Privé Fierté d'une victoire aérienne

Jodie ne répondit pas dans l'immédiat, et Meg se sentit coupable. Sa camarade lui faisait-elle la tête ? Était-elle énervée par sa réaction ? Même si elle ne connaissait pas très bien la Serdaigle puisqu'elles n'avaient commencé à discuter que pendant ce fameux cours de Vol qu'elles avaient partagé, la jeune brune commençait à déjà l'apprécier. Certes, dès que quelqu'un était sympathique avec elle, elle l'appréciait. Cela n'empêchait pas le fait qu'elle détestait installer un silence gêné avec quelqu'un d'autre, et que cet autre lui en voulait probablement. Heureusement, sa camarade lui répondit finalement :

Pas grave, t'inquiètes. Je ne sais pas trop ce que c'est d'être fille unique.

La grande brune esquissa un petit sourire. Ça faisait quoi, d'être fille unique ? Personne ne le lui avait demandé, et elle n'avait donc jamais expliqué à personne ce qu'elle ressentait, elle, sans frères ni soeurs avec qui jouer, sans personne de son âge avec qui s'amuser. Même sa mère ne savait pas ce que ça faisait, puisqu'elle avait une soeur (disparue de la circulation depuis bien longtemps) et elle ne s'était jamais imaginée à quel point ça pouvait parfois être dur. Être obligée de jouer toute seule avait certes développer considérablement l'imaginaire de Meg, ainsi que son habitude à la solitude, mais l'avait aussi rendu mal à l'aise vis-à-vis des autres - et inhabituée aux contacts avec des enfants de son âge. Elle gardait pourtant un très bon souvenir de son enfance, malgré la solitude qu'on lui avait imposée.

Être fille unique, c'est vraiment pas terrible... tu peux jouer avec personne, tu peux rien partager avec des enfants de ton âge... mais bon. Maintenant que j'suis à Poudlard, j'ai des amis donc ça va.

*Des amis, qui remplacent les frères et soeurs que je n'ai pas eu* songea Meg en donnant un coup de pieds à un tas de neige qui dépassait du sol tout blanc. Quand Jodie lui confia que ce n'était pas très amusant d'avoir deux grands frères, elle haussa les épaules. Au moins, sa camarade avait quelqu'un avec qui se chamailler et discuter !

Avoir une soeur, ça doit être bien, concult la jeune Hunter avec un sourire.

“She read about people she could never be and adventures she would never have”
Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin #PouffyFamily

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L'ambiance semblait s'être définitivement radoucie. La légère tension qui s'était installée après que Jodie ait annoncé à Margaret qu'elle avait deux frères avait finalement disparu, laissant de nouveau place à la bonne entente qui avait jusque-là rythmé leur discussion. Elle vit même sa camarade esquisser un sourire lorsqu'elle évoqua le fait d'être fille unique.

« Être fille unique, c'est vraiment pas terrible... tu peux jouer avec personne, tu peux rien partager avec des enfants de ton âge... mais bon. Maintenant que j'suis à Poudlard, j'ai des amis donc ça va. »

Il était vrai que Jodie n'avait jamais vu la chose sous cet angle : ne pouvoir ni jouer ni partager des choses avec des enfants de son âge. Car il lui semblait que même si avoir des frères et sœurs permettait de se sentir moins seul au sein de sa propre famille, les amis qu'on se faisait à l'école permettaient de remédier à cette solitude. Jodie avait bien plus joué avec les enfants de son âge à l'école qu'avec Pavel et Vitaliy. Encore, quand ils étaient petits, c'était plus fréquent, mais à partir du moment où Pavel avait rejoint Poudlard, cette habitude s'était faite de plus en plus rare. Ils partageaient certes toujours de bons moments ensemble, des moments amusants, mais qui n'avaient rien à voir avec la façon dont ils pouvaient jouer avant. Grandir changeait les choses. Mais peut-être que Margaret n'était pas allée à l'école, ou alors ne s'y était pas fait beaucoup d'amis ?

« Avoir une sœur, ça doit être bien, rajouta-t-elle. »

Particulièrement pour Margaret, qui était fille unique, pensa Jodie, même si elle était personnellement bien contente d'avoir des frères. Elle avait la sensation qu'avoir deux sœurs à la place aurait été très différent, et peut-être moins bien.

« Mmm, oui, sûrement, fit Jodie en haussant les épaules. Mais en effet, j'imagine qu'on se sent plus seule en étant fille unique. »

Elle ne développa pas plus, n'ayant rien d'intéressant à rajouter à ce propos. Puis, de façon tout à fait innocente, sans penser que peut-être, cela pouvait être un mauvais souvenir pour Margaret, ou quelque chose qu'elle n'avait pas envie d'aborder – Jodie ayant l'habitude d'être franche et sincère –, elle rajouta :

« Mais il n'y a pas forcément besoin de frères et sœurs pour partager des choses avec d'autres personnes de son âge. Enfin, je veux dire, avant Poudlard, tu rencontres tout un tas d'enfants de ton âge à l'école primaire. Non ? »

Première année RP (2044-2045)

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Le regard de Meg, qui se perdait dans le tumulte des flocons désordonnés tombant vers le sol, comme attirés par ce tapis blanc auquel ils se rajoutaient, changea de direction pour se braquer sur le visage de Jodie. Elle ne la regardait pas vraiment, pensant à tout autre chose. Elle s'imaginait sa vie, son enfance, si elle avait eu des frères et soeurs. Comment ça se serait passé ? Comment aurait-elle évolué, elle la petite solitaire qui s'était trouvé par la suite plein d'amis à Poudlard ? Probablement qu'elle aurait été différente. Elle espérait qu'elle n'aurait pas été une petite peste ou une personne froide et renfermée, n'aimant que sa fratrie.

Comment se seraient-ils appelé ? S'il y avait un garçon, Meg aurait voulu qu'il s'appelle Malcolm. C'était beau, Malcolm, ça commençait comme son prénom à elle. Ils auraient été les deux Ma de la famille. Malcolm et Margaret Hunter. Ils auraient été jumeaux. La grande brune rêvait d'avoir un jumeau ou une jumelle. On devait se sentit encore bien plus proche d'un jumeau que d'un frère normal, et Malcolm aurait été son jumeau. Il lui aurait ressemblé : grand, brun avec des cheveux en broussaille, de grands yeux verts et de multiples tâches de rousseur. Tout le monde, dans la rue ou dans les couloirs, auraient remarqué qu'ils étaient jumeaux. Et puis, il lui ressemblerait aussi mentalement. Il aurait été gentil, rêveur, un peu farfelu, accro à la lecture et au chocolat. Ils se seraient bien entendu. A cette pensée, la jeune fille grimaça. Ça aurait été tellement beau que ce Malcolm existe ! Ou même une Malcolmette, qui puisse la comprendre et l'aimer comme dans une vraie fratrie ! Malheureusement, aucun Malcolm ni aucune Malcolmette n'avait vu le jour dans la famille de Meg, et elle devrait se résigner à être fille unique toute sa vie.

Et puis, si ce Malcolm avait existé, sa vie aurait été différente. Elle n'aurait jamais été seule, et n'aurait donc jamais imaginé Tobby. Sa maman aurait dut partagé son amour en deux, et Pelote n'aurait pas été son chat à elle, son animal domestique privé. Il y aurait forcément eut des chamailleries. Avoir un jumeau n'avait pas que des points positifs, se disait-elle après réflexion.

Mais il n'y a pas forcément besoin de frères et sœurs pour partager des choses avec d'autres personnes de son âge. Enfin, je veux dire, avant Poudlard, tu rencontres tout un tas d'enfants de ton âge à l'école primaire. Non ?

Margaret s'immobilisa, un pied en suspens au-dessus du sol, arrêtant soudainement sa lente marche vers le château. L'école primaire ? Les autres personnes de son âge avant Poudlard ? Elle n'avait jamais connu cela non plus, sa mère tenant à faire elle-même l'éducation de sa fille. Pas que Millicent n'aimait pas les Moldus, elle les adorait et les trouvait fascinant, mais elle préférait lui apprendre à la fois les mathématiques et l'anglais, mais aussi les Potions, la Botanique, les bases de l'Astronomie... La jeune fille poussa un soupir en répondant d'une voix qu'elle voulait rendre amusée :

Oh, hem... comment dire ? Je n'ai jamais été à l'école, avant Poudlard, et je ne parlais pas souvent aux Moldus de mon âge.

Elle ouvrit la bouche, la referma, se mordant la langue au passage, puis reposa son pied sur le sol de poudreuse pour éviter de perdre l'équilibre. Puis elle remit une mèche rebelle derrière son oreille, pour prendre son temps, avant de lâcher, la gorge sèche :

Ils se moquaient de moi, parce que j'étais trop grande et trop... bizarre. Normal, j'étais sorcière.

Elle esquissa un petit sourire dénué de joie, avant de baisser le regard pour éviter de croiser celui de Jodie. Personne, à Poudlard, ne savait cela. Son passé n'était pas un sujet qu'elle aimait aborder, et elle esquivait très souvent les questions dessus. Hormis sa discussion avec Ethan à la librairie, elle n'avait jamais mentionné son père et sa drôle d'enfance avec qui que ce soit.

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Privé Fierté d'une victoire aérienne
Margaret immobilisa son pied en l'air quelques secondes, interrompant son avancée. Jodie se stoppa à son tour, orientant son visage vers elle. Elle pencha légèrement la tête dans un signe d'interrogation, se demandant l'origine de ce brusque arrêt. Avait-elle encore dit quelque chose de mal ?

« Oh, hem... comment dire ? Je n'ai jamais été à l'école, avant Poudlard, et je ne parlais pas souvent aux Moldus de mon âge. »

Sa camarade avait employé un ton qui ne se voulait pas trop sérieux, mais Jodie n'était pas certaine de devoir s'y fier. Il y avait quelque chose dans son attitude qui lui donnait l'impression qu'elle n'était pas complètement à l'aise. Cependant, plutôt que de s'attarder sur cette réaction, elle fut bien plus surprise par cette nouvelle. Jodie était allée dès ses trois ans à l'école primaire, tout comme ses frères. Ses parents étant très pris par leur travail, ils ne pouvaient se permettre de les garder chez eux avant leur rentrée à Poudlard. Il lui avait toujours semblé que nombreuses étaient les familles de sorciers à faire ce choix, étant bien plus simple, et permettant mieux à leurs enfants de se fondre dans la masse moldue ; mais peut-être se trompait-elle. Cela avait d'ailleurs été un élément décisif pour Jane et Aleksandr : ils disaient toujours que le meilleur moyen pour se cacher des moldus était de leur faire croire qu'on se comportait comme eux. L'école primaire était donc rapidement apparue comme leur moyen de protéger leurs enfants.

« Ils se moquaient de moi, parce que j'étais trop grande et trop... bizarre. Normal, j'étais sorcière. »

Jodie nota l'attitude gênée de Margaret. Elle ne pu s'empêcher de hausser les sourcils à cette remarque, tant elle trouvait ça absurde. Trop grande ? Se moquer de quelqu'un parce qu'il était trop grand ? Elle n'avait jamais compris les comportements mesquins de certains enfants, qui se moquaient tout simplement de ceux qui n'étaient pas comme eux. Mais entre ressembler à ce genre d'enfant ou être différente, Jodie avait vite fait son choix. Néanmoins, pour ce qui était d'être bizarre, elle pouvait mieux comprendre les réactions, même si elle ne les justifiait pas pour autant. Un sorcier restait un sorcier, et particulièrement en bas âge, il se passait toujours des choses étranges autour de lui sans qu'il ne puisse les contrôler. Jodie n'avait jamais rencontré de problèmes avec les moldus, ayant toujours réussi à s'adapter à n'importe quelle situation. Immobile face à Margaret, les pieds plantés dans la neige, elle lui répondit alors, en haussant les épaules :

« Tu sais, déjà que les enfants entre eux ne sont pas forcément tous sympas, à l'école comme en général, alors imagine un enfant moldu face à un enfant sorcier. Un monde entier nous sépare. Littéralement. »

Elle ponctua sa phrase de cet étrange sourire qu'on adresse logiquement aux personnes qu'on ne connaît pas plus que ça, mais qui ici exprimait sa modeste compassion, ne se sentant pas triste pour autant. Puis, de façon très simple, mais également intéressée par la réponse, elle surenchérit, les sourcils légèrement froncés :

« Mais pourquoi tu n'es pas allée à l'école ? »

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Meg n'avait pas beaucoup de complexes sur elle-même. Elle s'aimait comme elle était, c'est-à-dire un peu folle, passant sa vie dans un monde imaginaire, maladroite et trop franche au goût de certain, et cela ne la dérangeait pas. De même, elle ne faisait pas beaucoup attention à son physique ou ses vêtements. Elle aimait ses cheveux, même s'ils étaient désordonnés et rebelles, adorait la couleur verte de ses trop grands yeux, s'amusait à compter ses tâches de rousseur, et n'avait rien à faire que ses habits soient bien trop larges et trop grands pour elle. Certains la considéraient comme "trop maigre" ou "avec une corpulence parfaite", mais elle n'avait que faire des remarques des autres là-dessus. Par contre, elle n'aimait pas sa taille. C'était la seule chose qu'elle détestait chez elle, bien plus que sa maladresse ou ses boucles indomptables. Surplomber les autres d'une tête, être obligée de se tasser pour paraître un peu plus petite, tout ceci l'énervait. Mais elle n'y aurait jamais pensé si personne ne lui avait dit, ne lui avait fait remarqué qu'elle était "différente" par sa taille. Durant son enfance, elle avait eu le droit à toute sorte de surnoms horribles qui lui avaient créé ce complexe : "la grande perche", "la girafe", "l'asperge"... et même si sa mère ne cessait de répéter qu'il ne fallait pas faire attention aux remarques des jaloux et des méchants, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir blessée et vexée par ces insultes gratuites qu'elle prenait très à coeur.

Heureusement, à Poudlard, les gens étaient plus ouverts d'esprit et gentils. Personne ne lui avait encore fait de remarques désagréables sur sa taille, et les quelques allusions qu'elle avait dut subir étaient dénuées de méchanceté. Heureusement. Les élèves étaient plus grands et matures, maintenant, donc s'amusaient moins à se moquer gratuitement. La remarque de Jodie le prouva à la jeune fille :

Tu sais, déjà que les enfants entre eux ne sont pas forcément tous sympas, à l'école comme en général, alors imagine un enfant moldu face à un enfant sorcier. Un monde entier nous sépare. Littéralement.

Meg sourit. Elle se contenta d'acquiescer. Oui, un monde entier séparait les petits Moldus pénibles qu'elle avait connu à Hillingdon, et les élèves sorciers pour la plupart gentils. Mais ces moqueurs détestables, ils n'avaient pas tort, au fond : pour eux, elle était bizarre. Elle avait toujours été bizarre, n'allant jamais à l'école et habitant avec une femme étrange et un peu douteuse. Des choses énigmatiques aux yeux des sorciers se produisaient chez elles : parfois des explosions, des objets qui semblaient voler, des étranges plantes... Les enfants Moldus n'avaient pas totalement tort, mais elle ne pouvait s'empêcher de les détester : elle qui avait été solitaire et rejetée pendant des années leur en voulait pour leurs remarques stupides et méchantes et la mise à l'écart qu'elle avait subi.

Elle reprit sa marche vers le château, plus lentement qu'avant. Elle avait l'impression que le froid s'intensifiait et que les flocons se faisaient plus denses, noyant le paysage dans une rafale de blanc. L'école n'était plus qu'une ombre grise au milieu de toute cette neige immaculée et tourbillonnante, une masse qui s'approchait. Quand Jodie lui demanda pourquoi elle n'était jamais allée à l'école, la jeune fille haussa les épaules nonchalamment :

Ma mère voulait me faire des cours à la maison, pour que je puisse apprendre aussi des matières magiques - les bases, hein. Et puis ça se passait déjà pas très bien avec les autres enfants, j'ai jamais été...

Elle s'arrêta dans sa phrase, cherchant les mots. C'était bizarre de confier cela à sa camarade, elle qui ne s'était jamais autant livrée sur son passé.

Quand j'étais petite, j'étais sur la Lune. Littéralement. Je vivais dans un monde inventé. En grandissant, ça allait mieux mais... c'était pour ça que les autres me trouvaient bizarre, aussi.

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