Voilée
Si les murs de ce château pouvaient parler, il me raillerait sûrement. Je crois que c'est ce qu'ils feraient oui. Et je sais très bien pourquoi ils le feraient. Entre leurs grands bras de pierre je n'ai pas beaucoup été cette détermination qu'ils doivent lire sur mon visage et qu'ils doivent chercher dans mes yeux vides qui évitent leur contact. J'ai bien plus souvent été assise dans un coin de couloir ou d'escalier, cachée dans la bibliothèque ou plongée dans un livre. Mais je suis là, en train de toiser – avec des mots ! – cette fille que je reconnais à peine et envoyer bouler ce garçon que je ne connais pas du tout. Mis à part avec Chems, ces murs ne m'ont jamais vue avec une telle attitude.
Et moi non plus.
Pourtant : il y a de ça en moi. Il y a du feu qui coule dans chacun de mes membres. Et ce feu est attisé par le Savoir et la Connaissance. Que je suis chaque jour plus avide de contrôler et de posséder. Mais pourtant, ici, au milieu de ce couloir, tout près de cet escalier, je suis de feu parce qu'on m'a empêché de me pencher sur quelque chose qui me trottait dans la tête toute cette foutue journée.
*Argh* pensé-je en observant l'étrange attitude de l'ombre. Même sous mon regard enflammé, elle ne se décide pas à parler. Les quelques instants s'écoulent si lentement que j'ai le temps de me le demander : pourquoi est-ce qu'elle ne parle pas ? Et si je n'ai pas la réponse (qui n'est probablement pas à ma portée) je capte autre chose... Mes sourcils se froncent effrontément et je serre un peu plus la poigne sur le sac que je viens de remettre sur mon épaule. Celle qui me fait face – elle voudrait sûrement se cacher, quelque chose dans son air me le dit – et dont je ne connais même pas le prénom semble vouloir voir. Je n'en sais rien. Mais je crois que son attention est sur le contenu.
« Tu... » je commence. Si ma voix est calme, c'est parce que le feu s'apaise. J'entrevois la possibilité de mener à bien mon entreprise.
« Il y a quelque chose qui cloche, je crois qu'elle parle pas. » Je n'entrevois plus rien quand la voix du garçon me surprend dans mon dos. Aussi basse soit-elle, elle est une claque derrière la tête.
Je fais volte-face brusquement. Mes poings se serrent, autant de rancune que de frustration. Et s'il m'avait écouté, s'il n'avait pas cherché à me suivre, s'il avait compris la délicatesse de la situation : je ne serais pas en train de le regarder avec autant de mépris. Pourtant, je ne le méprise pas. C'est dur pour moi de me détacher du sentiment de frustration que je ressens pour recouvrer une objectivité (et puis, comment être assez objective pour gérer toutes les situations possibles lorsque l'on a 12 ans) mais je sais que je ne le méprise pas.
C'est simplement que je veux qu'il me lâche.
Et qu'il la lâche, elle aussi.
« Peut-être que c'est à toi qu'elle veut pas parler, lancé-je. Je t'ai demandé de pas me suivre. » Ma voix est doucereuse. Sur mon visage se lit probablement mon humeur : je n'ai pas envie qu'il reste dans mes pattes. Dans nos pattes.
Et puis, mince !
C'est surtout sa faute si la Chose gît toujours au fond de mon sac et que mes doigts ne touchent pas sa surface comme j'aurais voulu le faire. J'ai imaginé plonger à l'intérieur pour m'y noyer comme si ça pouvait m'apporter quelque chose. Mais je ne vois plus rien, mes yeux sont floués par ma colère et embués par le feu qui crépite jusque dans mes oreilles.
« Laisse-nous tranquille. D'accord ? »
Mon cœur se met à battre plus fort quand j'attrape le bras de l'ombre pour l'entraîner avec moi. Je me mets à marcher dans le couloir. Et je ne sais même pas si elle voudra bien me suivre.
Et moi non plus.
Pourtant : il y a de ça en moi. Il y a du feu qui coule dans chacun de mes membres. Et ce feu est attisé par le Savoir et la Connaissance. Que je suis chaque jour plus avide de contrôler et de posséder. Mais pourtant, ici, au milieu de ce couloir, tout près de cet escalier, je suis de feu parce qu'on m'a empêché de me pencher sur quelque chose qui me trottait dans la tête toute cette foutue journée.
*Argh* pensé-je en observant l'étrange attitude de l'ombre. Même sous mon regard enflammé, elle ne se décide pas à parler. Les quelques instants s'écoulent si lentement que j'ai le temps de me le demander : pourquoi est-ce qu'elle ne parle pas ? Et si je n'ai pas la réponse (qui n'est probablement pas à ma portée) je capte autre chose... Mes sourcils se froncent effrontément et je serre un peu plus la poigne sur le sac que je viens de remettre sur mon épaule. Celle qui me fait face – elle voudrait sûrement se cacher, quelque chose dans son air me le dit – et dont je ne connais même pas le prénom semble vouloir voir. Je n'en sais rien. Mais je crois que son attention est sur le contenu.
« Tu... » je commence. Si ma voix est calme, c'est parce que le feu s'apaise. J'entrevois la possibilité de mener à bien mon entreprise.
« Il y a quelque chose qui cloche, je crois qu'elle parle pas. » Je n'entrevois plus rien quand la voix du garçon me surprend dans mon dos. Aussi basse soit-elle, elle est une claque derrière la tête.
Je fais volte-face brusquement. Mes poings se serrent, autant de rancune que de frustration. Et s'il m'avait écouté, s'il n'avait pas cherché à me suivre, s'il avait compris la délicatesse de la situation : je ne serais pas en train de le regarder avec autant de mépris. Pourtant, je ne le méprise pas. C'est dur pour moi de me détacher du sentiment de frustration que je ressens pour recouvrer une objectivité (et puis, comment être assez objective pour gérer toutes les situations possibles lorsque l'on a 12 ans) mais je sais que je ne le méprise pas.
C'est simplement que je veux qu'il me lâche.
Et qu'il la lâche, elle aussi.
« Peut-être que c'est à toi qu'elle veut pas parler, lancé-je. Je t'ai demandé de pas me suivre. » Ma voix est doucereuse. Sur mon visage se lit probablement mon humeur : je n'ai pas envie qu'il reste dans mes pattes. Dans nos pattes.
Et puis, mince !
C'est surtout sa faute si la Chose gît toujours au fond de mon sac et que mes doigts ne touchent pas sa surface comme j'aurais voulu le faire. J'ai imaginé plonger à l'intérieur pour m'y noyer comme si ça pouvait m'apporter quelque chose. Mais je ne vois plus rien, mes yeux sont floués par ma colère et embués par le feu qui crépite jusque dans mes oreilles.
« Laisse-nous tranquille. D'accord ? »
Mon cœur se met à battre plus fort quand j'attrape le bras de l'ombre pour l'entraîner avec moi. Je me mets à marcher dans le couloir. Et je ne sais même pas si elle voudra bien me suivre.
Animagus renard polaire
Post ASPIC
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Voilée
Comme un moyen de détourner son attention de ce mutisme contre lequel tu te bats si violemment, comme une manière de lui faire oublier tes lèvres closes et tes cordes vocales qui se dérobent, tu contemples la sacoche sur laquelle elle paraît veiller si attentivement.
Le sentiment d’infériorité qu’elle t’inspire par sa seule présence s’accroit alors qu’elle s’approche de toi, qu’elle grandit et finit par envahir ta vision, par s’imposer à toi. Incapable de soutenir son regard qui fait remonter à ta mémoire des souvenirs que tu croyais refoulés, qui avaient disparu de ton esprit, tu gardes le visage vers le sol et les poings serrés. Tu enfonces tes ongles courts dans tes paumes pour t’empêcher de tourner les talons et de te noyer dans la marée d’Autres qui se glisse dans le couloir.
Tu appelles Fierté de toutes tes forces, tu l’implores de prendre le contrôle de ton corps et de faire s’envoler les mauvaises pensées. Tu la supplies de conserver le peu de dignité, de puissance, qui te restait encore, et d’en faire quelque chose de beau, de brillant, d’inspirant. De reconstruire ta confiance éclatée en morceaux, d’enfouir tes doutes et tes peurs, de te donner la force de continuer de te battre.
Tu finis par carrer les épaules, pleine d’incertitudes. Par relever le menton, après avoir contemplé longuement le sac de cours et le mystère qu’il contenait. Par oser assumer cette soirée, là-haut sous les étoiles, par t’autoriser à te souvenir de ces larmes qui dévalaient, glacées, les courbes de ton visage, à te rappeler la faiblesse qui suintait de chacun de tes pores. Par accepter de repasser dans ton esprit les images d’Ange, les réminiscences de ses mots qui se voulaient si doux. Par te rappeler de son regard, de ce regard qui maintenant, dans ce couloir grouillant d’Autres, te transperce.
Le gamin se rappelle à toi un instant. Un court instant où il prononce ses mots dégoulinants de curiosité mal placée. Où l’envie de savoir s’entend dans sa voix, se discerne sur ses traits, se remarque jusque dans sa façon de se tenir. Tu reconnais dans le petit un infini besoin de connaître et de comprendre. En temps normal, sans doute, tu aurais accepté, respecté son désir. Tu lui aurais offert les clés qui se trouvaient en ta possession et tu lui aurais expliqué.
Mais là… Non, non.
de lui dire,
de lui apprendre ce qu’il veut savoir.
Non, tout ce que tu désires c’est d’être seule avec Ange et de l’implorer d’oublier tes joues sillonnées de larmes. De savoir ce qu’elle dissimule dans son sac avec tant d’ardeur, et de fuir ce gamin beaucoup trop curieux. Tu ne veux pas te mettre en colère contre lui – tu t’en sais incapable, parce que tu te reconnais dans ses yeux avides et ses mots maladroits. S’il persiste à poser ses questions, tu fuiras, tu en es certaine ; tu disparaîtras dans le Flot et Ange t’oubliera, tu oublieras l’enfant.
Lorsqu’elle répond, lorsqu’elle crache ses paroles sur lui, tu frémis.
Ses mots te figent, son ton te glace, son envie d’être seule, sans le gamin avec vous, devient évidente. Ange veut que tu sois seule à entendre sa voix, que tu sois seule à comprendre l’intérêt qu’elle semble porter à ce sac. Ange ne veut pas du gamin, de ses questions et de sa curiosité. Ange est en colère contre son innocence et son envie trop enfantine de tout comprendre, de tout connaître et de se mêler de ce qui ne le regarde pas. Ange lui demande, de sa voix que tu découvres capable de cracher un poison violent et douloureux, de dégager. Elle lui demande de disparaître dans un sifflement.
Et surtout, elle emploie un nous. Le même nous que tu avais osé évoquer à Aelle Bristyle et qu’elle t’a renvoyé dans la figure. Elle parle de toi, d’elle, comme d’un ensemble, et cela prend ton cœur au dépourvu.
Soudainement, la violence de ses propos n’a plus aucune importance, de même que le brusque congédiement du garçon. Tout ce qui compte à cet instant dans ton esprit, c’est ce nous qu’elle emploie avant de saisir ton bras pour t’entraîner derrière elle, loin de l’enfant. Ce nous qui déconcerte ton être tout entier, et qui t’empêche de résister à son attraction.
Ce n’est que quand la certitude que l’enfant est derrière vous que tu comprends enfin la portée de son geste.
Comme une *elle veut m’parler*
Sorte d’appel *bordel, mais pourquoi ?*
Comme une *juste à moi*
Demande ou *sans lui pour nous poser ses questions débiles*
Une invitation. *et si elle voulait.. ?*
Une promesse de *nan, impossible*
paix, peut-être. *elle m’a vue faible*
Plus de *elle veut plus d’moi et d’mes peurs*
Jugement *c’est obligé*
Ou de lâcheté. *mais alors… pourquoi, putain ?*
Ange est là. Pour toi. Sans son incompréhension, juste là pour toi. Elle veut te prouver sa confiance.
Tu la laisses t’emporter loin des yeux pleins de questionnements de garçon, tu la laisses remonter à contre-courant le flot d’Autres incapables de discerner ce qui se déroule au fond de ton esprit. Tu la suis, finis par la rattraper et parvenir à sa hauteur. D’une légère secousse, tu dégages ton bras de sa poigne, hésites.
*J’te suis.*
Puis, les sourcils froncés, tu indiques d’une main un peu tremblante le mur du couloir. Un embranchement, sans personne, un havre où le gamin et ses questions ne vous suivront pas. Interrogatrice, tu lui montres le lieu, puis te mets à marcher dans sa direction. Lorsque tu y parviens, tu t’adosses contre la pierre, fixe la pointe de tes chaussures puis relèves le visage, vrillant tes yeux dans les siens.
Le sentiment d’infériorité qu’elle t’inspire par sa seule présence s’accroit alors qu’elle s’approche de toi, qu’elle grandit et finit par envahir ta vision, par s’imposer à toi. Incapable de soutenir son regard qui fait remonter à ta mémoire des souvenirs que tu croyais refoulés, qui avaient disparu de ton esprit, tu gardes le visage vers le sol et les poings serrés. Tu enfonces tes ongles courts dans tes paumes pour t’empêcher de tourner les talons et de te noyer dans la marée d’Autres qui se glisse dans le couloir.
Tu appelles Fierté de toutes tes forces, tu l’implores de prendre le contrôle de ton corps et de faire s’envoler les mauvaises pensées. Tu la supplies de conserver le peu de dignité, de puissance, qui te restait encore, et d’en faire quelque chose de beau, de brillant, d’inspirant. De reconstruire ta confiance éclatée en morceaux, d’enfouir tes doutes et tes peurs, de te donner la force de continuer de te battre.
Tu finis par carrer les épaules, pleine d’incertitudes. Par relever le menton, après avoir contemplé longuement le sac de cours et le mystère qu’il contenait. Par oser assumer cette soirée, là-haut sous les étoiles, par t’autoriser à te souvenir de ces larmes qui dévalaient, glacées, les courbes de ton visage, à te rappeler la faiblesse qui suintait de chacun de tes pores. Par accepter de repasser dans ton esprit les images d’Ange, les réminiscences de ses mots qui se voulaient si doux. Par te rappeler de son regard, de ce regard qui maintenant, dans ce couloir grouillant d’Autres, te transperce.
Le gamin se rappelle à toi un instant. Un court instant où il prononce ses mots dégoulinants de curiosité mal placée. Où l’envie de savoir s’entend dans sa voix, se discerne sur ses traits, se remarque jusque dans sa façon de se tenir. Tu reconnais dans le petit un infini besoin de connaître et de comprendre. En temps normal, sans doute, tu aurais accepté, respecté son désir. Tu lui aurais offert les clés qui se trouvaient en ta possession et tu lui aurais expliqué.
Mais là… Non, non.
Impossible
de lui dire,
impossible
de lui apprendre ce qu’il veut savoir.
Non, tout ce que tu désires c’est d’être seule avec Ange et de l’implorer d’oublier tes joues sillonnées de larmes. De savoir ce qu’elle dissimule dans son sac avec tant d’ardeur, et de fuir ce gamin beaucoup trop curieux. Tu ne veux pas te mettre en colère contre lui – tu t’en sais incapable, parce que tu te reconnais dans ses yeux avides et ses mots maladroits. S’il persiste à poser ses questions, tu fuiras, tu en es certaine ; tu disparaîtras dans le Flot et Ange t’oubliera, tu oublieras l’enfant.
Lorsqu’elle répond, lorsqu’elle crache ses paroles sur lui, tu frémis.
Ses mots te figent, son ton te glace, son envie d’être seule, sans le gamin avec vous, devient évidente. Ange veut que tu sois seule à entendre sa voix, que tu sois seule à comprendre l’intérêt qu’elle semble porter à ce sac. Ange ne veut pas du gamin, de ses questions et de sa curiosité. Ange est en colère contre son innocence et son envie trop enfantine de tout comprendre, de tout connaître et de se mêler de ce qui ne le regarde pas. Ange lui demande, de sa voix que tu découvres capable de cracher un poison violent et douloureux, de dégager. Elle lui demande de disparaître dans un sifflement.
Et surtout, elle emploie un nous. Le même nous que tu avais osé évoquer à Aelle Bristyle et qu’elle t’a renvoyé dans la figure. Elle parle de toi, d’elle, comme d’un ensemble, et cela prend ton cœur au dépourvu.
Soudainement, la violence de ses propos n’a plus aucune importance, de même que le brusque congédiement du garçon. Tout ce qui compte à cet instant dans ton esprit, c’est ce nous qu’elle emploie avant de saisir ton bras pour t’entraîner derrière elle, loin de l’enfant. Ce nous qui déconcerte ton être tout entier, et qui t’empêche de résister à son attraction.
Ce n’est que quand la certitude que l’enfant est derrière vous que tu comprends enfin la portée de son geste.
Comme une *elle veut m’parler*
Sorte d’appel *bordel, mais pourquoi ?*
Comme une *juste à moi*
Demande ou *sans lui pour nous poser ses questions débiles*
Une invitation. *et si elle voulait.. ?*
Une promesse de *nan, impossible*
paix, peut-être. *elle m’a vue faible*
Plus de *elle veut plus d’moi et d’mes peurs*
Jugement *c’est obligé*
Ou de lâcheté. *mais alors… pourquoi, putain ?*
Ange est là. Pour toi. Sans son incompréhension, juste là pour toi. Elle veut te prouver sa confiance.
Tu la laisses t’emporter loin des yeux pleins de questionnements de garçon, tu la laisses remonter à contre-courant le flot d’Autres incapables de discerner ce qui se déroule au fond de ton esprit. Tu la suis, finis par la rattraper et parvenir à sa hauteur. D’une légère secousse, tu dégages ton bras de sa poigne, hésites.
*J’te suis.*
Puis, les sourcils froncés, tu indiques d’une main un peu tremblante le mur du couloir. Un embranchement, sans personne, un havre où le gamin et ses questions ne vous suivront pas. Interrogatrice, tu lui montres le lieu, puis te mets à marcher dans sa direction. Lorsque tu y parviens, tu t’adosses contre la pierre, fixe la pointe de tes chaussures puis relèves le visage, vrillant tes yeux dans les siens.
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
Voilée
Je ne jette pas un seul regard au garçon auquel je viens de tourner le dos. Je n'écoute même pas ce qu'il pourrait me dire et je me dépêche de marcher en tenant le bras de cette fille pour qu'il ne puisse pas me suivre en courant et attraper mon épaule pour me faire me retourner sur lui. Je frissonne mais je ne ralentis pas, mes pieds foulent le sol de ce stupide couloir en piétinant. Sur mon visage est encore incrustée la dureté avec laquelle j'ai craché mes mots sur ce garçon. Et mes doigts sur le tissu de la robe de sorcier que porte la fille se resserrent.
C'est au moment où elle dégage son bras de mon étreinte en se mettant à marcher à ma hauteur que mon cœur se serre. Une grimace déforme les traits de mon visage alors que je ne cesse de piétiner droit devant moi, en me noyant bêtement dans la foule et en emportant avec moi ; elle véritablement et lui dans ma tête.
Mes mots me reviennent en tête avec force. La même force que j'ai utilisé pour les lancer au visage de ce garçon, non ? Argh, il était de trop et je le sais. Mais mon cœur ne veut pas arrêter de se compresser à l'intérieur de ma poitrine tellement que je ne peux pas l'ignorer. Je l'aurais ignoré, autrement. Pourtant je sais que je viens de blesser ce garçon et tout ce qu'il voulait – je crois – c'était savoir.
Dans la poignée d'instants qui se sont écoulés depuis que j'ai été forcée de lâcher le bras de cette fille, mes yeux se sont perdus dans le vide et mes pas sans ralentir ont oublié leur destination.
Je hausse un sourcil quand elle ralentit à côté de moi et je me tourne vers elle. Autour de nous les élèves vont et viennent toujours dans le même rythme. Mes yeux suivent sa main pour se poser sur cet embranchement calme. Exempt de l'agitation du château. Et c'est comme si les bras de ce couloir sombre s'ouvrent quand elle décide brusquement de s'engouffrer dans son obscurité qui s'embrase bientôt par sa présence. Mon visage se détend. Mécaniquement mes pieds tournent pour traverser le flot entre deux élèves et suivre ses cheveux roux qui se balancent devant moi.
Elle s'arrête. Mes yeux tombent dans les siens quand je me poste juste en face d'elle.
Sur mon visage naît un petit rictus. Le silence nous enserre dans ses grands bras de rien même si quelques pas seulement nous séparent du flot de sorciers qui chuchote. Mais il n'est pas suffisant pour briser ma détermination alors je fais glisser mon sac à dos de mon épaule jusque dans ma main pour le soulever à hauteur de poitrine, dans un soupir de soulagement.
« Tu veux que je te montre ? »
Je lui demande en levant les yeux sur elle. Si la lumière est plus faible ici que dans le couloir, je peux toujours distinguer les contours de son visage et de tout ce qui le compose. C'est un mélange particulier que je n'avais pas imaginé comme ça sous le manteau de froid de la tour d'astronomie et le manteau de nuit que portait le ciel.
La main qui ne soutient pas le sac plonge déjà dedans parce que les yeux que je scrute me disent oui.
Je souris quand mon regard s'immerge dans les volutes blanches alors que ma main passe sous la sphère pour la soulever. Bientôt, elle illumine mes yeux et les siens par son éclat blanchâtre. Les volutes de fumée passent et repassent en mouvement aérien et sinueux à l'intérieur de la sphère. S'avalent et se recrachent. Se meuvent dans la lumière brillante.
C'est au moment où elle dégage son bras de mon étreinte en se mettant à marcher à ma hauteur que mon cœur se serre. Une grimace déforme les traits de mon visage alors que je ne cesse de piétiner droit devant moi, en me noyant bêtement dans la foule et en emportant avec moi ; elle véritablement et lui dans ma tête.
Mes mots me reviennent en tête avec force. La même force que j'ai utilisé pour les lancer au visage de ce garçon, non ? Argh, il était de trop et je le sais. Mais mon cœur ne veut pas arrêter de se compresser à l'intérieur de ma poitrine tellement que je ne peux pas l'ignorer. Je l'aurais ignoré, autrement. Pourtant je sais que je viens de blesser ce garçon et tout ce qu'il voulait – je crois – c'était savoir.
Dans la poignée d'instants qui se sont écoulés depuis que j'ai été forcée de lâcher le bras de cette fille, mes yeux se sont perdus dans le vide et mes pas sans ralentir ont oublié leur destination.
Je hausse un sourcil quand elle ralentit à côté de moi et je me tourne vers elle. Autour de nous les élèves vont et viennent toujours dans le même rythme. Mes yeux suivent sa main pour se poser sur cet embranchement calme. Exempt de l'agitation du château. Et c'est comme si les bras de ce couloir sombre s'ouvrent quand elle décide brusquement de s'engouffrer dans son obscurité qui s'embrase bientôt par sa présence. Mon visage se détend. Mécaniquement mes pieds tournent pour traverser le flot entre deux élèves et suivre ses cheveux roux qui se balancent devant moi.
Elle s'arrête. Mes yeux tombent dans les siens quand je me poste juste en face d'elle.
Sur mon visage naît un petit rictus. Le silence nous enserre dans ses grands bras de rien même si quelques pas seulement nous séparent du flot de sorciers qui chuchote. Mais il n'est pas suffisant pour briser ma détermination alors je fais glisser mon sac à dos de mon épaule jusque dans ma main pour le soulever à hauteur de poitrine, dans un soupir de soulagement.
« Tu veux que je te montre ? »
Je lui demande en levant les yeux sur elle. Si la lumière est plus faible ici que dans le couloir, je peux toujours distinguer les contours de son visage et de tout ce qui le compose. C'est un mélange particulier que je n'avais pas imaginé comme ça sous le manteau de froid de la tour d'astronomie et le manteau de nuit que portait le ciel.
La main qui ne soutient pas le sac plonge déjà dedans parce que les yeux que je scrute me disent oui.
Je souris quand mon regard s'immerge dans les volutes blanches alors que ma main passe sous la sphère pour la soulever. Bientôt, elle illumine mes yeux et les siens par son éclat blanchâtre. Les volutes de fumée passent et repassent en mouvement aérien et sinueux à l'intérieur de la sphère. S'avalent et se recrachent. Se meuvent dans la lumière brillante.
Animagus renard polaire
Post ASPIC
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Voilée
On est venu poussière, on reviendra poussière,
Au moment exact où on remontra pour signer nos toiles
On a les armes pour le fair, j’ai perdu toutes mes peurs
Quand j’ai compris que c’est la souffrance qui a séché mes pleurs.
Lorage & Ophélie — A voix haute
______
Non, elle n’est pas une apparition, tu finis par en être convaincue. Elle n’est pas un lueur de ton imagination, ou une pensée venue te sauver du gamin envahissant. Elle n’est pas un espoir fou auquel tu te raccroches, bien que sa présence en-haut de la Tour t’ait paru trop douce, trop incertaine et floue pour être réelle. Elle n’est pas une prière ou une réminiscence de Maman. Elle est seulement une élève, comme tous les Autres ; elle est un être vivant qui, sans doute, est lui aussi assailli par ses pensées. Elle respire, elle espère. Elle est, elle fut et elle deviendra ; tout comme toi.
Le voile que tu avais déposé sur ta conscience depuis cette nuit, là-haut, s’envole. Là, isolée du flot murmurant des Autres, elle n’est rien d’autre qu’une camarade de classe inconnue à laquelle tu n’avais jamais accordé ton attention ; elle n’est plus l’Ange que tu avais admiré de tes yeux inondés de larmes, elle n’est plus la Gardienne du secret de ta faiblesse.
L’idée soudaine qui traverse ton esprit, la pensée qu’elle ait pu se rendre compte, durant ces cours où vous étudiez ensemble, que tu étais la gamine qu’elle avait essayé d’aider puis qu’elle avait abandonnée alors que la Nuit cherchait à s’emparer d’elle, t’horrifie. Tes yeux se perdent dans les siens pour ne plus s’en détacher, tandis qu’un frémissement vient courir sur ton échine. Un espoir fou vient s’imposer à toi, t’affirmant qu’elle a déjà oublié cette soirée là-haut, qu’elle l’a enfoui au fond de son cœur pour ne plus y penser. Qu’au jaillissement de l’aurore elle avait fait disparaître le petit être recroquevillé et pitoyable qui lui avait craché ses mots entremêlés.
Sourde à la rumeur qui suit la marée d’élèves, tu t’égares dans ton esprit en priant de toutes tes forces pour que ces instants ne soient plus rien pour elle. Tâchant tant bien que mal de te convaincre qu’elle n’est que bienveillance, qu’elle veut que tu lui donnes ta confiance de la même manière qu’elle t’a offert la sienne, tu essaies tant bien que mal d’étirer le coin de tes lèvres. Un maigre sourire pour dire merci, pour accepter sa présence et les souvenirs qu’elle impose. Tu pousses tes réserves sur le côté, écartant d’un revers de la main tes angoisses et tes espoirs, attends qu’elle prenne la parole.
Elle finit par saisir son sac. Tu te tends, les lèvres toujours aussi closes, l’observes de ton regard fixe. Elle prononce des mots parfaitement futiles auxquels tu n’accordes aucune attention, parce que la réponse est claire. Evidemment, que tu veux voir ; évidemment, que tu veux connaître ce secret qu’elle dissimule au fond de la toile.
L’étendue de la confiance qu’elle paraît t’accorder, dont tu avais déjà vaguement conscience, t’apparaît au grand jour. Ton visage se tourne un peu, l’espace d’un instant, vers le fond sombre du couloir, parce que tu ne peux plus soutenir son regard. Il est trop intense, trop puissant ; tu ne sais plus faire face comme avant. Ton souffle se perd, tes yeux s’écarquillent, et tu fronces les sourcils.
Il est rare que l’on te regarde comme cela, que l’on accepte de te livrer des secrets qui ne te concernent aucunement. La dernière fois, c’était Petite Ombre et ses yeux pleins d’étoiles, qui t’avait ouvert son cœur. Un élan d’affection saisit ton corps d’un coup, puis te rabats ton regard sur Ange. Non, ton Amie attendra un moment avant de revenir envahir tout ton être, tu refuses de te perdre à nouveau dans tes souvenirs. Tu te concentres sur sa main qui plonge au fond de son sac, te figes lorsqu’elle en extrait une sphère où une fumée se meut tranquillement. Tu entrouvres la bouche, laisses ton souffle s’échapper.
Tu relèves brièvement la tête vers Ange, le regard plein d’interrogations. *J’peux ?* Tes yeux tombent à nouveau sur l’objet, dont tu ne connais rien mais qui te fascine déjà. Tu fais un pas en avant, tends une main hésitante pour frôler sa surface lisse.
Ton visage remonte vers celle qui te fait face, tu tâches de faire sortir les mots qui se bousculent sur tes lèvres mais ne parviens à rien. Tes traits se tendent, tes paupières se ferment le temps d’une inspiration.
Ta bouche s’articule presque silencieusement, et ta voix forme un filet presque inaudible. Rauque et cassée de n’avoir pas servi depuis trop de temps, elle s’envole vers Ange.
Tu te perds à nouveau dans la contemplation de l’objet et des volutes hypnotisantes qui se trouvent à l’intérieur.
Au moment exact où on remontra pour signer nos toiles
On a les armes pour le fair, j’ai perdu toutes mes peurs
Quand j’ai compris que c’est la souffrance qui a séché mes pleurs.
Lorage & Ophélie — A voix haute
______
Non, elle n’est pas une apparition, tu finis par en être convaincue. Elle n’est pas un lueur de ton imagination, ou une pensée venue te sauver du gamin envahissant. Elle n’est pas un espoir fou auquel tu te raccroches, bien que sa présence en-haut de la Tour t’ait paru trop douce, trop incertaine et floue pour être réelle. Elle n’est pas une prière ou une réminiscence de Maman. Elle est seulement une élève, comme tous les Autres ; elle est un être vivant qui, sans doute, est lui aussi assailli par ses pensées. Elle respire, elle espère. Elle est, elle fut et elle deviendra ; tout comme toi.
Le voile que tu avais déposé sur ta conscience depuis cette nuit, là-haut, s’envole. Là, isolée du flot murmurant des Autres, elle n’est rien d’autre qu’une camarade de classe inconnue à laquelle tu n’avais jamais accordé ton attention ; elle n’est plus l’Ange que tu avais admiré de tes yeux inondés de larmes, elle n’est plus la Gardienne du secret de ta faiblesse.
L’idée soudaine qui traverse ton esprit, la pensée qu’elle ait pu se rendre compte, durant ces cours où vous étudiez ensemble, que tu étais la gamine qu’elle avait essayé d’aider puis qu’elle avait abandonnée alors que la Nuit cherchait à s’emparer d’elle, t’horrifie. Tes yeux se perdent dans les siens pour ne plus s’en détacher, tandis qu’un frémissement vient courir sur ton échine. Un espoir fou vient s’imposer à toi, t’affirmant qu’elle a déjà oublié cette soirée là-haut, qu’elle l’a enfoui au fond de son cœur pour ne plus y penser. Qu’au jaillissement de l’aurore elle avait fait disparaître le petit être recroquevillé et pitoyable qui lui avait craché ses mots entremêlés.
Sourde à la rumeur qui suit la marée d’élèves, tu t’égares dans ton esprit en priant de toutes tes forces pour que ces instants ne soient plus rien pour elle. Tâchant tant bien que mal de te convaincre qu’elle n’est que bienveillance, qu’elle veut que tu lui donnes ta confiance de la même manière qu’elle t’a offert la sienne, tu essaies tant bien que mal d’étirer le coin de tes lèvres. Un maigre sourire pour dire merci, pour accepter sa présence et les souvenirs qu’elle impose. Tu pousses tes réserves sur le côté, écartant d’un revers de la main tes angoisses et tes espoirs, attends qu’elle prenne la parole.
Elle finit par saisir son sac. Tu te tends, les lèvres toujours aussi closes, l’observes de ton regard fixe. Elle prononce des mots parfaitement futiles auxquels tu n’accordes aucune attention, parce que la réponse est claire. Evidemment, que tu veux voir ; évidemment, que tu veux connaître ce secret qu’elle dissimule au fond de la toile.
L’étendue de la confiance qu’elle paraît t’accorder, dont tu avais déjà vaguement conscience, t’apparaît au grand jour. Ton visage se tourne un peu, l’espace d’un instant, vers le fond sombre du couloir, parce que tu ne peux plus soutenir son regard. Il est trop intense, trop puissant ; tu ne sais plus faire face comme avant. Ton souffle se perd, tes yeux s’écarquillent, et tu fronces les sourcils.
Il est rare que l’on te regarde comme cela, que l’on accepte de te livrer des secrets qui ne te concernent aucunement. La dernière fois, c’était Petite Ombre et ses yeux pleins d’étoiles, qui t’avait ouvert son cœur. Un élan d’affection saisit ton corps d’un coup, puis te rabats ton regard sur Ange. Non, ton Amie attendra un moment avant de revenir envahir tout ton être, tu refuses de te perdre à nouveau dans tes souvenirs. Tu te concentres sur sa main qui plonge au fond de son sac, te figes lorsqu’elle en extrait une sphère où une fumée se meut tranquillement. Tu entrouvres la bouche, laisses ton souffle s’échapper.
Tu relèves brièvement la tête vers Ange, le regard plein d’interrogations. *J’peux ?* Tes yeux tombent à nouveau sur l’objet, dont tu ne connais rien mais qui te fascine déjà. Tu fais un pas en avant, tends une main hésitante pour frôler sa surface lisse.
Ton visage remonte vers celle qui te fait face, tu tâches de faire sortir les mots qui se bousculent sur tes lèvres mais ne parviens à rien. Tes traits se tendent, tes paupières se ferment le temps d’une inspiration.
« Merci. »
Ta bouche s’articule presque silencieusement, et ta voix forme un filet presque inaudible. Rauque et cassée de n’avoir pas servi depuis trop de temps, elle s’envole vers Ange.
Tu te perds à nouveau dans la contemplation de l’objet et des volutes hypnotisantes qui se trouvent à l’intérieur.
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
Voilée
Je m'arrache à la contemplation des volutes envoûtantes, par la force, pour poser mes yeux sur le visage de Lewis. C'est son nom, pas vrai ? Pensé-je en détaillant son visage éclairé par la boule de cristal, chaque grain de beauté, chaque trait, chaque expression. Son nom, je l'ai déjà entendu. Je le sais parce que j'ai déjà zieuté ses cheveux roux, regardé le dos de sa robe de sorcier, entendu sa voix, vue lancer des sortilèges en cours. Il y a beaucoup d'autres sorciers de mon âge dont je ne connais pas le prénom mais dont je connais bien plus : comme c'est intime de partager des cours.
« Une boule de cristal... »
Je chuchote. La surface froide de la sphère est en contact avec ma main et mon bras commence à souffrir de la tenir à lui tout seul. Pourtant, je ne veux pas la ranger tout de suite. Je veux la regarder encore et par-dessus tout : je veux que Lewis la regarde encore.
Posséder cet objet c'est comme être plus intelligente que les autres, ça me donne un avantage. Du moins, c'est ce dont j'ai l'impression. En réalité, ça ne me donne aucune sorte de privilège, mais simplement une sorte de responsabilité sur les épaules. Je dois faire attention à ne pas laisser tomber cette boule de cristal, je dois faire attention à la ranger discrètement quand je rentre à mon dortoir, je dois la cacher des yeux de tous les autres, je dois éviter que le chat qui vit avec moi ne se mette à jouer avec. Des responsabilités, certes, bien futiles.
Je souris, les yeux toujours posés sur ma camarde. Me tenir près d'elle, lui montrer quelque chose d'aussi intime – ça l'est beaucoup pour moi – me fait me sentir proche d'elle. Alors que mes sentiments envers elle sont tordus depuis cette soirée au dessus du parc, nichées dans la tour d'astronomie, j'ai l'impression qu'ils se dénouent lentement pour se transformer en affection. Mon cœur se serre en y pensant et pourtant ; le mutisme délicat et les yeux émerveillés de Lewis me font l'apprécier beaucoup.
Et à la fois, ça me fait peur. Ces sentiments naissant qui emballent mon cœur m'effraient. Ils sont tous naturels, pourtant, je côtoie cette fille depuis presque deux ans.
Le silence continue de se répandre autour de nous, et le brouhaha du couloir lui-même s'est éteint doucement. C'est ce qui achève de me mettre mal à l'aise.
« Je vais monter dans mon dortoir. »
Lancé-je indélicatement mais en chuchotant. Doucement, ma main laisse retomber la sphère lumineuse au fond de mon sac et sa lueur s'éteint en même temps que le visage de Lewis que je n'ai quitté qu'une seule seconde. Je ne bouge plus d'un pouce après avoir balancé mon sac sur mon épaule. J'ai annoncé que je partais alors je dois bouger : je pense en promenant mon regard sur le visage ombragé et fermé de la sorcière qui se tient en face de moi.
« On... »
Les mots ne sortent pas. Je racle ma gorge et continue.
« On peut se revoir pour la regarder. »
C'est lâché : les mots se sont échappés et la proposition est lancée. C'est angoissant d'attendre dans son silence et de ne pas pouvoir guetter ses réactions dans l'obscurité du couloir. Alors je m'enfuis. Sans dire un autre mot, je me mets à marcher vers l'allée principale et la lumière. Mes pas me portent légèrement alors que mon cœur est si lourd. Mes joues sont en feu alors que je tourne dans l'allée sans me retourner pour prendre l'escalier un peu plus loin. Je souffle une fois assez loin de Lewis.
Je me demande comment notre prochaine rencontre se passera, je panique en l'imaginant m'aborder à table, mais je souris en l'imaginant venir s'asseoir silencieusement à côté de moi en classe.
Fin pour moi !
« Une boule de cristal... »
Je chuchote. La surface froide de la sphère est en contact avec ma main et mon bras commence à souffrir de la tenir à lui tout seul. Pourtant, je ne veux pas la ranger tout de suite. Je veux la regarder encore et par-dessus tout : je veux que Lewis la regarde encore.
Posséder cet objet c'est comme être plus intelligente que les autres, ça me donne un avantage. Du moins, c'est ce dont j'ai l'impression. En réalité, ça ne me donne aucune sorte de privilège, mais simplement une sorte de responsabilité sur les épaules. Je dois faire attention à ne pas laisser tomber cette boule de cristal, je dois faire attention à la ranger discrètement quand je rentre à mon dortoir, je dois la cacher des yeux de tous les autres, je dois éviter que le chat qui vit avec moi ne se mette à jouer avec. Des responsabilités, certes, bien futiles.
Je souris, les yeux toujours posés sur ma camarde. Me tenir près d'elle, lui montrer quelque chose d'aussi intime – ça l'est beaucoup pour moi – me fait me sentir proche d'elle. Alors que mes sentiments envers elle sont tordus depuis cette soirée au dessus du parc, nichées dans la tour d'astronomie, j'ai l'impression qu'ils se dénouent lentement pour se transformer en affection. Mon cœur se serre en y pensant et pourtant ; le mutisme délicat et les yeux émerveillés de Lewis me font l'apprécier beaucoup.
Et à la fois, ça me fait peur. Ces sentiments naissant qui emballent mon cœur m'effraient. Ils sont tous naturels, pourtant, je côtoie cette fille depuis presque deux ans.
Le silence continue de se répandre autour de nous, et le brouhaha du couloir lui-même s'est éteint doucement. C'est ce qui achève de me mettre mal à l'aise.
« Je vais monter dans mon dortoir. »
Lancé-je indélicatement mais en chuchotant. Doucement, ma main laisse retomber la sphère lumineuse au fond de mon sac et sa lueur s'éteint en même temps que le visage de Lewis que je n'ai quitté qu'une seule seconde. Je ne bouge plus d'un pouce après avoir balancé mon sac sur mon épaule. J'ai annoncé que je partais alors je dois bouger : je pense en promenant mon regard sur le visage ombragé et fermé de la sorcière qui se tient en face de moi.
« On... »
Les mots ne sortent pas. Je racle ma gorge et continue.
« On peut se revoir pour la regarder. »
C'est lâché : les mots se sont échappés et la proposition est lancée. C'est angoissant d'attendre dans son silence et de ne pas pouvoir guetter ses réactions dans l'obscurité du couloir. Alors je m'enfuis. Sans dire un autre mot, je me mets à marcher vers l'allée principale et la lumière. Mes pas me portent légèrement alors que mon cœur est si lourd. Mes joues sont en feu alors que je tourne dans l'allée sans me retourner pour prendre l'escalier un peu plus loin. Je souffle une fois assez loin de Lewis.
Je me demande comment notre prochaine rencontre se passera, je panique en l'imaginant m'aborder à table, mais je souris en l'imaginant venir s'asseoir silencieusement à côté de moi en classe.
Fin pour moi !
Animagus renard polaire
Post ASPIC
Post ASPIC
Voilée
Tu aimerais la revoir là-haut. Tu voudrais tutoyer les étoiles avec elle, pour effacer l’instant terrifiant que vous avez vécu. Pas vivre le même instant qu’avec Petite Ombre, parce qu’ils n’appartient qu’à vous, seulement lever les yeux vers le ciel quelques instants pour ressentir comme un fil invisible entre vous, un soutien mutuel.
Tu voudrais clore cet épisode mais il continue de te tourmenter. Tu vois encore ton visage ruisselant de larmes et ton esprit vide d’espoirs dans les volutes de l’objet ; il faudrait quelque chose pour l’achever, pour fermer définitivement la porte sur ce passé douloureux qui gronde au fond de toi.
Dents serrées, tu frôles la sphère parfaite à la fumée mouvante du bout des doigts et sens une vague de froid glisser dans ton dos. Sa surface froide diffuse dans tout ton corps une onde de glace qui t’effraie un peu. Tu te figes, un peu craintive ; laisses tes cellules s’imprégner de la puissance que tu sens venir percuter ton cœur, et puis un sourire vient danser sur tes lèvres.
Être inclue dans le nous d’Ange t’emplit d’une fierté difficile à nommer. Tu sais seulement que réaliser que vous faites partie d’un tout et que la confiance qu’elle t’accorde en est la preuve réchauffe tout ton corps soudainement frigorifié par l’objet. Elle parvient à ramener un peu d’espoir, à rallumer au fond de tes yeux une pauvre lueur qui vacille.
*Petite Étoile. Elle m’avait appelée Petite Étoile*
Au souvenir des émotions qui t’avaient saisie lorsque tu te tenais sur le parapet de la Tour, vacillante, ébranlée par les bourrasques comme par la violence de tes propres sentiments, tu inclines légèrement le visage. La Lumière n’éclaire plus que le haut de ton visage durant un instant ; tu en profites pour inspirer profondément.
Tes paupières se plissent.
La terreur que tu ressens à l’idée qu’elle se souvienne de ta faiblesse n’est-elle pas une preuve que tu es parvenue à passer au-dessus ? Que tu sais qu’à présent, te souvenir de ces moments où les larmes faisaient partie intégrante de toi, où le monde n’était qu’un étau noir qui se refermait peu à peu sur toi et tes rêves, ne servira qu’à détruire tout ce que tu es parvenue à reconstruire ?
Tu sais que tu crains Ange parce qu’elle a un pouvoir sur toi. Celui de tout annihiler, de te faire revenir aux jours-de-ténèbres ; ou celui de faire fleurir de nouvelles pousses sur les cendres de ce qui fut un jour Kyana, la gamine naïve et un peu trop perdue dans son propre monde. Tu sais que sa présence provoque en toi des émotions contradictoires ; la terreur de voir tes souvenirs ressurgir pour te submerger et te noyer sous la violence de leur courant, l’espoir fou que quelqu’un comprenne et t’aide par sa seule présence.
A l’instant où elle repose la boule de cristal, parce que c’en est bien une, dans son sac, tu rives tes yeux dans les siens. Ce que tu ressens est d’une telle puissance que tu es certaine qu’elle le percevra, même dans l’obscurité du couloir.
L’envie soudaine de t’emparer d’une plume pour coucher sur le papier tout ce que tu serais incapable d’exprimer avec ta voix te saisit, mais tu la réfrènes.
Rien n’est perceptible sur ton visage dénué de toute expression. Tout se joue dans tes yeux qui ne cillent pas, qui, comme deux flèches de glace, se sont plantés dans ses billes sombres. Impossible de prononcer des mots durant un jeu de regards, impossible de dire ce qui est éprouvé au plus profond de l’âme. Tu te contentes de la fixer, vibrante de ces sentiments indéfinissables.
C’est à cet instant que les mots prononcés au moment de laisser tomber l’objet se fraient un chemin dans ton esprit. Un peu égarée, tu acceptes son départ comme une évidence, mais celle-ci ne te fait pas de mal ; tu sais que vous vous reverrez.
Et la vague hésitation contenue dans l’unique mot qu’elle prononce par la suite, puis dans sa proposition, finissent de t’en persuader. Elle aussi le veut.
Tu la contemples se diriger vers la lumière et le Cours normal de la vie, mets quelques instants à te mettre en marche à ton tour.
______
Merci pour ça. La suite promet de très belle choses, j’ai hâte de l’écrire.
Tu voudrais clore cet épisode mais il continue de te tourmenter. Tu vois encore ton visage ruisselant de larmes et ton esprit vide d’espoirs dans les volutes de l’objet ; il faudrait quelque chose pour l’achever, pour fermer définitivement la porte sur ce passé douloureux qui gronde au fond de toi.
Dents serrées, tu frôles la sphère parfaite à la fumée mouvante du bout des doigts et sens une vague de froid glisser dans ton dos. Sa surface froide diffuse dans tout ton corps une onde de glace qui t’effraie un peu. Tu te figes, un peu craintive ; laisses tes cellules s’imprégner de la puissance que tu sens venir percuter ton cœur, et puis un sourire vient danser sur tes lèvres.
Être inclue dans le nous d’Ange t’emplit d’une fierté difficile à nommer. Tu sais seulement que réaliser que vous faites partie d’un tout et que la confiance qu’elle t’accorde en est la preuve réchauffe tout ton corps soudainement frigorifié par l’objet. Elle parvient à ramener un peu d’espoir, à rallumer au fond de tes yeux une pauvre lueur qui vacille.
*Petite Étoile. Elle m’avait appelée Petite Étoile*
Au souvenir des émotions qui t’avaient saisie lorsque tu te tenais sur le parapet de la Tour, vacillante, ébranlée par les bourrasques comme par la violence de tes propres sentiments, tu inclines légèrement le visage. La Lumière n’éclaire plus que le haut de ton visage durant un instant ; tu en profites pour inspirer profondément.
Silence.
Tes paupières se plissent.
La terreur que tu ressens à l’idée qu’elle se souvienne de ta faiblesse n’est-elle pas une preuve que tu es parvenue à passer au-dessus ? Que tu sais qu’à présent, te souvenir de ces moments où les larmes faisaient partie intégrante de toi, où le monde n’était qu’un étau noir qui se refermait peu à peu sur toi et tes rêves, ne servira qu’à détruire tout ce que tu es parvenue à reconstruire ?
Tu sais que tu crains Ange parce qu’elle a un pouvoir sur toi. Celui de tout annihiler, de te faire revenir aux jours-de-ténèbres ; ou celui de faire fleurir de nouvelles pousses sur les cendres de ce qui fut un jour Kyana, la gamine naïve et un peu trop perdue dans son propre monde. Tu sais que sa présence provoque en toi des émotions contradictoires ; la terreur de voir tes souvenirs ressurgir pour te submerger et te noyer sous la violence de leur courant, l’espoir fou que quelqu’un comprenne et t’aide par sa seule présence.
A l’instant où elle repose la boule de cristal, parce que c’en est bien une, dans son sac, tu rives tes yeux dans les siens. Ce que tu ressens est d’une telle puissance que tu es certaine qu’elle le percevra, même dans l’obscurité du couloir.
L’envie soudaine de t’emparer d’une plume pour coucher sur le papier tout ce que tu serais incapable d’exprimer avec ta voix te saisit, mais tu la réfrènes.
Rien n’est perceptible sur ton visage dénué de toute expression. Tout se joue dans tes yeux qui ne cillent pas, qui, comme deux flèches de glace, se sont plantés dans ses billes sombres. Impossible de prononcer des mots durant un jeu de regards, impossible de dire ce qui est éprouvé au plus profond de l’âme. Tu te contentes de la fixer, vibrante de ces sentiments indéfinissables.
C’est à cet instant que les mots prononcés au moment de laisser tomber l’objet se fraient un chemin dans ton esprit. Un peu égarée, tu acceptes son départ comme une évidence, mais celle-ci ne te fait pas de mal ; tu sais que vous vous reverrez.
Et la vague hésitation contenue dans l’unique mot qu’elle prononce par la suite, puis dans sa proposition, finissent de t’en persuader. Elle aussi le veut.
Tu la contemples se diriger vers la lumière et le Cours normal de la vie, mets quelques instants à te mettre en marche à ton tour.
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Merci pour ça. La suite promet de très belle choses, j’ai hâte de l’écrire.
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée