux*, me souffle une voix. Il me faut quelques secondes pour répondre à cet ordre et quand je le fais, accompagne mon geste un gémissement qui me fait honte. Zikomo se tient tout près de moi, les oreilles plaquées sur le crâne, l’air inquiet. Il me regarde avec calme, mais je sais qu’il est inquiet. Pauvre petit Mngwi — il ne peut pas grand chose pour moi, malheureusement. J’ai seulement besoin qu’il s’approche, se colle à moi. Je veux sentir sa chaleur, sa présence et oublier tout le reste. Mais ce n’est pas son rôle à lui, je le sais. Ce n’est pas lui que je veux contre moi, je le sais.
« Veux-tu que nous restions un peu ici ? s’enquit mon ami.
— Tu peux… »
Allez, balbutie comme une enfant ! Je déglutie péniblement. Malgré tous mes efforts, je ne peux empêcher mes yeux se remplir de larmes brûlantes. Oh, mon coeur est si lourd dans mon corps.
« … Chercher Thalia ? »
Thalia et ses bras réconfortants.
Thalia et son silence.
Thalia et sa chaleur.
Je me souviens encore de ses bras autour de moi, de son souffle apaisant. De sa simple présence qui apaise les vagues et surtout, surtout qui rend moins douloureux le gouffre que j’ai dans le corps.
Zikomo se recroqueville plus encore sur le sol. Je vois bien que me voir ainsi lui fait mal.
« Tu es sûre que tu peux rester seule ? »
C’est d’elle dont j’ai besoin. Je peux bien accepter de rester toute seule si cela signifie que Thalia me rejoindra dans quelques minutes. J’espère seulement que Zikomo saura la retrouver. Elle aussi se balade à droite et à gauche depuis le bal, il n’est pas toujours facile de la trouver. Zikomo semble comprendre ce dont j’ai besoin parce qu’il se redresse sur ses pattes et me rassure : il va la trouver et il le fera le plus rapidement possible. Il me fait également des recommandations vaines ; ne pas bouger, attendre ici, mais aller à l’infirmerie si j’en ai besoin. Il ne se rend même pas compte que ce qu’il me dit est contradictoire, mais ce n’est pas grave. Je marmonne une réponse pour le rassurer.
Zikomo s’éloigne rapidement. Il file à vive allure, comme un petit éclair bleu, et disparaît à l’angle du couloir, comme l’Autre et son chat *Lune* tout à l’heure. Il me laisse toute seule dans cet immense couloir. Et juste à côté de moi, à l’orée de mon regard, les grandes portes de la salle de bal me narguent. Je plonge le visage contre mes genoux pour ne plus les voir. Je ne passerais plus jamais dans ce couloir, plus jamais, je me le promets. Je ne mettrais plus jamais les pieds dans une salle de bal, je m’en fais la promesse solennelle.
Je compte les secondes dans mon esprit pour résister au sanglot qui s’invite dans ma gorge. *Un, deux, trois*. Et j’attends, je t’attends Thalia. Je t’attendrais l’éternité s’il le faut, tant que je suis persuadée que tu arrives.
Terminé !
Cette Danse était assez particulière à écrire parce qu'Aelle n'est pas au meilleure de sa forme, mais j'ai pris plaisir à le faire. Écrire avec toi est toujours un plaisir et je te remercie de m'avoir accompagné pour cette belle rencontre. A très bientôt, ma chère.
Cela fait peu de temps que je suis sortie de l’infirmerie mais je ne trouve pas le chemin de la guérison. Pourtant, si j’ai pu sortir c’est que je vais bien, non ? Je mourrais, mourrais pour être auprès de Maman en ce moment. Je serais capable du pire pour cela. Arya Bristyle est la meilleure Guérisseuse de Grande-Bretagne… Non, du monde entier ! Personne ne lui arrive à la cheville. S’il y a bien une personne capable de faire disparaître la douleur et de me faire parler correctement, c’est elle. Mais Maman n’est pas là. Je ne sais même pas si Maman va bien parce que nous n’avons aucune nouvelle de la Maison — seulement les mots terrifiants du journal qui parlent d’attaque, de mort, mais qui ne disent sur ma maman. Quand je pense à elle, un gouffre immense s’ouvre dans mon coeur et j’ai peur de tomber à l’intérieur, de tomber, tomber et de ne plus être capable de me relever. Qu’est-ce que je deviendrais si Maman n’était plus là ? Qu’est-ce que Papa deviendrait ? L’un peut-il exister sans l’autre ? *Non* ; ils sont indissociables, alors ce n’est pas possible que Maman disparaisse parce que si elle disparaissait Papa devrait aussi s’en aller et ça, ce n’est pas possible.
*Elle va bien*, me chuchoté-je comme souvent.
Mais les pensées pleines d’espoir n’ont que peu de poids face à la force de la peur.
Ça bouge, là-bas. Si la fille *Adaline* a répondu à Zikomo, je ne l’ai pas entendu. Je suis persuadée cependant qu’elle s’est levée et que cela signifie certainement qu’elle va s’en aller — enfin. Zikomo va pouvoir revenir vers moi. Je garde les yeux fermés, me fichant que l’Autre voit mes paupières closes et se fiche de moi. J’attends qu’elle s’en aille, pour le moment je n’ai pas la force de faire quoi que ce soit. Mes membres sont douloureux, ma tête est lourde, les vagues sont puissantes et puis je me sens triste, tellement triste que je tangue au bord de mon gouffre.
« Elle est partie. »
*Ouvre les yeux*, me souffle une voix. Il me faut quelques secondes pour répondre à cet ordre et quand je le fais, accompagne mon geste un gémissement qui me fait honte. Zikomo se tient tout près de moi, les oreilles plaquées sur le crâne, l’air inquiet. Il me regarde avec calme, mais je sais qu’il est inquiet. Pauvre petit Mngwi — il ne peut pas grand chose pour moi, malheureusement. J’ai seulement besoin qu’il s’approche, se colle à moi. Je veux sentir sa chaleur, sa présence et oublier tout le reste. Mais ce n’est pas son rôle à lui, je le sais. Ce n’est pas lui que je veux contre moi, je le sais.
« Veux-tu que nous restions un peu ici ? s’enquit mon ami.
— Tu peux… »
Allez, balbutie comme une enfant ! Je déglutie péniblement. Malgré tous mes efforts, je ne peux empêcher mes yeux se remplir de larmes brûlantes. Oh, mon coeur est si lourd dans mon corps.
« … Chercher Thalia ? »
Thalia et ses bras réconfortants.
Thalia et son silence.
Thalia et sa chaleur.
Je me souviens encore de ses bras autour de moi, de son souffle apaisant. De sa simple présence qui apaise les vagues et surtout, surtout qui rend moins douloureux le gouffre que j’ai dans le corps.
Zikomo se recroqueville plus encore sur le sol. Je vois bien que me voir ainsi lui fait mal.
« Tu es sûre que tu peux rester seule ? »
C’est d’elle dont j’ai besoin. Je peux bien accepter de rester toute seule si cela signifie que Thalia me rejoindra dans quelques minutes. J’espère seulement que Zikomo saura la retrouver. Elle aussi se balade à droite et à gauche depuis le bal, il n’est pas toujours facile de la trouver. Zikomo semble comprendre ce dont j’ai besoin parce qu’il se redresse sur ses pattes et me rassure : il va la trouver et il le fera le plus rapidement possible. Il me fait également des recommandations vaines ; ne pas bouger, attendre ici, mais aller à l’infirmerie si j’en ai besoin. Il ne se rend même pas compte que ce qu’il me dit est contradictoire, mais ce n’est pas grave. Je marmonne une réponse pour le rassurer.
Zikomo s’éloigne rapidement. Il file à vive allure, comme un petit éclair bleu, et disparaît à l’angle du couloir, comme l’Autre et son chat *Lune* tout à l’heure. Il me laisse toute seule dans cet immense couloir. Et juste à côté de moi, à l’orée de mon regard, les grandes portes de la salle de bal me narguent. Je plonge le visage contre mes genoux pour ne plus les voir. Je ne passerais plus jamais dans ce couloir, plus jamais, je me le promets. Je ne mettrais plus jamais les pieds dans une salle de bal, je m’en fais la promesse solennelle.
Je compte les secondes dans mon esprit pour résister au sanglot qui s’invite dans ma gorge. *Un, deux, trois*. Et j’attends, je t’attends Thalia. Je t’attendrais l’éternité s’il le faut, tant que je suis persuadée que tu arrives.
- Fin -
Terminé !
Cette Danse était assez particulière à écrire parce qu'Aelle n'est pas au meilleure de sa forme, mais j'ai pris plaisir à le faire. Écrire avec toi est toujours un plaisir et je te remercie de m'avoir accompagné pour cette belle rencontre. A très bientôt, ma chère.