Face au Grand Noir
La journée avait pourtant bien commencé. Ce devait être un jour entièrement consacré aux recherches et à l’étude. J’avais même prévu de faire faux bon à Thalia pour aller étudier la magie particulière et la magie des Golems dans un coin reculé de Poudlard. Tout cela aurait dû être parfait. Tout cela aurait été parfait, s’il n’y avait eu cette fille, cette petite chose dégoulinante et délirante. Elle m’a gâché toute envie de faire quoi que ce soit. A vrai dire, ma matinée devait être dévolue à l’essai du sortilège de Têtenbulle. C’était important. Après, je serais rentrée, j’aurais pris des notes, j’aurais consulté quelques manuels et je serais allé déjeuner avec Thalia. Tout aurait pu être parfait.
Évidemment, rien n’est parfait lorsque les Autres sont dans les parages.
« Si Alma, arrête tes conneries, tu te retournes et tu m'écoutes maintenant. »
Ah ouais ? Elle veut jouer à ce jeu-là ? Avec moi ? Je la regarde approcher, me retournant effectivement vers elle. Dégoulinante et délirante, voilà qui la décrit très bien. Et désormais, dans son regard froncé existe la colère. Je la préfère à ses larmes, pour être honnête. Cela veut dire qu’elle va pouvoir dégager tranquillement, et que je n’ai plus à craindre pour sa vie. Une personne mourante n’est pas en colère. Et la colère de cette enfant est d’ailleurs désopilante à regarder. Avec sa petite voix qui croit rivaliser avec le tonnerre, que croit-elle faire ? M’effrayer ? Un sourire moqueur étire mes lèvres et je me grandis, dressant le menton et regardant de haut cette fille qui n’est même pas capable de reconnaître un sortilège aussi voyant que Têtenbulle. *T’vas faire quoi, hein ? Me gronder ?*. Merlin, les Autres sont d’un ennui.
Et elle déblatère et elle parle, toujours sur le ton de la colère. Elle me donne un prénom. *Elowen*. Un prénom qui n’habitera jamais ma bouche, je me le promets — si seulement elle m’avait donné son nom de famille. L’explication du surnom Alma cependant m’éloigne de mes pensées et me fait perdre mon sourire. Je me renfrogne. Une âme bizarre ? Une âme en danger ? Par la Magie, mais elle raconte n’importe quoi. *J’suis pas en danger !*. Je déteste lorsque les Autres pensent me comprendre, et pire encore, lorsqu’ils essaient de faire comme s’ils me connaissaient ; en me donnant des surnoms, par exemple.
Agacée j’observe ce visage plein de colère ; toute cette rage est dirigée vers moi, simplement vers moi, et je ne sais absolument pas pourquoi. Dans toute cette affaire, je suis la victime. Elle n’est qu’un dommage collatéral. Tout ce qui est arrivé est de son entière faute, alors pourquoi est-elle en colère, putain ?
Je ne le vois même pas arriver. Un doigt qui s’enfonce impunément sur moi. Ahurie, je baisse la tête. Au même moment, tout en bas de mon corps se serrent mes deux poings. Si fort, si brusquement, que je suis persuadée de ne pas être capable de me retenir de les envoyer dans la gueule de cette fille. En colère contre toi, oui ! Et ses mots résonnent dans ma tête. Je ne vais pas résister, je ne vais pas—
« T'as pas le droit de me traiter comme ça, je voulais t'aider parce que je pensais que tu... que tu étais une personne... quelqu'un de bien. Me suis bien trompée... »
*Qu’est-ce que…*.
Ses larmes sont aussi surprenantes que le doigt avec lequel elle s’est imposée. Tout à coup, sans même finir de me dégueuler son venin, elle se met à chialer. Elle chiale comme une gamine, à grands renforts de sanglots et de larmes. Je prends à peine conscience que la pluie commence à tomber — de toute manière, les gouttes qui tombent sur moi sont repoussées par mon sortilège. La fille cependant devient plus misérable que jamais.
La pluie et les larmes ont lavé ma colère. Ne reste que la lassitude. Alors je fais la seule chose qui me vient en tête, la seule chose qui puisse me permettre de me débarrasser de cette furie le plus rapidement possible. Je l’attrape par le col et la rapproche de moi ; je plante mon regard de suie dans le sien.
« Fous-moi la paix, » grondé-je.
Et je la laisse retomber. Je la contourne pour m’approcher de mes affaires trempées par la pluie. Je soupire et entreprends de les ranger à l’intérieur de mon sac. Après un instant de réflexion, je me retourne pour jeter un coup d’oeil à la Furie.
« J’suis pas une bonne personne, » lui jeté-je d’une voix forte pour me recouvrir le bruit de la pluie. C'est un mensonge, je suis une bonne personne, peut-être meilleure qu'elle, même. Mais elle n'a pas besoin de le savoir. « Alors réfléchis un peu la prochaine fois qu’t’as envie d’me sauter dessus, ok ? »
Je n’ai même plus envie de lui exploser la tronche. Elle est exactement ce qu’elle paraît être : une gamine un peu perdue et un peu dingue. Et les gamines un peu perdue et un peu dingue, cela ne m’intéresse pas. Je dois même dire que cela m’agace. Autant me débarrasser directement de tout ce qui me rattache à elle ; avec un peu de chose, je l'aurais assez effrayé pour qu'elle se barre. D’un geste négligeant, j’attrape ma baguette et la pointe dans la direction de l’Autre. « Finite, » murmuré-je pour faire disparaître la bulle autour de son visage. Je fais la même chose pour moi.
Je sursaute à peine lorsque Zikomo saute sur mon épaule et se blotti dans mon cou. Je lui accorde un regard ; il est tout trempé à cause de la pluie. Je ne lui demande s'il veut que je le protège d'un sortilège, il refusera. Cependant, je fais glisser ma capuche sur ma tête et prends garde à ce qu'elle soit rabattu sur la sienne également.
Évidemment, rien n’est parfait lorsque les Autres sont dans les parages.
« Si Alma, arrête tes conneries, tu te retournes et tu m'écoutes maintenant. »
Ah ouais ? Elle veut jouer à ce jeu-là ? Avec moi ? Je la regarde approcher, me retournant effectivement vers elle. Dégoulinante et délirante, voilà qui la décrit très bien. Et désormais, dans son regard froncé existe la colère. Je la préfère à ses larmes, pour être honnête. Cela veut dire qu’elle va pouvoir dégager tranquillement, et que je n’ai plus à craindre pour sa vie. Une personne mourante n’est pas en colère. Et la colère de cette enfant est d’ailleurs désopilante à regarder. Avec sa petite voix qui croit rivaliser avec le tonnerre, que croit-elle faire ? M’effrayer ? Un sourire moqueur étire mes lèvres et je me grandis, dressant le menton et regardant de haut cette fille qui n’est même pas capable de reconnaître un sortilège aussi voyant que Têtenbulle. *T’vas faire quoi, hein ? Me gronder ?*. Merlin, les Autres sont d’un ennui.
Et elle déblatère et elle parle, toujours sur le ton de la colère. Elle me donne un prénom. *Elowen*. Un prénom qui n’habitera jamais ma bouche, je me le promets — si seulement elle m’avait donné son nom de famille. L’explication du surnom Alma cependant m’éloigne de mes pensées et me fait perdre mon sourire. Je me renfrogne. Une âme bizarre ? Une âme en danger ? Par la Magie, mais elle raconte n’importe quoi. *J’suis pas en danger !*. Je déteste lorsque les Autres pensent me comprendre, et pire encore, lorsqu’ils essaient de faire comme s’ils me connaissaient ; en me donnant des surnoms, par exemple.
Agacée j’observe ce visage plein de colère ; toute cette rage est dirigée vers moi, simplement vers moi, et je ne sais absolument pas pourquoi. Dans toute cette affaire, je suis la victime. Elle n’est qu’un dommage collatéral. Tout ce qui est arrivé est de son entière faute, alors pourquoi est-elle en colère, putain ?
Je ne le vois même pas arriver. Un doigt qui s’enfonce impunément sur moi. Ahurie, je baisse la tête. Au même moment, tout en bas de mon corps se serrent mes deux poings. Si fort, si brusquement, que je suis persuadée de ne pas être capable de me retenir de les envoyer dans la gueule de cette fille. En colère contre toi, oui ! Et ses mots résonnent dans ma tête. Je ne vais pas résister, je ne vais pas—
« T'as pas le droit de me traiter comme ça, je voulais t'aider parce que je pensais que tu... que tu étais une personne... quelqu'un de bien. Me suis bien trompée... »
*Qu’est-ce que…*.
Ses larmes sont aussi surprenantes que le doigt avec lequel elle s’est imposée. Tout à coup, sans même finir de me dégueuler son venin, elle se met à chialer. Elle chiale comme une gamine, à grands renforts de sanglots et de larmes. Je prends à peine conscience que la pluie commence à tomber — de toute manière, les gouttes qui tombent sur moi sont repoussées par mon sortilège. La fille cependant devient plus misérable que jamais.
La pluie et les larmes ont lavé ma colère. Ne reste que la lassitude. Alors je fais la seule chose qui me vient en tête, la seule chose qui puisse me permettre de me débarrasser de cette furie le plus rapidement possible. Je l’attrape par le col et la rapproche de moi ; je plante mon regard de suie dans le sien.
« Fous-moi la paix, » grondé-je.
Et je la laisse retomber. Je la contourne pour m’approcher de mes affaires trempées par la pluie. Je soupire et entreprends de les ranger à l’intérieur de mon sac. Après un instant de réflexion, je me retourne pour jeter un coup d’oeil à la Furie.
« J’suis pas une bonne personne, » lui jeté-je d’une voix forte pour me recouvrir le bruit de la pluie. C'est un mensonge, je suis une bonne personne, peut-être meilleure qu'elle, même. Mais elle n'a pas besoin de le savoir. « Alors réfléchis un peu la prochaine fois qu’t’as envie d’me sauter dessus, ok ? »
Je n’ai même plus envie de lui exploser la tronche. Elle est exactement ce qu’elle paraît être : une gamine un peu perdue et un peu dingue. Et les gamines un peu perdue et un peu dingue, cela ne m’intéresse pas. Je dois même dire que cela m’agace. Autant me débarrasser directement de tout ce qui me rattache à elle ; avec un peu de chose, je l'aurais assez effrayé pour qu'elle se barre. D’un geste négligeant, j’attrape ma baguette et la pointe dans la direction de l’Autre. « Finite, » murmuré-je pour faire disparaître la bulle autour de son visage. Je fais la même chose pour moi.
Je sursaute à peine lorsque Zikomo saute sur mon épaule et se blotti dans mon cou. Je lui accorde un regard ; il est tout trempé à cause de la pluie. Je ne lui demande s'il veut que je le protège d'un sortilège, il refusera. Cependant, je fais glisser ma capuche sur ma tête et prends garde à ce qu'elle soit rabattu sur la sienne également.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 3 juil. 2020, 10:51, modifié 1 fois.
Face au Grand Noir
@Aelle Bristyle
Non, définitivement, cette Étrangère n'est pas une bonne personne, et elle ne fait rien pour lui prouver le contraire. Elle prend tout de même le temps de défaite la bulle qui entoure le visage de la petite, lui permettant de respirer normalement à nouveau, et Elowen l'en remercie d'un timide sourire. Le premier depuis de très longues minutes. Une étonnante créature bleutée se pose alors sur l'épaule de la fille. Elo n'en a jamais vu de pareilles, elle est à la fois surprenante et magnifique. Elle se demande alors ce que ça peut être, mais au moment de poser la question, elle se ravise. Elle vient en effet de constater que l'Inconnue accorde une attention toute particulière à son surprenant compagnon, et, lorsque celle-ci le recouvre de sa capuche, Elowen ne peut s'empêcher de penser qu'au fond, cette fille n'est pas si mauvaise qu'elle le laisse paraître.
Alors pourquoi la traite-t-elle ainsi ?
L'aiglonne en a marre, elle est à bout, perdue, lasse, fatiguée. Elle qui déteste le conflit et l'humiliation se retrouve mêlée à une dispute ma foi plutôt violente et assez crue, dont elle ne comprend pas les causes, les tenants et les aboutissants. Elle n'est pas à sa place, et ses mouvements commencent à le faire sentir. Debout, à quelques centimètres d'Alma, elle tremble. Elle a beau montrer la majorité du temps une force de caractère impressionnante, digne d'une lionne, il arrive qu'elle craque, et lorsque ceci arrive, il vaut mieux se tenir loin.
La rousse à peu de soucis dans sa vie, ce qui explique que chaque petite bataille qui croise sa route la plonge dans un tourment très profond. À bout, elle commence à perdre le contrôle. Ce ne sont désormais plus des larmes qui inondent ses pommettes mais du sang, le rouge lui monte aux joues, ses sourcils se froncent, elle se sent partir. Des soubresauts prennent possession de son corps et elle se laisse entraîner par cette colère qu'elle ne connaît que trop peu pour son âge.
Elle commence à se débattre, dans le vide, douloureux traumatisme d'un passé lointain qui lui colle à la peau Ceci se produit lorsqu'elle est dans une impasse, tant physique que morale. Elle adresse alors un regard plein d'angoisse à Alma et, d'un signe de la tête, lui demande de partir. La colère qui l'habite est bel et bien dirigée vers sa camarade mais elle ne souhaite la faire subir à personne, elle est juste incapable de se contrôler. Pour la seconde fois depuis sa toute première rentrée dans le château, elle cède.
Elle hurle alors, couvrant le bruit de l'orage, incapable de se contenir, en oublie Alma, en oublie la peur de la faire fuir, et n'est plus dominée que par la colère. Ses bras cognent en tous sens, ses yeux lancent des éclairs, et elle s'abandonne.
L'évènement qui est en train de se produire n'est en soit pas bien grave, mais il constitue la goutte de trop dans le vase, celle qui le fait déborder, exploser même. Cela fait plusieurs mois qu'elle contient sa colère, à grand peine parfois, tentant de soigner son image, d'être appréciée de tous, mais là, face à cette enfant à moitié folle, loin de tous, perdue dans l'immensité du parc, elle estime ne pas risquer grand chose. Elowen cogne toujours l'air qui l'agresse, combat la pluie qui l'importune, hurle contre tout et contre rien, et parvient enfin à exprimer ce que tant de fois elle a souhaité dire.
-Putain de vie, lâche moi !
Voilà, c'est sorti, cela peut sembler si peu mais c'est si fort pour elle de parvenir à cracher cela, elle tombe alors au sol, soulagée, presque... heureuse ? Alma n'est sans doute pas une personne bienveillante, une fréquentation idéale ou quoi que ce soit, mais elle lui a permis de tout lâcher, et purée, que ça fait du bien ! Ne vous méprenez pas, Elowen aime sa vie, elle l'adore, elle aime profondément ses amis, sa famille, ses animaux, elle aime ses cours, ses professeurs, ses activités, la nature, elle aime tout cela et pour rien au monde elle ne voudrait tout abandonner, elle aime la vie. C'en est juste trop, elle a eu besoin de s'exprimer.
Elle regarde alors la blonde et lui adresse un sourire sincère, soulagé.
-Merci crevette.
À cet instant, elle semble bien plus barge que l'Étrangère.
Non, définitivement, cette Étrangère n'est pas une bonne personne, et elle ne fait rien pour lui prouver le contraire. Elle prend tout de même le temps de défaite la bulle qui entoure le visage de la petite, lui permettant de respirer normalement à nouveau, et Elowen l'en remercie d'un timide sourire. Le premier depuis de très longues minutes. Une étonnante créature bleutée se pose alors sur l'épaule de la fille. Elo n'en a jamais vu de pareilles, elle est à la fois surprenante et magnifique. Elle se demande alors ce que ça peut être, mais au moment de poser la question, elle se ravise. Elle vient en effet de constater que l'Inconnue accorde une attention toute particulière à son surprenant compagnon, et, lorsque celle-ci le recouvre de sa capuche, Elowen ne peut s'empêcher de penser qu'au fond, cette fille n'est pas si mauvaise qu'elle le laisse paraître.
Alors pourquoi la traite-t-elle ainsi ?
L'aiglonne en a marre, elle est à bout, perdue, lasse, fatiguée. Elle qui déteste le conflit et l'humiliation se retrouve mêlée à une dispute ma foi plutôt violente et assez crue, dont elle ne comprend pas les causes, les tenants et les aboutissants. Elle n'est pas à sa place, et ses mouvements commencent à le faire sentir. Debout, à quelques centimètres d'Alma, elle tremble. Elle a beau montrer la majorité du temps une force de caractère impressionnante, digne d'une lionne, il arrive qu'elle craque, et lorsque ceci arrive, il vaut mieux se tenir loin.
La rousse à peu de soucis dans sa vie, ce qui explique que chaque petite bataille qui croise sa route la plonge dans un tourment très profond. À bout, elle commence à perdre le contrôle. Ce ne sont désormais plus des larmes qui inondent ses pommettes mais du sang, le rouge lui monte aux joues, ses sourcils se froncent, elle se sent partir. Des soubresauts prennent possession de son corps et elle se laisse entraîner par cette colère qu'elle ne connaît que trop peu pour son âge.
Elle commence à se débattre, dans le vide, douloureux traumatisme d'un passé lointain qui lui colle à la peau Ceci se produit lorsqu'elle est dans une impasse, tant physique que morale. Elle adresse alors un regard plein d'angoisse à Alma et, d'un signe de la tête, lui demande de partir. La colère qui l'habite est bel et bien dirigée vers sa camarade mais elle ne souhaite la faire subir à personne, elle est juste incapable de se contrôler. Pour la seconde fois depuis sa toute première rentrée dans le château, elle cède.
Elle hurle alors, couvrant le bruit de l'orage, incapable de se contenir, en oublie Alma, en oublie la peur de la faire fuir, et n'est plus dominée que par la colère. Ses bras cognent en tous sens, ses yeux lancent des éclairs, et elle s'abandonne.
L'évènement qui est en train de se produire n'est en soit pas bien grave, mais il constitue la goutte de trop dans le vase, celle qui le fait déborder, exploser même. Cela fait plusieurs mois qu'elle contient sa colère, à grand peine parfois, tentant de soigner son image, d'être appréciée de tous, mais là, face à cette enfant à moitié folle, loin de tous, perdue dans l'immensité du parc, elle estime ne pas risquer grand chose. Elowen cogne toujours l'air qui l'agresse, combat la pluie qui l'importune, hurle contre tout et contre rien, et parvient enfin à exprimer ce que tant de fois elle a souhaité dire.
-Putain de vie, lâche moi !
Voilà, c'est sorti, cela peut sembler si peu mais c'est si fort pour elle de parvenir à cracher cela, elle tombe alors au sol, soulagée, presque... heureuse ? Alma n'est sans doute pas une personne bienveillante, une fréquentation idéale ou quoi que ce soit, mais elle lui a permis de tout lâcher, et purée, que ça fait du bien ! Ne vous méprenez pas, Elowen aime sa vie, elle l'adore, elle aime profondément ses amis, sa famille, ses animaux, elle aime ses cours, ses professeurs, ses activités, la nature, elle aime tout cela et pour rien au monde elle ne voudrait tout abandonner, elle aime la vie. C'en est juste trop, elle a eu besoin de s'exprimer.
Elle regarde alors la blonde et lui adresse un sourire sincère, soulagé.
-Merci crevette.
À cet instant, elle semble bien plus barge que l'Étrangère.
Face au Grand Noir
En attrapant la lanière de mon sac, je prends conscience que mes mains tremblent. Ce n’est pas un tremblement dû à une émotion intense, non. Je me sens calme à l’intérieur. C’est un tremblement qui me chuchote insidieusement : *t’oublieras pas d’si tôt ce que tu viens de vivre*. Et, en effet, en me redressant je ne peux m’empêcher de revoir ce corps qui s’enfonce dans les ténèbres du Grand Noir. Et en me retournant vers la fille, je ne peux m’empêcher de la regarder avec crainte, mal à l’aise, l’image de ses pleurs en tête. Je n’ai jamais vu quelqu’un pleurer avec autant de franchise. Je suis certaine que si Grewger devait pleurer, elle le ferait de la même manière. Sans chercher à se retenir ou se cacher. Et j’ai beau essayer de faire comme si de rien n’était, je ne peux que me trouver troublée par les pleurs de la petite fille. Un étrange sentiment me retourne le coeur. Une vague toute petite qui s’infiltre sous mon gros palpitant pour le secouer. De la compassion, dirait Narym. Foutu Narym. Je n’ai pas envie de compatir avec cette Furie. Peut-être devrais-je l’emmener à l’infirmerie ? Après tout, elle—
Un mouvement brusque à l’orée de mon regard attire mon attention. Naturellement, je me tourne vers l’enfant que j’ai abandonné au bord de l’eau, sous la pluie ruisselante d’Écosse. Ce que je vois me fait tout à fait perdre le cours de mes pensées. Là, sous mes yeux, l’enfant gesticule comme si elle avait le diable au corps. Cette étrange expression ne m’a jamais paru aussi claire qu’en regardant ce spectacle.
Légèrement effrayée, je me recule de quelques pas. Et si elle me sautait dessus ? Et si elle m’attaquait ? Mais non, elle se contente de gesticuler, de balancer ses bras, de trembler. Elle semble même vouloir me regarder à un instant. De ses yeux s’échappent des ruisseaux de larmes. Je les vois clairement malgré la pluie. Et alors que je plonge ma main dans ma poche pour enserrer ma baguette magique, me frappe tout à coup la raison de cette folie : ses émotions sont si fortes à l’intérieur d’elle qu’elle ne peut les évacuer que de cette manière. Bouche bée, pas rassurée pour autant, je m’éloigne encore un peu, le coeur à l’envers.
Zikomo se blottit tout contre mon cou lorsque l’enfant hurle sa colère au ciel. Putain de vie ! dit-elle. Putain de vie. Putain *tu...* de *pourquoi…* vie. Désormais, ce n’est plus une petite vague qui s’infiltre sous mon coeur, mais un ras de marée. Un torrent. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression de comprendre une Autre. De la comprendre plus que ce que je ne le voudrais.
La fille tombe au sol. *Elowen*. La tempête se calme. Je reste silencieuse sous la pluie battante. Contre la peau de mon cou, je sens la douceur des poils de Zikomo ; je sens également son coeur qui bat à toute allure, en rythme avec le mien, semble-t-il. L’Autre lève la tête vers moi et je me crispe, de peur qu’elle crie encore. Mais aucun hurlement ne lui échappe. Seulement un sourire épuisé et un remerciement. *Crevette ?*.
Les secondes s’échappent sans que je ne fasse quoi que ce soit. La surprise est toujours présente sur mon visage ; je ne sais pas très bien ce que je dois faire, ce que je dois dire, ce que je dois ressentir. A vrai dire, je ne ressens pas grand chose d’autre qu’un énorme malaise qui fout ses grosses pattes dans mon corps. J’ai l’impression d’avoir assisté à quelque chose de très intime. De trop intime. Moi, jamais je n’aurais osé péter un câble comme ça, devant une autre personne. Au silence de Zikomo, je comprends que le Mngwi est aussi perplexe que moi. Lui non plus ne sait que penser et que faire.
Gênée, je baisse les yeux pour les déposer sur le bout usé de mes bottines. Je gigote légèrement, passe mon poids de ma jambe gauche à ma jambe droite puis de ma jambe droite à ma jambe gauche. Le silence s’étire tellement qu’il en devient douloureux. La pluie n’est pas suffisamment bruyante pour effacer ce qu’il vient de se passer. Le regard écarquillé et le souffle court, je crois que j’attends que l’Autre, la Furie, daigne l’ouvrir. Me dire peut-être : « Pardon, j’viens de péter un câble, mais t’en fais pas tu peux y aller et moi je vais partir de mon côté ». Ce serait bien si elle me sortait quelque chose du genre. Pour le moment, je suis incapable de partir et de la laisser comme ça *l’a faille crever* . La moindre de mes idées me semble pathétique : aller la secouer ? pas grand intérêt ; l’insulter ? je n’en ai pas envie ; lui demander si elle va bien ? trop inutile ; lui demander si elle va mieux ? trop idiot ; l’amener à l’infirmerie ? pas envie. Alors je ne fais rien. Absolument rien. Si ce n’est une chose : espérer qu’elle ne me refasse pas une seconde crise de folie.
Un mouvement brusque à l’orée de mon regard attire mon attention. Naturellement, je me tourne vers l’enfant que j’ai abandonné au bord de l’eau, sous la pluie ruisselante d’Écosse. Ce que je vois me fait tout à fait perdre le cours de mes pensées. Là, sous mes yeux, l’enfant gesticule comme si elle avait le diable au corps. Cette étrange expression ne m’a jamais paru aussi claire qu’en regardant ce spectacle.
Légèrement effrayée, je me recule de quelques pas. Et si elle me sautait dessus ? Et si elle m’attaquait ? Mais non, elle se contente de gesticuler, de balancer ses bras, de trembler. Elle semble même vouloir me regarder à un instant. De ses yeux s’échappent des ruisseaux de larmes. Je les vois clairement malgré la pluie. Et alors que je plonge ma main dans ma poche pour enserrer ma baguette magique, me frappe tout à coup la raison de cette folie : ses émotions sont si fortes à l’intérieur d’elle qu’elle ne peut les évacuer que de cette manière. Bouche bée, pas rassurée pour autant, je m’éloigne encore un peu, le coeur à l’envers.
Zikomo se blottit tout contre mon cou lorsque l’enfant hurle sa colère au ciel. Putain de vie ! dit-elle. Putain de vie. Putain *tu...* de *pourquoi…* vie. Désormais, ce n’est plus une petite vague qui s’infiltre sous mon coeur, mais un ras de marée. Un torrent. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression de comprendre une Autre. De la comprendre plus que ce que je ne le voudrais.
La fille tombe au sol. *Elowen*. La tempête se calme. Je reste silencieuse sous la pluie battante. Contre la peau de mon cou, je sens la douceur des poils de Zikomo ; je sens également son coeur qui bat à toute allure, en rythme avec le mien, semble-t-il. L’Autre lève la tête vers moi et je me crispe, de peur qu’elle crie encore. Mais aucun hurlement ne lui échappe. Seulement un sourire épuisé et un remerciement. *Crevette ?*.
Les secondes s’échappent sans que je ne fasse quoi que ce soit. La surprise est toujours présente sur mon visage ; je ne sais pas très bien ce que je dois faire, ce que je dois dire, ce que je dois ressentir. A vrai dire, je ne ressens pas grand chose d’autre qu’un énorme malaise qui fout ses grosses pattes dans mon corps. J’ai l’impression d’avoir assisté à quelque chose de très intime. De trop intime. Moi, jamais je n’aurais osé péter un câble comme ça, devant une autre personne. Au silence de Zikomo, je comprends que le Mngwi est aussi perplexe que moi. Lui non plus ne sait que penser et que faire.
Gênée, je baisse les yeux pour les déposer sur le bout usé de mes bottines. Je gigote légèrement, passe mon poids de ma jambe gauche à ma jambe droite puis de ma jambe droite à ma jambe gauche. Le silence s’étire tellement qu’il en devient douloureux. La pluie n’est pas suffisamment bruyante pour effacer ce qu’il vient de se passer. Le regard écarquillé et le souffle court, je crois que j’attends que l’Autre, la Furie, daigne l’ouvrir. Me dire peut-être : « Pardon, j’viens de péter un câble, mais t’en fais pas tu peux y aller et moi je vais partir de mon côté ». Ce serait bien si elle me sortait quelque chose du genre. Pour le moment, je suis incapable de partir et de la laisser comme ça *l’a faille crever* . La moindre de mes idées me semble pathétique : aller la secouer ? pas grand intérêt ; l’insulter ? je n’en ai pas envie ; lui demander si elle va bien ? trop inutile ; lui demander si elle va mieux ? trop idiot ; l’amener à l’infirmerie ? pas envie. Alors je ne fais rien. Absolument rien. Si ce n’est une chose : espérer qu’elle ne me refasse pas une seconde crise de folie.
Face au Grand Noir
@Aelle Bristyle
Assise à même le sol, Elowen observe la scène avec inquiétude. Alma s'est éloignée, comme apeurée, et elle ne lui répond pas. La petite s'interroge alors, se demandant si elle a l'air si terrifiant que cela, si tout autre personne aurait eu l'idée de fuir, de faire de même. Il est vrai qu'elle est dans une position embarrassante, la petite. Elle vient de hurler à la mort comme une possédée, se débattant contre un ennemi invisible qui la hante depuis des années, et dont elle n'a jamais vu le visage. Et dont elle ne parlera jamais.
"Lâche-moi, arrête, laisse-moi partir, mes parents sont juste à côté. Ne me touche pas. Arrête. Tu me fais mal. Arrête. Non, ne fais pas ça. Laisse-moi partir..."
Ce souvenir tend à s'effacer de sa mémoire, et pourtant les mots qu'elle a hurlé en se débattant la marquent encore. Elle a appris à gérer ses émotions, depuis. Elle garde son âme d'enfant pour ne pas comprendre, pour continuer de nier, pour rester la petite fille naïve et innocente qu'elle a toujours été, alors pour ces raisons elle s'ouvre aux gens et renferme ses sentiments. Ne parvenant pas toujours à se comprendre, Elowen est devenue plus égoïste avec le temps, mais pas moins faible. Sa force de caractère, son côté têtu et j'm'enfoutiste, elle les a toujours eus. Au grand damn de son entourage.
Alors oui, c'est ainsi qu'elle explique ses crises, ses déboires comme elle les appelle. Elle va bien, Elowen se souvient à peine des faits, mais le traumatisme est toujours présent et pèse sur la petite qui nie en bloc les faits. Ses troubles n'apparaissent plus que très peu, elle n'en reste pas moins tactile, taciturne, proche des gens, enthousiaste. Simplement, parfois, un problème supplémentaire vient se faire une place dans le coeur de la petite. Trop jeune, elle ne sait prendre de recul sur les situations, alors elle explose. Alma a été cette minuscule goutte de trop.
Reprenant peu à peu ses esprits, la jeune fille se redresse. Ses membres se calment et cessent de s'agiter, sa respiration se fait moins sifflante, sa voix s'apaise, et elle plonge ses yeux dans ceux de l'Etrangère. Pourquoi tout semble la ramener à elle ? Pourquoi elle ? Elowen n'y peut rien, elle ressent le besoin de parler à cette folle hystérique. Elle ne la comprend pas, ne l'apprécie pas non plus, mais étonnamment elle n'a pas peur.
La petite créature bleue est toujours nichée en haut de l'épaule de la blonde, et ne semble pas vouloir bouger d'un poil. Tout comme sa propriétaire d'ailleurs. Elowen a parlé, elle a même été amicale, et Alma ne daigne même pas lui répondre. Au lieu de s'en offusquer, la rousse se remet en question, chose rare chez elle. Peut-être a-t-elle mal jugé l'Inconnue, il est fort probable qu'elle ait aussi des sentiments et qu'elle ait été choquée à son tour. Elo envisage alors la possibilité de partir en courant, de fuir au plus loin, au plus vite, mais rapidement elle se ravise.
Toujours cet interêt inexplicable pour la fillette. Elle n'a pourtant rien de particulier, ses cheveux sont blonds, classiques, ses yeux d'une couleur des plus banales, elle dégouline d'eau, et aucune aura de bienveillance ne semble se dégager de sa personne. Alors quelle est cette chose qui fascine tant Elowen ?
-C'est quoi lui ? -lui dit-elle en désignant la petite créature bleue.
Elowen tente une nouvelle fois de relancer le dialogue, mais non, ce n'est pas la bestiole qui la fascine. Une autre question bien plus intéressante lui brûle les lèvres alors elle enchaîne à peine une seconde plus tard avec la chose suivante.
-Et Alma, tu veux bien me dire qui tu es ? Tu m'intrigues.
Une approche des plus classiques me direz-vous ? Et bien, elle aura au moins eu le mérite d'éloigner les souvenirs douloureux d'Elowen qui commençaient à refaire surface.
Disclaimer : Présence d'un passage pouvant réveiller de violents souvenirs / traumatismes du passé.
Assise à même le sol, Elowen observe la scène avec inquiétude. Alma s'est éloignée, comme apeurée, et elle ne lui répond pas. La petite s'interroge alors, se demandant si elle a l'air si terrifiant que cela, si tout autre personne aurait eu l'idée de fuir, de faire de même. Il est vrai qu'elle est dans une position embarrassante, la petite. Elle vient de hurler à la mort comme une possédée, se débattant contre un ennemi invisible qui la hante depuis des années, et dont elle n'a jamais vu le visage. Et dont elle ne parlera jamais.
"Lâche-moi, arrête, laisse-moi partir, mes parents sont juste à côté. Ne me touche pas. Arrête. Tu me fais mal. Arrête. Non, ne fais pas ça. Laisse-moi partir..."
Ce souvenir tend à s'effacer de sa mémoire, et pourtant les mots qu'elle a hurlé en se débattant la marquent encore. Elle a appris à gérer ses émotions, depuis. Elle garde son âme d'enfant pour ne pas comprendre, pour continuer de nier, pour rester la petite fille naïve et innocente qu'elle a toujours été, alors pour ces raisons elle s'ouvre aux gens et renferme ses sentiments. Ne parvenant pas toujours à se comprendre, Elowen est devenue plus égoïste avec le temps, mais pas moins faible. Sa force de caractère, son côté têtu et j'm'enfoutiste, elle les a toujours eus. Au grand damn de son entourage.
Alors oui, c'est ainsi qu'elle explique ses crises, ses déboires comme elle les appelle. Elle va bien, Elowen se souvient à peine des faits, mais le traumatisme est toujours présent et pèse sur la petite qui nie en bloc les faits. Ses troubles n'apparaissent plus que très peu, elle n'en reste pas moins tactile, taciturne, proche des gens, enthousiaste. Simplement, parfois, un problème supplémentaire vient se faire une place dans le coeur de la petite. Trop jeune, elle ne sait prendre de recul sur les situations, alors elle explose. Alma a été cette minuscule goutte de trop.
Reprenant peu à peu ses esprits, la jeune fille se redresse. Ses membres se calment et cessent de s'agiter, sa respiration se fait moins sifflante, sa voix s'apaise, et elle plonge ses yeux dans ceux de l'Etrangère. Pourquoi tout semble la ramener à elle ? Pourquoi elle ? Elowen n'y peut rien, elle ressent le besoin de parler à cette folle hystérique. Elle ne la comprend pas, ne l'apprécie pas non plus, mais étonnamment elle n'a pas peur.
La petite créature bleue est toujours nichée en haut de l'épaule de la blonde, et ne semble pas vouloir bouger d'un poil. Tout comme sa propriétaire d'ailleurs. Elowen a parlé, elle a même été amicale, et Alma ne daigne même pas lui répondre. Au lieu de s'en offusquer, la rousse se remet en question, chose rare chez elle. Peut-être a-t-elle mal jugé l'Inconnue, il est fort probable qu'elle ait aussi des sentiments et qu'elle ait été choquée à son tour. Elo envisage alors la possibilité de partir en courant, de fuir au plus loin, au plus vite, mais rapidement elle se ravise.
Toujours cet interêt inexplicable pour la fillette. Elle n'a pourtant rien de particulier, ses cheveux sont blonds, classiques, ses yeux d'une couleur des plus banales, elle dégouline d'eau, et aucune aura de bienveillance ne semble se dégager de sa personne. Alors quelle est cette chose qui fascine tant Elowen ?
-C'est quoi lui ? -lui dit-elle en désignant la petite créature bleue.
Elowen tente une nouvelle fois de relancer le dialogue, mais non, ce n'est pas la bestiole qui la fascine. Une autre question bien plus intéressante lui brûle les lèvres alors elle enchaîne à peine une seconde plus tard avec la chose suivante.
-Et Alma, tu veux bien me dire qui tu es ? Tu m'intrigues.
Une approche des plus classiques me direz-vous ? Et bien, elle aura au moins eu le mérite d'éloigner les souvenirs douloureux d'Elowen qui commençaient à refaire surface.
Face au Grand Noir
Excuse-moi pour le retard, Plume.
Le silence est immense. Le silence prend toute la place. Il s’étire autour de moi comme une immense couverture et me coupe du monde. La pluie tombe, l’orage gronde, j’aperçois même des élèves courir pour rentrer dans le château, pourtant je suis toujours enveloppée de silence, irrémédiablement enfermée dans cette bulle désagréable qui me coupe des autres bruits. J’ai l’impression que mes poumons vont exploser alors que je continue à respirer ; c’est la pression du moment qui se retourne contre moi et qui m’enserre dans son étreinte glacée.
Fais quelque chose. Je t’en prie. N’importe quoi.
Merlin doit exister, Merlin doit m’entendre parce que tout à coup Elowen *l’Autre* bouge. Elle se redresse lentement. Je la regarde par dessus mes cils, avec hésitation, de peur qu’elle ne me refasse une crise. *C’était quoi, d'ailleurs ?*. Aucune idée, mais je ne veux plus jamais assister à une chose pareille, mon coeur s’est retourné et je ne me suis jamais sentie aussi mal à l’aise, aussi peu à ma place. Je suis rassurée néanmoins car l’Autre paraît moins paniquée. Finit l’écoulement de ses larmes, terminés ses pleurs et son agitation.
Ses yeux couleur de ciel me mettent mal à l’aise. Ils me paraissent irréels. Cette illusion ne me quitte pas, même quand elle ouvre la bouche pour me poser ses étranges questions. En la regardant, je ne peux m’empêcher de revoir l’accident idiot qui nous a rassemblé, son comportement de gamine, ma colère, ma peur. C’est suffisamment puissant pour m’empêcher de m’agacer du fait qu’elle considère Zikomo comme un quoi ou qu’elle me parle de moi. Assez puissant pour que je reste figée, à la regarder, en ayant agréablement conscience de la caresse du poil de Zikomo contre la peau de mon cou.
Je sais que je ne vais pas partir. Cette vague d’émotions qui l’a secoué a figé mon corps et a fait trembler mes mains. Je sais que je ne vais pas partir. Un petit soupir me secoue et je détourne les yeux. Je me tords la nuque pour regarder Zikomo, bien protégé par ma capuche. Je soutiens son regard quelques secondes. Puis je dégaine ma baguette magique et je la pointe en direction de la fille, misérable sous la pluie : « Impervius. » Mon sortilège la frappe et repousse l’eau qui s’écoulait le long de son corps. Je me jette sur la première parole qui me vient à l’esprit pour éviter d’avoir à songer à la raison de mon geste.
« Pas quoi, dis-je d’une voix froide. Mais qui. C’est un être vivant, pas une p’tain d’planche de bois. »
Les Autres sont si peu respectueux envers ceux qui ne leur ressemblent pas. La plupart d’entre eux pensent que Zikomo n’est qu’un vulgaire animal de compagnie, un animal sans âme, sans pensées, sans intelligence qui me suit naïvement, comme un chat ou un boursouflet. Lorsque Zikomo se met à parler, ils ouvrent grand les yeux et s’étonnent. Sûrement doivent-ils être choqués de leur propre idiotie.
« I’ s’présentera s’il a envie de se présenter, j’suis pas son porte-parole. »
Je soupire, encore, et fais quelques pas sur le sol rendu boueux par la pluie. Mes pieds barbottent dans l’eau, mes bottines sont toutes crasseuses. Je songe au surnom que cette enfant persiste à m’affubler. Je ne comprends pas bien l’intérêt de m’appeler ainsi si elle ne me connaît pas. C’est un peu idiot, non ? Mais je ne veux pas lui répéter que ce n’est pas ce que je suis, que Alma n’est pas moi. Si je le fais, je sais ce qu’il se passera : elle me demandera mon vrai prénom, elle insistera comme tous les Autres, elle deviendra plus chiante encore qu’elle ne l’est déjà et moi je finirais par m’énerver alors que je semble m’être calmée. Mieux vaut rester silencieuse. Et ne pas la laisser croire que je suis prête à rester là, avec elle — peut-être devrais-je même m’en aller sans ne rien dire ?
Le silence est immense. Le silence prend toute la place. Il s’étire autour de moi comme une immense couverture et me coupe du monde. La pluie tombe, l’orage gronde, j’aperçois même des élèves courir pour rentrer dans le château, pourtant je suis toujours enveloppée de silence, irrémédiablement enfermée dans cette bulle désagréable qui me coupe des autres bruits. J’ai l’impression que mes poumons vont exploser alors que je continue à respirer ; c’est la pression du moment qui se retourne contre moi et qui m’enserre dans son étreinte glacée.
Fais quelque chose. Je t’en prie. N’importe quoi.
Merlin doit exister, Merlin doit m’entendre parce que tout à coup Elowen *l’Autre* bouge. Elle se redresse lentement. Je la regarde par dessus mes cils, avec hésitation, de peur qu’elle ne me refasse une crise. *C’était quoi, d'ailleurs ?*. Aucune idée, mais je ne veux plus jamais assister à une chose pareille, mon coeur s’est retourné et je ne me suis jamais sentie aussi mal à l’aise, aussi peu à ma place. Je suis rassurée néanmoins car l’Autre paraît moins paniquée. Finit l’écoulement de ses larmes, terminés ses pleurs et son agitation.
Ses yeux couleur de ciel me mettent mal à l’aise. Ils me paraissent irréels. Cette illusion ne me quitte pas, même quand elle ouvre la bouche pour me poser ses étranges questions. En la regardant, je ne peux m’empêcher de revoir l’accident idiot qui nous a rassemblé, son comportement de gamine, ma colère, ma peur. C’est suffisamment puissant pour m’empêcher de m’agacer du fait qu’elle considère Zikomo comme un quoi ou qu’elle me parle de moi. Assez puissant pour que je reste figée, à la regarder, en ayant agréablement conscience de la caresse du poil de Zikomo contre la peau de mon cou.
Je sais que je ne vais pas partir. Cette vague d’émotions qui l’a secoué a figé mon corps et a fait trembler mes mains. Je sais que je ne vais pas partir. Un petit soupir me secoue et je détourne les yeux. Je me tords la nuque pour regarder Zikomo, bien protégé par ma capuche. Je soutiens son regard quelques secondes. Puis je dégaine ma baguette magique et je la pointe en direction de la fille, misérable sous la pluie : « Impervius. » Mon sortilège la frappe et repousse l’eau qui s’écoulait le long de son corps. Je me jette sur la première parole qui me vient à l’esprit pour éviter d’avoir à songer à la raison de mon geste.
« Pas quoi, dis-je d’une voix froide. Mais qui. C’est un être vivant, pas une p’tain d’planche de bois. »
Les Autres sont si peu respectueux envers ceux qui ne leur ressemblent pas. La plupart d’entre eux pensent que Zikomo n’est qu’un vulgaire animal de compagnie, un animal sans âme, sans pensées, sans intelligence qui me suit naïvement, comme un chat ou un boursouflet. Lorsque Zikomo se met à parler, ils ouvrent grand les yeux et s’étonnent. Sûrement doivent-ils être choqués de leur propre idiotie.
« I’ s’présentera s’il a envie de se présenter, j’suis pas son porte-parole. »
Je soupire, encore, et fais quelques pas sur le sol rendu boueux par la pluie. Mes pieds barbottent dans l’eau, mes bottines sont toutes crasseuses. Je songe au surnom que cette enfant persiste à m’affubler. Je ne comprends pas bien l’intérêt de m’appeler ainsi si elle ne me connaît pas. C’est un peu idiot, non ? Mais je ne veux pas lui répéter que ce n’est pas ce que je suis, que Alma n’est pas moi. Si je le fais, je sais ce qu’il se passera : elle me demandera mon vrai prénom, elle insistera comme tous les Autres, elle deviendra plus chiante encore qu’elle ne l’est déjà et moi je finirais par m’énerver alors que je semble m’être calmée. Mieux vaut rester silencieuse. Et ne pas la laisser croire que je suis prête à rester là, avec elle — peut-être devrais-je même m’en aller sans ne rien dire ?
Face au Grand Noir
@Aelle Bristyle
Alma fait tomber les gouttelettes qui coulaient à torrent sur le corps d'Elowen, lui redonnant une allure normale, moins minable sans doute. Étonnée, la fillette s'apprête à répondre, à réagir, ou du moins à la remercier, mais l'Autre la coupe soudainement. Elle semble elle aussi très surprise par son geste.
La petite jaune semble alors se fâcher à nouveau, ce qu'Elo parvient à comprendre, pour une fois. Elle si bornée n'écoute que peu l'avis des autres et ne réfléchit jamais avant de parler, mais cette fois-ci elle a retenu la leçon, elle a manqué de respect à la bestiole bleutée et elle ne souhaite pas s'attarder sur le sujet. Elle tend alors l'oreille, ne sachant pas comment s'exprime la créature. Mais rien. Un silence, le tonnerre, rien ne vient. La rousse en déduit donc que 'Il' n'a pas envie de se présenter. Déçue car intriguée, elle se résout à tourner la tête vers la blonde, enfoncée de quelques centimètres dans les eaux troubles du Lac. Elle va se geler ! - songe-t-elle. Ne comprenant pas cette envie de protection qu'elle éprouve à son égard, elle recule. Pourquoi cette fascination ? Pourquoi cette confiance ? Et pourquoi Alma !? Il faut qu'elle lâche prise, qu'elle se sorte cette personne de la tête, elle ne comprend vraiment rien de ce qu'il lui arrive.
- Ok tu as raison, je l'ai mal considéré, excuse-moi. Mais en fait, la réponse, je m'en fiche un peu. C'est toi qui m'intéresse.
Non, c'est la pire chose à dire. Encore une fois, Elo a parlé trop vite, ne réalisant pas l'ampleur de ses propos. elle ne peut se permettre de dire pareille chose ! Surtout à une inconnue ! Par Merlin, que va-t-elle penser de moi ? Elle se relève précipitamment, comme si elle avait le Diable a ses trousses, et bondit d'un saut vers l'avant. Cela la rapproche automatiquement de l'Âme. Du Lac. Du Grand Noir. Le tonnerre se manifeste alors, comme pour signifier qu'il est toujours là, qu'il ne faut pas l'oublier, que la violence est toujours dans l'atmosphère. Un pas. Un second. La distance qui les sépare s'amenuise. Et tout cela en une fraction de seconde.
- C'est pas ce que je voulais dire, je hum... Pardon, non mais c'est juste que y'a cette fascination que j'arrive pas à expliquer, enfin, c'est pas que tu m'fascines ou quoi, enfin si, non, mais... - elle peine à trouver ses mots - tu m'intrigues, je sais pas pourquoi, je t'aime pas, mais je me sens bien. Et je comprends pas, alors ça m'intrigues. Et honnêtement, je vois pas comment ça se fait que j'ai pas encore fui. Mais je peux pas.
C'est sorti tout seul, comme un flot de paroles alambiquées et sans lien logique. Elo ne se contrôle décidément pas depuis qu'elle a aperçu Alma près du Lac. Alors elle juge nécessaire d'ajouter, avec une toute petite voix :
- Tu devrais partir. Je devrais aussi, mais je peux pas. Alors tire-toi.
Pourquoi ? Ce mot qui revient sans cesse dans son esprit. Que lui a fait cette 'fille' ? Ce n'est pas possible, elle ne peut être une élève de Poudlard, ce doit-être une créature bien dangereuse des contes pour enfants. Pourquoi je peux pas partir ? Elle cherche une explication rationnelle mais ne trouve pas. Peut-être qu'elle lui en a trop montré, en explosant dans ses 'déboires' ? Ce doit être cela. Alma est odieuse, exécrable, et captivante. Sa folie. Et celle d'Elo. Elle ne voit rien d'autre.
Lentement, Elowen fait un pas en arrière, parvenant à se détacher de cette emprise. Elle n'a jamais agi de la sorte, et cela la perturbe grandement. Fichtre ! C'est une personne joyeuse, souriante, libre, égoïste, libre. Libre. Il faut qu'elle parte. L'Étrangère en sait déjà trop. Elle l'a remerciée de l'avoir sortie de l'eau, et lui avoir ôté la bulle d'air, elle ne lui doit donc plus rien.
Alma fait tomber les gouttelettes qui coulaient à torrent sur le corps d'Elowen, lui redonnant une allure normale, moins minable sans doute. Étonnée, la fillette s'apprête à répondre, à réagir, ou du moins à la remercier, mais l'Autre la coupe soudainement. Elle semble elle aussi très surprise par son geste.
La petite jaune semble alors se fâcher à nouveau, ce qu'Elo parvient à comprendre, pour une fois. Elle si bornée n'écoute que peu l'avis des autres et ne réfléchit jamais avant de parler, mais cette fois-ci elle a retenu la leçon, elle a manqué de respect à la bestiole bleutée et elle ne souhaite pas s'attarder sur le sujet. Elle tend alors l'oreille, ne sachant pas comment s'exprime la créature. Mais rien. Un silence, le tonnerre, rien ne vient. La rousse en déduit donc que 'Il' n'a pas envie de se présenter. Déçue car intriguée, elle se résout à tourner la tête vers la blonde, enfoncée de quelques centimètres dans les eaux troubles du Lac. Elle va se geler ! - songe-t-elle. Ne comprenant pas cette envie de protection qu'elle éprouve à son égard, elle recule. Pourquoi cette fascination ? Pourquoi cette confiance ? Et pourquoi Alma !? Il faut qu'elle lâche prise, qu'elle se sorte cette personne de la tête, elle ne comprend vraiment rien de ce qu'il lui arrive.
- Ok tu as raison, je l'ai mal considéré, excuse-moi. Mais en fait, la réponse, je m'en fiche un peu. C'est toi qui m'intéresse.
Non, c'est la pire chose à dire. Encore une fois, Elo a parlé trop vite, ne réalisant pas l'ampleur de ses propos. elle ne peut se permettre de dire pareille chose ! Surtout à une inconnue ! Par Merlin, que va-t-elle penser de moi ? Elle se relève précipitamment, comme si elle avait le Diable a ses trousses, et bondit d'un saut vers l'avant. Cela la rapproche automatiquement de l'Âme. Du Lac. Du Grand Noir. Le tonnerre se manifeste alors, comme pour signifier qu'il est toujours là, qu'il ne faut pas l'oublier, que la violence est toujours dans l'atmosphère. Un pas. Un second. La distance qui les sépare s'amenuise. Et tout cela en une fraction de seconde.
- C'est pas ce que je voulais dire, je hum... Pardon, non mais c'est juste que y'a cette fascination que j'arrive pas à expliquer, enfin, c'est pas que tu m'fascines ou quoi, enfin si, non, mais... - elle peine à trouver ses mots - tu m'intrigues, je sais pas pourquoi, je t'aime pas, mais je me sens bien. Et je comprends pas, alors ça m'intrigues. Et honnêtement, je vois pas comment ça se fait que j'ai pas encore fui. Mais je peux pas.
C'est sorti tout seul, comme un flot de paroles alambiquées et sans lien logique. Elo ne se contrôle décidément pas depuis qu'elle a aperçu Alma près du Lac. Alors elle juge nécessaire d'ajouter, avec une toute petite voix :
- Tu devrais partir. Je devrais aussi, mais je peux pas. Alors tire-toi.
Pourquoi ? Ce mot qui revient sans cesse dans son esprit. Que lui a fait cette 'fille' ? Ce n'est pas possible, elle ne peut être une élève de Poudlard, ce doit-être une créature bien dangereuse des contes pour enfants. Pourquoi je peux pas partir ? Elle cherche une explication rationnelle mais ne trouve pas. Peut-être qu'elle lui en a trop montré, en explosant dans ses 'déboires' ? Ce doit être cela. Alma est odieuse, exécrable, et captivante. Sa folie. Et celle d'Elo. Elle ne voit rien d'autre.
Lentement, Elowen fait un pas en arrière, parvenant à se détacher de cette emprise. Elle n'a jamais agi de la sorte, et cela la perturbe grandement. Fichtre ! C'est une personne joyeuse, souriante, libre, égoïste, libre. Libre. Il faut qu'elle parte. L'Étrangère en sait déjà trop. Elle l'a remerciée de l'avoir sortie de l'eau, et lui avoir ôté la bulle d'air, elle ne lui doit donc plus rien.
Face au Grand Noir
C’est toi qui m’intéresse.
Comme en écho à ces paroles, une pensée s’impose dans mon esprit : *j’ai bien fait de rester*. Ouais, j’ai bien fait parce que mon coeur sursaute agréablement, parce que ma bouche s’ouvre sous la surprise et parce que je me sens tout à trop. Je sens trop les frissons qui me secouent, je sens trop la chaleur qui galope sous ma peau. Je suis mal à l’aise. Et en même temps, je ne voudrais pas être ailleurs, pas si cela signifie ne plus écouter cette fille me dire que c’est moi qui l’intéresse. C’est tellement étrange. Habituellement, les autres sont intéressés par Zikomo. Ils m’approchent et me posent des questions sur lui ; parfois, ils osent même les poser au Mngwi.
Peut-être me ment-elle ? Je n’arrive pas à le croire. En regardant cette gamine penaude sous la pluie, ce petit corps qui s’est fait entraîner dans le Grand Noir, cette petite boule d’angoisse, de cris et de pleurs, je prends conscience que je sais qu'elle ne me ment pas. Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi. Peut-être tout simplement parce que je ne veux pas y croire, parce que c’est bien plus simple de la jouer naïve, rien que pour me faire croire qu’il existe une personne sur cette Terre que j’arrive à intéresser. Cela devrait me passer au-dessus de la tête. Les Autres ne sont pas intéressants, les Autres ne sont pas importants. Alors, nom de Merlin, pourquoi est-ce si important pour moi qu’ils me comprennent et qu’ils me disent qu’ils m’apprécient ? Je suis perdue.
« Pardon, non mais c'est juste que y'a cette fascination que j'arrive pas à expliquer, enfin, c'est pas que tu m'fascines ou quoi, enfin si, non, mais... »
Ma bouche s’entrouvre. Elle se contredit. Elle bafouille. Et moi, j’attends comme une idiote. J’attends une explication plausible, quelque chose qui pourra répondre au pourquoi qui hurle dans ma tête. Pourquoi moi ?
« Tu m'intrigues, je sais pas pourquoi, » dit-elle et dans ma tête la musique est toujours la même : le *pourquoi ?* affronte le *continue, s’te plait* dans un combat à mort. « Je t'aime pas… » Je ne m’attendais pas à ça. Je tique, enfonce mes mains dans mes poches pour cacher mon trouble. « ...mais je me sens bien. Et je comprends pas. »
Il doit y avoir un manuel quelque part. J’en suis certaine. Un manuel qui pourrait m’aider à comprendre les Autres. A la naissance, certaines personnes arrivent au monde avec ce manuel dans la tête, ils connaissent tout des comportements des Autres, parviennent à comprendre les larmes, les paroles, les cris. Moi, si je sais que cette fille ne me ment pas, je ne comprends pas pourquoi. Pourquoi me dire de telles choses alors qu’elle ne me connaît pas ? Pourquoi se confier alors que nous ne sommes rien, alors qu’elle vient de manquer de crever dans ce fichu lac, alors que je lui ai gueulé dessus ? Elle est incompréhensible. Incompréhensiblement agréable.
« Et honnêtement, je vois pas comment ça se fait que j'ai pas encore fui. Mais je peux pas. »
Et moi, je ne veux pas ; j’en prends soudainement conscience. Je ne veux pas que tu partes. D’accord, il commence à faire très froid et d’accord l’obscurité des nuages nous recouvre, la terre s’amolit sous mes pieds et se transforme en boue, mais je ne veux pas que tu t’en ailles et je ne veux pas m’en aller. Ne m’en demande pas la raison, s’il te plait, je ne saurais l’exprimer. Je me contente de ressentir, je ne veux pas penser, je ne veux pas comprendre. Seulement rester là.
« Tu devrais partir. Je devrais aussi, mais je peux pas. Alors tire-toi. »
*Qu’est-ce que…*.
Béate. Surprise. Figée.
Mon coeur prend un coup. Pas douloureux. Ce n’est pas un coup de massue qui me renverse. Plutôt une caresse qui me chavire. Je sais déjà ce que je vais dire. Mais je dois accepter les mots d’Elowen avant de le faire. Je dois accepter qu’elle veut que je parte. Je dois accepter qu’elle me le demande, comme une supplique, parce qu’elle est incapable de partir d'elle-même. Je dois accepter que je suis complètement paumée. Mais il y a une chose que je sais. Une toute petite chose. Une unique petite chose ; ce que je veux.
« Non, » soufflé-je et ma voix s’entend à peine dans la tempête ; pour être sûre que l’autre comprenne je secoue la tête à droite et à gauche, fébrile.
Non — je te défis.
Non — je me rebelle.
Non, je n’ai pas envie.
Je veux rester ici et je veux que tu restes également.
Tu vas faire quoi avec ça, hein ? Que vas-tu faire avec cette bravade ? Fondre en larme, laisser ta colère se manifester ?
Je suis droite sous l’orage qui tonne au-dessus de ma tête. Je me sens trop. Trop fragile, trop mal à l’aise, trop brave, trop touchée, trop émue, trop étrange, trop perdue, trop moi.
Comme en écho à ces paroles, une pensée s’impose dans mon esprit : *j’ai bien fait de rester*. Ouais, j’ai bien fait parce que mon coeur sursaute agréablement, parce que ma bouche s’ouvre sous la surprise et parce que je me sens tout à trop. Je sens trop les frissons qui me secouent, je sens trop la chaleur qui galope sous ma peau. Je suis mal à l’aise. Et en même temps, je ne voudrais pas être ailleurs, pas si cela signifie ne plus écouter cette fille me dire que c’est moi qui l’intéresse. C’est tellement étrange. Habituellement, les autres sont intéressés par Zikomo. Ils m’approchent et me posent des questions sur lui ; parfois, ils osent même les poser au Mngwi.
Peut-être me ment-elle ? Je n’arrive pas à le croire. En regardant cette gamine penaude sous la pluie, ce petit corps qui s’est fait entraîner dans le Grand Noir, cette petite boule d’angoisse, de cris et de pleurs, je prends conscience que je sais qu'elle ne me ment pas. Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi. Peut-être tout simplement parce que je ne veux pas y croire, parce que c’est bien plus simple de la jouer naïve, rien que pour me faire croire qu’il existe une personne sur cette Terre que j’arrive à intéresser. Cela devrait me passer au-dessus de la tête. Les Autres ne sont pas intéressants, les Autres ne sont pas importants. Alors, nom de Merlin, pourquoi est-ce si important pour moi qu’ils me comprennent et qu’ils me disent qu’ils m’apprécient ? Je suis perdue.
« Pardon, non mais c'est juste que y'a cette fascination que j'arrive pas à expliquer, enfin, c'est pas que tu m'fascines ou quoi, enfin si, non, mais... »
Ma bouche s’entrouvre. Elle se contredit. Elle bafouille. Et moi, j’attends comme une idiote. J’attends une explication plausible, quelque chose qui pourra répondre au pourquoi qui hurle dans ma tête. Pourquoi moi ?
« Tu m'intrigues, je sais pas pourquoi, » dit-elle et dans ma tête la musique est toujours la même : le *pourquoi ?* affronte le *continue, s’te plait* dans un combat à mort. « Je t'aime pas… » Je ne m’attendais pas à ça. Je tique, enfonce mes mains dans mes poches pour cacher mon trouble. « ...mais je me sens bien. Et je comprends pas. »
Il doit y avoir un manuel quelque part. J’en suis certaine. Un manuel qui pourrait m’aider à comprendre les Autres. A la naissance, certaines personnes arrivent au monde avec ce manuel dans la tête, ils connaissent tout des comportements des Autres, parviennent à comprendre les larmes, les paroles, les cris. Moi, si je sais que cette fille ne me ment pas, je ne comprends pas pourquoi. Pourquoi me dire de telles choses alors qu’elle ne me connaît pas ? Pourquoi se confier alors que nous ne sommes rien, alors qu’elle vient de manquer de crever dans ce fichu lac, alors que je lui ai gueulé dessus ? Elle est incompréhensible. Incompréhensiblement agréable.
« Et honnêtement, je vois pas comment ça se fait que j'ai pas encore fui. Mais je peux pas. »
Et moi, je ne veux pas ; j’en prends soudainement conscience. Je ne veux pas que tu partes. D’accord, il commence à faire très froid et d’accord l’obscurité des nuages nous recouvre, la terre s’amolit sous mes pieds et se transforme en boue, mais je ne veux pas que tu t’en ailles et je ne veux pas m’en aller. Ne m’en demande pas la raison, s’il te plait, je ne saurais l’exprimer. Je me contente de ressentir, je ne veux pas penser, je ne veux pas comprendre. Seulement rester là.
« Tu devrais partir. Je devrais aussi, mais je peux pas. Alors tire-toi. »
*Qu’est-ce que…*.
Béate. Surprise. Figée.
Mon coeur prend un coup. Pas douloureux. Ce n’est pas un coup de massue qui me renverse. Plutôt une caresse qui me chavire. Je sais déjà ce que je vais dire. Mais je dois accepter les mots d’Elowen avant de le faire. Je dois accepter qu’elle veut que je parte. Je dois accepter qu’elle me le demande, comme une supplique, parce qu’elle est incapable de partir d'elle-même. Je dois accepter que je suis complètement paumée. Mais il y a une chose que je sais. Une toute petite chose. Une unique petite chose ; ce que je veux.
« Non, » soufflé-je et ma voix s’entend à peine dans la tempête ; pour être sûre que l’autre comprenne je secoue la tête à droite et à gauche, fébrile.
Non — je te défis.
Non — je me rebelle.
Non, je n’ai pas envie.
Je veux rester ici et je veux que tu restes également.
Tu vas faire quoi avec ça, hein ? Que vas-tu faire avec cette bravade ? Fondre en larme, laisser ta colère se manifester ?
Je suis droite sous l’orage qui tonne au-dessus de ma tête. Je me sens trop. Trop fragile, trop mal à l’aise, trop brave, trop touchée, trop émue, trop étrange, trop perdue, trop moi.
Face au Grand Noir
@Aelle Bristyle
Elowen parle sans s'arrêter, et de son côté, Alma ne répond rien. Loin de s'en formaliser, la petite déblatère ses idées à une vitesse folle, sous le regard hébété de sa camarade. Celle-ci, la bouche béate, ne semble pas comprendre la scène qui se tient face à elle, et à bien y réfléchir, sa réaction est plutôt appropriée. En l'espace de quelques heures, la rousse a failli se noyer, puis a piqué une crise, et enfin s'est mise à raconter ce que certains pourraient confondre avec des absurdités. L'Étrangère, quant à elle, s'est vue prise dans les bras par une inconnue, a sauvé cette même inconnue de la noyade, puis s'est fortement énervée contre Elo.
Quand enfin la fillette réalise ce qu'elle vient de dire, elle s'en mord les doigts. Non. Bien sûr qu'elle ne veut pas partir. Elle est bien ici, à l'aise, elle vient de le dire. Et bien sûr qu'elle voudrait en apprendre plus sur cette Âme si réservée et intrigante. Oui, fascinante est bien le mot qui lui correspond le plus parmi tous. Mais elle sent que cela n'est pas partagé. Elle sent qu'elle dérange, que la blonde souhaite être au chaud, emmitouflée dans un plaid dans le château, avec ses amis, plutôt que là, sous la pluie, dans le froid, face à elle. Alors elle se tait un instant, avant de lâcher sa bombe, les dires les plus honnêtes possibles, car elle ne souhaite pas mentir. Et tant pis si elle a l'air ridicule, tant pis si elle dérange, au moins elle sera restée fidèle à elle-même.
- Tu devrais partir. Je devrais aussi, mais je peux pas. Alors tire-toi.
Oui, elle a dit les mots exacts. '-Tu devrais partir- Il est vrai, tu as froid, mieux à faire, et tu n'es pas bien. Je te le conseille donc. -Je devrais aussi- De même, rien ne me retient. -Mais je peux pas- J'en suis incapable Alma, je t'en prie comprend-moi, je ne sais ce qu'il m'arrive, j'ai besoin de toi, à cet instant précis de ma vie. -Alors tire-toi- C'est ce que tu as de mieux à faire. Je ne partirai pas, mais je te laisse la possibilité de le faire. Je suis la méchante dans l'histoire, arrête de me fixer ainsi, tire-toi bon sang ! Tout ceci a assez duré...'
Elle reste immobile. Alma la fixe toujours de ses grands yeux hébétés, comme pendant ce long monologue durant lequel elle n'a pas prononcé un mot. Soudain, sa tête se met à dodeliner avec force, ses lèvres s'écartent, elle elle refuse. Elle refuse de partir, et de la laisser seule. 'Pourquoi ?' La petite rousse n'y comprend strictement rien. Pourquoi ? C'est d'ailleurs la première question qu'elle lui pose.
- Et toi Alma, qu'est-ce qui te retient ? Pourquoi tu.. Juste, pourquoi ?
Elowen est perdue et soulagée à la fois. Elle se doute que cette rencontre est éphémère, qu'elle ne débouchera sur rien, vu comme l'Étrangère reste évasive sur ce qui la concerne. Elle ne peut cependant le nier, elle aime ce moment, et redoute sa fin. Vu l'heure tardive, il est probable que la fin arrive bientôt, et pourtant l'Autre ne semble toujours pas bouger. 'Ainsi, elle était sérieuse lorsqu'elle disait ne pas vouloir partir ?...' Mais alors, 'Pourquoi elle me dit rien ? Pourquoi elle me témoigne rien ?' Les questions se précipitent dans la tête de la fillette, qui soudain n'y tient plus et lâche tout, ou presque.
- Tu veux quoi de moi ? C'est vrai ça, je suis quoi ? D'abord tu manques de me noyer, ensuite tu m'agresses, et maintenant tu m'aides en me séchant, et tu refuses de partir ? Il se passe quoi dans ton cerveau Alma ? Je comprends rien ! Je m'ouvre un peu à toi, et toi tu réponds jamais !
Elle ne s'est pas énervée, la rousse est restée plutôt calme, toujours debout, les yeux plongés dans ceux de l'Inconnue. Elle communique beaucoup par le regard, et tente souvent de déceler ce que pensent les gens au travers de celui-ci, mais cette fois encore, c'est différent. Elle est incapable de deviner pourquoi l'Autre ne laisse aucun signe, pourquoi elle ne se laisse pas comprendre, et pourquoi elle reste ainsi, muette, comme subissant ce qui l'entoure sans jamais agir. Elle ne s'est pas laissée habiter par la colère, pas cette fois du moins. Pas par la tristesse non plus, ni par la peur. Non, elle a dit cela d'un toute petite voix, douce sans être mielleuse, calme sans être passive, et bienveillante sans être hypocrite.
Je t'en prie, pardonne-moi pour ce temps de réponse, j'ai de plus en plus de mal à écrire... J'espère que l'inspiration me reviendra vite ! (Le même retard est pris dans tous mes RPs, ce n'est pas personnel)
Elowen parle sans s'arrêter, et de son côté, Alma ne répond rien. Loin de s'en formaliser, la petite déblatère ses idées à une vitesse folle, sous le regard hébété de sa camarade. Celle-ci, la bouche béate, ne semble pas comprendre la scène qui se tient face à elle, et à bien y réfléchir, sa réaction est plutôt appropriée. En l'espace de quelques heures, la rousse a failli se noyer, puis a piqué une crise, et enfin s'est mise à raconter ce que certains pourraient confondre avec des absurdités. L'Étrangère, quant à elle, s'est vue prise dans les bras par une inconnue, a sauvé cette même inconnue de la noyade, puis s'est fortement énervée contre Elo.
Quand enfin la fillette réalise ce qu'elle vient de dire, elle s'en mord les doigts. Non. Bien sûr qu'elle ne veut pas partir. Elle est bien ici, à l'aise, elle vient de le dire. Et bien sûr qu'elle voudrait en apprendre plus sur cette Âme si réservée et intrigante. Oui, fascinante est bien le mot qui lui correspond le plus parmi tous. Mais elle sent que cela n'est pas partagé. Elle sent qu'elle dérange, que la blonde souhaite être au chaud, emmitouflée dans un plaid dans le château, avec ses amis, plutôt que là, sous la pluie, dans le froid, face à elle. Alors elle se tait un instant, avant de lâcher sa bombe, les dires les plus honnêtes possibles, car elle ne souhaite pas mentir. Et tant pis si elle a l'air ridicule, tant pis si elle dérange, au moins elle sera restée fidèle à elle-même.
- Tu devrais partir. Je devrais aussi, mais je peux pas. Alors tire-toi.
Oui, elle a dit les mots exacts. '-Tu devrais partir- Il est vrai, tu as froid, mieux à faire, et tu n'es pas bien. Je te le conseille donc. -Je devrais aussi- De même, rien ne me retient. -Mais je peux pas- J'en suis incapable Alma, je t'en prie comprend-moi, je ne sais ce qu'il m'arrive, j'ai besoin de toi, à cet instant précis de ma vie. -Alors tire-toi- C'est ce que tu as de mieux à faire. Je ne partirai pas, mais je te laisse la possibilité de le faire. Je suis la méchante dans l'histoire, arrête de me fixer ainsi, tire-toi bon sang ! Tout ceci a assez duré...'
Elle reste immobile. Alma la fixe toujours de ses grands yeux hébétés, comme pendant ce long monologue durant lequel elle n'a pas prononcé un mot. Soudain, sa tête se met à dodeliner avec force, ses lèvres s'écartent, elle elle refuse. Elle refuse de partir, et de la laisser seule. 'Pourquoi ?' La petite rousse n'y comprend strictement rien. Pourquoi ? C'est d'ailleurs la première question qu'elle lui pose.
- Et toi Alma, qu'est-ce qui te retient ? Pourquoi tu.. Juste, pourquoi ?
Elowen est perdue et soulagée à la fois. Elle se doute que cette rencontre est éphémère, qu'elle ne débouchera sur rien, vu comme l'Étrangère reste évasive sur ce qui la concerne. Elle ne peut cependant le nier, elle aime ce moment, et redoute sa fin. Vu l'heure tardive, il est probable que la fin arrive bientôt, et pourtant l'Autre ne semble toujours pas bouger. 'Ainsi, elle était sérieuse lorsqu'elle disait ne pas vouloir partir ?...' Mais alors, 'Pourquoi elle me dit rien ? Pourquoi elle me témoigne rien ?' Les questions se précipitent dans la tête de la fillette, qui soudain n'y tient plus et lâche tout, ou presque.
- Tu veux quoi de moi ? C'est vrai ça, je suis quoi ? D'abord tu manques de me noyer, ensuite tu m'agresses, et maintenant tu m'aides en me séchant, et tu refuses de partir ? Il se passe quoi dans ton cerveau Alma ? Je comprends rien ! Je m'ouvre un peu à toi, et toi tu réponds jamais !
Elle ne s'est pas énervée, la rousse est restée plutôt calme, toujours debout, les yeux plongés dans ceux de l'Inconnue. Elle communique beaucoup par le regard, et tente souvent de déceler ce que pensent les gens au travers de celui-ci, mais cette fois encore, c'est différent. Elle est incapable de deviner pourquoi l'Autre ne laisse aucun signe, pourquoi elle ne se laisse pas comprendre, et pourquoi elle reste ainsi, muette, comme subissant ce qui l'entoure sans jamais agir. Elle ne s'est pas laissée habiter par la colère, pas cette fois du moins. Pas par la tristesse non plus, ni par la peur. Non, elle a dit cela d'un toute petite voix, douce sans être mielleuse, calme sans être passive, et bienveillante sans être hypocrite.
Je t'en prie, pardonne-moi pour ce temps de réponse, j'ai de plus en plus de mal à écrire... J'espère que l'inspiration me reviendra vite ! (Le même retard est pris dans tous mes RPs, ce n'est pas personnel)
Face au Grand Noir
Je ne sais pas ce qu’il m’a pris. *N’y pense pas*. Pourquoi est-ce que j’ai dit non, pourquoi est-ce que je veux rester ? Pourquoi je ne ressens plus de colère ? et plus de lassitude ? Tant de questions roulent dans mon esprit, c’est fatiguant. Parfois, j’aimerais être capable de faire taire ma tête, seulement quelques secondes, pour pouvoir agir sans me poser des tas de questions. Ce serait beaucoup plus simple, non, de ne pas réfléchir ?
*Non*, me répond ma tête. Bien sûr que non — je ne suis pas une idiote de Gryffondor qui agit avant de réfléchir, moi. Ma tête, elle me sert à prendre des décisions utiles et logiques. *Parce que c’était logique d’dire non à c’te fille ?*.
La voix d’Elowen m’arrache à mes pensées, tout simplement. Elle parle, et me voilà revenue dans le monde, sous la pluie qui me glace le sang, sous ces nuages noirs qui grondent. Ma peau frémit — j’ai froid. *Arrête de parler*, songé-je à dire à l’autre. Arrête de vouloir comprendre, tu ne m’aides pas du tout à calmer l’ardeur de mes pensées. Tu ne peux pas te contenter de profiter sans poser de questions ? voudrais-je lui dire. Mais j’ai conscience que ces mots s’adressent autant à moi qu’à elle. Et finalement, avec sa voix elle m’aide. Tant qu’elle pose des questions, je crois que celles que j’ai moi-même en tête se taisent. Il est bien plus facile de lui dire à elle de se taire plutôt que de le faire comprendre à ma propre tête.
La pluie tombe drue au-dessus de nos tête et le tonnerre gronde. Les sortilèges que j’ai lancé éloignent la pluie, mais pas le froid. Je renifle et me torche le nez, détachant bravement mes yeux du paysage pour les poser dans ceux irréels de la fille qui me fait face. Et elle ouvre la bouche et la tempête n’est plus autour de moi, mais dans la bouche d’Elowen ; comme Grewger elle parle. Elle parle.
« Tu veux quoi de moi ? » Elle parle sans fin. J’ouvre la bouche et la referme ; je sais que je serais incapable de l’arrêter. « C'est vrai ça, je suis quoi ? » Mais tu n’es rien, tu ne peux pas simplement te contenter d’Être, hein ? Sans vouloir savoir, sans vouloir comprendre ? Parce que moi, quand je cherche à comprendre, j’ai juste envie de me barrer d’ici. « D'abord tu manques de me noyer, ensuite tu m'agresses, et maintenant tu m'aides en me séchant, et tu refuses de partir ? » *Quoi ?*. Un sourire ironique s’écrit sur mes lèvres. N’importe quoi, me voilà de nouveau Coupable. « Il se passe quoi dans ton cerveau Alma ? Je comprends rien ! » *Bah moi non plus, p’tain !*. « Je m'ouvre un peu à toi, et toi tu réponds jamais ! »
Le silence s’installe entre nous, moins désagréable que le précédent. Je contrôle le silence, j’ai les pleins pouvoirs sur lui puisque c’est à moi de parler. Je peux décider de le laisser s’étirer pendant une éternité ou l’anéantir maintenant. Je ne sais pas encore quoi faire, alors je me tais et je la regarde.
Merci.
Le mot arrive si rapidement dans mon esprit que je n’arrive pas à le repousser. Merci, parce que les questions me hantaient, que je paniquais de ne pas comprendre pourquoi je voulais rester avec une gamine emmerdante, mais grâce à tes questions, j’ai retrouvé le contrôle et je me sens sereine. Je sais exactement ce que je dois faire. Maintenant que tu as laissé parler ton angoisse, fille, la mienne s’est enfuie. Si c’est toi qui a peur, si c’est toi qui Demandes, qui questionnes, alors cela signifie que j’ai le pouvoir. Le pouvoir d’être ce que je veux et de cacher ce qui brille dans mon coeur.
Je remonte la lanière de mon sac sur mon épaule, lance un petit regard à Zikomo en me tordant la nuque et finalement dépose mes yeux dans ceux d’Elowen. Facilement, un sourire sincère grimpe sur mes lèvres. Je ne sais pas ce que veut dire ce sourire, et à vrai dire je n’en ai rien à faire. Je renifle — je crois que je suis en train de tomber malade, Merlin.
« Arrête de poser des questions, lancé-je d’une voix forte pour couvrir le ramdam de la pluie et du tonnerre. Y’a des questions qui sont intéressantes, et d’autres non. Les tiennes ne sont pas intéressantes. Tu t’prends la tête pour rien. »
Je lance un regard vers l’ombre du château qui se découpe sur le ciel en colère. Les lumières ont fait leur apparition dans les rectangles des fenêtres. *C’est beau*.
« On rentre, dis-je soudainement en jetant un regard à l’Autre. Ramène-toi, j’me gèle. »
Et je me mets en marche en direction du château. Au bout de quelques pas, je me retourne pour m’assurer que l’enfant me suive. J’ai trouvé la solution parfaite pour ne pas répondre à mes questions : m’en aller et l’emmener avec moi. Dans le hall, nous nous séparerons automatiquement, sans nous poser de questions, et tout finira bien.
Mais ses mots tournent encore dans ma tête
« Y'a cette fascination que j'arrive pas à expliquer. »
Je crois que je n’arriverais pas à m’en débarrasser.
« Tu m'intrigues, je sais pas pourquoi. »
Je crois qu’ils réchauffent mon coeur.
« Je me sens bien. »
C’est idiot. Elowen est une Grewger en puissance. Et Merlin seul sait combien je déteste Krissel Grewger. Trop gamine, trop sincère, trop émotive. Elle me met mal à l’aise à chaque fois, comme cette fille-là. Alors c’est complètement idiot de penser à ces mots qu'elle vient de m'offrir.
*Non*, me répond ma tête. Bien sûr que non — je ne suis pas une idiote de Gryffondor qui agit avant de réfléchir, moi. Ma tête, elle me sert à prendre des décisions utiles et logiques. *Parce que c’était logique d’dire non à c’te fille ?*.
La voix d’Elowen m’arrache à mes pensées, tout simplement. Elle parle, et me voilà revenue dans le monde, sous la pluie qui me glace le sang, sous ces nuages noirs qui grondent. Ma peau frémit — j’ai froid. *Arrête de parler*, songé-je à dire à l’autre. Arrête de vouloir comprendre, tu ne m’aides pas du tout à calmer l’ardeur de mes pensées. Tu ne peux pas te contenter de profiter sans poser de questions ? voudrais-je lui dire. Mais j’ai conscience que ces mots s’adressent autant à moi qu’à elle. Et finalement, avec sa voix elle m’aide. Tant qu’elle pose des questions, je crois que celles que j’ai moi-même en tête se taisent. Il est bien plus facile de lui dire à elle de se taire plutôt que de le faire comprendre à ma propre tête.
La pluie tombe drue au-dessus de nos tête et le tonnerre gronde. Les sortilèges que j’ai lancé éloignent la pluie, mais pas le froid. Je renifle et me torche le nez, détachant bravement mes yeux du paysage pour les poser dans ceux irréels de la fille qui me fait face. Et elle ouvre la bouche et la tempête n’est plus autour de moi, mais dans la bouche d’Elowen ; comme Grewger elle parle. Elle parle.
« Tu veux quoi de moi ? » Elle parle sans fin. J’ouvre la bouche et la referme ; je sais que je serais incapable de l’arrêter. « C'est vrai ça, je suis quoi ? » Mais tu n’es rien, tu ne peux pas simplement te contenter d’Être, hein ? Sans vouloir savoir, sans vouloir comprendre ? Parce que moi, quand je cherche à comprendre, j’ai juste envie de me barrer d’ici. « D'abord tu manques de me noyer, ensuite tu m'agresses, et maintenant tu m'aides en me séchant, et tu refuses de partir ? » *Quoi ?*. Un sourire ironique s’écrit sur mes lèvres. N’importe quoi, me voilà de nouveau Coupable. « Il se passe quoi dans ton cerveau Alma ? Je comprends rien ! » *Bah moi non plus, p’tain !*. « Je m'ouvre un peu à toi, et toi tu réponds jamais ! »
Le silence s’installe entre nous, moins désagréable que le précédent. Je contrôle le silence, j’ai les pleins pouvoirs sur lui puisque c’est à moi de parler. Je peux décider de le laisser s’étirer pendant une éternité ou l’anéantir maintenant. Je ne sais pas encore quoi faire, alors je me tais et je la regarde.
Merci.
Le mot arrive si rapidement dans mon esprit que je n’arrive pas à le repousser. Merci, parce que les questions me hantaient, que je paniquais de ne pas comprendre pourquoi je voulais rester avec une gamine emmerdante, mais grâce à tes questions, j’ai retrouvé le contrôle et je me sens sereine. Je sais exactement ce que je dois faire. Maintenant que tu as laissé parler ton angoisse, fille, la mienne s’est enfuie. Si c’est toi qui a peur, si c’est toi qui Demandes, qui questionnes, alors cela signifie que j’ai le pouvoir. Le pouvoir d’être ce que je veux et de cacher ce qui brille dans mon coeur.
Je remonte la lanière de mon sac sur mon épaule, lance un petit regard à Zikomo en me tordant la nuque et finalement dépose mes yeux dans ceux d’Elowen. Facilement, un sourire sincère grimpe sur mes lèvres. Je ne sais pas ce que veut dire ce sourire, et à vrai dire je n’en ai rien à faire. Je renifle — je crois que je suis en train de tomber malade, Merlin.
« Arrête de poser des questions, lancé-je d’une voix forte pour couvrir le ramdam de la pluie et du tonnerre. Y’a des questions qui sont intéressantes, et d’autres non. Les tiennes ne sont pas intéressantes. Tu t’prends la tête pour rien. »
Je lance un regard vers l’ombre du château qui se découpe sur le ciel en colère. Les lumières ont fait leur apparition dans les rectangles des fenêtres. *C’est beau*.
« On rentre, dis-je soudainement en jetant un regard à l’Autre. Ramène-toi, j’me gèle. »
Et je me mets en marche en direction du château. Au bout de quelques pas, je me retourne pour m’assurer que l’enfant me suive. J’ai trouvé la solution parfaite pour ne pas répondre à mes questions : m’en aller et l’emmener avec moi. Dans le hall, nous nous séparerons automatiquement, sans nous poser de questions, et tout finira bien.
Mais ses mots tournent encore dans ma tête
« Y'a cette fascination que j'arrive pas à expliquer. »
Je crois que je n’arriverais pas à m’en débarrasser.
« Tu m'intrigues, je sais pas pourquoi. »
Je crois qu’ils réchauffent mon coeur.
« Je me sens bien. »
C’est idiot. Elowen est une Grewger en puissance. Et Merlin seul sait combien je déteste Krissel Grewger. Trop gamine, trop sincère, trop émotive. Elle me met mal à l’aise à chaque fois, comme cette fille-là. Alors c’est complètement idiot de penser à ces mots qu'elle vient de m'offrir.
Face au Grand Noir
@Aelle Bristyle, comme à chaque fin de RP, voici la musique qui m’a guidée et qui, je trouve, illustre notre Histoire : Combustible - Coeur de Pirate

Alma semble à l’aise, Elowen l’est moins. Elle a horreur du silence, qu’elle considère comme gênant, comme une perte de temps. L’Autre ne répond d’abord pas, laissant le bruit de la pluie prendre pleine possession des lieux. Elle semble songeuse, mais bien. ‘Comment se fait-ce ?’ Pourtant, rien de cet après-midi n’est logique, rien. Tout part en vrille, et cette fille semble être pourtant le type réservée, bien dans les rangs d’apparence même si son fort intérieur bouillonne. Alors pourquoi est-elle à l’aise en cet instant ? C’est ce que ne cesse de se demande Elowen qui regarde la Poufsouffle d’un oeil interrogateur, presque intrusif. ‘Je commence à comprendre pourquoi elle m’intrigue autant. Cette fille est définitivement bien spéciale.’
Et puis ensuite ‘Je l’aime bien’. Ce sont ces mêmes mots qui traversent l’esprit d’Elowen, qui rougit d’avoir pensé cela. Pour rien au monde elle ne l’avouerait, le simple fait qu’elle ose se le dire est déjà une immense avancée dans sa réflexion, et entendre ses mots dans sa tête est bien assez douloureux, alors de là à les prononcer, il y a encore un immense gouffre.
Alma fait trainer ses yeux un peu partout, adressant un regard à la créature bleue qui l’accompagne et de laquelle la rousse ne sais rien, puis elle regarde Elo. Droit dans les yeux. De ses yeux noisettes qui transpercent l’âme.
La petite aiglonne s’attendait à une réponse dure, mais pas à la douche froide qu’elle vient de recevoir. Elle se sent quelque peu salie par les mots de cette Etrangère, elle avait placé tant d’espoir en cette question, elle attendait tellement la réponses ! Mais rien. Comme d’habitude en fait, il faudrait qu’elle arrête d’attendre des choses des autres. La blonde la casse un peu plus à chaque fois, détruisant les maigres espoirs que se fait la fillette au cours de la conversation. Ainsi, l’interêt n’est pas réciproque, sinon pourquoi lui dire droit dans les yeux que ses questions sont inintéressantes ? ‘Elle est spéciale, je l’aime bien, mais je la comprends pas du tout ! Si je la saoule elle n’a qu’à partir hein, je la retiens pas !’
Cela ne tarde d’ailleurs pas à arriver. Alma s’est lassée, elle s’en va. ‘Comment ça, elle me laisse ? Vraiment ?’ Dans sa phrase, elle a inclus le mot ‘on’, mais qu’est ce que cela veut dire au fond, elle est tellement solitaire, Elowen n’a aucun moyen de parvenir à comprendre ce qu’elle pense vraiment. Cette dernière songe à ses mots et tente d’en comprendre la raison d’abord, puis le sens ensuite, sans succès. A son tour elle s’apprête à se retourner et partir dans la direction opposée, pour rejoindre le large comme elle aime appeler le bout du Parc, mais elle sent un regarde posé sur elle. Elle se tourne alors et l’aperçoit, la Fille. Celle-ci la regarde, est face à elle, à des mètres de distance, mais malgré tout cela à quoi s’ajoute la pluie, Elowen a l’impression qu’Alma l’attend.
- T’es bien bizarre toi.
Elowen la fixe à son tour avec intensité, comme pour la défier, lui montrer qui commande ici. Mais au fond, ce combat de coqs est bien incensé, car les deux adolescentes sont aussi désemparées et perdues l’une que l’autre. Alors, après quelque secondes de cette bataille de regard, la rousse baisse les yeux et avance, résignée.
Une fois qu’elle est à son niveau, comme pour donner un sens à tout ce qu’il se passe, Elowen en rajoute une couche en faisant une chose dénuée de tout sens. Elle fait un bisou sur le bout de ses doigts, et dépose ce dernier sur la joue d’Alma en y collant un instant sa main. Et elle court.
Elle s’en va, laissant l’autre là, derrière elle, ne se retournant à aucun moment, elle ressent le besoin de réfléchir. Elle court sans penser à sa camarade seule dans le froid, sous la pluie, avec qui elle a passé l’après-midi et qu’elle vient d’abandonner à son sort. Elle court sur ses courtes pattes jusqu’à être essoufflée, à respirer fort, un peu comme un buffle. Elle n’est pas habituée à faire du sport, préférant manger à se muscler, ce qui explique en partie son corps rondouillet.
Une fois devant le château elle s’arrête. Elle vient de se rappeler du fait qu’elle avait prévu de passer l’après-midi avec quelques amies, qu’elle vient elles aussi d’abandonner. Et elle n’a aucune excuse pour cela, car bien entendu elle refuse de révéler quoi que ce soit de ce qu'il vient de se passer. Elle sait qu’elle n’a pas besoin de retourner demander à Alma de ne pas parler, celle-ci n’en fera rien. Alors elle franchit la porte et disparaît.
Je t'envoie un hibou très bientôt.

Alma semble à l’aise, Elowen l’est moins. Elle a horreur du silence, qu’elle considère comme gênant, comme une perte de temps. L’Autre ne répond d’abord pas, laissant le bruit de la pluie prendre pleine possession des lieux. Elle semble songeuse, mais bien. ‘Comment se fait-ce ?’ Pourtant, rien de cet après-midi n’est logique, rien. Tout part en vrille, et cette fille semble être pourtant le type réservée, bien dans les rangs d’apparence même si son fort intérieur bouillonne. Alors pourquoi est-elle à l’aise en cet instant ? C’est ce que ne cesse de se demande Elowen qui regarde la Poufsouffle d’un oeil interrogateur, presque intrusif. ‘Je commence à comprendre pourquoi elle m’intrigue autant. Cette fille est définitivement bien spéciale.’
Et puis ensuite ‘Je l’aime bien’. Ce sont ces mêmes mots qui traversent l’esprit d’Elowen, qui rougit d’avoir pensé cela. Pour rien au monde elle ne l’avouerait, le simple fait qu’elle ose se le dire est déjà une immense avancée dans sa réflexion, et entendre ses mots dans sa tête est bien assez douloureux, alors de là à les prononcer, il y a encore un immense gouffre.
Alma fait trainer ses yeux un peu partout, adressant un regard à la créature bleue qui l’accompagne et de laquelle la rousse ne sais rien, puis elle regarde Elo. Droit dans les yeux. De ses yeux noisettes qui transpercent l’âme.
La petite aiglonne s’attendait à une réponse dure, mais pas à la douche froide qu’elle vient de recevoir. Elle se sent quelque peu salie par les mots de cette Etrangère, elle avait placé tant d’espoir en cette question, elle attendait tellement la réponses ! Mais rien. Comme d’habitude en fait, il faudrait qu’elle arrête d’attendre des choses des autres. La blonde la casse un peu plus à chaque fois, détruisant les maigres espoirs que se fait la fillette au cours de la conversation. Ainsi, l’interêt n’est pas réciproque, sinon pourquoi lui dire droit dans les yeux que ses questions sont inintéressantes ? ‘Elle est spéciale, je l’aime bien, mais je la comprends pas du tout ! Si je la saoule elle n’a qu’à partir hein, je la retiens pas !’
Cela ne tarde d’ailleurs pas à arriver. Alma s’est lassée, elle s’en va. ‘Comment ça, elle me laisse ? Vraiment ?’ Dans sa phrase, elle a inclus le mot ‘on’, mais qu’est ce que cela veut dire au fond, elle est tellement solitaire, Elowen n’a aucun moyen de parvenir à comprendre ce qu’elle pense vraiment. Cette dernière songe à ses mots et tente d’en comprendre la raison d’abord, puis le sens ensuite, sans succès. A son tour elle s’apprête à se retourner et partir dans la direction opposée, pour rejoindre le large comme elle aime appeler le bout du Parc, mais elle sent un regarde posé sur elle. Elle se tourne alors et l’aperçoit, la Fille. Celle-ci la regarde, est face à elle, à des mètres de distance, mais malgré tout cela à quoi s’ajoute la pluie, Elowen a l’impression qu’Alma l’attend.
- T’es bien bizarre toi.
Elowen la fixe à son tour avec intensité, comme pour la défier, lui montrer qui commande ici. Mais au fond, ce combat de coqs est bien incensé, car les deux adolescentes sont aussi désemparées et perdues l’une que l’autre. Alors, après quelque secondes de cette bataille de regard, la rousse baisse les yeux et avance, résignée.
Une fois qu’elle est à son niveau, comme pour donner un sens à tout ce qu’il se passe, Elowen en rajoute une couche en faisant une chose dénuée de tout sens. Elle fait un bisou sur le bout de ses doigts, et dépose ce dernier sur la joue d’Alma en y collant un instant sa main. Et elle court.
Elle s’en va, laissant l’autre là, derrière elle, ne se retournant à aucun moment, elle ressent le besoin de réfléchir. Elle court sans penser à sa camarade seule dans le froid, sous la pluie, avec qui elle a passé l’après-midi et qu’elle vient d’abandonner à son sort. Elle court sur ses courtes pattes jusqu’à être essoufflée, à respirer fort, un peu comme un buffle. Elle n’est pas habituée à faire du sport, préférant manger à se muscler, ce qui explique en partie son corps rondouillet.
Une fois devant le château elle s’arrête. Elle vient de se rappeler du fait qu’elle avait prévu de passer l’après-midi avec quelques amies, qu’elle vient elles aussi d’abandonner. Et elle n’a aucune excuse pour cela, car bien entendu elle refuse de révéler quoi que ce soit de ce qu'il vient de se passer. Elle sait qu’elle n’a pas besoin de retourner demander à Alma de ne pas parler, celle-ci n’en fera rien. Alors elle franchit la porte et disparaît.
Fin de RP pour moi. Merci encore, je ne sais combien de fois je vais à nouveau dire cela.
J’ai hâte que l’on recommence, à très vite crevette![]()
Je t'envoie un hibou très bientôt.