17 mars 2020, 17:32
Tour de lego dans la volière  RPG+   PV. AB 
« Non. » réponds-je à Bristyle avec un léger haussement de sourcils. Elle dit que cela fait dix minutes depuis son arrivée puis précise ensuite que cela correspond à un huitième de plombe. Je sais maintenant qu'elle est incapable de compter correctement. Et dans la logique des choses, je ne sais pas si elle se trompe sur le décompte des minutes ou celui des plombes, et donc si cela fait réellement dix minutes qu'elle est là, ou seulement sept minutes et environ trente secondes -la correspondance pour un huitième de plombe. Dans un cas comme dans l'autre, cet individu n'est pas fiable. Donc je ne peux pas m'y fier, en toute logique. Il n'y a que mon sablier et ma montre qui sont parfaitement fiables, or j'ai ni l'un ni l'autre car je les ai oubliés. C'est frustrant. J'observe toujours Bristyle, ses mouvements, puis son regard qui croise le mien. Mes yeux restent plantés dans les siens un moment avant que je ne me décide à observer ma tour de lego ; la friandise est toujours en place.

J'hésite un instant. Je sais que les autres ont toujours besoin d'explications. Sans elles, il est difficile de se comprendre, et facile de se méprendre. C'est encore une fois une leçon que j'ai mis beaucoup de temps à assimiler. Le non n'est pas suffisant, alors j'ajoute de ma voix monotone habituelle :

« Tu ne sais pas compter. » Parce que c'est bien là ce qui me dérange. Et c'est pour cela que j'ai dit non ; je manifestais mon désaccord avec son raisonnement. « Dix minutes. Pas plus. Alors ça fait un huitième de plombe. Pas plus qu’un sixième, en tout cas. » avait-elle précisément dit. Le choix de ses mots et la structure de ses propos laisse entendre que le huitième de plombe correspond bien selon elle aux dix minutes, donc c'est inexact. 

Et moi, je me sens vidé de toute énergie. Je n'aime pas ne pas comprendre, c'est épuisant. Et là, j'ai justement l'impression qu'il y a plein d'informations qui m'échappent et c'est très frustrant. Si Bristyle se trompe sur ses estimations, alors il est possible que je sois dans la volière depuis plus de temps que je ne peux l'accepter puisqu'il y a d'autres tâches que je dois effectuer dans la journée. Je dois prendre une décision. Je dois bouger, faire quelque chose. Et je fatigue, alors j'ai cette impression soudaine que l'odeur des lieux m'est plus insupportable encore. Mes doigts s'agitent, tapotent mes cuisses, viennent se perdre dans mes cheveux. Inspiration. Expiration. J'ai la gorge serrée. Je dois faire mon devoir d'histoire de la magie, il est très important que je me penche dès maintenant sur les pandémies de peste car j'ai lu des ouvrages à ce sujet hier et j'ai peur d'oublier des informations si je n'écris pas tout rapidement sur mes parchemins. Mais depuis combien de temps suis-je ici ? Un sixième de plombe, un tiers de plombe, trois plombes entières ? Un huitième de plombe ? Non, je suis arrivé bien avant Bristyle et sa non-fiabilité. Mais je ne peux pas prendre de risque. Aucun risque ne doit être pris, jamais. Sinon, il y a des imprévus. Je m'agite à nouveau, me balance d'un pied sur l'autre, mordille l'une des mèches de cheveux qui tombe sur mon visage. Il faudrait que je me fasse couper les cheveux. Je n'aime pas ça. Et je ne sais pas depuis combien de temps je suis là.

Inspiration. Expiration. J'ai besoin de me calmer. Dans mon dortoir, sous ma couette et avec mon doudou. Le retour au calme prend parfois un peu de temps, or j'ai besoin de temps pour mon devoir d'histoire de la magie, ma séance lecture et mes constructions de lego. La décision est prise : le compte-rendu numéro cinq et plié cinq fois sera envoyé avec une semaine de retard. Je me dirige d'un pas pressé vers ma tour de lego, pose délicatement la friandise sur le sol -elle fera un.e heureux.se, et remets la construction tout entière dans mon sac à dos. Je prends soin de bien le fermer, et je vérifie même cinq fois que les sangles sont bien nouées, puis je m'en vais. 

Fin du RP pour moi ! A titre informatif, Lest est resté vingt-trois minutes dans la volière.  :rofl:

♦ Étudiant.e à l'IMSM - #b45f06
Appelez-moi Ada ou Lest ! ♦

18 mars 2020, 13:13
Tour de lego dans la volière  RPG+   PV. AB 
La réponse défracte ma fierté. Non. Un unique mot qui me frappe. Non. Ses sourcils se soulèvent sur son front, comme si ce qu’il disait était logique, comme si j’aurais dû m’y attendre. Mais je ne m’y attendais pas et ma bouche s’ouvre, comme pour crier à l’injustice. Aucun son n’en sort, aucune parole. La réponse du garçon tourne dans mon esprit, me force à réfléchir à ce que j’ai dit. Je fais des calculs, je songe, j’imagine des plombs, des huitièmes de plomb, et j’arrive exactement à la même conclusion que tout à l’heure : cela fait un huitième de plomb que je suis ici. Ce n’est pas une valeur sûre puisque je n’ai pas une horloge dans le crâne, mais c’est la meilleure réponse que je puisse donner. Non. La meilleure réponse qui existe. Et ce gars-là, ce gars-là est en train de me dire que j’ai tort alors qu’il n’en sait absolument rien.
Je sais calculer.
Je sais réfléchir.
Et je sais, nom de Merlin, je sais que je n’ai pas tort.

« Tu ne sais pas compter. » assène le Terrible en baissant les yeux vers sa tour, me quittant du regard comme si je n'avais pas plus d'intérêt que cela.

*Que…*.
Explose dans ma tête toute ma frustration. Une soudaine envie de fondre sur le garçon pour le secouer et lui fourrer le nez sur la vérité me prend, mais elle me quitte la seconde d’après, m’abandonnant dans une frustration aussi douloureuse que ma colère. Mes sourcils sont froncés si fort sur mon visage qu’ils doivent se rassembler sur mon front ; et mes poings, au bout de mes bras, sont serrés — ma pauvre lettre est écrabouillée, mais je n’en ai que faire.

« Tu dis d’la merde, » grogné-je à part moi, le regard braqué sur Noestlinger, mes pensées me salissant l’esprit.

Il y a mille façon de lui prouver qu’il a tort, mille façons de lui faire dire tout simplement : « Tu as raison. » Et cette petite phrase, j’en rêve. Tout comme je rêve de savoir pourquoi il a refusé que la chouette prenne son courrier et pourquoi il dépose ses friandises sur cette étrange tour. Ce garçon est insaisissable. Il n’est pas comme les Autres qui veulent me prouver de mille manières différentes pourquoi j’ai tort, pourquoi ce qu’ils disent est la vérité, pourquoi, pourquoi, pourquoi. Non, lui, il se contente de dire non, de dire tu as tort, de se plaindre, d’asséner ses paroles sans chercher à me les faire comprendre. Lui, il reste en surface. Il n’en a absolument rien à faire de ce que je peux bien penser. D’ailleurs, il n’a même pas envie de me laisser la place, le temps de m’exprimer pour lui expliquer pourquoi il a tort. Non, il ne m’en laisse pas la chance. Il se balance, il s’agite, il est déjà parti. Il est quelque part dans sa tête et cela m’empêche de parler ; s’inscrit sur son visage ce qu’il doit penser tout bas : je me fous de ce que tu me diras, je ne t’écoute plus.

« Eh, tu…, » commencé-je, un pied en avant, avant d’être interrompu par un geste de sa part.

Il s’avance, abandonne la friandise sur le sol, range sa tour dans son sac et se redresse. Les bras ballants, je le regarde s’en aller. Il disparaît simplement, sans même un regard pour moi *j’existe, bordel !* et m’abandonne ici, amenant avec lui son étrangeté. Mais de cette dernière il reste une trace dans mon esprit. Elle suinte dans l’air, son étrangeté, elle m’habille le corps et s’installe dans ma tête à grand coup de *pourquoi ?*. Il me faut quelques secondes pour accepter qu’il s’en est allé. Il m’en faut encore plus pour accepter que je suis désormais bloquée avec toute mes phrases, toutes mes explications, toutes mes Vérités et mes *non, j’ai pas tort !*. Et la frustration est là qui prend toute la place, qui s’installe en moi et qui me donne envie d’hurler un bon coup pour la faire s’échapper. Je me contente d’une inspiration profonde, les yeux fermés, me répétant sans cesse : *c’est rien, on s’en fout, il est rien, c’type*.

Lorsqu’enfin je parviens à détacher mon regard de la porte de la volière, je m’approche lentement de la friandise que Coelestin *foutu* Noestlinger a laissé sur le sol. Je la ramasse et la regarde. Puis je lève la main, paume en l’air et doigts étirés. Il aura au moins servi à m’aider à envoyer mon courrier, ce putain de Serdaigle. Il ne me faut guère attendre pour qu’un hibou à l’air éberlué se pose non loin de moi. Je dépose la friandise devant lui et le regarde la dévorer ; l’instant d’après, je lui attache la lettre défroissée à la patte et l’envoie dans le ciel, en direction de Natanaël. Avant de quitter la volière, j’envoie un regard noir à Yeux-Jaunes qui feint de dormir tout là-haut.

« La prochaine fois qu’tu viendras m’voir, tu pourras bien te brosser. »

Il ne bouge pas.
Je quitte la pièce en maugréant, agacée et l’esprit tourné vers les plombs — et vers ce Serdaigle qui sera bien obligé d’avouer que j’avais raison et qu’il avait tort.

- Fin -


Et Aelle environ sept minutes et trente secondes ; ton Lest est un sale gosse ! Merci, Plume. C'est toujours un bonheur que d'écrire avec toi.