Qui Pleut ?
Mon corps se ratatine, comme une vieille cerise en plein soleil qui se fait cramer jusqu’à sa charnure.
Là, peut-être que ce que dégage ma peau peut commencer à être acide, puant, et complètement différent de ce qu’il ose appeler mon parfum. *’aucune idée*. J’essaie juste de m’aligner à mon naturel pour ne pas altérer ce qu’il pourrait en percevoir. *Non…*. Il n’est pas possible de percevoir avec l’odorat, pas vrai ? *Merde*. Je n’arrive pas à me concentrer à ne rien changer. Et plus je m’y concentre, moins j’y arrive.
Mon naturel-de-corps se fait défoncer par ce dégoût de me faire renifler ; je n’arrive pas à m’en détacher. Je n’arrive pas à être moi, senteur de moi-même.
Cette réponse que je mérite enroule doucement sa main autour de mon cou, y enfonçant ses doigts jusqu’à ma gorge, et étranglant mon besoin de savoir.
Je dois savoir mon foutu parfum.
Ses yeux-de-cheveux sont si proches que je pourrais presque en percevoir ses pupilles effilées, grande portée magique qui s’étendrait jusqu’à des régions que je ne connais pas. Les sons par là-bas doivent se chevaucher et s’emmêler aussi bien qu’une harmonie ; que je ne comprendrais jamais. C’est chiant de se dire que j’ai beaucoup trop de retard dans un domaine pour en saisir ne serait-ce que les piliers. *’s’en fous*. Sans parler des subtilités. *’juste d’moi*. Même si ça serait uniquement pour mieux m’étendre, moi-même. Juste moi.
Alors je fais face à celui qui est en train de s’habille de tombeau, les bras croisés, le regard-de-crinière. Il est comme allongé dans un cercueil trop petit, mais debout. *’fais l’mort ?*. C’est quoi cette position de créature complètement paniquée ?
Je sens ma langue frotter contre mes dents.
Pourquoi est-ce qu’il est en train d’imiter l’état final ?
Il pense en avoir fini ? *’n’importe quoi !*. C’est moi qui suis en train de me forcer à un point qui me dégoûte ! C’est moi qui suis en train de racler pour son savoir qu’il est en train d’enterrer avec lui ! C’est moi qui suis en train de défoncer tout ce qui peut être d’authent—
— T’as pe… un seul coup-de-mot, mort, déjà meurtri par son regard-tout-noir. Il me fixe directement. Je m’étais pas rendue compte qu’il était si noir, son regard. « T’es déjà allée chez un luthier ? ». *Quoi ?*. Le registre de la musique, encore une fois.
Je ne sais pas si je peux supporter ça encore, une dernière fois ? Et ses mots s’enchainent à l’orée de son noir.
Non, je ne suis jamais allée chez un luthier.
Non, je ne connais pas la différence entre l’artisan et l’industriel.
Non, je ne sais pas la difficulté de tenir un luth.
Mais oui, je suis allée, j’ai connu et j’ai su tout ça dans son domaine parallèle, son miroir de registre : le piano. *’pas ça…*. Alors même si je ne suis pas allée, pas connu et pas su ce qu’il me raconte, je ressens que ça m’appartient. Je comprends ce qu’il essaie de me dire, je ressens l’essence, la matière de son parfum.
*Arrête*. Des souvenirs qui me font mal pas par leur matière, mais par leur absence, par cet instant, par tout ce qui m’entoure, par cette foutue magie qui est devenue bien plus importante que tout. *’n’arrête les conneries*. S’il pouvait utiliser un autre domaine que la musique, ça me ferait beaucoup moins chier, même si je n’y comprendrais rien.
Là, j’ai tout compris. Mon parfum est brut, je le sais. Une matière première avant tout, le premier choix qui détermine tout le reste. *Bien…*. Je n’en ai jamais douté, il ne m’apprend rien. « Est-ce que… ». *Qu’est-ce que ?*. Je cligne des yeux pour sortir de son noir. *Merde !*. « est-ce que tu m’entends ? ». D’instinct, ma jambe recule.
Un pas.
*Si proche !*.
Deux pas.
Je ne m’en suis même pas rendue compte.
Trois pas.
Et je fais vriller mon regard loin de son noir-lyrique.
Enfin, j’ai eu ma réponse.
Et je l’ai eue d’une manière que je peux parfaitement comprendre.
Je sais pourquoi il utilise des mots-de-musique, c’est parfaitement clair maintenant. *’peut pas m’le cacher*. Ce gars-là est un musicien. Je peux le sentir, pas besoin de le renifler pour savoir qu’il pue la musique. C’est ça son parfum à lui. *Bizarre*. Un musicien sorcier, c’est tellement rare. *J’l’entends…*. Et il n’a pas besoin d’en faire trop pour ça. *’bien sûr que j’t’entends*. Mais je ne lui réponds pas.
Mon regard traine sur les quelques étiquettes que je ne lis même pas.
Mes deux mains étaient sorties de mes poches sans que je m’en rendre compte, alors d’un geste harmonique, en accord avec la composition du silence, je prends mon petit parchemin froissé, et je pose mon regard sur la première ligne. *Pierre-de-Lune*.
Ah oui.
— Tu sais où s’planque la Pierre-de-Lune ?
Une simple demande. C’est à mon tour d’attaquer.
Là, c’est à moi d’enfoncer mes doigts dans le cou de cette créature qui tinte de composition. Je ne veux plus entendre parler de musique. Le malaise me fait encore frissonner.
Il ne m’a rien appris pour ce qui est de mon parfum, à part me répéter ce que je sais déjà. Une putain de composition philharmonique.
Là, peut-être que ce que dégage ma peau peut commencer à être acide, puant, et complètement différent de ce qu’il ose appeler mon parfum. *’aucune idée*. J’essaie juste de m’aligner à mon naturel pour ne pas altérer ce qu’il pourrait en percevoir. *Non…*. Il n’est pas possible de percevoir avec l’odorat, pas vrai ? *Merde*. Je n’arrive pas à me concentrer à ne rien changer. Et plus je m’y concentre, moins j’y arrive.
Mon naturel-de-corps se fait défoncer par ce dégoût de me faire renifler ; je n’arrive pas à m’en détacher. Je n’arrive pas à être moi, senteur de moi-même.
Cette réponse que je mérite enroule doucement sa main autour de mon cou, y enfonçant ses doigts jusqu’à ma gorge, et étranglant mon besoin de savoir.
Je dois savoir mon foutu parfum.
Ses yeux-de-cheveux sont si proches que je pourrais presque en percevoir ses pupilles effilées, grande portée magique qui s’étendrait jusqu’à des régions que je ne connais pas. Les sons par là-bas doivent se chevaucher et s’emmêler aussi bien qu’une harmonie ; que je ne comprendrais jamais. C’est chiant de se dire que j’ai beaucoup trop de retard dans un domaine pour en saisir ne serait-ce que les piliers. *’s’en fous*. Sans parler des subtilités. *’juste d’moi*. Même si ça serait uniquement pour mieux m’étendre, moi-même. Juste moi.
Alors je fais face à celui qui est en train de s’habille de tombeau, les bras croisés, le regard-de-crinière. Il est comme allongé dans un cercueil trop petit, mais debout. *’fais l’mort ?*. C’est quoi cette position de créature complètement paniquée ?
Je sens ma langue frotter contre mes dents.
Pourquoi est-ce qu’il est en train d’imiter l’état final ?
Il pense en avoir fini ? *’n’importe quoi !*. C’est moi qui suis en train de me forcer à un point qui me dégoûte ! C’est moi qui suis en train de racler pour son savoir qu’il est en train d’enterrer avec lui ! C’est moi qui suis en train de défoncer tout ce qui peut être d’authent—
— T’as pe… un seul coup-de-mot, mort, déjà meurtri par son regard-tout-noir. Il me fixe directement. Je m’étais pas rendue compte qu’il était si noir, son regard. « T’es déjà allée chez un luthier ? ». *Quoi ?*. Le registre de la musique, encore une fois.
Je ne sais pas si je peux supporter ça encore, une dernière fois ? Et ses mots s’enchainent à l’orée de son noir.
Non, je ne suis jamais allée chez un luthier.
Non, je ne connais pas la différence entre l’artisan et l’industriel.
Non, je ne sais pas la difficulté de tenir un luth.
Mais oui, je suis allée, j’ai connu et j’ai su tout ça dans son domaine parallèle, son miroir de registre : le piano. *’pas ça…*. Alors même si je ne suis pas allée, pas connu et pas su ce qu’il me raconte, je ressens que ça m’appartient. Je comprends ce qu’il essaie de me dire, je ressens l’essence, la matière de son parfum.
*Arrête*. Des souvenirs qui me font mal pas par leur matière, mais par leur absence, par cet instant, par tout ce qui m’entoure, par cette foutue magie qui est devenue bien plus importante que tout. *’n’arrête les conneries*. S’il pouvait utiliser un autre domaine que la musique, ça me ferait beaucoup moins chier, même si je n’y comprendrais rien.
Là, j’ai tout compris. Mon parfum est brut, je le sais. Une matière première avant tout, le premier choix qui détermine tout le reste. *Bien…*. Je n’en ai jamais douté, il ne m’apprend rien. « Est-ce que… ». *Qu’est-ce que ?*. Je cligne des yeux pour sortir de son noir. *Merde !*. « est-ce que tu m’entends ? ». D’instinct, ma jambe recule.
Un pas.
*Si proche !*.
Deux pas.
Je ne m’en suis même pas rendue compte.
Trois pas.
Et je fais vriller mon regard loin de son noir-lyrique.
Enfin, j’ai eu ma réponse.
Et je l’ai eue d’une manière que je peux parfaitement comprendre.
Je sais pourquoi il utilise des mots-de-musique, c’est parfaitement clair maintenant. *’peut pas m’le cacher*. Ce gars-là est un musicien. Je peux le sentir, pas besoin de le renifler pour savoir qu’il pue la musique. C’est ça son parfum à lui. *Bizarre*. Un musicien sorcier, c’est tellement rare. *J’l’entends…*. Et il n’a pas besoin d’en faire trop pour ça. *’bien sûr que j’t’entends*. Mais je ne lui réponds pas.
Mon regard traine sur les quelques étiquettes que je ne lis même pas.
Mes deux mains étaient sorties de mes poches sans que je m’en rendre compte, alors d’un geste harmonique, en accord avec la composition du silence, je prends mon petit parchemin froissé, et je pose mon regard sur la première ligne. *Pierre-de-Lune*.
Ah oui.
— Tu sais où s’planque la Pierre-de-Lune ?
Une simple demande. C’est à mon tour d’attaquer.
Là, c’est à moi d’enfoncer mes doigts dans le cou de cette créature qui tinte de composition. Je ne veux plus entendre parler de musique. Le malaise me fait encore frissonner.
Il ne m’a rien appris pour ce qui est de mon parfum, à part me répéter ce que je sais déjà. Une putain de composition philharmonique.
Qui Pleut ?
C’est beaucoup plus simple comme ça. Elle a reculé, et ce n’est pas sa seule vue qui l’en informe, cette présence qui avait appuyé sur ses Sens les relâche enfin en s’éloignant à une distance décente. Laissant une carte de visite olfactive, l’assurance que la prochaine fois qu’il croisera ce Parfum, même perdu dans le grouillis des mages, l’adolescent ne saura l’ignorer. Sa question ne trouve pas d’écho audible, pour autant il n’est pas impossible qu’elle ait profité de la proximité pour aspirer son empreinte. Ce n’est pas commun d’en avaler ainsi, il l’a fait malgré lui ; et qu’elle enregistre la sienne ou la balaie, ce n’est pas grave, il lui importe à présent de refroidir. Il ne cherche pas à comprendre pourquoi elle a juste absorbé sa mélopée pour se détourner aussitôt, il songe seulement que ce sera ainsi plus facile de refaire l’ordre dans ses pensées et l’entrecroisement des traces diffusées par les ingrédients.
Ses bras retombent doucement, au bout desquels ses doigts s’agitent librement, sans suivre d’agencement particulier. Les matières rassemblées en ce lieu ne sont pas tout à fait de la même veine que le bois et les fascinantes créations qui en découlent ; toutefois elles permettent d’élaborer des préparations pour l’altérer, le magnifier, lui conférer des propriétés. Le vernis n’est pas inutile aux instruments, il faut bien le constituer. Au-delà des breuvages, les mélanges transformant les objets ouvraient de belles perspectives. Ce n’était probablement pas le rouet qui avait été responsable de la chute d’Aurore, plutôt une goutte simplement déposée par une fée à la pointe d’un fuseau.
Alors qu’il allait tranquillement s’enfoncer dans ce Conte, la question ne lui échappe pas et teinte ses Perles-de-Nótt d’un éclair de surprise avant de comprendre. *…Lune*, le terme avait résonné comme l’objet d’une quête, une relique, l’incarnation de cet Astre. L’on ne demanderait pas autrement où se ‘planquerait’ une personne, ça sonnait joliment comme une épithète, mais il reprit assez vite ses esprits pour identifier la recherche d’un ingrédient. Bien sûr. L’envoyer à quelqu’un apte à conseiller n’était sans doute pas attendu, elle l’aurait fait d’emblée. Chassant sa propre piste, ses paupières s’abaissèrent tandis ses lèvres dessinèrent « minéral », la nature distinguant la matière demandée des fragrances végétales ou d’origine autre, tout en s’aidant de ses souvenirs de manipulation de la pierre dans les cachots ou à l’air libre, des notes qu’elle avait émises et qui dansaient ici. Son regard dévoilé scruta après quelques secondes les étals dans la direction identifiées à la recherche de l’éclat reconnaissable. S’armant de son index comme d’une pointe de boussole, son bras gauche se lève et oblique de sorte à pointer l’emplacement de l’élément.
« Dans ce coin. »
Sans plus tergiverser, il clôt et recule à son tour d’un pas supplémentaire avant de se retourner, prêt à écouter le Conte que son esprit a choisi pour le guider. La Belle au Bois Dormant, qui s’était glissée à travers l’image du rouet, c’était son insaisissable sérénité éternelle qu’il cherchait à capturer. Plongée dans un long sommeil, assurée de ne pas être seule au réveil. Les notes de calme, d’apaisement, Hjúki savait que certains composants les diffusaient et il comptait sur l’Ombre d’Aurore pour s’orienter. Il se retient d’entonner un thème ou une Valse du ballet de Tchaïkovsky pour se diriger, mais ses doigts commencent à épouser une silhouette rythmique plus ordonnée alors qu’il s’avance vers des notes florales.
Ses bras retombent doucement, au bout desquels ses doigts s’agitent librement, sans suivre d’agencement particulier. Les matières rassemblées en ce lieu ne sont pas tout à fait de la même veine que le bois et les fascinantes créations qui en découlent ; toutefois elles permettent d’élaborer des préparations pour l’altérer, le magnifier, lui conférer des propriétés. Le vernis n’est pas inutile aux instruments, il faut bien le constituer. Au-delà des breuvages, les mélanges transformant les objets ouvraient de belles perspectives. Ce n’était probablement pas le rouet qui avait été responsable de la chute d’Aurore, plutôt une goutte simplement déposée par une fée à la pointe d’un fuseau.
Alors qu’il allait tranquillement s’enfoncer dans ce Conte, la question ne lui échappe pas et teinte ses Perles-de-Nótt d’un éclair de surprise avant de comprendre. *…Lune*, le terme avait résonné comme l’objet d’une quête, une relique, l’incarnation de cet Astre. L’on ne demanderait pas autrement où se ‘planquerait’ une personne, ça sonnait joliment comme une épithète, mais il reprit assez vite ses esprits pour identifier la recherche d’un ingrédient. Bien sûr. L’envoyer à quelqu’un apte à conseiller n’était sans doute pas attendu, elle l’aurait fait d’emblée. Chassant sa propre piste, ses paupières s’abaissèrent tandis ses lèvres dessinèrent « minéral », la nature distinguant la matière demandée des fragrances végétales ou d’origine autre, tout en s’aidant de ses souvenirs de manipulation de la pierre dans les cachots ou à l’air libre, des notes qu’elle avait émises et qui dansaient ici. Son regard dévoilé scruta après quelques secondes les étals dans la direction identifiées à la recherche de l’éclat reconnaissable. S’armant de son index comme d’une pointe de boussole, son bras gauche se lève et oblique de sorte à pointer l’emplacement de l’élément.
« Dans ce coin. »
Sans plus tergiverser, il clôt et recule à son tour d’un pas supplémentaire avant de se retourner, prêt à écouter le Conte que son esprit a choisi pour le guider. La Belle au Bois Dormant, qui s’était glissée à travers l’image du rouet, c’était son insaisissable sérénité éternelle qu’il cherchait à capturer. Plongée dans un long sommeil, assurée de ne pas être seule au réveil. Les notes de calme, d’apaisement, Hjúki savait que certains composants les diffusaient et il comptait sur l’Ombre d’Aurore pour s’orienter. Il se retient d’entonner un thème ou une Valse du ballet de Tchaïkovsky pour se diriger, mais ses doigts commencent à épouser une silhouette rythmique plus ordonnée alors qu’il s’avance vers des notes florales.