Voilà la vie
Je ne comprends pas quel impact ont mes mots sur cette fille. Je ne sais pas très bien comment les Autres peuvent réagir à ce genre de paroles, la seule chose que je sais c’est que moi, j’aurai détesté les entendre, surtout s’ils m’étaient destinés. Et je sais que lorsque Maman utilise cette voix avec moi pour me dire des choses froides et méchantes, pas forcément fausses, le genre de choses qui fait tellement mal que l’on ne parvient même pas à ressentir quoi que ce soit, cela me tétanise. Cette Autre est-elle tétanisée par mes mots ? Je l’observe avec attention, sans pour autant perdre ma posture de fierté. Elle détourne le regard, souvent, fais des gestes simples, des gestes banals… Mais rien ne me met sur le chemin de ses états intérieurs. C’est quelque chose que j’ai du mal à faire, comprendre ce qu’il se passe dans la tête des gens seulement en les regardant. Comment pourrais-je faire ? Ils ne réagissent pas comme moi, ils sont si étranges et différents, je n’arrive pas à les comprendre et avec cette fille c’est la même chose. Je n’arrive pas à me persuader que mes mots ont eu un réel impact et cela me dérange : si elle ne pleure pas et ne crie pas, comment puis-je savoir que j’ai réussi mon coup ?
Même sa voix n’est pas aussi hargneuse que je l’attendais. Elle parle, s’essouffle et recommence. Tu comprends rien, qu’elle dit — elle n’a pas tort, mais plutôt crever de lui avouer. Le plus important c’est qu’elle ne sache pas à quel point elle a raison, que je ne comprends ni son comportement, ni la raison de sa présence ici ni même pourquoi elle est venue me trouver moi et pas une autre. *L’est bizarre* ; ça au moins je l’ai compris. Je n’ai pas besoin d’attention, rajoute-t-elle et cette fois-ci, un rictus moqueur m’étire les traits. S’il y a bien un mensonge dans ses mots, c’est celui-là. Bien sûr qu’elle a besoin d’attention, sinon elle ne serait pas là à vouloir savoir pourquoi elle n’a aucune sorte d’intérêt pour moi. Je n’arrive d’ailleurs pas à comprendre pourquoi elle veut être autre chose qu’une Autre. Je ne la connais pas, elle ne me connaît pas, il n’y aucune raison pour me vouloir quelque chose. A moins qu’elle ne connaisse mon passé *évidemment*, mais dans ce cas elle perd son temps.
Je fronce légèrement les sourcils. Cette gamine s’entendrait décidément bien avec Krissel. J’ai beau lui avoir répété trois fois de suite que je ne voulais rien avoir à faire avec elle, la voilà qui continue à me parler et à vouloir me… Me quoi ? Je ne sais même pas ! Dans le secret de ma poche, mes doigts jouent avec ma baguette magique. Quelque part au fond de moi, je me dis qu’il serait tellement plus simple, tellement plus facile de lui lancer un petit sortilège pour me débarrasser d’elle. Merlin, mais la facilité est toujours punie et j’ai conscience que je dois faire attention à ce que je fais — et je ne suis même pas assez en colère pour ne pas me contrôler, alors je peux bien garder ma baguette dans ma poche. Mais par la barbe de Merlin ! elle me fatigue tellement, cette Autre, à parler pour ne rien dire et à me faire face comme si elle était motivée par une quelconque quête. Parce qu’il n’y a que les quêtes pour donner autant de motivation, non ?
Bordel, j’en ai assez de la bêtise des Autres.
Elle ouvre la bouche ; je soupire. *Et elle continue, en plus…*. Je pose un regard ennuyé sur elle, lève un sourcil comme pour dire : « Quoi encore ? Qu’est-ce que tu as bien trouvé à rajouter ? ». C’est la première fois depuis un moment que j’éprouve autant de pitié pour une personne que je ne connais pas.
« En fait t'es comme la Vie, Bristyle. Fascinante et insipide. »
*Oh*.
Je ne m’attendais certes pas à cela. Un deuxième sourcil se dresse ; cette fois-ci pour marquer ma surprise. Un compliment et un reproche dans la même phrase ? Voilà une étrange façon de faire. Et puis la vie… La vie n’est pas insipide. La vie n’est pas toujours marrante, parfois elle est franchement chiante, mais la vie est passionnante, la vie c’est la magie, c’est la découverte, c’est tout plein de choses ; c’est complètement con de dire qu’elle est insipide. Mais *elle a dit que j’étais fascinante* et ça c’est un compliment qui me flatte énormément, qui fait me tenir plus droite et qui m’aurait même fait sourire si je n'étais pas sur mes gardes. Je connais tout un tas de choses fascinantes dans la vie. Erza Nyakane, par exemple, est une femme fascinante — jamais, Ô grand jamais, je ne saurais dire qu’en plus d’être fascinante, cette femme est insipide. Ces deux mots ne vont tout simplement pas ensemble.
Le silence s’étire, mes sourcils se sont froncés, je réfléchis, mon regard se baladant tantôt sur l’Autre, tantôt sur le paysage qui s’étend derrière les fenêtres. Peut-être qu’elle regrette de m’avoir complimenté et qu’elle a décidé de rajouter au dernier moment une critique pour contrebalancer… *Non*, pour me faire oublier ce qu’elle a dit avant ! Comme si j'étais idiote. Je ne sais pas pourquoi je suis fascinante aux yeux de cette fille, et d’ailleurs je pense sérieusement que c’est un mensonge ; je ne me laisse pas mener en bateau par ses jolis mots, même si j’aurais aimé qu’elle les pense sincèrement.
Finalement, je souris. D’un sourire qui dévoile mes dents.
« Tu sais que ce qui est fascinant peut pas être insipide, hein ? demandé-je d’une voix guillerette. Faut bien assumer ce qu’on pense. Si je suis fascinante, je suis pas insipide, c’est comme ça. Les deux mots s’annulent, en fait. Choisis-en un. »
Je m’approche d’un pas, mon sourire toujours présent bien que moins visible. Je cherche à croiser le regard de la fille.
« Alors, je suis fascinante ou insipide ? »
Je ne sais pas très bien ce que je fais. Peut-être essayé-je de la gêner pour la faire fuir ? ou alors je cherche réellement à savoir si ses mots sont des mensonges ou des vérités ? Je ne sais pas. Mais peu importe. Cette conversation est peut-être d’un ennui effarant, je n’en suis pas moins la Maîtresse. Et c’est tellement rare que je sois celle qui tient les rênes quand je parle aux Autres. Le sentiment que je ressens est grisant. Je me sens forte, puissante et capable de tout, absolument tout.
Même sa voix n’est pas aussi hargneuse que je l’attendais. Elle parle, s’essouffle et recommence. Tu comprends rien, qu’elle dit — elle n’a pas tort, mais plutôt crever de lui avouer. Le plus important c’est qu’elle ne sache pas à quel point elle a raison, que je ne comprends ni son comportement, ni la raison de sa présence ici ni même pourquoi elle est venue me trouver moi et pas une autre. *L’est bizarre* ; ça au moins je l’ai compris. Je n’ai pas besoin d’attention, rajoute-t-elle et cette fois-ci, un rictus moqueur m’étire les traits. S’il y a bien un mensonge dans ses mots, c’est celui-là. Bien sûr qu’elle a besoin d’attention, sinon elle ne serait pas là à vouloir savoir pourquoi elle n’a aucune sorte d’intérêt pour moi. Je n’arrive d’ailleurs pas à comprendre pourquoi elle veut être autre chose qu’une Autre. Je ne la connais pas, elle ne me connaît pas, il n’y aucune raison pour me vouloir quelque chose. A moins qu’elle ne connaisse mon passé *évidemment*, mais dans ce cas elle perd son temps.
Je fronce légèrement les sourcils. Cette gamine s’entendrait décidément bien avec Krissel. J’ai beau lui avoir répété trois fois de suite que je ne voulais rien avoir à faire avec elle, la voilà qui continue à me parler et à vouloir me… Me quoi ? Je ne sais même pas ! Dans le secret de ma poche, mes doigts jouent avec ma baguette magique. Quelque part au fond de moi, je me dis qu’il serait tellement plus simple, tellement plus facile de lui lancer un petit sortilège pour me débarrasser d’elle. Merlin, mais la facilité est toujours punie et j’ai conscience que je dois faire attention à ce que je fais — et je ne suis même pas assez en colère pour ne pas me contrôler, alors je peux bien garder ma baguette dans ma poche. Mais par la barbe de Merlin ! elle me fatigue tellement, cette Autre, à parler pour ne rien dire et à me faire face comme si elle était motivée par une quelconque quête. Parce qu’il n’y a que les quêtes pour donner autant de motivation, non ?
Bordel, j’en ai assez de la bêtise des Autres.
Elle ouvre la bouche ; je soupire. *Et elle continue, en plus…*. Je pose un regard ennuyé sur elle, lève un sourcil comme pour dire : « Quoi encore ? Qu’est-ce que tu as bien trouvé à rajouter ? ». C’est la première fois depuis un moment que j’éprouve autant de pitié pour une personne que je ne connais pas.
« En fait t'es comme la Vie, Bristyle. Fascinante et insipide. »
*Oh*.
Je ne m’attendais certes pas à cela. Un deuxième sourcil se dresse ; cette fois-ci pour marquer ma surprise. Un compliment et un reproche dans la même phrase ? Voilà une étrange façon de faire. Et puis la vie… La vie n’est pas insipide. La vie n’est pas toujours marrante, parfois elle est franchement chiante, mais la vie est passionnante, la vie c’est la magie, c’est la découverte, c’est tout plein de choses ; c’est complètement con de dire qu’elle est insipide. Mais *elle a dit que j’étais fascinante* et ça c’est un compliment qui me flatte énormément, qui fait me tenir plus droite et qui m’aurait même fait sourire si je n'étais pas sur mes gardes. Je connais tout un tas de choses fascinantes dans la vie. Erza Nyakane, par exemple, est une femme fascinante — jamais, Ô grand jamais, je ne saurais dire qu’en plus d’être fascinante, cette femme est insipide. Ces deux mots ne vont tout simplement pas ensemble.
Le silence s’étire, mes sourcils se sont froncés, je réfléchis, mon regard se baladant tantôt sur l’Autre, tantôt sur le paysage qui s’étend derrière les fenêtres. Peut-être qu’elle regrette de m’avoir complimenté et qu’elle a décidé de rajouter au dernier moment une critique pour contrebalancer… *Non*, pour me faire oublier ce qu’elle a dit avant ! Comme si j'étais idiote. Je ne sais pas pourquoi je suis fascinante aux yeux de cette fille, et d’ailleurs je pense sérieusement que c’est un mensonge ; je ne me laisse pas mener en bateau par ses jolis mots, même si j’aurais aimé qu’elle les pense sincèrement.
Finalement, je souris. D’un sourire qui dévoile mes dents.
« Tu sais que ce qui est fascinant peut pas être insipide, hein ? demandé-je d’une voix guillerette. Faut bien assumer ce qu’on pense. Si je suis fascinante, je suis pas insipide, c’est comme ça. Les deux mots s’annulent, en fait. Choisis-en un. »
Je m’approche d’un pas, mon sourire toujours présent bien que moins visible. Je cherche à croiser le regard de la fille.
« Alors, je suis fascinante ou insipide ? »
Je ne sais pas très bien ce que je fais. Peut-être essayé-je de la gêner pour la faire fuir ? ou alors je cherche réellement à savoir si ses mots sont des mensonges ou des vérités ? Je ne sais pas. Mais peu importe. Cette conversation est peut-être d’un ennui effarant, je n’en suis pas moins la Maîtresse. Et c’est tellement rare que je sois celle qui tient les rênes quand je parle aux Autres. Le sentiment que je ressens est grisant. Je me sens forte, puissante et capable de tout, absolument tout.
Voilà la vie
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*Je crois que j'aurais mieux fait de me taire*
Trop tard. Car tes pensées ne ressurgissent qu'une fois les Mots évacués, et à ce jour jamais le passé n'a pu être modifié, mis à part par les détenteurs du Retourneur de Temps. L'erreur ici est d'avoir exprimé ton ressenti à une inconnue en qui tu n'as pas la moindre once de confiance. Tu t'es presque mise à nue de tes paroles, et Bristyle détient désormais un avantage encore plus conséquent que quelques instants plus tôt. Ah, maudite langue! Pour l'énième fois, tu te réprimandes, agacée par cette Faille qui grandit, qui se creuse en toi comme un précipice, comme une grotte obscure dans les tréfonds de ton Âme *si j'en ai une*
*Est-ce que les Autres ont une Âme?*
C'est un silence de quelques instants qui te permet presque d'entamer une réflexion détestable et destructrice sur une question qui n'a ni queue ni tête, et qui surtout, n'est en rien utile pour lutter face aux Mots de... Tu sais que ce qui est fascinant peut pas être insipide, hein ? *Elle cherche vraiment à m'énerver celle-là* Avant que Bristyle ne s'exprime, ses deux sourcils se meuvent sans cesse, comme pour former le plus de formes possibles. Ses yeux aussi semblent ne pas accepter la stabilité, jamais ils ne s'arrêtent de changer de direction pour jeter leur regard brûlant de *quelque chose que je peux pas expliquer*
Si je suis fascinante, je suis pas insipide, c’est comme ça Qu'il est difficile de lutter face à une fille bourrée de certitudes plus agaçantes les unes que les autres. Elle serait presque capable, avec telle assurance, de te démontrer que l'on voit la Lune en plein jour et à minuit le Soleil. C'est peut-être cela, au fond, qui rend Bristyle si agaçante: cette manière de montrer qu'elle détient la vérité absolue. Cette assurance, tu ne l'avais pas vraiment remarquée lors de votre première altercation. A vrai dire, ce jour là tu avais bien d'autres préoccupations que d'observer l'éloquence de cette fille. De toute façon, plus le Temps s'écoule et plus les souvenirs deviennent flous, devenus les particules infimes d'un vieux cauchemar enfoui dans un coin de ta tête.
Choisis-en un Tu t'attendais à tout sauf à ça *Je dois...* Alors, je suis fascinante ou insipide ? Tu as parfois la fâcheuse impression que cette grande blonde entrevoit tes Pensées et fait de son mieux pour d'un atémi saccager les quelques réflexions qui animent ton cerveau. Fascinante, Insipide. Dilemme qui sème le Doute dans tout ton antre, petit grain de sable qui enraye la machine à songes.
*Fascinante?* Son aura, sa domination, sa manière d'user de la parole. Sa grande taille, son petit-quelque-chose qui fait qu'elle force l'admiration.
*Insipide?* Sa nonchalance, son dédain, sa méchanceté qui envenime ses Mots. Et puis cette même domination, qui scelle définitivement le doute qui te fait tanguer intérieurement.
Lorsque tu étais à l'école moldue, on t'avait bien appris que tu avais toujours le choix de décider de tes actes *C'est fa...vrai* Le libre-arbitre. Celui qui crée une dissonance dans l'Esprit, qui jette en nous une vague de Liberté et de Questionnements. Celui qui te laisse maintenant à la croisée des chemins, face à une question qui résonne comme une énigme du Sphynx, bien qu'elle ne soit point énigme.
Il est si difficile de déterminer ce que l'on pense d'une personne, surtout lorsqu'il s'agit de Bristyle. Une dissertation de deux pages sur la question qu'elle vient de te poser ne suffirait pas pour offrir une pensée juste. Il faudrait une Vie pour le savoir. Et tu ne sais pas. Pourtant...
« Peut-être plus fascinante qu'insipide, je te l'accorde. »
*Comment j'ai fait pour balancer une bêtise pareille?*
Tu parles plus vite que tu ne réfléchis, semble-t-il. La simple fait désormais d'imaginer que tu as peut-être encore fait grimper l'ego de Bristyle t'exaspère, tu aimerais bien ajouter quelque parole pour relativiser les choses mais tu sais que ce qui a filé de ta bouche n'est que ton ressenti. *Je m'en fous de mon ressenti*
Ton pied droit, comme lassé de sa position inactive, se balance entre les carreaux polis par les millions voire les milliards d'autres pieds qui ont foulé cette pierre magique depuis un temps qui te dépasse. Il s'occupe comme il peu, et il fait légèrement diminuer ta nervosité qui avait atteint un pic il y a peu. Ton visage est toujours impassible; nulle émotion ne transpire sur tes joues, tu parviens à conserver cette façade pâle. Cette même façade qui s'écroule chaque fois que tu vois Swann, qui laisse danser ton bonheur et ta joie de vivre. Mais Bristyle n'est pas Swann, elle est peut-être même son antithèse, bien que tu ne la connaisses pas assez pour être capable d'effectuer une comparaison aussi importante.
Abasourdie aussi, car ton souvenir de Bristyle n'était pas cette fille qui écrase tout de son regard et de son regard. Non, c'était une personne qui bégayait, qui t'avait donné l'ordre d'essuyer ton sang sur un de ses vêtements. Tu espères au fond de toi qu'elle a réellement oublié cet épisode dont tu as honte. La volonté d'effacer tes erreurs ou du moins les corriger palpite toujours, en toi; peut-être est-ce pour cela que c'est la maison bleue qui t'a accueilli.
Tu jettes par-dessus ton épaule un regard bref, qui guette rapidement l'arrivée de quelque personne dérangeante qui pourrait s'imaginer toute sorte de chose et interpréter d'une vile manière tes paroles. Heureusement, personne n'apparait au bout du couloir, la Masse doit s'être agglutinée à l'extérieur, et tu lui est presque reconnaissante. Tu adresses donc de nouveau un regard qui s'élève jusqu'aux yeux de Bristyle (il te semblent être des cimes inatteignables, une nouvelle fois), et tu glisses d'une voix peu assurée:
« C'est... C'est peut-être pour cela que je t'ai posé mes questions. »
Une voix peu assurée, mais qui se veut sérieuse.
Sans un bruit, ton pied revient docilement à sa place, à quelques centimètres de son homologue.
Le silence se fait.
Tout semble s'être arrêté.
Comme aux prémices de l'Orage.
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Résurgence
Voilà la vie
Une chose est certaine : je ne cherche pas à la faire fuir. Je le sais parce que mes yeux fouillent ses billes marron à la recherche d’une quelconque preuve que ce qu’elle avance est la vérité. Je ne sais pas très bien de quelle couleur est la vérité, je ne sais pas comment on fait pour déceler le vrai du faux dans un regard, pour comprendre les mensonges, pour être certaine de ce que l’on croit. Mais le fait est que je cherche dans ce regard qui ne me fait pas ressentir grand chose une petite trace de vérité. Oui, parce qu’au-delà de vouloir dénoncer le mensonge, je préfère amplement découvrir une vérité ; j’aimerais beaucoup captiver cette fille. A vrai dire, je n’ai jamais fasciné personne. Je ne sais pas très bien ce que cela fait de porter sur soi le regard d’une personne que l’on fascine. On doit se sentir tellement grand, tellement fort, tellement important. Loewy se sent-elle comme cela ? C’est une femme qui est admirée par tellement de personnes *même m...*, une femme connue dans le monde entier certainement. Elle, elle doit être riche de tout un tas de regards fascinés posés sur elle, c’est peut-être pour cela qu’elle tire toujours une tronche très effrayante, un peu comme Maman — Maman aussi est une femme admirée. Je me demande si cette fille qui me fait face voit sur mon visage ce que moi je vois sur celui de Loewy ou de Maman : une espèce de force invisible, de grandeur impalpable.
J’aimerais bien qu’elle voit cela.
La réponse met un moment à venir, mais je calme mon impatience. Après tout, la réponse est importante alors je peux bien laisser le temps à cette fille de la prononcer. Je ne sais pas encore comment je réagirais si l’Autre me dit que je suis insipide. Si j’ai du mal à croire que je peux fasciner quelqu’un, j’ai autant de mal à croire que l’on puisse me trouver insipide. Mais quelque part, si cette fille trouve que je le suis ce ne sera qu’une preuve de plus qu’elle ne me connaît pas et ne me comprends pas. Ainsi, je pourrais lui rétorquer : « Tu as tort, tu ne comprends rien » et ce sera très satisfaisant.
« Peut-être plus fascinante qu'insipide, je te l'accorde. »
Oh.
Il me faut quelques secondes pour intégrer cette réponse. Ma première réflexion (*Elle aurait juste pu répondre fascinante, ça aurait suffit*) se fait entièrement avaler par l’immense sourire qui s’inscrit sur ma façade. Impossible de l’arrêter, celui-là, il s’impose avec toute sa force, toute sa légitimité et il explose dans le monde. Il est la réponse au sursaut qui me défracte le coeur et à la joie qui se répand dans mon corps entier. *Je la fascine !*. Toutes mes réflexions antérieures sur l’insipidité et la fascination disparaissent au profit de la fierté que je ressens, une fierté énorme qui prend toute la place et qui tout à coup me fait me sentir bien plus importante qu'auparavant. C’est un peu le même sentiment qui m’a pris lorsque je suis arrivée au Japon en traversant l’arche magique de Dai Hong Dao ; un sentiment unique qui me donne l’impression d’être une personne vraiment chanceuse, unique et formidable — un sentiment tout à fait exquis à ressentir et je m’en gorge sans la moindre once de culpabilité.
Et tout à coup, je lui pardonne tout à cette fille. Je lui pardonne d’être chiante, d’être envahissante et d’être une Autre ennuyante. Je lui pardonne même d’avoir une tronche qui me rappelle quelque chose, je lui pardonne d’avoir voulu parler à Zikomo, je lui pardonne ses paroles méchantes et ses questions de merde. Je lui pardonne tout parce qu’elle vient de dire que je la fascine et que je n’ai absolument pas envie de croire qu’il s’agit d’un mensonge. Oh, bien sûr, une partie de moi est consciente que tout cela n’est peut-être qu’un jeu destiné à me rouler dans la farine mais je repousse mes doutes. J’ai envie de croire que je suis capable, moi aussi, à l’image de la grande Kristen Loewy ou de la merveilleuse Erza Nyakane, d'inspirer de la fascination.
Sans le savoir, je me grandis. Avec mon sourire de trois mètres de long, mes épaules fièrement dressées et mon torse bombé (et Zikomo qui se tient comme un prince sur mon épaule), je dois sûrement être belle à voir.
C’est la première fois… Oui la première fois, peut-être depuis toujours, que j’ai l’impression d’être belle. C’est un sentiment très étrange. J’aimerais que Thalia soit là pour voir ça.
« C'est... C'est peut-être pour cela que je t'ai posé mes questions. »
J’accorde un regard à l’Autre qui se trémousse comme si elle était mal à l’aise. Moi aussi je serais mal à l’aise si j’avais dû avouer à quelqu’un que je l’admire — sauf qu’à la différence de cette Autre, moi je n’aurais jamais, jamais avoué cela à voix haute. J'aimerais lui demander, cette fille, pourquoi je la fascine. J'en meurs littéralement d'envie parce que je ne comprends pas et que ça me frustre beaucoup. Mais je me retiens, pour une fois. Je refuse de lui faire comprendre que son aveu me fait plaisir. Je dois garder ma curiosité pour moi, même si elle doit me bouffer de l'intérieur. A la place, je choisis d'orienter la discussion dans une autre direction :
« Et c’est toutes les questions que t’as trouvé à me poser ? » m’étonné-je en ouvrant des yeux exagérément surpris.
Et si ma voix semble légèrement hautaine, c’est très certainement parce qu’elle l’est.
« Y’a des questions bien plus intéressantes à poser à une personne qui nous fascine, hein. »
J’ai une pensée pour Erza que j’ai noyé sous mes questions la dernière fois que je l’ai vu et pour Zikomo qui me répond toujours avec beaucoup de patience, même quand je lui en pose trois en même temps.
« La prochaine fois, réfléchis mieux à tes questions. C’est elles qui nous rendent intéressants. Si tu poses une question conne… Tu passeras pour une conne, » asséné-je en haussant les épaules. Et nul doute qu’elle est effectivement passée pour une conne à mes yeux.
Je grimace en sentant les dents de Zikomo s’enfoncer dans mon oreille. Je me tords la nuque pour lui jeter un regard noir ; « Zik ! » chuchoté-je à furieusement à mi-voix et ne récoltant en retour qu’une oeillade désabusé du Mngwi.
J’aimerais bien qu’elle voit cela.
La réponse met un moment à venir, mais je calme mon impatience. Après tout, la réponse est importante alors je peux bien laisser le temps à cette fille de la prononcer. Je ne sais pas encore comment je réagirais si l’Autre me dit que je suis insipide. Si j’ai du mal à croire que je peux fasciner quelqu’un, j’ai autant de mal à croire que l’on puisse me trouver insipide. Mais quelque part, si cette fille trouve que je le suis ce ne sera qu’une preuve de plus qu’elle ne me connaît pas et ne me comprends pas. Ainsi, je pourrais lui rétorquer : « Tu as tort, tu ne comprends rien » et ce sera très satisfaisant.
« Peut-être plus fascinante qu'insipide, je te l'accorde. »
Oh.
Il me faut quelques secondes pour intégrer cette réponse. Ma première réflexion (*Elle aurait juste pu répondre fascinante, ça aurait suffit*) se fait entièrement avaler par l’immense sourire qui s’inscrit sur ma façade. Impossible de l’arrêter, celui-là, il s’impose avec toute sa force, toute sa légitimité et il explose dans le monde. Il est la réponse au sursaut qui me défracte le coeur et à la joie qui se répand dans mon corps entier. *Je la fascine !*. Toutes mes réflexions antérieures sur l’insipidité et la fascination disparaissent au profit de la fierté que je ressens, une fierté énorme qui prend toute la place et qui tout à coup me fait me sentir bien plus importante qu'auparavant. C’est un peu le même sentiment qui m’a pris lorsque je suis arrivée au Japon en traversant l’arche magique de Dai Hong Dao ; un sentiment unique qui me donne l’impression d’être une personne vraiment chanceuse, unique et formidable — un sentiment tout à fait exquis à ressentir et je m’en gorge sans la moindre once de culpabilité.
Et tout à coup, je lui pardonne tout à cette fille. Je lui pardonne d’être chiante, d’être envahissante et d’être une Autre ennuyante. Je lui pardonne même d’avoir une tronche qui me rappelle quelque chose, je lui pardonne d’avoir voulu parler à Zikomo, je lui pardonne ses paroles méchantes et ses questions de merde. Je lui pardonne tout parce qu’elle vient de dire que je la fascine et que je n’ai absolument pas envie de croire qu’il s’agit d’un mensonge. Oh, bien sûr, une partie de moi est consciente que tout cela n’est peut-être qu’un jeu destiné à me rouler dans la farine mais je repousse mes doutes. J’ai envie de croire que je suis capable, moi aussi, à l’image de la grande Kristen Loewy ou de la merveilleuse Erza Nyakane, d'inspirer de la fascination.
Sans le savoir, je me grandis. Avec mon sourire de trois mètres de long, mes épaules fièrement dressées et mon torse bombé (et Zikomo qui se tient comme un prince sur mon épaule), je dois sûrement être belle à voir.
C’est la première fois… Oui la première fois, peut-être depuis toujours, que j’ai l’impression d’être belle. C’est un sentiment très étrange. J’aimerais que Thalia soit là pour voir ça.
« C'est... C'est peut-être pour cela que je t'ai posé mes questions. »
J’accorde un regard à l’Autre qui se trémousse comme si elle était mal à l’aise. Moi aussi je serais mal à l’aise si j’avais dû avouer à quelqu’un que je l’admire — sauf qu’à la différence de cette Autre, moi je n’aurais jamais, jamais avoué cela à voix haute. J'aimerais lui demander, cette fille, pourquoi je la fascine. J'en meurs littéralement d'envie parce que je ne comprends pas et que ça me frustre beaucoup. Mais je me retiens, pour une fois. Je refuse de lui faire comprendre que son aveu me fait plaisir. Je dois garder ma curiosité pour moi, même si elle doit me bouffer de l'intérieur. A la place, je choisis d'orienter la discussion dans une autre direction :
« Et c’est toutes les questions que t’as trouvé à me poser ? » m’étonné-je en ouvrant des yeux exagérément surpris.
Et si ma voix semble légèrement hautaine, c’est très certainement parce qu’elle l’est.
« Y’a des questions bien plus intéressantes à poser à une personne qui nous fascine, hein. »
J’ai une pensée pour Erza que j’ai noyé sous mes questions la dernière fois que je l’ai vu et pour Zikomo qui me répond toujours avec beaucoup de patience, même quand je lui en pose trois en même temps.
« La prochaine fois, réfléchis mieux à tes questions. C’est elles qui nous rendent intéressants. Si tu poses une question conne… Tu passeras pour une conne, » asséné-je en haussant les épaules. Et nul doute qu’elle est effectivement passée pour une conne à mes yeux.
Je grimace en sentant les dents de Zikomo s’enfoncer dans mon oreille. Je me tords la nuque pour lui jeter un regard noir ; « Zik ! » chuchoté-je à furieusement à mi-voix et ne récoltant en retour qu’une oeillade désabusé du Mngwi.
Voilà la vie
Ce qui t'agaçais le plus chez cette *Bristyle*, c'est que si tes yeux ne parvenaient pas à rester plantés dans les siens bien longtemps, ses deux prunelles sombres te transperçaient afin de décortiquer plus aisément tes émotions. *Eh, t'as pas le droit de faire ça!* Les autres personnes n'ont pas ce droit. Mais face à Bristyle cela t'est impossible de lui crier d'arrêter. Tu es impuissante. Elle pourrait te cogner, te jeter un sort que tu ne bougerais pas. Tu ne trouves pas la force que requiert cette action. Est-ce donc ça, d'être fascinée? *J'ai peur* Pour garder contenance, il ne te reste plus qu'une chose: ta façade; une visage pâle et sans expression. Dans le reste de ton être, c'est le chaos le plus complet. Car Bristyle y a tout retourné.
Ta réponse suscite chez Bristyle quelque chose que tu ne comprends pas — et quand tu ne comprends pas, cela a le don de t'agacer très profondément. Toujours sans montrer la surprise qui t'anime, tu tentes de saisir ce qui peut-être intéressant dans les mots que tu viens de prononcer. Tu parviens à une conclusion qui te déçoit un peu: cette grande Poufsouffle doit être de ces personnes pour qui être aimé est chose essentielle. Qui rêve sûrement de passer sa journée à être courtisée par des singes de cour. Ou alors tu es trop jeune pour comprendre. Ou alors il y a autre chose qui lui fait plaisir et que tu n'as pas pu déceler — tu n'as pas la possibilité de *fouiller* dans ses yeux, toi. Et au final, peu importe, car tu as été honnête avec elle et c'est la seule chose que tu souhaites désormais: dire ce que tu penses tant que cela est possible. Sans que la fascination ne vienne enrayer cette résolution. Et que de toute faç...
« Et c’est toutes les questions que t’as trouvé à me poser ? »
*Mais je...* Bristyle continue, même le sourire aux lèvres, de frapper. Jamais elle ne se lasse de la violence, elle s’y accoutume odieusement bien et affute ses Mots d’une façon que nul autre n’est capable de produire. Tu en viens presque à te demander si cette fille ne prend pas toute cette violence pour un jeu, un jeu d’enfant – tu espères qu’elle ne jouera plus lorsqu’une fois adulte ce seront des vies qui pourront prendre fin sous l’impulsion de sa baguette. Un frisson saisissant te parcourt l’échine lorsque tu imagines – ou plutôt tentes d’imaginer – Bristyle en train de jeter d’infâmes sortilèges sur des innocents tombants inertes devant sa silhouette *fine*, un sourire *éclatant* jetant une lumière *diabolique* sur son visage au teint hâlé. Fort heureusement, tu constates que cette scène ne demeure qu’une vision floue dans ton cerveau, et que de toute façon tu n’as en cet instant pas encore vu la *Mort* (cela ne tardera pas ; hélas) ni des balafres abondant d’un liquide de vermeil. Et puis tu restes persuadée que cette fille n’use pas et n’usera pas de sa violence armée de sa baguette – tu te trompes, mais l’œillère de la Fascination t'aveugle aisément et se charge de faire naître des illusions enfantines au sein des mécanismes qui constituent la machine de tes Pensées.
Des questions bien plus intéressantes. *Qu’est-ce qui est intéressant pour elle ? * Les paroles de la Jaune sont une langue que tu ne comprends pas. C’est comme si tout à coup tu ne saisissais plus rien, dépassée. Le pire, c’est que chacun de ses mots étaient parfaitement connus de ta mémoire, et qu’individuellement tu aurais presque pu donner leur définition. Mais une fois que toutes ces paroles s’assemblaient avant d’être éjectés de la bouche de Bristyle, ils ne t’évoquaient rien de plus que des hiéroglyphes illisibles. Lentement, tu respires tandis qu’une nouvelle vulgarité t’arrive en pleine face. *Réfléchis, Réfléchis, Réfléchis* Mais tes réflexions ne te mènent nulle part, tu ne sais pas où cette fille veut en venir. Enfin si, tu sais une chose : tu es passée pour une « conne » à ses yeux, ce qui n’est pas extrêmement glorieux.
Tu ne relèves pas la légère chamaillerie entre *Zik ?* – tu l’avais presque oublié celui-là, tu ne sais pas exactement comment – et Bristyle lorsque celle-ci use d’un langage fleuri. *Des fleurs empoisonnées* s’exaspèrent tes pensées, lassée par la fascination qui te maintient ici alors que tu pourrais être à la Bibliothèque, dans ta Salle commune, ou n’importe quel autre lieu du château où Bristyle ne figurerait pas actuellement. Mais ces pensées sont impuissantes face aux boucliers inusables des émotions.
Aelle Bristyle, deux Mots, 13 lettres – mieux vaut ne pas être superstitieux. Nulle thèse, nul Mot, nul philosophe, et nul Humain ne saura jamais éclaircir la brume épaisse qui entoure cette fille ou tenter de la décrire. Un Montre, assènera Lewis. Une Sorcière, clamera le registre des élèves de Pouldard, ou qu’en sais-je. Ces essais sont vains. Cette fille est un Labyrinthe ; sans clef.
Sourcils froncés, tu jettes un regard songeur vers l'une des pierres magiques qui constituent les murs de Poudlard, comme si elle détenait une possible réponse. *Je suis vraiment conne, elle a raison* Alors tu réussis l’exploit de fixer tes prunelles en direction du visage de Bristyle – pas tout à fait en face de ses yeux, les miracles ont leur limites tout de même. Tu n’es pas totalement sûre de comprendre cette adolescente mais qui ne tente rien n’a rien, selon le proverbe. Ta langue se délie ; enfin.
« Qui te dit que la fascination ne rend pas idiote ? » Tu ne reprends pas le terme employé par Bristyle, ce serait déshonorer l’éducation que t’a offert ta famille. « Je voudrais bien te poser des questions sur tes capacités magiques, mais je ne sais pas si cela t’intéresse… » Le ton que tu emploies est neutre. L’ironie est un terrain bien trop abrupte, tu préfères les sentiers paisibles et harmonieux. Décidément, tu n’as vraiment pas la carrure pour être incisive.
Je t'ai eu, saleté de Temps.
Ta réponse suscite chez Bristyle quelque chose que tu ne comprends pas — et quand tu ne comprends pas, cela a le don de t'agacer très profondément. Toujours sans montrer la surprise qui t'anime, tu tentes de saisir ce qui peut-être intéressant dans les mots que tu viens de prononcer. Tu parviens à une conclusion qui te déçoit un peu: cette grande Poufsouffle doit être de ces personnes pour qui être aimé est chose essentielle. Qui rêve sûrement de passer sa journée à être courtisée par des singes de cour. Ou alors tu es trop jeune pour comprendre. Ou alors il y a autre chose qui lui fait plaisir et que tu n'as pas pu déceler — tu n'as pas la possibilité de *fouiller* dans ses yeux, toi. Et au final, peu importe, car tu as été honnête avec elle et c'est la seule chose que tu souhaites désormais: dire ce que tu penses tant que cela est possible. Sans que la fascination ne vienne enrayer cette résolution. Et que de toute faç...
« Et c’est toutes les questions que t’as trouvé à me poser ? »
*Mais je...* Bristyle continue, même le sourire aux lèvres, de frapper. Jamais elle ne se lasse de la violence, elle s’y accoutume odieusement bien et affute ses Mots d’une façon que nul autre n’est capable de produire. Tu en viens presque à te demander si cette fille ne prend pas toute cette violence pour un jeu, un jeu d’enfant – tu espères qu’elle ne jouera plus lorsqu’une fois adulte ce seront des vies qui pourront prendre fin sous l’impulsion de sa baguette. Un frisson saisissant te parcourt l’échine lorsque tu imagines – ou plutôt tentes d’imaginer – Bristyle en train de jeter d’infâmes sortilèges sur des innocents tombants inertes devant sa silhouette *fine*, un sourire *éclatant* jetant une lumière *diabolique* sur son visage au teint hâlé. Fort heureusement, tu constates que cette scène ne demeure qu’une vision floue dans ton cerveau, et que de toute façon tu n’as en cet instant pas encore vu la *Mort* (cela ne tardera pas ; hélas) ni des balafres abondant d’un liquide de vermeil. Et puis tu restes persuadée que cette fille n’use pas et n’usera pas de sa violence armée de sa baguette – tu te trompes, mais l’œillère de la Fascination t'aveugle aisément et se charge de faire naître des illusions enfantines au sein des mécanismes qui constituent la machine de tes Pensées.
Des questions bien plus intéressantes. *Qu’est-ce qui est intéressant pour elle ? * Les paroles de la Jaune sont une langue que tu ne comprends pas. C’est comme si tout à coup tu ne saisissais plus rien, dépassée. Le pire, c’est que chacun de ses mots étaient parfaitement connus de ta mémoire, et qu’individuellement tu aurais presque pu donner leur définition. Mais une fois que toutes ces paroles s’assemblaient avant d’être éjectés de la bouche de Bristyle, ils ne t’évoquaient rien de plus que des hiéroglyphes illisibles. Lentement, tu respires tandis qu’une nouvelle vulgarité t’arrive en pleine face. *Réfléchis, Réfléchis, Réfléchis* Mais tes réflexions ne te mènent nulle part, tu ne sais pas où cette fille veut en venir. Enfin si, tu sais une chose : tu es passée pour une « conne » à ses yeux, ce qui n’est pas extrêmement glorieux.
Tu ne relèves pas la légère chamaillerie entre *Zik ?* – tu l’avais presque oublié celui-là, tu ne sais pas exactement comment – et Bristyle lorsque celle-ci use d’un langage fleuri. *Des fleurs empoisonnées* s’exaspèrent tes pensées, lassée par la fascination qui te maintient ici alors que tu pourrais être à la Bibliothèque, dans ta Salle commune, ou n’importe quel autre lieu du château où Bristyle ne figurerait pas actuellement. Mais ces pensées sont impuissantes face aux boucliers inusables des émotions.
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Aelle Bristyle, deux Mots, 13 lettres – mieux vaut ne pas être superstitieux. Nulle thèse, nul Mot, nul philosophe, et nul Humain ne saura jamais éclaircir la brume épaisse qui entoure cette fille ou tenter de la décrire. Un Montre, assènera Lewis. Une Sorcière, clamera le registre des élèves de Pouldard, ou qu’en sais-je. Ces essais sont vains. Cette fille est un Labyrinthe ; sans clef.
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Sourcils froncés, tu jettes un regard songeur vers l'une des pierres magiques qui constituent les murs de Poudlard, comme si elle détenait une possible réponse. *Je suis vraiment conne, elle a raison* Alors tu réussis l’exploit de fixer tes prunelles en direction du visage de Bristyle – pas tout à fait en face de ses yeux, les miracles ont leur limites tout de même. Tu n’es pas totalement sûre de comprendre cette adolescente mais qui ne tente rien n’a rien, selon le proverbe. Ta langue se délie ; enfin.
« Qui te dit que la fascination ne rend pas idiote ? » Tu ne reprends pas le terme employé par Bristyle, ce serait déshonorer l’éducation que t’a offert ta famille. « Je voudrais bien te poser des questions sur tes capacités magiques, mais je ne sais pas si cela t’intéresse… » Le ton que tu emploies est neutre. L’ironie est un terrain bien trop abrupte, tu préfères les sentiers paisibles et harmonieux. Décidément, tu n’as vraiment pas la carrure pour être incisive.
Je t'ai eu, saleté de Temps.
Résurgence
Voilà la vie
Il y moins d’une minute, je voulais faire fuir cette fille qui me dérangeait plus qu’autre chose. J’en avais sincèrement envie. Mais ce désir a disparu très rapidement, remplacé par mon bonheur d’être capable de fasciner quelqu’un. Ce sentiment me suffit et désormais, même si passer un moment avec une inconnue me déplaît, je n’ai plus envie d’être ailleurs. Cela ne me dérange plus de rester avec elle. Peut-être qu’en discutant, je réussirais à comprendre pourquoi je la fascine. Une partie de moi espère que cela me permettra d’inspirer ce sentiment à d’autres personnes. Des personnes comme les nombreux Autres qui continuent à me regarder parfois dans les couloirs avec des yeux lourd de jugement voire même de dédain. Ce sont ces personnes là que j’aimerais fasciner. A vrai dire, je pense que la seule chose qu’il suffirait que je fasse serait de leur ouvrir les yeux. Si je ne les fascine pas, c’est seulement parce qu’ils sont incapables de voir qui je suis réellement. Je me demande si cette fille en face de moi qui a compris que j’étais digne de fascination peut passer du statut de “conne” au statut “d’intéressante” seulement parce qu’elle est parvenu a ouvrir son regard sur moi.
Sa question me fait sourire. Sans le savoir, ses réflexions à elle sont exactement les contraires des miennes. Elle, elle pense que la fascination rend idiote alors que moi j’ai tendance à croire le contraire. Oh bien sûr, il y a des fascinations qui rendent idiots — il n’y a qu’à voir l’espèce de fascination qui a poussé Mcwood a m’envoyer un hibou, il y a si longtemps. Cette fascination-là n’a contribué qu’à abrutir cette fille qui est, pour toujours j’en suis persuadée, passée de “rien” à “Autre idiote et insupportable” dans mon esprit. Mais certaines fascinations rendent plus grands. Heureusement. Sinon, comment pourrais-je accepter de l’être par Nyakane ou par Maman sans rougir ? Impossible, je préfère donc croire que les réflexions de cette Serdaigle sont fausses et que les miennes sont vraies.
Je me rends compte qu’à chaque fois qu’elle ouvre la bouche, je suis prise d’une certaine crainte : celle qu’elle me dise encore quelque chose qui me vexe ou qui me fasse comprendre que sa fascination n’est qu’un mensonge destiné à se rire de moi. Mais encore une fois, elle me surprend. Les questions qu’elles veut me poser, contrairement aux idiotes qu’elle m’a proposé tout à l’heure, concernent mes capacités magiques — c’est elle qui le dit. Ma surprise me déforme le visage : mes sourcils grimpent sur mon front et mes lèvres s’étirent légèrement. Mes capacités magiques, vraiment ? S’intéresse-t-elle réellement à ça ? À la magie, à ce dont sont capables les gens qui l’entourent, dont moi en particulier ? Le fait qu’elle se demande si cela pourrait m’intéresser est une preuve qu’elle ne me connaît pas. Au lieu de me frustrer, cela me rassure : je serais très mal à l’aise qu’une inconnue me connaisse aussi rapidement.
Décidant que je suis trop proche de cette fille pour avoir, *enfin !*, une vraie conversation avec elle, je fais quelques pas dans le couloir et vais m’adosser au mur qui fait face aux fenêtre. Zikomo se blottit contre mon cou. Je me demande s’il pourrait s’endormir là, alors qu’une inconnue est si proche. Ma réponse vient d’elle-même : oui, il en serrait capable. Zikomo n’est certainement pas du genre à s’angoisser de ce genre de choses, sinon il ne s’endormirait pas aussi souvent sur les tables de la bibliothèque que j’envahie ou sur les canapés de la Salle Commune quand je me décide à y travailler. J’accorde un tendre sourire à mon ami avant de lever les yeux sur la fille.
« Ça m’intéresse, dis-je simplement, si tant est que tu poses correctement tes questions. »
La curiosité s’infiltre dans mon regard de suie. Je me demande quelles questions pourraient sortir de cet esprit que je considère, bien que légèrement étriqué, passablement intéressant — ce sentiment étant sans doute motivé par le fait qu’elle accepte sa fascination pour moi sans rougir. Enfonçant mes mains dans mes poches, je dresse le menton dans sa direction, comme pour dire : « Je t’écoute, mais attention : je serais très sévère. »
C'est toujours le cas mais cette fois-ci je tiens à te le dire : j'ai beaucoup aimé lire ton texte dont j'ai trouvé les phrases et l'enchaînement de celles-ci très jolis !
Sa question me fait sourire. Sans le savoir, ses réflexions à elle sont exactement les contraires des miennes. Elle, elle pense que la fascination rend idiote alors que moi j’ai tendance à croire le contraire. Oh bien sûr, il y a des fascinations qui rendent idiots — il n’y a qu’à voir l’espèce de fascination qui a poussé Mcwood a m’envoyer un hibou, il y a si longtemps. Cette fascination-là n’a contribué qu’à abrutir cette fille qui est, pour toujours j’en suis persuadée, passée de “rien” à “Autre idiote et insupportable” dans mon esprit. Mais certaines fascinations rendent plus grands. Heureusement. Sinon, comment pourrais-je accepter de l’être par Nyakane ou par Maman sans rougir ? Impossible, je préfère donc croire que les réflexions de cette Serdaigle sont fausses et que les miennes sont vraies.
Je me rends compte qu’à chaque fois qu’elle ouvre la bouche, je suis prise d’une certaine crainte : celle qu’elle me dise encore quelque chose qui me vexe ou qui me fasse comprendre que sa fascination n’est qu’un mensonge destiné à se rire de moi. Mais encore une fois, elle me surprend. Les questions qu’elles veut me poser, contrairement aux idiotes qu’elle m’a proposé tout à l’heure, concernent mes capacités magiques — c’est elle qui le dit. Ma surprise me déforme le visage : mes sourcils grimpent sur mon front et mes lèvres s’étirent légèrement. Mes capacités magiques, vraiment ? S’intéresse-t-elle réellement à ça ? À la magie, à ce dont sont capables les gens qui l’entourent, dont moi en particulier ? Le fait qu’elle se demande si cela pourrait m’intéresser est une preuve qu’elle ne me connaît pas. Au lieu de me frustrer, cela me rassure : je serais très mal à l’aise qu’une inconnue me connaisse aussi rapidement.
Décidant que je suis trop proche de cette fille pour avoir, *enfin !*, une vraie conversation avec elle, je fais quelques pas dans le couloir et vais m’adosser au mur qui fait face aux fenêtre. Zikomo se blottit contre mon cou. Je me demande s’il pourrait s’endormir là, alors qu’une inconnue est si proche. Ma réponse vient d’elle-même : oui, il en serrait capable. Zikomo n’est certainement pas du genre à s’angoisser de ce genre de choses, sinon il ne s’endormirait pas aussi souvent sur les tables de la bibliothèque que j’envahie ou sur les canapés de la Salle Commune quand je me décide à y travailler. J’accorde un tendre sourire à mon ami avant de lever les yeux sur la fille.
« Ça m’intéresse, dis-je simplement, si tant est que tu poses correctement tes questions. »
La curiosité s’infiltre dans mon regard de suie. Je me demande quelles questions pourraient sortir de cet esprit que je considère, bien que légèrement étriqué, passablement intéressant — ce sentiment étant sans doute motivé par le fait qu’elle accepte sa fascination pour moi sans rougir. Enfonçant mes mains dans mes poches, je dresse le menton dans sa direction, comme pour dire : « Je t’écoute, mais attention : je serais très sévère. »
C'est toujours le cas mais cette fois-ci je tiens à te le dire : j'ai beaucoup aimé lire ton texte dont j'ai trouvé les phrases et l'enchaînement de celles-ci très jolis !
Voilà la vie
Il es toujours aussi difficile de prévoir quelque chose avec cette étonnante *Bristyle*. Elle trouble tes habitudes, elle ne fait rien comme les autres, elle se démarque par cette imprévisibilité qui t'inquiète autant qu'elle t'intéresse — peut-être est-ce cela, d'être fascinée. En tout cas, tu te rends bien compte depuis quelques minutes maintenant que cette fille produit quelque chose de très puissant sur toi. Ton cœur, friand de sensations fortes, change de rythme incessamment. Tes mains sont moites — sensation elle aussi un peu nouvelle, à ton souvenir rares sont les fois où tes mains se sont mises à transpirer, pas à ce point là en tout cas. Mais les essuyer serait une fois de plus donner de grands signaux à l'Interlocutrice (ou plutôt devrais-tu dire Dominatrice) dévoilant ta faiblesse; *hors de question!*. Tu te condamne à garder une humidité parasite au creux de tes mains.
Alors, ridiculement, tu surveilles le moindre geste qui te mettrait en position défavorable — tu oublies simplement que tu l'es déjà, mais passons. Ta question capte l'attention de Bristyle, qui t'« offre » un sourire. Il ne te rend pas radieuse, mais plutôt soucieuse, sensation poussée à son paroxysme au point de pouvoir parler d'angoisse. *Est-ce qu'elle se moque de moi parce que ma question est conne*, *Ou alors... Je l'ai blessée sans le savoir et elle savoure une vengeance prochaine* Un frisson te parcourt, saisissant. Une perle de transpiration s'échappe de ton front; encore. *Ou alors... Bon j'en sais rien!* Tu n'en sais rien, et c'est bien cela qui attire le tourment chez toi: ne pas *savoir*. C'est pour cela que, jour et nuit, à chaque minute, voire chaque seconde, des questions par centaines, connes ou bien intéressantes, angoissantes ou bien apaisantes, mais surtout extrêmement nombreuses *trop nombreuses*. Et ce tissu, cette toile de question donnait naissance à une forme d'angoisse inexpliquée, débouchant donc sur des *questions*. Tu as lu un jour dans à livre moldu un passage qui t'avait parfaitement horrifiée: «Ce que j'aime profondément dans la science, que même quand on apprend, on n'obtient pas forcément de réponses. Seulement de meilleures questions »1. Ces quelques mots assemblés te donnaient le tournis et t'effrayaient beaucoup. Tu imaginais des piles immenses de questions qui s'entasseraient dans ta conscience, qui te donneraient mal au crâne, qui t'écrabouiller — *NON!*
La voilà qui s'écarte, de quelques pas *Elle s'en va!* L'affolement te paralyse une demi-seconde avant que tu ne constate, piteusement, qu'elle ne part, pas, qu'elle s'éloigne simplement de quelques pas. Une fois de plus, tu te demandes quel peut bien être l'objectif de cette retraite soudaine. Par miracle, la phrase qu'elle prononce ensuite t'empêche de te noyer dans un flot d'interrogations futiles et biaisées.
« Ça m’intéresse, si tant est que tu poses correctement tes questions. »
*Ça, l'intéresse!?* Etrange alliage entre surprise et plaisir, mais aussi d'une certaine forme de peur face au choix de la question que tu poseras — *correctement*, ordonnent tes pensées. La vrai peur n'est pas de chercher en vain une question; au contraire. Ton esprit fourmille de questions. Mais laquelle faut-il poser? Inonder *Bristyle* de questions ne semble pas être une option particulièrement judicieuse — sauf si tu souhaites l'agacer à nouveau. Il te semble donc plus adéquat d'en poser une seule, qui ne soit pas idiotes aux yeux de Bristyle. Tu es face à une infinité de mots et de points d'interrogations que tu dois assembler dans un mélange homogène, et ce n'est pas simple. Ton cerveau se contorsionne furieusement, et tes sourcils se froncent inéluctablement.
La Décision met à mal l'Humain, qui aime maîtriser. La Décision n'est pas toujours synonyme de maîtrise, elle laisse place au doute et ouvre des portes aux remords ainsi qu'aux regrets. Il est donc toujours difficile, lorsque l'on a notre libre-arbitre, de trancher. Peut-être est-ce cette peur qui amène notre espèce à créer des cases et des hiérarchies; pour avoir le moins de décisions à prendre. On oublie une chose: quand on ne choisit pas, quelqu'un choisit pour nous.
« Est-ce que cela t'arrive t'avoir peur de ta propre magie ? »
Oui, c'était la première chose qui t'était venue à l'esprit. Car bien que tu sois douée dans les matières qui requièrent l'usage de magie, cette énergie irréelle qui palpite au moment où de ta baguette un sort est produit est un peu angoissante. Cette boule surpuissante qui t'inquiète, qui ressemble à un cumulonimbus annonciateur d'un orage. Souvent, tu te demandais ce qu'il se passerait si la Magie, au lieu de sortir, te faisait imploser *j'suis une bombe* Il faut avouer que tu peines à croire qu'une fille aussi grande et assurée puisse avoir la moindre peur, mais une nouvelle fois c'est l'image de cette même *Bristyle*, en automne, qui semblait paralysée lorsqu'elle prenait la parole; de sa bouche sortaient des bégaiements insensés. Ta mémoire ne te joue-t-elle pas des mauvais tours? *Encore des questions*.
« La peur de voir un jour cette magie te faire exploser en mille morceaux si elle ne parvient pas, pour je ne sais quelle raison, à ... sortir. »
_____________________________________________________
1 Cette citation est tirée de l'ouvrage Tortues à l'infini (J.Green)
Ce plaisir est réciproque.
Alors, ridiculement, tu surveilles le moindre geste qui te mettrait en position défavorable — tu oublies simplement que tu l'es déjà, mais passons. Ta question capte l'attention de Bristyle, qui t'« offre » un sourire. Il ne te rend pas radieuse, mais plutôt soucieuse, sensation poussée à son paroxysme au point de pouvoir parler d'angoisse. *Est-ce qu'elle se moque de moi parce que ma question est conne*, *Ou alors... Je l'ai blessée sans le savoir et elle savoure une vengeance prochaine* Un frisson te parcourt, saisissant. Une perle de transpiration s'échappe de ton front; encore. *Ou alors... Bon j'en sais rien!* Tu n'en sais rien, et c'est bien cela qui attire le tourment chez toi: ne pas *savoir*. C'est pour cela que, jour et nuit, à chaque minute, voire chaque seconde, des questions par centaines, connes ou bien intéressantes, angoissantes ou bien apaisantes, mais surtout extrêmement nombreuses *trop nombreuses*. Et ce tissu, cette toile de question donnait naissance à une forme d'angoisse inexpliquée, débouchant donc sur des *questions*. Tu as lu un jour dans à livre moldu un passage qui t'avait parfaitement horrifiée: «Ce que j'aime profondément dans la science, que même quand on apprend, on n'obtient pas forcément de réponses. Seulement de meilleures questions »1. Ces quelques mots assemblés te donnaient le tournis et t'effrayaient beaucoup. Tu imaginais des piles immenses de questions qui s'entasseraient dans ta conscience, qui te donneraient mal au crâne, qui t'écrabouiller — *NON!*
La voilà qui s'écarte, de quelques pas *Elle s'en va!* L'affolement te paralyse une demi-seconde avant que tu ne constate, piteusement, qu'elle ne part, pas, qu'elle s'éloigne simplement de quelques pas. Une fois de plus, tu te demandes quel peut bien être l'objectif de cette retraite soudaine. Par miracle, la phrase qu'elle prononce ensuite t'empêche de te noyer dans un flot d'interrogations futiles et biaisées.
« Ça m’intéresse, si tant est que tu poses correctement tes questions. »
*Ça, l'intéresse!?* Etrange alliage entre surprise et plaisir, mais aussi d'une certaine forme de peur face au choix de la question que tu poseras — *correctement*, ordonnent tes pensées. La vrai peur n'est pas de chercher en vain une question; au contraire. Ton esprit fourmille de questions. Mais laquelle faut-il poser? Inonder *Bristyle* de questions ne semble pas être une option particulièrement judicieuse — sauf si tu souhaites l'agacer à nouveau. Il te semble donc plus adéquat d'en poser une seule, qui ne soit pas idiotes aux yeux de Bristyle. Tu es face à une infinité de mots et de points d'interrogations que tu dois assembler dans un mélange homogène, et ce n'est pas simple. Ton cerveau se contorsionne furieusement, et tes sourcils se froncent inéluctablement.
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La Décision met à mal l'Humain, qui aime maîtriser. La Décision n'est pas toujours synonyme de maîtrise, elle laisse place au doute et ouvre des portes aux remords ainsi qu'aux regrets. Il est donc toujours difficile, lorsque l'on a notre libre-arbitre, de trancher. Peut-être est-ce cette peur qui amène notre espèce à créer des cases et des hiérarchies; pour avoir le moins de décisions à prendre. On oublie une chose: quand on ne choisit pas, quelqu'un choisit pour nous.
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« Est-ce que cela t'arrive t'avoir peur de ta propre magie ? »
Oui, c'était la première chose qui t'était venue à l'esprit. Car bien que tu sois douée dans les matières qui requièrent l'usage de magie, cette énergie irréelle qui palpite au moment où de ta baguette un sort est produit est un peu angoissante. Cette boule surpuissante qui t'inquiète, qui ressemble à un cumulonimbus annonciateur d'un orage. Souvent, tu te demandais ce qu'il se passerait si la Magie, au lieu de sortir, te faisait imploser *j'suis une bombe* Il faut avouer que tu peines à croire qu'une fille aussi grande et assurée puisse avoir la moindre peur, mais une nouvelle fois c'est l'image de cette même *Bristyle*, en automne, qui semblait paralysée lorsqu'elle prenait la parole; de sa bouche sortaient des bégaiements insensés. Ta mémoire ne te joue-t-elle pas des mauvais tours? *Encore des questions*.
« La peur de voir un jour cette magie te faire exploser en mille morceaux si elle ne parvient pas, pour je ne sais quelle raison, à ... sortir. »
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1 Cette citation est tirée de l'ouvrage Tortues à l'infini (J.Green)
Ce plaisir est réciproque.
Résurgence
Voilà la vie
Ces derniers mois, privée de la capacité à m’exprimer comme je le souhaitais, j’ai pris conscience que les mots étaient importants. Quand on pose une question ou quand on veut simplement affirmer quelque chose, plus que moduler le ton de sa voix il faut être capable de choisir les bons mots. Ce n’est pas une chose aisée et moi-même ai conscience de ne pas être très bonne à ce jeu-là — mais ce n’est guère important puisque je dis toujours ce que je pense et que mes pensées sont très bien organisées, limpides et dignes d’intérêt. Puisque je me suis rendue compte de l’importance des mots, j’ai commencé à faire attention à ces derniers. Ainsi, j’ai compris qu’Aodren, qui fait toujours preuve d’immaturité et d’un intérêt marqué pour des sujets absolument inintéressants, est malgré tout capable d’utiliser les bons mots pour faire passer ses questions pour plus intelligentes qu’elles ne le sont réellement. Dans un autre genre, Zakary lui est capable de se montrer particulièrement incisif avec la plus banale des phrases. En voulant faire comme lui, sans ne jamais réussir et pas seulement à cause de la fichue aphasie qui m’a immobilisé ces derniers mois, je me suis rendu compte que parler était un talent, au même titre que la magie. Parmi les plus jeunes de mes connaissances pour lesquelles j’ai un peu de respect, Alice Sangblanc a prouvé qu’elle savait très bien parler — à mon plus grand désarroi.
Heureusement, cette Autre qui me fait face sait aussi, à un certain degré, parler. Le mot « peur » qu’elle utilise fait néanmoins sursauter mon coeur d’une bien étrange façon, mais j’essaie de l’ignorer — et me retiens de répondre du tac au tac : « moi je n’ai jamais peur ! ». En plus de ne pas répondre à sa question, ça ne suffirait qu’à prouver le contraire. J’accueille les paroles de la fille avec un léger froncement de sourcil. Je ne sais pas exactement à quoi je m’attendais, mais certainement pas à ça. Il est évident qu’elle est effrayée par sa propre magie. Je suis étonnée qu’elle me livre aussi facilement ses faiblesses. Je me demande ce qu’elle attend de moi… Je me le demande sincèrement pendant une demi-seconde avant de décider que ça n’a aucune sorte d’importance : elle m’a posé une question et je vais y répondre, peu importe ce qu’elle a besoin d’entendre ou pire ce qu’elle aimerait entendre.
Sa question me ramène de nombreux mois en arrière — déstabilisée, je détourne brièvement le regard. Gabryel a fait la dangereuse expérience un jour de garder en lui une magie qui ne demandait qu’à sortir. Je me rappelle l’avoir terriblement rabroué pour cette faute. C’est dangereux de retenir sa magie ! Dangereux pour soi et pour les autres. La peur de cette fille est tout à fait légitime. Qui n’a pas déjà éprouvé l’étouffante angoisse de ne pas pouvoir se décharger de ce trop-plein qui parfois nous submerge ? Même moi je l’ai déjà ressenti, et pas qu’une fois.
Mais ce n’est pas ça que veut savoir cette fille.
Elle veut savoir comment continuer à avancer malgré cette peur.
« La pire chose qui pourrait t’arriver, c'est bien d’avoir peur de ta propre magie, annoncé-je après quelques secondes de réflexion silencieuse. Si tu as peur, t’arriveras jamais à la maîtriser. »
Et dire qu’il existe dans le monde des personnes qui, par peur, s’empêchent d’avancer. Je n’arrive pas à les comprendre. A toujours se dire « j’ai peur », « il risque d’arriver ça ou ça » on ne fait jamais rien. Si j’avais fait l’erreur de me dire, comme beaucoup de mes semblables, que la magie pouvait être dangereuse je me serais posée des barrières idiotes qui m’auraient empêché de mener à bien bon nombre de mes recherches et d’apprendre un tas de choses passionnantes. Et puis la magie… La magie peut-elle seulement souffrir de barrière ? Bien sûr que non. La magie, c’est tout ou rien ; avoir peur, c’est se mettre des barrières.
« Tu vas pas exploser en mille morceaux, dis-je avec un sourire amusé. T’es encore… » *une gamine* « … assez jeune pour que ta magie sorte que tu le veuilles ou non, par n’importe quel moyen. C’est justement maintenant que tu dois t’empêcher d’avoir peur ! La magie n’a aucune limite, soufflé-je sans feindre mon ton passionné, et elle doit pas en avoir. Y’a absolument rien qui peut t’empêcher d’explorer celle qui coule dans tes veines... »
J’ai conscience que mes yeux brillent, que mes joues sont rouges et que mon coeur s’emballe furieusement contre ma cage thoracique, mais qu’importe ? Qu’importe qu’elle voit ma passion se dessiner sur mon visage ?
« … sauf la peur, » terminé-je d’une voix lugubre.
Pour marquer l’immense mépris que m’inspire la peur sous toute ses formes — d’autant plus quand elle me concerne — je fais la grimace : je fronce le nez et les sourcils. Mes yeux, je les plante dans les billes marron de ma camarade. Cela ne m’étonnerait même pas qu’elle soit du genre à se laisser limiter par sa peur.
Heureusement, cette Autre qui me fait face sait aussi, à un certain degré, parler. Le mot « peur » qu’elle utilise fait néanmoins sursauter mon coeur d’une bien étrange façon, mais j’essaie de l’ignorer — et me retiens de répondre du tac au tac : « moi je n’ai jamais peur ! ». En plus de ne pas répondre à sa question, ça ne suffirait qu’à prouver le contraire. J’accueille les paroles de la fille avec un léger froncement de sourcil. Je ne sais pas exactement à quoi je m’attendais, mais certainement pas à ça. Il est évident qu’elle est effrayée par sa propre magie. Je suis étonnée qu’elle me livre aussi facilement ses faiblesses. Je me demande ce qu’elle attend de moi… Je me le demande sincèrement pendant une demi-seconde avant de décider que ça n’a aucune sorte d’importance : elle m’a posé une question et je vais y répondre, peu importe ce qu’elle a besoin d’entendre ou pire ce qu’elle aimerait entendre.
Sa question me ramène de nombreux mois en arrière — déstabilisée, je détourne brièvement le regard. Gabryel a fait la dangereuse expérience un jour de garder en lui une magie qui ne demandait qu’à sortir. Je me rappelle l’avoir terriblement rabroué pour cette faute. C’est dangereux de retenir sa magie ! Dangereux pour soi et pour les autres. La peur de cette fille est tout à fait légitime. Qui n’a pas déjà éprouvé l’étouffante angoisse de ne pas pouvoir se décharger de ce trop-plein qui parfois nous submerge ? Même moi je l’ai déjà ressenti, et pas qu’une fois.
Mais ce n’est pas ça que veut savoir cette fille.
Elle veut savoir comment continuer à avancer malgré cette peur.
« La pire chose qui pourrait t’arriver, c'est bien d’avoir peur de ta propre magie, annoncé-je après quelques secondes de réflexion silencieuse. Si tu as peur, t’arriveras jamais à la maîtriser. »
Et dire qu’il existe dans le monde des personnes qui, par peur, s’empêchent d’avancer. Je n’arrive pas à les comprendre. A toujours se dire « j’ai peur », « il risque d’arriver ça ou ça » on ne fait jamais rien. Si j’avais fait l’erreur de me dire, comme beaucoup de mes semblables, que la magie pouvait être dangereuse je me serais posée des barrières idiotes qui m’auraient empêché de mener à bien bon nombre de mes recherches et d’apprendre un tas de choses passionnantes. Et puis la magie… La magie peut-elle seulement souffrir de barrière ? Bien sûr que non. La magie, c’est tout ou rien ; avoir peur, c’est se mettre des barrières.
« Tu vas pas exploser en mille morceaux, dis-je avec un sourire amusé. T’es encore… » *une gamine* « … assez jeune pour que ta magie sorte que tu le veuilles ou non, par n’importe quel moyen. C’est justement maintenant que tu dois t’empêcher d’avoir peur ! La magie n’a aucune limite, soufflé-je sans feindre mon ton passionné, et elle doit pas en avoir. Y’a absolument rien qui peut t’empêcher d’explorer celle qui coule dans tes veines... »
J’ai conscience que mes yeux brillent, que mes joues sont rouges et que mon coeur s’emballe furieusement contre ma cage thoracique, mais qu’importe ? Qu’importe qu’elle voit ma passion se dessiner sur mon visage ?
« … sauf la peur, » terminé-je d’une voix lugubre.
Pour marquer l’immense mépris que m’inspire la peur sous toute ses formes — d’autant plus quand elle me concerne — je fais la grimace : je fronce le nez et les sourcils. Mes yeux, je les plante dans les billes marron de ma camarade. Cela ne m’étonnerait même pas qu’elle soit du genre à se laisser limiter par sa peur.
Voilà la vie
Lorsque tu as posé ta question à ton aînée, une chose bien étrange se produit. Tes yeux, plutôt que de chercher un moyen de s’échapper, restent fixés sur le visage de Bristyle. Tu ne t’en rends même pas compte, cela semble être pour ton corps une soudaine évidence. Comme si la fascination s’était désormais cachée derrière un autre ressenti, beaucoup plus rassurant : l’intérêt. Car cette question, elle n’est pas posée dans le but de plaire à Bristyle ; tu as bien d’autres choses à faire que de flatter des élèves dans cette vaste école. Non, tu est follement intéressée par la réponse que t’offriras l’adolescente – si elle ne la juge pas trop conne cette fois-ci. Si elle y répond, l’intérêt que tu lui portes grandira car elle aura ainsi contribué à améliorer ta connaissance de la Magie, cette grande entité dont on parle souvent sans savoir ce qu’elle est réellement. En revanche, si elle n’y répond pas, tu seras profondément *déçue* et un peu honteuse de l’avoir crue capable d’apporter des solutions à ces équations du second degré. *Elle répondra*. Tu te persuades de cela, tes yeux posés sur son visage. Qui l’eut cru lorsqu’elle te balançait tout à l’heure une série de Mots blessants qui – tu ne t’en rends compte que maintenant – ont échappé à ta mémoire *étrange…*. A l’accoutumée, celle-ci pouvait se targuer d’enregistrer tous les Mots durs. Pourquoi ne l’a-t-elle donc pas fait en ce jour ? Cette constatation te laisse un peu perplexe.
Il est des fois où un Mot suffit pour que la conversation passe de banale à intéressante et inversement. Chaque fois que cela arrive, nous sommes un peu déboussolé.es. Les Mots sont de ces entités imprévisibles qui nouent notre cerveau. C'est effrayant; fascinant.
Bristyle, à ton plus grand plaisir, répond *j’avais raison !*. L’attente débouche donc sur la Satisfaction : tu sauras si la Magie peut ou non est capable de rester coincée en toi un jour. Il y a aussi une certaine gratitude car celui ou celle qui t’instruit présente toujours un intérêt à tes yeux. Cette fille aux cheveux blonds a beau avoir l’air un peu désagréable au premier abord, elle te semble extrêmement intéressante – du moins lorsqu’elle parle de la Magie. Son explication sonne comme une dissertation abrégée, qu’elle énonce d’une manière unique qui t’arrache un léger sourire. L’introduction tout d’abord : « La pire chose qui pourrait t’arriver, c'est bien d’avoir peur de ta propre magie ». *Je n’ai pas dit que j’avais peur*, rétorque ton orgueil. Cette pensée ne franchit pas la commissure de tes lèvres cependant – hors de question de couper la parole à celle qui répond sérieusement à ton interrogation. Le développement, ensuite : « Tu vas pas exploser en mille morceaux. » ; « T’es encore assez jeune pour que ta magie sorte que tu le veuilles ou non, par n’importe quel moyen. » ; « C’est justement maintenant que tu dois t’empêcher d’avoir peur ! La magie n’a aucune limite ». Tu enregistres chaque lettre, chaque son, chaque mot, chaque phrase, afin de les analyser quelques demi-secondes plus tard. La conclusion, que l’on pourrait qualifier de… brisrtylienne, clôt la tirade passionnée *et passionnante* de ton interlocutrice avec brio : « Y’a absolument rien qui peut t’empêcher d’explorer celle qui coule dans tes veines… sauf la peur.»
Le temps est venu pour toi de bien saisir le sens de ces phrases, les leçons que tu peux en tirer. Le ton que Bristyle emploie lorsqu’elle te parle te plaît beaucoup ; il n’y a ni moquerie, ni désintérêt, simplement la passion pure. Tu finis par croire que cette fille a *au moins* deux visages. Il y a la Bristyle qui méprise, dédaigne et frappe. Celle-ci ne présente aucun intérêt et ressemble affreusement aux autres Semblables. En revanche, la Bristyle qui explique, qui sourit légèrement et donne des conseils attire ton attention. D’ailleurs, jamais aucun élève ne t’a jamais parlé de Magie autrement que part des phrases bateau qui ne servent à rien. *Ils croient savoir mais ne savent pas ; parce qu’ils ne veulent pas savoir*. Or cette fille transpire de Savoir ; elle te donne envie d’enchaîner les nuits blanches baguette et ouvrages en main pour connaître plus encore la Magie. Pour être capable d’en explorer les moindre recoins – sans jamais réellement avoir tout réalisé, car la Magie est infinie. Ainsi, la Bristyle de cet instant mérite ton respect le plus total. Et une réponse complète.
« Ce que tu me dis est très intéressant. Je pense que je n’ai pas peur de ma magie ; j’ai simplement besoin de mieux la connaître pour éviter les erreurs. L’erreur, je dois bien l’avouer, n’est pas une chose que j’apprécie particulièrement. »
Lorsque tu évoques l’Erreur, ton mépris pour celle-ci est bien visible au son de ta voix qui se fait plus dur. Les mots que tu emploies constituent un euphémisme : en réalité, tu cultives une haine viscérale de l’erreur. Et bien que tes erreurs magiques soient rares, les erreurs que tu commets par tes Mots ou par tes Actes sont omniprésentes. Elles hantent tes Nuits et animent tes jours. Les chasser serait selon toi un grand pas vers la stabilité. Pour le moment, ce Pas est chancelant.
« La manière dont tu me parles de la Magie me donne envie de passer mes Nuits à l’étudier plutôt que de dormir », admets tu, amusée. Tu enchaînes sur une nouvelle question qui agite ton esprit depuis le début de ton année scolaire. « Mais à partir de quelle année apprendra-t-on des sortilèges pour nous protéger réellement de magies plus puissantes ? »
Car ce n’est sûrement pas un Lashlabask, même réalisé avec talent, qui annihilera un sortilège venant d’un mage bien plus puissant. Désormais rassurée quant à l’hymen qui t’unit avec la Magie, tu espères trouver un moyen de te protéger de celle d’un autre. Bristyle, à son âge, est-elle capable de le faire ? Ou est-elle tout aussi vulnérable que toi ? Les questions sont encore nombreuses – et confuses – au sein de ta boîte crânienne.
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Il est des fois où un Mot suffit pour que la conversation passe de banale à intéressante et inversement. Chaque fois que cela arrive, nous sommes un peu déboussolé.es. Les Mots sont de ces entités imprévisibles qui nouent notre cerveau. C'est effrayant; fascinant.
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Bristyle, à ton plus grand plaisir, répond *j’avais raison !*. L’attente débouche donc sur la Satisfaction : tu sauras si la Magie peut ou non est capable de rester coincée en toi un jour. Il y a aussi une certaine gratitude car celui ou celle qui t’instruit présente toujours un intérêt à tes yeux. Cette fille aux cheveux blonds a beau avoir l’air un peu désagréable au premier abord, elle te semble extrêmement intéressante – du moins lorsqu’elle parle de la Magie. Son explication sonne comme une dissertation abrégée, qu’elle énonce d’une manière unique qui t’arrache un léger sourire. L’introduction tout d’abord : « La pire chose qui pourrait t’arriver, c'est bien d’avoir peur de ta propre magie ». *Je n’ai pas dit que j’avais peur*, rétorque ton orgueil. Cette pensée ne franchit pas la commissure de tes lèvres cependant – hors de question de couper la parole à celle qui répond sérieusement à ton interrogation. Le développement, ensuite : « Tu vas pas exploser en mille morceaux. » ; « T’es encore assez jeune pour que ta magie sorte que tu le veuilles ou non, par n’importe quel moyen. » ; « C’est justement maintenant que tu dois t’empêcher d’avoir peur ! La magie n’a aucune limite ». Tu enregistres chaque lettre, chaque son, chaque mot, chaque phrase, afin de les analyser quelques demi-secondes plus tard. La conclusion, que l’on pourrait qualifier de… brisrtylienne, clôt la tirade passionnée *et passionnante* de ton interlocutrice avec brio : « Y’a absolument rien qui peut t’empêcher d’explorer celle qui coule dans tes veines… sauf la peur.»
Le temps est venu pour toi de bien saisir le sens de ces phrases, les leçons que tu peux en tirer. Le ton que Bristyle emploie lorsqu’elle te parle te plaît beaucoup ; il n’y a ni moquerie, ni désintérêt, simplement la passion pure. Tu finis par croire que cette fille a *au moins* deux visages. Il y a la Bristyle qui méprise, dédaigne et frappe. Celle-ci ne présente aucun intérêt et ressemble affreusement aux autres Semblables. En revanche, la Bristyle qui explique, qui sourit légèrement et donne des conseils attire ton attention. D’ailleurs, jamais aucun élève ne t’a jamais parlé de Magie autrement que part des phrases bateau qui ne servent à rien. *Ils croient savoir mais ne savent pas ; parce qu’ils ne veulent pas savoir*. Or cette fille transpire de Savoir ; elle te donne envie d’enchaîner les nuits blanches baguette et ouvrages en main pour connaître plus encore la Magie. Pour être capable d’en explorer les moindre recoins – sans jamais réellement avoir tout réalisé, car la Magie est infinie. Ainsi, la Bristyle de cet instant mérite ton respect le plus total. Et une réponse complète.
« Ce que tu me dis est très intéressant. Je pense que je n’ai pas peur de ma magie ; j’ai simplement besoin de mieux la connaître pour éviter les erreurs. L’erreur, je dois bien l’avouer, n’est pas une chose que j’apprécie particulièrement. »
Lorsque tu évoques l’Erreur, ton mépris pour celle-ci est bien visible au son de ta voix qui se fait plus dur. Les mots que tu emploies constituent un euphémisme : en réalité, tu cultives une haine viscérale de l’erreur. Et bien que tes erreurs magiques soient rares, les erreurs que tu commets par tes Mots ou par tes Actes sont omniprésentes. Elles hantent tes Nuits et animent tes jours. Les chasser serait selon toi un grand pas vers la stabilité. Pour le moment, ce Pas est chancelant.
« La manière dont tu me parles de la Magie me donne envie de passer mes Nuits à l’étudier plutôt que de dormir », admets tu, amusée. Tu enchaînes sur une nouvelle question qui agite ton esprit depuis le début de ton année scolaire. « Mais à partir de quelle année apprendra-t-on des sortilèges pour nous protéger réellement de magies plus puissantes ? »
Car ce n’est sûrement pas un Lashlabask, même réalisé avec talent, qui annihilera un sortilège venant d’un mage bien plus puissant. Désormais rassurée quant à l’hymen qui t’unit avec la Magie, tu espères trouver un moyen de te protéger de celle d’un autre. Bristyle, à son âge, est-elle capable de le faire ? Ou est-elle tout aussi vulnérable que toi ? Les questions sont encore nombreuses – et confuses – au sein de ta boîte crânienne.
Je me répète, mais écrire avec toi me fait grandir.
Résurgence
Voilà la vie
Je m'excuse sincèrement pour mon retard.
Je tique. Ce n’est pas flagrant, je prends soin de cacher ma surprise derrière un froncement de sourcils et une mine vaguement intéressée, mais c’est bien présent ; je suis surprise. Surprise est un bien grand mot, disons que je suis piquée dans mon intérêt. En voyant arriver cette fille tout à l’heure, en l’écoutant prononcer ses étranges premières paroles, jamais je n’aurais pu croire qu’elle était de ceux, très rares, qui souhaitaient passer leurs nuits à étudier la magie plutôt que dormir. La plupart des gens de mon âge ne pensent qu’à s’amuser, dormir outrageusement et partagent le reste de leur temps entre diverses activités d’un ennui affligeant. Même parmi la Maison de Serdaigle qui, je veux bien le reconnaître, accueille quelques spécimens suffisamment doués et intelligents, je ne connais personne qui sacrifierait gracieusement ses nuits pour quelques graines de savoir n’étant même pas au programme. Je prends plaisir, la plupart du temps, à croire que je suis l’une des seules à être ainsi dans tout Poudlard — et si certains élèves présentent une passion semblable à la mienne, comme cette fille devant moi, ils restent toujours moins impliqués, moins passionnés, moins dévoués à la Magie que moi.
Puisque le plaisir ne saurait exister sans le déplaisir, les doux mots de l’Autre s’accompagnent d’une question amère. Amère, elle l’est davantage pour moi que pour elle. Elle a l’air si sincère dans son intérêt. Je me demande si à son âge j’aurais osé poser une question aussi peu intéressante à une personne aussi intéressante que moi — je suis persuadée que non, évidemment.
Un petit soupir traverse mes lèvres et je baisse brièvement les yeux, comme si tout à coup je n’étais plus capable de supporter le regard qui me fait face, ce qui est tout à fait le cas. Rencontrer des pupilles dilatées par l’intérêt, par la passion, c’est une véritable rencontre. Merlin seul sait combien j’aime me plonger dans celles de Thalia en toutes circonstances (uniquement parce qu’elles brillent d’intelligence, n’est-ce pas, et non pas parce que leur couleur et leur éclat font pulser mon cœur). Mais si l’intelligence est un nectar, la bêtise est son terrible contraire : je déteste la rencontrer dans les yeux des Autres.
« Si la question t’intéressait vraiment, dis-je d’une voix lasse, tu aurais consulté les programmes des années supérieures. »
Quel intérêt de poser des questions auxquelles elle peut aisément trouver la réponse à la bibliothèque ? Serait-elle de ceux qui espèrent que tout leur tombe tout cuit dans l’assiette ? Cela terni mon image d’elle. Il faut dire qu’il m’est bien plus facile de ternir l’image d’une personne plutôt que de la glorifier — ainsi, cette fille tombe en quelques secondes de plusieurs étages dans mon estime alors qu’il lui a fallu un temps bien plus long pour atteindre le palier qu’elle avait atteint. Dommage.
« La puissance ne vient pas des sortilèges mais de la magie en elle-même. Quoi, tu vas attendre d’être en quatrième ou cinquième année qu’on t’apprenne des sortilèges plus intéressants qu’Alohomora pour commencer à réellement comprendre ta magie ? Y’a pas d’année pour apprendre quoi que ce soit, y’a que de la volonté. Sans volonté, t’arriveras à rien du tout. »
Oh, que mon ton est moralisateur ! Je m’en rends parfaitement compte et me sens très légitime dans ma position. À l’aise dans mon rôle, et sincère dans l’agacement qui pointe dans ma voix, j’enfonce mes mains dans mes poches, me redresse et m’approche d’un pas de la fille.
« T’apprécies pas l’erreur, tu dis ? » Un petit sourire méprisant m’étire les lèvres. « Commence à l’aimer, parce que tu vas beaucoup la rencontrer sur ton chemin. Si tu vrilles à chaque fois que tu la croises, tu n’avanceras jamais, soufflé-je d’une voix dure. L’erreur, c’est le meilleur moyen d’apprendre, tu ferais mieux de pas l’oublier. »
C’est fascinant. Je crois sincèrement tout ce que je dis. Les mots qui sortent de ma bouche sont mes vérités et mes valeurs, celles qui m’aident dans la vie et qui font que je suis celle que je suis. Certes, pourtant j’ai l’impression de ne pas être capable de suivre mes propres conseils : moi non plus je n’aime guère les erreurs et il m’arrive de vriller lorsque je croise son chemin. Bah ! cela, elle n’a pas besoin de le savoir.
Je ne m'attendais pas à ce qu'Aelle réagisse ainsi mais j'adore être surprise !
Je tique. Ce n’est pas flagrant, je prends soin de cacher ma surprise derrière un froncement de sourcils et une mine vaguement intéressée, mais c’est bien présent ; je suis surprise. Surprise est un bien grand mot, disons que je suis piquée dans mon intérêt. En voyant arriver cette fille tout à l’heure, en l’écoutant prononcer ses étranges premières paroles, jamais je n’aurais pu croire qu’elle était de ceux, très rares, qui souhaitaient passer leurs nuits à étudier la magie plutôt que dormir. La plupart des gens de mon âge ne pensent qu’à s’amuser, dormir outrageusement et partagent le reste de leur temps entre diverses activités d’un ennui affligeant. Même parmi la Maison de Serdaigle qui, je veux bien le reconnaître, accueille quelques spécimens suffisamment doués et intelligents, je ne connais personne qui sacrifierait gracieusement ses nuits pour quelques graines de savoir n’étant même pas au programme. Je prends plaisir, la plupart du temps, à croire que je suis l’une des seules à être ainsi dans tout Poudlard — et si certains élèves présentent une passion semblable à la mienne, comme cette fille devant moi, ils restent toujours moins impliqués, moins passionnés, moins dévoués à la Magie que moi.
Puisque le plaisir ne saurait exister sans le déplaisir, les doux mots de l’Autre s’accompagnent d’une question amère. Amère, elle l’est davantage pour moi que pour elle. Elle a l’air si sincère dans son intérêt. Je me demande si à son âge j’aurais osé poser une question aussi peu intéressante à une personne aussi intéressante que moi — je suis persuadée que non, évidemment.
Un petit soupir traverse mes lèvres et je baisse brièvement les yeux, comme si tout à coup je n’étais plus capable de supporter le regard qui me fait face, ce qui est tout à fait le cas. Rencontrer des pupilles dilatées par l’intérêt, par la passion, c’est une véritable rencontre. Merlin seul sait combien j’aime me plonger dans celles de Thalia en toutes circonstances (uniquement parce qu’elles brillent d’intelligence, n’est-ce pas, et non pas parce que leur couleur et leur éclat font pulser mon cœur). Mais si l’intelligence est un nectar, la bêtise est son terrible contraire : je déteste la rencontrer dans les yeux des Autres.
« Si la question t’intéressait vraiment, dis-je d’une voix lasse, tu aurais consulté les programmes des années supérieures. »
Quel intérêt de poser des questions auxquelles elle peut aisément trouver la réponse à la bibliothèque ? Serait-elle de ceux qui espèrent que tout leur tombe tout cuit dans l’assiette ? Cela terni mon image d’elle. Il faut dire qu’il m’est bien plus facile de ternir l’image d’une personne plutôt que de la glorifier — ainsi, cette fille tombe en quelques secondes de plusieurs étages dans mon estime alors qu’il lui a fallu un temps bien plus long pour atteindre le palier qu’elle avait atteint. Dommage.
« La puissance ne vient pas des sortilèges mais de la magie en elle-même. Quoi, tu vas attendre d’être en quatrième ou cinquième année qu’on t’apprenne des sortilèges plus intéressants qu’Alohomora pour commencer à réellement comprendre ta magie ? Y’a pas d’année pour apprendre quoi que ce soit, y’a que de la volonté. Sans volonté, t’arriveras à rien du tout. »
Oh, que mon ton est moralisateur ! Je m’en rends parfaitement compte et me sens très légitime dans ma position. À l’aise dans mon rôle, et sincère dans l’agacement qui pointe dans ma voix, j’enfonce mes mains dans mes poches, me redresse et m’approche d’un pas de la fille.
« T’apprécies pas l’erreur, tu dis ? » Un petit sourire méprisant m’étire les lèvres. « Commence à l’aimer, parce que tu vas beaucoup la rencontrer sur ton chemin. Si tu vrilles à chaque fois que tu la croises, tu n’avanceras jamais, soufflé-je d’une voix dure. L’erreur, c’est le meilleur moyen d’apprendre, tu ferais mieux de pas l’oublier. »
C’est fascinant. Je crois sincèrement tout ce que je dis. Les mots qui sortent de ma bouche sont mes vérités et mes valeurs, celles qui m’aident dans la vie et qui font que je suis celle que je suis. Certes, pourtant j’ai l’impression de ne pas être capable de suivre mes propres conseils : moi non plus je n’aime guère les erreurs et il m’arrive de vriller lorsque je croise son chemin. Bah ! cela, elle n’a pas besoin de le savoir.
Je ne m'attendais pas à ce qu'Aelle réagisse ainsi mais j'adore être surprise !
Voilà la vie
Par un temps orageux, mener son ourque au milieu des flots agités est une idée dénuée de sens. L’Océan, cette force inouïe qui se saisit de l’Homme comme nous nous secouons d’une salière, n’est jamais rassasiée ; le nombre d’Âmes ancrées dans les fonds marins ne l’émeut point. Lorsque, par quelque miracle, votre bateau échappe à une première secousse, ne croyez pas en l’accalmie. Car ces perfides moments de répit annoncent soit une nouvelle série de vagues hautes comme des immeubles, soit l’irrémédiable naufrage de votre navire du à une maudite fuite située au fins fonds de la cale. Vous coulez progressivement, dans une lente agonie du vaisseau. Ce jour là, l’Océan n’était pas constitué de molécules d’eau – quoique. Il avait pris une forme humaine, et son teint pâle comme l’écume n’annonçait rien de bon. Et comble de malheur, cet Océan se nommait Bristyle. Il n’y avait rien d’autre à faire que d’attendre la funeste résonance du glas.
La noyade ne tarda pas à arriver. Les gifles incessantes des vagues déchaînées – « Si la question t’intéressait vraiment, tu aurais consulté les programmes des années supérieures » ; « Sans volonté, t’arriveras à rien du tout » ; « L’erreur, c’est le meilleur moyen d’apprendre, tu ferais mieux de pas l’oublier » ; *Ouah* – faisaient tanguer et rouler ta barque dans tous les sens possibles ; à t’en donner le mal de mer. *Bon sang !* : Quelques secondes avaient suffi pour que tu te prennes une grande claque dans le visage – non que la main de Bristyle soit venue balafrer ton visage, mais c’était tout comme – et pour que tes certitudes s’effondrent pour de bon. *Pourquoi n’y ai-je pas pensé avant ?*. La secousse était violente. Ton regard téméraire restait solidement accroché à celui de la Poufsouffle ; alpiniste talentueux risquant à chaque instant la Chute dans les Ténèbres. Car en plus d'Être un Océan, Bristyle contenait dans ses yeux deux Cyclones. Mais l'Alpiniste exténué ne brillait plus. Il avait perdu de sa superbe, écorché par la Honte. La Honte d’avoir fait preuve d’aussi peu d’intuition, la Honte de s’être présentée devant cette fille à l’improviste – toi qui détestait cela –, la Honte d’être face à ta Faiblesse, et surtout, par Apollon, devant une autre personne que toi.
On eût dit que Bristyle était une Adulte, reprochant à l’Enfant sa faute – et son ton ascendant y contribuait largement. *J’vais essayer !* souhaitas-tu, dans un premier temps, répliquer. Mais il n’en fût rien. C’était futile et ridicule. Alors tu demeurais dans un Silence inconfortable ; marin agenouillé sur le pont, attendant que la Mort et l’Océan ne viennent ensevelir férocement. Tu te ressassais le déroulé de cette altercation singulière. Pas moyen de trouver une logique dans cette infernale succession de répliques lancée à Bristyle. De l'émerveillement, des interrogation larmoyantes, des tentatives risquées d'ironie, des incompréhensions, des silences. C'était donc cela, de discuter avec Bristyle. Tu parvins à une conclusion insupportable ; échanger avec cette fille était tout aussi effrayant que fascinant. Tu scias finalement les barreaux de ta cellule ; tes Pensées étaient un Azkaban impalpable.
« Soit. »
Comme coup de frein à main opéré sur un véhicule lancé à toute allure. Comme un bras solide, arrêtant le coup d’un assaillant. Un arrêt.
« Ce sont deux graves erreurs. Je crois… Je crois qu’il ne me reste qu’une chose à faire désormais : me gorger de Savoir. »
Une brève rotation sur toi-même, puis une marche assurée vers l’autre bout du couloir – tournant le dos à Bristyle. Voilà ce qu’il se passa en quelques secondes. Tu n’eus pas même le temps d’observer la réaction de Bristyle tant le mouvement était fugace. Tes pas ne tremblaient point, il y avait comme un élan intuitif qui t’incitait à prendre congé. Tes yeux étaient comme fixés sur le mur nacré qui se profilait, dans le lointain. Après quelques mètres de parcourus, tu lanças un dernier regard à ton Interlocutrice ainsi qu’au *Saphir* l’accompagnant. Et d’ultimes paroles, qui flottèrent au gré des flux de l’air, jusqu’à la Jaune.
« Je te remercie de m’avoir accordé ces quelques instants. Maintenant, je vais Apprendre. »
Puis tu repris ta marche, un léger sourire aux lèvres, tandis que dans ta tête pullulaient des pensées. Pourquoi ce départ si soudain que toi-même tu ne parvenais pas à expliquer ? Quel était cette certitude, écrasante comme une chape de plomb, qui avait guidé tes Pas ? Et maintenant ? Quels domaines privilégier pour approfondir le Savoir ? Quels livres ? Et si la Volonté ne venait pas ? *Nom de Zeus !*. Ton rythme s’accélérait à mesure que les questions envahissaient ton crâne bientôt endolori. Ton regard, fatigué par une séance à très haute Altitude, était à moitié endormi ; les Semblables n’étaient plus qu’un amas de têtes floues à tes yeux. Une puissante pluie de fatigue s'abattait sur tes paupières. Avant de d'étudier, une légère pause s'imposait.
C'était donc, une journée typique d'avril : dehors, sous le regard du soleil, les élèves pratiquaient milles activités ; dans l’Ombre, de petit.e.s farceur.euse.s échafaudaient des plans malicieux ; au sein de la Bibliothèque, le Savoir reposait sur son lit de parchemin ; au détour d’un couloir somnolait un diamant bleu. Mais sous des draps d’Azur, une fille plongeait dans l’Indicible processus qui anime notre Conscience ; un Rêve.
C'était assez flou.
C'était plutôt confus.
Mais il y avait sûrement quelque Lien, n'est-ce pas ?
La noyade ne tarda pas à arriver. Les gifles incessantes des vagues déchaînées – « Si la question t’intéressait vraiment, tu aurais consulté les programmes des années supérieures » ; « Sans volonté, t’arriveras à rien du tout » ; « L’erreur, c’est le meilleur moyen d’apprendre, tu ferais mieux de pas l’oublier » ; *Ouah* – faisaient tanguer et rouler ta barque dans tous les sens possibles ; à t’en donner le mal de mer. *Bon sang !* : Quelques secondes avaient suffi pour que tu te prennes une grande claque dans le visage – non que la main de Bristyle soit venue balafrer ton visage, mais c’était tout comme – et pour que tes certitudes s’effondrent pour de bon. *Pourquoi n’y ai-je pas pensé avant ?*. La secousse était violente. Ton regard téméraire restait solidement accroché à celui de la Poufsouffle ; alpiniste talentueux risquant à chaque instant la Chute dans les Ténèbres. Car en plus d'Être un Océan, Bristyle contenait dans ses yeux deux Cyclones. Mais l'Alpiniste exténué ne brillait plus. Il avait perdu de sa superbe, écorché par la Honte. La Honte d’avoir fait preuve d’aussi peu d’intuition, la Honte de s’être présentée devant cette fille à l’improviste – toi qui détestait cela –, la Honte d’être face à ta Faiblesse, et surtout, par Apollon, devant une autre personne que toi.
On eût dit que Bristyle était une Adulte, reprochant à l’Enfant sa faute – et son ton ascendant y contribuait largement. *J’vais essayer !* souhaitas-tu, dans un premier temps, répliquer. Mais il n’en fût rien. C’était futile et ridicule. Alors tu demeurais dans un Silence inconfortable ; marin agenouillé sur le pont, attendant que la Mort et l’Océan ne viennent ensevelir férocement. Tu te ressassais le déroulé de cette altercation singulière. Pas moyen de trouver une logique dans cette infernale succession de répliques lancée à Bristyle. De l'émerveillement, des interrogation larmoyantes, des tentatives risquées d'ironie, des incompréhensions, des silences. C'était donc cela, de discuter avec Bristyle. Tu parvins à une conclusion insupportable ; échanger avec cette fille était tout aussi effrayant que fascinant. Tu scias finalement les barreaux de ta cellule ; tes Pensées étaient un Azkaban impalpable.
« Soit. »
Comme coup de frein à main opéré sur un véhicule lancé à toute allure. Comme un bras solide, arrêtant le coup d’un assaillant. Un arrêt.
« Ce sont deux graves erreurs. Je crois… Je crois qu’il ne me reste qu’une chose à faire désormais : me gorger de Savoir. »
Une brève rotation sur toi-même, puis une marche assurée vers l’autre bout du couloir – tournant le dos à Bristyle. Voilà ce qu’il se passa en quelques secondes. Tu n’eus pas même le temps d’observer la réaction de Bristyle tant le mouvement était fugace. Tes pas ne tremblaient point, il y avait comme un élan intuitif qui t’incitait à prendre congé. Tes yeux étaient comme fixés sur le mur nacré qui se profilait, dans le lointain. Après quelques mètres de parcourus, tu lanças un dernier regard à ton Interlocutrice ainsi qu’au *Saphir* l’accompagnant. Et d’ultimes paroles, qui flottèrent au gré des flux de l’air, jusqu’à la Jaune.
« Je te remercie de m’avoir accordé ces quelques instants. Maintenant, je vais Apprendre. »
Puis tu repris ta marche, un léger sourire aux lèvres, tandis que dans ta tête pullulaient des pensées. Pourquoi ce départ si soudain que toi-même tu ne parvenais pas à expliquer ? Quel était cette certitude, écrasante comme une chape de plomb, qui avait guidé tes Pas ? Et maintenant ? Quels domaines privilégier pour approfondir le Savoir ? Quels livres ? Et si la Volonté ne venait pas ? *Nom de Zeus !*. Ton rythme s’accélérait à mesure que les questions envahissaient ton crâne bientôt endolori. Ton regard, fatigué par une séance à très haute Altitude, était à moitié endormi ; les Semblables n’étaient plus qu’un amas de têtes floues à tes yeux. Une puissante pluie de fatigue s'abattait sur tes paupières. Avant de d'étudier, une légère pause s'imposait.
C'était donc, une journée typique d'avril : dehors, sous le regard du soleil, les élèves pratiquaient milles activités ; dans l’Ombre, de petit.e.s farceur.euse.s échafaudaient des plans malicieux ; au sein de la Bibliothèque, le Savoir reposait sur son lit de parchemin ; au détour d’un couloir somnolait un diamant bleu. Mais sous des draps d’Azur, une fille plongeait dans l’Indicible processus qui anime notre Conscience ; un Rêve.
C'était assez flou.
C'était plutôt confus.
Mais il y avait sûrement quelque Lien, n'est-ce pas ?
Des livres, étalés sur le sol.
Un visage recouvert de Bandages.
Une Ombre survolant diverses Claviers.
Un Océan, des Montagnes.
Une Profondeur.
Un homme.
Une Plume.
Une Lettre.
Un Encrier.
S
Un visage recouvert de Bandages.
Une Ombre survolant diverses Claviers.
Un Océan, des Montagnes.
Une Profondeur.
Un homme.
Une Plume.
Une Lettre.
Un Encrier.
S
Je… « Ce qui s’est passé n’est que le prologue » ; n’est-ce pas ?
Résurgence