Acantha
On tombe vers les étoiles qui meurent.
Quelque chose se brise. Je ne sais pas quoi, je ne sais pas où. Je ne sais pas comment je le sais. J’entends seulement ce bruit d’étoile qui meurt, mais sans exploser en une supernova ; juste une lumière de plus qui s’éteint. Ce son, presque inaudible, *de cœur cassé*. Ce son à la couleur de ténèbres ; et en voyant cette couleur, cette couleur que je connais si bien désormais, je sais que ce quelque chose, c’est en moi qu’il s’est brisé. Les ombres et les nuances de mes ténèbres, je les connais, et je connais les murmures des voix de mes démons. Je les vois et les entends, rumeurs derrière ce craquement. Craquement juste en moi, *de moi* peut-être. Qu’est-ce qui se brise, qu’est-ce qui se casse ? Je ne sais pas. Il y a juste, sous mes yeux vides, les derniers débris de mon espoir qui s’évanouissent. Alors, il m’en restait encore un peu. Même le sang, même les cauchemars, même les bleus, n’avaient pas fait s’évader les dernières miettes de mon âme. Je reconnais mes rêves au moment où ils s’enfuient.
Mon corps titube, s’écrase contre le mur, et entraine mon esprit dans sa chute. Mon esprit... qui heurte le sol si violemment. Il s’y explose en mille morceaux. Déverse ses amertumes sur les dalles de pierre. Tâche de manière indélébile le sol, avec ses songes aliénés. Il est défoncé, et je ne peux plus le rattraper. Mon regard est si vide. Il reflète l’implosion ayant lieu au cœur de Moi. Le trou noir qui se forme dans ma poitrine. S’étend. Dévore. Bouffe les couleurs de mes yeux, les plus ternes étincelles qui s’y dessinaient encore.
Vidée, je la regarde. *Elle*.
Non.
Je ne la regarde pas.
Je la vois.
Je la vois, et mon regard mort passe au travers d’elle.
Ton ombre.
Mais j’ai toujours peur de l’ombre. Toujours. Même les nuits noires me font peur. L’ombre me ronge, tu sais. Peut-être parce que je suis encore plus sombre qu’elle.
J’aime bien tes yeux fermés.
Parfois, vaut mieux ne jamais les ouvrir. Pourquoi j’ai l’impression d’être en train d’ouvrir les yeux ?
Les Autres...
Parce que j’ai toujours été comme eux, hein ?
Dégage.
Pour moi, aujourd’hui.
Tu t’voiles la face !
Non. Ça, c’était pas elle. Mais c’était, peut-être, vrai.
Tu me détestes !
Jamais. Mais toi, tu me détestes, n’est-ce pas ?
J’aime pas t’voir pleurer.
Mais c’est toujours toi qui me fais pleurer. *Pas... pas toujours*.
Très belle.
Moi ? Non, bien sûr que non. Toujours plus dégueulasse.
Viens.
Je suis venue. Et maintenant, on part.
Oui.
Putain de promesse.
Putain de foutue promesse.
Tu regrettes ?
Non, oui, peut-être. *Jamais, toujours*. Et toi ?
Ils regardent.
Ils regardent toujours, et toi tu fuis. Ou alors, c’est moi qui m’enfuis.
C’est quoi ton PUTAIN D’PROBLÈME ?
*TOUT !*.
Tout est mon « putain d’problème ». La vie, la mort, maman, lui, mon frère, mes mots, mes peurs, mes cauchemars, mes rêves, mes pensées... toi.
Juste à... *je-je-je-* t’barrer.
J’vis tellement dans mes rêves, j’suis faite ceux qui se sont *brisés, comme moi*. Mes cauchemars deviennent mon art, maudit en toute harmonie et impuni à l’infini. J’suis tellement tout sauf réelle, tous les jours j’me sens floue mais aujourd’hui j’me rappelle. Mon corps qui me pèse avec tes doigts fantômes autour de mon épaule.
*Barre toi*.
Elle a une signification vraiment puissante, cette expression, non ? Deux mots pour dire : barre ce que t’as écrit dans ma vie. Tire un trait sur tout le passé, tu ne feras pas partie de mon futur.
« Je... je veux... je peux... pas. »
En murmure.
*Pourquoi j’m’entends pas parler ?*
C’est pas mon futur que je vais écrire, t’as raison, et certainement pas celui avec toi.
Tu ne veux plus, qu’on écrive ensemble sur ce futur là.
Je le vois déjà, mon stylo des nuits noires.
Ce ne sera pas la première fois.
Tu ne veux plus de moi, mais je continuerai toujours de rêver, d’écrire, sur toi.
Ouais, ce soir, je vais aller écrire sur mes bras.
[Thalia existe entre les échos]
[elle persiste, bien que les Mots l’aient abandonnée]
[elle persiste, bien que les Mots l’aient abandonnée]
Acantha
Je t’offre une excuse sur un plateau d’argent.
Demain, tu pourras aller voir tes Autres et leur balancer : « Elle m’a frappé. »
Demain, tu pourras te plaindre, tu pourras pleurer.
Demain, tu pourras te lever le menton haut et ne pas te chercher d’excuse pour m’éviter. Pourquoi t’en chercherais-tu ? Je viens de te donner toutes les raisons que tu espérais. Tu pourras commencer la journée sans te dire je vais la croiser au réveil ou elle va vouloir qu’on aille déjeuner ensemble ; tu pourras te perdre seule dans tes pensées, tu pourras faire tout ce que tu veux. T’es libre, Gil’Sayan. Tu vois, je te laisse tranquille. Tu n’auras même pas besoin de m’éviter, je le ferais à ta place.
Je me recule d’un pas, et encore d’un autre. Mon regard ne la quitte pas. Elle est là, bien là, mais son regard de désespoir n’est qu’une malice à laquelle je n’adhère pas. Je ne crois pas en ses larmes, je ne crois pas en ce que me dit son regard. Ça veut dire quoi, Merlin ? Qu’est-ce que ça signifie tout cela ? Tes mots, tes pleurs, ton corps qui tangue ? Putain, ça veut dire quoi « J’suis désolée... », ça veut dire quoi « Moi aussi j’veux être comme avant... » ? Tes paroles sont vides de sens, tu parles, tu parles, mais je ne te comprends pas. Moi, je me souviens, moi je me rappelle. Et toi, tu t’en souviens des jours où tu m’as laissé passer la soirée toute seule ? Tu te souviens des longues heures durant lesquels je t’ai attendu, jusqu’à ce que je me résigne à aller manger sans toi parce que tu ne te pointais pas ? Hein, te souviens-tu de cela ? De mes questions qui n’ont jamais eu de réponse, de mes histoires qui n’ont jamais atteint tes oreilles, de ces moments où tu disparaissais, de ces regards vides que tu me lançais, de tes phrases sans queue ni tête, de la merde de tes mots, de la merde de ton regard ? Tu t’en souviens ? Parce que moi je ne vois que cela, alors tes mots ne résonnent pas dans ma tête.
Son regard non plus ne se détourne pas. Elle me regarde, je crois. Elle parle, je crois. Des mots vides, des mots creux. Elle parle sans parler. Elle essaie de dire : oui mais non. Oui, je veux me barrer, mais sache que ce n’est pas de ta faute, c’est de la mienne. Elle joue, Thalia. Elle est plus misérable encore que l’Autre qui vrille à côté d’elle. Et moi, que suis-je ? Moi, je suis amère, ma tristesse s’est installée dans ma gorge, mais mes yeux sont secs. Moi, j’ai mal au coeur, j’ai tellement mal que je ne veux qu’une seule chose : frapper un mur aussi fort que je le peux jusqu’à ne plus me sentir mourir.
Je crois que j’ai compris.
C’est bon, j’ai compris.
Elle s’est lassée. J’ai lu que cela pouvait arriver, que l’on se lasse. Je n’ai jamais compris comme cela marchait, mais je l’ai déjà vu faire. Natanaël qui se lassait de ses copines, Aodren qui se lassait de ses amis, Maman qui se lassait de ses collègues. Je sais ce que cela signifie. Cela veut dire que le temps est arrivé à la fin de sa course. Les derniers grains de sable tombent et le sablier ne se retournera pas. Cela signifie que Thalia a d’autres choses auxquelles songer et que ces choses ne sont pas moi. Elle n’a pas besoin de moi, elle ne veut même pas de moi. J’ai compris.
J’essuie mon visage de ma main valide. J’étire mes traits, étale la colère. Je renifle.
Un dernier regard à Thalia. Regard de rancoeur, regard de douleur. Tiens, regarde. Je pourrais te dire que je t’aime et que c’est pour cela que j’ai si mal. Mais je ne veux plus rien te donner. Je garderais tout pour moi dorénavant. J’ai bien compris ce que ça voulait dire, la lassitude. Je ne me laisserais plus avoir.
Un dernier regard à l’Autre qui pleure misérablement sur le sol. Je pourrais te dire que je suis désolée, je le suis sincèrement. Mais je m’en fous de toi, alors je n’ai rien à te dire. Tu pourras te réconforter avec Thalia, désormais elle n’est plus à moi.
Je me détourne sans plus attendre, ma main s’agrippant à la lanière de mon sac, mes sourcils froncés sur mon front. Mes jambes tremblent, Merlin. Autant que mes mains, autant que mes lèvres. Je vais exploser. Bientôt, je crois que je vais exploser de larmes. Je sens les sanglots qui montent le long de mon coeur et mes yeux me piquent, bientôt dégoulinera sur mon visage toute ma tristesse. Je quitte le palier en marchant, mais traverse le couloir en courant. Je bouscule les Autres, je fuis les regards, je fuis Thalia. Je la laisse derrière moi, je dois m’éloigner. Merlin, j’ai tellement envie d’aller la retrouver, peut-être que si je la sers fort contre moi elle ne partira plus jamais, peut-être est-ce cela la solution pour qu'elle commence à m'aimer ?
J’étouffe à l’intérieur de mon corps.
Mes yeux me brûlent.
Mon coeur est gros, il est gros, sa douleur me glace.
Et je m’enfuis pour oublier ce que je laisse derrière moi.
T’es libre, Gil’Sayan.
Pour toujours.
Il n’y a aucune raison de sourire après cela, mais je le fais tout de même. Vous êtes des Plumes Magnifiques, vous savez ? Vous êtes Belles, chacune à votre manière. Plume d’Edwin, dommage que ton Protégé s’en aille, mais je pense que nous aurons encore l’occasion d’écrire ensemble (en attendant, je l’observe devenir un Enfant-de-haine et j’adore cela). Merci pour ces Mots et pour ce que vous m’avez fait ressentir.
Demain, tu pourras aller voir tes Autres et leur balancer : « Elle m’a frappé. »
Demain, tu pourras te plaindre, tu pourras pleurer.
Demain, tu pourras te lever le menton haut et ne pas te chercher d’excuse pour m’éviter. Pourquoi t’en chercherais-tu ? Je viens de te donner toutes les raisons que tu espérais. Tu pourras commencer la journée sans te dire je vais la croiser au réveil ou elle va vouloir qu’on aille déjeuner ensemble ; tu pourras te perdre seule dans tes pensées, tu pourras faire tout ce que tu veux. T’es libre, Gil’Sayan. Tu vois, je te laisse tranquille. Tu n’auras même pas besoin de m’éviter, je le ferais à ta place.
Je me recule d’un pas, et encore d’un autre. Mon regard ne la quitte pas. Elle est là, bien là, mais son regard de désespoir n’est qu’une malice à laquelle je n’adhère pas. Je ne crois pas en ses larmes, je ne crois pas en ce que me dit son regard. Ça veut dire quoi, Merlin ? Qu’est-ce que ça signifie tout cela ? Tes mots, tes pleurs, ton corps qui tangue ? Putain, ça veut dire quoi « J’suis désolée... », ça veut dire quoi « Moi aussi j’veux être comme avant... » ? Tes paroles sont vides de sens, tu parles, tu parles, mais je ne te comprends pas. Moi, je me souviens, moi je me rappelle. Et toi, tu t’en souviens des jours où tu m’as laissé passer la soirée toute seule ? Tu te souviens des longues heures durant lesquels je t’ai attendu, jusqu’à ce que je me résigne à aller manger sans toi parce que tu ne te pointais pas ? Hein, te souviens-tu de cela ? De mes questions qui n’ont jamais eu de réponse, de mes histoires qui n’ont jamais atteint tes oreilles, de ces moments où tu disparaissais, de ces regards vides que tu me lançais, de tes phrases sans queue ni tête, de la merde de tes mots, de la merde de ton regard ? Tu t’en souviens ? Parce que moi je ne vois que cela, alors tes mots ne résonnent pas dans ma tête.
Son regard non plus ne se détourne pas. Elle me regarde, je crois. Elle parle, je crois. Des mots vides, des mots creux. Elle parle sans parler. Elle essaie de dire : oui mais non. Oui, je veux me barrer, mais sache que ce n’est pas de ta faute, c’est de la mienne. Elle joue, Thalia. Elle est plus misérable encore que l’Autre qui vrille à côté d’elle. Et moi, que suis-je ? Moi, je suis amère, ma tristesse s’est installée dans ma gorge, mais mes yeux sont secs. Moi, j’ai mal au coeur, j’ai tellement mal que je ne veux qu’une seule chose : frapper un mur aussi fort que je le peux jusqu’à ne plus me sentir mourir.
Je crois que j’ai compris.
C’est bon, j’ai compris.
Elle s’est lassée. J’ai lu que cela pouvait arriver, que l’on se lasse. Je n’ai jamais compris comme cela marchait, mais je l’ai déjà vu faire. Natanaël qui se lassait de ses copines, Aodren qui se lassait de ses amis, Maman qui se lassait de ses collègues. Je sais ce que cela signifie. Cela veut dire que le temps est arrivé à la fin de sa course. Les derniers grains de sable tombent et le sablier ne se retournera pas. Cela signifie que Thalia a d’autres choses auxquelles songer et que ces choses ne sont pas moi. Elle n’a pas besoin de moi, elle ne veut même pas de moi. J’ai compris.
J’essuie mon visage de ma main valide. J’étire mes traits, étale la colère. Je renifle.
Un dernier regard à Thalia. Regard de rancoeur, regard de douleur. Tiens, regarde. Je pourrais te dire que je t’aime et que c’est pour cela que j’ai si mal. Mais je ne veux plus rien te donner. Je garderais tout pour moi dorénavant. J’ai bien compris ce que ça voulait dire, la lassitude. Je ne me laisserais plus avoir.
Un dernier regard à l’Autre qui pleure misérablement sur le sol. Je pourrais te dire que je suis désolée, je le suis sincèrement. Mais je m’en fous de toi, alors je n’ai rien à te dire. Tu pourras te réconforter avec Thalia, désormais elle n’est plus à moi.
Je me détourne sans plus attendre, ma main s’agrippant à la lanière de mon sac, mes sourcils froncés sur mon front. Mes jambes tremblent, Merlin. Autant que mes mains, autant que mes lèvres. Je vais exploser. Bientôt, je crois que je vais exploser de larmes. Je sens les sanglots qui montent le long de mon coeur et mes yeux me piquent, bientôt dégoulinera sur mon visage toute ma tristesse. Je quitte le palier en marchant, mais traverse le couloir en courant. Je bouscule les Autres, je fuis les regards, je fuis Thalia. Je la laisse derrière moi, je dois m’éloigner. Merlin, j’ai tellement envie d’aller la retrouver, peut-être que si je la sers fort contre moi elle ne partira plus jamais, peut-être est-ce cela la solution pour qu'elle commence à m'aimer ?
J’étouffe à l’intérieur de mon corps.
Mes yeux me brûlent.
Mon coeur est gros, il est gros, sa douleur me glace.
Et je m’enfuis pour oublier ce que je laisse derrière moi.
T’es libre, Gil’Sayan.
Pour toujours.
- Fin -
Il n’y a aucune raison de sourire après cela, mais je le fais tout de même. Vous êtes des Plumes Magnifiques, vous savez ? Vous êtes Belles, chacune à votre manière. Plume d’Edwin, dommage que ton Protégé s’en aille, mais je pense que nous aurons encore l’occasion d’écrire ensemble (en attendant, je l’observe devenir un Enfant-de-haine et j’adore cela). Merci pour ces Mots et pour ce que vous m’avez fait ressentir.
Acantha
J’ai l’impression que je tombe depuis des mois et des mois, que j’ai trébuché en haut du Ciel, de l’Empyrée, et que je viens de m’écraser sur terre. Et je prends pleinement conscience du fait que le danger n’est jamais la chute, mais bien l’atterrissage. Et mon Atterrissage, il est plus brutal que jamais. Mon Atterrissage me coupe le souffle, arrache ma force, brûle mon esprit, gèle mon corps, achève mes pensées. Brise mon cœur. *Cœur brisé*, l’expression qui revient avec, en miroir, la dernière fois qu’elle s’est présentée à moi. Couchée sur un vieux papier, de l’écriture de Shaina. « Je n’avais jamais compris à quel point mon cœur était fragile et précieux, avant que la gifle et les mots de Nolwen ne me le brisent hier soir. » L’Atterrissage voit les étoiles s’envoler au loin, et c’est seulement à l’instant où on les voit à des milliards d’années-lumières qu’on se rend compte qu’on était si près de les effleurer. Je la vois qui pars, mais je suis encore emprisonnée dans le regard. Le Dernier Regard, je sais que c’est le Dernier parce qu’il le hurle si fort avec toute sa douleur ; non, sa haine, sa haine comme un crachat au visage. Et j’aimerais que ce soit le Dernier d’un ancien monde et qu’il y en ait des milliers d’autres, mais je n’ai qu’une seule vie. Je n’ai qu’un seul cœur. Et il ne se répare pas, ça aussi je le sais, la rousse l’a écrit, pour la première fois je l’écoute ; « pourquoi les êtres humains se bornent-ils à croire qu’un cœur peut être réparé alors que ce n’est qu’une illusion, une tasse brisée dont on a bien recollé les morceaux mais qui ne pourra plus jamais contenir de liquide », je l’écoute alors même que je la vois heureuse maintenant, je l’écoute en me demandant si la tasse est toujours brisée des années après, j’écoute les mots de la gamine qu’elle était et qui savait tellement de choses. Qui me ressemblait tellement, et c’est là que l’Atterrissage me gèle, qui me ressemblait tellement avec cette Nolwen et ce déni. Ce putain de Déni. Le Roi Déni, Roi de mon cœur. Roi de mon Désespoir.
Ils prennent toute la place.
Les cris.
Ses cris.
Mes cris.
Je
la
déteste
déteste *un peu*
déteste *beaucoup*
déteste *passionnément*
déteste *à la folie*
déteste *pas du tout*
déteste *pas du tout*
déteste *pas du tout*
déteste *pas du tout*
je la déteste *juste un peu*
je la déteste *non*
je la déteste *pas du tout*
je
l’aime
peut-être
bien
que
je
*l’aime*
Je tombe à genoux. *Bordel*. Mon crâne heurte le sol. *Non !*. Un haut le cœur déchire mes entrailles. *C’est complètement n’importe quoi*. Comme pour vomir les débris. *La vie, c’est complètement n’importe quoi*. Je ne sens plus mon corps. *C’t’histoire, c’est complètement n’importe quoi*. Le gosse est peut-être toujours là, peut-être qu’il s’est relevé, peut-être qu’il me regarde, peut-être qu’il est parti, un instant avant je trouvais qu’il me ressemblait un peu pour je ne sais plus quelle raison, maintenant je m’en fiche, je m’en fiche à un point horriblement déroutant, je m’en fiche parce que je sais qu’il ne me ressemble pas du tout, en fait, il n’est certainement pas amoureux *j’suis pas amoureuse* d’un autre garçon *j’aime pas les filles*. J’aime pas les filles. J’aime pas les filles, par Merlin, je n’aime pas les filles, ni les garçons, ni personne ! Pas comme ça, jamais, je n’aime pas les filles, je n’aime pas les garçons. *J’aime Aelle*. Je plaque ma main sur ma bouche en me balançant infiniment ; mon avant-bras se cogne contre le sol et mes cicatrices en étoiles filantes se rappellent à moi. Je les ignore.
Je n’aime pas les filles. Je ne veux pas les aimer.
Je n’aime pas les garçons. Je ne veux pas les aimer.
Je ne suis pas homo, pas hétéro, pas bie, je ne suis rien du tout.
Je suis moi. Juste moi.
Juste moi,
Thalia,
treize ans,
paumée,
amoureuse d’une fille,
non,
*amoureuse d’Aelle*
et ça fait bien toute la différence.
« Je ne veux pas me ranger dans une case, » a écrit la rousse. Ne pas aimer les filles, ne pas aimer les garçons, aimer Aelle, juste Elle, personne d’autre, ce n’est pas « une fille », c’est elle, c’est elle et de toute manière c’est trop tard. *Trop tard*. Trop tard, le Dernier Regard l’a promis. Trop tard, comme tous les mots que je me suis rendue compte que je n’avais jamais dit à Maman, au moment où elle est partie à tout jamais. Trop tard, et j’ai lu des dizaines de fois que c’était horriblement plus dur de faire le deuil d’une personne vivante ; mais moi, je ne suis même pas foutue de faire le deuil d’une personne morte.
Même pas foutue d’ouvrir les yeux à temps.
Même pas foutue de ne pas l’abandonner.
Et là, je me souviens du premier novembre, de mon étreinte, de son corps contre le mien, et de mon cœur qui battait si vite, *trop vite*. Je me souviens de l’avoir serrée comme pour ne jamais plus l’abandonner, ne jamais plus être séparée d’elle ; et je me souviens que je viens de faire l’exact contraire. J’ai brisé des promesses. J’ai brisé des promesses, j’ai brisé mon toujours. J’ai été assez stupide pour embrasser Aelle et me voiler la face, encore, toujours, puis me briser le cœur toute seule.
Je me souviens aussi que, c’était déjà trop tard.
Je suis un fantôme. Une ombre.
Je ne peux pas mourir, je suis trop faible pour cela.
Je suis forcée de vivre, avec des étoiles filantes sur la peau.
Je suis forcée d’aimer, même avec un cœur brisé.
Et j’ai déjà fait tout ça de la pire manière qu’il soit.
Alors ça ne peut pas être pire.
Ça ne peut qu’être meilleur.
Et de toute manière, je ne peux pas sombrer, c’est trop tard. Trop tard pour tout. C’est seulement l’heure d’être Moi, Moi à cœur perdu, Moi blessée, Moi aimante, Moi. Moi avec un cœur blessé, une âme écorchée, et un corps défoncé. Moi et mes étoiles filantes, comme pour graver sur ma peau le ciel qui m’est inaccessible. Et moi, je suis incapable de rester seule trop longtemps, sinon mon corps se retrouvera à l’image de mon âme. Juste un peu. Un peu, pour oublier. Et ensuite, se souvenir. Se souvenir, en parlant. Parler, ce que je ne sais pas faire. Parler, aller voir. Qui ? Quelqu’un qui sait. Aodren sait, peut-être, mais je n’en suis pas sûre ; Aodren parle de nous, aussi, il dit des vérités que je ne suis pas encore prête à entendre — seulement à songer. Un autre sait. Oui, un autre sait. Ma Jalousie sait. Est-elle plus facile à affronter, la jalousie, si je connais son origine ? Je n’en sais rien.
Péniblement, je me redresse. Je me relève. Je porte mon regard sur le couloir où elle a disparu il y a si longtemps. Ça me semble être des milliers d’années. *Je l’aime*. Et je force mes jambes douloureuses à faire un premier pas en direction de mon dortoir.
J’ai deux tête à tête à subir.
Avec mes lames.
Et avec Lui ; Zikomo.
Merci à vous deux, vous êtes Belles. Mille mercis pour cette Danse de douleur. Plume d’Edwin, je suis heureuse d’avoir enfin pu écrire avec toi. Plume d’Aelle, tout ne fait que commencer, alors à très bientôt pour le Commencement. Notre Danse Cachée va commencer.
Ils prennent toute la place.
Les cris.
Ses cris.
Mes cris.
« JE LA DÉTESTE ! »
Je
la
déteste
déteste *un peu*
déteste *beaucoup*
déteste *passionnément*
déteste *à la folie*
déteste *pas du tout*
déteste *pas du tout*
déteste *pas du tout*
déteste *pas du tout*
je la déteste *juste un peu*
je la déteste *non*
je la déteste *pas du tout*
je
l’aime
peut-être
bien
que
je
*l’aime*
Je tombe à genoux. *Bordel*. Mon crâne heurte le sol. *Non !*. Un haut le cœur déchire mes entrailles. *C’est complètement n’importe quoi*. Comme pour vomir les débris. *La vie, c’est complètement n’importe quoi*. Je ne sens plus mon corps. *C’t’histoire, c’est complètement n’importe quoi*. Le gosse est peut-être toujours là, peut-être qu’il s’est relevé, peut-être qu’il me regarde, peut-être qu’il est parti, un instant avant je trouvais qu’il me ressemblait un peu pour je ne sais plus quelle raison, maintenant je m’en fiche, je m’en fiche à un point horriblement déroutant, je m’en fiche parce que je sais qu’il ne me ressemble pas du tout, en fait, il n’est certainement pas amoureux *j’suis pas amoureuse* d’un autre garçon *j’aime pas les filles*. J’aime pas les filles. J’aime pas les filles, par Merlin, je n’aime pas les filles, ni les garçons, ni personne ! Pas comme ça, jamais, je n’aime pas les filles, je n’aime pas les garçons. *J’aime Aelle*. Je plaque ma main sur ma bouche en me balançant infiniment ; mon avant-bras se cogne contre le sol et mes cicatrices en étoiles filantes se rappellent à moi. Je les ignore.
Je n’aime pas les filles. Je ne veux pas les aimer.
Je n’aime pas les garçons. Je ne veux pas les aimer.
Je ne suis pas homo, pas hétéro, pas bie, je ne suis rien du tout.
Je suis moi. Juste moi.
Juste moi,
Thalia,
treize ans,
paumée,
amoureuse d’une fille,
non,
*amoureuse d’Aelle*
et ça fait bien toute la différence.
« Je ne veux pas me ranger dans une case, » a écrit la rousse. Ne pas aimer les filles, ne pas aimer les garçons, aimer Aelle, juste Elle, personne d’autre, ce n’est pas « une fille », c’est elle, c’est elle et de toute manière c’est trop tard. *Trop tard*. Trop tard, le Dernier Regard l’a promis. Trop tard, comme tous les mots que je me suis rendue compte que je n’avais jamais dit à Maman, au moment où elle est partie à tout jamais. Trop tard, et j’ai lu des dizaines de fois que c’était horriblement plus dur de faire le deuil d’une personne vivante ; mais moi, je ne suis même pas foutue de faire le deuil d’une personne morte.
Même pas foutue d’ouvrir les yeux à temps.
Même pas foutue de ne pas l’abandonner.
Et là, je me souviens du premier novembre, de mon étreinte, de son corps contre le mien, et de mon cœur qui battait si vite, *trop vite*. Je me souviens de l’avoir serrée comme pour ne jamais plus l’abandonner, ne jamais plus être séparée d’elle ; et je me souviens que je viens de faire l’exact contraire. J’ai brisé des promesses. J’ai brisé des promesses, j’ai brisé mon toujours. J’ai été assez stupide pour embrasser Aelle et me voiler la face, encore, toujours, puis me briser le cœur toute seule.
Je me souviens aussi que, c’était déjà trop tard.
Je suis un fantôme. Une ombre.
Je ne peux pas mourir, je suis trop faible pour cela.
Je suis forcée de vivre, avec des étoiles filantes sur la peau.
Je suis forcée d’aimer, même avec un cœur brisé.
Et j’ai déjà fait tout ça de la pire manière qu’il soit.
Alors ça ne peut pas être pire.
Ça ne peut qu’être meilleur.
Et de toute manière, je ne peux pas sombrer, c’est trop tard. Trop tard pour tout. C’est seulement l’heure d’être Moi, Moi à cœur perdu, Moi blessée, Moi aimante, Moi. Moi avec un cœur blessé, une âme écorchée, et un corps défoncé. Moi et mes étoiles filantes, comme pour graver sur ma peau le ciel qui m’est inaccessible. Et moi, je suis incapable de rester seule trop longtemps, sinon mon corps se retrouvera à l’image de mon âme. Juste un peu. Un peu, pour oublier. Et ensuite, se souvenir. Se souvenir, en parlant. Parler, ce que je ne sais pas faire. Parler, aller voir. Qui ? Quelqu’un qui sait. Aodren sait, peut-être, mais je n’en suis pas sûre ; Aodren parle de nous, aussi, il dit des vérités que je ne suis pas encore prête à entendre — seulement à songer. Un autre sait. Oui, un autre sait. Ma Jalousie sait. Est-elle plus facile à affronter, la jalousie, si je connais son origine ? Je n’en sais rien.
Péniblement, je me redresse. Je me relève. Je porte mon regard sur le couloir où elle a disparu il y a si longtemps. Ça me semble être des milliers d’années. *Je l’aime*. Et je force mes jambes douloureuses à faire un premier pas en direction de mon dortoir.
J’ai deux tête à tête à subir.
Avec mes lames.
Et avec Lui ; Zikomo.
- Fin -
Merci à vous deux, vous êtes Belles. Mille mercis pour cette Danse de douleur. Plume d’Edwin, je suis heureuse d’avoir enfin pu écrire avec toi. Plume d’Aelle, tout ne fait que commencer, alors à très bientôt pour le Commencement. Notre Danse Cachée va commencer.
[Thalia existe entre les échos]
[elle persiste, bien que les Mots l’aient abandonnée]
[elle persiste, bien que les Mots l’aient abandonnée]